Hello ! Une semaine (ou presque) que nous nous sommes quittés et me revoilà comme promis !
Pas de blabla inutile, d'autant plus que ce chapitre est extrêmement long : j'ai pensé à le couper une dernière fois, mais cela n'aurait plus eu la même consistance ni le même intérêt pour vous qui attendez ce dénouement depuis trop longtemps. Alors accrochez-vous bien pour les 11 000 mots ! XP (oui, oui, 11 000 mots).
Bonne lecture !
Chapitre XXVI : Le procès (Deuxième partie)
Un éclat de voix transgressa la rumeur lointaine de la foule en effervescence, nouvelle définition du silence au Ministère de la Magie depuis quelques heures à présent. Dans la pénombre, les agents sorciers se scrutèrent sans dire un mot. L'un d'eux serra plus étroitement le poing autour de sa baguette et commença à marcher autour de la cellule ronde au cœur de la pièce. L'endroit ne laissait voir que des ombres se détachant de l'obscurité sur un fond d'air frais empestant le renfermé et l'humidité des sous-sols aménagés au plus près de la terre et de ses sources naturelles.
Un second cri s'échappa du bourdonnement constant. Le grondement s'amplifia à sa suite, comme le feulement d'un orage, haut dans des cieux invisibles. Le garde leva la tête vers le plafond tout proche.
- Qu'est-ce qui se passe là-haut ? marmonna-t-il.
- Ils essayent de contenir la foule. C'est la ruée, lui répondit le deuxième homme.
- On dirait qu'ils vont bientôt avoir besoin de renforts.
- T'inquiète. On est à l'abri ici.
- Je n'aime pas ça, c'est tout.
La rumeur distante reprit son cours « normal », de même que la ronde des agents du Ministère autour de la cage. L'ennui sévissait cruellement, malgré un éveil d'inquiétude quant à la situation en surface, et il poussa le premier sorcier à jeter un œil au-delà des barreaux, là où la pénombre était la plus intense.
Les passages secrets menant au tribunal n'étaient plus visibles pour l'heure, mais toute personne un peu renseignée sur les habitudes de celui-ci n'aurait eu aucune difficulté à comprendre que la vierge de fer des accusés à haut risque débouchait à cet endroit. Il descendait du plafond scellé un souffle brûlant vers ces couches inférieures du Ministère. Les éléments se détraquaient : la chaleur montait, elle ne parcourait jamais un chemin descendant, question de physique primaire. Habituellement, le tribunal recevait les émanations glaciales des profondeurs de ses fondations. Cette fois, la balance des éléments ne s'équilibrait pas seule.
Le garde le plus proche de la cage n'osait s'imaginer dans quel état se trouvait ce « là-haut » où se trouvait la seconde équipe de « protection ». Même les portes de l'Enfer s'ouvraient vers les hauteurs maintenant... Au contraire de la foule agglutinée comme un essaim de guêpes voraces dans les halls, lui n'aurait rien donné pour obtenir son entrée dans l'amphithéâtre-four. On lui offrait déjà gracieusement le voyage jusqu'à Azkaban, alors non merci. En fin de compte, l'homme se complaisait bien plus de sa mission aux sous-sols qu'il ne l'aurait cru lors de son assignation.
D'ailleurs, une petite voix lui soufflait au creux de l'oreille que le calme de l'accusé derrière les barreaux n'avait rien de normal. Il avait vu des esprits de tous genres défiler dans ces cachots ministériels, mais jamais de la sorte des impassibles muets. Il ignorait même que cela pouvait exister : des hommes restant parfaitement maîtres d'eux-mêmes et incapables d'exprimer la moindre once d'émotion (positive ou négative). Non pas que des larmes de crocodiles ou que des gémissements d'effroi soient d'une quelconque aide face au Magenmagot, mais de là à ne rien éprouver en surface...
Bon sang, il devait bien ressentir quelque chose. On l'avait ramené dans ces catacombes alors que son procès n'était même pas achevé. Il devait bien se douter qu'un danger quelconque le menaçait. En plus, le sinistrement célèbre Malfoy n'était pas le premier benêt venu et avait largement pratiqué cette logistique avec son paternel, comme le sien avant. C'était d'une étrangeté d'un autre monde. La fascination qu'on éprouve devant un malaise trop grand.
- C'est bientôt le moment, déclara son acolyte.
Plusieurs coups mats retentirent. Cette fois, l'accusé daigna imiter ses gardes et relever la tête à son tour, toujours sans aucune émotion pourtant. Ça s'énervait sévère dans le tribunal. Au bruit que le marteau contre le bois de la chaire produisait, on aurait pu croire qu'on le frappait juste à leur niveau, quelque part dans une autre salle derrière les murs.
- Fais-le remonter ! lança le deuxième garde.
- Pas avant d'en avoir reçu l'ordre !
Les dalles du plafond commencèrent à se desceller et une vague d'air chaud embrassa chaque recoin des sous-sols.
- C'est tellement le bordel qu'ils en oublient les ordres, fais-le remonter maintenant !
Le garde jaugea une dernière fois l'accusé. Toujours rien de changé. Son échine en trembla.
D'un mouvement de baguette, il fit s'élever le siège du captif qui disparut lentement dans les boyaux surchauffés de l'institution sorcière.
La lumière corrosive ne transforma rien à l'expression implacable du Serpentard sorti des ténèbres pour reprendre sa place dans le monde étréci de la vierge de fer. L'agitation était effectivement extrême autour de lui et des vivats fusèrent dès que le sol de marbre fut à la hauteur de ses yeux de mercure. La charge de l'air dans l'amphithéâtre était insoutenable.
Une chaleur digne d'un pic de canicule faisait craquer le bois des strapontins et rougir les fers autour des poignets de Drago. La concentration humaine excessive injectait de la moiteur composée de sueur, de salive et de soupirs dans l'atmosphère encombrée des lieux. Celle-ci se nourrissait de l'attitude extatique de l'assistance, réjouie par les passes impitoyables entre les deux camps au combat, et de la tension grandissante entre ainsi qu'au sein des partis déjà installés pour prendre la suite de la séance.
Le Président du Magenmagot attendit une minute après la fin de la remontée. À sa fin, il se saisit de sa baguette et la dirigea vers sa gorge.
- Silence !
Chaque tête dans l'audience se tourna vers lui.
- L'usage des baguettes dans ce tribunal ayant été interdit jusqu'à nouvel ordre, je rappelle à l'assemblée que la prochaine sanction sera l'évacuation pure et simple et le déroulement à huit-clos de ce procès !
Le mutisme tomba comme une enclume sur la salle. Avoir été privé de leurs baguettes durant la pause semblait, pour l'instant, suffire aux sorciers de l'assistance. Personne ne souhaitait perdre son privilège de « spectacle ». Une certaine tension restait pourtant palpable rien que dans les tics nerveux. Un rien pouvait de nouveau mettre le feu aux poudres.
Le Président s'en contenta.
- Puisque le message semble entendu, la séance peut reprendre ! Le Magenmagot aimerait maintenant se pencher sur le chef d'accusation concernant l'usage de la magie dans le cadre du monde moldu, en présence de moldus. Messieurs, qui commencera ?
Les deux avocats se jaugèrent de part et d'autre de la « fosse ». L'intervention de Blaise dans la première partie de la séance se basait sur l'effet de surprise, désormais envolé. Son adversaire avait été pris de court, persuadé qu'il argumenterait pour l'ornement, seul devant le Magenmagot. Son argumentaire avait été revu sur le moment. Encore que, le sorcier noir lui avait laissé la parole en premier.
Néanmoins, le fils Zabini avait bien conscience que les dix minutes de pause n'avaient pas profité qu'à eux, Serpentards et Gryffondors. L'avocat du Ministère aurait, sans aucun doute, mis à profit ces instants de répit hors assemblée. Le laisser parler en premier lieu les avait avantagés. Mais l'épée était à double tranchant : s'ils ne montraient pas autre chose que la réponse d'argument à argument, le Magenmagot risquait de retenir une pénalité contre eux et de ne pas pleinement entendre leur voix. Blaise savait qu'ils devaient désormais prendre l'autre penchant de cette tactique, pour tenter de créer un autre effet de surprise.
- Je le ferai, déclara-t-il d'un ton assuré.
Son opposant s'inclina, moqueur, puis regagna son espace réservé dans les gradins opposés selon une posture nonchalante. Ses feuilles étaient déjà organisées en fonction de son plan d'attaque. Il ne faisait qu'attendre son tour.
Le regard du fils Zabini parcourut les gradins. Les visages étaient avides. De la salive pointait presque aux babines : on réclamait de la charpie. Trop de passe-passe ne leur ferait aucun bien, aussi Blaise choisit d'aller droit au but, dans la mesure du possible.
- Mesdames et messieurs les jurés, je n'irai pas par quatre chemins, non pas par manque de courage mais par respect pour une audience préalablement lassée des mascarades inutiles des discours. Notre audience ne réclame que la vérité, rien de plus. Et l'on sait tous que la vérité ne se pare que très rarement de grands artifices.
