Tonksinette : les chaussons lapins ? cadeau d'Arthur, bien sûr ! Ne m'en parle pas, du capharnaüm, lol. C'est le bazar à écrire, il y a tellement de persos !

Theod : bien sûr que les disciples ne pouvaient pas attendre ;). Ils avaient besoin de savoir ce qui se passait ! La déconfiture face au Maître... c'était très drôle à écrire. C'est clair que ça casse l'image qu'ils avaient de Merlin sur l'Ile des Bénis ! Mais en même temps, ça remet les choses à leur place... Merlin n'est pas un dieu, quoi. La crise, oui, c'est un peu entre "oh, le pauvre" et "mdr"... c'est clair que Merlin a le chic pour être un spectacle à lui tout seul ;) En tout cas, Morgane et Arthur font équipe pour l'aider (vive la Team Pendragon). Arthur est devenu très intuitif... mais non, il ne fait toujours qu'entrevoir, que ressentir les choses pour l'instant ;)

Valir : ah non, je confirme, le "style Merlin" n'a rien à voir avec le fait d'être gay ou non XD. C'est juste le "style Merlin", quoi. Morgane a eu la honte, la pauvre, elle ne voulait pas dire à ses disciples à quoi ça ressemblait chez elle, et ils l'ont grillée, les curieux ;). Excalibur... tu verras ! ;). C'était pas toi qui me disais au début de l'épisode que tu rêvais de voir cette scène ?

Fukan : looool. Non, on va éviter la rencontre entre la Team Pendragon et la Team Knight pour l'instant ;). Faudrait pas nous les tuer, les deux héros! Sinon, triste... oui et non. C'est un peu la galère, mais au moins personne n'est seul dans la galère...;).

Ma : t'inquiète, c'est pas fini ! déjà il n'y a pas de Galaad, pas de dragons, pas de magie... je vous ai promis tout ça ;). Et ils se retrouveront tous sur l'Ile des Bénis à un moment donné, mais pas au premier voyage (expérimental) ;).

Ruby : tu AS des chaussons lapin ! C'est génial ! Vous êtes des fous, les fans de Merlin ! Comment je kiffe XD. Celui des Monty Python c'est clair que c'est le meilleur lapin de tous les temps ! Sinon je rigole toujours à tes idées... mais pour l'anniversaire de Merlin, tu verras ;).

Violette : déstabilisée par Merlin colocataire d'Arthur ? Bah, tu sais, à la maison... c'est un peu comme dans les appartements d'Arthur au bon vieux temps, quoi. Arthur ne marche pas vraiment sur les pieds de Merlin... il l'occupe ;). Ce qui te rend mal à l'aise, c'est certainement que Merlin est un peu à l'ouest avec ses crises d'angoisse... c'est parce qu'Arthur "s'approche" des souvenirs qu'il rejette en recréant leur ancien fonctionnement, et qu'il est en mode stress/fragile (normal aussi sans sa magie). Ca ne durera pas, il va la retrouver ;). Le métier de Merlin... non, pas dans le cinéma.

Allie1207 : Dans cette fic Morgane et Arthur ont la même mère (Ygraine) en plus d'avoir le même père (Uther). Leurs parents n'étaient pas mariés. Morgane est l'aînée, ses parents vivaient ensemble à sa naissance, son père l'a reconnue et lui a donné son nom : Pendragon. Quand Ygraine est tombée enceinte d'Arthur elle l'a quitté et Uther n'a pas reconnu Arthur qui porte le nom de sa mère : Dubois.

Shmi : oui sur l'île ce sera explosif, c'est clair ;)

Julie : c'est clair ! Oh, tu sais, Gwen est au courant depuis le temps que son mari est un peu gay ;) ça parlait autant à Camelot qu'au lycée sur les deux compères... elle est habituée ;).

Legend : c'est clair que Merlin ressemble plus à un gosse de 10 ans qu'à un ado de 17 par moments ;). Mais on l'aime bien aussi pour son petit côté tombé de la lune qu'il a de temps en temps ;). Il est le seul qui n'évolue pas vraiment mais tu connais Merlin. Il a l'air d'être attardé et d'un seul coup on découvre que c'est un génie ;). Morgane a trouvé une bonne méthode avec Arthur (le sous-entendu...) Tu m'étonnes qu'il va mourir sur l'Ile (imagine : Merlin face à Excalibur. L'objet qui a tué Arthur.).

