Chapitre 26- La vie n'est pas un long fleuve tranquille.

« TU AS FAIT QUOI ? »

Bonjour, cette fille s'appelle Mary MacDonald et n'a absolument aucune discrétion. Tu m'étonnes que Lily et elle s'entendent si bien !

Nous sommes sous le tilleul à l'écart près du lac, à profiter des derniers rayons de soleil : nous sommes la dernière semaine d'octobre, et l'automne a fait son chemin. Les feuilles rouges, oranges, marrons, vertes, se décolorent en un patchwork de couleurs chaudes et se détachent des arbres, tapissant généreusement l'herbe du parc.

« T'es vraiment mauvaise, maugrée Mary, exaspérée.

-ça va, c'est de Black qu'on parle, je réponds simplement en un haussement des épaules

-Il y a un an à peine, on parlait de la même manière de James, et pourtant on est tous d'accord pour dire que c'est une crème maintenant, note gentiment Alice sous le regard fuyant de Lily.

-Tu pourrais tenter le tact, me souffle une Dorcas amusée.

-Je ne l'ai jamais vu regarder et se conduire avec quelqu'un comme il le fait avec toi, renchérit Marlène comme si de rien n'était.

-C'est un truc de Velane, je réplique de mauvaise humeur en cherchant du soutiens de la part de la rousse

-Ce n'est pas ce qu'il a dit à ce vampire, me rappelle Lily en posant sa main sur la mienne.

-Il t'a défendue face à un vampire ? s'étonne Alice.

-Il était comment ce vampire ? »

Et sans avoir rien à faire, je me débarrasse du sujet brûlant : Black.

« N'empêche, t'as toujours pas fait le rapprochement entre son amortensia et ton odeur. », se moque gentiment Hestia en me poussant gentiment de sa main.

Zut, je pensais qu'on était passées à autre chose. Je fais mine de tomber sur le dos, les bras en croix, en simulant un étouffement, geignant et gesticulant des pieds, avant de feindre la mort. Puis je me relève d'un bond en secouant la tête.

J'en ai marre ! Qu'on me fiche un peu la paix !

« Sinon, Mary, comment ça se passe avec Pettigrow ? je demande l'air de rien.

-Il est étonnant ! J'avais jamais ressenti ça. »

Mouais, elle disait la même quand elle couchait avec Black. Si vous voulez mon avis, nous avons un cas avéré de cœur d'artichaut, comme diraient nos amis moldus.

Constatation qui me prend par les tripes. Allez savoir pourquoi, ça me dégoûte qu'il ait fait ça avec ma copine après le coup de l'amortensia, comme elles disent. Peut-on vraiment être amoureux de quelqu'un, mais coucher avec une autre ? Surtout une amie de l'élue de son cœur ? Aussi tordu soit-on ? Je ne pense pas.

« Et sinon, je crois qu'Alice et Frank vont emménager ensemble ! s'exclame Mary en battant joyeusement des mains.

-Rien d'étonnant à ça, relève Emmeline, ça fait 3 ans qu'ils sont ensemble.

-On n'était que des gamins à l'époque, songe Dorcas, des adolescents débiles de 14 ans.

-C'est dommage que tu n'aies connu que lui, relève Mary en regardant sa meilleur amie.

-C'en est que plus beau ! assure Lily en passant un bras autour d'Alice tandis que Mary leur tire la langue de manière très mature soit dit en passant.

-Et vous, Dorcas, Marlène ? je m'enquis en détournant mon attention vers les deux Poufsouffle.

-Toute en désinvolture, assure Marlène.

-Et elle parle pour nous deux. », conclue Dorcas sur un ton sans réplique en fixant son regard troublé dans le vide.

C'est ça ! Et ton flirt intempestif avec Remus Lupin, c'est le fruit de mon imagination, peut-être ?

Nous nous levons au bout de quelques minutes afin de rejoindre notre cours de sortilège.

Black et Potter ont raté le dernier enseignement de Flitwick qui forcément, le leur fait remarquer alors qu'ils arrivent en retard. Histoire de se faire remarquer, comme toujours.

« Mr Potter, Mr Black, vous avez manqué le cours dernier !

-Ow professeur, commence Black, séducteur.

-Vous nous avez manqué aussi ! », avoue Potter avec un sourire charmeur.

Lily et moi levons les yeux au ciel sous les ricanements de Mary et Hestia : ils ne peuvent pas s'en empêcher ! Toujours à faire le spectacle. Je me demande même comment leurs propres potes les supportent : Lupin a un sourire affectueux et amusé, Pettigrow prend beaucoup de plaisir à observer la scène et se retient de hurler de rire.