« L'usage de la magie dans le monde des moldus ne devrait pas avoir cours. Effectivement, chacun ici le sait, les décrets pour préserver le secret concernant l'existence de notre monde et de nos pratiques hors du commun, pour les simples moldus j'entends, sont nombreux et parmi les moins inflexibles de toute notre constitution. Si l'on retire de la balance toutes les condamnations prononcées pour détournement d'objets moldus, les condamnations et rapports d'usage de la magie en présence de moldus restent tout de même les plus nombreux aux côtés des rafles de partisans de la magie noire ce dernier siècle. Ce danger de révélation est bien reconnu.
« Mais, à chaque fois, s'agit-il forcément d'un sorcier séjournant dans le monde moldu ? On admettra que demeurer dans le monde moldu plutôt que d'y passer accroît les risques d'infraction, néanmoins, la présence d'un sorcier dans un monde donné n'implique pas obligatoirement la révélation de sa nature profonde. De nombreux sorciers ont établi leur vie domestique dans le monde moldu sans qu'aucun incident n'ait été reporté. À quel moment doit-on considérer que c'est un problème ? Quand le trafic aux points d'accès au Ministère depuis ce même monde moldu devient si important qu'il intrigue les hommes et pousse certains curieux à l'investir parfois ? Quand on choisit d'établir un certain pourcentage des entrées des visiteurs de notre monde au moyen de cabines téléphoniques londoniennes, pour ne citer qu'elles ? Le monde moldu est rempli de notre magie.
« Les brigades d'intervention dans le monde moldu vous le diront : il est rare qu'elles passent inaperçues à partir du moment où elles doivent gérer des cas d'invasion flagrante et persistante de la magie dans l'autre monde. Les moyens nécessaires pour ramener le calme et la normalité sont parfois musclés et source d'intérêt pour les hommes.
« Les écrits de ceux-ci comportent bon nombre de références très exactes à notre monde. On sait d'ailleurs maintenant que certains sorciers ont écrit eux-mêmes ces textes. Les considère-t-on comme une infraction pour autant ?
« Mr. Malfoy a passé plusieurs années dans le monde moldu sans que presque personne ne le sache et jamais aucun incident n'a été recensé. Ne travaillant pas au Ministère, Mr. Malfoy n'a pas été obligé de se mêler à l'incroyable flot qui prend place dans les rues moldues chaque jour. Causer des troubles dans cette situation d'immobilisme relèverait du mystique. Et puis, Mr. Nott nous l'a confirmé tout à l'heure, Mr. Malfoy avait la volonté de s'intégrer dans le monde moldu et certainement pas d'en perturber le fonctionnement, comme certains trouble-faits, ou de mettre la société sorcière en péril par ses actions.
« Mr. Malfoy, confirmez-vous mon analyse ?
L'avocat du Ministère retint un gloussement d'amusement, comme on en aurait face à un bleu de sa caste pratiquant ses débuts devant ses maîtres attendris par ses maladresses.
Drago, qui n'avait pas bronché depuis son retour dans le tribunal, fixa intensément Blaise d'un seul coup. Assister à la naissance d'expressions sur un visage dénué de toute émotion depuis le départ était déstabilisant. Le sorcier noir retint son souffle : pendant une seconde, Lucius était face à lui. Une figure pâle et froide, les muscles de la bouche retombant en un rictus agressif et dédaigneux, l'ironie mordante à la place des pupilles.
Son intérêt ne se focalisa pas longtemps sur le fils Zabini. Il se dirigea vers l'avocat du Ministère qui, après un moment, perdit sa posture désinvolte et fronça les sourcils.
Dans les gradins opposés, Harry suivit le mouvement du Serpentard. Un sifflement réprobateur fusa de derrière ses dents. Ron le considéra, inquisiteur, tandis que Drago répondait d'une voix tranchante.
- Je n'ai jamais utilisé la magie dans le monde moldu, sauf urgence.
L'avocat du Ministère se pencha vers l'avant, la curiosité ravivée. Un sourire naquit chez lui.
- Si vous le dîtes, Mr. Malfoy. Si vous le dîtes.
Blaise pris trop de temps pour formuler son objection et préféra se taire. Le changement soudain dans l'attitude de Drago faisait carburer son esprit sur beaucoup trop d'autres plans pour que ses réflexes n'en soient pas affectés. Sa confusion ne devait pas se voir.
- Vous n'avez donc jamais manipulé de magie en présence de moldus ? relança-t-il.
- Sauf urgence, je viens de le dire.
La réponse ne lui était même pas adressée. Le blond ne quittait pas « d'une semelle » son adversaire, dans les gradins. Ça ne prouvait pas son point, aussi il réessaya une dernière fois d'amener l'interrogatoire là où il le voulait.
- Rien n'a jamais été reporté. Vous êtes d'accord avec ça ?
- La discrétion est un don, siffla le Serpentard.
Le sorcier noir jaugea le captif de la vierge de fer avec beaucoup de prudence, en apparence, et d'incompréhension en son for intérieur. Drago était resté de marbre jusqu'à présent et le voilà qui commençait à se payer d'audace devant un jury attentif et, il fallait l'avouer, au plus mauvais moment possible. Peut-être le blond trouvait-il son argumentaire fadasse et glissant ? Peut-être essayait-il de l'aiguiller vers un regain d'agressivité ? Cependant, le message manquait tellement de subtilité que Blaise en doutait sincèrement. Si le but restait de le faire taire, c'était réussi. Son esprit ne parvenait plus à accrocher une suite logique à cet argumentaire. Il perdait du temps inutilement tout en poignardant sa propre crédibilité dans le dos. Déstabilisé, le fils Zabini préféra se retirer.
- Pas d'autres questions.
L'avocat du Ministère prit aussitôt la relève. Était-ce le nouveau rapport de force qui semblait s'être établi entre lui et l'accusé ou l'atmosphère soudainement silencieuse dans les gradins ? Rien ne joua plus en la faveur d'une hypothèse que d'une autre pour expliquer l'air enjoué de leur adversaire.
- Qu'est-ce qui vient juste d'arriver ? murmura Ron, incrédule.
- Je ne sais pas, mais ça ne prend pas une bonne tournure pour moi, lui répondit sa fiancée.
- Je crois que Drago s'impatiente, commenta Blaise en s'installant dans son espace réservé.
Théodore nia. Pourquoi diable leur ami s'énerverait-il alors que leur camp était en bonne posture jusqu'à maintenant ? À moins d'appliquer une tactique ? Non, sûrement pas, autrement Blaise en aurait compris les subtilités. Or, le sorcier noir semblait tout aussi perdu qu'eux.
L'ancien espion scruta son ami dans la cage, leur adversaire, de nouveau le blond... On aurait sincèrement dit qu'une connexion s'était brièvement accomplie entre les deux hommes dans la fosse. Ses pupilles brunes glissèrent sur Harry à sa gauche.
Se pouvait-il que le survivant ne soit pas le seul à fouiller les esprits ? L'intelligence primant chez Drago, celle-ci lui soufflerait de répondre en fonction de ce qui se trouvait dans les intentions de la personne face à lui. Suivant cette logique, une pensée de l'avocat du Ministère avait dû le piquer au vif et avait réussi à lui faire perdre toute notion de contenance. D'ailleurs, au vu du sourire arboré par leur opposant, celui-ci l'avait compris. Et il allait s'en servir.
- Mr. Malfoy, qu'entendez-vous par « urgence » ?
- Vous avez besoin d'une définition ? Je vous croyais pourtant suffisamment renseigné pour connaître les dictionnaires.
Des jurés bougèrent inconfortablement dans leurs sièges. Le pouls de l'ancien espion s'accéléra.
- Drago, non, murmura Théodore.
- Il serait intéressant de connaître votre définition puisque c'est dans ces conditions que vous pratiquiez la magie dans le monde moldu, Mr. Malfoy, répondit l'avocat du Ministère. Ce que vous venez par la présente de reconnaître, soit dit en passant.
- J'en manipulais toujours moins que les sbires qui travaillent pour ce Ministère.
Le fils Nott se pencha vers Blaise.
- Fais quelque chose ! chuchota-t-il furieusement. Il part en vrille !
- Quoi ?! Que veux-tu que je fasse ?! Si tu vois une solution, éclaire-moi ! rétorqua Blaise sur le même ton.
Théodore se replaça correctement dans son siège. Ses dents grincèrent dans une tentative désespérée de regagner son calme.
- Voulez-vous dire par là que vous êtes en mesure d'assurer à cette audience qu'aucun moldu n'a jamais été le témoin direct de votre magie, Mr. Malfoy ?
- Pouvez-vous en faire de même pour vos hommes ? cracha Drago.
Hermione soupira douloureusement. À moins de crier au feu aucune solution ne paraissait suffisante pour être appliquée. Et quoi que la chaleur infernale dans ce tribunal soit légitime, un vieux diction moldu déclarait bien qu'il n'y avait pas de feu sans fumée...
À ses côtés, Harry cacha sa bouche avec son poing pour prévenir une toux. Ou du moins le crut-elle au premier abord.
