Note : Cette histoire est une traduction de Blood Is, de eiahmon, effectuée et publiée avec son accord.

Bonne lecture !


A/N : A LightofPurgeandShadowofEmbrace, j'ai moi-même de bons souvenirs de l'Épée du Néant, mais je ne peux dors et déjà te dire que Gabriel ne l'aura pas. Il va probablement obtenir une épée à un moment, mais je travaille toujours sur les détails. Maintenant, vous m'excuserez, je retourne à 7 Days to Die – des zombies ont besoin de se faire tuer. *charge son fusil à pompe* BOOM ! Entre les deux yeux ! *ricane maniaquement*

A/N 2 : Ce chapitre devait être plus long, mais peu importe ce que j'écrivais, je n'étais pas satisfaite de la deuxième moitié, alors je l'ai retirée et j'y travaillerai dans le chapitre suivant. Je ne suis pas vraiment satisfaite de la fin de celui-ci non plus. *lève les mains en l'air* J'abandonne, je résoudrai ça plus tard.

8.

Gabriel lut en diagonale la lettre que son père venait de lui tendre, puis la posa sur ses genoux et plongea le regard dans la cheminée, qui maintenait la fraîcheur de la nuit à distance alors que l'automne avançait.

« On dirait bien que Maître Liam n'a pas réussi à pister Volpe ou Maître Cecil. » Souffla-t-il. « Ce n'est pas surprenant, ces deux-là sont trop rusés pour permettre qu'on les trouve aisément, et suivent tous deux aveuglément cette prophétie qu'ils possèdent, donc ils s'assureront de ne pas se faire attraper avant d'avoir réussi à forcer son accomplissement. » Il releva les yeux et vit que Père fixait la cheminée également. Mère n'était pas là. Il était tard, elle dormait, comme tout le reste de la maisonnée.

« Cela m'inquiète. » Fit Père en se frottant le menton. « Ces deux-là pourraient sortir de nulle part et nous causer des ennuis à n'importe quel moment. »

« Cela aiderait si je savais exactement ce qu'ils planifiaient et le contenu de cette prophétie. » Entama Gabriel.

« Mais ils ont gardé les lèvres scellées, et Sir Quinn ne sait rien à son sujet mis à part qu'elle existe. » Acheva Père.

« Il savait que j'étais destiné à affronter les Seigneurs de l'Ombre et Satan, mais pas plus. »

Le silence retomba pendant quelques minutes, puis Père reprit la parole. « As-tu eu de la chance ? »

Gabriel hocha la tête. « Un peu. » Son nouveau Fouet des Ombres était assurément un jouet amusant, mais il avait besoin de plus. « Je dois continuer à travailler cependant. » Il ne leur avait pas dit les évènements qui avaient mené à l'apparition du Fouet des Ombres, ils n'avaient pas besoin de savoir qu'il avait déjà été attaqué. Il pouvait déjà les voir essayer de le confiner dans la maison dans une tentative vaine de le protéger. Bien sûr, il refuserait de s'y plier – il n'était plus un enfant à couver – mais il ne voulait pas créer plus de tensions entre ses parents et lui, s'il pouvait l'éviter.

« Sois juste prudent dehors, fils. » La voix de Père interrompit ses pensées.

« Je le serai. Vous n'avez pas besoin de vous en faire pour cela. »

« Ta mère et moi nous inquiéterons toujours, Gabriel. » Père l'observait d'un air sérieux. « Nous t'avons perdu 33 ans, nul ne peut s'empêcher de s'inquiéter après ça. »

Gabriel pencha la tête et eut un sourire léger devant la préoccupation de son père. Certains des autres garçons qu'il avait rencontré enfant n'étaient pas orphelins, et ils avaient discuté de sa « chance » de ne pas avoir une mère et un père pour l'importuner et lui faire des réflexions constantes. Il avait plusieurs personnes pour s'occuper de lui alors, mais ces garçons n'avaient jamais compris la souffrance de son âme face à l'absence de famille pour prendre soin de lui. Il aurait tout donné pour une mère qui le gronderait devant ses vêtements sales, un père qui lui ferait un sermon parce qu'il était resté dehors trop tard. Ils ne pouvaient simplement pas comprendre.