Dans la Grande Salle, pour le déjeuner, je ne peux m'empêcher de loucher sur les Maraudeurs, qui sont désormais nos inséparables. Toujours près de nous. Mary couve avec tendresse un Pettigrow plus affirmé, Black fait des clins d'œil en direction de Morgana Weaver et Yseult Bell, les copines de chambre de Leslie Gillian et qui ont également un an de moins que nous. Ca a le don de me mettre en rogne, là où ces dernières années, ça ne faisait que m'exaspérer. Comme quoi, tout change en grandissant.

Sauf cette impression de regard brûlant ma nuque depuis plusieurs semaines. C'est que ça en devient gênant, à force.

La Gazette du sorcier est livrée à Frank, Alice et Potter, dont les parents travaillent au Ministère. Au fil de leur lecture, je vois Potter froncer les sourcils, Frank jeter des regards vers la table Poufsouffle, et Alice pâlir à vue d'œil.

C'est en lisant la Gazette tendue à Lily par Alice que je comprends mieux le pourquoi du comment.

NOUVELLE ATTAQUE DE MANGEMORTS :

LA BRIGADE D'ELITE ET LE BUREAU DES AURORS DANS LE FLOU

Nul n'est sans savoir que la puissance du Mage Noir Dont On Ne Doit Pas Prononcer Le Nom a dramatiquement augmenté ces 10 dernières années, avec une réelle emphase ces 3 dernières. Les disparitions, tortures et meurtres se font de plus en plus fréquents, et toujours dans un brouillard de mystère.

(…)

Il est de plus en plus difficile de se sentir en sécurité : Moldu, Né Moldu, Sang-Mêlé, Même les Sangs-Purs non affiliés au Seigneur des Ténèbres ou Traîtres à leur Sang sont les victimes préférées des partisans de Vous Savez Qui.

(…)

Vous trouverez en page 3 les conseils en cas d'attaque ou de l'apparition de la célèbre et horrifiante marque des ténèbres.

En dernière page, la liste des blessés, disparus et assassinés.

(…)

Toujours aucune nouvelle d'Alexeï Graves

Je ne fais que parcourir et sauter l'article en une du journal avant de voir que Mary arrache des mains de Lily la Gazette pour regarder la liste des blessés.

« C'est pas vrai ! »

Mary semble tétanisée, et Lily se fait tremblante. Je leur prends le journal, agacée et lit cette stupide liste.

Malo McKinnon – blessé par un sortilège de magie noire ce matin – en soins intensifs à Ste Mangouste.

Lorsque je lève les yeux, je vois que le Directeur et que Marlène ont disparu.

Le patriarche McKinnon est le chef de la Brigade d'élite, chargé de retrouver les disparus en liaison avec le bureau des Aurors, les évadés et les criminels en fuite. Il est marié à une Moldue qui travaille dans les soins à base de plantes naturelles, l'homéopathie, l'acupuncture.

Au cours de métamorphose, McGonagall nous annonce que notre amie est partie rejoindre son père à Ste Mangouste pour 3 jours, qu'elle ne reviendra que mercredi, et qu'elle s'attend à ce qu'on lui laisse du temps et de l'espace.

J'imagine sans peine ce que mon amie peut ressentir. Au moins, elle sait où est son père et comment il va.

S'il y a une chose qui ne changera jamais, ce sont les pitreries des Maraudeurs. Et le professeur McGonagall est de loin la plus acharnée du corps enseignant dans le dressage de Maraudeurs.

« Mr Black, pourquoi parlez-vous pendant mon cours ? demande finalement l'enseignante, après avoir rejoint la table du fond en quelques pas souples.

-Professeur, pourquoi parlez-vous pendant ma conversation ? »

Ils se dévisagent, puis lentement, Black recule dans le fond de son siège, levant les mains en signe de reddition, un sourire charmeur aux lèvres et un regard confiant. Et contre toute attente, la McGo secoue la tête en se pinçant l'arrête du nez et en expirant exagérément avant de reprendre.

« elle ne va pas le punir ? s'offusque Lily.

-Avoue que c'était marrant.

-Il manque de respect à un professeur !

-Il ne nous a pas fait perdre de points, au moins, accorde lui ça, je m'amuse.