- Impero.
La jeune femme faillit s'étrangler. Son ouïe venait de la tromper, n'est-ce-pas ? C'était une erreur ? Le coup de chaleur en préparation sous son cuir chevelu lui faisait prendre des choses pour d'autres. L'expression fascinée de Théodore démontrait pourtant le contraire, à sa plus grande détresse.
- Tu es totalement fou, le réprimanda Hermione. J'aimerais ne connaître aucun de vous à l'heure actuelle !
- Et moi, je ne comprendrais jamais comment tu n'as pas fini à Serpentard, Potter, souffla l'ancien espion.
Même lui n'aurait pas songé à ce genre d'extrême. De toute façon, balancer un sortilège impardonnable sans baguette relevait d'un niveau qu'il ne possédait pas. Une autre sorte d'adrénaline prit le relais dans ses veines.
- Mr. Malfoy, voulez-vous que le Magenmagot ajoute outrage à la cour magistrale sorcière à la liste de vos charges ?! s'énerva le Président. Laissez la provocation à votre avocat et répondez aux questions !
Drago ne prêta pas attention à cette réprimande. Menton contre la poitrine, ses traits étaient durcis en grimace. Ses doigts serraient les accoudoirs avec force et il sembla à Hermione que le blond s'enfonça d'un coup dans son siège. À sa droite, Harry eut un soubresaut à son tour. Un faible gémissement s'échappa de ses lèvres tandis qu'une main venait couvrir sa cicatrice. La sorcière surdouée hocha la tête, satisfaite par le retour de flamme de l'héritier des Malfoy.
- Je reprends une dernière fois ma question, Mr. Malfoy, reprit leur opposant. Pouvez-vous m'assurer que vous n'avez rien fait pour mettre la société sorcière en danger lors de votre séjour dans le monde moldu ?
Hermione retrouva une respiration sereine en même temps que Drago : le Serpentard avait très certainement fermé son esprit à tout flux, extérieur ou intérieur. Il n'irait pas creuser davantage dans les esprits et plus personne ne pourrait jouer avec le sien.
La jeune femme ne cautionnait pas, loin de là, mais l'Impero de l'élu avait eu le mérite d'assagir le Serpentard. Probablement avait-il réalisé qu'on ne jetterait pas un tel sort sur lui inopinément, surtout dans ces conditions.
- J'ai respecté les règles du code des sorciers, déclara Drago. C'est tout ce que j'ai à dire.
- Vous coopérez enfin ! s'exclama l'avocat du Ministère. Si j'en ai fini avec les questions pour l'heure, j'aurais un point à ajouter à l'attention du Magenmagot.
« Les allégations de Mr. Zabini sont justes. Les sorciers représentent un flux considérable dans le monde moldu. Nous passons une bonne partie de notre temps de réflexion pour trouver des idées qui amélioreraient ce point que je partage volontiers avec mon adversaire : il passe rarement inaperçu.
« Néanmoins, quand Mr. Zabini vient à mettre en cause les brigades d'intervention, je ne suis pas d'accord : sans elles, notre monde ne serait pas aussi imperméable que maintenant. Libre aux simples d'aller écrire des histoires de bonshommes à chapeaux pointus et robes à califourchon sur des balais. Le peuple moldu le prend comme un folklore bienvenu et fou. En soi, cette liberté de création n'a jamais fait l'objet de répressions dans la mesure où elle ne fournit pas d'indice trop prégnants aux moldus.
« Pour résumer, si l'on parle des brigades d'intervention, on doit accepter de tout dire. Mr. Zabini l'a parfaitement expliqué plus tôt : une action n'est pas répréhensible dans la mesure où elle prend place dans les limites de la loi. Les bridages sont légales. Les agissements de Mr. Malfoy dans le monde moldu, avoués à l'instant, ne sont pas légaux.
« Il y a une double infraction ici, en réalité. La restriction de l'usage de la magie est trop souvent confondue avec l'utilisation effective de magie, tels que des sortilèges. Mais je rappelle à tous qu'une clause concerne également les objets magiques. Il faut se souvenir de qui l'on a en face de nous : une des plus grandes familles de Sangs-Purs existant encore à ce jour. On est en droit de se demander si Mr. Malfoy n'aurait pas conservé des reliques familiales à grande charge magique ? Nous ne pouvons pas le savoir étant donné que le lieu de résidence de notre accusé n'a toujours pas été révélé que ce soit par nos soins ou par ceux de son camp. Mais au-delà de toute considération relative à sa famille, qui serait peut-être exagérer, je crois bien me souvenir que Mr. Nott a affirmé avoir fourni son ami en potions. Pour des raisons économiques évidentes, on peut supposer que Mr. Nott ne lui apportait pas une fiole au coup. Il a donc bien fallu que Mr. Malfoy possède un stock dans son lieu de résidence. Ceci couplé au désir de Mr. Malfoy de vouloir s'adapter à son milieu de vie, compréhensible, suppose un relationnel moldu, même éphémère. Des moldus auraient donc été en proximité directe avec des objets magiques. Et cela représente une violation du décret sur l'usage de la magie.
- Objection ! Vous ne vous basez que sur des suppositions ! Sans preuves, une telle démonstration n'est pas recevable ! s'interposa Blaise.
- Des preuves ? Mais je vais en présenter, que tout le monde ici se rassure. Juste une dernière question pour Mr. Malfoy, simple curiosité. Quel est le profil de votre baguette ?
- Bois d'aubépine, cœur en crin de licorne, 25cm, hésita le blond interloqué.
- Crin de licorne, vraiment ?
- Est-ce d'une quelconque utilité ici ? demanda le Président, lassé. Le Magenmagot aimerait passer à la suite.
- Non, veuillez m'excuser. Je voudrais donc appeler un précieux témoin à la barre puisque Mr. Zabini a, de toute évidence, oublié son importance dans cette partie de la séance.
L'homme dans la chaire autorisa la manœuvre d'un signe agacé. L'avocat du Ministère se tourna alors vers les gradins du groupe de Serpentards et Gryffondors, radieux.
- Mr. Weasley, me feriez-vous l'honneur ?
Ron croisa les jambes, les décroisa, se redressa dans le siège, recommença. Bordel ! Il était tout de même un Auror ! À partir de quel stade devenait-il anormal de sentir ses oreilles rougir comme une midinette devant un bouquet de fleurs ? Malgré la sagesse qu'il s'insufflait, ses gesticulations ne cessèrent que par intermittence une fois son esprit occupé par l'interrogatoire.
- Mr. Ronald Weasley, je ne doute pas un seul instant que le Magenmagot, comme l'audience, vous connaît au moins de nom pour vos actes héroïques et votre dévouement en tant que sorcier. Certaines personnes se souviendront également du travail admirable de votre père, Arthur Weasley, au département des objets moldus détournés. Ce dont je doute, c'est que chacun ici sache précisément quelles fonctions vous avez occupées depuis la fin de la guerre. Aussi, pour que l'on s'accorde sur la validité de votre statut de témoin dans ce procès, je vous demanderai de décliner votre identité, commença l'avocat du Ministère.
Ron déglutit. Il n'était plus rouge, il voyait rouge. Le ton mielleux et, plus que le reste, l'utilisation ironique de l'adjectif « admirable » pour qualifier le travail de son père ne passait pas.
Cette situation se plaçait aisément en tête de liste des pires de toute sa vie. De manière inattendue, ce procès se révélait être un véritable chemin de crois pour lui : Harry d'un côté, son statut d'Auror de l'autre, son intégrité en tant que personne ici, et Malfoy là-bas... Rien que le fait qu'il soit déclaré témoin dans cette affaire fâchait et arrangeait tous les camps en même temps. Le Magenmagot devait accepter qu'un de ses meilleurs agents ne se range pas de son côté, et ça faisait tâche, même en admettant qu'il allait tout de même témoigner sous la direction de leur camp. Quant à leur camp à eux, il représentait un réceptacle de toute leur confiance, et pourtant le roux sentait le regard piquant de furie de Malfoy dans sa nuque. Être défendu par une de ces belettes rousses : l'abaissement total !
- Mon nom est Ronald Bilius Weasley, sixième et dernier fils de la famille Weasley. Je suis employé au Ministère au département des Aurors depuis plusieurs années déjà, où ma fonction est d'intervenir sur des cas reportés comme difficiles et plus particulièrement tout ce qui touche aux mages noirs, comme on les appelle.
Ironiquement, il lui avait fallu arriver jusqu'à ce moment pour que le cadet des Weasley se rende compte que la partie « magie noire » et pas « mages noirs » (entendez par-là sorciers déviants, Mangemorts ou Voldemort bis) revenait à Harry depuis le départ. Et après on s'étonnait encore qu'il sache la manipuler avec la plus grande simplicité au monde...
- Durant votre carrière, vous est-il arrivé de vous rendre dans le monde moldu dans le cadre de votre travail ?
- Cela ne fait pas vraiment partie de mes fonctions principales, mais cela m'est arrivé plusieurs fois, oui. Tout dépend des besoins du département ou des missions qu'on nous assigne.
