Je ne vais pas vous faire un gros blabla, moi qui n'aime pas ça. Mais j'ai déménagé et n'ai pas eu internet pendant la quasi-totalité du mois d'août. D'où les quelques retards dont je m'excuse profondément !

Sinon, le chapitre est long, très long. Il pourrait en faire trois, donc j'espère que vous serez indulgents si y'en a encore qui traînent par ici.

Et un grand merci pour vos reviews !


Veto (Je m'oppose)

Chapitre Vingt-Cinquième;

Sur le moment, je cru bien avoir le sang aussi rapide que celui d'Alice. Après un dernier coup d'oeil, nous nous élancions au travers des journalistes, essayant de nous faufiler le plus rapidement possible entre les questions qui fusaient de toute part. La discrétion n'était pas vraiment de mise dans ce genre de situation empressée et certaines personnes devaient probablement être plus qu'étonnées de voir que la RDJM qui avait pourtant réussit son coup s'enfuyait presque en courant de la salle d'audience. Mais à cet instant là, ça n'avait pas grande importance.

Emily avait déjà presque atteint la sortie « civile » du Ministère quand nous arrivions enfin à la hauteur d'Alan, je n'eus que le temps d'entendre une Alice complètement hors-d'elle qu'Emily disparaissait déjà de mon champ de vision.

' Comment est-ce que tu as pu oser faire ça à quelqu'un comme Emily ? '

Je ne pris pas la peine d'attendre une réponse qui, de toute façon, ne m'aurait pas convenu et me lançai à la poursuite d'Emily, laissant Alice seule avec Alan.

' Em' ? Emily ? '

Je m'avançai doucement dans la rue londonienne, espérant qu'elle n'avait pas Transplané. L'étonnement s'était mêlé à une certaine anxiété. Elle n'était pas du genre à réagir aussi violemment, surtout sur son lieu de travail – et ce, même s'ils avaient été suffisamment en retrait pour ne pas attirer l'attention. Je me demandais même si je l'avais déjà vu lever la main sur quelqu'un. Quoiqu'il en soit elle s'était emportée et c'était plutôt un très mauvais signe.

Je la repérai finalement à l'angle de la rue, elle était adossée contre une bâtisse et tentait visiblement de se calmer.

' Hey '

Elle releva vivement la tête avant de détourner les yeux, je m'approchai d'elle, m'adossant patiemment à ses côtés le temps qu'elle ne prenne d'elle-même la parole ' … Pourquoi est-ce que tous les hommes dans ma vie sont des monstres ? '

Je dû m'y reprendre à plusieurs fois pour tenir le choc, désemparée que j'étais par sa soudaine ouverture. Alan avait vraiment osé le faire. Plus étonnant à présent qu'elle n'ait pas tenu le coup, même Emily et son légendaire sang-froid avaient leur limite.

Je me détachai du mur pour venir face à elle. Esquissant un petit sourire, j'éteignis les quelques larmes qui glissaient sur sa joue ' Tu sais, je ne penses pas qu'il y ait de réponses. En fait, j'espère qu'il n'y en a pas. Sinon ça voudrait dire que quelqu'un a trouvé le moyen de justifier la monstruosité '

Elle hocha lentement la tête avant d'atterrir dans mes bras, ne pouvant plus combattre ses larmes. Emily avait toujours été ce genre de personne dont la force était leur fragilité et cet acharnement qu'elles mettaient à la combattre. Elle s'était endurcie, avait construit une véritable carapace sans pour autant s'isoler. Elle avait trouvé la juste mesure et venait brusquement de la perdre. Elle ne s'était sûrement pas attendue à ce que ce soit sa vie privée présente qui brise ses barrières, ayant été habituée à se battre contre un passé qui rongeait.

' C'est arrivé … Je ne sais pas … C'était juste … Bien '

' … Tu ressens quelque chose pour lui ? '

' C'était censé être réciproque '

' Emily … '

' Il était différent et le même à la fois … Et, et je sais pas … J'aimais cet Alan-là '

Je déposai un baiser dans ses cheveux ' Je suis vraiment désolée que tu l'aies appris de cette manière. Si ça peut te consoler, Alice est sûrement en train de lui faire passer un très mauvais moment '

Elle rit doucement et je poursuivis ' Je sais que ce n'est pas vraiment le bon moment mais tu m'as manqué '

' Vous aussi, le temps était long et l'absence de nouvelles commençait à devenir sérieusement inquiétant '

Elle se détacha lentement, essayant un petit sourire et je vins à nouveau éteindre les quelques larmes qui perduraient. Son regard s'accrocha bien rapidement à mon annulaire que j'avais totalement oublié ' Où es ton alliance ? '

Je fermai lentement les yeux et elle insista, ayant visiblement un mauvais pressentiment ' Eyrin ? Tu l'as perdue ? '

' Pas vraiment non '

' Pas vraiment ? Ne me dis pas que – Il s'est passé quelque chose ? '

' J'ai quitté Kilian '

' Tu as quitté Kilian ? '

' Tu pourrais arrêter de répéter tout ce que je dis ? '

' Mais je croyais que c'était l'homme de ta vie ! '

' Et il l'est toujours. C'est juste que ma vie a besoin d'une femme '

Je m'incendiai aussitôt, la phrase m'avait littéralement échappé et son regard s'était teinté d'incompréhension. Elle semblait totalement ahurie ' T'es en train de me dire … '

' Que je l'ai quitté pour Lilith, oui '

' Putain, je le crois pas ' Qu'elle s'emporta brusquement

' Em' ... Emily, s'il te plaît '

Elle secoua la tête et je soufflais tandis qu'elle s'éloignait dans les rues londoniennes, me laissant complètement secouée. Je ne cherchai pas à la retenir, elle était déboussolée et je ne lui avais pas vraiment faciliter la tâche. Je n'allais pas encore en rajouter une couche.

Je soupirai tandis que l'image d'une Alice déchaînée me revînt brusquement à l'esprit et je me hâtai en direction du Ministère. Merlin sait ce qu'elle était capable de faire ! - surtout que ça n'était pas vraiment le moment au vu des nombreux journalistes présents.

' Eyrin, je t'en supplie ' Commença Alan à peine arrivai-je vers eux ' Dis-lui de me laisser le temps de respirer. J'ai pas pu en placer une seul- '

' Tu viens bien de placer celle-ci ! ' Qu'elle le coupa violemment. Alan s'était retourné vers moi, cherchant visiblement du soutient devant la répartie d'Alice.

