~ Chapitre 25~ Les larmes noires

Trois jours passèrent durant lesquels Ambre n'adressa pas la parole à son frère, trois jours durant lesquels Dan n'adressa pas plus la parole à sa sœur. D'un accord tacite, et silencieux, tous les deux convinrent que la présence de Dan n'était plus nécessaire dans l'appartement, car à présent les trois occupants étaient au courant du petit secret d'Ambre. Drago n'avait pas le choix lui, il devait rester dans cet appartement avec Ambre. Comment décrire sa condition ? Il était écartelé de part en part entre son côté humain qui tentait d'empoigner le peu d'espoir qu'il y aurait, si jamais il y en avait. Et le côté veela qui se fustigeait à toute heure du jour et de la nuit. La culpabilité le rongeait, si bien qu'il se dit que finalement la mort serait plus une délivrance qu'autre chose pour lui.

Drago n'alla plus aux cours qu'Ambre suivait, et allait aux cours qu'elle séchait. La jeune demoiselle s'en retrouvait bien embêtée car c'était bien à cause de Drago, et en partie de son paternel vampirique bien sûr, qu'elle s'était retrouvée là à travailler des cours qu'elle connaissait déjà. Avoir eu Hermione Granger comme mère de « substitution » avait eu bien des avantages. Tout ce qu'elle voulait éviter maintenant c'était que l'un de ses pères ne lui tombe sur le coin du nez. Pas qu'elle avait peur d'eux, mais elle se sentait affreusement honteuse de ce qu'elle avait fait. Et malheureusement, elle avait l'impression que personne ne pourrait rien pour elle. Au bout de ces trois jours, elle en eut marre, et prit les choses en mains alors que Drago était encore dans l'appartement, celui-là même qu'il s'évertuait à éviter lorsqu'elle était dedans.

« Malefoy, à quoi tu joues ? Tu sèches les cours maintenant ? Tu sais que c'est à cause de toi que je suis obligée d'y aller ? J'y vais que parce que tu es sensé avoir cours ! Et ça va faire trois jours que lorsque je suis en cours, tu n'y es pas ! » S'exclama-t-elle de mauvaise humeur.

Les yeux de Drago ne la regardaient même pas, il se contentait de lire le journal en buvant un café serré dont Ambre ignorait la provenance. Las d'attendre que Monsieur se décide, elle frappa la table bruyamment avec sa main, pour attirer l'attention du veela qui paraissait ne plus faire attention à rien. Il suffisait de le voir là, avec une barbe de trois jours, sa chemine boutonnée lundi avec mardi, et ses cheveux dans une pagaille telle qu'elle ne savait plus qui elle avait en face d'elle.

« Tu pourrais faire un effort ! » Rajouta-t-elle en essayant de capter son regard gris, mais toujours rien.

Furieuse contre son apathie, elle s'en alla en direction de ses cours, d'autant plus que si elle venait à manquer le cours de potion, elle était sûre qu'il y aurait des répercutions. Mais à peine était-elle arrivée devant la porte qui menait au couloir, que la main pâle de Drago se posa dessus pour empêcher Ambre de l'ouvrir. Elle n'osa se retourner, d'autant plus qu'elle sentait le torse de Drago dans son dos. Cela la répugnait moins, enfin, elle croyait... Le trouble la secouait tellement qu'elle ne savait plus quel jugement porter. Elle sentait son odeur, odeur charmante, enfin elle avait connu pire. Mais Drago avait le talent inné de distraire son esprit, car d'un seul coup la fureur laissa place à la curiosité. Mais les paroles de Drago qui s'en suivirent furent moins amusantes que prévu...

« Lorsque j'ai appris à cause de quoi tu étais en train de mourir dans mes bras, j'ai supplié les êtres purs de me prendre à ta place, de te donner la flamme de ma vie pour que tu survives. Et lorsque finalement tu étais sur le point de te rétablir et que, Saürah m'a renvoyé à Poudlard, cette idée de mourir pour te venger m'a parcouru l'esprit. » Avoua-t-il durement à l'oreille d'Ambre qui ne pouvait s'empêcher de frissonner en entendant sa voix grave raconter de pareilles horreurs. Il poursuivit :

« Alors, lorsque je suis rentré et que j'ai vu dans le miroir ce que j'étais, le monstre hideux que tu voyais de tes yeux, je n'ai pas pu le supporter. J'ai pris ma baguette et j'ai lancé un sort de découpe sur mes bras. » Raconta-t-il sans la moindre émotion, alors qu'Ambre cherchait du regard les traces roses sur la peau blafarde de Drago, et fut attristée lorsqu'elle les trouva.

Ambre n'aurait jamais supposé la chose possible, le fait que Drago veuille se suicider la dérangeait, mais comment l'en empêcher ? Elle-même était mal placée pour ce faire, car elle le plongeait de jour en jour en pleine agonie, elle savait les jours de Drago comptés. Ambre et ses préjugés se retrouvaient bien malgré eux face à la dure réalité, une réalité où elle n'était pas seule à souffrir, pas seule à haïr. Quoi qu'elle ne haïssait plus vraiment Drago... Était-ce possible de pardonner quelqu'un qui changeait sous ses yeux ? Drago avait mis sa vie de côté pour répondre aux critères d'Ambre, tandis qu'elle n'était préoccupée que par ses peurs et ses idées rigides.

« Mais lorsque j'ai senti mon sang couler sur mes bras, que j'ai senti la douceur de cette mort, je me suis encore plus détesté. » Surenchérit Drago, et il continua...

« Je me suis alors lancé un sort pour refermer mes plaies, puis j'ai cherché ce qui pouvait être suffisamment bien pour qu'un jour je puisse avoir droit à ton pardon. Je n'ai trouvé qu'une seule solution, un seul moyen pour à nouveau me voir dans la glace. » Conclut-il tellement dans ses pensées qu'Ambre se demandait s'il n'avait pas perdu la raison.

« Je vais faire en sorte que tu me haïsses à un point que ma mort prochaine soit ta vengeance. Rien ne pourra me faire plus de mal qu'agoniser jusqu'au jour de mon anniversaire, où je mourrai grâce à ton rejet. Je vais faire en sorte que tu me haïsses au point d'être la femme la plus heureuse le jour de mon enterrement. » Termina-t-il.

Il poussa Ambre subitement, elle qui lui bloquait le passage et s'en alla à travers les couloirs de Poudlard. Ambre était restée debout devant l'entrée, essayant d'analyser ce qu'elle venait d'entendre, ce que son supposé 'compagnon-mais-c'était-pas-encore-fait' venait de lui dire. Sa première réaction aurait été de rire, après tout c'était ce qu'il y avait de plus drôle lorsqu'on pensait qu'elle s'était enfin décidée à accorder une sorte de seconde chance, comme elle et Lukas. Elle mit les poings sur les hanches, fustigeant du regard la porte par laquelle Drago venait de partir.

