Lexa reprenait des forces petit à petit. Angus prenait soin d'elle. Elle boitait encore mais cela ne l'empêchait pas d'aider le vieil homme avec ses chevaux.
Elle avait décider de rester encore quelques jours, d'une part pour se remettre pleinement de ses blessures, mais aussi pour rendre service à Angus, histoire de compenser le fait qu'elle habitait chez lui.
Elle avait appris à apprécier le vieil homme, elle aimait sa compagnie, leurs discutions. Angus ressentait la même chose, et cela même s'il gardait une certaine réserve, car il ne perdait pas de vue qu'il hébergeait son Heda. Il sentit que leur séparation était proche, et il se dit que la maison serait bien vide, qu'il se sentirait bien seul sans la jeune femme.
- Veux tu que je m'occupe des chevaux Angus ?
- Si vous voulez Commander.
- Angus… Je t'ai déjà dit d'arrêter de m'appeler comme ça et de me tutoyer ! S'écria Lexa feignant d'être énervée.
- Je n'y arrive pas… Vous restez Heda… Je ne peux pas…
- Angus ! Appelle moi au moins par mon prénom, c'est ce que font mes amis…, dit Lexa en souriant.
- Vos amis… Vous me considérez comme votre ami ? S'étonna le vieil homme.
- Bien évidemment, Angus ! Un très bon ami même !
Une larmes coula sur la joue du vieil homme.
- Allez, je vais m'occuper des chevaux !
Lexa sortit de la maison et se dirigea vers les écuries.
Elle brossa les chevaux et un souvenir lui traversa l'esprit. Celui de Clarke en train de faire la même chose la nuit où elles s' étaient arrêtées. Clarke pensait sans doute qu'elle dormait mais il n'en était rien. Elle avait regardé son amante s'occuper des chevaux, avec douceur, gentillesse et amour. Avec surprise, elle avait remarqué que les animaux, le lui rendaient bien. Elle avait vu avec quelle tendresse, Clarke avait enlacé la tête de ce cheval.
Alors timidement, avec une certaine surprise, Lexa passa ses bras autour du cou d'un cheval noir. Celui ci ne se débattu pas, bien au contraire, il posa sa tête doucement sur son l'épaule. Dans la fraîcheur du matin, elle sentait le souffle chaud sortir des naseaux de l'animal. La chaleur du cheval irradiait tout son corps. Elle resta là un moment, à apprécier juste l'instant.
Elle se dégagea de l'animal, posa ses mains de chaque coté de sa grosse tête et plongea ses yeux verts dans les yeux noirs. Les oreilles du cheval se dressèrent, il avait entendu quelque chose encore imperceptible pour celle de Lexa. Elle se retourna brusquement, prête à livrer combat, puis elle sourit, devant elle, dans l'embrasure de la porte se trouvait une biche magnifique.
- Elle vient parfois, je l'ai soigné alors que ce n'était qu'un faon. Je lui ai redonné sa liberté, mais elle revient régulièrement, dit Angus qui venait d'arriver.
- Elle est magnifique !
- Oui, je me dis qu'un jour, elle viendra avec ses faons pour me les présenter ! Dit Angus en riant.
La biche vint chercher une caresse auprès du vieil homme puis s'enfuit vers les bois.
- Vous allez partir bientôt, n'est ce pas ?
- Oui, il faut que je retourne à la capital et surtout que je retrouve Clarke.
- La jeune blonde qui était avec vous la dernière fois ?
- Oui... dit Lexa en serrant ses mâchoires.
- Ça ne va plus... entre vous ? Hésita Angus, se demandant s'il n'allait pas trop loin.
- Nous nous sommes... disputées...
- C'est tout ! Avec ma femme, je me disputais souvent, mais on se réconciliait toujours, au lit ! Si vous voyez ce que je veux dire ! Dit le vieil homme en riant.
- Oh oui, Lexa voyait très bien. Clarke lui manquait, à un point tel, qu'elle n'aurait jamais pensé. Tout lui manquait, son regard d'un bleu intense, sa peau si douce, sa chaleur si intense, ses lèvres si tendres, leurs baisés enfiévrés, leurs étreintes passionnées.
Lexa sentit le désir monter en elle, à tel point que ses joues se mirent à rougir. Elle avait besoin de Clarke, de sentir ses mains sur sa peau, et inversement, de sentir son corps contre le sien. Elle avait besoin de se donner à elle, et inversement.