' Qu'est-ce que tu espères Alan ? Que la gentille Eyrin trop conne et naïve pour pardonner facilement va te sourire et te dire que tout ça est oublié ? ' Balançai-je, cette fois-ci réellement remontée

' Non, ce n'est pas … Ce n'est pas ... '

' Parce que je t'ai fais confiance et parce que tu as fais la seule chose qu'on ne doit jamais faire dans ces cas-là : trahir ! '

' Je sais, je – écoutes - '

' Et tu osais dire que tu étais face à une nouvelle Eyrin, que tu ne me connaissais plus ? ' Je ne lui laissai à mon tour aucunement le temps de placer quoique ce soit que je continuai déjà ' Qu'est-ce que je dois dire, moi ? J'ai passé trois ans à croire en un Alan qui n'était qu'un salopard, alors dis-moi ce que je devrais dire ! '

' Dès que j'ai su, je te jure, j'ai essayé de tout arrêter. Dès que … Dès que j'ai compris qu'ils allaient essayer de coincer quelqu'un, de s'en débarrasser, j'ai essayé. Mais je ne pouvais pas arrêter si brusquement, couper les ponts aussi brutalement ou c'était de moi qu'ils auraient dû se débarrasser '

' Ne nous fais pas le coup de la pauvre victime, Alan. Ca ne marche pas comme ça ' Fit Alice

' Sans moi vous n'aurez peut-être jamais eut l'occasion de les ramener vivants ! '

Je lançai un coup d'oeil à Alice qui articula sèchement ' On doit te remercier, c'est ça ? Tu te fou de moi ? '

' Je devais être la connexion entre Londres et Kabala ! Je recevais tous les jours des hiboux pour m'assurer du bon déroulement du projet. Quand vous êtes tous partis, je savais bien où vous étiez, ce que vous étiez en train de faire. J'aurai pu les prévenir, j'aurai pu vous balancer et ils auraient juste eut à déplacer tout le matos. Vous n'auriez jamais retrouvé les otages, vous ne serez peut-être même pas revenus indemnes. J'ai fermé ma gueule en espérant que vous arriverez à les retrouver '

Alice serra ses poings avant de se prendre la tête entre les mains, visiblement plus que dépassée. J'enchaînai, plus en colère encore ' Parce que c'était la seule putain de façon pour toi de t'en sortir vivant ! Qu'ils ne se débarrassent pas de toi comme tu disais. C'est de ça dont on doit te remercier, peut-être ? De ne pas avoir prévenu Keynes de l'absence de nouvelles quand ils sont morts pour sauver ta misérable existence ? Là c'est sûr Alan, t'es devenu un héros, c'est toute la communauté qui t'es reconnaissante '

' Ils … Ils sont morts ? '

' Fais pas semblant bordel ! ' Explosa Alice ' Arrêtes de nous prendre pour des connes, tu l'as déjà assez fait. Tu nous as juste laissé nous plonger tout droit dans un piège qui allait se refermer sur notre avenir ! C'était trop dur pour toi de trouver ne serait-ce qu'un mensonge débile ou une excuse bidon pour nous faire restées ici ? '

' Je ne vous prends pas … Je pensais que vous les aviez arrêtés et que c'était pour ça qu'ils ne donnaient plus de nouvelles … Et je te signale que vous ne m'aviez strictement pas dit où vous alliez ! '

' T'es en train de nous reprocher de ne pas t'avoir fais confiance sur ce point-là ? C'est une blague ? '

' Non, putain. Vous êtes partis trop vite, j'ai fais ce que j'ai pu merde ! '

' T'aurai jamais dû commencer quoique ce soit ! '

' Je sais et je l'ai regretté chaque jours depuis que j'ai pris cette stupide décision '

' C'est beaucoup trop facile de jouer le coup de la culpabilité et des regrets ! Tu me dégoûtes '

' Tous les matins et tous les soirs, je voyais les mêmes images, le même reflet dans le miroir. Je sais que je suis un monstre, d'accord ? Je sais que j'ai fais une chose impardonnable, je sais que j'ai détruit des vies et les vôtres avant-tout. Mais laissez-moi juste expliquer '

' Parce que tu crois vraiment que t'es en mesure de demander ça ? ' Enchaîna Alice

' Je demande juste deux minutes. Pour Emily, elle a le droit de savoir '

' Parce que maintenant t'en as quelque chose à foutre d'elle ? ' Eclata la blonde. Alan se leva brusquement, me faisant sursauter. Il l'attrapa par le col, la plaquant contre le mur ' Je t'interdis d'insinuer une chose pareille '

Elle ne se laissa pas le moins du monde démontée, répliquant avec un sourire en coin ' Si tu ne me lâches pas tout de suite, c'est à Sainte Mangouste que tu vas finir '

Je ne bougeai pas, osant à peine respirer. Alice était en train de rendre ses comptes et elle ne me pardonnerait probablement jamais de m'être interposée, même si elle se trouvait dans une position assez délicate. J'espérais seulement que les journalistes et les personnalités présentes dans le Hall n'allaient pas démordre de l'arrestation de Keynes au profit du « spectacle » qu'ils pouvaient donner.

' Je te connais Alice, une grande gueule, de grandes menaces … Mais tu n'agis jamais '

' La dernière fois que j'ai dis ça à un autre salopard dans ton genre, il se serait manger un Endoloris dans la gueule si un idiot ne m'avait pas désarmée avant que je n'achève la formule. À une syllabe près Alan ' Qu'elle sourit doucement alors que je déglutis devant le souvenir qui remontait ' Quel dommage, sérieusement, j'aurai aimé le voir souffrir autant qu'il a fait souffrir Eyrin '

Il ferma lentement les yeux, reprit ses esprits et relâcha la pression qu'il avait sur Alice. Il paraissait à la fois totalement hors-de-lui, profondément triste et complètement perdu. Il posa son front contre le mur, sa paume rencontrant la pierre froide dans un bruit sec comme un appel au désespoir.

' Bon, je te l'avoue. L'Endoloris n'aurait jamais fonctionné, comme on dit, faut vraiment avoir une âme noire pour que ça marche. J'aurais dû t'avoir sous la main ce jour-là ' Qu'elle rajouta, profitant de l'état d'Alan.

Il y eut un petit silence, une espèce de transition infime où la tension s'était faite plus légère mais aussi plus profonde.

Il se retourna finalement vers nous ' Elle a le droit de savoir pourquoi j'ai fais ça ' Sa voix était petite, suppliante et pourtant à la fois complètement convaincue.

Alice se retourna vers moi et je tranchai durement ' Une minute. Pas plus '

Il hocha lentement la tête avant de commencer calmement, pesant sûrement le poids de ses mots ' J'ai reçu un hibou il y a quelques mois. La lettre décrivait une femme en détresse qui avait besoin d'aide. Elle était au bout du rouleau et n'avait plus d'autre choix que de se tourner vers moi. Elle l'avait fait à contre-coeur : dans l'idéal elle aurait voulu que sa fille ne connaisse jamais son père '

' T'es pas sérieusement en train de nous faire croire que t'as une fille ? ' Fit Alice qui avait l'air plus offusquée que surprise, contrairement à moi qui était réellement sous le choc. Alan ? Une fille ?

