A sa grande surprise pendant les semaines suivantes, Severus fut, en effet, capable de s'entendre avec Harry Potter, le Garçon-Qui-Continuait-A-Le-Surprendre. Pendant leurs cours particuliers en soirée, le garçon était respectueux et sérieux à propos de son travail scolaire, et Severus se mit à admettre à contrecœur que toutes les idées préconçues qu'il avait à propos du jeune Potter étaient injustifiées, et même biaisées. Ce fut une discussion qu'ils eurent une semaine après qu'il ait offert le Nimbus au gamin qui rendit les choses bien plus claires pour lui, cependant.
Potter s'était penché sur un devoir de Botanique pendant une petite heure, ne levant pas les yeux de ses livres ou de son parchemin, comme d'habitude, pendant que Severus corrigeait des devoirs de cinquième année. Ils passaient généralement deux heures dans sa classe le soir – ou, occasionnellement, dans son bureau – chaque soir, la première étant consacrée au travail scolaire en lui-même, et pendant la deuxième Severus interrogeait le garçon sur ses lectures ou répondait à des questions. Ces dernières concernaient majoritairement les devoirs, mais parfois ils parlaient de l'attaque qui avait eu lieu quelques semaines plus tôt.
Severus avait trouvé le meilleur emploi du temps pour à la fois faire son devoir de professeur et pour garder un œil sur le garçon. En dehors de ces deux heures, Potter était généralement avec d'autres première année dans leur salle commune, ou à l'entraînement de Quidditch, qui avait été poussé à trois soirs par semaine. Potter était rarement seul, et donc avait peu de chances d'être attaqué encore une fois.
Cette nuit-là, Severus était particulièrement content du silence, puisque les cinquième année avaient été très mauvais, et il savait qu'il allait avoir du travail pour les remettre à niveau, si jamais il y arrivait. Mais il leva quand même la tête lorsque Potter dit, « Monsieur ? »
Severus leva un sourcil, et Potter se mordilla la lèvre avant de regarder son bureau. Severus attendit il avait une immense expérience en ce qui concernait l'attente. Finalement, le garçon releva les yeux. « Monsieur, vous avez dit auparavant que vous rencontriez les, euh, les familles de tous les première année. »
Cela ne ressemblait pas à une question, et Severus n'y répondit qu'en hochant légèrement la tête. Comme il l'avait découvert ces dernières semaines, Potter irait au but assez vite, s'il avait assez de temps, et pas trop de pression. Mais il pensait savoir où il venait en venir, et il n'était pas sûr de vouloir en discuter.
Une autre minute passa, et Potter prit une grande inspiration, avant de fixer ses mains. « Vous avez vu les Dursley ? »
« En effet. »
La tête de Potter se leva brutalement. « Est-ce qu'ils ont... Ils étaient horribles, monsieur ? »
Severus réfléchit à la réponse appropriée. La visite avait été horrible. Elle l'aurait été même s'il n'avait pas lancé un légilimens aux Moldus et été inondé par les souvenirs de leur horrible comportement vis à vis de Harry. Mais il ne voulait pas que Potter se sente encore plus mal. Severus ne voulait pas qu'il soit humilié, comme lui-même savait qu'il l'aurait été s'il avait été Potter. Et quelle révélation c'était ! Finalement, cependant, tout ce qu'il dit fut, « Ce n'était pas très agréable. »
Un coin de la bouche de Potter se retroussa. « Ouais, ce ne sont pas des gens agrébles. »
« Non, » approuva Severus. Ils n'avaient jamais parlé de la vie de Potter avant, autrement que de façon très détournée, mais Severus savait que ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne se confie, comme tous les Serpentard qui avaient grandi dans des maisons bien loin d'être parfaites le faisaient lorsqu'ils en avaient l'opportunité. Il était, honnêtement,surpris que le garçon s'ouvre aussi rapidement. Il débattit avec lui-même pendant quelques secondes pour décider de comment aborder le sujet plus profondément, et puis, « Ils ont vraiment essayé de prétendre que vous n'existiez pas, pendant dix ans. »
Potter hocha la tête, ses yeux de retour sur ses mains, alors qu'il tournait une plume entre ses doigts. Ces dernières semaines, Severus avait remarqué une véritable avancée dans les capacités d'écriture du garçon, une fois qu'il apprit comment tenir ses outils. Tout comme son comportement, lorsqu'il eut compris le raisonnement derrière les règles imposées. « Oui, monsieur. Comme ça ils pouvaient prétendre que la magie n'existe pas non plus. Je n'ai pas su pourquoi je n'avais pas le droit de dire le mot « magie » avant de rencontrer Hagrid. C'était bizarre, vraiment. »
« J'imagine. » Et Severus le pouvait, d'une certaine manière. Il y avait beaucoup de choses à propos de Potter qu'il ne pouvait pas comprendre. Il ne pouvait concevoir que le garçon ait pu recevoir tant de mauvais traitements durant son enfance, et puisse être quand même capable de se faire des amis si facilement. Et il ne pouvait pas comprendre pourquoi, exactement, Potter lui donnait une seconde – ou troisième ? - chance d'être le Directeur de Maison qu'il était censé être, alors que le garçon n'avait aucune raison de faire confiance aux adultes.
