Bonjour à tous,

Les plus pressés d'entre vous vont finir par me haïr. Vous devinez pourquoi ? Dans le fond, cette fanfic n'est qu'une excuse pour écrire de la vie quotidienne, des introspections, et ce que je pense être les réactions des héros face à certaines situations plus ou moins anodines. Vous l'aurez compris, cette semaine nous regardons vivre les Snowkids. En ce qui me concerne, le peu d'enjeux ne m'empêche pas d'adorer ce chapitre. J'espère que ce sera aussi votre cas.

Sur ce, bonne lecture.


Chapitre 26 :

Au Milieu des Étoiles

Alors que la navette a quitté Akillian depuis quelques minutes, Anna et Devon pressent leurs visages émerveillés contre l'une des grandes fenêtres du salon des passagers. Ledit salon est moins luxueux qu'on pourrait s'y attendre pour un transport destiné aux plus grandes stars de la galaxie. Il consiste en une grande pièce allongée entièrement vide si l'on excepte les confortables banquettes bleues électriques qui courent le long de chaque paroi. Le plafond est recouvert d'innombrables néons LED à l'éclat blanc bleuté, dont le placardage n'est interrompu que par les éléments de structures qui entrecoupent également les vitres. Mais les shandahaariens restent aveugles à la simplicité du vaisseau, captivés qu'ils sont par le spectacle qu'ils ont sous les yeux.

Akillian se réduit à vue d'œil, son bleu glacial peu à peu englouti par les ténèbres du vide sans fin qui les entourent. Pourtant, ce noir est … resplendissant. Des myriades d'étoiles étincellent de tous côtés, des taches de lumière, minuscules et omniprésentes. Leur concentration erratique donne naissance à des nuances qu'ils n'auraient pas cru possible d'observer dans un ciel, aussi immense puisse-t-il être. Et dieu sait que, pour eux qui ont passé la majeure partie de leur vie dans un environnement défini par ses cloisons, cette immensité leur provoque une certaine ivresse.

« Vous êtes trop choux. »

Mei fait ce commentaire avant de s'asseoir à côté d'Anna, bientôt rejointe par la petite sœur de Sinedd, qui papillonnent de tous côtés depuis qu'ils ont décollé.

« Pourquoi tu dis ça ?

- Tu poses vraiment la question ? Même les yeux de Sonja ne brillent pas autant que les vôtres.

- Mais c'est normal ! s'exclame joyeusement cette dernière. Les étoiles on peut les voir de partout ! Moi, ce que je veux, c'est voir le Genèse !

- C'est vrai que c'est un spectacle autrement plus impressionnant, » confirme Mei avec un petit rire.

Anna retient de justesse un soupir de dépit, notamment parce qu'elle croise le regard pétillant de son frère. Il sait très bien ce que ces commentaires lui inspirent. Alors il la devance et griffonne rapidement :

Vous êtes déprimants ! Vous avez l'occasion de contempler l'univers tout entier, et la seule chose qui vous intéresse c'est ce gros tas de métal flottant !

Mei semble amusée par sa répartie, mais Sonja s'exclame avec passion :

« Mais c'est là qu'ont eu lieu toutes les Cups ! C'est là que mon grand frère a fait gagner les Snowkids !

- Mince Sinedd, qu'est-ce que t'es encore allé raconter à ta mignonne petite sœur ? »

Micro-Ice s'attire le courroux de ladite petite sœur qui lui tire une langue toute rose avant de reprendre son laïus sur les talents de son modèle de grand frère, et malgré ce discours si enflammé sur la magnificence du Galactik Football, Anna est bien obligée de reconnaître qu'elle la trouve adorable.

« Pourquoi tu parles pas de moi avec autant d'admiration ? signe Devon, avec des yeux de chiens battus.

- T'es pas assez connu ! » répond-elle en riant, sous le regard intrigué de Mei.

Mais avant qu'elle ait pu lui expliquer la question, un Devon scandalisé se précipite sur elle pour lui ébouriffer les cheveux.


« Toujours pas fatiguée de scruter le ciel ? »

Toujours agenouillée sur la banquette pour faire face à l'immensité derrière les fenêtres, Anna se tourne vers Tia, qui vient s'installer à sa gauche entre elle et Mei. Sur sa droite, Devon a commencé une partie de cartes avec Mark et Micro-Ice depuis un peu de temps déjà.

« Jamais. Je sais que pour vous c'est disproportionné. Mais Shandahaar est une planète souterraine. Des ciels comme ça, je n'en ai encore jamais vu. D'autant que la navette qui nous a amenés sur Akillian était loin d'atteindre ce standing, elle n'avait pas de fenêtres. Tu n'imagines pas à quel point j'ai été déçue quand je m'en suis rendu compte…

- C'est Mei qui a raison, t'es trop mignonne, avec ça.