Il sortit rapidement une photo de sa cape, la tendant à Alice d'une main tremblante ' Elle a le même prénom que ta mère : Amy. Et il y a une semaine, elle fêtait ses trois ans '

Elle y jeta un coup d'oeil rapide avant de me la remettre. Mes yeux faisaient l'aller-retour entre la petite brune et le grand blond. Quand on y réfléchissait, ça n'était finalement pas si étonnant que cela. Il fallait bien que cela arrive, non ? Avec toutes les filles qu'il mettait dans son lit …

' Ils savaient que j'avais plus que besoin d'argent et - '

' Tu ne pouvais pas simplement faire des heures sup ? Bosser de nuit dans un bar ? Qu'est-ce que tu crois que ta fille va penser quand elle saura ce que son père a été capable de faire « pour elle » ? '

Il baissa lentement les yeux avant que je ne reprenne, la colère ayant pris le pas sur la surprise ' Et Emily était au courant quand tu as joué avec elle ? '

' Je n'ai pas joué avec elle '

Alice éclata d'un faux rire ' Non, bien sûr. Tu crois peut-être que le fait que le prénom de la fille que t'as dans ton lit change tous les soirs joue en ta faveur ? '

' Je t'ai dis de ne pas insinuer une chose pareille ! ' Qu'il explosa ' Jamais je n'aurai été capable de lui faire ça. Jamais ! Et tu sais quoi Alice ? Même si tu ne veux pas l'entendre, ça ne changera strictement rien à ce que je ressens pour elle. Et tu le sais très bien '

Je ne sais pas pourquoi mais je l'ai immédiatement crû. Il y avait quelque chose dans son regard, dans son attitude. Je ne saurais dire quoi précisément, c'était non seulement fort et puissant mais aussi terriblement sincère.

Si Alice l'avait entendu de la même façon, elle était bien trop en colère pour s'en faire cure. Ce qui lui importait à l'état actuel des choses était simplement de faire aussi mal que lui ' Ah oui ? Tu vas me faire croire que t'es capable d'aimer quelqu'un peut-être ? '

' Putain mais arrêtes ! Comment tu peux croire un seul instant que je lui aurait fait volontairement du mal ? Tu sais ce qu'il y au fond de moi, merde ! '

' Je ne sais strictement pas ce qu'il y au fond d'un monstre '

La voix avait été tranchante et il avait baissé les yeux, blessé mais pas surpris. Il savait très bien, de toute façon, qu'il méritait l'acharnement d'Alice.

' Je suppose qu'il ne sert à rien de vous demander de dire à Emily que je suis vraiment désolé et que j'ai pensé toutes les choses que je lui ai dite pendant ces dernières semaines ? '

Seul le silence lui répondit et il secoua la tête, essayant une dernière fois, ses yeux plongés dans ceux d'Alice ' Elle a été un nouveau souffle pour moi. Elle m'a apporté un regard différent … Je l'aime vraiment '

Elle ne broncha pas. Il eut un de ces faux sourires mêlé à un souffle, et alors qu'il s'éloignait doucement, il se retourna brusquement, constatant sans espoir ' Vous savez … C'est facile de me reprocher de ne rien avoir fait pour vous avertir, vous n'avez pas non plus hésité à me balancer sans même être sûrs de quoi que ce soit '

' J'ai pas dormis de toute la nuit parce que je savais qu'à cause de moi mon meilleur ami pourrait se retrouver derrière les barreaux. Et tu sais quoi Alan ? J'aurais vraiment dû prendre une Goutte du Mort-Vivant au lieu de m'en faire pour toi, de me sentir coupable et partagée. Et je regrette vraiment d'avoir, ne serait-ce qu'une seconde, penser te couvrir parce que tu étais important pour moi '

Il acquiesça, se rendant à la réalité, il acceptait son sort. Et plongea une dernière fois ses yeux dans les siens. La tension n'avait jamais été aussi forte qu'à présent, moins destructrice, plus prenante. Palpable. Triste et dure. Je n'étais en rien concernée et pourtant mon ventre se tordait lui aussi.

C'étaient des adieux. Un dernier regard. Peut-être un dernier pardon.

Puis les deux avaient baissé le regard en même temps. Alice se retourna vers moi les yeux brillants alors qu'Alan se dirigea lentement vers la Brigade Magique afin de se rendre.

' On n'avait pas le choix, on devait le faire Alice '

' Je sais '

Elle garda un instant le silence. Alice avait appris la « nouvelle » en même temps que tout le monde, refusant que je ne lui révèle mon choix avant l'audience. Elle disait qu'elle n'aurait pas supporté savoir en avance le sort d'Alan ' … Je ne savais pas que tu le considérais comme ton meilleur ami '

' Moi non plus ' Qu'elle souffla. Les premières larmes commencèrent doucement à couler et je m'approchai d'elle, la serrant contre moi ' 'Lice … '

' Non, je veux pas que cet enfoiré me voit chialer comme une gosse. J'ai déjà assez pleuré pour lui '

Je me détachai, acquiesçant tandis qu'elle essuyait tranquillement ses larmes ' Chez Emily ce soir ? '

' Oui, je rapporterai le vin. Tu fais quoi cette après-midi ? '

' Prendre du temps. Réfléchir, j'en ai besoin … Toi ? '

' Je vais aller voir mon père, je n'ai pas vraiment envie qu'il apprenne la nouvelle de mon retour par les journaux '

Elle hocha la tête et je vins déposer un baiser sur sa joue ' Tu sais que je serai toujours là 'Lice '

' C'est bien la seule chose dont je suis persuadée '

Elle finit par souffler lourdement alors que déjà une partie des journalistes délaissaient Keynes pour suivre en direct l'arrestation d'Alan. Esquissant un petit sourire, elle prétexta une visite au siège de la Gazette pour s'éclipser du Ministère et ne pas avoir à en supporter d'avantage. Je soupirai à mon tour et me dirigeai vers les toilettes avec l'impression de traîner un poids énorme derrière moi. Je savais bien que le retour à Londres et, en quelque sorte, le retour à la réalité serait difficile et long mais nous n'étions même pas encore aux complications que j'avais pu imaginer. Le « pire » n'avait pas commencé qu'il était déjà dépassé.

Je soufflai, me passant de l'eau sur le visage, vaine tentative de respirer calmement et posément. J'étais excitée, en colère, fatiguée, surprise et ne remarquai qu'à présent combien la sentence du Magenmagot, bien qu'étant censé être soulageante, m'était atrocement lourde en émotions. Et le tout qui en résultait était lancinant.

Je ressorti finalement des toilettes non sans inspirer profondément, voulant me diriger vers l'extérieur afin d'enfin pouvoir quitter le Ministère quand une voix derrière mon dos me fit littéralement sursauté

' Mme Jònsson ! ' Je me retournai, tombant nez à nez avec l'officier de la BM qui était intervenu durant le procès ' Puisque je vous ai sous la main, tenez '

Il me tendit ce qui était de toute évidence une convocation pour venir faire une déposition … Demain matin. Je ne pu retenir un soupir et il esquissa un petit sourire gêné ' Je sais que vous aimeriez plutôt souffler et respirer après tout ça, mais nous en avons réellement besoin pour continuer les poursuites '

J'acquiesçai et disposai rapidement. Il y avait assez d'émulation dans le hall pour que je puisse m'y faufiler sans créer trop d'intérêt et une fois assez éloignée, je me permis enfin de Transplaner.


À nouveau, seul le silence répondit aux coups que j'avais donné sur la porte. Persuadée qu'il y avait quelqu'un à l'intérieur, la fenêtre ouverte à l'étage ne trompait pas vraiment, je poussai lentement la porte qui n'était pas fermée à clé.