« Non mais il est débile ou il le fait exprès ? » S'insurgea-t-elle.

« Merde alors ! » Ragea-t-elle en tapant du pied dans une chaise, chaise qui fut plus rigide qu'elle ne le pensait, la faisant se retrouver à sautiller sur une seule jambe en se tenant le pied tant elle avait mal.

Elle prit son sac après avoir vérifié qu'elle avait ses plumes, encres et parchemins. Les Moldus avaient inventés les stylos, c'était bien pratique et cela prenait moins de place ! Elle prit son MP3 magique, cette petite chose de la taille d'un briquet qui le permettait d'écouter sa musique préférée, celle qui venait de son époque, puis elle se dirigea vers la bibliothèque, espérant qu'il y eut des livres sur la psychologie des veela ! Mais vu qu'elle en doutait royalement, elle se dit qu'un livre sur les runes n'était pas mal non plus. Une fois arrivée dans la grande bibliothèque de Poudlard, elle s'installa loin de la vision de Mme Pince afin de pouvoir écouter sa musique en même temps qu'étudier les livres. C'était un moyen pour elle de se concentrer, les bruits parasites étaient, pour elle, ceux que faisaient les autres avec leurs chuchotements et leurs plumes.

Elle se mit à potasser le livre il y avait plein de sorts anciens dont elle ignorait l'existence. Avec Dan, ils avaient trouvé des livres qui parlaient de ces sorts, mais ils étaient écrits en runes, et parfois des runes que personne ne connaissaient, comme si c'était un tout nouveau langage. Les cheveux détachés, la tête dans sa musique et son livre, elle ne faisait pas attention à ce qui se passait autour d'elle. Après tout, elle avait prévu de passer la journée dans le lieu, peut-être même le lendemain. Cependant une main sur son épaule la fit sursauter, elle tourna sa tête vers la personne qui l'avait sortie de sa concentration. Voyant bouger ses lèvres, elle enleva ses écouteurs pour l'entendre sans avoir à lui demander de répéter.

« Désolé de te déranger. » S'excusa le Serdaigle, il devait avoir à peu près le même âge qu'elle, sinon plus.

« Ce n'est rien, tu voulais me demander quelque chose ?

- Oui. En fait, je cherche un livre sur des runes, mais impossible de le trouver alors... Je me demandais si tu l'avais. » Dit-il en passant son regard sur les pages qu'Ambre était en train de consulter.

« Peut-être. » répondit Ambre en fermant le livre pour en montrer la couverture, puis elle reprit : « C'est celui-là ?

-Oui ! C'est celui que je cherche ! » S'exclama-t-il en souriant, satisfait de l'avoir enfin trouvé.

Un remue ménage de « chut » raisonna dans la bibliothèque tandis que lui, gêné, s'assit à côté d'Ambre en murmurant ses excuses. Ambre détailla ce garçon du regard, sa bonne humeur la sortait de sa léthargie. Le jeune homme avait les cheveux blonds cendrés, des yeux presque aussi verts que ceux d'Ambre. Sa musculature était fine, sans trop en faire, ni être totalement semblable à de la guimauve. Il était plaisant du regard. Il n'y avait plus de Dan pour la mettre face à ses défauts, plus de Drago pour lui rappeler la triste réalité de sa mort prochaine. Le jeune homme lui fit un sourire amical, ce fut quelque chose à laquelle elle n'était pas habituée. Il se pencha vers elle et lui chuchota une demande particulière, il souhaitait rester avec elle pour qu'ils partagent l'ouvrage. Elle accepta, après tout cela n'allait pas la tuer, loin de là.

« Au fait, moi c'est Alexander Cole, mais appelle-moi Alex. » Dit-il en tendant sa main, pour une bonne poignée de main.

« Moi c'est Ambre Snape. » Dit-elle en serrant délicatement la main du jeune homme.

« Ah c'est toi ? Étonnant.

- Pourquoi étonnant ?

- Je croyais que le regard noir chez les Snape était héréditaire. » Dit-il en étouffant son rire.

Ambre sourit, le cœur léger, car il était vrai qu'il ne l'avait jamais connu dans ses pires jours. Tout le monde dans la famille Snape avait appris à faire ce regard, même Harry s'y était mis, mais uniquement à l'encontre de Severus qui se retrouvait frustré d'être la cible d'un tel regard. Ils travaillèrent ensemble silencieusement, Ambre remit discrètement un écouteur et se plongea dans le livres en prenant des notes. Il serait toujours bon de les comparer avec le livre qu'elle avait dans sa possession plus tard. Elle surprit un regard appuyé d'Alex, tourna sa tête en sa direction et afficha son air interrogateur.

« Oh euh... Désolé. Je me demande juste ce que c'est, enfin, ce que tu as dans ton oreille.

-Ah, ça... C'est rien, un truc Moldu.

-Ah bon ? » Fit-il surpris.

Elle sentait par dessus tout sa curiosité, mais elle ne voulait pas le mettre devant le fait qu'elle venait du futur, et qu'elle avait ramené avec elle de la technologie Moldue. D'ailleurs elle avait été bête de le sortir de sa chambre, n'importe qui pouvait mettre la main dessus et là encore elle en aurait modifié le futur d'une manière aléatoire. Elle éteignit le MP3 et le rangea au fin fond de son sac, faisant un sourire d'excuse à Alex et reprit son travail; mais il ne semblait pas du même avis qu'elle, et lui proposa d'aller déjeuner ensemble, histoire de faire une pause. Ambre se surprit à accepter, et puis tant qu'ils ne faisaient que parler du livre, il n'y aurait pas de mal. Elle lui proposa de faire des sandwiches, de prendre quelques fruits et d'aller se balader dans le parc pour discuter. En réalité elle n'avait pas envie que les autres la voient avec Alexander. Drago deviendrait encore plus mauvais, Dan lui ferait encore la morale, Pansy la collerait abusivement, et elle aurait encore droit à une entrevue spéciale avec son père.

« Et si on faisait le jeu des 10 questions ? » Proposa-t-il.

« Le jeu de quoi ?

- Ne me dis pas que tu n'y as jamais joué !

- J'en ai aucune idée, peut-être, quand j'étais petite. Enfin... Rappelle-moi les règles ?

- C'est un jeu où on se pose chacun 10 questions à l'autre, et on doit toujours dire la vérité.

- Et on a le droit à des Jokers ?

- Bien sûr que non, le but est de se trouver des points communs.

- D'accord, mais j'ai des conditions.

- Ça m'aurait étonné qu'il n'y en ait pas, ha ha ha !