- Oulah, va falloir arrêter, j'ai déjà assez de mon grand frère pour me répéter à tout bout de champs que je suis adorable !

- Eh bien il fallait y penser avant ! intervient subitement Mei, en mettant de côté l'holomagazine qu'elle épluchait. En entrant dans l'équipe, tu es devenue notre petite sœur à tous !

- Misère.

- Enfin, presque tous. »

La shandahaarienne regarde sans comprendre l'expression entendue que prend la diva des Snowkids.

« Je sais que j'ai un problème avec D'Jok, rétorque-t-elle finalement, un peu dubitative, mais bon, je fais ce que je peux pour ne pas rajouter de l'huile sur le feu, je vous assure. »

À sa grande surprise, les deux joueuses ont l'air déconcertées par sa réponse.

« Je pensais pas vraiment à D'Jok, confirme Mei.

- …Sauf si tu faisais allusion à Gauvin, pour lequel j'aurais évidemment le rôle de l'aînée, je ne te suis pas du tout. »

La défenseure échange un regard un brin embêté avec sa capitaine avant de reprendre :

« Ben… Thran ?

- Thran ? Qu'est-ce que tu racontes ? répond Anna en riant. S'il y a un Snowkid qui me considère comme sa petite sœur d'adoption, c'est bien Thran !

- …Tu veux dire qu'il n'y a rien qui se passe entre vous deux ? demande prudemment Tia.

- Heu… Non ? Sérieusement, on s'entend juste bien. Je vois pas ce qui a pu vous donner une autre impression. »

Mei hausse les épaules, apparemment un peu déçue.

« Ben vous passez beaucoup de temps ensemble…

- Ouais, je suppose. Je te le dis, on s'entend bien. En ce qui me concerne, je suppose que c'est mon meilleur ami.

- Qui c'est, ton meilleur ami ?

- Tiens ben, quand on parle du loup ! »

Justement, Thran s'approche tranquillement des trois jeunes femmes, sa console dans une main, une curiosité tranquille sur le visage.

« Qu'est-ce que tu viens faire ici ?

- Simple, j'ai besoin de ton aide. Azrael est sur le point de m'écraser et Ahito dort comme une masse. Alors je ne peux compter que sur toi pour pouvoir ressortir mon excuse de fratrie turbulente. Pourquoi tu me fusilles du regard, Mei ? »

Anna et Tia éclatent de rire de concert devant la confusion du défenseur, que sa coéquipière contemple avec un dédain simulé.

« Figure-toi que ces demoiselles s'étaient mises en tête que nous partagions une romance secrète et ardente, » explique la shandahaarienne.

Les derniers espoirs de Mei volent en éclat quand Thran s'esclaffe avec une spontanéité désarmante.

« Tu es désespérant. Passe encore pour Ahito, je sais qu'il vit une histoire d'amour torride avec son oreiller, mais je pensais qu'on aurait enfin de quoi potiner à ton sujet.

- Eh ben, tu m'en vois désolé. »

La brune se contente de pousser un soupir à fendre le cœur avant d'avoir une nouvelle inspiration :

« Ok, pour Thran, j'abandonne. Mais toi Anna.

- Au secours.

- Si tu devais choisir un Snowkid ?

- Je veux un avocat.

- Refusé. »

La jeune femme lève les yeux au ciel, mais dans le fond, elle est plutôt amusée par la discussion.

« Bon. Si j'étais obligée d'en choisir un… Probablement Micro-Ice.

- On m'appelle ? »

Interpellé par son nom, le petit brun lève la tête et tire au passage Mark et Devon de leur concentration.

« Ben Mei m'oblige à choisir avec quel Snowkid je voudrais vivre une idylle.

- Et c'est pas Thran ?

- Mais non, enfin ! Pourquoi vous pensez tous ça ?

- Oui, alors, je suis très content qu'on soit d'accord là-dessus, mais si tu pouvais réagir de façon un peu moins véhémente, je t'en serai reconnaissant. »

Croisant l'expression amusée de Thran, Anna lui envoie un coup de poing amical dans le bras, avant de se tourner vers le calepin que s'est empressé de brandir Devon :

Interdiction de faire ce genre de supposition, vous tous ! Anna ne se mettra jamais en couple, et gardera son cœur tout entier pour son grand frère chéri !