Lele35 : non, mais là, les disciples s'arrachent les cheveux lol

Lena : c'était bien ça l'idée, utiliser mes chers reviewers en guise de personnages principaux XD. Non mais Mordred ça va venir dans cette fic, laisse-moi juste le temps ;). Merlin, nounou-conseiller-majordome d'une seule personne ? Non non, tu te trompes, il en aura bientôt deux à charge ! (eh oui, le père ET le fils ! Lol).On est d'accord : Galaad, à l'âge de raison, ce sera de la crème comparé à Arthur... dès l'âge de 3-4 ans, je pense qu'il sera beaucoup plus autonome que son père. Mais bébé... bébé, quoi. Imagine bébé Galaad deux minutes. Avec sa copine Mina ;). Capables de s'envoler, de faire exploser un immeuble... LOL. Tu crois quand même pas que c'est Gwen qui va gérer ça ? La pauvre... sans magie, elle peut pas ! Tata Morgane a gagné le droit d'être un peu en vacances ;)

Arthur est-il capable de mettre son slip tout seul le matin ? Réponse : il met des boxers mdr

LolOW : qui ose t'énerver par mail les dimanches ? Vade retro, impies, enlevez vos griffes de ma revieweuse fétiche ! Mithian-Gauvain redémarre sur les chapeaux de roues (tu as quelques chaps devant toi pour les voir évoluer;)), Arthur et Merlin sont amis (et vont l'être de plus en plus). Gwen est l'unificatrice (bis) d'Albion qui se tape tout le travail pour son mari pendant qu'il a l'importante tâche de résoudre des équations merthuriennes. L'histoire des souvenirs de Morgane, je n'en suis même pas encore là ! Mais tu verras, j'aborderai cette partie bientôt ;). En attendant, oui, Dame Morgane ma Championne est une galérienne de l'extrême dans les rudes réalités de l'avenir mais plus obstinée qu'elle tu ne trouveras pas. Et Mordred, il est puni...pour l'instant. Quant à Merlin, c'est bien le problème, et au stade où on en est il n'est toujours pas résolu malgré les efforts concertés de la Team Pendragon ! Y'a du pain sur la planche...

MERCI A TOUS POUR LES COMS (constatez mes réponses à vos coms font presque un mini chap en soi ;))

Tout de suite, un autre dîner attendu chez Gwen Smith qui a décidé de mettre les bouchées doubles.

Dans le prochain chapitre, nous continuerons à suivre les aventures de la "Team Knight (chef de file : Queen Gwen)", et vous découvrirez un nouveau personnage ! Devinez qui ?

CHAPITRE 25

Léon était impatient de se rendre au dîner où il avait été invité par Gwen Smith et Lancelot Dulac.

Il avait eu un véritable coup de cœur pour le couple, dont la gentillesse et la bonne éducation lui avaient fait très forte impression. Léon était un solitaire par contrainte, et non par choix. En tant qu'inspecteur, il travaillait souvent seul sur ses enquêtes, et en tant que policier, ce n'était pas toujours facile, pour lui, de se faire de nouveaux amis en-dehors du travail. Mais il sentait, que cette fois-ci, les choses allaient être différentes, et il était tout à fait certain qu'il allait passer une très bonne soirée en compagnie de ces deux personnes.

Il arriva à la porte du 22, Bayswater Road en apportant avec lui une très bonne bouteille de vin, et fit sonner le carillon avec entrain.

Ni Gwen, ni son compagnon, ne vinrent lui ouvrir la porte. Au lieu de ça apparut un homme aux cheveux mi-longs, le visage mangé par une barbe de trois jours, dont les dents blanches, étincelantes, l'aveuglèrent d'un sourire dès lors qu'il eut posé les yeux sur lui. Léon comprit aussitôt qu'il l'avait déjà vu quelque part, et le souvenir d'un étrange établissement afflua à sa mémoire. On y buvait énormément de bière, on y jouait aux dés, et cet homme-là y était un grand habitué. Il croyait se souvenir que c'était à la fois la coqueluche des serveuses... et la hantise du propriétaire... mais pourquoi les bancs de ce bar étrange étaient-ils en bois ? Et pourquoi y avait-il de la paille répandue sur le sol, comme dans une écurie ? Ce n'était vraiment pas hygiénique...