-Je suis définitivement pas assez payée pour ce travail, marmonne McGonagall en passant à côté de nous pour se replacer derrière son bureau. Bien, reprenons ! ajoute-t-elle plus fort. Vous étiez sensé me remettre un papier sur les événements actuels en matière de métamorphose.

-Et je l'ai fait ! assure Black sous le regard perçant de la directrice de maison.

-Non, c'était la Gazette du sorcier du jour avec votre nom écrit en haut, réplique durement la vieille.

-C'est un papier, énonce Black, sur des événements actuels, et ça parlait de métamorphose.

-Bien. Passons, soupire McGo. J'ai besoin de toute votre attention pour le cours d'aujourd'hui, qui sera l'un des plus compliqués de l'année…

-Vous ne pourrez pas supporter ma totale attention, ricane Black dans notre dos.

-Je suppose que vous avez tous continué à préparé le Guide de Métamorphose Avancée afin que nous en discutions.

-Je ne l'ai pas fait, et je ne suis pas près pour ce genre de conversation ! s'écrie Potter en se levant et en gesticulant.

-Mr Potter, asseyez-vous et essayez de ne rien casser !

-Je ne peux rien promettre, professeur !

-Mr Black ! Je vous ai demandé d'être attentif. Oui, à toute la classe, même vous, ajoute-t-elle alors que Black pointe son index vers son cœur avec un air étonné.

-Je pensais que vous aviez fini ! s'excuse-t-il

-Quand vous voyez mes lèvres bouger, cela signifie que je continue de parler !

-Vous auriez pu être en train de bailler ou de mâcher quelque chose, tente Potter.

-ça se saurait si elle était patiente, glisse Mary à Alice devant nous.

-Bien, le devoir est à rendre dans une semaine, n'attendez pas la veille au soir, bien que certains n'écoutent pas ou ne semblent pas réaliser que je suis toujours en train de parler. Ai-je été claire ? ajoute-t-elle à l'adresse des Maraudeurs.

-La bonne réponse est-elle oui ? hasarde Potter.

-Oui.

-Dans ce cas, oui, acquiesce Black.

-Mr Potter, Mr Black, je vais vous demander de sortir un moment, déclare le maître en métamorphose avec un regard qui lance des éclairs.

-Pourquoi ? s'étonne Black.

-Parce que vous m'agacez et que je perds patience.

-Et je vous félicite, vous êtes officiellement les pires élèves que j'ai eu, de toute ma carrière

-On a réussi ! babille Black en se décidant enfin à prendre la porte avec Potter

-Je savais qu'on y arriverait, acquiesce l'ébouriffé de service.

-Ils ont de drôles de buts dans la vie. », note Alice, l'air songeuse.

Les deux meilleurs amis sortent enlacés comme un vieux couple en rigolant et en se tapant dans la main.

Autant, c'est proprement ridicule, autant, ça met un peu d'animation pendant les cours. Et on en avait bien besoin, avec ce qui arrive à Marlène.

Le lendemain soir, j'ai rendez-vous avec Dumbledore, que McGo m'a laissé à la fin de son cours.

Je dépasse la statue gardant l'escalier en colimaçon avec un « patacitrouille », puis pénètre le bureau du directeur. Aussitôt, les petits cliquetis des divers objets viennent à mes oreilles en un léger bourdonnement. Le phénix a l'air aussi décharné qu'un augurey, si ce n'est plus. Je m'approche de lui, et le caresse gentiment. Il se laisse faire, tout en joie de me donner son cou déplumé rouge et jaune vieilli, quémandant plus de gratouilles sur ses ailes à moitié arrachées. Bientôt, il mourra et ressuscitera pour un nouveau cycle de vie. Fascinante créature.

« Fumseck est de nature plutôt méfiante habituellement.. »

Je lève la tête, Dumbledore est accouché d'une main sur la balustrade de sa mezzanine, un sourire attendri, le regard pétillant, un livre à la main. Il m'invite à le rejoindre et je m'exécute, Fumseck se posant sur mon épaule droite, tout en versant quelques larmes sur ma marque.

« Comment allez-vous, Alisa ? me demande le directeur qui s'est glissé à mes côtés.

-Inquiète, je souffle en parcourant les livres millénaires du directeur avec envie.

-Je le comprends, ce qui est arrivé au père de votre amie est affreux.

-Va-t-il s'en sortir ? je demande en jetant un coup d'œil en biais.

-Malo est un homme robuste, il est juste secoué. On l'a placé en soins intensifs pour qu'il puisse se reposer loin du chahut des urgences.

