Chapitre 26 : la Seconde Tâche et ses conséquences.

Voldemort était assis sur son trône, entouré d'une dizaine de Mangemorts. Arès entra dans la salle mais resta près de l'entrée afin de ne pas déranger la réunion. Le Seigneur des Ténèbres lui lança un regard lourd de reproche puis reporta à nouveau son attention sur ses serviteurs.

"Les Chinois sont inquiets, ils pensent que le Japon va attaquer dans l'année" expliquait un Mangemort. "Apparemment Mancina a fait un coup d'état cet été, même si rien n'a été déclaré officiellement, et depuis tout le Japon est sous loi martiale. Mancina a triplé les effectifs d'Aurors et il a mis en place des nouvelles formules d'entraînement."

"Si c'est tout ce qu'on put collecter les Chinois, on ne peut rien faire" déclara Voldemort. "Nous n'avons pas assez d'informations pour en déduire que les Japonais veulent les attaquer."

"Ce mage blanc provoque les Japonais, il les manipule" poursuivit le Mangemort. "Ça fait des années que le Japon ne fait rien, mais depuis cet été ils ont remilitarisé les îles de la mer du Japon. Apparemment Singapour est tombé entre leurs mains, les Chinois sont persuadés que ce sera à leur tour après."

"Foutaises !" grogna un Mangemort. "Si Singapour était tombé, on l'aurait su. La communauté de mages noirs là-bas est immense, ils sont presque aussi nombreux que les Moldus, ils ne se laisseraient pas faire si facilement !"

"Ont-ils des preuves ?" demanda le Seigneur des Ténèbres. Sa patience semblait poussée à bout.

"Ils ont repêché les corps de plus de cent sangs-purs" affirma le premier Mangemort. "Ils parlent d'un véritable génocide."

Le second Mangemort renifla dédaigneusement. Voldemort semblait pensif.

"Si les Chinois veulent une alliance avec nous" dit-il enfin, "ils n'ont qu'à venir me voir en personne. Fin de la réunion."

Les Mangemorts s'inclinèrent et transplanèrent aussitôt. Arès s'approcha du mage noir qui le fixait d'un air mauvais.

"Black" siffla-t-il. "Je ne m'attendais pas à te revoir."

"J'ai une bonne nouvelle et une mauvaise nouvelle" annonça-t-il en faisant la sourde oreille. "Je commence par laquelle ?" Voldemort le fusilla du regard. "Bon, la bonne nouvelle est que tu n'auras plus à avoir peur que je te tue, car nous sommes strictement égaux à présent. La mauvaise nouvelle" et là Arès ménagea une pause dramatique, souriant de toutes ses dents au mage noir, "c'est que j'ai un Horcruxe moi aussi."

Voldemort se leva et dégaina sa baguette en une fraction de seconde. Arès para facilement le maléfice qui venait dans sa direction, une expression vicieuse sur le visage.

"Comment as-tu OSE !" éclata le Seigneur des Ténèbres, lui lança un nouvel Avada Kedavra, qu'Arès évita en faisant un pas sur le côté.

"ECOUTE D'ABORD, AU LIEU DE T'ENERVER !" cria-t-il en réponse.

"Je n'écoute pas les traîtres."

Arès, las d'esquiver les sortilèges de la Mort, était presque tenté de se laisser toucher, juste pour voir quel serait le résultat avec ces Horcruxes enchevêtrées. "Je voulais surtout t'annoncer…" il sauta de nouveau hors de la trajectoire d'un sort vert clair, "… qu'en fait tu es déjà mon Horcruxe !"

Voldemort se figea et Arès profita du répit pour se redonner contenance en lissant ses vêtements. Lorsqu'il rencontra à nouveau le regard de braise, ce fut pour y constater l'étonnement.

"Surpris, hein ?" ricana Arès. "Heureusement que j'ai bien regardé avant de faire le rituel jusqu'au bout. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, mais je pense que quand tu as essayé de me tuer il s'est passé quelque chose de bizarre et du coup nos deux âmes ont été fracturées en même temps."

"Ce n'est pas possible" souffla Voldemort.

"Et faire un Horcruxe humain, ce n'est pas possible non plus en théorie" développa Arès. "C'est sûrement une conséquence du nombre élevé de rituels que tu as-"

"Je n'ai pas fait d'erreurs !" gronda l'autre. "Tout était entièrement calculé ! Tu n'aurais pas dû survivre, en premier lieu !"

"Sympa" remarqua Arès. "Mais c'était sans conter sur l'Ancienne Magie."

Voldemort marqua à nouveau une pause. "Qu'est-ce que tu as dit ?"

"J'ai survécu car ma mère s'est sacrifiée pour moi. L'Ancienne Magie, celle provoquée par les sacrifices volontaires, m'a protégé. L'Avada Kedavra a du rebondir et t'atteindre. Peut être que lorsqu'un fragment de ton âme est venu dans la mienne, par autodéfense, j'ai répliqué en faisant la même chose."

"Ce n'est pas censé être possible, tout ça" fit remarquer Voldemort, bien calmé à présent.

Arès s'approcha de lui jusqu'à se tenir à quelques pas. "A moins que tu n'aies une meilleure explication, il n'y a pas d'autres façons d'expliquer ce qu'il s'est passé."

"Alors… Tu n'as pas fait un autre Horcruxe ?"

"Non. Je compte bien trouver un moyen de rendre mon âme entière quand j'en aurai besoin, alors un seul Horcruxe me suffit amplement. Et puis, pour le détruire, il faudrait arriver à t'atteindre toi…"

"Ce qui est impossible à cause de mes Horcruxes, dont celui qui est en toi" finit Voldemort.

"Exactement."

Voldemort digéra ces informations, son regard ne quittant pas celui d'Arès.

"Alors" questionna Arès, "nous sommes en quelque sorte invincibles, tous les deux ?"

Le mage noir sourit de toutes ses dents de façon machiavélique. "Exactement. Je crois que je n'aurai pas pu rêver de meilleur système pour être immortel. Protéger mes Horcruxes par d'autres Horcruxes."

Voldemort rangea sa baguette et s'assit dans un fauteuil. Arès s'assit face à lui. Il expira, soulagé. Finalement, ça c'était plutôt bien passé.

"Et cette histoire de Chinois ?" demanda-t-il.

"Tu n'as jamais entendu parler des sociétés magiques en Chine et au Japon ?" s'étonna Voldemort.

"A part l'essentiel, non" avoua Arès. "Je sais que la Chine est dirigée par des mages noirs et qu'une grande partie de la population est de magie noire, et qu'à l'inverse le Japon est plus peuplé de mages blancs, mais je n'ai jamais su pourquoi."

"Ce n'est pas connu du public" reconnu le Seigneur des Ténèbres. "Depuis très longtemps, ces deux nations se font la guerre, Moldus et sorciers confondus. I peu près deux siècles, les populations des deux pays ont été échangées en partie. Oui, échangées" insista Voldemort devant le haussement de sourcils d'Arès. "Les mages blancs chinois ont été envoyés au Japon, et inversement pour les mages noirs. On n'en sait pas plus, publiquement parlant. L'hypothèse la plus probable est que les deux gouvernements ont passé une sorte de pacte."