-Bonjour... Léon Knight... je suis bien chez mademoiselle Smith ? dit-il, en secouant la tête, pour s'arracher à ses étranges pensées, et revenir au temps présent.

-Mais oui, mon capitaine, c'est ici, chez mademoiselle Smith. Je suis un ami à elle : Gauvain Strenght. Ca me fait vraiment très plaisir de vous rencontrer, Léon Knight.

Gauvain serra la main de Léon avec un immense enthousiasme, et celui-ci se vit obligé de rectifier, avec amusement :

-Je ne suis pas... capitaine. Seulement... inspecteur. Et je ne suis pas en service. Donc... ce sera juste Léon.

-Alors, comme ça, Léon, dans cette vie, ton job, c'est de mettre les truands en prison, fit Gauvain, visiblement amusé. C'est assez drôle, quand on y pense. La garde... la police... bon, ils ont un peu amélioré la sécurité des prisons depuis le temps, j'imagine ? Parce que, pour ce qui était de la nôtre... un véritable moulin! Alors quand même, je voulais te dire : j'espère que tu n'es pas trop dur avec les petites frappes que tu pinces,... surtout, pour certains délits mineurs sans grande méchanceté. Par exemple, pour les tricheurs...

-Les tricheurs ? dit Léon, un peu perdu.

-Oui, ceux qui pipent les dés... ou qui comptent les cartes au Casino..., expliqua Gauvain.

-Oh, mais je ne m'occupe pas de ce genre d'affaires, répondit Léon en riant. Ce sont des services de sécurité privés qui s'en chargent.

-D'accord, mais selon moi, les amendes pour ivresse sur la voie publique ne devraient pas être aussi lourdes..., qu'est-ce que tu en penses, mon ami ?

-Pour les cheva...

Léon s'interrompit en prenant conscience de ce qu'il disait. Pourquoi parlait-il de chevaux ? Ca devait être à cause de cette histoire de paille sur le sol.

-Pour les automobilistes, se reprit-il, toujours près à militer pour la sécurité routière, un taux d'alcoolémie trop élevé peut s'avérer très dangereux. La vie de malheureux piétons, ou de conducteurs sobres, peut très bien se retrouver en péril à cause d'un abus d'alcool au volant...

-Non, mais tu as raison, tu sais ça ? Piloter un cheval, quand on est soûl comme un coing, c'est moins facile que ça en a l'air. Je me souviens, une fois...en sortant du Soleil Levant...

-Vous avez déjà fait de la prison, non ? demanda Léon, en fronçant légèrement les sourcils.

Parce que la mémoire de ce visage-là derrière des barreaux lui revenait très nettement (mais pourquoi diable y avait-il aussi de la paille par-terre dans cette image-là ? Et pourquoi aurait-il été en train de rire avec un homme en garde à vue ? Ce n'était pas du tout son genre).

-Moi ? Nooon, pas vraiment. Ce n'était rien qu'une nuit au mitard. Du grabuge dans une tav... je veux dire, dans un bar de la place. Qui avait dégénéré en bagarre. Rien de trop, trop méchant.

-Léon ! s'exclama une voix féminine enchantée, interrompant leur conversation.

Léon se retourna pour faire face à une belle jeune femme brune, aux yeux espiègles et brillants, dont le visage lui semblait vaguement familier. Elle portait une robe écru, à la mode médiévale, et elle avait arrangé artistement les boucles de ses cheveux autour de son visage. Il eut une vision d'elle, descendant d'un cheval dans une cour pavée, après avoir remonté son voile pour découvrir ses traits angéliques, obligeant tous les hommes présents à retenir leur souffle face à tant de grâce... Puis, le décor changea, et il la vit à nouveau, cette fois, dans une grande salle, assise sur un trône, entourée de vieillards en robes pompeuses, surplombant d'un air royal la délégation qui était venue la trouver pour lui demander... lui demander quoi ?