Gabriel secoua la tête pour chasser ces pensées et se leva. « Je devrais y aller. Je suis resté plus tard que prévu. »

Père chassa cette remarque d'un geste. « Pourquoi ne pas rester à la maison cette nuit, Gabriel ? »

« J'ai vraiment besoin d'user du temps qui m'est imparti, Père. Je ne peux pas me permettre d'en gâcher la moindre seconde en restant assis là à ne rien faire. »

« Je le sais, crois-moi je le sais, mais cette lettre de Sir Quinn m'a rendu quelque peu… paranoïaque, et je ne pense pas que je parviendrai à dormir cette nuit si tu sors seul. »

Oh, si seulement il savait. « Je suppose que je peux rester ce soir, bien que je n'ai pas la moindre idée de comment m'occuper jusqu'au lever du soleil. »

« Je suis certain que tu trouveras quelque chose. Je me reposerai mieux si je savais que tu étais ici plutôt que dehors. »

« Je m'en sortirai alors. »

Père le remercia d'un sourire chaleureux et se leva de son fauteuil. Gabriel entendit ses articulations grincer et craquer alors qu'il s'étirait. « Vas-tu te coucher ? »

Père bailla en achevant de se détendre. « Oui. » Il s'avança et prit Gabriel dans ses bras. « Tu es si glacé, Gabriel. J'aimerais simplement pouvoir te réchauffer. »

« Je pense qu'il s'agit de quelque chose à laquelle je vais devoir m'habituer. » répondit Gabriel en retournant l'étreinte. « Je n'avais pas remarqué à quel point j'avais froid avant de me réveiller ici dans une pièce chaleureuse. »

« Eh bien, tu ne l'as pas entendu de ma bouche, mais ta mère a admis vouloir t'envelopper de couvertures et te câliner jusqu'à ce que tu te réchauffes. »

Gabriel rit doucement. « Elle devra peut-être ne jamais me lâcher alors. »

« Je crois que c'est son plan. » Père sourit et le relâcha. « Bonne nuit, fils. »

« Bonne nuit. »

Père sortit de la pièce et Gabriel s'affala dans le fauteuil qu'il venait de quitter. Que faire à présent ? Il ne pouvait pas vraiment travailler sur leurs terres – quelqu'un allait l'(entendre et le voir, et c'était quelque chose qu'il voulait éviter à tout prix. Nul n'avait généré de panique face à la présence d'un vampire dans la maison jusque-là, et il voulait que les choses restent ainsi aussi longtemps que possible. Il resta dans le fauteuil jusqu'à ce que le feu de la cheminée soit réduit à l'état de cendres, puis se leva et sortit du bureau, refermant soigneusement la porte derrière lui.

Il laissa son esprit vagabonder tandis que ses pieds le menaient dans les corridors enténébrés sans réel but en tête. Il avait un puissant fouet, mais il devait posséder autre chose, n'est-ce pas ? Il n'avait jamais vraiment essayé de voir à quel point il était fort, peut-être devrait-il essayer ça ? Il y avait également l'électricité que Carmilla et Laura maniaient, il devrait essayer de faire la même chose. Il ne se voyait pas faire la même chose qu'elles ceci dit, juste tendre les mains comme Laura pour électrocuter ses opposants (peu importe à quel point cela faisait mal, il se souvint avec un grimace), mais peut-être pouvait-il la canaliser d'une autre manière ? Cela dit, s'il parvenait à l'invoquer, se remémora-t-il.

« Vos pieds semblent toujours vous mener ici, Seigneur Gabriel. »

Gabriel releva la tête d'un coup pour voir qu'il avait erré jusque dans la chapelle – encore, et que Père Caleb se tenait devant l'autel, le dos éclairé par la lampe au sept branches qui brûlait d'une douce lumière dans l'espace autrement assombri.