"Ça a du être un sacré bazar."

"Enfin, depuis, ces deux communautés sorcières ont vécu en paix" poursuivit Voldemort. "Cette année, un mage blanc a fait un coup d'état, comme l'expliquait tout à l'heure mon espion chinois. Depuis le Japon se comporte comme à l'époque médiévale, prêt à envahir tous les pays voisins."

"Il a l'air un peu mégalo, ce japonais" commenta Arès.

Voldemort lui lança un regard noir avant de poursuivre. "Ce n'est même pas un Japonais. Il vient d'Europe de l'Est, même si on n'en sait pas beaucoup plus à son sujet."

"Comment s'appelle-t-il, déjà ?" s'intéressa Arès.

"Jahan Mancina."

Cette histoire ne valait rien qui vaille, se dit-il. Il se promit de se débrouiller pour trouver d'autres renseignements, et surtout à bien surveiller les agissements de ce Mancina.

Il ne regretta pas un instant d'avoir gagné le château Serpentard pour la nuit, car leur nuit fut mouvementée par cette réconciliation.

-OoO-

"Alors, vieil homme, quelles sont les nouvelles ?" s'enquit Arès.

Comme prévu deux semaines auparavant, Lennart et lui s'étaient retrouvés dans le Navire afin de discuter de la dernière réunion de l'Aube Dorée – enfin, de ce que Lennart pourrait en dévoiler, plus exactement.

Le professeur de Magie Noire soupira. "Je ne peux pas dire grand-chose, Black. Ne soyez pas déçu."

"Ce sera toujours mieux que rien." Avoir quelques réponses était toujours mieux que rien.

"Eh bien," commença Lennart, "c'était une réunion extraordinaire. Il n'y en avait pas eu de cette envergure depuis une quinzaine d'années. Je n'avais pas vu du tout certains membres depuis."

"Comment ça ?" s'enquiert le jeune sorcier. "Je ne vous ai jamais vu vous réunir avec d'autres sorciers. Je pensais que tout était fait à distance."

"Non, en partie seulement" concéda quand même Lennart. "Nous communiquons beaucoup, surtout entre ceux qui ont le plus d'ancienneté. Nous avons mis au point un système très pratique et quasi-indétectable. Mais pour une majorité d'opérations, nous devons nous rencontrer." Il ajouta, avant qu'Arès ne lui pose une nouvelle question, "ça ne sert à rien de chercher à savoir comment nous communiquons."

"Bien" fit Arès en se raclant la gorge. "Et alors vous faites des réunions partielles ?"

"Tout à fait. C'est bien plus facile à organiser ainsi. Entre ceux qui sont très occupés par leurs responsabilités, ceux qui sont en espionnage, ceux qui sont à l'autre bout de la planète, ça permet de garder la cohérence. Nous cherchons à contrôler tout ce qui se passe au sein de l'organisation afin d'éviter toute maladresse. Si notre existence venait à se savoir, le monde entier s'intéresserait à nous et chercherait à savoir ce que nous faisons, d'autant plus que nous avons des agents placés un peu partout. Il deviendrait très difficile de réaliser nos plans avec autant d'attention. Et puis ça pourrait amener les gens à se questionner sur d'autres sujets, tel que l'existence des dieux. En conséquence, notre projet pourrait être anéanti. Ça serait catastrophique."

Arès disséqua soigneusement les informations qu'il venait de recevoir. Il avait toujours estimé l'Ordre de l'Aube Dorée comme une petite société secrète infiltrée en Europe, comptant quelques dizaines de sorciers tout au plus. Il semblerait qu'il se soit largement trompé.

"Combien êtes-vous, au juste ?"

Lennart lui adressa un rictus. "Quelques centaines."

La mâchoire d'Arès se décrocha. "Et comment est-ce que personne n'est au courant de votre existence ?"

"Beaucoup de travail" expliqua Lennart. "Et une sélection et un entraînement des nouveaux membres. Je ne me charge pas de ces choses-là."

"Vous avez quand même l'air d'être un des membres les plus anciens dans l'organisation. Vous devez être vraiment vieux" se moqua le jeune sorcier.

"Ne vous moquez pas, Black" rétorqua le mage noir. "Vous vous rendrez bientôt compte à quel point ça serait hypocrite de poursuivre ce raisonnement."

Le sourire d'Arès se fadât. Il n'osa pas pousser ce sujet, sachant que ce serait sans espoir. Apparemment, il devait se débrouiller tout seul pour connaître le sens de ces rêves.

"Et pourquoi une telle réunion ?"

"Pour se préparer à la guerre" dit simplement Lennart. "Les membres infiltrés en Chine et au Japon rapportent des choses très étranges ces temps-ci…"

Arès se redressa. Décidément, tout le monde s'intéressait à l'Asie orientale en ce moment. "Quels genres de choses ?"

"Des rumeurs, des impressions… Les Japonais pensent que quelque chose cloche dans leur pays et les Chinois deviennent paranoïaques. Tu en as peut être entendu parler, avec tes… fréquentations" il lui fit un sourire mauvais. "Les Chinois sont persuadés qu'ils vont être attaqués bientôt, alors que c'est eux-mêmes qui se sont mis à entraîner des armées gigantesques depuis une vingtaine d'années."

"C'est peut être parce qu'ils ont peur de Jahan Mancina" hasarda Arès.

Lennart le regarda étrangement. "Où as-tu entendu ce nom ?"

"Avec une de mes fréquentations" ricana Arès. "Bref, vous êtes en train de me dire que la Chine et le Japon sont en train de se provoquer mutuellement ?"

"Plus ou moins" approuva Jonathan. "On ne sait pas combien de temps la paix va tenir. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que quand ça va éclater, ça sera un conflit de grande envergure, avec les différentes alliances qu'ils ont réussi à lier. L'Etat Magique de Corée tout entier s'est rallié officiellement au Japon cette année en soutenant le coup d'état de Mancina, et tout le monde sait que malgré la mauvaise entente actuelle entre les deux pays Moldus de la péninsule coréenne, l'Etat Magique, lui, est bien uni et d'une efficacité redoutable. Et puis les sorciers Chinois, comme depuis longtemps, ont le soutien d'une bonne partie du sud de l'Asie Orientale et même un peu dans les îles océaniques, qui sont elles-mêmes soutenues par les Etats-Unis Sorciers d'Amérique."

"Bref, quand ils vont s'attaquer, ça sera la guerre sur presque tous les continents ?" conclut Arès.

"Tout à fait, et ce n'est pas une hypothèse réjouissante pour ceux qui veulent rester neutres."

-OoO-

Arès n'eut pas beaucoup le temps de ruminer ces nouvelles, ou même de se poser la question de les partager ou pas avec Voldemort, car de nouveau son emploi du temps devint infernal. Entre les études, commencer à regarder comment fonctionnaient les sorts de protection dans le bureau de Dumbledore, regarder l'avancée du Sol Niger pendant le week-end, qu'il passa entièrement à Durmstrang, la Seconde Tâche arriva bien plus vite qu'il ne l'avait prévu.