- C'est pas drôle... Déjà, il ne faut pas que tu me poses de question sur ma famille, ni d'où je viens, ni ce que j'ai fait avant Poudlard.

-Rien que ça ! C'est tout ? » Demanda-t-il avec un sourire.

« C'est tout. » Acquiesça-t-elle.

« Alors tu n'auras pas le droit de me poser ces questions là non plus.

- Ça me va. » Répondit-elle.

« Qui commence ?

- Eh bien, toi ! Puisque tu as proposé le jeu !

- D'accord, d'accord ! Bon... Alors hum... Quel est ton patronus ?

- Tu vas rire mais... C'est une panthère.

- Une panthère chez les serpents ! Tu ne pourras pas faire plus original crois-moi ! Ha ha ha, bon, à ton tour.

- Ton patronus ?

- Un loup. Ne pose pas les mêmes questions que moi, sinon c'est trop facile ! » Râla-t-il en riant.

« Mais c'était une question intéressante ! Allez, à toi.

- Ta matière préférée ?

- Les potions, je crois.

- Comme ton père ! » Réalisa-t-il surpris.

« Oui, c'est vrai. Alors... Le métier que tu veux faire plus tard ? »

Et ils continuèrent ainsi durant toute la pause de déjeuner. L'air froid leur mordait les joues emmitouflés dans leurs écharpes, ils savouraient quand même le ciel bleu et le Soleil qui diffusait un peu de chaleur. Ambre se surprit pour la première fois à aimer Poudlard, la forêt interdite et ses couleurs entre le vert et le jaune des feuilles mortes ; et la tension qui semblait s'en être allée, comme si la bataille contre les Inféris n'avait laissé aucune trace, aucune cicatrice.

« Je vais t'appeler Lily maintenant. » Dit-il pendant qu'ils remontaient vers le château.

« Pourquoi ? Ce n'est pas mon prénom !

- Tout le monde t'appelle Snape, ou Ambre. On a tous des deuxième prénoms mais jamais on ne les utilise. Je vais t'appeler Lily, comme ça je serai le seul.

-C'est bizarre. » Dit-elle en souriant, fronçant les sourcils à moitié mais son envie de rire fit le reste.

« Et moi je pense que ça te va très bien. » Répondit-il fier de lui.

« Comment je vais t'appeler moi ? » Demanda-t-elle en réfléchissant.

« Alex ?

- Ah non, si tu m'appelles différemment, pourquoi je t'appellerais normalement ?

- Bon, d'accord, tu n'as qu'à m'appeler Anthony. Mais je n'aime pas ce prénom.

- Pourtant je le trouve très bien !

- Ah oui ? »

Ils remontèrent les escaliers pour aller à la bibliothèque, cette fois ils prirent des tas de livres sur des sujets différents et en parlèrent ensemble, enfin, chuchotèrent. Ambre lui expliquait ce qu'elle savait des choses, Alexander l'écoutait comme s'il était passionné, il buvait ses paroles, digne d'un Serdaigle qu'il était. Ils passaient sur tous les sujets qu'ils aimaient tous deux n'aimant pas le Quidditch, ils firent l'impasse sur ce sujet là et passèrent directement aux potions, charmes et enchantements. En sortant de la bibliothèque, alors que l'heure du dîner approchait, Alexander prit la main d'Ambre quelques secondes pour qu'elle s'arrête de marcher puis lança un enchantement magnifique. Dans la main d'Ambre apparut une fleur blanche, elle n'aurait su en dire la variété, dont les pétales luisaient de mille couleurs. D'un sort, Alexander fit de cette fleur un cadeau éternel, elle devint glace puis elle fut enfermée dans un écrin de verre solide.

« En quel honneur ? » Demanda Ambre heureuse.

« Pour te remercier de cette magnifique journée, et en espérant qu'il y en ait d'autres.

-M-merci c'est... La première fois qu'on me fait un cadeau comme ça.

-J'ai la primauté de l'originalité. » Rit-il.

Elle le bouscula gentiment, juste pour manifester sa gêne en faisant quelque chose, puis elle le laissa aller à la grande salle alors qu'elle-même allait dans ses appartements. Elle espérait secrètement que personne ne s'y trouverait, ni Drago, ni Dan, ni personne, histoire qu'elle puisse profiter un instant encore de ces minutes de simple bonheur. Mais la joie était toujours de courte durée, et lorsqu'elle arriva dans l'appartement ce fut une toute autre ambiance qui l'attendit. Des objets cassés trainaient sur le sol, Drago était assis sur le canapé, en train de massacrer un pauvre oreiller qui n'avait rien fait. Dan se pinçait l'arrête du nez à la manière des Snape, et Pansy entre eux deux ne savait plus quoi faire, tandis que Ginny devant la fenêtre restait silencieuse et immobile. Lorsque la porte se ferma dans un bruit sec, les têtes se tournèrent vers elle. Et là, elle sut qu'elle allait en prendre pour son grade, et son instinct lui dit de mettre la fleur dans son sac, à l'abri.

« Qu'est-ce qu'il se passe ici ? » Demanda-t-elle sans se démonter.

Tout le monde poussa un soupir, certains plus exaspérés ou énervés que d'autres. Ginny fit volte-face, s'approcha d'Ambre avec lenteur et prit sa main doucement. Elle l'entraina avec elle vers la chambre de la Serpentard et referma la porte derrière elles. Alors là, pour Ambre, c'était plus qu'étrange. Quoi ? Quelqu'un était mort ? En danger de mort ? Sur ce point de mourir ? Enfin, qu'est-ce qui méritait autant de mélodrame ? Il fallait toujours - toujours ! - que quelque chose de mal arrive alors qu'elle allait bien !

« Drago t'a vue avec ce garçon tout à l'heure.

-J'ai le droit de choisir mes amis. » Répondit-elle sur la défensive, sans être toutefois agressive.

« Je sais ! Je sais. Je ne dis pas le contraire, mais tu dois comprendre que...

- 'Faut toujours que ce soit moi qui comprenne ! Je sais quelle espèce de créature monstrueuse il y a dans le corps de Malefoy d'accord ? Pire qu'un chien, il faut lui donner de l'amour, lui donner la becquée, pire qu'une sangsue, d'accord ? Tout le monde vénère sa race comme s'il était Merlin en personne ! Je vis un enfer Ginny, mais qui ça intéresse ? Je fais des efforts, j'essaye de me persuader d'être son amie, j'essaye... J'essaye... Lorsque je le regarde je vois celui qui, parce qu'il était bourré, s'est permis le droit de me toucher. Tout le monde me rabâche que ce n'est pas de sa faute, et je peux comprendre. Le jour où je suis malade ce n'est pas de ma faute si je vomis, c'est une conséquence, mon corps fait ce qu'il peut. Alors j'essaye quand même, me disant qu'il regrette déjà assez. Pitié Ginny, j'avais passé la meilleure journée de ma vie, pourquoi l'appartement est sans dessus-dessous ?