- Récemment, votre participation à ces missions s'est accrue, exact ?
- C'est-à-dire que ça donne un avantage pour être promu en premier, alors vous savez, plaisanta le roux.
L'avocat haussa un sourcil. Un juré se racla la gorge. Blaise se frotta les yeux dans son coin, consterné. Tant pis ! Il préférait largement mettre en avant une revendication matérielle et superficielle et passer pour un opportuniste plutôt que de révéler ses véritables intentions : à l'époque, il cherchait encore Harry. Rien ne devait impliquer le sorcier légendaire, de près ou de loin, dans ces charges d'accusation.
- Enfin, je veux dire : oui.
- Malgré les restrictions et les décrets formulés en masse, les infractions quant à l'usage de la magie dans le monde moldu sont beaucoup plus fréquentes que l'on ne pourrait le penser. Vous êtes vous-même intervenu sur plusieurs cas fâcheux, Mr. Weasley ?
- C'est exact.
- J'aimerais m'arrêter sur ce point avec vous et profiter de votre expertise en la matière, Mr. Weasley.
Les jambes de celui-ci bougèrent nerveusement. Encore cette ironie ! Il allait faire bouffer sa langue à cet avocat de ses deux ! Il dut mobiliser toute sa volonté pour ne pas tirer la langue comme un gamin alors que l'homme se tournait pour prendre un papier sur son bureau.
- Il y a quelques mois de cela, vous vous êtes rendu dans le monde moldu pour résoudre une perturbation due à l'utilisation de la magie. Votre rapport, que je présente ici, indique que vous avez dû pratiquer un contre-sortilège sur pas moins d'une vingtaine de personnes dans un lieu public moldu. Je cite vos notes : « Traces de combat effacées à l'aide d'un sortilège réparateur. Une seule source de magie nettement repérable. Enquête postérieure requise pour l'appartenance du flux. » Reconnaissez-vous le dit document ainsi que ces allégations ?
Ron saisit le papier tendu et le parcourut avec attention. Il flairait très nettement le piège. Tout était en règles pourtant. Il rendit la feuille en acquiesçant, méfiant.
- Cette enquête que vous suggérez dans ce rapport a-t-elle été effectuée ?
- Oui.
- A-t-elle permis de définir le profil de cette magie qui se démarquait du reste ?
- Je pense, mais je ne saurais pas vous en dire plus. Tout ça part dans un autre département plus qualifié après notre intervention.
- Vous avez raison, bien sûr, Mr. Weasley. C'est pourquoi je me suis permis d'aller chercher ces renseignements dans le département dont vous parlez.
L'avocat se saisit d'autres documents.
- Un peu de lecture ? ria-t-il. « L'expertise réalisée sur les lieux incriminés par le rapport n°. . . . . . de l'Auror Ronald Bilius Weasley, a permis d'établir un profil approximatif de baguette. Les tentatives de traçage ont toutes échouées et n'ont donc pas permis d'établir avec plus de précision l'apparence de la baguette ou son possesseur. Le processus de recherche et de localisation suivra son cours selon les procédures prévues par le code sorcier.
Profil de la baguette : une longueur entre 20 et 25cm, très vraisemblablement en bois de rosacée, aubépine ou rosier, complétée avec certitude d'un cœur en crin de licorne. Dernier sortilège connu : transplanage de masse vers une destination indéterminable. »
Une massue venait de tomber directement sur Ron. Le piège était vicieux et inévitable.
Dans les gradins, Théodore trembla. Il était rare dans un procès de lancer ce genre de coïncidences sans qu'elles ne se révèlent être des preuves inéluctables au final. Drago n'avait pas pu commettre une telle erreur de débutant, si ? Utiliser sa baguette pour transplaner impliquait une magie corrompue par des sentiments trop forts et donc un besoin de s'appuyer sur un autre moyen pour se réaliser, ou bien un transport de poids mort...
L'ancien espion écarquilla les yeux. La brasserie moldue dans laquelle Potter, Drago et lui avaient foutu le bordel alors que les deux premiers se retrouvaient pour s'arranger et que lui les espionnait depuis une table, métamorphosé... Il avait fini assommé et s'était réveillé dans l'appartement protégé par le secret magique, et donc intraçable.
Un soupir de désespoir franchit ses lèvres. L'envie de distribuer des baffes n'avait jamais été si forte. Les visages de son clan se décomposaient les uns après les autres en ne trouvant aucun soutien nulle-part pour les rassurer. Même les tâches de rousseur de Ron semblaient s'estomper. Incapable d'en supporter davantage, Théodore enfouit la tête dans ses mains.
- Bois d'aubépine, cœur en crin de licorne, 25cm. C'est bien là la description de votre baguette, Mr. Malfoy ?
Le son avait déserté les cordes vocales de Drago depuis longtemps. Blême, son hoquet de surprise n'avait même pas eu suffisamment d'énergie pour sortir de son corps.
- Vous ne vous en souvenez plus ? Je peux demander l'avis du greffier si vous préférez.
L'avocat se tourna vers un homme en toge noire, à la droite du Président, qui supervisait une plume à papotes. D'un geste, il l'écarta du parchemin et inspecta les lignes, une main sur ses lunettes grossières.
- Juste avant que Mr. Weasley ne soit appelé en tant que témoin, j'ai la même description de la part de Mr. Malfoy : « Bois d'aubépine, cœur en crin de licorne, 25cm ».
Ron n'accordait plus de regard à personne. Il pouvait sentir le survivant bouillir depuis la fosse, furieux qu'il ait préféré effacer une seule trace plutôt que toutes. Comment aurait-il pu savoir que l'élu était déjà en contact avec Malfoy à cette époque ? Tout ce qui le préoccupait était la pente descendante de son ami d'enfance, certainement pas les états d'âmes d'un satané serpent.
- Vous avez donc bel et bien utilisé la magie dans le monde moldu, Mr. Malfoy, affirma l'avocat du Ministère.
- Il a dit qu'il l'avait manipulée en cas d'urgence, grogna Blaise depuis son pupitre. Le rapport fait état d'un combat. Un affrontement entre sorciers n'est-il pas une définition de l'urgence selon vous ?
- Mr. Zabini, veuillez ne pas parler sans y être autorisé ! réagit le Président. Vous devez d'abord formulez une objection pour...
Le sorcier noir ne l'écouta pas. Il se redressa et tapa du poing sur la table.
- La légitime défense rentre parfaitement dans le cadre légal ! Que faîtes-vous de cet autre sorcier non identifié ? Lui aussi devrait être jugé pour utilisation illégale de la magie dans ce cas ! Un combat suppose au moins deux personnes pour...
- Mr. Zabini, je vous somme de vous taire !
- Quoi ? C'est une objection que vous voulez ? Parfait ! Objection ! Le rapport établit seulement un profil « approximatif » de baguette, je cite ! Des milliers de baguettes pourraient correspondre à la description ! Cela ne prouve rien tant qu'on n'a pas réussi à remonter à la source !
Le Président hésita un instant. Blaise était en nage et reprenait difficilement son souffle. Finalement, l'objection fut accordée et la confiance naquit de nouveau dans le camp des Serpentards et Gryffondors. Leur adversaire s'en rendit immédiatement compte. Son sourire de revanche n'en fut que plus brillant.
- J'attendais que vous souleviez ce point, Mr. Zabini. Le faire moi-même aurait été d'une prétention sans bornes ! Savez-vous comment le Ministère a été capable de retrouver Mr. Malfoy ?
L'avocat marqua une pause durant laquelle il chercha un possible génie dans l'audience.
- Non ? Personne ? Jusqu'à dix-sept ans, chaque sorcier possède la Trace qui permet de repérer les utilisations de magie, baguette ou non. Après cet âge, elle est automatiquement supprimée. Néanmoins, il est possible avec des techniques avancées de la rétablir partiellement.
« Le rapport des experts de traçage explique que le processus légal suivra son cours : le dernier recours pour retrouver le propriétaire d'une baguette est de placer la Trace sur sa baguette. Ce n'est pas infaillible, certes, car un bon sorcier sait utiliser sa magie sans l'appui de sa baguette, et même masquer le déclenchement de celle-ci. Mais sur une période suffisamment longue, la faille finit toujours par apparaître.
« Le Ministère a donc autorisé l'application de la Trace à cette baguette de description approximative. Après tout, on en avait identifié un flux précis. L'attente a été longue, à tel point que les experts ont cru que le possesseur était mort tant sa baguette restait inactive. Néanmoins, elle aura été fructueuse. Car, la semaine dernière, un signal de transplanage très vif, influencé par une émotion forte, nous a permis d'avancer dans l'enquête.
L'avocat s'interrompit, rejoignit son pupitre et glissa une main dans son sac. Il en extirpa une enveloppe transparente. Sous les scellés, une baguette noire au pommeau orné d'émeraudes.
- Bois d'aubépine, cœur en crin de licorne, 25cm, relativement souple, vendue à Mr. Drago Lucius Malfoy à sa première rentrée à Poudlard. Identifiée par Mr. Ollivanders lui-même, annonça l'avocat. Retrouvée sur notre accusé lors de son arrestation, il y a une semaine de cela.