Heureusement, il était prêt à l'affronter depuis des semaines dans les meilleures conditions possibles. Il ne fallait pas être un génie pour reconnaître les horribles cris stridents des Êtres de l'eau en ouvrant l'œuf doré qui leur servait d'indice. Leur chant déchiffré, Arès avait prévu tout ce qu'il fallait pour aller au fond du lac.

Lorsqu'il rejoignit les autres Champions dans la tente prévue à cet effet, la Française, Camille Bonnet, était en train de parler à Draco, qui la regardait comme s'il était prêt à l'étrangler.

"Tu te rends comptes, Draco, depuis hier soir il est introuvable ! Pourtant Pierre ne m'ignore jamais ! Je ne compr-"

"Arès !" s'exclama Draco en le voyant arriver. Puis plus bas, "qu'elle est cruche ! Je me demande pourquoi elle a été choisie comme championne."

Le jeune Black haussa les épaules.

"Ah, vous voilà !" fit Verpey en leur sautant dessus. Alors, prêts ? Normalement vous avez toutes les informations nécessaires, on va pouvoir commencer. Vous pouvez vous approcher de la rive. Rappelez-vous, vous n'avez qu'une heure, au-delà du temps imparti vous aurez des pénalités."

Il continua à expliquer certaines choses mais Arès ne l'écouta que d'une oreille. Il venait de distinguer dans les gradins la silhouette familière d'Aleksandr Volkov, mais Dimitri n'était pas là. 'Qu'est ce qu'il peut bien manigancer', se demanda-t-il, ne jetant pas un coup d'œil à la table des juges où Dumbledore et Lennart étaient en grande conversation.

Et puis le sifflet retentit. Aussitôt, Arès sortit sa baguette et la pointa vers sa poitrine, entrant dans l'eau en même temps. Ce qu'il allait faire était un peu compliqué mais il savait qu'il pouvait le faire. Il commença à lancer son sort de Métamorphose en informulé. Un peu plus loin, la Française se jetait un enchantement de Têtenbulle, sa tête ronde ayant l'air encore plus ronde par effet d'optique ; Draco avala une Branchiflore et des branchies apparurent dans son cou.

Enfin, sa métamorphose atteignit son stade final et Arès plongea sous l'eau, désormais sous l'apparence d'un triton. Il avait les doigts légèrement palmés, une grande queue de poisson et surtout, il était capable de respirer sous l'eau, ses poumons transformés afin d'accueillir du liquide. Ce n'était pas une sensation très agréable mais ça avait le mérite d'être efficace. Aussitôt il se dirigea vers les profondeurs.

Au fur et à mesure qu'il avançait, il découvrait des paysages presque oniriques au fond du lac. De grandes forêts de plantes aquatiques ondoyantes qui étaient si sombres qu'il se fit la remarque qu'il pouvait vraiment y avoir n'importe quoi dedans ; des étendues planes et lisses, couvertes d'une herbe mousseuse d'un vert fluo ; des ravines obscures dans lesquelles semblaient remuer des formes gigantesques. Quand il s'approcha, il distingua un Calmar géant, et s'en éloigna aussitôt.

Il cherchait désespérément un signe de vie. Le temps commença à se faire long... Il lança un Lumos Solem assez puissant pour éclairer presque la moitié de l'étendue aquatique et chercha du regard un indice.

Un peu à sa gauche, la Française se cacha les yeux, éblouie par la lumière vive. Des strangulots, des créatures nuisibles mais relativement insensibles, commençaient à l'encercler, ce qui arracha un sourire sadique à Arès.

Puis, finalement, il aperçut un éclat argenté à une centaine de mètres. Aussitôt, il cessa son enchantement et nagea dans cette direction. Comme il l'avait soupçonné, c'était là que se cachaient les Êtres de l'eau. Ils avaient bâti une petite ville, avec des routes, des maisons à étage et des jardins. Un Être de l'eau chevauchait un Kelpi.

'Méfie-toi' lui dit doucement Kismet. 'Je n'ai jamais aimé les sirènes.'

'Celles-là sont bien trop hideuses pour être des sirènes' observa Arès.

'Ne sous-estime pas leur intelligence' le prévint Kismet, retombant aussitôt en état de veille.

Les habitants, en le voyant s'approcher, s'enfuirent dans leurs maisons, d'où ils l'observèrent par des petites fenêtres, leurs yeux jaunes brillant dans l'obscurité. Arès progressa entre les bâtiments jusqu'au centre, une grande place circulaire. Au milieu, attachés autour d'une gigantesque statue en pierre, il distingua un élève de Beauxbâtons - probablement le fameux Pierre, Dimitri et Lyra. Il soupira. C'était encore un coup de Dumbledore… En sachant que Draco était un des autres champions et que sa presque-conquête était plutôt connue du public et qu'il n'avait jamais parlé à l'un des deux sorciers prisonniers, ça voulait dire que le Directeur avait prévu Dimitri comme trophée pour Arès.

A son arrivée, tous les Êtres de l'eau présents s'enfuirent, sauf une dizaine d'entre eux, armés de lances, qui barrèrent la route d'Arès.

"Qui êtes-vous ?" demanda le plus grand d'entre eux, agitant furieusement sa nageoire.

Arès montra ses mains vides en signe de paix. "Je suis un des champions du Tournoi, je viens récupérer le sorcier là-bas…"

"Nous n'attendons pas les sorciers avant encore au moins un quart d'heure" gronda l'Être de l'eau. "Ne me prenez pas pour un imbécile, vous ne pouvez pas être un élève de l'école, une telle métamorphose est bien trop compliquée."

'Je m'en doutais' grogna Kismet. 'Créatures belliqueuses ! Essaye de ne pas les provoquer.'

Arès fit un effort. "C'est parce que je ne viens pas de Poudlard mais de Durmstrang" expliqua-t-il calmement, faisant appel à toute sa patience. Il avait hâte d'en finir.

Les Êtres de l'eau se réunirent et parlèrent à voix basse, jetant quelques regards suspicieux au sorcier-triton qui avait croisé les bras en attente. Quelques curieux réapparurent, sortant des maisons et le regardant fixement.

"Prouvez-nous que vous êtes vraiment un champion" exigea le chef au bout de quelques minutes.

"Comment voulez-vous que je fasse une chose pareille ?! Non, je pense que vous exagérez un peu votre rôle. A moins qu'on n'aie à vous combattre…"

Le chef leva sa lance de manière agressive, bientôt imité des autres. "Vous pourriez très bien être un espion qui profite du Tournoi pour nous attaquer, nous !"

Arès montra les dents. "Laissez-moi passer."

Le chef des Êtres de l'eau agita sa lance et un jet de magie en sortit. Etonné, Arès l'évita de justesse. Il ne savait pas que ces êtres pouvaient faire de la magie.

'Et voilà' soupira Kismet. 'Elles sont vraiment idiotes ces créatures de Poséidon…'

D'autres jets colorés suivirent. Enervé, le jeune sorcier leva les mains et envoya sa magie pure vers les guerriers, sans les toucher, juste pour leur montrer à qui ils avaient à faire. L'idée que ça pouvait être une mauvaise idée ne lui vint pas à l'esprit une seule seconde.