- Il est jaloux.

- Jaloux ? En quel honneur ?

- Parce qu'il sait qu'il n'arrivera jamais à te rendre aussi heureuse que cet inconnu l'a fait. Il sait qu'il n'arrivera jamais à te faire rire, à te faire sourire, il sait qu'il a ruiné ta vie. Quand il te voit avec un autre il a envie de mourir. Il était sur le point de faire quelque chose de regrettable. Dumbledore a même appelé ses parents, il dit que ç'en est assez, qu'il lui faut de la stabilité.

- Si seulement ça pouvait être quelqu'un d'autre que moi. Le destin a foiré son coup. » S'affligea Ambre en s'assoyant sur son lit.

Ginny alla chercher la chaise du bureau d'Ambre pour s'assoir en face d'elle. Un coup à la porte se fit entendre et Pansy entra voyant la mine colérique et perturbée de son amie, elle radoucit son humeur. Pansy n'avait pas le droit de prendre partie, elle était l'amie des deux, et Merlin savait à quel point c'était difficile. Pansy prit la main d'Ambre dans ses mains, assise à côté d'elle sur son lit.

« Bon, Copine, t'es dans la merde. » Lâcha Pansy soudainement, ce qui eut l'effet d'entrainer Ambre dans un fou rire nerveux.

Ambre pleurait littéralement de rire, entrainant Ginny et Pansy dans son délire. Pansy avait fait preuve d'une terrible perspicacité, Ambre ne le savait que trop bien. Tout le monde savait, enfin pour ceux qui y étaient mêlés, qu'Ambre était dans une situation difficile. Mais Drago aussi, son envie de mourir pour expier ce qu'il avait fait atteignait des sommets. Dan l'avait retenu de peu, quelques heures plus tôt, alors que Drago lui avait jeté sa baguette à la figure et qu'il enjambait déjà le mur de la tour d'astronomie. Tout le monde savait ce qu'il s'y passait, dans cette tour. Les coins pour se bécoter, les belles vues des solitaires, les rendez-vous des suicidaires. Ambre et ses amies n'en pouvaient plus de rire, trop de tension tuaient l'ambiance, eh bien pas pour elles. C'était le seul moyen qu'elles avaient pour que leurs nerfs ne cèdent pas. De l'autre côté de l'appartement, la porte d'entrée s'ouvrit pour laisser passer Lucius et Narcissa Malefoy. La mère s'assit à côté de son enfant, portant une main tendre à son bras, tandis que son mari était derrière le canapé et posait ses mains sur les épaules de son enfant.

« Puis-je savoir où se trouve la fille ? » Demanda Narcissa d'une douce voix.

« Chambre de droite. » Bougonna Dan.

« Merci bien jeune homme. » Dit-elle clairement en se levant.

Dan marmonna un « de rien » à peine audible, car il n'était pas réellement d'humeur à se complaire dans la politesse ce soir-là. Narcissa Malefoy frappa à la porte d'Ambre, et ce fut Pansy qui vient lui ouvrir, les larmes aux yeux. Elle la fit entrer et referma derrière elle. Narcissa était presque choquée de voir ce qu'il s'y passait, Ambre par terre à se tenir le ventre tant le rire lui faisait mal. Ginny, la main devant la bouche en train de rire fortement, les larmes tombant le long de ses joues, et Pansy qui tentait de contenir son rire en présence de la mère de Dragon.

« Ouh ! Je vais mourir ! » Lança Ambre en se tordant de rire.

« Puis-je savoir ce qu'il se passe ici ? » Demanda Narcissa, affligée.

« Nous sommes désolées madame, c'est la tension qui retombe. » S'excusa Pansy.

« Je vois. » Termina Narcissa en allant ouvrir la fenêtre pour faire des courants d'air.

Ambre et Ginny finirent par prendre conscience de la personne qui était rentrée, et se calmèrent. Ambre s'assit de nouveau sur son lit et Ginny lissa ses vêtements. Narcissa demanda poliment à Ginny et Pansy de les laisser seules un moment, ce que les deux jeunes femmes acceptèrent bien volontiers. Ambre n'avait pas tout à fait conscience de ce qui allait se passer, après tout elle avait rencontré Lucius en personne, seuls à seuls, mais jamais la mère de Drago. Elle croisa les bras et attendit la sentence. Narcissa était forcément venue pour lui faire la morale ! Tout le monde lui faisait la morale ! Narcissa s'assit sur le lit d'Ambre, à côté d'elle, et posa sa main délicate sur son épaule.

« Je suis tellement désolée de ce que mon enfant vous a fait subir. » Avoua-t-elle la voix douce, ce qui désarçonna quelque peu Ambre.

« Pourquoi vous me dites ça ?

- Je ne prétends pas savoir ce que vous ressentez, chaque expérience est unique. Mais il faut que je vous raconte quelque chose qui, et j'en suis sûre, arrivera à vous mettre en confiance. »

Narcissa se releva, sûre d'avoir toute l'attention d'Ambre, puis elle alla refermer la fenêtre car la température de la chambre était plutôt froide. Puis elle commença son histoire, celle qui racontait comment elle et Lucius s'étaient mis ensemble. Elle avait toujours été contre les mariages arrangés, cette abomination qui se faisait entre les familles de sang pur. Elle en avait parlé avec ses parents qui tant bien que mal, s'étaient arrangés pour lui laisser un sursis : tant qu'elle ne fréquentait que des sangs purs, elle aurait le choix de son futur mari. Mais lorsque Lucius eut son héritage de veela, qu'il sut que c'était elle et non une autre, il convainquit ses parents d'arranger un mariage, sûr que Narcissa le rejetterait s'il la courtisait avant d'être sûr de l'avoir. Bien sûr, Narcissa, persuadée d'avoir été trahie de par l'accord qu'elle avait passé avec ses parents, refusa chacune des entrevues que Lucius lui demandait. Chaque fois que Lucius tentait une approche elle transplanait chez elle et allait s'enfermer dans sa chambre, là où il n'aurait jamais accès de sa vie. Elle aurait voulu avoir le choix de choisir Lucius, détestant cette idée qu'un mari devait lui être imposé.

« Qu'avez-vous fait ? » demanda Ambre très intéressée.