' P'pa ? '

J'ouvrais la bouche pour l'appeler à nouveau quand un grand fracas se fit entendre au dessus, suivit de bruits de pas.

' Eh, c'est comme ça que tu oses m'accueillir ? En caleçon et tee-shirt visiblement enfilés à la hâte ? ' Souriais-je alors qu'il descendait les escaliers. Il s'arrêta net, releva brusquement les yeux.

' Par Merlin, Eyrin ! '

Je me retrouvai rapidement étouffée dans ses bras et j'éclatai de rire ' Tu comptes me laisser respirer ? '

' Ne me refais plus jamais ça ! Si tu savais à quel point … ' Qu'il fit en se détachant ' Sincèrement, à quoi tu pensais ? Kilian, Alice, Emily … Personne ne me répondait ! '

' Je suis désolée, j'avais demandé à Emily de ne pas te répondre … Et tu sais … Je devais le faire, pour Lilith '

' Oui, ça je l'ai bien compris quand j'ai lu tout ce qui se disait dans la Gazette mais tout de même, tu aurais pu me prévenir ! Presque deux mois Eyrin ! '

' Je sais, je suis désolée. Imagine que les autorités faisaient le lien, je ne voulais pas t'impliquer. La Brigade Magique t'aurait forcément convoqué et … '

Il souffla lourdement ' La prochaine fois que tu as une idée brillante de ce genre, tu me préviens. Brigade Magique ou pas, tu me préviens '

J'hochai lentement la tête et il s'en alla tranquillement vers les placards, je me laissai tombée sur une des chaises du bar ' Tu veux boire quelque chose ? '

' Du thé, ça ira '

' Tu ne changera jamais ' Qu'il soupira en déposant une tasse devant moi. J'étirai un petit sourire et il s'assit en face de moi après s'être fait un café. J'inspirai tranquillement, du moins, j'essayais d'avoir une respiration contrôlée mais c'était perdu d'avance. Je n'avais de cesse que de faire attention aux gestes que j'effectuais, ne souhaitant pas que mon annulaire ne me trahisse à nouveau.

' Alors, comment ça s'est passé ? Le procès est pour … Attends, c'était pas ce matin ? '

' Si '

' Donc si tu es là, ça veut dire que … '

' Ca s'est bien passé oui '

Il sourit doucement, acquiesçant ' Je suis vraiment fier de toi Eyrin, j'espère que tu le sais '

' Tu me le répètes assez souvent oui ' Souriais-je alors qu'il se penchait soudainement vers moi ' Tu as l'air … Je ne sais pas, embêtée je dirais '

Je profitai de l'ouverture pour avouer d'une traite, de toute façon, il avait l'habitude avec moi ' Je demande le divorce '

Je relevai les yeux, il donnait l'impression de s'être pris un Suédois à Museau Court en pleine figure. Je laissai enfin ma main gauche pleinement visible sur la table et il constata en silence.

' Ecoutes, je sais que tu as toujours voulu quelque chose de simple pour moi, pour ma vie, parce qu'avec maman, ça n'avait pas été toujours facile pour vous … Mais rien n'est simple. Je veux dire - '

' Je croyais que tout allait bien entre vous ' Qu'il me coupa finalement avec une voix pleine de doutes

' Et tout allait bien ' Soufflai-je, et c'était bien ça qui était si impardonnable.

' Alors pourquoi vouloir divorcer ? '

J'inspirai, cessant de jouer avec la cuillère que j'avais en main ' Parce que quand je dis que j'aime Kilian, ça ne me pose strictement aucun problème. C'est la vérité, je suis amoureuse de lui et il me rend heureuse. Mais quand je dis que j'aime Lilith, je me sens mal à l'aise. Parce que c'est tellement plus que ça, c'est comme si je mentais, si je trompais l'autre … J'ai tellement l'impression de trahir ce que je ressens. Comment tu veux faire comprendre l'ampleur de tes sentiments en trois putains de mots alors que toi même tu n'arrives pas à te l'expliquer avec toutes les phrases du monde ? '

Je terminai quelque peu rouge et me raclai la gorge afin d'essayer de faire passer le tout. Il plongea la tête dans ses mains, visiblement dépassé ' Et est-ce qu'elle te rend heureuse ? '

' Epanouie, en fait '

Il acquiesça avant de relever lentement les yeux ' Tu sais, quand tu avais 16 ans et que tu m'avais annoncé que tu sortais avec une fille, je me suis inquiété. Parce que tu ne m'avais pas dis que tu étais gay ou que tu aimais les filles, tu m'as juste dis que tu en fréquentais une. Alors bien sûr, je me suis inquiété de toutes les choses dont on est censés s'inquiéter dans ces cas-là. Le fait que vous devriez probablement vous cacher, que ça ne peut pas convenir à tout le monde, que vous ne pourrez peut-être pas assumer : vous n'aviez que 16 ans ! Mais tu sais ce qui m'a effrayé le plus ? C'était que tout ça, tu ne le vives pour rien. Je me suis demandé si ça n'était pas qu'une phase pour toi … ' Il soupira ' Je ne voulais pas que tu te perdes, tu sais. Que tu sois gay, très bien. Il aurait fallut laisser le temps à la surprise, puis aux inquiétudes : c'est dur de savoir que certaines personnes n'acceptent pas ce qui peut rendre heureuse ta petite fille. Mais si c'était simplement une phase Eyrin, tu allais te perdre, ne plus savoir qui tu es, ni ce que tu veux. Je ne voulais pas d'une telle chose pour toi. Mais ça a duré et j'ai bien vu comment tu étais heureuse. Et là, je me suis dis, « ma fille est gay ». Et même si les conséquences allaient sûrement être dures puisque tu allais t'engager dans la vraie vie, le fait de savoir qui tu étais, ça m'avait rassuré. Quand vous aviez rompu, bien sûr que je me suis inquiété pour toi, même si tu essayais de faire avec, il était très facile de voir à quel point ça t'affectait. Mais je m'étais dis que tu allais trouver quelqu'un d'autre, une belle jeune femme et là tu as prononcé le prénom « Kilian » en disant que les filles ne t'attiraient pas, qu'il n'y avait que Lilith qui t'avais fait cet effet … Eyrin, je ne comprends pas, est-ce que je suis censé me réjouir ? '

Touchée par quelque chose que je n'avais jamais envisager, j'étais un peu trop déboussolée pour réussir à ne serait-ce que concevoir une réponse à sa dernière question qui m'avait littéralement empoigné le cœur. Et quand je levais enfin les yeux vers mon père dans l'optique de tout de même essayer d'enchaîner quelque chose, des pas se firent entendre dans les escaliers. Surprise, je tournai la tête et mes yeux rencontrèrent le stéréotype-type de la suédoise en petite tenue ' Chéri ? Quand est-ce que tu remontes ? '

Elle s'arrêta net, ses yeux exerçant la navette entre mon père et moi, puis finit par faire un petit sourire gêné ' Je vais peut-être aller enfiler quelque chose '