Lexa était décidée dès qu'elle retrouvait Clarke, elle ferait fi des protocoles, de la bienséance, elle allait l'aimer au grand jour, tout le monde saurait qu'elle aimait Clarke et inversement !
Angus se dirigea vers elle et la prit dans ses bras.
- Tout va bien se passer, Hed... Lexa..., dit doucement Angus, vous allez la retrouver, et tout sera oublié !
- J'espère que tu as raison, Angus, je n'ai vraiment pas été très compréhensive lors de notre dernière rencontre.
Angus se sépara de Lexa mais garda ses mains sur les bras de celle-ci.
- Tu sais ma femme avait gardé une philosophie d'une croyance lointaine.
Il dessina sur le sol un rond séparé en son milieu par une ligne à deux courbes. Il fit ensuite un petit rond en haut dans la partie gauche et un autre en bas dans la partie droite. Il hachura la partie droite, en ayant soin d'éviter le cercle et hachura également le petit cercle de la partie gauche.
- Qu'est ce que c'est ? Demanda Lexa intrigué.
- C'est vous et Clarke.
- Moi et Clarke ?
- Oui, voyez vous, ma femme pensait qu'il existait deux catégories complémentaires que l'on pouvait trouver dans tous les aspects de la vie et de l'univers, le Yin et le Yang. Clarke c'est la partie de droite, celle qui est noire, le yin. Elle représente la Lune et la glace, ce qui est cohérent quand on pense qu'elle vient du ciel... Et vous Lexa, vous êtes la partie de gauche, celle qui est blanche, le yang, qui représente le soleil et le feu, ce qui semble également cohérent lorsque l'on connaît votre tempérament et votre combativité !
- Et les deux cercles, que représentent ils ?
- Ils nous indiquent que rien n'est tout noir ou tout blanc dans la vie, qu'on n'est jamais complètement bon ou mauvais. Ce qu'il faut essentiellement comprendre dans ce symbole, c'est qu'avec Clarke, vous êtes complémentaires. Vous ne pouvez pas vraiment vivre l'une sans l'autre. Alors quoi qui ai pu vous monter l'une contre l'autre, c'est probablement déjà pardonné, non ?
- Certainement...
- Il ne peut pas en être autrement, dit Angus en souriant.
- Vous êtes un grand sage, Angus, dit Lexa avec un large sourire.
- Maintenant, allez dans la chambre, je vous ai tout préparé, même vos armes ! Prenez un cheval, celui que vous voulez et allez la retrouver, il est temps !
- Merci Angus, merci pour tout.
Lexa se dirigea vers la maison, pour récupérer ses affaires, dans son champs de vision elle voyait toujours Angus qui souriait. Soudain son sourire disparu et quelque chose lui transperça la poitrine, sa chemise blanche prit alors une couleur rouge sang, il tomba à genoux à terre. Luna se trouvait derrière lui, une épée dégoulinant de sang dans la main.
- Noooooon ! Hurla Lexa.
Elle fonça dans la chambre et vit sur son lit des vêtements de cuir noir et deux épées.
- Oh Angus..., tu avais tout prévu, pleura Lexa.
Elle revêtit sa tenue, empoigna les épées et se rua dehors.
Luna était toujours là devant Angus qui gisait dans une flaque de sang.
- Luna, aujourd'hui, tu vas mourir ! Hurla Lexa, le visage déformé par la douleur.
Elle se jeta sur Luna, mais celle ci para le coups.
Les deux femmes étaient de force quasi égale. Chacune paraît le coups de l'autre. Au silence de la forêt répondait le bruit des épées qui s'entrechoquaient.
Luna parvint à blesser Lexa à la jambe et lui faire une entaille profonde mais qui ne semblait pas la freiner, au contraire. La rage, la colère, la peine décuplait ses forces. Elle assénait coups après coups, sans faiblir, à une cadence impressionnante. Luna n'arrivait plus à suivre, le souffle commençait à lui manquer, et ses muscles se fatiguaient sous les coups répétés de Lexa.
Elle commença à reculer pour s'économiser, mais Lexa revenait toujours à la charge, ne lui laissant aucun répit. Lexa frappait sans relâche, animé par la peine qui avait envahi son cœur.