-Ca me fait tellement plaisir de vous revoir. N'écoutez pas ce que raconte Gauvain. Il a tendance à dire n'importe quoi... surtout lorsqu'il s'agit d'alcool.

-Ma princesse Parisienne... Mithian, dit Gauvain, en présentant sa belle à Léon.

Celui-ci sourit, une nouvelle fois, ébloui par la demoiselle.

-Enchanté, mademoiselle, dit-il en s'avançant vers elle. Vous êtes...

-Déjà prise, s'exclama Gauvain, en passant son bras autour des épaules de Mithian.

Elle lui asséna un coup de coude bien senti en retour, lui arrachant un "aïe" ! indigné.

-J'allais dire, ravissante, reprit Léon, subjugué, en hochant la tête à l'attention de Mithian.

-Merci beaucoup, Léon. Vous êtes charmant, comme toujours, lui répondit la jeune femme. Laissez-moi donc vous escorter à table.

Et elle lui prit le bras pour l'entraîner au salon.

Léon fut forcé de lutter contre le sentiment de familiarité croissant qui l'envahit peu à peu, comme une vague, lorsqu'il entra dans la pièce, mais celui-ci refusa de le quitter. Il s'approcha de la table ronde, au centre de laquelle trônait le cuissot de sanglier, la sauce, et les divers accompagnements magnifiquement présentés dans leurs plats; les arrangements en guirlandes de feuillages avaient été disposés à l'ancienne mode sur les nappes rouges, et des dizaines de candélabres répandaient leur lumière tamisée.

C'était étrange, cette table ronde, croulant sous les victuailles, pensa Léon, profondément intrigué. Pendant les conseils, il ne se souvenait pas qu'il y ait eu quoi que ce soit à se mettre sous la dent, et définitivement, les tables de banquet avaient toujours été rectangulaires. Après s'être fait cette réflexion, il resta perplexe pendant quelques instants en se demandant ce qu'il pouvait bien avoir en tête ce soir. Quelles tables, quels conseils, quels banquets ? D'où lui venaient ces images qui dansaient dans sa tête ?

Puis, il tomba une nouvelle fois en arrêt lorsque son regard se fixa sur ses hôtes. Assis côte à côte, à table, aux places d'honneur, se tenaient Gwen et Lancelot, parlant à voix basse. Elle occupait la place centrale, il se tenait à sa gauche. Elle portait une robe somptueuse, d'un bleu roi absolument stupéfiant. Les boucles de ses cheveux étaient fantastiquement arrangées sur ses épaules, et une corde tressée entrelacée de fils d'or ornait son front. Son compagnon avait échangé son costume impeccable contre une chemise élégante et décontractée, qui lui donnait l'air d'un chevalier des temps anciens.

Lorsqu'ils remarquèrent sa présence, ils interrompirent aussitôt leur conversation pour se tourner vers lui.

-Léon ! dit Gwen, avec un sourire. Bienvenue dans notre modeste demeure. J'espère que vous trouvez le décor à votre goût.

-C'est... magnifique, dit Léon, sincèrement. Et vous êtes... extraordinaire, Madame. On croirait la châtelaine d'un conte médiéval, je trouve cela... vraiment fascinant. J'ignorais qu'il s'agissait d'une soirée à thème, en réalité.

-J'aime les ambiances originales quand j'organise un dîner à la fin de la semaine, répondit Gwen, courtoisement. Pour changer du train train quotidien et voyager tout en restant chez soi ?

-C'est... vraiment très réussi, la félicita-t-il.

Puis il brandit son cadeau.

-J'ai apporté... une bouteille de vin.

-Oh, merci, c'est si gentil à vous, s'exclama Gwen. Nous attendons encore un autre invité, mais il m'a appelée tout à l'heure pour me prévenir qu'il aurait du retard. Lancelot... si nous commencions par goûter ce vin avant de passer à table ?

-Excellente idée, dit l'intéressé.

Léon fit quelques pas à travers la pièce, et remarqua un tableau, couvert d'un grand drap noir, qui ressemblait à celui qu'il avait dans son bureau.

-Un outil de travail ? demanda-t-il à Gwen, étonné.

-Oui, on pourrait dire ça, lui répondit-elle, d'un ton mystérieux.