Sa magie tourbillonna dans toute la place, argentée, brillante, lançant quelques éclairs par moment. Les curieux se retirèrent en hurlant. Les guerriers se resserrèrent les uns contre les autres, contemplant le spectacle avec méfiance, puis considérant Arès, la peur inscrite dans leurs traits.

"Merci" fit Arès avec un sourire moqueur en s'approchant de la statue.

Il détacha Dimitri qui était profondément inconscient et nagea vers la surface. Lorsqu'il fut à l'air libre, il dissipa sa métamorphose. Le public tout entier éclata en applaudissements et en cris excités. Dans ses bras, Dimitri remua, puis ouvrit les yeux.

"Hey, beauté" fit le blond avec un sourire charmeur.

Arès eut envie de lui envoyer un poing dans la figure. Il se contenta de lâcher l'autre Odin, qui se mit à nager à ses côtés en direction de la rive.

"C'est plutôt romantique."

"Ferme-là, Krol" gronda Arès.

Mais l'autre continua à sourire. "Tu as l'air grognon. Ça ne se passe pas comme tu veux avec ton Seigneur des Ténèbres ?"

"Tais-toi !" siffla Arès, jetant un coup d'œil à la table du jury qui était à une dizaine de mètres.

Dimitri s'exécuta, le narguant toujours avec ses yeux rieurs.

"Magnifique ! Magnifique !" s'exclamait Verpey en les accueillant sur la rive. "Une tâche parfaitement exécutée en un temps record ! Du jamais vu !"

L'infirmière leur tendit des serviettes, qu'ils refusèrent poliment – les sorts de Séchage n'étaient pas bien compliqués, et ils en avaient déjà lancé à leur sortie de l'eau. Elle se renfrogna et s'éloigna. Les autres juges s'approchèrent d'eux, félicitant poliment Arès, même Madame Maxime qui semblait avoir développé une rancune envers lui. Les yeux de Dumbledore pétillaient. Lennart avait l'air de s'ennuyer ferme.

Arès s'éloigna un peu dans l'attente du verdict final. A son grand désarroi, Dimitri le suivit.

"Tu es bien collant" fit remarquer Arès, posant sa main sur sa baguette dans sa poche.

"Il n'y a pas de mal à profiter de cette occasion" dit-il en haussant les épaules.

Le jeune Black resta silencieux, essayant d'occulter la présence désagréable de ce parasite, ce sale petit-

"Tu ne regrettes toujours pas ton choix ?" tenta Dimitri. Devant le silence qui lui répondit, il soupira. "Tu sais, c'est dommage, nous n'-"

"Il n'y a pas de 'nous'" le coupa Arès. "J'ai tué ton père, tu t'en souviens ?"

Dimitri grimaça. "Toujours aussi buté. Je vois…" Il ménagea un nouveau silence, pendant lequel Arès aperçut Lyra et Draco qui émergeaient du lac. Puis il reprit la parole à mi-voix. "Je me demandais si tu étais au courant pour Voldemort ?"

"Qu'y a-t-il ?"

"Eh bien, il n'est pas très bien dans sa tête" déclara Dimitri. "Il y a des rumeurs qui circulent… A ce qu'il paraît il a payé son immortalité très cher…"

"Qu'est ce que tu en sais ?" se moqua Arès.

"Je ne sais pas ce qu'il a fait pour échapper à la mort, mais il paraît qu'à cause des rituels qu'il a effectué, il devient fou…"

"Et tu écoutes des rumeurs ?!" ricana Arès. "J'espère que tu te rends bien compte que ce que peut faire Voldemort dépasse tout ce qui se dit…"

Il retourna en direction des juges car tous les champions étaient arrivés à présent, mais Dimitri eut le temps de lui lancer une dernière réplique.

"J'espère que tu te rends bien compte de ce que Voldemort peut te faire…"

Autour des juges, c'était l'effervescence. Camille Bonnet tremblait, toute pâle, entre les bras de Pierre. Draco et Lyra, se tenant à deux mètres de distance, s'évitaient soigneusement du regard. Verpey et les autres juges regardaient Dumbledore, penché au dessus de la rive, qui conversait avec un Être de l'eau, le chef des guerriers plus exactement.

'J'espère que ça ne va poser problème' considéra Arès. Kismet grogna affirmativement.

Puis les Êtres de l'eau le pointèrent du doigt. Et Dumbledore se retourna vers lui et lui lança un regard perçant.

'Oh oh' fit Kismet. 'Je crois qu'ils lui ont raconté pour la magie sans baguette.'

Arès se maudit comme jamais. Il venait de livrer sur un plateau d'argent la preuve que Dumbledore attendait, celle qu'il était bel et bien Harry Potter. Le directeur rejoignit les autres juges qui délibérèrent pendant qu'Arès jurait de tous les noms dans sa tête, en anglais, en Fourchelang et en allemand – des insultes qu'il avait apprises avec Dimitri.

"Mesdames et messieurs, voici le résultat de la Seconde Tâche. En prenant en compte ce qui s'est passé au fond du lac, nous avons décidé d'attribuer aux champions les scores suivants. Miss Camille Bonnet qui a très bien utilisé l'enchantement de Têtenbulle n'a malheureusement pas pu échapper aux Strangulots et s'est ensuite perdue. Si le calmar géant ne l'avait pas escorté jusqu'aux Etres de l'eau, elle ne les aurait pas trouvés dans le temps imparti. Elle a cependant ramené son ami. Nous avons décidé de lui donner une moyenne de six points."

Madame Maxime applaudit chaleureusement pendant que dans les gradins, les Serpentard huaient.

"Mr Draco Malfoy, par l'usage ingénieux de la Branchiflore, a réussi à délivrer Miss Lyra Thompson en cinquante-cinq minutes. Malheureusement, il semblerait qu'il ait au passage endommagé une partie de la forêt aquatique." Ludo Verpey marqua une pause, les sourcils froncés. Arès vit Lyra éclater de rire. "Certains membres du jury ont trouvé ceci inconvenant, et donc il obtient neuf points."

Dans les gradins, les Serpentard et les Serdaigle se mirent à applaudir et à taper des pieds. Draco bomba le torse, faisant sourire Arès.

"Et enfin, Mr Arès Black, qui a eu recours à une magnifique métamorphose et très originale, est en plus arrivé après seulement une demi-heure !" Les rangs de Durmstrang applaudirent chaudement. "Il semblerait qu'il ait eu quelques soucis avec les Êtres de l'eau…" A ce moment, Lennart lui lança un regard vide, qu'Arès interpréta comme moqueur. "Nous lui donnons donc neuf points également !"

"Ah, fais attention, Arès, je n'ai qu'un point d'écart avec toi !" fit remarquer Draco.

"C'est pour te laisser espérer décrocher la victoire" le taquina-t-il.

Un peu plus loin, Dumbledore le fixait toujours de ses yeux pétillants.

