Chapitre 26 - Les mots magiques
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- Bonjour Ziva, déclare-t-il.
La jeune femme se tient en retrait. À l'entente de son nom, elle redresse la tête. Ses yeux rencontrent un instant les siens. Puis subitement elle se détourne. Il la sent prête à partir à tout moment.
- Viens, dit-il.
Elle ne bouge pas. Rien ne prouve qu'elle l'ait entendu.
- Ziva, recommence Tony, je ne vais pas te manger.
Il tape sur le lit.
- Viens là, demande-t-il, s'il te plaît.
Cette fois, elle réagit. Tête baissée, bras repliés contre sa poitrine, elle approche. Elle a un air apeuré qu'il ne lui a jamais vu. Ce n'est pas la Ziva qu'il connaît. Il fait face à une étrangère.
De toute manière, jusqu'à présent, personne n'a réagi comme il en a toujours eu l'habitude. McGee s'affirme et Ducky déprime. Alors une Ziva détruite, ce n'est pas si surprenant. Il n'y a cependant pas de quoi se réjouir.
Elle s'arrête à un mètre de lui. Elle lui fait face. Elle fixe obstinément le sol. Ses cheveux lâches retombent devant sa figure. Il constate qu'elle a maigri. Terriblement. Il a l'impression de se voir il n'y a pas si longtemps.
- Pitoyable.
Il a dit ça sur un ton neutre. Il en constate rapidement les effets. Des frissons la parcourent. Son visage déjà perdu s'assombrit. Paradoxe quand on voit sa pâleur. Sa tête se baisse un peu plus. Elle amorce un demi-tour.
- C'est comme ça que ça a commencé, dit-il en la retenant par le bras.
De surprise, elle se redresse. Elle lui lance un regard perdu. Il l'attire près de lui. Il l'oblige à s'asseoir sur le lit. Elle s'installe mal à l'aise. Elle évite à tout prix le contact visuel. Sa main droite toujours sur son bras, il l'empêche de partir.
- Regarde-moi, Ziva.
Elle détourne la tête. Il lève son autre main à la hauteur de son visage. Il l'oblige à lui faire face.
- Regarde-moi, s'il te plaît.
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Ce sont des mots magiques. Il voit ses paupières s'ouvrir. Ses prunelles sombres se découvrent enfin.
Il dégage une mèche de cheveux de sa figure. Ses deux mains viennent encadrer son visage. Elle le regarde vraiment maintenant.
Il sourit.
- C'est mieux comme ça, tu ne crois pas ?
Elle ne répond pas.
- Tu sais de quel jour il s'agit.
C'est une affirmation. Elle ne comprend pas comment il peut le savoir.
- Je te connais.
Ce n'est pas vraiment une réponse. C'est cependant la vérité. Ils se connaissent si bien qu'un simple regard vaut pour eux tous les discours du monde. Du moins, jusqu'à Diane. C'est là qu'est le problème.
- Tu me connais, Ziva, dit-il, autant que moi je te connais. Nous avons tous été aveugles. Cela ne veut pas dire que nous ne nous comprenons pas. Tu es la personne la plus proche de moi, tu le sais. Tout le monde le sait d'ailleurs. Tu te fais des reproches, c'est légitime, mais tu ne devrais pas te laisser aller.
Il ne prononce pas le mot mourir, mais le sous-entendu est là. Il marque une pause le temps qu'elle assimile ses paroles. Puis il reprend.
- Ziv', cesse de t'en vouloir.
Il laisse passer un instant.
- S'il te plaît, ajoute-t-il.
Un diamant roule sur la joue de sa compagne. Il essuie sa course de son pouce. Il se penche vers elle. Il colle ses lèvres contre son oreille.
- Je te pardonne, souffle-t-il.
Il sent ses muscles se relâcher. Il ne la voit pas, pourtant il sait qu'elle ferme les yeux. Il l'attire contre lui, l'enveloppant dans une étreinte protectrice. Elle l'entoure de ses bras à son tour. Il sent les larmes couler et imbiber son vêtement. Il la berce tendrement.
- C'est fini, murmure-t-il. Ça va aller maintenant. Tout ira bien.
Elle se laisse aller, blottie contre lui.
- Tout va s'arranger, continue Tony.
Et pour la première fois depuis son réveil, les mots sonnent vrais.