Elle disparu rapidement à travers les escaliers et je me retournai vers mon père qui passait une main dans ses cheveux. Dire que j'étais complètement sous le choc était un euphémisme ' Tu aurais pu me dire que tu étais occupé '

' C'est que j'étais un peu surpris de te voir … '

' Mhm '

' Je suis désolé, tu n'aurais pas dû l'apprendre comme ça '

Je soupirai ' Donc je suppose que si j'avais à l'apprendre d'une autre manière, c'est que c'est sérieux ? '

' Disons que ça pourrait l'être '

J'acquiesçai légèrement et il souffla ' Eyrin … '

' Je suis surprise, c'est tout. Je veux dire, ça … Change '

' Ne la juge pas, s'il-te-plaît. Ecoutes, pourquoi ne pas venir dîner à la maison ce soir ? '

' Ce soir, je ne peux pas. Je suis chez Emily ' Il hocha lentement la tête, quelque peu déçu ' Mais visiblement vous n'avez pas encore manger non plus alors … Et puis ça fait longtemps que je n'ai plus cuisiné avec mon papa-adoré-que-j'aime-tant ! '


' Si tu rajoutes de la sauce de soja, c'est encore meilleur avec la crème fraîche et le piment de Jamaïque ' Fit la tête blonde en se penchant vers moi alors que j'étais en train de déglacer la poêle dans laquelle les Köttbullar avaient cuit pour en faire une sauce. Venir ici était souvent l'occasion de manger quelque chose de typiquement suédois bien que nous étions réglés à l'anglaise – les suédois ne mangeaient pas de repas digne de ce nom à midi, c'était souvent quelque chose de très rapide et de peu consistant.

Je la regardai un instant, il était vrai qu'elle n'était pas réellement ce que son apparence pouvait laisser à penser mais ça n'en restait pas moins perturbant. Je m'exécutai finalement et le temps de finir la sauce, la table était prête.

Mon père ne me laissa que le temps de m'installer qu'il revenait déjà à la charge ' Lilith divorce elle aussi ? '

Je jetai un coup d'oeil à Majken qui restait silencieuse et n'avait pas l'air de vouloir s'interposer d'une quelconque façon – ce qui me rassura quelque peu -, avant de tourner à nouveau mon attention sur mon père. Insister autant ne lui ressemblait pas, ça devait être quelque chose qui le préoccupait grandement et je me forçai donc à répondre malgré la présence de la blonde.

' Je n'ai pas voulu qu'elle le fasse et avant que tu ne dises quoi que ce soit ' Que je le coupai alors qu'il ouvrait déjà la bouche pour répliquer ' Il n'y a jamais rien eut entre eux et un divorce ruinerait non seulement la vie de Lilith, celle d'Aaron mais aussi celle d'Ethan ... '

' Wow. Et moi qui m'inquiétait, me voilà d'un coup rassuré ! '

' Ecoutes, je sais que c'est difficile à comprendre. Mais elle était prête à le faire et ça me suffit '

' Et tu as pensé au reste ? Au long terme ? À toutes les choses qui vont se m- '

' Je sais que tu ne fais que t'inquiéter et c'est normal mais s'il-te-plaît je ne veux pas de questions ou de prises de têtes, surtout en ce moment … Tout ce que je veux c'est profiter. Nous laisser exister. On a le temps pour le reste '

' On a vu où ça vous a menées la dernière fois … '

' Les choses sont différentes à présent … Et puis il est temps que tu arrêtes de te faire du soucis pour moi, tu sais '

' C'est une chose que tu ne peux pas demander à un père, Eyrin '


Lorsque j'arrivais, le vin avait déjà coulé dans un verre qu'Emily empoignait légèrement, concentrée sur de nombreux papiers qui jonchaient la table basse du salon. Elle leva lentement les yeux avant d'esquisser un petit sourire, montrant d'un coup de tête la bouteille que je tenais en main ' Je suis si prévisible que ça ? '

' Disons que tu as tes petites habitudes … Que tu nous as transmises, d'ailleurs '

Elle étira un nouveau sourire alors que je m'asseyais à côté d'elle après avoir ôté ma veste ' Tu bosses encore à cette heure-ci ? '

' Il est seulement 21 h et puis je n'ai pas trop le choix ' Qu'elle soupira ' Il faut que je sois prête pour demain : avec un Ministre accusé et arrêté, tu peux être sûre que les débats vont s'enchaîner, surtout qu'on était déjà en plein dialogue pour une restructuration administrative du DJM ... '

' C'est toujours délicat ce genre de situation '

' Je te le fais pas dire. Gardener va sûrement essayé d'en profiter et tous les prétextes seront bons pour faire passer tout ce qui ne passerait jamais en temps normal … On va être attaqués sur tous les fronts '

' Ca te sert à quoi, tout ça ? ' Demandai-je, les yeux rivés sur les parchemins

' Bah, c'est un peu comme toi. J'essaye de structurer, de prévoir, de construire … '

' Mais je croyais que tu manquais d'expérience pour interagir directement au sein de l'Assemblée '

' Disons que les choses ont quelque peu changées '

' Tu veux dire que tu es … '

' Membre permanent, oui '

' Mais c'est génial ! ' M'écriai-je alors qu'elle éclata de rire. Emily avait débuté très rapidement, mais la politique était un milieu difficile. Si elle progressait à une vitesse hallucinante, elle n'en restait pas moins qu'un simple échelon. Ses projets/idées ou je ne sais pas comment elle les nommait, étaient restitués à des « représentants ». Elle était jeune, manquait d'expérience et il était tout à fait compréhensible qu'à 25 ans, on ne lui donnait pas d'entières responsabilités. Si elle était devenue membre à part entière de l'Assemblée, c'était que ses idées avaient mûries, s'étaient imposées et étaient attribuées à son nom – et donc, qu'elle s'était fait un nom.

' Non mais tu te rends compte, tu as seulement 25 ans ! '

' Calme-toi Eyrin, je ne suis pas la seule. Ils ont enfin compris qu'il était temps d'adopter des points de vus plus en phase avec notre société actuelle. Faut dire qu'ils ont tous connus les deux Guerres et qu'ils ont du mal à se débarrasser du passé pour aller de l'avant, donc forcément ... '

' Mais quand même. On aurait dû sortir pour fêter ça. Pourquoi tu ne m'as rien dit ? ' Je m'arrêtai net alors qu'elle se retourna vers moi ' Question idiote ... '

Elle inspira prudemment, posant sa plume ' Ecoutes, je suis désolée pour tout à l'heure '

' Non, c'est moi. J'ai vraiment manqué de tact '

Elle hocha lentement la tête ' C'était juste … Déstabilisant. Je m'étais dis que quand vous reviendriez, tout reviendrait à la normale et là … Alan, toi … J'avais l'impression d'avoir atterrit dans une autre vie '

J'esquissais un léger sourire en guise d'excuse et elle me fit un clin d'oeil, attrapant un verre vide qu'elle avait fait venir à elle ' Un verre pour fêter nos deux victoires ? '

' Nos trois victoires, s'il-vous-plaît ! ' S'écria soudainement Alice du couloir ' Et un troisième verre aussi ' Qu'elle sourit alors qu'Emily se retournait brusquement.