Lennart arriva à leurs côtés. Draco, un peu méfiant, s'écarta avec Lyra. Arès accueillit son professeur d'un signe de tête, le laissant le raccompagner jusqu'au Navire, insistant pour qu'Arès lui raconte tout. Apparemment Dumbledore n'avait pas du tout donné de détails.

"Des êtres de l'eau ? Franchement, Black. Il va falloir apprendre à garder votre sang-froid. Maintenant Dumbledore sait à coup sûr qui vous êtes. Enfin, que vous êtes Harry Potter ; le reste, je pense qu'il n'en a aucune idée."

Arès grogna. Le reste de l'année promettait d'être une réelle plaie.

-OoO-

Il n'avait pas sous-estimé la situation. Il s'en rendit compte lors de sa leçon suivante avec Dumbledore.

"Mr Black" l'accueillit le directeur en le fixant par-dessus ses lunettes en demi-lune. "Asseyez-vous, je vous en prie."

Arès rassembla une dernière fois ses boucliers d'Occlumancie. D'extérieur il semblait impassible, pourtant des milliers d'inquiétudes tournoyaient dans son esprit.

"Aujourd'hui j'aimerai qu'on aborde les prémices de l'Alchimie à proprement parler" commença Dumbledore après lui avoir offert du thé. "C'est un peu ambitieux mais je ne doute pas de capacités à réussir. Vous pouvez sortir votre baguette."

Arès s'exécuta, intrigué. C'est la première fois qu'ils allaient faire de la pratique.

Dumbledore se leva et apporta sur le bureau un instrument argenté qu'Arès ne reconnaissait pas. C'était une grande cloche transparente entourée d'une dentelle métallique ; au milieu de la cloche flottait un brouillard sombre.

"Pouvez-vous me rappeler la première étape du cheminement en Alchimie ?" exigea Dumbledore.

"Il s'agit de l'œuvre au noir" répondit aisément Arès. "Il faut descendre au plus profond de la matière afin d'y retrouver la vibration lumineuse qui permet de la modifier."

"Exactement. C'est ce que nous allons faire aujourd'hui. Approchez-vous et pointez votre baguette sur le globe." Arès fit comme il lui était demandé sans se poser de questions. "Bien. Maintenant, focalisez votre attention sur la matière ; dans notre cas il s'agit de cette fumée. Sentez ses moindres atomes, ses électrons qui s'agitent, chaque particule toujours en mouvement."

Cela prit plusieurs dizaines de minutes. Connaître la théorie était une chose ; maîtriser la pratique en était une autre. Finalement Arès sentit. C'était comme si sa baguette vibrait très légèrement, et en réponse il sentait sa propre magie y répondre, cherchant à s'échapper librement. Il la retint fermement.

"C'est maintenant que ça devient délicat" expliqua Dumbledore. "Vous devez avoir une image précise de ce que vous voulez, disons, de l'eau. Il faut demander à la matière de changer de nature en en changeant les vibrations afin de réorganiser les particules. Un tout petit peu à la fois. Attention, car même si la cloche nous protège, si vous y allez trop fort, tout va exploser."

Arès se concentra sur la magie pure qui pulsait en lui, se représentant la texture, la transparence de l'eau. Puis, délicatement, comme le directeur lui avait expliqué, il laissa une toute petite portion de magie aller dans sa baguette, qui se mit à vibrer entre ses doigts. Une petite impulsion plus tard et là ou un instant avant il y avait eu de la fumée noire, il y avait à présent de l'eau claire qui brillait dans la lumière.

Dumbledore sourit. "Parfait, Mr Black."

De son côté, Arès était sur un petit nuage. Ça n'avait rien à voir avec les métamorphoses qu'il effectuait d'habitude. Là, il avait eu l'impression d'avoir le pouvoir de recréer complètement le monde entier.

"Ce n'était que la première étape, mais c'était prometteur" observa le directeur en rangeant le globe. "Vous n'avez pas hésité une seule seconde."

"Merci, Professeur."

"Nous allons continuer ce genre d'exercices pendant quelques temps. Avec la cloche, j'ai moins à m'inquiéter des erreurs que vous pourriez faire." Ses yeux brillèrent. "Cela prendra plusieurs mois, ou années, avant que vous puissiez faire de telles choses sans cloche et sans baguette. La baguette permet d'affiner la magie que l'on utilise et de la focaliser plus facilement sur un point en particulier. Normalement, seuls les Maîtres avancés arrivent à faire de l'Alchimie sans baguette mais votre cas est un peu différent. Quelque chose me dit que vous serez même plus agile sans baguette."

Dumbledore lui fit un clin d'œil. Arès haussa les sourcils. Kismet gronda, enfin, pour lui c'était un éclat de rire.

"Allez, Ha-" le directeur marqua une pause, yeux écarquillés. Il ne pouvait pas encore le désigner ouvertement comme Harry Potter, à cause des enchantements dus à l'adoption magique. Même s'il l'avait, techniquement, déjà appelé Harry Potter – à Paris – à ce moment-là Arès était soit invisible, soit déguisé, ce qui faisait qu'il n'était pas vraiment Harry Potter. Compliqué, mais efficace. "Arès" réussit enfin à articuler le Directeur. "Bonne nuit. Repose-toi bien, nous avons encore beaucoup de choses à voir ensemble."

Après ce triple sous-entendu, le vieux sorcier lui refit un clin d'œil. Arès se retint de justesse de lever les yeux au ciel. Le point positif était que Dumbledore ne semblait pas avoir fait un lien entre lui et la mort soudaine de Ginny Weasley, dont les obsèques avaient dû avoir lieu en dehors de l'école pendant les derniers jours des vacances et dont peu de monde parlait.

-OoO-

Les ténèbres l'enveloppèrent, des ténèbres si épaisses qu'il pouvait sentir leur existence contre sa peau. Il se laissa aller.

"Anathème" fit un souffle.

Des centaines d'écho répétèrent cet appel.

Il ouvrit les yeux. Il était dans la Plaine d'entre les mondes, le seul endroit où le monde des vivants et celui des dieux communiquait. Plus loin, sur l'eau, les Faucheuses venaient cueillir les âmes pour le grand voyage, glissant silencieusement dans les barges.

"Anathème" le souffle répéta.

Il se retourna. Meir se tenait là, silhouette tremblante.

Il avait été connu sous beaucoup de noms quand il vivait parmi les humains. A présent, le Néphilim n'avait que son vrai nom. Meir Sunhus, le roi.

Ses yeux avaient été guéris. Son corps ne portait pas de marques de la torture qu'il avait subie. Encore une fois. Heureusement qu'il était toujours guéri, sinon le Néphilim aurait tellement de cicatrices qu'on ne verrait même plus sa peau.

Il souffla, soulagé de le retrouver.

"Anathème" continua le souffle désincarné, prononçant encore une fois la sentence. Il l'ignora.

Il prit Meir dans ses bras, fier de sa création.

"Je te promets" dit-il, "que tu connaîtras l'harmonie."

Le Néphilim ferma ses yeux intelligents. La douleur commençait à se faire ressentir. Il ne pouvait pas rester beaucoup plus longtemps hors de la Caverne des Soupirs.