Mais Mei ne se laisse pas démonter par le regard de reproche que ses questions viennent de lui attirer, et enchaîne avec un sourire en coin :

« Ok, dans ce cas, qu'en est-il de toi beau brun ? Quel Snowkid voudrais-tu prendre dans tes filets ? »

Pris de court, Devon repose son calepin et suçote pensivement son stylo sous six regards curieux. Puis il écrit finalement :

Je dirais Sinedd.

« Oh, je vois, on se défile. C'est parce que ne veux vexer aucune de nous deux que tu désignes mon petit-ami ? » rétorque Mei avec un sourire amusée.

Mais Devon hausse les sourcils, surpris de sa réponse, et adresse un signe à sa petite sœur.

« Heu, désolée de te décevoir Mei, mais Dev est bisexuel. Enfin, si ça peut te rassurer, mon frère a beau être un tombeur, je ne pense pas que tu aies trop de soucis à te faire. »

La révélation laisse Mei muette. Une rougeur inhabituelle lui monte aux joues tandis qu'elle digère l'information.

« Désolée, je… enfin, je n'y avais pas pensé… » bafouille-t-elle.

Mais Devon balaye de la main devant lui, faisant signe qu'elle n'a pas à s'inquiéter de sa réaction précédente. Soulagée, sa contenance déjà retrouvée, elle ajoute avec un sourire moqueur :

« Mais ne t'avise pas de t'approcher de mon mec. »


« Ça y est ! C'est le Genèse ! »

Sous le regard amusé de ses aînés, Sonja se met à bondir dans tous les sens dès l'instant où le stade mythique apparaît à sa vue. Curieuse, Anna regarde à son tour ce monument humain célébré de tous. Et constate avec surprise que, sans la moindre mauvaise foi, elle le trouve absolument hideux. L'Étoile à six branches, creusée en son centre pour accueillir le fameux stade, est peut-être un prodige technologique, mais elle ne voit rien de l'élégance et de raffinement qu'on lui a promis. Ce qu'elle a sous les yeux n'est qu'un gros amalgame de métaux auquel un architecte en panne d'aspiration a essayé de donner une forme originale.

Elle essaie de croiser discrètement le regard de Devon et constate avec soulagement que celui-ci arbore une moue dubitative.

« C'est moche, hein ?

- Mice ! Merci ! Je commençais à croire que j'avais un problème !

- Oh, ben rien n'invalide cette idée, mais personnellement, je trouve que le Genèse ne vaut le coup d'œil que lorsqu'on est sur le terrain.

- Donc je ne le trouverai jamais digne d'intérêt. C'est bon à savoir.

- Bah, les rues sont classes, mais pas plus que les rues classes de n'importe quelle planète. Mais pour le terrain, on t'emmènera y faire un tour si tu veux. T'auras pas droit à la foule en délire mais tu pourras déjà te rendre compte pourquoi les footballeurs pros ont du mérite ! »

À cette réplique, la jeune femme se demande si Micro-Ice essaie de lui faire passer un message. Il donne l'impression de n'être qu'un fanfaron, et elle apprécie ce trait de caractère qui met à l'aise et inspire la bonne humeur. Cependant, ce côté fanfaron lui fait parfois l'effet d'être surjoué, comme un rôle qu'il se serait donné et dont il se refuse à sortir parce que ceux qui l'entourent ont besoin de sa présence rafraichissante. Mais encore une fois, peut-être qu'elle analyse trop. Peut-être qu'il ne dit ça que parce qu'il a l'habitude de plaisanter sur son propre talent. Parce que contrairement à D'Jok, Micro-Ice n'est jamais sérieux dans sa vantardise.

« On y est presque, hein grand frère ? Dès qu'on arrive tu m'emmènes à l'Académie, hein ? C'est promis ?

- Oui Sonja, je te l'ai déjà dit, répond Sinedd avec un regard attendri. On passe juste poser nos bagages à l'hôtel, puis D'Jok et moi, on t'emmène à l'Académie.

- Ouais ! Trop cool ! Tu vas voir grand frère, je vais devenir une super joueuse et je te rejoindrai sur le terrain !

- Tu penses. Dès que tu auras commencé ta formation, tu me surpasseras en un rien de temps et Rocket te prendra à ma place dans l'équipe.

- N'importe quoi, t'es le meilleur ! Non, moi je remplacerai D'Jok !

- Hé ! »

Sinedd s'étouffe de rire devant le naturel avec lequel Sonja prévoit la suite des évènements, et l'expression scandalisée de D'Jok ne l'aide pas à se calmer, malgré le regard vaguement désapprobateur de Mei, qui craint toujours un coup d'éclat entre eux deux. Mais D'Jok, comme tous les autres, aime bien Sonja, alors le ténébreux s'accorde le droit de féliciter sa petite sœur pour sa vision réaliste des évènements.