' Devinez qui a fait un véritable carnage à la Gazette ? '

Après des retrouvailles plutôt mouvementées et une discussion d'usage qui ne dura que quelques minutes, la véritable conversation commença enfin avec une Emily qui avait déjà perdu son sourire.

' J'en sais rien 'Lice. C'est arrivé comme ça, c'est tout … ' Elle releva les yeux pour rencontrer le regard sceptique d'Alice et finit par souffler ' Disons qu'on a couché ensemble et que – oui je sais, ça ne me ressemble pas ' Qu'elle ajouta devant nos têtes ' Et justement, c'est ce que je lui ai fais savoir. Je veux dire, je ne couches jamais le premier soir. Mais il a été en quelque sorte … Vraiment insistant en fait. Au début, j'ai refusé, je n'ai rien voulu savoir – surtout qu'il s'agissait d'Alan ... Mais à un moment, j'ai finis par lâcher prise et sur le coup j'ai eu l'impression d'avoir bien fait '

' Il t'a couru après en gros ? '

' Ouais, du genre « Arrêtes, on a pas baisé cette nuit. Il y avait quelque chose d'autre », « Regarde les choses en face » … '

' Ce à quoi tu as répondu … ? '

' Que c'était pas parce qu'une femme lui taillait une pipe qu'il devait la demander en mariage '

J'éclatai de rire – un rire sûrement plus nerveux qu'autre chose, d'ailleurs - sans pouvoir réellement m'en empêcher, avant de me reprendre devant le regard d'Alice ' Non mais tu lui as dis ça comme ça ? '

' Bah c'est sorti tout seul '

' Qu'est-ce qu'il a répondu ? ' Demandais-je en réfrénant du mieux que je pouvais mon sourire

' Que si c'était le cas, il aurait dû braquer un bon nombre de bijouteries mais qu'avec moi c'était différent parce que je n'étais pas n'importe quelle femme et que, je cite, « nous avons fait l'amour » ... ' Elle soupira ' Si Voldemort avait été capable d'éprouver quoique ce soit qui soit proche de l'amour, il aurait été carrément raide-dingue de moi '

' Emily … '

Le fond de son verre disparu rapidement au fond de sa gorge et elle se retourna vers moi ' Le prochain qui sera intéressé par moi sera un sociopathe avéré, on parie ? Sincèrement, je devrais directement aller les chercher à la sortie d'Azkaban, ça leur épargnerait le voyage '

Je me tournai vers Alice, ne sachant que dire ou faire devant le puissant sentiment d'impuissance qui s'était emparé de moi. Dur de ne pas pouvoir faire taire la souffrance d'un être cher. De le débarrasser définitivement d'un poids trop lourd, trop vieux. Injuste.

D'une voix déjà beaucoup moins maîtrisée, Emily enchaîna ' Je suis vraiment qu'une conne. Je le savais en plus '

' Tu ne pouvais pas le rêver ... '

' Tomber amoureuse d'un mec qui a pris en otage 4 personnes et le croire encore sincère, y'a quoi de plus pathétique ? '

À nouveau le silence était tombé violemment sans qu'on ne trouve quoique ce soit pour le briser. Je ne savais pas, d'ailleurs, si il y avait réellement quelque chose à dire dans ce genre de situation : nous avions toutes conscience que la consoler était inutile. Il n'y avait rien à rassurer. La réalité était trop rude pour tenter de l'adoucir.

Et c'en était déroutant.

Emily releva brusquement les yeux du verre qu'elle contemplait depuis de longues minutes ' Est-ce qu'on sait au moins pourquoi ? '

Je me raclai la gorge, prise d'une certaine appréhension alors qu'Alice tentait vainement ' Je ne crois pas que tu devrais … '

' Je crois qu'au point où j'en suis, au contraire '

Alice inspira, me jetant un dernier coup d'oeil ' Une de ses nombreuses conquêtes est tombée enceinte … Il y a trois ans '

Les yeux d'Emily firent l'aller-retour entre Alice et moi, cherchant probablement une quelconque trace de mensonge avant de se fermer alors qu'elle se laissait littéralement tombée contre le canapé. Elle avait compris que nous étions sérieuses.

Je déglutis doucement alors que nous n'avions le droit à aucune autre forme de réaction de sa part. Elle restait silencieuse, perdue dans ses pensées et la voir ainsi plongée dans un silence lourd et intense m'amena à mon tour à me perdre dans mes méandres. La journée avait été longue et la fatigue pesait, d'autant plus que le déluge d'émotions les plus contradictoires les unes que les autres qu'avaient étés ces dernières heures et les images constantes de la nuit dernière qui me harcelaient n'aidaient en rien.

Au bout d'une quinzaine de minutes cependant, les premières larmes apparurent sur son visage et je me redressai vivement. Alice vînt à son tour près de nous tandis qu'Emily articulait enfin, les yeux toujours fermés pour retenir au maximum ses larmes ' Je n'ai pas envie de pleurer '

' On en a jamais envie '

' Mais ça fait toujours du bien ' Soufflai-je alors qu'elle eut un petit rire.

' C'est toi qui dit ça ? '

' Mhm mhm '

' Et alors avec Lilith, c'est quoi l'histoire ? '

' Là, tu changes de sujet '

' Ca aussi, ça fait toujours du bien ' Et son rire fut bientôt noyé par ses pleurs.


Je ne pu retenir un bâillement alors que je me laissai tombée contre l'accoudoir du canapé. Les larmes d'Emily s'étaient éteintes tant bien que mal, ce qui avait été assez déroutant d'ailleurs - la seule chose qu'elle avait prononcé étant : « Mon père sera toujours là, quoique je fasse. C'est tellement injuste de s'acharner comme ça ».

J'inspirai, j'avais définitivement du mal à reprendre mes esprits dernièrement. Et alors qu'Alice était allé chercher quelque chose à manger, Emily se pencha brusquement vers moi ' C'est qu'on est fatiguée ? '

' C'est qu'on a pas dormit de la nuit ! ' Fit Alice en revenant avec un grand sourire et un bol de chips – à défaut d'avoir trouvé du chocolat, probablement.

Emily étira à son tour un sourire et je soufflai ' Est-ce que j'ai déjà parlé de la carrière de pédophile qu'entreprends Alice ? '

Cette dernière me lança un regard noir ' Il avait 19 ans, y'a encore de la marge ! '

' Ouais ' Riais-je ' Disons plutôt que tu es une très mauvaise pédophile, c'est tout '

La brune se retourna à son tour vers Alice, plus que surprise ' T'as couché avec un adolescent ? '

' À 19 ans, t'es plus vraiment un adolescent … T'es dans la conjoncture entre l'adolescent et le jeune-adulte, tu vois ? ' Je retins un fou rire alors qu'Emily lui lança un regard dubitatif qui la fit souffler ' Oh et puis merde, elle dit ça juste pour changer de sujet ! Et ça me sidère que tu la laisses s'en tirer aussi facilement '

Je lui tirai la langue alors qu'Emily se retourna vers moi ' Elle n'a pas tort non plus '

Ce fut au tour d'Alice d'étirer un grand sourire.