Blaise se laissa retomber lourdement dans son siège. Hermione retint avec difficulté les larmes qui perlaient aux coins de ses yeux couleur châtaigne. Drago, lui, ne quittait plus sa baguette du regard, effaré qu'un objet d'une telle confiance ait pu le trahir. Il ne l'avait pas utilisée depuis des mois mais avait choisi depuis peu de la porter de nouveau, juste au cas où. Un transplanage et on lui mettait le grappin dessus... Tu parles d'un sorcier !
Le Président asséna un lourd coup de marteau.
- Le Magenmagot en a assez entendu sur ce point, déclara le Président. Concernant le chef d'accusation de la désertion, le Magenmagot estime avoir assez de matériel pour délibérer librement. Néanmoins, conformément au code des sorciers qui stipule que chaque charge doit être discutée par les deux partis, il serait de bon usage d'entendre ce que chacun a à présenter. À la seule condition que les détails que vous pourriez fournir n'aient pas déjà été entendus précédemment.
- Je parle depuis trop longtemps, aussi je vais laisser mon adversaire s'exprimer, s'inclina l'avocat du Ministère.
Blaise était dégoûté. On ne cherchait même plus à cacher que le procès était biaisé. Le Magenmagot utilisait la suprématie qui lui était accordée vis à vis du déroulement des séances. C'était noir sur blanc dans le code sorcier : « Le Magenmagot se réserve tout droit de... ». Voilà, tout était dit : on se réservait tous les droits, pas besoin d'énumérer la suite.
Le fils Zabini secoua la tête devant le nombre ahurissant de personnes subitement à son écoute. Quelques « spectateurs » montrèrent des signes d'impatience. Mais Blaise n'avait rien à ajouter de différent. Il lui semblait que tout avait été dit, et que, pourtant, cela n'était pas suffisant. À quoi bon s'enfoncer et se rendre pitoyable inutilement ?
Un gant d'acier enserra son épaule. En arrière, Théodore devait le maudire de tout son être. Et il avait raison : le moment était vraiment mal choisi pour se résigner au silence. Mais qu'ajouter ? À contre cœur, le sorcier noir se mit debout. Il s'éclaircit la gorge.
- Bien qu'ayant, sans aucun doute, pour but premier et final de persuader l'assistance, mon discours est ici imprégné de subjectivité. Et il est difficile pour moi de m'y soustraire, car cette affaire me touche de près, et même temps il est également ardu pour moi de m'y résoudre, car je suis avant tout un juriste. Mais, de mon point de vue, il n'existe pas d'autre plan sur lequel se baser pour étudier la question de la désertion. C'est quelque chose dont on doit décider en son âme et conscience, personnellement, devant une série de faits qui ne peuvent que faire l'objet d'une interprétation subjective, malheureusement. Tout simplement parce qu'il est impossible de sonder toute la psychologie d'un être.
« Je me contenterai donc de dire que la désertion, pour être effective, requiert un détachement non autorisé vis à vis des autorités sorcières. Depuis la fin de la guerre, Mr. Malfoy n'a jamais été en relation avec le Ministère de quelque manière que ce soit, en dehors de ses divers témoignages en tant que membre de l'Ordre du Phénix en défaveur du mage noir et de ses partisans. Il n'y avait donc, pour lui, aucune démarche spécifique à suivre pour pouvoir prétendre à la retraite du monde magique quelques temps, comme on peut imaginer qu'il soit nécessaire d'en passer par là pour se reconstruire après des épreuves dont tout le monde se souvient encore.
« Vous me direz que rien ne vous garantit les intentions profondes de Mr. Malfoy, je suis d'accord. Et pas du tout en même temps. La meilleure preuve que vous pouvez avoir sur ce sujet est la marque de sa collaboration avec le Magenmagot, malgré quelques coups d'éclat dus à la lassitude. Il vous a apporté et vous apportera toutes les réponses dont vous pourriez avoir besoin.
« En ce qui me concerne, un sorcier ne renie jamais sa nature. La preuve en est que Mr. Malfoy poursuit l'utilisation de la magie, même exceptionnelle. Ses relations sorcières en sont aussi une marque. Aussi, à mon humble avis, je ne m'attarderais pas sur le terme de « désertion » pour regarder dans le détail.
Blaise se tut et se rassit. Théodore lui tapota doucement l'épeule. Un dernier plaidoyer sincère et simple était tout ce qu'il fallait.
Le Président se tourna vers leur adversaire. Celui-ci afficha une moue dubitative, comme hésitant quant à la marche à suivre pour son propre discours.
- Pour ma part, je ne peux que partager les bons sentiments de mes adversaires qui incitent à prendre le temps de la réflexion et adopter le plus grand sérieux pour considérer cette question. Mon avis personnel sur ce sujet est le même que Mr. Zabini, néanmoins, en tant qu'avocat du Ministère, je ne peux qu'essayer de démontrer la réalité de cette accusation. Il est tout à fait possible de le faire, d'ailleurs. Mr. Zabini ne s'est pas engagé dans ce chemin, probablement par fatigue et par peur de ne pas peser suffisamment lourd dans la balance. C'est juste. Aussi, pour ne pas aggraver la situation et aller à l'encontre de mes idéaux personnels, je me contenterai de poser les bonnes questions aux jurés.
« Je commencerai par un paradoxe sur l'utilisation de la magie. Bien qu'elle soit reconnue comme un délit dans notre cas présent, il m'est difficile d'imaginer un Sang-Pur ne connaissant que la magie cesser d'utiliser celle-ci dans sa vie quotidienne. Moi-même qui ne suis pas de cette caste, j'en éprouverais beaucoup trop de difficultés. Ne serait-ce donc pas un reniement de sa nature profonde ? Cela ne fait pas tout, bien sûr : un sorcier doué peut masquer sa magie, ce que Mr. Malfoy est très probablement capable de faire.
« Si l'on pousse le raisonnement plus loin, on peut se demander pourquoi un Sang-Pur qui, par définition, a du mal avec les moldus, irait s'installer de son plein gré dans leur monde ? En supprimant ensuite ses visites dans le monde sorcier et bon nombre de ses relations dans celui-ci ? Mr. Zabini pourra nous éclairer sur ce point, lui-même avait perdu toute trace de Mr. Malfoy encore quelques mois plus tôt. On peut sentir une certaine interrogation émaner de vous-même, cher collègue, me trompe-je ?
« Je passerai volontiers sur le côté administratif, trop exploité dans cette séance, qui démontrerai que Mr. Malfoy a failli à son devoir de citoyen sorcier par rapport à des papiers officiels nécessaires chaque année. Et je terminerai simplement en rappelant la première phrase prononcée par Mr. Malfoy dans ce procès par rapport à ses intentions vis à vis du monde magique : « La moitié du monde magique me considérait déjà comme mort, alors très sincèrement, ça ne représentait pas d'intérêt à mes yeux ». Ce sera tout.
Blaise resta interdit. Son adversaire ne le regardait plus avec animosité, ni défi, ni délectation malsaine. Son visage était celui d'un homme lambda qui l'aurait salué au détour d'un couloir. Un homme banal qui venait de bien faire son travail, point.
Le Président déclara la séance levée pour délibération. Les toges officielles se levèrent en empruntèrent la sortie les unes après les autres. L'avocat du Ministère tendit une main au sorcier noir. Le fils Zabini la serra, machinalement, sans même y penser.
Puis, l'homme n'avait pas sitôt quitté la salle que l'audience entrait dans une excitation sans nom. Les esprits échaudés se réveillaient les uns après les autres et le brouhaha s'empara bientôt du tribunal. Les gardes menaçaient la foule dès qu'un individu bougeait un peu trop à leur goût, mains fermement pressées contre leurs baguettes.
Aveugles à ce spectacle, le groupe de Serpentards et de Gryffondors sombrait dans l'hébétude. On aurait dit qu'un véritable ouragan les avait fauchés. Personne parmi eux n'osait s'approcher de la vierge de fer pour parler à Drago. Qu'avaient-ils à lui dire de toute façon ? Que la justice ferait son travail ? Cela le ferait rire jaune, tout au plus. Les connexions ne s'établissaient même plus entre eux. Hermione seule tentait d'établir un contact avec une de leurs réactions tout en essuyant ses larmes dès qu'elles coulaient hors de ses orbites. Comme une mère bienveillante, elle se rapprocha d'Harry, le seul toujours impassible. Il la repoussa, se leva, s'extirpa du rang et disparut par la grande porte.
Les situations désespérées possédaient deux avantages. Rien que deux, pas un de plus. D'abord, elles détournaient l'attention des gens de ce à quoi ils se seraient intéressés en temps normal. Et, deuxièmement, elles révélaient la véritable nature des individus en les plaçant face à un péril plus ou moins immédiat.