« Lucius a fini par comprendre qu'il ne m'aurait pas par la force. Aucune de ses stratégies ne fonctionnaient, et vu que je le rejetais à demi-mot, il était incapable de m'approcher afin de trouver une solution. Un beau jour, il a frappé à la porte de ma chambre, et bien sûr comme à chaque fois je lui ai demandé de me laisser. Mais ce qu'il fit à ce moment là, me fit changer de comportement. Il s'est excusé de son comportement, il m'avait dit qu'il avait demandé à ce qu'on rompe nos fiançailles car après tout j'avais mon mot à dire, j'avais le choix de le rejeter ou non. Il avait cru qu'en faisant en sorte d'être le centre de mon attention en permanence il arriverait à attirer ma sympathie. Lorsqu'il comprit son erreur, il disparut.

-Il a disparu ? Mais, ils, je veux dire les veela, ils ne sont pas sensés devoir toujours être en présence de leur...

- Âme-sœur ? Si, bien sûr que si. Mais Lucius était prêt à vivre l'enfer pour me laisser le choix. Tout comme aujourd'hui Drago est prêt à mourir pour vous laisser le vôtre.

- À quoi bon ? Ce n'est pas un choix... Tout le monde me considèrera comme une meurtrière si je le laisse mourir, et si je suis avec lui tout le monde m'enviera sans savoir les blessures que j'aurais eues. Tout est noir ou blanc ici.

- Je ne peux pas vous dire que cela sera bon pour moi que vous suiviez votre cœur, si celui-ci vous dit d'abandonner mon fils à sa mort prochaine.

- Logique en même temps... » Marmonna-t-elle alors qu'il s'en suivait un silence gêné entre elles deux.

« Je sais que vous avez perdu les enfants que vous portiez. » Se risqua Narcissa.

« Oui bah, c'est mon corps d'accord ?

- Quelque part je suis contente pour vous du fait que vous ne les ayez pas eus. Mais ne vous méprenez pas, ce n'est pas que je considère que vous auriez été une mauvaise mère, c'est qu'une femme de votre âge ne devrait pas avoir affaire à ce genre de responsabilités, surtout que vous n'êtes même pas encore majeure, et que le pire individu de ce monde en a après votre famille.

- Pourquoi vous me dites tout ça ?

- Vous n'êtes pas seule contre tous. » Expliqua Narcissa en prenant la main d'Ambre dans la sienne, la regardant de son regard marron, avant de continuer : « Drago a reçu son héritage plus tôt que prévu. Il l'a reçu parce qu'il a senti son âme-sœur en danger, qu'il avait besoin de la puissance que le veela en lui pouvait lui offrir. Ce que personne n'aurait pu prévoir, c'était que vous n'étiez pas seule dans votre combat, il y avait votre frère. Et vos compétences en la matière surpassaient largement celles de Drago. Lucius aurait dû expliquer les particularités des veela à Drago au jour où son héritage était sensé arriver, mais la précipitation fut telle qu'il repoussa la chose encore et encore jusqu'à ce que l'irréparable arrive.

- Comment avez-vous su ? C'est Drago qui est venu le crier sur les toits c'est ça ? » Demanda Ambre presque honteuse que sa vie intime eut été révélée.

Narcissa lui tendit un morceau de parchemin, plié et replié, usé à force d'être utilisé. Ambre le déplia précautionneusement et entama la lecture. Elle passa de rougissante de gêne à blanche, puis à livide et presque verte, elle repassa vers un bleu inquiétant avant de revenir à une couleur relativement normale. Le texte voulait tout dire en lui-même malgré le fait qu'il ne fut qu'un horrible torchon. Pourtant elle y reconnaissait la plume de Drago, son écriture en tout et pour tout, bien qu'elle n'en reconnaissait aucun trait de personnalité. Le texte avait ce contenu, et était daté d'après elle de la veille de son retour :

« Chère mère,

Ceci est sans doute une lettre d'adieu, ou peut-être juste pour me convaincre que cela en est une ?, car une chose atroce s'est déroulée il y a peu. Je ne voulais pas parler de cet accident à la con qui ######...

Il faut que je vous avoue ma très chère mère, que mon âme-sœur s'est faite poignardée, et par là même j'ai découvert l'existence de mes enfants, ceux-là même qui ne vivront jamais... En effet votre sœur, ma tante, a mis fin à leurs jours en poignardant leur mère. Et si elle ne l'avait pas fait je n'aurais jamais su que c'est de ma faute le fait qu'elle était enceinte. En réalité mère, voilà pourquoi elle me hait, voilà pourquoi mon supplice est tellement justifié. J'ai fait du mal à la seule personne avec qui j'envisageais un futur, une vie... Un rêve !

Suis-je un violeur mère ? Est-ce cela être veela ? Quelle ##### malédiction m'avez-vous transmis ! Jamais plus je ne pourrai la voir, la toucher, espérer respirer son odeur sans m'écœurer. Me voir dans le miroir me donne envie de vomir, je me dégoûte moi-même par la laideur de mon acte, l'horreur de mon apparence. Chaque jour je bénis la mort qui m'accueille, je la supplie d'aller plus vite. Hier après un vertige j'ai fait une chute dans les escaliers, Mme Pomfresh m'a gentiment réparé la cheville. Aujourd'hui je souffre d'insuffisance rénale, et au train où cela va, mère, j'annoncerai mon départ de l'équipe de Quidditch demain pour troubles cardiaques. Mme Pomfresh m'a découvert un souffle au cœur, tandis que mes os s'affaiblissent de jour en jour bientôt, ils se briseront pour un rien. Je tombe en morceaux mère, les symptômes se développement rapidement, et je mérite tellement cette agonie. J'aimerais la prolonger, si seulement cela pouvait m'attirer son pardon. Jamais elle ne me pardonnera, je deviens bon à rien, je ne pourrai pas la protéger jusqu'au bout. Mon amendement se fera peut être par sa ##### haine, oh oui, la voir me haïr comme je m'abhorre me ravirait. M'imaginer l'effleurer à nouveau me donne la nausée tant je me sens sale, qui sème le vent récolte la tempête, les dés sont jetés mère, bientôt elle me tuera elle-même pour m'expier de mes tords.

Votre inutile de fils bientôt mort,

Drago »

Ambre se releva tel un automate, elle rendit le morceau de papier à Narcissa et sortit de sa chambre. Elle s'approcha du canapé, prit un oreiller à portée de main et se mit à taper sur Drago avec toute la hargne que la lettre lui inspirait. Après l'avoir tapé trois ou quatre fois avec, elle le lui lança en pleine figure, entendant Dan marmonner que puisqu'elle était bleue, cela allait mal se terminer. Un critère chez Ambre faisait rire son frère, en réalité lorsqu'elle était « verte » de rage, les veines bleues de son visage ressortaient étrangement. Ainsi lorsque son frère la voyait « bleue », il savait qu'il ferait mieux de quitter le périmètre.

« Tu. Es. VRAIMENT. TROP CON MALEFOY ! » Hurla-t-elle alors que le père Malefoy essayait de lui retirer l'oreiller des mains.