Mais il pouvait parfaitement comprendre le... dédain que beaucoup de parents Moldus ont pour la magie lorsqu'ils sont confrontés à leurs enfants sorciers, ou (dans le cas de Potter) leurs pupilles. Il pouvait parfaitement se souvenir de la répulsion que son propre père avait pour lui. Il y avait le même dégoût dans ses yeux que dans ceux des Dursley, et leur fils, alors qu'ils « parlaient » de leur neveu. Il se demanda encore une fois comment Potter avait fait pour survivre à dix ans de vie avec eux, sans personne pour les empêcher d'avoir ce comportement immonde.
« Vous... » le garçon déglutit, puis sembla rassembler le courage qu'il avait avait de le regarder dans les yeux. Severus ne bougea pas, attendit juste, son expression neutre. « Vous pensez qu'ils me détestaient juste pour la magie, Professeur ? Ou... » Un autre mordillement de lèvre, puis la voix de Potter se fit bien plus basse lorsqu'il continua, comme s'il avait vraiment peur de ce qu'il allait dire. Qu'il avait peur de la réaction de Severus. « Ou parce que mon père était un harceleur ? »
La respiration se bloqua dans la poitrine de Severus. Pendant un long moment, il fut sûre de ne plus pouvoir respirer à nouveau. Severus serra le poing et entendit la plume qu'il utilisait se casser en deux. La pointe se planta dans sa peau. Les yeux de Potter s'écarquillèrent, une étincelle de terreur dans leurs profondeurs.
« Où avez-vous eu cette idée ? » Severus demanda d'une voix basse, dangereuse.
Potter flancha devant son ton, mais répondit quand même à la question. « Euh, quel-quelqu'un m'a d-dit qu'il é-était dans un g-gang, monsieur, comme mon cousin D-dudley. Et qu-qu'il s'en p-prenait aux gens, surtout des Serpentard, on m'a dit, et je pensais que peu-peut-être il l'a fait à eux, aussi. Les Dursley, je veux dire. Et peut-être, euh, peut-être que c'est pour ça qu'ils... qu'ils me détestent. Parce qu'il était méchant avec eux, aussi ? »
Eh bien. C'était inattendu. Potter avait choisi le moyen le plus subtil pour demander si l'attitude de son père était la raison pour laquelle son Directeur de Maison le traitait si mal. Severus détendit lentement son poing, peu étonné de trouver du sang dans sa paume lorsque la plume cassée tomba sur le bureau.
Se forçant à prendre plusieurs grandes respirations avant de lancer un maléfice au garçon et le sortir à coups de pieds de sa salle de classe, Severus secoua la tête. Il plaça sa baguette avec précaution sur le bureau devant lui, puisqu'elle était apparue dans sa main sans qu'il y fasse attention.
Lui, Severus, n'était pas un tyran, et ne le deviendrait pas. Il avait des promesses à tenir. Lorsque sa respiration fut sous contrôle, il jeta un regard perçant au garçon. Les yeux verts – les yeux de Lily – suivirent son mouvement des yeux, comme s'il était un serpent prêt à mordre. Severus ne pouvait pas le blâmer.
« Je ne peux pas prétendre savoir si les... interactions de votre père avec les Dursley ont eu une influence négative sur leur attitude avec vous. » Severus passa une main devant ses yeux. « Cela pourrait être comme vous le dites, ils détestent peut-être suffisamment la magie pour haïr aussi leurs praticants. » Son regard se fixa sur Harry encore une fois, et il observa le garçon, assis parfaitement raide, d'une presque anormale. Severus ne voulait pas en dire plus, mais il savait qu'il le devrait.
Finalement, il continua. « Concernant les... autres qui auraient pu avoir des relations... moins qu'amicales avec votre père. Il se pourrait que ces relations aient causé un certain... ressentiment envers quiconque lui serait connecté. »
« Comme son fils, » dit Harry calmement, soutenant le regard de Severus.
« Par exemple, » répondit-il.