"Et ces humains que nous avons choisi t'écouteront comme il m'écoutent. Encore deux mille ans, tout au plus, et toute cette Œuvre au Noir aura servi à quelque chose."

Meir commença à trembler. Soupirant, Hylil apposa sa main contre le front du Néphilim et l'envoya chez lui.

Dans moins de deux mille ans, se promit-il à nouveau en se penchant au dessus du monde des vivants. Et ce sera tout là-bas que ça se passera.

Il saisit un pion blanc dans son échiquier géant et mouvant et l'avança. Puis il saisit un pion noir et l'avança à son tour, mettant les deux côtés à égalité.

-OoO-

Il s'écoula presque un mois sans évènement notoire. Arès, souvent parti pour la nuit chez Voldemort, restait attentif aux mouvements de Dumbledore. Grâce au Retourneur de Temps, même s'il partait la nuit entière, il était absent deux ou trois heures tout au plus.

Le directeur faisait profil bas, semblait-il. Cela faisait plusieurs mois qu'il n'était pas parti à la recherche d'un Horcruxe. Il n'avait pas fait de nouvelles allusions à Arès sur son identité cachée. C'est pourquoi quand son collier enchanté, lié au sort du diadème caché dans la Salle sur Demande, se mit à chauffer, qu'Arès eut du mal à comprendre tout de suite ce qu'il se passait.

Jurant, il attrapa sa baguette, le Retourneur de Temps. Il renonça à prendre Tyrfing, qui était bien trop encombrante. Il parcourut la pelouse qui menait du Navire à Poudlard au pas de course, sous le regard étonné de quelques étudiants. On était en plein dimanche après-midi, pourquoi Dumbledore avait choisi ce moment-là pour agir ?

En entrant dans le château, il se calma. Il devait être un peu plus discret, sinon il attirerait de drôles de questions. Il se jeta une batterie de sorts de silence, de discrétion, et autres choses apprises des techniques d'espionnage des Vidar. Ce faisait, il progressait le plus vite possible vers le septième étage.

Quand il arriva au détour du fameux couloir, il stoppa net. Dumbledore refermait la porte de la Salle, tenant un paquet entre ses mains d'où s'échappait la magie de l'Horcruxe ! Arès se plaqua contre le mur, retenant sa respiration, alors que Dumbledore passait devant lui sans le remarquer. Il attendit un peu après qu'il ait disparut après l'angle du couloir voisin pour souffler.

Il traqua le directeur jusqu'aux gargouilles qui menaient à son bureau et vit sa cible disparaître dans l'escalier en colimaçon. Il ne pouvait pas aller plus loin sous peine de devoir affronter ouvertement Dumbledore, et pour ça il était bien trop tôt. Stratégiquement, il devait s'en tenir au plan prévu avec Voldemort. Mais que faire ? Il ne doutait pas une seule seconde que le directeur de Poudlard trouverait rapidement une solution pour détruire l'horcruxe, si ce n'était pas déjà fait. Il était peut-être même en train de le détruire au même moment !

Arès pesta. Il lui fallait un plan, et vite. Il fallait qu'il détourne l'attention de Dumbledore pour aller récupérer le diadème. Que pouvait-il faire ? Qu'est-ce qui serait assez important pour que Dumbledore quitte son bureau ?

Si Voldemort faisait un raid avec tous ses Mangemorts et qu'il se montrait, il était probable que le vieux sorcier aille lui-même tenter de l'arrêter mais cette solution était hors de question. Déjà, ça aurait été admettre son impuissance à Voldemort, et puis réunir tant de combattants en un clin d'œil… c'était juste inconcevable.

Il se dirigea vers le Navire, le temps de mettre quelque chose au point. Il vit du coin de l'œil Dimitri et Aleksandr Volkov assis dans l'herbe. Un plan commençait à se former dans sa tête. Bien entendu, il n'allait pas demander à Lennart de faire quelque chose, après tout, celui-ci avait bien montré que l'Aube Dorée n'appréciait pas l'idée qu'Arès soit du côté de Voldemort… Peut-être qu'avec l'aide du Sol Niger, en revanche…

Il contacta ses amis. En moins d'un quart d'heure après la catastrophe, ils étaient tous prêts, réunis dans une salle hautement protégée dans le Navire.

"Que se passe-t-il ?" s'inquiéta Lyra devant l'agitation d'Arès.

"Dumbledore a prit quelque chose" expliqua-t-il. "C'est un objet très important et je dois le récupérer à tout prix. J'ai besoin que deux d'entre vous fassiez diversion pendant que j'entre dans son bureau."

"Hein !" fit Anvald, les yeux écarquillés.

"Mais…" souffla Malvina.

Quelques autres commencèrent à protester. Ludwig leur jeta à tous un regard noir et ils se turent. Puis il se tourna vers Arès. "Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse, exactement ?"

"Je veux que Chloé et toi provoquiez Krol et Volkov en duel."

Il y eut un battement.

"Mais comment veux-tu qu'ils les battent, ces deux là sont des machines à tuer !"

"On n'a jamais su jusqu'où Volkov irait dans un vrai duel !"

"Dimitri est entraîné comme un Seigneur des Ténèbres !"

"Si on fait ça, ça ne va pas provoquer une guerre ?" s'inquiéta Ludwig.

Les autres se turent et écoutèrent attentivement. "Non" promit Arès. "Pour que ça devienne une guerre, il aurait fallu que Dimitri se révèle publiquement, et je crois qu'il ne compte pas faire ça tout de suite. Tout comme, officiellement, le Sol Niger n'existe pas."

"De quoi parlez-vous ?" s'intéressa Othman.

Lyra hocha la tête avec appréciation. Elle était la seule à qui Arès avait parlé de la véritable identité de Dimitri. Ludwig avait deviné par lui-même, ce qui n'était pas très étonnant ; si quelqu'un devait deviner ce genre de choses, c'était bien Ludwig. Arès se promit d'en parler à tout son Elite dès que cette histoire sera réglée.

"Ce sera juste un duel de couloir, en somme" observa Ludwig.

"Oui, mais un duel de couloir sûrement plus violent que d'habitude, compte tenu de leur entraînement bien supérieur à l'étudiant moyen de Durmstrang" intervint quand même Arès. Il n'allait pas les laisser tout emplis de confiance en eux pour aller provoquer Grindelwald, les conséquences pourraient être désastreuses. "D'ailleurs, n'hésitez pas à être créatifs : le but est d'attirer l'attention au maximum et de forcer Dumbledore à intervenir. Si vous êtes assez bruyants, tout Poudlard viendra vous voir. Lennart n'interviendra pas." Les professeurs n'intervenaient jamais. "Ça rendra les autres Directeurs fous furieux, et avec un peu d'exagération de votre part, ils jugeront les autres élèves en danger et demanderont à Dumbledore de faire quelque chose."