« Il semblerait en effet. Je suis étonné de vous voir éveillé à cette heure. »

Père Caleb se contenta de sourire et ne dit rien quand Gabriel le rejoignit sur l'estrade. « Qu'est-ce qui vous amène ici cette nuit, Seigneur Gabriel ? »

« Je ne sais pas. »

« Oh, je pense que vous le savez. »

« Alors pourquoi ne pas le dire, prêtre. »

« Alors pourquoi ne pas m'accompagner dans mes quartiers à nouveau ? »

Gabriel ne réussit pas à s'empêcher de sourire sardoniquement. « Pas vraiment l'endroit idéal pour une confession, je pense, mon Père. »

« Qui a parlé d'une confession ? Je vous invite simplement pour une discussion, rien de plus. » Caleb le dépassa, et Gabriel haussa les épaules le suivit. Il n'avait rien de mieux à faire.

Les simple appartements du prêtre était encore une fois éclairés chaleureusement par la cheminée et une unique lampe au milieu de la table, et Gabriel s'assit dans l'une des chaises en bois nu. Une minute s'écoula, le prêtre lui tendit un verre de vin chaud. Il soupira de plaisir quand sa chaleur s'infiltra dans ses paumes, et une gorgée fit se répandre cette chaleur.

« J'avais oublié ce que cela faisait d'avoir chaud tout le temps. » Murmura-t-il tandis que Caleb s'installait en face. « Même à côté d'un feu brûlant, j'ai froid. Je ne l'avais pas remarqué avant de venir ici. »

« Un hiver seul à Château Bernhard suffirait pour glacer n'importe qui, à l'exception de Satan. » Remarqua Caleb qui prit une gorgée de son propre vin.

« Est-ce que tout le monde sait comment je suis arrivé ici ? »

« Votre père l'a raconté la nuit où ils vous ont ramené à la maison, pensant que dire la vérité serait l'option la plus sûr pour vous au lieu de vous dissimuler. »

« Je ne m'en souviens absolument pas. » Répondit Gabriel en buvant à nouveau.

« Vous n'étiez certainement pas bien à ce moment. »

« C'est ce que l'on m'a dit. »

Un moment de silence, puis Caleb demanda :

« Portez-vous toujours cette colère contre Dieu, Seigneur Gabriel ? »

« En effet. »

« Puis-je vous demander à quel moment avez-vous commencé à ressentir cette colère ? »

« Quand j'ai réalisé que tout ce que j'avais fait avait été pour rien. Quand il m'est apparu que j'avais été mené comme un chien à une laisse. »

« Et à quel point était-ce Son œuvre ? A quel point était-ce celle de vos supérieurs de la Confrérie ? »

« Je... » Gabriel marqua une pause en réfléchissant à la question. « Je ne sais pas. » Il lança un regard de biais à Caleb. « Je croyais que ce n'était pas une confession ? »

Caleb eut un petit sourire. « Alors comment savoir à qui transmettre votre réponse ? Il vous a donné le pouvoir dont vous aviez besoin pour renvoyer Lucifer en enfer, alors pourquoi ? »

« Il ne m'a pas rendu ce que j'avais perdu. »

« Vous avez récupéré votre vie n,'est-ce pas ? »

Gabriel eut vaguement conscience du son que son verre fit en se brisant dans sa main alors qu'il fermait le poing. « Comment savez-vous cela ! Je ne l'ai dit à personne ! »

« Je suis un homme de Dieu, Seigneur Gabriel. Je peux entendre Sa voix et les voix de Ses anges lorsque c'est nécessaire. »

« Que vous ont-Ils dit ? »

« Pas autant que vous l'aimeriez, je le crains. »

« Rien d'utile alors. Ont-Ils au moins mentionné cette prophétie qui obsède tant Volpe ? »

« Je n'en sais pas plus que vous. »

« Bien sûr que non. Pourquoi ont-Ils permis cette prophétie de toute manière ? Quel bien a-t-elle apportée ? »