-D'accord. »

Un silence s'installe entre nous. J'ai tellement de questions à poser au vieil homme.

Ce dernier m'invite à prendre place autour d'une plaque en verre suspendue à quelques centimètres du sol faisant face à la cheminée, dans des fauteuils plus que bienvenus.

« Vous vous demandez comment je sais ?

-En effet. »

Le directeur eu un air las et dévisagea le cheminée.

« Je connais votre père car j'ai vaincu votre grand père, ça je vous l'ai dit. Je me suis montré disposé à le soutenir : il n'avait plus de parents, et malgré sa 20aine passée, il était comme un enfant perdu. La Russie est un pays incroyable, et j'avais souvent à faire là bas. Après le décès prématuré de votre grand-mère, Alexeï étudiait à Durmstrang, et nous nous croisions chez Bathilda à qui il rendait visite. Il était une sorte d'ambassadeur, de représentant du ministère Russe chez nous, en Grande Bretagne, alors il en profitait pour la voir. C'est en passant du temps ici, entre le Ministère, Chemin de Traverse et Pré-Au-Lard où il gérait ses affaires, que votre père a rencontré l'élite des Sang-Purs britanniques. Il a toujours gardé un lien spécial avec eux. Et vous savez qu'il a fréquenté Voldemort pendant que celui-ci s'était exilé de la Grande Bretagne pendant 25 ans, après sa démission de chez Barjow et Berk. C'est à ce moment là, que petit à petit, Jedusor s'est plongé dans la magie noire, a fréquenté les pires sorciers, et s'est livré à des expériences maléfiques, profitant des connaissances de Durmstrang et de l'affection d'Alexeï pour devenir plus puissant. Jedusor pensait gouverner avec votre père comme votre grand-père avec moi, mais ses idées étaient extrémistes, et cela a entraîné sa dispute avec votre père, qui avait en horreur tout ce qui lui rappelait la mort de sa mère ou l'emprisonnement de son père. Tom a continué à voyager dans sa quête de pouvoir, jusqu'à ce qu'il ne décime votre famille, une fois assez fort pour le faire. Il craignait que votre père ne lui vole ses idées et ne prenne sa place. Il est revenu en 1970, soi 4 ans après votre arrivée dans notre zone géographique. C'est à ce moment là qu'a commencé son ascension. Les connaissances britanniques que votre père avait ont commencé à ouvrir leur porte à ce nouveau mage, et votre père a revêtu un rôle d'agent double. Nous essayions de monter une organisation indépendante du Ministère qui se battrait librement contre les Mangemorts. C'est peut-être ses agissements pour nous qui ont fait qu'il a été découvert. Je sais qu'il n'était pas facile pour lui de se montrer d'accord avec ses 'amis', tout en luttant dans l'ombre contre eux, non sans vous protéger de tout cela. Lorsque vous et Mr Black avez été attaqués, il m'a demandé de m'occuper de vous dans le cas où quelque chose lui arriverait, tout est réglé auprès du ministère. Afin que vous ne soyez pas seule comme il a pu l'être. »

Je détaille Dumbledore du regard, puis secoue la tête.

« Vous pourrez toujours compter sur moi pour vous aider, me révèle Dumbledore.

-Et cette organisation, qu'est-ce que c'est ? je finis par demander.

-L'ordre du phénix, m'annonce joyeusement le directeur en se redressant de son fauteuil. Nous ne sommes pas beaucoup et avons du mal à recruter. Au ministère, ils essayent de tout cacher des agissements des Mangemorts, et il est difficile de trouver des gens en qui avoir confiance. Il y a les frères Prewett et Surgis Podmore. Nous sommes soutenus par Amelia Bones, du Magenmagot. Hagrid, Alastor Maugrey, un grand Auror, mon cher frère, Arabella Figg, Elphias Doge.

-Puis-je vous soumettre des idées ?

-Faites, m'incite le directeur.

-Il y aurait les Maraudeurs, ainsi que Lily et moi, probablement Frank Londubat et Alice Fortescue, Marlene McKinnon et Dorcas Meadowes sans aucun doutes. Je peux me renseigner sur eux, mais Hestia Jones. Emmeline Vance nous rejoindraient ainsi que Benjy Fenwick et Caradoc Dearborn. Et peut-être Mary MacDonald, j'énumère en comptant sur mes doigts.