« Maintenant je sais ce que tu penses, et si tu t'en allais avant que je te fasse du mal. » Répondit froidement Drago, pas le moins du monde blessé, se relevant pour montrer combien il pouvait être menaçant.

Ambre poussa un cri de rage, puis elle partit de son appartement en claquant la porte le plus fortement possible. Les nerfs à fleur de peau, elle se demandait comment elle avait bien pu passer à côté de cela. C'était en plein milieu, là, sous son nez ! Malefoy qui faisait des efforts aux entraînements, elle qui épiait ses moindres faux pas. Elle savait que l'issue d'un refus était la mort pour un veela, Mais pas comme cela ! Elle s'était imaginé une crise cardiaque, ou quelque chose dans le genre. Comment Malefoy pouvait être autant... Autant... SERPENTARD ! Il lui cachait tout, autant qu'elle ne lui disait rien. Il cria combien elle en avait marre alors qu'elle était dans le parc, peu avant le couvre-feu. C'était comme si la situation s'était retournée, rien n'allait plus, et elle sentait au fond d'elle le manque de la sécurité que lui offrait toujours Orlaï.

« Orlaï... J'ai tellement envie de te revoir ! » Chuchota-t-elle en glissant le long d'un arbre, se retrouvant assise contre celui-ci, les bras autour de ses genoux pour cacher ses larmes silencieuses.

Ambre se trouvait garce à cet instant. Elle n'avait pensée qu'à elle, enfin, relativement. Elle pensait souvent aux autres, mais n'avait pas le don d'empathie et de compassion qu'avait Dan. Comme si elle avait hérité du cerveau sans faille de Severus alors que Dan avait la grande générosité d'Harry. Elle essayait de réprimer les sanglots, par Merlin ce qu'elle avait une mauvaise estime d'elle-même à cet instant. Elle s'était toujours concentrée sur la défaite de ses ennemis, si bien qu'elle n'aurait jamais cru être mêlée de près ou de loin de la disparition de quelqu'un de son camp.

« Lily, c'est toi ? » Demanda la voix d'Alexander, puis il poursuivit : « Qu'est-ce que tu fais ici dans le froid ? Tu n'as même pas ta cape, ni ton écharpe. » Remarqua-t-il.

Il enleva sa cape et la posa sur les épaules d'Ambre qui en sentit tout de suite les bienfaits, Alex n'était pas du genre frileux. Il s'assit à côté d'elle, entoura son écharpe autour d'eux deux, puis la prit dans ses bras lorsqu'il entendit ses pleurs. Il lui murmura des mots encourageants, essayant d'être au plus neutre pour ne pas tomber de travers. Alors que l'heure du couvre-feu se rapprochait dangereusement, il attira Ambre encore plus prêt de lui afin de l'aider à se relever.

« Il faut rentrer Ambre, on va avoir des problèmes sinon.

- Je ne veux pas, retourner...

- Où veux-tu aller ? Ça m'étonnerait que tu puisses loger dans les dortoirs de Serpentard.

- Laisse-moi là, ça va aller.

- Dans le Hall ? Tu ne veux pas de l'aide pour monter aux étages ?

- Non, écoute, merci Alex mais... »

Elle lui rendit sa cape et le bout de son écharpe qui était autour de son cou, un sourire d'excuse se peignant difficilement sur son visage à cause de ses larmes, puis elle partit vers les cachots. Elle hésita plusieurs fois, marchant dans un sens puis dans l'autre, se plantant devant la porte, puis repartant autre-part. Elle finit toutefois par se poser devant la porte des appartements de son père, et frappa quelques coups. Il vint ouvrir la porte, surpris de la voir là, il ne posa cependant pas de question quant à son état émotionnel et la laissa entrer.

« Je ne t'ai pas demandé grand chose jusqu'à maintenant, là, tout ce que j'ai besoin, c'est d'un père. Alors donne-moi mon père. » Termina-t-elle la gorge serrée, les larmes commençant à couler de nouveau.

Severus la prit dans ses bras, comme cette fois là où elle s'était accrochée désespérément à lui parce qu'elle ne voulait plus tuer, elle ne voulait plus être soldat pour la cause. Cette fois les raisons de son chagrin étaient toutes autres, mais pour le moins tout autant douloureuses. Elle s'agrippa à son père, et peu importait qu'il fut vampire à cet instant, tout ce qui comptait était sa présence, et la chaleur relative de son corps.

« Je rate toujours tout. Père, pourquoi faut-il, que je sois, toujours, maladroite ! » Demanda-t-elle en hoquetant tant sa gorge était serrée par les sanglots.

« Qu'est-ce qu'il se passe ? » Demanda Harry, s'éveillant de sa sieste du soir.

Ce qu'il vit eut le don de le réveiller autant qu'un café noir serré et amer à souhait. Il s'approcha de son aimé et de sa grande fille, les serrant dans ses bras. Il caressa les cheveux d'Ambre qui ressemblaient de part leurs couleurs à ceux de Severus, mais les sanglots qu'elle avait étaient indéniablement du côté des Potter. Pleurer tout d'un seul coup et se relever ensuite, c'était la manière d'Harry. Severus extériorisait tout par la colère, et s'il avait vu juste alors personne n'avait vraiment vu Dan triste, en tout cas, cela surprendrait bien des gens.

« Je ne, veux pas qu'il, meurt ! Même si, même s'il m'a... Même s'il m'a ! » Tenta vainement Ambre.

Mais personne ne pouvait lui dire ce qu'elle avait envie d'entendre. Personne ne voulait lui dire qu'elle aurait sa part de responsabilité dans la mort de Drago tout comme personne ne voulait la pousser à se rapprocher de lui. Elle était la personne qui avait la clé, cette terrible clé qu'elle avait le choix d'utiliser ou alors de jeter par la fenêtre. Personne ne sous-entendait qu'elle était prisonnière, mais plutôt ils voyaient tous la chose comme si elle était dans une cache d'un dragon cleptomane, et que la clé menait à un nirvana de bonheur. Tout cela se résumait à être enchaînée à un être qui lui avait fait du mal, ou à le laisser partir et refaire sa vie.

« Je me sens mal... » Murmura Ambre soudainement prise de maux de tête.

« Moi aussi. » Répondit Harry qui tanguait sur place.

« Qu'est-ce que... ! » Paniqua Severus.

Ambre et Harry crièrent leur douleur pendant qu'un liquide noir coulait de leurs yeux, de leur nez et de leurs oreilles. Severus était devenu comme fou, son âme humaine avait déserté dans les tréfonds de son être pour ne laisser que la partie vampiriquement bestiale de sa personnalité. En quelques sorts il les avait fait léviter, avait ouvert la porte et s'en était allé en courant dans l'infirmerie, les corps volants derrière lui. Ce qu'il ne sut pas avant un moment, c'était que Dan, dans l'appartement qu'il partageait autrefois avec Ambre, subissait ce même genre de crise. Il criait d'une douleur soudaine, pleurant un liquide noir qui sortait également de son nez et de ses oreilles.