« Le message ne peut qu'être transmis, Seigneur Gabriel. Ce qu'il advient ensuite n'est plus entre Ses mains. »

« Alors Il se contente de regarder ? Il a simplement regardé sans rien faire alors que je perdais tout ? »

« Qu'auriez-vous voulu qu'Il fasse ? »

« Quelque chose ! N'importe quoi ! »

« Vous avez canalisé Ses pouvoirs pour bannir Satan, n'est-ce pas ? Il vous a donné ce dont aviez besoin pour vaincre. »

« Puis n'a pas pu me donner ce pour quoi j'avais fait tout ce chemin. »

« Votre femme. »

Gabriel baissa les yeux vers les débris de son verre. « Oui. J'ai accompli tout ceci dans l'espoir de la récupérer, et quand elle s'est élevée sans moi... »

« Il a permis que le destin change, Seigneur Gabriel. Il a compris que vous étiez proche de la destruction, aussi a-t-il autorisé que les choses soient modifiées pour vous donner la force nécessaire pour avancer. »

« Comment cela a-t-il été changé ? Quand le destin a-t-il été dévié de son chemin précédent ? Cela changera-t-il quoi que ce soit à la fin ? Ou Volpe et Satan réussiront-t-ils malgré tout ? Est-ce que ce n'est qu'un répit provisoire avant que Satan ne se venge et détruise la famille que je viens de retrouver ? »

« Vous devrez le Lui demander, Seigneur Gabriel. Je ne sais pas. »

Gabriel releva la tête et fixa le prêtre, mais le regard calme de l'homme ne dissimulait rien. Énervé, Gabriel se releva brutalement et sortit de la pièce.

Le bruit de ses bottes résonnait lourdement contre le sol tandis qu'il s'éloignait rapidement de la chapelle, loin du prêtre au regard calme, loin de ses réponses qui ne répondaient à rien, loin de ses questions qui emmenaient les pensées de Gabriel en des directions qu'il ne voulait pas prendre. Quand bien même Dieu lui ait donné le pouvoir de bannir Satan, Il n'avait rien fait tandis que Son élu perdait lentement l'esprit à Château Bernhard, et Il n'avait rien fait pour empêcher Volpe et Maître Cecil de s'enfuir.

Le cliquetis d'un verrou, les craquements de charnières, le firent relever la tête, ses réflexions interrompues, et il cilla de surprise en reconnaissant la porte du bureau de son père. Comment était-il arrivé jusqu'ici aussi rapidement ? Et n'avait-il pas fermé cette porte derrière lui un peu plus tôt ? Quelqu'un était-il à l'intérieur ? Il n'entendait aucun battement de cœur, aucune présence de l'autre côté de la porte. Pourtant, il venait d'entendre cette porte s'ouvrir.

Il s'avança dans l'encadrement de la porte ouverte, un rayon de lune brillant dans l'ouverture entre la porte et son encadrement, tandis qu'il l'ouvrait en grand et regardait à l'intérieur. Il n'y avait personne, vivant ou mort, à l'intérieur, mais alors qu'il commençait à reculer dans le couloir, un éclat de lumière lunaire sur le bureau attira son attention. Il entra complètement dans la pièce et éteignit distraitement d'un geste de la main les dernières braises brillantes de la cheminée en s'avançant vers le bureau.

Au milieu du bureau était posé un petit morceau de verre accroché à une corde de cuir, l'éclat du miroir que son père lui avait montré il y avait moins d'un mois de cela. N'était-ce pas dissimulé quelque part ? Et qui l'avait sorti ?

Et pourquoi ?

Gabriel soupira, tendit la main et l'attrapa par la cordelette, puis se détourna pour sortir de la pièce. Il le garderait jusqu'au matin, quand il pourrait le rendre à son père pour que ce dernier le range. Au vue des capacités du miroir de montrer passé, présent et futur, il serait désastreux que quelqu'un, comme son oncle, vienne en sa possession, aussi devait-il s'assurer que –

L'éclat se mit à briller.