La première affirmation, Harry la réalisa alors que les sorciers ne s'embarrassaient pas à le saluer tandis qu'il marchait dans les couloirs du Ministère. Le phare qui guidait la masse avait été transféré depuis sa personne au tribunal du Magenmagot. La décision de celui-ci allait influencer les actes de la masse pendant quelques temps, puis le monde retrouverait sa routine avec héros sauveur et tout le tralala.
Le bruit étourdissait le survivant. Le calme devenait un besoin vital. La salle privative réservée à leur groupe pour le procès fut son havre de paix. L'élu y pénétra et referma la porte derrière lui avec une infinie douceur. Dos contre le battant, Harry vida réellement ses poumons pour la première fois depuis une éternité.
Le survivant savait depuis longtemps que les natures profondes se révélaient face au péril. La guerre était passée par là. Souvent, ces natures s'accordaient avec leurs intentions profondes chez une personne. Ces intentions parfois bien dissimulées dans les ténèbres des corps, pour leurs propriétaires eux-mêmes, qui poussaient les sorciers à accourir au tribunal plutôt que vers lui aujourd'hui. Pourtant, au moment où la société sorcière se précipitait pour assister à la destruction d'un de ses mythes, et que d'autres s'abreuvait de la crainte qu'il en émanait, lui, Harry, avait l'impression de recommencer le chemin d'initiation à sa véritable nature depuis le point zéro.
Du premier instant à se regarder dans la glace sans reconnaître l'être aliéné par les lumières stroboscopiques de cette boîte de nuit moldue, cinq mois plus tôt, où il avait fini par se perdre à force de chercher l'oubli, jusqu'à cet instant de recueillement au temps présent dans l'oeil d'un cyclone furieux : tout cela n'était qu'un même cheminement. On aurait juré que tout, absolument tout, se concentrait là, dans cet instant fatidique.
Comment qualifier ce sentiment qui lui tenait au corps depuis que Drago avait claqué la porte ? L'espérance ? Non, sûrement pas, l'espoir ne faisait plus partie de ses principes. La confiance, alors ? Blaise, lui, avait confiance. Harry ne croyait plus. La colère ? Il avait longtemps été en colère. À présent tout cette charge négative s'était envolée. À cet instant, il n'y avait plus aucune once microscopique de colère dans son être, peut-être un peu de révolte tout au plus. Le désespoir, enfin ? Non, toujours pas. La résignation ? Non, non, toujours non.
En fait, cela ne pouvait pas se définir avec des sentiments. Un seul terme apparaissait continuellement dans l'esprit d'Harry. Ses six lettres se dessinaient en surbrillance sur chaque sillon de sa boîte crânienne : destinée. Pourtant, rien n'aurait pu être plus éloigné de la vérité que cela. Ses croyances ne lui permettaient plus de s'arrêter sur cet adage maudit qu'on lui avait rabâché et rabâché encore depuis son premier cri sur terre.
On aurait dit que sa vie arrivait à un point fatidique, comme lors de l'affrontement final face à Voldemort. Là aussi il avait eu besoin d'un moment de recueillement dans le bureau de Dumbledore, assis à même les marches en ruines à se familiariser avec l'idée de mort et la paix étrangement bienvenue qu'elle procurait. Au final, rien ne s'était passé comme prévu, il avait survécu. Mais quelque part à mi-chemin entre la victoire et ses nuits de drogué parmi les moldus, Harry Potter était bel et bien mort.
Sa destinée l'avait conduit à affronter Voldemort et à suivre les directives que les gens lui imposaient par leurs attentes démesurées. Cela l'avait conduit à devenir le presque chef du bureau des Aurors dès son arrivée au Ministère et à devoir porter ce surnom de Sauveur comme une croix sur un chemin de pénitence. Il ne voulait rien de tout ça. Mais il l'avait eu parce que c'était sa destinée. Plus que de la fausse humilité, le survivant ne se reconnaissait pas dans l'image du Sauveur et n'avait plus envie d'y correspondre. Comme si, au fond, il s'était planté quelque part la première fois. Comme si, sur le chemin de la guerre, il avait existé un chemin alternatif dont il avait manqué l'entrée derrière les broussailles à un moment donné.
Maintenant, dans cette salle de réunion vide, dans le silence d'une menace grondant dans le lointain, Harry avait de nouveau un choix à faire. Seul. Avec lui-même. Sans plus écouter personne. Un rendez-vous avec sa destinée. La destinée d'un nouvel Harry Potter qui ne serait plus le Sauveur dans lequel on l'avait incarcéré. Et c'était pour ça que cette définition de destinée correspondait parfaitement malgré toutes ses protestations. L'univers avait décidé d'offrir une seconde chance à l'un de ses enfants les plus méritants. Une possibilité de découvrir qui il était maintenant et qui il aurait dû être.
À dix-sept ans, le Sauveur avait fait le deuil d'Harry, pour le monde entier. Aujourd'hui, Harry entrait dans le deuil du Sauveur, pour lui-même. La notion du temps lui échappa tandis qu'il s'apprêtait à « mourir » une seconde fois. Son instinct lui souffla le moment exact pour sortir et rejoindre le tribunal.
La foule extérieure avait été dispersée par les gardes en renforts. Les cheminettes étaient bouclées, âtres tous morts. De là où il était, Harry pouvait voir les toges officielles s'installer de nouveau dans leurs sièges et l'audience se lever pour écouter le verdict.
Les gardes le considérèrent avec curiosité : ils attendaient après lui pour fermer. Le jeune homme avait encore le choix : faire ce dernier pas ou non. Un dernier pas pour renaître ou mourir. Merlin serait seul décideur de la présence d'un sol bien solide ou d'un gouffre sans fin sous la plante de ses pieds. Droit, Harry franchit le seuil du tribunal.
La vierge de fer avait disparu. Les gardes avaient reçu l'ordre de l'enlever. Les fers du siège de l'accusé avaient été troqués contre des menottes aux poignets de Drago. Debout, un sorcier de chaque côté, le blond attendait que le Magenmagot finisse de s'installer. Il allait savoir. Enfin, il saurait si on le reconnaissait coupable de porter un nom maudit. Et quelle que soit la décision finale, il devrait l'accepter. Le monde ne pouvait pas avoir tort face à son seul jugement d'homme mortel. Alors, le Serpentard regardait droit devant lui, sans broncher, sans passer sur les visages connus dans les gradins.
Un mouvement lui fit cependant perdre toute concentration. Une angoisse subite l'obligea à tourner la tête vers la robe noire qui claquait derrière son propriétaire. Près de Blaise, au pupitre de l'avocat, Harry venait d'apparaître. Il avait préféré se mettre aux premières loges plutôt que dans le rang derrière lui, à la place qu'il avait occupée durant tout le procès, désormais vide. Ses yeux aussi profond qu'une forêt vierge se connectèrent aux siens semblables à une mer grise par temps calme, sans aucune autre île à l'horizon que ces pupilles vertes. Quelque chose passa entre eux bien qu'en apparence, chacun ait conservé un masque de neutralité absolue.
- Silence pour le verdict ! réclama le Président.
Drago déglutit. Son menton se redressa vers les jurés, au milieu desquels, le Ministre de la Magie avait finalement décidé de se placer.
- Pour les charges d'usage de la magie dans le monde moldu, en présence de moldus, de désertion avec simulation de la mort, nous, Magenmagot, déclarons l'accusé coupable ! La sentence requise est le baiser du détraqueur !
La rumeur s'éleva de la foule. Certains applaudissaient, d'autres huaient, une minorité restaient silencieux. Hermione n'éclata pas en sanglots, les larmes débordèrent simplement des ses yeux haineux, laissant de nobles traces noires sur ses joues rosées. L'avocat du Ministère semblait presque désolé en considérant Blaise, en état de choc. Ron ne releva jamais la tête qu'il avait baissée pour l'annonce. Théodore tournait en tous sens, incapable de se résoudre à croire ses sens.
Les gardes saisirent Drago sous les bras. Il se laissa faire. C'en était fini de lutter. On ne fuyait pas éternellement. On ne pouvait rien contre. La condamnation semblait refermer chaque chapitre inachevé de sa vie. Il n'y avait plus rien à remettre à l'épreuve du travail, la fin était juste à quelques pas qu'il lui tâchait d'assurer, soutenu par les gardes, avec les dernières onces de sang de Malfoy dans ses veines. On n'aurait pas pu mieux dire en affirmant que la prochaine étape serait d'embrasser la mort. Le détraqueur revenait au même.
Les gardes s'affairaient autour de lui. Il contempla le marbre maudit de tous ses cauchemars et se surprit à en reconnaître la majesté en attendant qu'on daigne le tirer par la manche vers Azkaban. Une ombre passa sur le reflet du marbre et des exclamations de stupeur retentirent dans la salle. Drago redressa la tête.
Face au Magenmagot, un homme en robe de sorcier noire venait de dégainer sa baguette : Harry. Le héros avait eu le droit de conserver sa baguette : on ne retirait pas sa baguette au modèle de la communauté. Pour une fois, le survivant était heureux de ce privilège car il lui permettait de flamboyer devant des milliers de témoins, maintenant.