Chloé hocha la tête. La Française était en huitième année d'études, en train de finir deux maîtrises à la fois en Magie Noire et en Duel, et en plus elle suivait les cours de Sanguimancie, la magie du Sang, qui était principalement utilisée pour les sorts de Protection entourant les bâtiments. Elle était brillante et une duelliste réputée. Elle donnerait du fil à retordre à Grindelwald. Ludwig était aussi très bon, mais il était aussi celui qui avait l'étendue de maléfices la plus variée. Il saurait comment attirer l'attention sans avoir à verser dans une magie trop illégale.

Quelques minutes plus tard, après que les deux aient concocté un plan d'action, ils sortirent sur la pelouse qui s'étendait entre le lac et le château. Le reste du Sol Niger resta en retrait, simples spectateurs.

Malgré le froid du mois de février, une grande partie de la population poudlardienne étaient dans le parc. C'était une des premières journées ensoleillées et l'air sentait le printemps.

"KROL !" appela Chloé, ses cheveux roux flottant derrière elle comme un étendard. L'interpellé se leva aussitôt, flanqué par son acolyte atypique. "DUEL ! DEUX CONTRE DEUX !"

Arès les observa de loin alors qu'ils se mettaient tous en position à une vingtaine de mètres de distance, Dimitri adressant un sourire carnassier aux alliés de celui qui l'avait trahi. Il ne doutait pas une seule seconde que ce duel resterait longtemps célèbre dans les couloirs de Durmstrang, porté par les rumeurs. Il espérait seulement qu'il n'y aurait pas de graves dommages. Volkov était réellement un grand sadique, il était capable de tuer Ludwig ou Chloé sans se préoccuper des conséquences…

Tous ceux qui prenaient le soleil paisiblement quelques minutes plus tôt avaient sauté sur leurs pieds et formaient maintenant un grand cercle autour des duellistes. Arès observa les premiers échanges de sorts puis s'éclipsa, glissant facilement en mode espion.

Dans le château, les gens se pressaient aux fenêtres. Des exclamations retentissaient de part et d'autres. Ils n'avaient visiblement pas l'habitude d'un tel spectacle. Poudlard et Beauxbâtons étaient des écoles pacifiques qui protégeaient leurs élèves. A part les rivalités entre Maisons, il n'y avait presque jamais de conflits, et ceux-ci restaient inoffensifs, sorts de chatouilles et autres choses de ce genre. Mais à Durmstrang le duel était porté au stade d'art. Au sein de l'école, il était possible d'utiliser même la magie la plus illégale… tant qu'il n'y avait pas de mort. Les professeurs étaient pour quelques uns contre cette pratique, mais d'autres l'encourageaient fortement, comme Lennart ou Rasmussen, prônant leur efficacité pour faire de leurs élèves des sorciers compétents et aguerris. La violence montait rapidement. Très bientôt, les professeurs commenceraient à s'inquiéter.

Arès attendit presque cinq minutes devant les gargouilles avant que Dumbledore ne sorte en trombe, baguette à la main. Il se colla contre le mur, se fondant dans le paysage, sans se faire remarquer. Il laissa quelques poignées de secondes s'écouler afin que le directeur soit assez loin et il s'entoura de sa magie pure, devenant entièrement invisible, ses perceptions accrues.

Entrer dans le bureau lui était très facile, désormais. D'un sort, il plongea les portraits dans un sommeil profond. Puis il se mit à la recherche de l'Horcruxe.

Il décela la magie si caractéristique de Voldemort dans un des tiroirs du bureau de Dumbledore. Il jura. C'était le fameux tiroir si bien enchanté qui contenait aussi la Cape d'Invisibilité ! Silencieusement, avec milles précautions, il essaya de démanteler en douceur les protections, sans succès. Ça prendrait trop de temps. Il ne savait pas combien de temps ses amis arriveraient à retenir Dumbledore, mais ça faisait au moins un quart d'heure qu'il était dans le bureau, il ne pouvait pas se permettre de rester plus longtemps.

Avec un nouveau juron, il se résolu à faire comme il avait fait à Paris, c'est-à-dire anéantir complètement les protections. Ce n'était pas discret du tout mais au moins le diadème serait à nouveau en sûreté. Il influa sa magie dans les couches d'enchantements et tira un coup sec. La magie explosa en un éclair de lumière blanche. Aussitôt, un instrument argenté posé sur une étagère se mit à siffler.

Arès ouvrit le tiroir, attrapa le diadème. Ses doigts se posèrent sur la Cape. Devait-il la prendre ou pas ? Il n'avait jamais réfléchi à l'intérêt de prendre toutes les Reliques de la Mort. L'instrument siffla plus fort. Il fallait qu'il parte. Il prit les deux objets et dévala les escaliers à toute vitesse, toujours invisible. Il croisa Dumbledore, baguette levée, qui ne pouvait pas le voir… mais qui pouvait sentir sa magie. Arès, retenant son souffle, ralentit pour marcher calmement, gardant sa magie au niveau le plus faible de puissance… et lorsqu'il dépassa l'angle du couloir voisin se remit à courir à toute vitesse.

Jamais le chemin jusqu'au Navire ne lui avait semblé aussi long. Il ne prêta pas attention au raffut qui faisait suite au duel, des personnes criant, une autre couchée par terre. Il alla jeter la Cape dans ses affaires, la protégeant lourdement, puis il lança de la Poudre de Cheminette dans l'âtre du Navire, sautant dans les flammes vertes…

… Et atterrit dans un plongeon disgracieux sur le tapis épais du bureau de Voldemort, à ses pieds même.

"Black, on ne t'a jamais appris qu'il faut entrer doucement dans une cheminée ?" se moqua le Seigneur des Ténèbres.

Arès lui tendit le diadème sans relever la remarque. La réaction du propriétaire de l'Horcruxe ne se fit pas attendre. Il saisit le diadème, fusillant Arès du regard.

"Tu étais censé les conserver bien cachés !" siffla-t-il.

"Dumbledore a réussi à le récupérer. Je n'allais quand même pas le laisser le détruire" se justifia Arès.

Voldemort posa le diadème sur le bureau. "Je t'avais dit de te méfier."

"Eh bien, je reconnais qu'il a réussi à m'avoir pour cette fois-ci. Mais ça n'est pas bien grave, puisque maintenant l'Horcruxe est en sûreté.

Le Seigneur des Ténèbres le considéra avec froideur.

Arès, qui s'était relevé, s'approcha à nouveau de la cheminée. "Je ne peux pas rester plus longtemps, la situation est critique à Poudlard. Ça ne se reproduira plus" promit-il pour finir. Et il enjamba le rebord de la cheminée, disparaissant à nouveau.

Voldemort regarda le diadème qui brillait sur la table en bois sombre. Il était peut être temps de rassembler les Horcruxes en un lieu sûr.

-OoO-

Décidément, avoir un Retourneur de Temps était bien utile. Arès en fit bon usage, retournant d'une heure dans le passé. Lorsqu'il sortit du Navire, Chloé et Ludwig étaient tout juste en train de provoquer Dimitri et Volkov. Il rejoignit les rangs du Sol Niger, qui regardaient l'affrontement à une bonne trentaine de mètres.

Lyra parut étonnée. Arès ne fit pas de commentaires.

"Il faut que quelqu'un les arrête !" cria-t-on un peu plus loin.