« Arrêtez ça. » Siffla Gabriel en s'immobilisant. « Je ne veux pas voir ce que vous voulez me montrer. »

Alors pourquoi levait-il la main pour regarder ?

Il l'amena au niveau de ses yeux, la lumière se dissipa, et l'éclat lui montra lui-même, affaissé sur un trône. Il n'avait jamais vu une telle pièce, mais il sut avec une certitude qu'il n'expliquait pas qu'il s'agissait de la salle du trône de Château Bernhard. Alors qu'il regardait, la version de lui-même sur le trône commença à se débattre et à pleurer, comme s'il était aux prises d'un cauchemars. Ses cheveux bougèrent comme si l'on y passait des doigts invisibles.

Nous prendrons soin de vous.

Le miroir s'éclaira, la scène changea. Il se vit à nouveau, dans un manteau rouge brodé d'or, un pantalon noir et des bottes, hantant le château. Ses avant-bras étaient enflammés alors qu'il frappait les murs et les colonnes qui maintenaient la structure, mais les dégâts se réparaient d'eux-mêmes devant lui. Ses yeux, remarqua-t-il, étaient fermés avec violence, et sa bouche ouverte comme s'il hurlait de rage.

Il vit les créatures moindres de la nuit : les sous-vampires, les lycaons restant, les goules, les petits démons, qui s'assemblaient autour de lui. Il se vit les envoyant dehors pour détruire et tuer tout et tous ceux qu'ils rencontreraient. Il vit d'innombrables innocents mourir par ses ordres, et il se vit observant depuis Château Bernhard les flammes qui s'élevaient, riant avec un délice monstrueux.

Il vit la Confrérie s'écraser sur ses murs, essayer inutilement de le vaincre. Peu réussissaient à l'atteindre, aucun ne pouvait survivre en combat contre lui. Il vit leurs nombres se réduire jusqu'à ce que les plus vieux et les plus jeunes soient envoyer l'affronter. Il vit Maître Liam tomber lors d'une attaque sur le château, sa tête presque arrachée par un sous-vampire.

Gabriel tenta de reposer l'éclat, mais son bras refusait de bouger, pas plus que ses yeux ne se fermèrent quand il le voulut. Quoi que ce soit qui veuille qu'il regarde, cela n'allait pas le relâcher avant qu'il ait vu tout ce que cela voulait qu'il voit. Aussi dut-il regarder, incapable de détourner le regard, Trevor éduqué pour le haïr et le craindre, élevé pour l'affronter, comme un mouton qu'on prépare pour l'abattoir.

Et un abattoir fut exactement ce que son fils trouva quand il traversa le château et s'opposa au monstre qu'était devenu son père, dans la salle du miroir. Le garçon n'avait aucune chance, et Gabriel dut regarder la bataille, qui s'acheva quand il arracha l'arme de Trevor de ses mains et –

« Non ! » Hurla Gabriel quand il put enfin détourner la tête. Il lâcha le morceau de miroir et fuit la pièce à toute vitesse. Il laissa ses pieds le porter où ils le désiraient, fuyant les images. Cela n'arriverait pas ! Trevor ne serait… ne serait… Il mourrait avant de blesser son fils !

« De retour aussi tôt ? »

« Quoi ? » Gabriel cilla et réalisa qu'il se trouvait à nouveau dans la chapelle. Comment avait-il – ? Il regarda en arrière. « Comme suis-je arrivé ici depuis le bureau ? »

Caleb descendit de l'estrade. « Peut-être étiez-vous guidé ? »

« Alors qui que ce soit qui me guide doit cesser ! » La voix de Gabriel claqua. « J'en ai assez d'être mené par le bout du nez ! »

Caleb ne répondit pas face à cet éclat. Au lieu de cela, il s'installa sur un banc, et tapota l'espace à côté de lui sans se retourner vers le vampire en colère derrière lui. « Asseyez-vous avec moi, Gabriel. »

Gabriel eut un rictus et secoua la tête en se tournant pour partir, mais quelque chose sembla l'arrêter. Il savait que, s'il le voulait vraiment, il pouvait passer les portes vers le reste de la maison, mais il était étrangement… réticent à cette idée. Après un moment, il souffla, se retourna et s'assit sur le banc.