« J'aimerai bien avoir une petite sœur. »

Mark a marmonné cette phrase pour lui-même, sans trop y penser, mais Devon l'interroge d'un haussement de sourcil.

« Me regarde pas comme ça, Sinedd et toi vous donnez vraiment l'impression que c'est génial… »

T'es fils unique ?

« Si seulement, répond-il d'un air désespéré. J'ai trois frères aînés. Des triplés. Mais on s'entend vraiment pas, et moins je les vois mieux je me porte.

Rude. Mais avec tes parents ça va, au moins ?

« Pff, ouais, ils sont cools. Le problème c'est qu'ils tiennent vraiment à ce que mes frères et moi on passe du temps ensemble. Alors ils me traquenardent dans des réunions de famille à la con qui me mettent les nerfs en boule. C'est relou. Heureusement qu'ils se sont abstenus de les amener pendant les Cups, ça m'aurait fait péter les plombs. »

Et y a une raison ?

« Pour que je les aime pas ? Aucune. C'est juste comme ça. On a jamais pu s'entendre, aussi loin que je me souvienne. Peut-être juste parce que je suis le petit dernier et qu'ils avaient l'habitude d'être tous les trois, mais pour tout dire, ça je m'en fous un peu. Mais arrête de me parler de mes frères, ça va me saouler. Tu t'accroches jamais avec Anna toi ? »

Bien sûr que si ! Enfin, plus trop depuis que notre père est mort pour être honnête. Mais t'inquiète pas qu'avant on a eu nos engueulades. Seulement voilà. Elle est tellement mignonne que j'arrive jamais à rester en colère après elle longtemps.

« Frère poule. »

Un rire silencieux le secoue, la formule lui plaît.

Mais on a encore nos désaccords. Sauf qu'on est assez grands pour passer outre, ajoute-il tandis que Mark lit par-dessus son épaule.

D'une façon ou d'une autre, pense-t-il sans l'écrire.

« Eh ben vous avez bien de la chance, » soupire-t-il.


« Bon, vous êtes prêts ? demande Rocket à ses joueurs. La presse a été prévenue de notre arrivée, alors dès que je vais ouvrir cette porte ce sera la folie. Gauvin, Devon, essayez d'ignorer la foule autant que possible, on a une conférence de presse prévue demain alors c'est inutile de vous forcer aujourd'hui. »

Gauvin avale péniblement sa salive. Il s'était débrouillé pour oublier les journalistes lorsqu'il s'était présenté aux sélections. Passée l'interview de Callie Misty, qu'il trouve à vrai dire plutôt sympathique, il espérait qu'il s'écoulerait plus de temps avant sa nouvelle confrontation avec les caméras. Malheureusement, il s'est trompé. À côté de lui, Devon lui pose une main rassurante sur l'épaule et l'adolescent lui retourne un sourire un peu pâlot. Si seulement il pouvait avoir autant d'assurance que cette autre nouvelle recrue.

Puis leur coach pousse la porte qui marque la frontière entre la zone de débarquement et le hall du spatioport. Et le monde explose.

Gauvin est aveuglé par les myriades de flashs qui crépitent tout autour de lui. Les composants d'une foule multi-espèce d'une densité impressionnante se livrent une lutte sans merci pour s'approcher le plus possible de son équipe. Des éclats de voix résonnent de tous côtés, et il lui faut un peu de temps pour réaliser qu'il ne s'agit pas de cris désordonnés mais bien de questions, lancées avec l'espoir fou d'obtenir une réponse :

« AvezvousunepetiteamiepensezvousquevotrejeuneâgeestunhandicapvoussentezvousatteintparlesévènementssurvenussurXzionquevadevenirlacadémiesiWarrennepeutplusyprendrepartestilvraiquevousabandonnezdéfinitivementvotrecarrièredemannequinqu'enestildevotresérietéléviséevousreverratonbientôtdansunecompétitiondemagnetboardqueressentezvousdepuislaréunionavecvosparentsestcequelabsencedAarchsefaitsentir… »

Les yeux maladroitement protégés par le dos de sa main, l'adolescent suit tant bien que mal ses coéquipiers, guère rassuré à l'idée qu'un mouvement de foule pourrait le laisser abandonné au milieu de cette légion grouillante et grondante. Heureusement, à peine le seuil du spatioport passé, ils peuvent s'engouffrer dans l'holobus de luxe qui leur a été affrété pour le trajet jusqu'à leur hôtel.

« Alors ? Qu'est-ce que ça fait d'être une star ? demande Mark, goguenard devant les visages des derniers membres en dates.