Le garçon hocha la tête encore une fois, et il n'y avait pas de ressentiment dans ses yeux verts, rien d'accusateur dans son regard. Juste... de l'acceptation, et peut-être un peu de résignation.
Severus regarda ailleurs.
« J'aime beaucoup le balai, monsieur, » dit Harry pendant le silence qui suivit.
« C'était fait pour. » Lorsqu'il se retourna vers le garçon, la tête de Harry était à nouveau penchée sur son devoir, mais il aurait pu jurer que les épaules du garçon était au moins un peu plus détendues qu'une demi heure plus tôt.
Severus finissait tout juste son paquet de copies lorsque Harry parla à nouveau. « Monsieur ? »
« Oui, Potter ? »
Le garçon jouait encore avec sa plume, et semblait nerveux. « J'ai une question à propos de la racine d'asphodèle, monsieur, et le meilleur moyen pour la récolter. Le Professeur Chourave dit qu'elle est plus puissante lorsqu'on la récolte au plus chaud de l'été, mais je me suis souvenu que j'avais lu dans mon livre de Potions que c'était mieux si elle était récoltée à la pleine lune. Et si elles ne sont pas cueillies en même temps ? »
Severus faillit sourire. Il s'efforça de se refréner. « C'est rarement le cas. »
Les sourcils de Harry s'abaissèrent. « Alors, quel moment est le mieux ? »
« Pensez-y, utiliser votre cerveau, si possible. »
Mordillant sa lèvre inférieure et ignorant le sarcasme de Severus – qui n'était qu'à moitié sérieux, de toute façon – le garçon obéit, puis dit, hésitant, « Est-ce que ça dépend de ce pourquoi on l'utilise ? »
« En effet. Maintenant, dites-moi pourquoi. »
Un autre moment de réflexion, puis Harry dit, « Eh bien... Si vous voulez l'utiliser dans un cataplasme contre les furoncles et les brûlures, il faut qu'elle soit la plus puissante possible, donc ce sera récolté en été. Mais si vous voulez l'utiliser dans une potion plus délicate, comme un filtre de sommeil, il faut quelque chose d'autre que de la puissance pure. »
« Comme ? » demanda Severus, impressionné malgré lui par la logique du garçon.
Regardant de nouveau ses mains, Harry dit, « Ses propriétés de relaxation des muscles ? Je veux dire, récolter la racine à la pleine lune rendrait cet aspect-là plus, euh, viable, donc la potion aiderait la personne à s'endormir, sans la tuer accidentellement ? »
« Est-ce que vous me demandez ou est-ce que vous me donnez la réponse ? »
Harry pouffa et regarda Severus à travers ses cheveux. « Je vous réponds, monsieur. »
Severus inclina légèrement la tête. « Alors vous avez raison. Bien raisonné, Potter. »
Puis il vit le sourire du garçon – qui était radieux et plein de gratitude, pour quelque chose d'aussi petit qu'un moment de reconnaissance – et il fut content d'en être en partie responsable. Il fit un signe en direction du travail du garçon. « Lorsque vous aurez fini votre devoir, donnez-le moi. »
« Monsieur ? »
« Pour que je puisse m'assurer que votre travail est correct. Votre esprit semble capable de réfléchir, au moins un peu, et je souhaite vérifier que ces connaissances soient transférées correctement sur le papier. »
Le garçon avait une expression choquée qui ne semblait pas vouloir s'en aller. « Vous voulez vérifier mes devoirs ? »
« En effet, monsieur Potter. » répondit Severus, et son ton devint un peu plus acerbe. « Finissez votre devoir. Maintenant. »
Le sourire encore une fois, et Severus n'avait sincèrement aucune idée de pourquoi il souriait, mais le « Oui, monsieur ! » qui suivit semblait heureux.
Quelques jours plus tard, alors que la mi-octobre approchait, Severus fut convoqué dans le bureau du directeur. Encore une fois, il eut l'impression d'être un pénitent, et se demanda, exactement, ce qu'il avait encore fait. Mais Albus n'avait apparemment pas l'intention de lui reprocher quelque chose. A la place, après lui avoir offert une poignée de ses bonbons omniprésents, et avoir tenté de discuter de façon légère avec lui – Severus refusa les deux avec différents degrés d'agacement – Albus arriva à Harry Potter.
« J'ai entendu de la part des autres professeurs de Harry que son travail s'était beaucoup amélioré ces dernières semaines, Severus. Même Minerva s'est avoué impressionnée par ce revirement. »
« Elle est facilement impressionnable, sans doute, » marmonna Severus avec ressentiment. Il avait bien mieux à faire que de parler de ce genre de sujets. Les notes du garçon avait augmenté car il avait plus de temps pour étudier à présent il n'y avait pas de conspiration à y trouver.