« Comment puis-je continuer d'atterrir ici ? » Demanda-t-il à voix basse en fixant le dossier du banc face à lui.

« Comme je l'ai dit, » répliqua Caleb, « peut-être étiez-vous guidé. »

« Et dans quel but ? »

« Peut-être devez-vous résoudre votre colère ? »

« Quel bien cela fera-t-il ? »

« Je suppose qu'être en colère contre Lui rendra difficile de canaliser Son pouvoir à nouveau, s'il est nécessaire de le faire. »

« Donc voilà à quoi tout se résume : faire Ses batailles à Sa place, encore. Pourquoi ne le fait-Il pas Lui-même, au lieu de se reposer sur moi ? »

« Pourriez-vous tuer votre enfant, Gabriel ? »

« Quelle est cette question ! » gronda Gabriel, les poutres au-dessus d'eux craquant et la lumière des chandelles diminuant. Je ne laisserai rien arriver à Trevor !

« Une simple question. Pourriez-vous tuer votre enfant, même s'il était devenu un danger pour le monde entier ? Pourriez-vous prendre sa vie pour en sauver d'autres ? »

« Non ! »

« Et pourtant, c'est ce que vous attendez de Lui. Vous aimez votre fils, comme tout parent le devrait, vous feriez n'importe quoi pour lui, même si cela signifie le punir quand il se comporte mal. Pourtant, s'il va trop loin, pourriez-vous vous forcer à faire ce qu'il faut, pour le bien d'autrui ? »

« Trevor ne ferait jamais une chose pareille ! »

« Et je suis certain qu'à une époque, Il pensait la même chose de Lucifer. »

Gabriel baissa les yeux vers le sol. « C'est injuste. »

« Oui, c'est injuste. Dans un monde idéal, Il s'occuperait de Satan Lui-même, mais Il ne peut pas plus s'obliger à tuer Son enfant que vous le pourriez. »

« Donc, encore une fois, je dois faire le sacrifice. »

« Le destin a changé, Gabriel. Les choses sont différentes. Un sacrifice sera nécessaire, » le regard du prêtre sembla se troubler un instant, « mais si les choses vont dans Son sens, alors vous ne le ferez pas. »

« Et ceux autour de moi ? Seront-ils également épargnés ? »

« Est-ce que cela signifierait, sinon, que vous feriez le sacrifice ? »

« Pour certains, oui. »

« Peut-être devriez-vous Lui demander ? »

« Il ne me parlera pas. »

« Bien sûr que si. Vous êtes Son Élu. Quel autre vampire peut porter un crucifix d'argent autour du cou sans être blessé ? »

Gabriel ne répondit rien. Il avait conscience du petit objet d'argent qui pendait à son cou depuis que ses parents l'avaient sauvé du château, et il ne l'avait jamais enlevé en dépit de tout ce qui était arrivé. Il ne savait pas pourquoi il le gardait, mais la simple idée de le retirer lui semblait… erronée, d'une certaine façon. On lui avait dit la manière dont il avait ouvert des portes et empêcher le château de le récupérer, et il ne pensait pas que ses parents lui mentiraient là-dessus. Mais cela semblait tellement impossible. Un vampire, qui avait tué, protégé par Dieu Lui-même ?

Il se leva. « Je vais me coucher. » Dit-il en sortant de la chapelle sans un regard en arrière.

Au lieu de se diriger vers ses appartements toutefois, il alla vers la chambre d'enfant, vérifier comment allait Trevor. Les gardes à la porte le saluèrent et le laissèrent passer, et il trouva son tout petit fils emmitouflé dans son lit, profondément endormi. Il s'assit doucement à côté pour ne pas réveiller l'enfant et passa gentiment une main sur ses doux cheveux. Trevor était en sécurité. Il se serait pas élevé comme un mouton pour l'abattoir. Il ne serait pas envoyé dans une bataille qu'il n'avait aucune chance de remporter. Il ne mourrait pas des mains de son père.