- Mal à la tête, » répond doucement Gauvin, encore sous le choc.

Si je deviens aveugle en plus d'être muet, je suis mal barré ! écrit Devon avant de la brandir accompagnée d'une expression horrifiée.

« Ha ha, ouais, ça fait toujours un peu cet effet, au début ! compatit Thran. Enfin, sauf pour D'Jok. Il s'est fait étonnamment vite au contact des journalistes.

- Non mais dis donc, je peux savoir ce que t'insinues ? » s'enquiert le concerné, faussement menaçant.

Le trajet continue dans une ambiance bon enfant tandis que les Snowkids échangent des anecdotes sur leurs mésaventures avec la presse. Micro-Ice, plein d'une savoureuse autodérision, fait se tordre ses camarades de rire en racontant la fois où il s'est retrouvé nu en plein ciel sur Paradisia après une perte de contrôle de son wakeboard, et la tête qu'il a fait en découvrant le nombre de vidéos amateures de l'évènement disponibles sur l'holoweb. Puis, beaucoup plus vite que ce à quoi les novices du Genèse Stadium s'attendaient, leur moyen de transport s'arrête devant un bâtiment qui les écrase de sa splendeur.

Si la sortie du véhicule est tout aussi mouvementée que leur arrivée sur le monument spatial, leur hôtel impose tout de suite son standing quand des grooms larges comme des frigos font barrages aux nuées pépiantes de journalistes. Puis des portes de verre légèrement opaques se referment derrière eux avec un chuintement et la clameur de la foule s'éteint presque complètement.

« Bienvenue à l'Intergalactic Genésium Hôtel, énonce une voix mécanique aux sonorités féminines. Nous sommes très heureux de vous accueillir dans l'hôtel le plus luxueux et le plus réputé de toute la galaxie. »

Étonné par cet accueil atypique, Gauvin avise une holovision qui surplombe le hall et diffuse cette vidéo d'une hôtesse souriante sur un fond de nature verdoyante. Alors seulement, il prend conscience du décor qu'il a sous les yeux. Et les écarquille.

Le hall de l'hôtel s'étend devant lui dans ses nuances turquoises, immense mais ramené à une taille un peu moins écrasante grâce à une découpe en plusieurs tronçons par de larges portiques triangulaires. Des arbres poussent adossés à des pans de murs. Des feuillus fournis, et son frère serait scandalisé à l'idée qu'il n'ait pas la moindre idée de leur nom. Les murs dépourvus d'arbres sont quant à eux garnis de jardinières de métal irisé, montées en étagères pour laisser cascader d'innombrables feuilles et autres fleurs aux parfums sucrés mais pas agressifs. Du plafond pendent des lustres qui ressemblent à d'élégants carillons lumineux.

Une voix un peu ampoulée l'arrache cependant à son examen émerveillé des lieux :

« Bien le bonjour, les Snowkids. Je vous dirais bien que je suis ravi de vous revoir, mais ce serait mentir, alors… »

Surpris par ces paroles peu encourageantes, il se tourne vers un comptoir constitué de fines surfaces de bois clair, surmonté par d'autres lustres carillons. Devant ce dernier, un homme se tient debout, main croisées derrière le dos, dans une posture qui lui semble un peu snob.

Le réceptionniste a l'air d'un homme très chic, et pas seulement parce qu'il porte un costume probablement hors de prix dans des tons de gris, complété par un foulard lila peut-être bien en soie au niveau du col. Ses cheveux impeccablement taillés très près du crâne, sa mâchoire large rasée à la perfection, ses fines lunettes légèrement teintées, l'expression stoïque qu'arbore son visage couleur café au lait, rien n'est laissé au hasard. Un peu large d'épaules, il ne lui manque pas grand-chose pour en imposer. Dommage qu'il soit si petit, complète l'adolescent en constatant que l'adulte est à peine plus grand que lui.

« D'Jado ! s'exclame Mei avec un plaisir non dissimulé. On ne pensait pas vous retrouver hors période de Cup !

- Que voulez-vous mademoiselle, ma chère Zoelin a été prise dans une école de mécanique aéro-spatiale de premier choix sur le Genèse. Et tant que j'ai ma famille près de moi, peu me chaut mon lieu de résidence.

- Zoelin est ici ? » interrompt Micro-Ice, une expression de pur ravissement plaquée sur son visage enfantin.

Gauvin note avec un amusement timide que le majordome fronce légèrement le nez en se tournant vers son coéquipier. Mais avant qu'il n'ait le temps de répondre, une exclamation joyeuse retentie depuis l'autre extrémité du hall gargantuesque :

« Micro-chou ! »