' Merci ' Fit lentement l'un des hommes de la Brigade Magique tout en me tendant un parchemin ' Signez juste et nous avons finit '

J'attrapais une plume qui traînait dans le coin et signais la déposition, ne pouvant m'empêcher de jeter un œil dans le même temps aux vitres dont les stores étaient tirés au fond de la salle. L'un des membres de la BM capta mon regard et se pencha doucement vers moi ' Ils sont en quarantaine tant qu'on ne saura pas avec précision lequel d'entre eux est coupable '

J'hochai lentement la tête, délaissant enfin le spectacle que constituaient les différents officiers enfermés dans la salle de réunion.

' Nous le trouverons rapidement, faîtes-nous confiance '

' Ce n'est pas à vous que je ne fais pas confiance. La justice a ses limites, surtout lorsque le Magenmagot se trouve en confrontation directe avec un Ministre ... '

Il acquiesça, ayant bel et bien conscience de la gravité de la situation. Délicate, susceptible et tranchante, elle allait probablement remuer une bonne partie des Départements pendant quelques semaines.

' Je dois vous avouer que je suis impressionné '

' Impressionné ? '

' Vous n'avez pas hésité à donner l'identité de l'un de vos proches, ce n'est pas quelque chose de facile à faire '

' Je pense au contraire qu'il est plus facile de trahir que d'accepter d'ignorer la réelle nature de votre proche. Il doit assumer ses actes devant la justice '

Il étira un petit sourire ' Entre nous, vous ne l'avez pas fait uniquement pour ça. Vous saviez qu'en le rendant aux autorités, sous la pression, l'émotion et tout ce qui doit le traverser actuellement, il se montrerait défaitiste puis avouerait. Et son aveu permettrait de coincer tous les autres avec des preuves solides et concrètes, de donner à l'accusation de Keynes une certaine véracité et donc, multiplierait les chances qu'il écope réellement de la peine qu'il mérite. Alors … Merci, sincèrement '

Je ne pu retenir un sourire, il était vrai que plusieurs facteurs avaient joués dans ma décision finale ' C'est moi qui suis impressionnée à présent. Est-ce qu'il a parlé ? '

' Je n'ai pas le droit de vous donner ce genre d'informations, je suis désolé '

' Non c'est sûr, je comprends '

Je le regardai un instant alors que le silence s'était fait d'un coup, puis finit par me racler la gorge et montrer d'un geste la porte de sortie ' Sinon … Heum, est-ce que je peux … '

' Ah oui oui, bien sûr, vous êtes libre de partir. Si jamais nous avons besoin de quelque chose, nous vous recontacterons '

' Très bien, merci '

J'attrapai mes affaires et saluai rapidement Alice et Matt - ils avaient été convoqués plus tardivement et n'avaient pas encore finit leur déposition, avant de sortir du bureau, essayant de faire totalement abstraction de la présence de Kilian. Il fallait dire que le voir m'avait fait l'effet d'une véritable bombe, d'autant plus qu'il avait fallu expliquer aux enquêteurs pourquoi il était rentré à Londres avant nous et surtout comment nous avions trouvé les Crachvies. Avouer à voix haute à quel point vous étiez monstrueuse était une chose tout à fait perturbante qui vous serrait le cœur en un noeud bien ficelé – bien que la BM n'ait eut connaissance que d'une « dispute » et non du facteur je-l'ai-plaqué-pour-une-femme.

Je soufflai avant de m'arrêter brusquement en plein milieu du couloir. Mes yeux venaient de se perdre dans l'intensité du regard de Lilith et le nœud qui s'était emparé de mon cœur quelques instants plus tôt éclata en mille morceaux. Elle se détacha lentement du mur contre lequel elle était adossée et je finis silencieusement dans ses bras.

C'était la délivrance. Un soupir. Un abandon total dans lequel disparaissaient tout ces ressentis indescriptibles qui m'habitaient et me torturaient depuis hier. C'était un souffle. Un soulagement. La libération.

Et puis c'est devenu un espoir. L'Espérance. Et une joie incommensurable. Le contact de sa peau, son odeur, sa chaleur. Des promesses pour un avenir qui en était réellement un à présent. La disparition des peurs, l'oublie des incertitudes. Le sourire d'un futur lumineux, d'un devenir qui nous était réservé. Qu'on avait l'occasion d'entreprendre, de construire, de vivre.

C'était la réalité qui rattrapait, enchaînait, promettait : elle était libre. Nous étions libres.

Et putain qu'est-ce qu'elle m'avait manqué.

' Tu joue avec le feu, je pourrais te tuer, tu sais. Je suis super dangereuse dans mon genre '

Elle se détacha lentement, un sourire amusé aux lèvres ' Si j'ai pu dire quelque chose dans ce genre-là, c'était uniquement sous le coup de l'émotion '

' Hin hin '

Elle rit doucement ' Ok la faucheuse, ça te tente un café ? '

' C'est vrai que t'as la tête de celle qui a besoin d'une bonne dose de caféine '

' Disons qu'Olivia a eut la superbe idée de me kidnapper hier soir '

Je m'arrêtai net alors que nous avions commencé à nous diriger vers les ascenseurs ' Me dis pas que je suis passée à côté d'une Lilith complètement ivre en train de faire un strip-tease sur le bar ? '

' Oh non, je te rassure, je n'étais pas ivre. J'avais pleinement conscience de mes actes '


' Un café Moldu ? ' M'étonnais-je.

' Ici, personne ne nous reconnaît, personne ne sait qui nous sommes. Et personne ne cherche vraiment à le savoir ' Qu'elle fit tranquillement alors que nous nous installions à une table en terrasse.

' Dis plutôt que c'est une façon audacieuse de me faire des attouchements en toute discrétion et en toute impunité '

Elle étira un petit sourire et glissa lentement sa main sur ma cuisse ' Puisque tu en parles ... ' Décidée à paraître imperturbable, je maintins son regard sans autre forme de réponse, contenant tant bien que mal ces envies dévastatrices qui me hurlaient de capturer définitivement ses lèvres. Ses doigts étaient lents, de plus en plus insistants. Et malgré les couleurs interminables que je devais prendre ainsi que le léger changement de respiration qu'elle avait probablement remarqué et qui témoignaient parfaitement des émotions qui me parcouraient toute entière, je tins le coup et restais de marbre.

' Hum … Qu'est-ce que je peux vous servir ? '

Lilith se retira brusquement et je fermai un court instant les yeux. Cette fois-ci, mes joues n'étaient plus brûlantes mais clairement en feu.