« Je ne laisserai rien t'arriver, Trevor. » Murmura Gabriel. « Je jure de mieux te protéger que je n'ai protégé ta mère. »

C'est toi qui as assassiné ta femme !

Gabriel tressaillit et se releva, et essuya ses yeux en sortant de la chambre d'enfant pour retrouver son propre lit.

Il restait des heures avant le lever du soleil puisque les nuits devenaient plus longues avec l'arrivée de l'hiver, mais son lit n'en était pas moins engageant quand il pénétra sa chambre. Les serviteurs gardaient le feu constamment allumé pour garder la pièce aussi chaude que possible, et il en était reconnaissant en se déshabillant. Il se glissa sous les couvertures et s'installa sur le côté gauche, et sentit le poids du crucifix sous sa robe de chambre. Il tendit la main vers le col de sa robe, attrapa la fine chaîne d'argent, et sortit le crucifix pour l'observer.

La lueur du feu fit briller l'argent, bien qu'être perpétuellement porté en avait terni l'éclat. Il ne comprenait toujours pourquoi il ne l'avait jamais retiré. Pourquoi le garder, alors qu'il n'avait plus aucun besoin de l'amour de Dieu ? Parce que sa mère le lui avait donné ? Non, elle l'avait glissé autour de son cou mais l'avait obtenu de quelqu'un d'autre, et voulait le lui rendre, mais cette personne avait été introuvable.

Avec un soupir Gabriel le rangea dans son col et s'installa sur son matelas pour dormir le reste de la nuit et la journée suivante. Il repoussa toute pensée du dieu qu'il suivait autrefois à l'arrière de son crâne : il s'en occuperait un autre jour.


Pourquoi es-tu toujours en colère, Gabriel ?

Parce qu'Il m'a tout pris sans rien donner en retour.

Il ne t'a pas obligé à tuer sa femme. Il n'a pas gardé ton fils loin de toi. Il ne t'a pas enlevé à ta famille quand tu n'étais qu'un nourrisson. Il t'a donné le pouvoir de vaincre Satan. Il a autorisé le destin à changer. Il a permis que tu sois réuni avec les parents qui t'avaient perdu, et avec le fils dont tu ignorais l'existence. Alors encore une fois, pourquoi es-tu toujours en colère contre Lui ?

Je ne veux plus combattre Ses batailles.

Nul ne te le demande, Gabriel.

Si, Lui ! Ou est-ce que ces autres « tâches » sont simplement aller puiser de l'eau et Lui repriser Ses chemises ?

Il sait aussi bien que toi que Lucifer et Zobek ne te permettront pas de vivre ta vie. Ils viendront pour toi, Gabriel, peu importe que tu te caches. Tu le sais.

Ne peut-Il les arrêter ?

Non, Gabriel, il en est incapable. Lucifer n'a pas écouté sa Voix depuis des millénaires, et Zobek dispose de son libre-arbitre, comme toi.

Libre-arbitre de m'attaquer quand il le souhaite.

Je suis désolé, Gabriel, réellement. Je sais que tu souhaites simplement vivre en paix, mais tant que tes tâches ne seront pas achevées, ce sera impossible.

Que dois-je faire ?

Exactement ce que tu as fait, Gabriel. Profite de ta famille, aime ton fils, apprend ce que tu peux. Plus fort tu seras, meilleures seront tes chances lorsque le temps viendra.

Pouvez-vous au moins me dire quand il viendra ?

Un moment de silence, et : Tu as quelques années, au moins. Ensuite, je ne sais pas.

C'est mieux que ne rien savoir. Au moins ai-je du temps.

Use le bien, Gabriel. Et dors à présent : tu as encore beaucoup à faire.

La voix tomba dans le silence, et Gabriel eut vaguement conscience d'une main qui passait dans ses cheveux en sombrant dans un sommeil profond.