Lucius fut le premier à réagir efficacement, alors que Ginny ne faisait qu'essayer de comprendre de quel mal souffrait son amant. Drago avait été pris de son instinct veela, et avait filé sans prendre le temps de s'intéresser au cas de Dan. Il avait couru autant que ses faiblesses le lui permettaient, et malgré la douleur il ne se préoccupa que de son objectif. Une alarme sonnait dans son esprit, tout tournait à cent à l'heure, et le nom de son âme-soeur l'obnubilait. Ses yeux avaient virés au bleu électrique, sa magie palpitait autour de lui comme un halo de protection, jusqu'à ce qu'il arrive dans l'infirmerie où la tension s'apaisa. Il y trouva Severus qui faisait les cent pas, agaçant de la meilleure manière qui fut l'infirmière.

« Severus, que ce passe-t-il ? » demanda Drago, sachant pertinemment qu'il parlait de veela à vampire, non plus de filleul à parrain.

« Harry et Ambre on eu une espèce de crise, du noir coulait de leurs yeux, leur nez et...

- Oreilles ?

- Comment le sais-tu ?

- Dan arrive avec les mêmes symptômes. Que dit l'infirmière ? Je peux voir Ambre ?

- Non. » Répondit Severus rapidement, sèchement. « Pas plus que moi n'ait le droit de voir Harry. Pour l'amour de Merlin Poppy, combien de temps cela va-t-il vous prendre ! » Cria-t-il.

« Je vous en prie Severus, vous êtes dans une infirmerie ! Si vous ne vous calmez pas vous irez voir dehors si j'y suis ! » Pesta Pomfresh.

Drago vit Severus serrer les mâchoires, il savait qu'il faisait beaucoup d'efforts pour ne pas tout envoyer en l'air pour prendre Harry dans ses bras, le tenir loin de toute menace. Ce que c'était tentant, Drago aussi voulait agir ainsi. Sa conscience humaine qui se lamentait sur son sort était endormie, loin de lui qui se dominait parfaitement dans sa conscience de veela. Drago Malefoy voulait voir Ambre, et il la verrait, avec ou sans son consentement; c'était ainsi, il n'y avait rien à redire. Lorsque Dan arriva, ils crurent tous que Pomfresh allait céder à la panique, mais elle resta pour le moins maîtresse d'elle-même. Elle prit en charge le prochain patient, le mit dans un lit adjacent à ceux de sa sœur et son père. Lorsqu'elle revint une heure plus tard, communiquer ses découvertes aux amis et à la famille, elle leur servit un regard noir pour toute dissuasion à la brusquer.

« Ils ont subi une sorte d'exorcisme, comme si de la magie noire était sortie de force de leur organisme pour retourner à son point d'origine.

- Ils vont bien ? » Demanda Ginny.

« Leur état est stabilisé, bien qu'ils n'aient pas repris conscience.

- Est-ce qu'ils vont bien ? Répondez ! » Grogna Severus.

« Les enfants d'Harry sont en parfaite santé, ils n'ont aucune séquelle de cet exorcisme. Dan et Ambre récupèrent également, bien qu'il semble que cela ait été plus difficile pour eux de se débarrasser de cette cochonnerie.

- Vous dites que c'est un exorcisme ? Mais un exorcisme de quoi ? » Demanda Drago, sur les nerfs.

« N'ont-ils jamais été en contact avec de la magie noire ? Je veux dire, Potter a subi un sort de mort de la main même de Vous-Savez-Qui.

- Merlin, les horcrux. Celui d'Harry avait contaminé Ambre et Dan, IL était séparé en plus que prévu. » Réalisa Severus qui semblait être perdu dans des informations que lui seul détenait.

Drago vit Severus passer entre les mailles du filet, et rejoindre Harry sans mot dire. Le jeune Serpentard fit donc de même, pour rejoindre son Ambre qui s'évertuait à rendre sa vie infernale, et pourtant qu'il désirait et aimait le plus au monde. Ginny servit son sourire d'excuse et passa également à la recherche de Dan, pour se rassurer sur son état de santé. Severus tira les rideaux derrière lui, puis releva Harry pour se mettre dans son dos et faire reposer la tête du lion sur son torse. Il caressait son visage, passant sa main dans ses cheveux, et au moins il pouvait s'assurer que son amant et unique amour ne manquerait de rien. Et lorsqu'au bout d'heures interminables Harry ouvrit enfin ses beaux yeux verts, Severus put alors respirer normalement.

« Tout va bien Harry ?

- C'est ce que j'aimerais bien savoir Sev'.

- Voldemort a rappelé en lui l'horcrux qu'il avait mis en toi le jour où il t'a lancé l'avada kedavra.

- Quoi ? » Demanda Harry dans les vapes.

« Voldemort avait implanté en toi un morceau de son âme, et il te l'a retirée, c'est pourquoi tu t'es évanoui et... Que la chose a été plutôt impressionnante.

-OH MERLIN ! Et les bébés ? Ils sont en vie ? J'en ai perdu aucun ? Ambre et Dan vont me tuer ! » Paniqua le rouge et or.

« Harry...

- Hein ? Quoi ? Il leur est arrivé quelque chose ? TU DOIS TOUT ME DIRE ! » S'écria-t-il.

Severus prit son visage dans sa main et déposa ses lèvres sur celles du lion. Il l'embrassa d'abord doucement puis de plus en plus passionnément. Ce fut un baiser qui voulait tout dire, et qui remit Harry à sa place. Pour l'instant ce n'était pas le bon moment que de trop solliciter les nerfs de Severus qui, et il le découvrait à l'instant, avait cru mourir de peur pour lui. Harry sentait les bras forts de Severus l'entourer fermement, prêts à ne jamais le lâcher. Harry se laissa complètement aller contre son vampire, lui murmurant tout son amour et le réconfort qu'il pouvait. Harry lui murmurait combien il se sentait bien, et puisque les enfants dans son ventre se portaient bien, il n'y avait aucun souci à se faire sur le futur. Du côté de Ginny, ce fut tout aussi passionné, entre elle et son amant il n'y avait rien à redire. Mais si quelqu'un passait quelques heures plus tard, il pourrait y voir un couple tendrement enlacé, n'ayant même pas dépassé la limite qu'imposait la pudeur dans un tel lieu.