« J'en doute beaucoup, mon cher garçon. Mais elle a également exprimé sa préoccupation à propos des raisons de cette soudaine amélioration. Est-ce que vous avez remarqué des... étrangetés dans sa façon de travailler récemment ? A-t-il reçu de l'aide ? »
Severus fixa le directeur. Il aurait dû s'attendre à quelque chose dans ce goût là, mais ne l'avait honnêtement pas fait, présumant que le Gamin qui Avait Survécu serait au dessus de toute suspicion. Il aurait volontiers tordu le cou de McGonagall pour cette insulte. « Est-ce que vous suggérez que Harry Potter triche ? Le Sauveur du monde Magique ? »
« Bien sûr que non, Severus. Bien sûr que non. » Mais l'expression d'Albus disait le contraire.
Severus ricana. « Alors quelle est votre objection concernant cette amélioration du garçon ? »
« Je n'ai certainement aucune objection. Je ne fais que porter ces préoccupations à votre attention. »
« Je vois. » Et il voyait. Il savait que cette discussion n'aurait jamais eu lieu si Harry avait été réparti ailleurs qu'à Serpentard. Mais les enfants dans la Maison des serpents avaient toujours été suspectés de malfaisance, même lorsqu'il n'y avait aucune raison. « S'il n'y a pas d'autres hypothèses dont vous voulez me faire part, peut-être pourrions nous parler de l'obsession malsaine de Quirrell envers monsieur Potter. »
Albus eut l'audace de faire un geste de la main d'un air nonchalant. « Est-ce que vous avez découvert la moindre preuve que Quirinus a bien été impliqué dans l'attaque envers Harry ? »
« Oh, juste le souvenir du garçon ! » gronda Severus. « Que nous avons tous deux observé à travers la Pensine, si vous vous en souvenez. »
« Et je crois que nous avons conclu qu'il était difficile d'être sûr de l'identité de l'agresseur. La voix était plutôt déformée, après tout. »
Ayant du mal à réaliser ce qu'il entendait, Severus serra les dents en essayant de ne pas dire quelque chose qu'il pourrait regretter. La nonchalance qu'affichait le Directeur était la même que lorsque Severus l'avait mis face à face avec son rendez vous chez les Dursley. Comment Dumbledore pouvait traiter la vie de Harry avec tant de désinvolture ?
Lorsqu'il fut enfin sous contrôle, Severus dit, « Qu'en est-il des cauchemars de Harry, et la brûlure de sa cicatrice lorsqu'il entre en contact avec ce crétin bégayant ? »
Au lieu de répondre à ses préoccupations, Albus sourit un peu, et mit un autre sorbet dans sa bouche. Tout en mangeant, il dit, « c'est Harry, maintenant, n'est-ce pas Severus ? »
La bouche de Severus s'ouvrit et se referma plusieurs fois avant qu'il n'aboie, « Je ne vois pas en quoi la façon que j'ai d'appeler ce garçon a un rapport avec cette discussion. »
« Plutôt vrai, mon garçon, en effet. Hélas, puisque nous n'avons aucune preuve que le professeur Quirrell est impliqué, nous devons juste attendre et garder les yeux ouverts. »
Severus esquissa un hochement de tête, fatigué de faire des objections. Ce serait apparemment sa seule responsabilité de garder le gamin en vie. Mais là encore, cette responsabilité lui était tombée sur les épaules le jour même où le garçon était entré à Poudlard et avait été réparti, lorsque les autres s'en étaient lavé les mains. « Très bien, » dit-il du même ton dangereux que la plupart de ses étudiants savaient devoir éviter, mais qui semblait glisser sur le directeur. « Si c'est terminé ? »
« Oui, Severus. Ce sera tout. Merci d'être passé me voir. »
Avec un autre hochement de tête raide, Severus se leva et marcha vers la porte. Il l'avait ouverte et commençait à sortir lorsque Albus abattit sa dernière carte.
« Et Severus ? Gardez un œil sur les camarades du garçon. Cela ne ferait aucun bien à Harry d'être moins que sérieux dans son travail scolaire. »
Ne daignant même pas répondre à cette remarque, Severus claqua la porte, avec lui de l'autre côté, et dévala les escaliers comme la chauve souris qu'on pensait qu'il était. Dans sa rage, il ne remarqua pas qui l'observait dans les ombres.
Note de la traductrice : Merci à tous de vos commentaires, qui me motivent à continuer. Je suis contente de voir que cette histoire vous plaît autant qu'à moi.