-Je pensais à eux, apprécie le barbu, je vous laisse donc voir ça avec eux ? », pépie le vieil homme

J'acquiesce et m'apprête à prendre congés du directeur lorsque celui-ci m'interpelle :

« Vous êtes jeune Alisa, vous devriez profiter un peu de la vie, et vous laisser un peu aller, loin de vos problèmes. N'oubliez pas que ce sont nos choix qui montrent qui nous sommes vraiment, bien plus que nos aptitudes. Ce qui compte n'est pas la naissance, mais ce que l'on devient. Et surtout, l'indifférence, la négligence, font bien plus de dégâts que l'hostilité déclarée. Il est nécessaire de comprendre la réalité avant de pouvoir l'accepter et seule l'acceptation de la réalité peut permettre la guérison. Ça ne fait pas grand bien de s'installer dans les rêves en oubliant de vivre. Et puis, la vie n'est-elle pas trop courte pour avoir des regrets ou des remords ? J'espère que vous saurez faire bon usage de tout cela. »

J'acquiesce de nouveau, à force, je vais avoir un torticolis, pensant que mon directeur n'avait eu aucune logique dans ses réflexions bien énigmatiques

Lorsque je sors du bureau de Dumbledore, Black, adossé négligemment contre le mur, me chope le poignet pour m'attirer dans une salle désertée.

« Qu'est-ce que tu as Black ? J'ai d'autres hippogriffes à dresser,

-Il faut qu'on parle, me déclare-t-il en passant sa main dans les cheveux.

-Et de quoi ?

-De nous ! s'emporte-t-il en avançant d'un pas.

-Il n'y a pas de nous ! », je m'énerve, sans bouger, les bras croisés sur ma poitrine.

On se défie du regard. Les choses ne changent pas, finalement.

« J'ai craqué pour toi, souffle Black dans un murmure quasiment inaudible, à tel point que j'ai dû me pencher pour l'entendre.

-C'est ça, oui, je dis méfiante et un brin moqueuse.

-Quand tu nous as été présenté la première fois il y a 10 ans ! précise Black en observant le parc. Tu as défié Bellatrix. Et j'ai trouvé ça génial. Même elle, à qui personne ne résiste, t'a aussitôt adorée pour ça ! ajoute-t-il, un sourire débile sur les lèvres, le regard dans le vague.

-Alors pourquoi as-tu couché avec Mary alors qu'on s'était rapprochés ? je martèle, pleine de reproches.

-Parce que j'avais peur.

-Le Grand Sirius Black, avoir peur ? je demande moqueuse en posant mes poings sur les hanches

-Oui : d'un rejet, d'un refus. Tu l'avais déjà fait !

-Et Quand ça ? j'interroge, irritée

-Après le Poudlard Express, dès le lendemain de la répartition !

-Tu agissais comme un con ! je m'emporte à ce souvenir

-J'avais 11 ans ! Et tu m'adorais pour ça quand on était gosses !

-Tu es devenu un tyran, Sirius, et tu sais ce que j'en pense ! »

Nous restons silencieux, les bras ballants le long de nos corps respectifs. Ca faisait 10 ans que je ne l'avais pas appelé par son simple prénom. Ça m'a échappé, et mettons nous tous d'accord, ça ne veut strictement rien dire. C'est que ressasser le passé, ça fait remonter de vieilles habitudes.

Je le foudroie parce que je sais bien que tout ça n'est qu'une stratégie débile pour parvenir à ses fins (très peu pour moi) et tourne les talons, l'esprit pleins de souvenirs, ceux qu'on ne m'a pas volés. Non décidément, je ne suis pas prête à laisser Black entrer dans ma vie, trop de problèmes, de non dits, de mensonges et de cachoteries. Il s'est passé tellement de choses.

Il finit par me rattraper. Je m'arrête en soupirant bruyamment, les doigts de ma main libre frottant mes paupières lourdes. Je veux avoir une vie tranquille, est-ce vraiment trop demandé ?

« Tu veux pas savoir pourquoi ça m'a pris, tout d'un coup, de vouloir aller plus loin ? hasarde-t-il.

-Tu as sans doutes tes raisons, et je m'en fiche. Tu es un joueur, un chasseur, un challenger, un parieur et je n'ai aucune envie ni raison de rentrer dans ton jeu de gamin puérile.