Pointe vers le ciel, l'élu brandit sa baguette bien haut et prit le temps de s'assurer que chacun l'avait vue. Hermione priait les divinités des deux mondes. Blaise soufflait d'étonnement. Théodore tremblait. Et Ron se résignait à la douloureuse fierté. Harry se concentra sur le Ministre de la Magie. Tout en le fixant dans le blanc de l'oeil, le survivant attrapa la pointe de sa baguette de l'autre main. Ramenée à sa taille, l'élu inspira profondément. Ses doigts profitèrent du bois de houx rugueux entourant la plume de phénix, désormais unique dans ce monde. Ses traits se durcirent. Avec toute son âme, Harry Potter brisa sa baguette légendaire sous les exclamations. Les bouts chutant sur le sol de marbre semblèrent peser des tonnes et résonner durant des siècles dans la salle silencieuse.
- Voldemort a péri par cette baguette, parla enfin le survivant. La Guerre s'est finie sur cette baguette. J'ai pourtant toujours l'impression de mener une bataille sans fin dans ce monde. Ceci est ma réponse : je refuse de me battre. Moi, Harry Potter, ait décidé qu'à partir de ce jour, je ne me battrai plus.
Comme tout le reste dans la salle, les larmes d'Hermione s'était figées en gouttes paralysées sur ses joues.
- Mr. Potter ? murmura le Ministre.
- J'ai enfreint plus de décrets et de lois que quiconque dans cette pièce, y compris cet homme enchaîné derrière moi. Puisque tout semble m'être permis envers et contre tout, moi, Harry Potter, déclare que Drago Malfoy n'est coupable de rien. Mais dans le cas où je me serai fourvoyé et que l'on ne me traiterait pas différemment parce que je suis Celui-Qui-A-Sauvé, alors vous me déclarerez coupable.
- Mais enfin, coupable de quoi Mr. Potter ?
La salle retint son souffle.
- De désertion, annonça calmement Harry.
Des murmures emplirent le tribunal. Le Ministre parut désemparé, au même titre que le Magenmagot entier. Son échange visuel avec le survivant fut long et intense. Finalement, il s'appuya sur la chaire des gradins et soupira.
- Décision soumise au vote, annonça-t-il.
Ron entoura Hermione de ses bras comme s'ils pouvaient suffire à la protéger de la suite.
- Mr. Potter comme dernier témoin dans l'affaire Malfoy. Levez la main pour signifier votre accord.
Les toges officielles se scrutèrent avec incertitude. Mais des mains se dressèrent bientôt. Un sourire naquit sur les lèvres de Ron en voyant que la majorité leur était plus que favorable. Le Ministre dut bien le reconnaître malgré l'évident embarras collé à sa figure creusée.
- Mr. Potter sera donc entendu. Le Magenmagot va procéder à la discussion immédiatement. Peuvent et doivent rester dans ce tribunal les seuls concernés par le procès : avocats, témoins, jurés... et accusé.
Le blond écarquilla les yeux. Sinistre, le Ministre amplifia sa voix.
- Que le tribunal soit évacué !
Le chaos ne tarda pas à se faire. Les gardes durent employer la force. Des sorts fusèrent de leurs baguettes dégainées. Au milieu de l'agitation, Harry se tenait droit, tel un roc au milieu d'un océan en furie.
- Pourquoi les laisse-t-il partir ? s'interloqua Blaise. Je croyais que le but de tout cela était de faire un exemple pour un exemple.
- Il obtient ce qu'on n'a pas eu au départ, expliqua Hermione. Un procès à huit-clos, pas biaisé sur toute la ligne.
Une assise de strapontin traînait négligemment sur le sol orné du tribunal parmi un monceau de papiers. Une barrière pendait dans le vide à l'extrême fin d'une rangée de gradins. Des affaires personnelles jonchaient toute la salle. Des vivats étaient encore perceptibles jusqu'à ce que le Ministre fasse un mouvement de baguette et que le silence se fasse instantanément.
Le silence, le vrai, demeura longtemps après que l'homme se soit installé à son poste officiel : la chaire, le Président du Magenmagot non loin de lui. Le sérieux sur ses traits mourut pour un rire abusé et fatigué.
- Mr. Potter, que signifie tout ceci ? Quel est votre intérêt à en arriver là ?
- Je veux que justice soit rendue.
- Mais justice a été rendue, Mr. Potter, soupira le Ministre.
- Vous allez vraiment essayer de me faire croire ça ?
- Qu'y aurait-il d'autre à comprendre, voyons ?
- Je ne sais pas. Mais dans mon esprit ça donne quelque chose comme : pourquoi ne suis-je toujours pas enchaîné ? Après tout, j'avoue des fautes pour lesquelles tout sorcier serait pendu haut et court au sein même de ce tribunal. Je serais l'exemple ultime, ne croyez-vous pas ? Mais vous ne le ferez pas. Parce que vous êtes incapable de condamner l'homme qui sert de chimère à toute une société qui partirait à vau-l'eau sans l'idéal qu'il représente. Si les gens savaient ce qui se cache vraiment sous la peau de leur héros, ils seraient les premiers à en demander l'exécution pure et simple.
- Ce n'est pas vrai, Mr. Potter. La nation vous est reconnaissante pour tout ce que vous avez fait pour elle, et rien ne pourra jamais entacher cela. Votre engagement aujourd'hui est précisément ce pourquoi les sorciers vous vénèrent !
- Je ne veux pas être vénéré. Je suis un homme. Et on ne vénère pas un homme.
- Quoi ? Que voulez-vous alors, Mr. Potter ?
- Pour l'instant, être entendu. Rien de plus.
- Mais qu'auriez-vous à ajouter de plus à ce que votre camp a déjà dit et répété ? Cela n'a pas de sens !
- Je suis le seul à savoir certains points reliés à cette affaire. Osez me dire encore une seule fois que ça n'a pas de sens, Mr. le Ministre. Vous savez de quoi je veux parler.
- Absolument pas.
- Vous allez aussi prétendre ne pas savoir qui a déterré ce dossier des archives secrètes en premier lieu ? Je sais pourquoi vous m'en avez donné l'autorisation. Vous y avez vu une opportunité d'enlever une épine de votre pied. Parce que la vérité ce n'est pas de savoir si Drago Malfoy est un déserteur ou non, il vous dérange parce qu'il n'est pas celui qui a lancé le dernier sortilège de la guerre et parce que, bien encore après celle-ci, sa famille vous a causé de nombreux problèmes. De toutes les familles de Sangs-Purs, ce sont les Malfoy qui ont eu le plus d'influence dans ce Ministère. Et ça se voit encore, malheureusement.
L'héritier de la famille incriminée ferma les yeux. Il ne voulait pas entendre ces mots qui étaient à la fois une délivrance et une salissure pour lui.
- Avez-vous déjà oublié grâce à qui la majorité des Mangemorts a été révélé au grand public ? Avez-vous déjà oublié ce que vous lui devez ?
- Il n'est nullement question de la guerre, ici, Mr. Potter ! Cessez de tout y ramener ! Cette époque est révolue !
- Il n'est question que de désertion, alors ? Rien d'autre ?
- Mais bien évidemment que oui !
- Si vous croyez vraiment ce que vous dîtes, il serait temps de l'appliquer et de vraiment clore cette ère.
Le Ministre ne répondit rien.
- Et la logique de cette nouvelle ère est d'appliquer les mêmes condamnations pour les mêmes fautes. Vous savez ce qui se trame sous vos yeux depuis plus de quatre mois. Je suis impliqué là-dedans depuis le début, moi aussi. J'ai préféré le monde moldu, j'y ai pratiqué la magie devant des moldus, une fois pour repousser un détraqueur, je n'étais qu'étudiant, d'autres parce que j'avais simplement perdu le contrôle. Je suis sûr que vous avez été ravi de découvrir l'état du Square Grimmault à l'heure actuelle. Des moldus sont en contact permanent avec cette magie noire, pourtant je n'en suis pas condamné. J'étais aussi dans cette brasserie moldue. Vous savez tout ça. Parce que le Ministère a toujours un œil sur les gens qui l'intéressent. C'est de cette façon que vous saviez où Drago Malfoy était, que vous saviez qu'il était toujours en vie, non pas en train de feindre une mort quelconque. Vous attendiez le moment propice pour le donner en exemple, parce qu'il ne reste plus personne de poids à sacrifier hormis lui. Ayez l'honnêteté de reconnaître cela.
Le groupe de Serpentards et de Gryffondors échangeait des regards nerveux et pleins d'espoirs.
- Mr. Potter, je vois bien ce que vous faîtes. Je comprends vos nobles intentions, déclara le Ministère. Mais même dans la mesure où l'on admet que certaines charges à l'encontre de Mr. Malfoy sont vides, rien ne l'innocente de la désertion. Et la désertion est un crime passible de la peine qu'il a reçue. Le Magenmagot a trop souvent passé l'éponge sur les erreurs de la famille Malfoy, cette nouvelle ère dont vous parlez ne le fera plus !
- Croyez-vous que j'ai fini ? rétorqua le survivant.