' Un expresso … Voire plutôt un double en fait. Et … Qu'est-ce que tu veux ? '

Un peu plus que désorientée et troublée, je ne répondis pas de suite ' Eyrin ? '

' Euh oui, heum … Vous avez des thés aromatisés ? ' La serveuse hocha la tête ' Je prendrai pomme-cannelle, si vous avez '

' Très bien, je vous ramène ça de suite '

Je me retournai vers Lilith qui de toute évidence retenait un sourire ' Pomme-cannelle ? '

' Hey, c'est super bon '

' Mais je n'en doute pas une seule seconde '

' Et tu n'es pas du tout en train de te foutre de moi '

' Ce n'est vraiment pas quelque chose que j'oserai faire '

' C'est sûr, tu es tellement bienveillante et bien intentionnée. Pas du tout dans le genre malicieuse et espiègle '

' Non, pas du tout '

J'étirai un sourire alors que la serveuse revenait déjà avec son plateau ' Est-ce que je pourrais vous encaisser tout de suite par contre ? '

Je n'eus pas le temps d'esquisser le moindre geste que Lilith lui avait déjà donné l'un de ces billets Moldus que j'avais toujours trouvé étrange – sérieusement, payer avec des bouts de papiers ! Je me retournai brusquement vers elle, ahurie, alors qu'on lui rendait la monnaie.

' Mon coffre chez Gringotts fait la taille de ton appartement, je crois que je peux bien me permettre de t'offrir un thé ' Qu'elle fit finalement avec un regard parfaitement malicieux pour le coup. Je lâchai un soupir. Prise au piège par mes propres mots, je n'avais pas grand chose à répliquer.

' À propos de ton coffre … ' Rajoutais-je néanmoins ' Je suis vraiment désolée. Je sais bien que tu n'es pas si aisée que ça. Je leur ai montré uniquement les comptes d'Aaron '

' Je pense bien. C'est juste que t'entendre bluffer dès ton arrivée … Je ne sais pas, c'était troublant. Surtout si on rajoute la composante « Keynes » '

' Disons que si tu avais été jugée par un Président Sorcier, tu serais peut-être à Azkaban à l'heure qu'il est. Accuser le Ministre, comme ça, c'était de la folie. J'avais beau tourner les choses dans tous les sens, je n'arrivais pas à trouver quelque chose d'assez solide pour contrer le Président Sorcier. Puis je me suis demandé quelles circonstances joueraient en notre faveur et j'ai simplement fait ce que j'ai pu pour qu'elles se réalisent. Et je sais ce que tu penses mais je ne pouvais pas te prévenir, tu devais être surprise en apercevant Keynes. Si tu as eu un moment de flottement, d'incertitude, il l'a capté et a pris confiance en lui. Aveuglément '

' Mais tu pensais réellement que les membres du Magenmagot voteraient contre le Ministre alors qu'il était présent ? C'est insensé '

' Pas tant que ça. Si ça avait été un Président Sorcier, tout aurait été rapporté au Ministre – personne n'aurait probablement eut le courage de risqué quelque chose de tel. Ca aurait été comme accusé une personne qui est au bout du monde, ça a pas de sens et si tu rajoutes l'autorité … C'était perdu d'avance. En revanche, Keynes était présent, intimidé : j'avais toutes les cartes en mains. Son comportement lui même était une preuve, et le Magenmagot n'a pas voté contre lui, mais a voté pour qu'on puisse approfondir l'« enquête ». Que ce soit vrai ou non, il était de leur devoir de t'acquitter pour qu'on puisse prendre en compte les preuves que j'avais fournis. S'ils t'avaient jugé coupable, on aurait eut en retour une accusation pour « fabulations » et aucuns des documents que j'avais présenté n'aurait pu être utilisé pour faire tout de même une vérification auprès de Keynes après ta condamnation à Azkaban puisque ces documents tenaient de la fabulation. Or, il est du devoir de la Brigade Magique de vérifier chaque information relatant des faits qui outre-passent la loi, tu le sais. Donc, résultat, à partir d'un moment ils n'avaient plus le choix : ils devaient t'acquitter pour que les preuves soient considérées comme authentiques – du moins, qu'elles puissent être vérifiées '

' C'est pour ça que tu as provoqué avant de donner les preuves du complot, et que tu as donné les preuves de l'implication de Keynes après avoir prouvé le complot. Pour créer un cheminement. Ca je le comprends, mais ton entrée … ? '

' C'était juste une manière de mettre Keynes plus en confiance encore. Tu l'avais stressé comme pas possible en te pointant à la BM, et il pensait pouvoir reprendre aisément le contrôle. Je suis donc arrivée comme si je n'avais strictement rien. Les comptes d'Aaron sont passés puisque vous êtes mariés, évidemment la Société Protectrice des Fées n'était pas la seule association dont tu étais accusée d'avoir détourné des fonds … Mais l'essentiel c'était juste d'amener ma « vraie » défense – et l'existence du complot - et surtout qu'il ne me coupe pas. Avec une plaidoirie qui a autant de défauts, donc mon entrée, il allait attendre que j'ai finis pour me démonter d'un coup, de sorte à ce que je n'ai plus rien à répliquer. Mais avant d'en arriver là, j'ai balancé le complot. Je l'ai endormi pour le réveiller brutalement, c'est tout. Après, de là, j'ai continué dans mon jeu de provocation. Le problème pour moi avait été de trouver le bon moment pour annoncer la libération des otages '

' Et tu l'as fait quand Keynes était littéralement mis de côté '

' Et quand ma défense commençait à perdre en valeur pour le Magenmagot. J'ai juste « impliqué » la Présidente et le Magenmagot dans l'équation '

' Pourquoi ne pas avoir fait venir Ethan et tout le monde ? '

' Je les aurais fait venir si ça avait été un Président Sorcier et non Keynes qui présidait le procès – j'avais monté une deuxième défense approximative dans le cas où … Mais là il était inutile de les appeler : ils n'auraient fait que détourner l'attention de Keynes vers eux. C'était pas quelque chose de souhaitable. Et comme dit, ça aurait donné plus de consistance à mon accusation envers Keynes – on ne parle pas du complot mais bien de l'implication de Keynes -, et ce qu'il fallait c'était au contraire trouver la juste mesure entre le « il est coupable » et « il y a des possibilités qu'il soit coupable »'

' Leur donner un sujet de conversation … ' Qu'elle sourit en faisant mention de notre conversation en Sierra Leone. Et à nouveau, je répondis avec un petit rire ' C'est un peu ça, ouais '

Elle me regarda un instant. Le désir ancré au fond de ses prunelles ' Est-ce que je t'ai déjà dis que je t'avais trouvé impressionnante et incroyablement sexy ? '

' Mhm … Tu devais sûrement être trop émue pour ça '

Elle ne pu retenir un sourire et j'approchai lentement mon visage du sien, mon souffle se percutant contre le sien ' Mais tu peux toujours le redire … '

Elle posa son index sur mes lèvres alors que je tentai de m'emparer des siennes ' Si tu fais ça, je ne vais avoir d'autre choix que de te faire l'amour sur cette terrasse '

' Ce qui serait vraiment, mais vraiment très indécent '

Ses doigts parcouraient lentement le contour de mes lèvres et j'étais perdue dans la contemplation de ses traits.

' Chez moi ? ' Qu'elle articula finalement

' Tu ne peux pas savoir à quel point j'aime déjà entendre ces deux mots '

' Et crois-moi, tu vas bientôt ne plus pouvoir t'en passer '