Luna se prit le pieds dans une racine et tomba à terre. Lexa ne s'arrêta pourtant pas. Luna tenait son épée devant elle pour se protéger. Lexa s'acharnait toujours dessus, si bien qu'à un moment donné l'épée de Luna se brisa en deux morceaux. Celle de Lexa libérée de l'entrave, vint se ficher dans la clavicule de Luna qui sous l'effet du choc, lâcha son épée, ou du moins ce qu'il en restait et hurla à pleins poumons.
Lexa se recula et observa Luna étendue à terre, l'épaule ensanglantée. Elle respirait difficilement à cause de la blessure et la fatigue.
- Alors qu'attend tu pour en finir ? Siffla Luna.
Lexa regardait toujours Luna sans rien dire. Dans son esprit s'était le chaos, la colère, la tristesse, lui commandait d'abattre sans hésitation, son épée sur Luna.
Angus apparu au coté de Clarke, deux apparitions fantomatiques.
- Personne n'est jamais totalement mauvais, Lexa, il y a du bon dans chacun de nous... Murmura Angus.
- Non, pas chez elle... dit Lexa les dents serrées
- Lexa, écoute moi, mon amour, montre toi clémente, tu l'as vaincu... Murmura Clarke.
- Mais elle a tué Angus..., dit Lexa, dont les larmes coulaient à présent sur les joues.
- Je sais et c'est douloureux de perdre un ami... mais tu te souviens lorsque j'ai tué d'une balle cet homme du mont Weather ?
- Oui dit doucement Lexa.
- Cela n'a pas adoucit ma peine, bien au contraire ! J'ai juste tué un homme de sans froid, désarmé. Il faudra que je vive avec ça sur la conscience, ne fais pas la même erreur, je t'en pris !
- Je ne crains plus ma conscience...
- Mais que diras tu à notre fille ? C'est cela que tu veux lui enseigner ?
- Je...
- Est ce dans ce monde que tu veux qu'elle naisse et qu'elle grandisse ?
- Non... mais Clarke, ça fait si mal...
- Je sais mon coeur, mais je sais aussi que tu en est capable, tu as cette force en toi !
Lexa regarda Luna, qui elle même la regarder sans comprendre pourquoi elle parlait toute seule.
- Va t-en ! Dit Lexa résignée.
- Quoi, fit Luna, les yeux écarquillés.
- Va t-en, je ne le dirais pas une autre fois. Mais si jamais, tu me menaces, ou si tu tentes quoi que ce soit envers mes amis, si je te vois simplement t'en approcher, je n'aurais cette fois aucune pitié.
- Tu es devenue bien faible, Lexa, dit Luna en se relevant péniblement.
Lexa s'approcha de Luna.
- Ne tires pas trop sur le ficelle, Luna... Mais j'ai du mal a comprendre, mon attitude devrait te plaire, toi qui prône la non violence...
Luna ne répondit pas et s'éloigna.
Lexa se dirigea vers Angus, le vieil homme, par on ne sait quel miracle respirait encore.
Lexa tomba à genoux.
- Oh Angus, je suis tellement désolée..., dit Lexa qui pleurait à présent.
- Ne le sois pas... oh... voilà que je perd mes... manières... et que je... te... te tutoie...
- Chut, c'est comme ça qu'on se parle entres amis, tu le sais...
- J'ai vu que tu... tu avais... épargné Luna...
- Oui, j'ai pensé... enfin j'ai cru...
- C'est parfait, c'est ce que... que je... j'attendais de toi. Tu vois, il y a... un peu de yin... dans ton yang.
- Oui tu ne te trompais pas mon ami...
- Prend bien soin de mes chevaux, d'accords ?
- Oui bien sur...
- Je vais te dire à dieu, à présent... dit doucement Angus.
- Non, non, non, dit Lexa en secouant la tête.
- Ne sois pas triste, je vais retrouver ma petite fille, elle m'attend, elle est juste là à coté de toi...
Angus poussa son dernier souffle, Lexa lui ferma les yeux et hurla sa peine, sa colère, sa douleur jusqu'à ce que son souffle ne lui permis plus. Puis elle laissa couler les larmes, couler son chagrin.
Lorsque les larmes se tarirent, elle construisit un bûcher et brûla le corps du vieil homme.
Une fois les dernières flammes éteintes, elle ramassa les cendres et les versa dans une grosse bourse, qu'elle referma soigneusement. Elle la déposa au fond de la sacoche qui était attachée à la selle de l'étalon. Elle attrapa les longes des autres chevaux, monta en selle et s'éloigna le coeur bien lourd.
Elle prit le chemin de Polis.