-C'est à cause du contrat, figure toi ! Je me suis caché la vérité pendant tant d'années, et quand il y a eu cette annonce, ça m'a fait comme une décharge électrique. Je devais me rendre à l'évidence. J'ai essayé de ne plus y penser et t'oublier avec d'autres pendant des années avant ça, mais à chaque fois que tu étais là… Comme quoi, tu vois. Je me suis beaucoup foutu de la gueule de Cornedrue avec sa Lily Evans par ci, Lily Evans par là, mais au final, je ne suis pas mieux, c'est juste que je garde ça pour moi, contrairement à lui. Et quand on voit les humiliations qu'il se prend, on comprend pourquoi, mais … Tu me hantes la nuit, c'est une obsession, et franchement, fierté ou pas, je m'en tape maintenant, je veux juste que tu le saches ! »

Je recule et me dégage de son étreinte, interdite.

« Je ne peux pas.

-Tu ne peux pas ou ne veux pas ? demande Black, vexé.

-C'est compliqué, je murmure en reculant.

-Avant, on se racontait tout, se souvient-il.

-C'est du passé.

-Tu vois le chemin parcouru par Lily et James et comme ils sont heureux alors que ça ne fait que 48H ? Pourquoi pas nous ? On a le droit au bonheur autant que les autres ! Franck et Alice, Mary et Peter…

-C'est différent ! je me mets à hurler. Tu es trop têtu !

-Et toi tu es bornée.

-Laisse moi ! », je m'écrie en m'apprêtant à partir.

Je me sépare de son étreinte mais en quittant la salle, je l'entends marmonner, presque pour lui même

« Je ne parle pas d'un coup de foudre comme James pour Lily, ou d'une haine devenue amour pour elle vis à vis de lui. Je ne parle pas d'une amitié qui se transforme petit à petit en autre chose comme Alice et Frank, ou Dorcas et Remus. Je ne parle pas d'un défi métamorphosé en profond sentiment comme Mary avec Peter. Je suis tombé lentement, doucement, petit à petit, et sincèrement amoureux de toi, chaque jour, chaque minute, chaque seconde depuis qu'on s'est rencontré la première fois, et ça, sans même m'en rendre compte. Je te parle d'un ressentiment, tout comme James pour Lily, à cause de la haine et de la jalousie qu'on a ressenti pour Rogue qui était si proche de vous. Du fait qu'on se voilait la face en se battant avec vous pour ne pas y penser. Du martyre de Rogue pour se faire détester de vous, et justifier ainsi nos disputes. Et sans le coup de foudre et les états d'âme de James, je ne me le serai probablement jamais avoué, je ne l'aurai peut-être même jamais remarqué, et garder ça enfoui au fond de moi. Pourquoi crois-tu que je ne suis jamais sorti avec une blonde ? Pourquoi crois-tu que j'ai arrêté de flirter et de me taper toutes les jolies filles de Poudlard après l'été de nos 'fiançailles' ? J'ai bien été obligé d'ouvrir les yeux… Et c'est toute cette histoire, qui fait que même un oubliette, même une hypnose, ne pourra me faire oublier tout ce que tu représentes pour moi. »

Et voilà qu'il parle tout seul, maintenant. En entendant ses pas claquer contre les dalles, je prends vivement la direction de la salle commune, et me mets à penser à mes sœurs, mon frère, et ma mère. Qu'auraient-ils pensé de tout ça ? Que m'auraient-ils dit ? Leur vie ôtée trop tôt, toutes ces choses qu'ils n'ont jamais connu. C'est injuste ! Et moi, ne suis-je pas égoïste de ne pas me laisser aller, par … Peur ?

Et Lily qui m'envie ma témérité, mais c'est elle la plus courageuse de nous deux !

Mon père le savait-il ? Avec son don, l'avait-il vu ? Etait-ce pour ça, ce contrat, pour m'indiquer la voie, pour aider, forcer un peu le destin ?

Mais puis-je me permettre de faire confiance ?

Et surtout, les paroles énigmatiques et décousues de mon directeur…

Où est Alisa qui agit avec son instinct, sans barrières, depuis quand je me torture l'esprit ainsi ? A force de traîner avec des filles, je me mets à sur réfléchir comme elles ! Ce n'est pas moi ! C'est Black qui me transforme.

Et pourquoi j'ai ce sourire débile flanqué aux lèvres en pensant à lui, aussi rageusement ce fut-ce. Pourquoi faut-il que je me sente si bien dans ses bras de fils de cognard ? Pourquoi est-ce que ça me gêne autant qu'il me regarde comme Potter dévisage Lily ?

Je suis sûre que c'est une manière de m'amadouer pour gagner un défi à deux noises…

Je suis ridicule de rentrer dans son jeu, non ?

Ah ça, la vie est tout sauf un long fleuve tranquille !