Réunion chaotique. 26
Le Lord n'eut pas le temps de répliquer, il regarda d'un œil curieux la lueur verte qui provenait de la cheminée, et observa peu après le fils de Lucius sortir de l'âtre en secouant sa cape pour la débarrasser d'un infime morceau de suie. Le blond releva ensuite la tête, et par un reflexe inné sortit sa baguette et lança sur l'homme ligoté un Doloris bien senti.
Le mage se retint de hurler sous la brûlure et la douleur que cela occasionna dans son corps. Tom Jédusor, le vrai, souffrait de cette attaque et cela se voyait sur son visage grimaçant.
-Arrête, Dray, cria Harry, tu ne fais pas souffrir la bonne personne.
Le blond releva sa baguette et lança un œil sévère vers son ami tandis que le Voleur de Corps sifflait, exaspéré de cette vaine tentative.
-Calmez vos ardeurs, jeune Malfoy. Inutile de vous en prendre à moi cela ne servira à rien, juste à me rendre plus hargneux.
-Potter, tu m'expliques là !
-Inutile que je te présente mon invité, Draco, ironisa le survivant.
-Si tu me disais plutôt qui a pris du polynectar ? Ta farce est douteuse et de très mauvais goût, j'ai failli avoir une attaque !
-Personne n'a pris du polynectar et ton cœur se porte comme un charme, quant à mes farces elles ne sont jamais douteuses, foireuses peut-être mais en aucun cas douteuses.
-Est-ce que par hasard cet homme qui se trouve chez mon parrain et qui semble se foutre de ma gueule est Voldemort en personne ? et si c'est vraiment le cas, ce qui ne m'étonnerai guère venant de toi, peux-tu m'expliquer pourquoi tu n'es pas en train de l'étrangler pour le bien de l'humanité ? Parce que tu as beau dire mais ce serpent qui ricane est dangereux, et d'ailleurs ne devrait-il pas être mort ? Je croyais que tu l'avais éliminé !
-Moi aussi je croyais, mais là-bas, fit Harry en désignant le sol des cahots, ils n'ont pas voulu de lui.
-Le diable a eu peur qu'il ne prenne sa place, rigola Draco.
Harry pouffa et Voldemort leva les yeux au ciel en crachant une insanité peu digne d'un sorcier.
-C'est vraiment lui ? redemanda le blond en pointant toujours sa baguette sur le Mage Noir.
-C'est lui, Dray.
-Merde alors !
-Comme tu dis, et là ce n'est pas le plus difficile, crois-moi.
-Ca va faire du bruit dans le monde magique , je me demande à quoi ils ont pensés en le libérant, ces ânes bâtés ?
Harry allait demander à Draco de surveiller Severus, le temps pour lui de rendre visite à Remus et à Sirius, quand il vit sa porte voler littéralement en éclat et les deux personnes de ses pensées entrer dans la pièce en brandissant eux aussi, comme Draco, leur baguette magique vers le Lord. Lucius Malfoy entra à son tour, se répétant pour la dixième fois que Lupin et Black étaient vraiment des Gryffondors de la pire espèce, impulsifs et irréfléchis. En gros, des brutes épaisses sans aucune jugeotes.
Albus et Lucius n'ont pas pu tenir leur langue, pensa Harry qui se promis de leur faire la leçon. Lucius avait adroitement manœuvré pour savoir toute la vérité, vérité qu'il était allée raconter à Sirius et à Remus et ceux-ci avaient foncés tête baissée jusqu'aux cachots de Severus.
-Assassin ! cria Remus en s'élançant vers Tom Elvis Jédusor pour en finir une bonne fois avec lui.
-Rem ! s'interposa Harry en faisant barrage avec son corps, écoute-moi avant de faire une connerie que tu regretteras, cria-t-il lui aussi pour se faire entendre parmi la vacarme qui réveilla Snape.
Malgré cela le jeune homme fut balayé comme un fétu de paille par une furie nommé Remus Lupin. Heureusement Sirius, plus sensé sans doute surtout en voyant qu'Harry s'interposait, retint le loup de toutes ses forces et le plaqua contre lui en tentant de le calmer.
-Je veux le tuer ! continua de hurler le maraudeur dont les yeux étincelaient de rage.
-Plus tard, le coupa l'animagus, plus tard, redit-il en mettant sa tête sur l'épaule de son ami pour l'apaiser. Ne prends pas de risques, Rem, pas maintenant, plus jamais je t'en conjure.
Voldemort ricana et Harry lui balança un violent coup de pied sur le tibia pour le faire taire.
-Espèce de sale engeance, tous des bâtards, vous êtes tous des bâtards !