Du côté de Drago ce fut moins aisé d'appréhender la chose. Certes le « veela » était aux commandes, mais il n'était pas totalement suicidaire non plus. Il savait que s'il ne prenait pas le bon angle, Ambre serait capable dans son agonie de le frapper à nouveau avec son oreiller. Quoi que, quelle douce fin que de mourir de la main de son aimée, cela faisait très pathos des pièces de théâtre anciennes. Il s'assit sur une chaise, à côté du lit d'Ambre et attendit patiemment qu'elle daigne ouvrir les yeux. Il avait entendu son souffle se modifier, il savait qu'elle était éveillée, mais sans doute attendait-elle que Drago s'en aille avait de faire signe de vie ? Erreur de sa part, Drago Malefoy était un teigneux. Lorsqu'elle se décida finalement à ouvrir les yeux, elle les braqua directement sur Drago qui était pour elle l'intrus de l'instant. Et lorsqu'elle remarqua les yeux bleus électriques de Drago, elle fit un bon dans son lit, cherchant presque à s'enfuir loin de ce regard.

« Je ne vais pas te violer si c'est ce dont tu as peur. » Lâcha Drago sérieux.

« Personne n'est là pour t'en empêcher, alors tout me porte à croire que c'est en ton pouvoir. » Répondit Ambre, tentant de ne pas se démonter.

« Tu as le droit de penser que je suis le salopard de l'histoire, après tout ça me fait du bien que tu le croies.

- Justement, je ne vois pas en quoi ! Et me sors pas un baratin comme quoi tu veux te faire pardonner, expier ta faute en mourant. Te fais pas martyr, t'as pas le droit ! » Elle prit son oreiller et le lui lança pour toute tentative de violence.

Drago pouffa de rire, il se releva et déplora la réaction d'Ambre qui n'était autre que de frissonner et d'avoir un geste de recul face à lui. Il prit l'oreiller et le posa là où Ambre avait posé sa tête durant son sommeil. Il porta sa main au visage d'Ambre qui se détourna de lui rapidement pour lui échapper. Cependant il fut persistant, et d'un doigt il lui caressa la joue délicatement, ce qui valut à la sorcière des frissons désagréables tant elle était nerveuse.

« Tu as tellement peur de moi.

- Ne profite pas que je sois dans un état de faiblesse pour t'en prendre à moi, je peux appeler à l'aide à n'importe quel moment.

-Tu m'enfermes tellement dans ta vision de moi, où je suis un enfoiré, que tu ne te demandes même pas si j'ai un cœur. Suis-je l'homme à abattre, comme Tom Jedusor ? N'ai-je pas droit à une seconde de rédemption, où à tes yeux je ne serais plus le monstre, mais un simple homme qui a fait une erreur et qui le paye de sa vie maintenant ?

- Je sais... Je sais que tu es malade, que ton corps ne suit plus. » Assena-t-elle en espérant qu'il la laisse tranquille.

« N'ai-je pas droit à une seconde de pitié de ta part ? Une seconde de bienveillance ! Je ne te demande presque rien, de faire semblant un instant ! Un simple instant où tu me tolèrerais, au moins comme un ami, comme un compagnon de guerre.

-Va voir tes putes Malefoy, tu ne m'auras pas avec tes belles paroles. » L'agressa-t-elle.

Drago, de colère, l'obligea à s'allonger dans son lit. Après une seconde où il respira calmement, il remonta les couvertures sur son âme-sœur. Ce n'était pas possible, lui-même n'était pas aussi chiant que cela, où le destin avait vu qu'ils étaient complémentaires ? Cette bonne femme ne lui attirait que des ennuis depuis le début ! Même un homme cela aurait fait l'affaire pour peu qu'il eut une vie relativement normale, comme tout veela qu'il était. Mais il était cependant incapable de lui faire du mal, rien qu'à voir cet éclair de crainte traverser les yeux d'Ambre alors qu'ils étaient à proximité lui faisait regretter son acte.

« Depuis que j'ai eu connaissance de ton existence je n'ai toujours voulu que toi. Cependant je suis incapable de te faire du mal. Le soir de mon anniversaire... » Commença Drago, et Ambre ferma les yeux pour essayer de chasser ce souvenir, « Ce soir là, l'alcool a eu sur moi le même effet qu'un impérium, sauf que ce n'était pas une personne extérieure qui contrôlait mes actes. L'alcool produit chez les veela un accroissement des hormones de désir, un désir qu'ils ne peuvent contrôler, et que seule l'âme-sœur peut influencer. Tu ne savais pas comment me contrôler, m'empêcher de faire ce que je t'ai fait; et face à ton manque de résistance, c'était comme une journée porte ouverte dans la meilleure chocolaterie du pays. Oh Ambre, si seulement tu te souvenais de tout, si tu savais depuis combien de temps nous nous recherchons... Quel gâchis, ce n'est pas encore dans cette vie que nous nous unirons.

- Je ne comprends pas ce que tu baragouines Malefoy.

- Ça fait des siècles qu'on tente de se réunir, si seulement tu te souvenais de nos vies antérieures. » Dit-il avec un sourire doux, puis il ajouta, « Tiens, l'humain en moi essaye de reprendre le contrôle. Je crois qu'il a autant peur que toi du veela qu'il est. »

Drago se releva, et en une fraction de seconde son comportement changea du tout au tout. Il semblait malade, agonisant, lorsqu'il posait les yeux sur Ambre il avait envie de fuir ou de supplier une fin rapide et douloureuse. Alors Ambre comprit, Drago était partagé entre deux versions de lui-même. Le veela qui semblait se réincarner de générations en générations pour la retrouver d'après lui, et l'humain qui n'était autre que le fils Malefoy pour cette fois. Tout cela n'était plus que des noms, dans des temps, les êtres ne changeaient pas. Ainsi lorsqu'on l'avait appelée Arya pour la première fois, ce n'était pas sa tête qui répondait mais son âme, car son âme s'appelait ainsi. Dragon, dit Drago dans ce présent, était lui aussi prisonnier de cette boucle sans fin, une boucle qui tournait autour d'un même but à chaque fois. Et si elle parvenait à trouver ses souvenirs de ses vies antérieures, si elle avait un avant-gout de ce à quoi elle n'avait pas pu goûter pleinement, mais qu'elle avait vécu dans le passé... Pourrait-elle alors pardonner à Drago son erreur ? Après tout la vie continuait, mais une vie menaçait de s'éteindre. Ambre réalisa alors que Drago, tout humain qu'il était, avait plus peur de lui-même que d'un quelconque refus de la demoiselle. La lettre de Narcissa lui revint en mémoire, et elle se souvint alors pourquoi elle avait eu besoin des bras de son père pour la maintenir à flot. Drago avait été drogué, et avait fait quelque chose de regrettable. Tout ce qu'il demandait, c'était une seconde chance, quelque chose de simple garantis par toute sa volonté. Alors pourquoi était-ce si dur pour elle de s'y risquer ?

e