L'avocat du Ministère haussa les sourcils devant l'audace du jeune homme ténébreux. En diagonale, il inspecta la réaction des jurés. Tous écoutaient attentivement. Le Ministre bouillait dans son uniforme officiel. Il luttait pour ne pas exploser. Il serra chaque recoin de son pupitre et expira.
- Il n'y a rien à ajouter, Mr. Potter.
- Bien sûr que si. Vous ne voulez pas que je l'ajoute, nuance.
Harry souriait presque.
- Après la guerre, Harry Potter est devenu un Auror brillant dans la digne lignée d'Alastor Maugrey dont on dit que les cellules d'Azkaban sont pleines grâce à lui. Pas loin d'une centaine de procès à son actif en tant que pourfendeur du mal. Voilà basiquement ce que le monde magique connaît de moi. Mais vous, vous savez ce qu'il y a eu entre temps, avant que je ne sois Auror.
- Cela n'a pas le moindre intérêt ici.
- Vous m'avez proposé de me retirer, déclara néanmoins Harry.
- Pardon ? ne put s'empêcher de dire Ron. Quoi ?
- Mr. Potter venait tout de même de sauver notre monde. Il devait bien lui être rendu quelque chose en échange, se justifia le Ministre.
Le roux chercha l'assentiment de sa fiancée, tout aussi choquée que lui.
- Comment se fait-il qu'on n'ait jamais su ça ? s'enquit le fils Weasley.
- Parce que j'ai refusé. Je ne voulais pas me reposer.
- Et c'est tout à votre honneur. Il n'empêche que ce point n'a absolument rien à voir avec ce qui nous intéresse, déclara vivement le Ministre. Si c'est tout ce que vous avez à me dire, Mr. Potter, cela n'en vaut pas la peine.
- À l'époque vous m'avez assuré que moi, comme mes proches, n'avions qu'un mot à dire pour bénéficier de cette faveur car notre préjudice était plus important que n'importe quel autre. Vous me proposiez de déserter d'une certaine manière.
- Non, vous aviez besoin de repos, Mr. Potter. Ce que j'étais plus qu'heureux de vous offrir à vous et à ceux qui en avaient alors besoin. Cela n'a rien d'une désertion. Vos escapades dans le monde moldu, que vous allez finir par mentionner à un point donné, n'en sont rien non plus, bien que des prémices. C'est pour cela que le Ministère s'est mobilisé pour vous faciliter la tâche, pour éviter que vous ne suiviez ce même chemin glissant.
En disant cela, le Ministre avait pointé son doigt sur Drago.
- Vous aviez subi un traumatisme plus fort que tous...
- Lui aussi, l'interrompit Harry. Ne lui devez vous pas un minimum de dédommagement pour son traumatisme ? Le Ministère n'est pas responsable du mien, pourtant il s'en porte garant. Pourquoi pas quand il est responsable ?
- Mr. Potter cela suffit ! cria le Ministre.
Le survivant se leva de son siège.
- Non ! Je ne me tairais pas ! lança-t-il à son tour. Vous n'avez aucun droit ! Vous êtes dans l'illégalité depuis le début ! Ça n'est pas Drago Malfoy qui devrait être jugé ici !
- Harry, calme-toi, intima Théodore en l'attrapant doucement par le bras.
- En tant qu'Auror, je sais que les pièces majeures d'un dossier qui pourraient éventuellement servir de preuves dans un procès sont copiées, juste au cas où. Dans le dossier de Lucius Malfoy, il existait bon nombre de pièces comme celles-ci. Où sont-elles passées, Mr. le Ministre ? Avec la qualité de votre avocat je suis certain qu'il aurait pu s'en servir pour faire prononcer la même condamnation. Alors pourquoi ? Où sont passées ces lettres de la main de Lucius Malfoy ? Hein ?
Le corps du blond n'était plus que glace, à la limite de la cassure. Il ne voulait pas entendre parler de ça non plus. Il ne voulait pas revenir à ce qui avait provoqué sa colère première et son départ qui l'avait mené dans les griffes du Ministère. Il ferma les yeux.
- Je n'ai aucun droit de révéler ce qui se trouve dans ces lettres, poursuivit Harry. Ou, en fait, je ne m'en sens pas le droit. Je...
- Vas-y, déclara une voix.
Le survivant s'interrompit. Il se retourna vers le siège de l'accusé. Drago regardait le sol. L'instant d'après, il le regardait lui.
- Vas-y, répéta-t-il. Je n'ai plus rien à perdre.
Harry sourit devant l'air défait du Ministre de la Magie. Le Magenmagot tendait l'oreille. Chaque toge était comme une lourde présence dans le dos de leur tête dirigeante mise en défaut.
- Mr. le Ministre ?
L'homme eut un tic nerveux.
- Savez-vous ce qui est arrivé à Narcissa Malfoy dans son manoir ?
- Elle a été victime d'un règlement de comptes entre Mangemorts, s'interposa une femme dans le Magenmagot. Cela a été rendu public il y a déjà plusieurs années.
Harry fit la moue.
- Oui, accorda-t-il. Mais je crois bien qu'on ne parle pas de ce qui est officiel. On a bien vu à quel point ce qui est officiel est de peu de valeur dans ce tribunal.
Blaise et Théodore se retournèrent d'un même mouvement vers leur ami d'enfance, sourcils froncés et incrédules. La jurée considéra son Ministre avec circonspection.
- Monsieur ? De quoi s'agit-il ?
- La famille Malfoy avait suffisamment fait de vagues, commença le Ministre. Nous voulions simplement limiter les dégâts. Nous avons géré cela au mieux. Une histoire supplémentaire n'aurait rien fait de bon.
Drago rit nerveusement.
- Dîtes-le, demanda Harry. Vous le savez, alors dîtes-le.
- Quel est l'intérêt ? Vous avez ce que vous voulez, non ? Vous voulez que le Magenmagot reconnaisse que le préjudice qui a été fait à Mr. Malfoy justifie son détachement du monde sorcier. En étant en conflit avec le Ministère, Mr. Malfoy avait tout droit de déserter sans demander son reste puisque cela ne serait plus une désertion non motivée. C'est ça que vous voulez, n'est-ce-pas ?
Le survivant haussa les sourcils, à moitié satisfait. Il se retourna une dernière fois vers l'héritier des Malfoy. Ce dernier acquiesça.
- Narcissa Malfoy n'a pas été victime d'un règlement de comptes dans le clan des Mangemorts. Le manoir était à l'époque entièrement protégé par les services du Ministère, aucun Mangemort ne pouvait y pénétrer. Narcissa Malfoy a été abattue par une personne dans la maison. Une personne qui a été jugée pour tout, sauf pour ça, et s'en repentit dans ses dernières lettres. Celles qui ont disparues de son dossier.
La mâchoire de Blaise en tomba. Les lèvres de Théodore formulèrent le nom maudit sans aucun son : « Lucius ? ».
- Lucius Malfoy, confirma Harry.
Le Ministre baissa les yeux.
- Maintenant, si le Magenmagot souhaite maintenir sa condamnation, je le prierai de bien vouloir me passer les menottes pour les infractions que j'ai avouées plus tôt dans cet entretien, à la tête desquelles se trouve une désertion volontaire.
Le Président du Magenmagot, resté silencieux jusque là, se redressa, un œil dur sur le dos de son Ministre.
- Le Magenmagot va délibérer... une seconde fois.
Des balais moldus libéraient le marbre blanc, ocre et noir des détritus laissés par les derniers occupants des lieux. Leurs poils durs brossaient le sol dans un frottement monotone et calme, inchangé à chaque aller-retour. Soudain, un cliquetis perturba leur routine, encore et encore. Une main se saisit du bout de bois chassé par le balais ensorcelé et revint plus au centre de la pièce récupérer le deuxième. Entre ses paumes rougies, Harry contemplait les restes de sa baguette brisée, les couleurs chatoyantes de la plume de phénix arrachée s'échappant d'un des morceaux.
- Quel gâchis, déclara une voix féminine.
Le Gryffondor sourit à Hermione qui s'avançait vers lui. Elle n'avait pas pris le temps d'effacer les traces de maquillage de son visage brillant.
- C'était un mal nécessaire, répondit le jeune homme.
Il baissa la tête, encore attiré par les reliques de sa propre puissance. La sorcière surdouée entoura ses épaules de ses bras.
- Ça va ?
- Oui.
- Tu es sûr ?
Harry acquiesça sincèrement en la regardant, cette fois.
- Et Drago ? Il va pouvoir passer à autre chose maintenant, non ?
Le sorcier légendaire sourit tristement.
- Il est libre maintenant, répondit Harry.
Alors ? Sacré morceau, n'est-ce-pas ?
Qu'en pensez-vous ? Laissez-moi vos impressions, cela me fait toujours plaisir d'avoir des retours ! Vous attendiez-vous à cela ?
Mini-spoiler pour la suite : direction le véritable Drarry ! =P Maintenant que plus rien ne les retient XD
Je vous retrouve très vite ! Merci pour vos reviews =D A la prochaine !