Sirius resserra un peu plus sa prise sur le loup, pensant qu'il allait remettre ça, mais non, il resta silencieux. Personne dans la pièce ne bougea, même Severus fixait sans oser y croire le cabot qui semblait-il avait mis un peu de plomb dans sa cervelle. Tout le monde regardait les deux amis en silence, et quand le loup-garou se tourna lentement vers Harry il le supplia du regard de lui dire que tout cela n'existait pas.
-C'est pas bientôt fini ! maugréa Severus, inutile de regarder Harry de cette façon, ce n'est pas de sa faute non plus si les problèmes sont revenus. Et puis vous ne savez pas toute la vérité, si ?
Personne n'entendit la voix furieuse du maître des potions ou personne ne voulut l'entendre défendre son compagnon.
-Je n'ai pas eu le choix, Remus, se hâta de dire le survivant. Si je ramenais Sirius je ramenais Jédusor, qu'aurais-tu fait à ma place ? Tu crois que c'était facile comme décision !
-Je sais maintenant pourquoi tu me m'as rien dit, souffla Remus qui lança un regard meurtrier à Voldemort avant d'étreindre Sirius de toutes ses forces.
L'animagus ne dit rien mais il sentit dans cette étreinte que Remus aurait agi de la même façon malgré sa haine pour le mage noir. Ils étaient amis depuis si longtemps, depuis qu'ils avaient onze ans, et une amitié comme ça était éternel.
Draco tapa du pied, ça l'énervait de voir Sirius collé à son Remus comme une sangsue. C'était lui qui aurait dû être à sa place, pas son cousin.
-Laisse Harry agir, Lupin, murmura Snape qui s'était redressé sur le canapé. Fais-lui confiance, ajouta le ténébreux maître des potions.
Sirius se jeta soudain sur Harry pour l'étreindre à son tour et le remercia de l'avoir sorti de cet enfer qu'il ne supportait plus et qui lui avait fait demandé la mort plus d'une fois.
-Si j'avais su que tu étais là, murmura Harry, voilà bien longtemps que j'aurai été te chercher. Tu ne peux pas savoir à quel point tu m'as manqué, parrain.
-Moi aussi, vous avoir tous perdu a été un déchirement, je pensais sans cesse à vous….
-Eux aussi ! persiffla Jédusor en voyant que Draco s'était approché de Remus et que celui-ci l'avait pris dans ses bras. Est-ce que vous êtes tous comme ça, des libidineux assoiffés de sexe, des vicieux, des pervers ?
-Ferme-la, Voldy, tu commences à nous fatiguer avec tes allusions d'un autre âge. Regarde autour de toi, bordel, t'es jamais sorti de chez toi ! Mais non, suis-je bête ! Un mage noir ne sort pas de chez lui, il reste terré dans son trou à ruminer des sombres desseins contre les sorciers qui ont eu le malheur de le regarder de travers. Pas de petite-amie, Tom ? On est frustré alors on raille les autres ! On est encore puceau à cinquante balais ? Pas très réjouissant ça, finalement si tu avais baisé comme tout le monde on en serait peut-être pas là.
-Harry Potter, le donneur de leçon qui couche avec son professeur…
Tout le monde fut stupéfait de voir le Lord grimacer de douleur sans savoir pourquoi, se fut quand tous se retournèrent qu'ils virent Snape reposer sa baguette en reniflant de dédain.
-Ceci ne regarde personne, affirma-t-il bien haut et fort, ce qui se passe entre Harry et moi n'a pas besoin d'être crié sur les toits.
-Tu as raison, chéri, le soutint le Gryffondor.
Pendant ce temps Remus avait attiré Draco dans un coin du salon et lui murmurait des paroles réconfortantes pour apaiser la tension qu'il y avait entre eux. Il avait vu le regard jaloux du blond, il aurait pu en rire mais il savait que Dray se vexerait. On n'était pas un Malfoy pour rien, on avait sa dignité quand même !
-Sirius est un ami, un frère, Draco, chuchota le loup contre le visage du blond. Tu n'as aucune raison d'être jaloux.
-Jusqu'à maintenant je n'étais pas certain, tu ne parles pas beaucoup, tu sais !
-Je sais, Harry me le dit souvent.
-Tu ne parles pas de nous, non plus, je dois tout deviner surtout quand tu es face à moi, tu es si difficile à cerner, si secret.
-Nous n'avons jamais parlé de nous deux, je te l'accorde, les événements ne nous y ont pas aidés et je voulais te laisser du temps pour réfléchir.
-Du temps !
-Oui, du temps, pourquoi ?
-Je suis amoureux de toi, se plaignit le Serpentard, et toi tu me parles de temps ! Comme si nous en avions à perdre, la guerre ne t'a rien appris ? De plus tu n'as plus à craindre les transformations, alors qu'est-ce qui te retient loin de moi ?