Hermione Granger, la Née-Moldue, vociférait à l'égard de ses camarades de classe, qui l'ignoraient soigneusement. Elle se dirigea alors d'un pas décidé vers les duellistes. Arès, craignant le pire, l'intercepta.

"Ne t'en mêle pas" conseilla-t-il, un peu inquiet à l'idée qu'elle se fasse blesser, ou tuer, par erreur.

"Ce n'est pas à toi de me dire ce que je ne dois pas faire, Arès Black !" sermonna-t-elle, sortant sa baguette. "Petrificus totalus !"

Arès bloqua le maléfice d'un simple bouclier. "Tu ne comprends pas, Granger ! Si tu t'approches, tu peux te prendre un sort perdu ! Et je t'assure qu'ils n'en sont pas aux Jambencoton !"

Chloé, un sourire ravi au visage, lançait les pires maléfices de torture qu'elle connaissait, évitant soigneusement ceux qui provoqueraient des blessures mortelles. Mais c'était déjà un peu plus que ce qu'Arès avait recommandé. Visiblement, elle se prenait bien au jeu. Un maléfice de Souffrance réussit à atteindre Dimitri, qui hurla comme un possédé. Pas tout à fait aussi grave qu'un Doloris mais déjà plutôt illégal.

Hermione poussa un petit cri. "Il n'y a pas le droit de faire de la magie noire en Angleterre" protesta-t-elle, cherchant à le contourner.

"Ah oui ? Et comment font ceux qui n'ont que de la magie noire, ceux qui sont de vrais mages noirs ?" interrogea Arès. "Ils déménagent ?"

Elle le fusilla du regard. "Tout le monde a le choix. Ils ne sont pas obligés de ne faire que de la magie noire !" Elle croisa les bras et prit un air buté. "C'est des gens comme toi qui salissent la réputation des mages noirs en faisant croire qu'ils ne peuvent pas faire de la magie blanche comme nous tous. Pas comme Dimitri ! Lui au moins il ne s'abaisserait jamais à faire de la magie noire, il n'a pas laissé votre école de Mangemorts lui laver le cerveau !"

Hermione se croyait grande amie avec Krol. Arès cligna des yeux puis éclata de rire. Il rit tellement qu'il en pleura. Puis il se calma et la considéra avec gravité. "Ne crois pas un seul instant connaître Dimitri Krol" la prévint-il, appuyant chaque syllabe. "C'est un fin manipulateur."

Elle ne semblait pas d'accord avec lui et allait riposter mais à ce moment Dumbledore arriva, et d'une vague de lumière blanche sépara les duellistes, qui se retrouvèrent assis par terre, sonnés.

"Un tel comportement est inadmissible !" vociféra McGonagall. "Vous vous comportez comme des animaux ! Vous n'avez pas honte de montrer à tel spectacle à des plus jeunes que vous ?"

Les quatre avaient sauté sur leurs pieds. Ludwig avait l'air de s'ennuyer ferme, Chloé cachait – très mal – un rictus sardonique, Volkov fronçait les sourcils et Dimitri… Dimitri fixait Arès, hilare. 'Quel petit cafard…' le maudit le jeune Black.

"Enfin, Professeur Lennart, faîtes quelque chose !" supplia finalement McGonagall en se tournant vers le susnommé – qui haussa les épaules.

"Nous avons une façon un peu différente de voir les choses à Durmstrang" fit-il avec son ton monocorde et froid. "Ces élèves ne méritent pas de punition particulière et s'ils désirent reprendre leur duel, je ne les empêcheraient pas."

Des murmures s'élevèrent dans l'assemblée, qui écoutait l'échange avidement.

"Mais vous n'êtes pas à Durmstrang, ici" énonça puissamment Dumbledore. Les murmures se calmèrent aussitôt. "Vous êtes à Poudlard et vous en respecterez les règles, et ce jusqu'à votre départ à la fin de l'année."

Lennart l'assassinat du regard de ses yeux glacés. Arès et tous les autres élèves de Durmstrang grimacèrent, sachant que ce qui allait suivre n'allait pas être joli.

"Ce n'est pas parce que vous surprotégez vos chers élèves qu'ils sont plus en sécurité, vieux fou !" éclata-t-il. "Il y a une guerre au dehors ! Leur faire croire que tout va bien et qu'il ne peut rien leur arriver, ce n'est pas leur rendre service, bien au contraire ! Je sais que le gouvernement britannique a l'habitude de faire l'autruche" et à ce moment Lennart eut un éclat de rire, "mais au moins notre école à nous est indépendante de toute politique et nous comptons bien donner toutes les chances de survie à nos élèves. Durmstrang ce n'est pas seulement une école, c'est un art de vivre, et tant que vous n'aurez pas compris l'utilité de les laisser régler leurs comptes comme ils le veulent, vos élèves ne s'endurciront jamais et ils ne seront que de la chair à canon dans les années à venir ! Enfin, si cela vous dérange qu'ils voient ce que c'est qu'un véritable combat où on met sa vie en danger, pas comme dans ce Tournoi de pacotille -" là son rictus devint effrayant "- nos duellistes vont aller régler ça ailleurs… mais n'espérez pas une seule seconde que je les punisse pour se comporter comme de futurs combattants !"

Sur ce Lennart pivota, faisant bouger la longue épée à ses côtés qui restait la plupart du temps inaperçue, arrachant des exclamations stupéfiées – et fit signe à tous ses élèves de le suivre vers le Navire. Arès adressa un sourire en coin à Hermione Granger, qui semblait outrée, avant d'emboîter le pas à son professeur.

"La diplomatie, vieil homme, vous connaissez ?" demanda-t-il à mi-voix alors qu'ils s'éloignaient.

"Hmmm. Laissons tout cela macérer dans la tête de ces gamins" fit Lennart, l'œil brillant de malice. "Peut-être qu'ils vont se poser les bonnes questions."

Dimitri les rattrapa et vint marcher au coude-à-coude entre eux, se faufilant dans le petit espace. Lennart posa subrepticement la main sur la garde de son épée et Arès se tendit.

"Pas mal, tes petits soldats" apprécia Grindelwald. "Je m'incline, pour cette fois en tout cas. On ne voudrait pas que ça dégénère, hmmm ?" Arès l'ignora, regardant droit devant lui. "Je me demande quelle était la raison de ce petit spectacle… jaloux de la Née-Moldue ?"

La magie d'Arès gronda autour de lui et Dimitri se retira précipitamment, provoquant les sourires des membres du Sol Niger. Seul Arès ne souriait pas. Il se demandait ce que manigançait Dimitri avec Granger car cela ne présageait rien de bon…

-OoO-


Note : Voilà, c'était le dernier chapitre "normal" des Plumes… Je vous annonce à grand regret que cette aventure est bientôt finie… Il ne reste plus que trois chapitres et l'épilogue. MAIS ! il y aura bien sûr une suite. J'ai bon espoir de finir les Plumes avant fin septembre. Ensuite la séquelle racontera le déroulement d'un an et demi, je pense qu'il faudra au moins 300 000 mots. Bref, on n'est qu'à la moitié!