-Draco…
-Je n'attendais qu'un mot de ta part, j'espérais et toi tu ne disais rien…
-Je suis désolé, assura Remus en ramenant le corps de Draco contre le sien. Moi aussi je t'aime comme un fou, tu vois je le dis, je veux que dorénavant nous soyons ensembles, comme un vrai couple, ajouta Lupin, ce soir tu déménages dans la tour, chez moi, ça te va ?
-Et comment ça me va ! sourit le blond, heureux de la décision de compagnon. Mais où ira Sirius ?
-Dumbledore lui a fait préparer un autre appartement, et puis je crois que Sirius ne restera pas à Poudlard, il a envie de voyager, de voir le monde et c'est compréhensible quand on sait qu'il est resté enfermé pendant des années dans un endroit lugubre.
-C'est vrai, je n'aurai pas voulu être à sa place.
-Personne n'aurait voulu ça.
Draco plongea ses yeux gris brillants dans ceux du loup, et là il fut captivé par leur couleur rare mais si belle de ses prunelles. Il passa son bras autour de la taille de l'homme et pencha la tête pour recevoir le baiser que Remus était impatient de lui donner pour sceller leur accord.
Leur bouche s'unirent, lentement, passionnément, sous les yeux curieux des spectateurs dans la pièce. Snape grogna contre les exhibitionnistes qui non contents d'envahir son espace le transformaient en salon pour amoureux. Lucius souffla de soulagement qu'enfin ces deux-là se soient trouvés. Harry pouffa derrière sa main tandis que Sirius ouvrait des yeux rond comme des billes et qu'Albus Dumbledore sortait tranquillement de la cheminée.
Draco sourit quand Remus le laissa respirer, maintenant il n'avait plus rien à craindre, le loup était à lui et quiconque l'approcherait d'un peu trop près comprendrait sa douleur.
-Quel bon vent vous amène, Albus ? gronda le maître des potions en se levant de son canapé pour s'assoir sur un fauteuil. Encore une manigance ?
-Nous vous laissons, les prévint Remus, c'est pas que mais j'ai encore des copies à corriger pour demain. Je vous fais confiance pour faire ce que vous avez à faire au sujet de cet être immonde et si vous avez besoin d'un coup de main je serais heureux de pouvoir vous aider.
-Je t'accompagne, en profita le blond qui avait en tête autre chose que des copies à corriger. Et moi aussi je suis disponible, n'hésitez pas.
Harry se tourna vers Lucius puis vers Sirius.
-Nous restons, grondèrent les deux hommes qui pensaient bien que le directeur n'était pas venu pour rien.
-Que voulez-vous, Albus ?
-J'ai réussi, et ne me demandez pas comment, à me procurer des souvenirs de Tom. J'aimerai que vous les regardiez, surtout toi, Harry.
-Pourquoi moi spécialement ?
-Ca t'aidera à comprendre cet homme…
-Vous n'avez pas le droit, vociféra le voleur de corps, ces souvenirs son faux, vous ne détenez pas les bons…
-Ceux que tu as fabriqué de toute pièce, Tom ? Pour nous faire croire que cet homme que tu parasites est à ton image ? On sait que c'est faux, et en voyant ces souvenirs Harry et les autres sauront ce que tu es vraiment s'ils avaient encore des doutes sur ton existence.
Albus plaça au centre de la pièce une pensine, sa pensine, puis y versa délicatement les fioles où miroitait un liquide argenté.
-Approchez-vous, messieurs, dit-il à Harry à Lucius, et voyez par vous-même.
Sirius fut soulagé de ne pas avoir été nommé, il n'avait pas vraiment envie de replonger dans l'enfer. Severus, quant à lui, trop faible encore resta assis dans son fauteuil et invita l'animagus à demander à ce qu'on leur apporte un thé. Il en avait vraiment besoin là, il mourrait même de faim.
Tous deux s'installèrent à table, Sirius ayant pensé comme Severus se fit porter un plateau plein à craquer de bonnes choses. Severus qui n'était pourtant pas un grand mangeur, se régala avec le parrain de son amour, d'un succulent pâté en croûte, de cailles farcies aux raisins et au foie gras, d'un bordeaux à se rouler par terre, de tranches de rôti de bœuf fondantes à souhait accompagné de petites pommes de terres rissolées, et pour finir d'une assiette de petits gâteaux tous plus moelleux les uns que les autres, sous l'œil envieux d'un vieux sorcier qui n'osa s'inviter à la table de l'exécrable maître des potions et d'un Black revanchard.
-Merci, Black, fit Snape en essuyant sa bouche avec sa serviette, ce dîner fut agréable, ajouta-t-il tandis que Sirius riait sous cape.
-De rien, mon cher, pour moi aussi ce fut agréable.
Les deux anciens ennemis surent alors que leur différents étaient définitivement oubliés. Ils avaient l'un et l'autre à cœur le bonheur de Harry et son bonheur commençait par leur entente à tout point de vue.