Lancelot revint avec les verres, Gauvain déboucha la bouteille, et les deux hommes s'occupèrent de servir tout le monde.

Lorsqu'ils eurent terminé, Gwen éleva sa coupe, et dit, d'une voix forte :

-Ce soir, je voudrais porter un toast. A Arthur.

-A Arthur, répétèrent Gauvain, Mithian et Lancelot, avec passion.

L'espace d'un instant, Léon vit l'image du salon se distordre sous ses yeux, pour révéler une autre pièce, pleine de tables de banquets (rectangulaires, définitivement), où festoyaient des dizaines de personnes. En bout de table, vêtue d'une robe presque identique à celle qu'elle portait aujourd'hui, se trouvait Gwen, qui élevait sa coupe, et portait un toast identique, son regard noir, amoureux, rivé sur celui qui était assis à ses côtés... Un jeune homme blond, aux traits décidés, aux yeux brillants, dont le front était ceint d'une couronne. L'inspecteur troublé cligna des yeux, lorsque sa vision se dissipa aussi soudainement qu'elle était apparue, et il fut obligé de faire un pas en avant pour ne pas perdre l'équilibre.

-Léon ? dit Mithian, en posant une main sur son bras, avec sollicitude. Est-ce que tout va bien ?

-Oui, très bien, je vous remercie, répondit-il, en secouant la tête, perplexe.

Il avait peut-être eu une semaine fatigante... mais de là à avoir des visions ? C'était vraiment étrange. Sa mère lui avait peut-être donné une éducation d'un autre temps... mais il ne pensait pas avoir tant d'affinités avec le monde médiéval... Les séries historiques l'avaient toujours ennuyé ! Il n'avait plus regardé un seul film de cape et d'épée depuis l'âge de six ans !

Il goûta le vin, et ramena son attention sur ses hôtes.

Gwen était vraiment magnifique. Il avait l'impression qu'elle étincelait. Cette robe d'un bleu profond mettait en valeur son port de tête altier... son regard était fier et indomptable... Elle ressemblait à une Reine. .

-Et donc, reprit-il, subjugué, pour faire plus ample connaissance. Lancelot et vous, êtes...ensemble depuis longtemps ?

-Lancelot et moi ne sommes pas ensemble, Léon, dit Gwen, avec un regard étonné, comme si c'était une évidence.

-Oh, pardonnez-moi. J'ai cru... que vous formiez un couple. Vous me semblez... si bien assortis tous les deux.

Gwen posa une main affectueuse sur l'avant-bras de Lancelot.

-Lancelot est un ami très cher, reprit-elle, ses yeux noirs, brillants, ensorcelants, fixés sur Léon. Il connaissait très bien mon mari, voyez-vous. Tous les deux travaillaient ensemble.

-Oh, vous êtes mariée ? dit Léon, étonné. Vous semblez si jeune, c'est très surprenant.

-J'étais mariée, répondit Gwen, d'un ton solennel. Mais... mon mari est mort, vous ne le saviez pas ?

-Mon Dieu, c'est affreux..., s'excusa Léon, incapable de détacher son regard de celui de la jeune femme.

-Il s'appelait Arthur, dit-elle, en le capturant plus étroitement encore dans le puits sans fond de ses yeux. Peut-être l'avez-vous connu ?

Léon sentit sa tête lui tourner, alors qu'il revoyait l'homme portant la couronne, au bout de la table du banquet... Il semblait si vivant, si souriant, et si jeune... Comment pouvait-il être mort ? Léon le vit échanger un regard avec la jeune femme de sa vision, celle qui ressemblait tant à la Gwen qui se tenait devant lui... Etait-ce Gauvain, qui se trouvait deux places plus loin, en train de battre des mains, et de rire ? Et aux côtés d'Arthur ! Cet homme brun ne ressemblait-il pas à Lancelot ?

-Sire Léon... est-ce que vous vous sentez bien ? dit Gwen, en faisant un pas vers lui, et elle ressemblait tellement à l'alter ego de sa vision, qu'elle paraissait tout droit sortie des imaginations fantasques de son esprit surmené.

Etait-elle une apparition ? Se trouvait-il vraiment au 22 Bayswater Road... ou ailleurs ?

Un bruit assourdissant pulsait à ses oreilles.

-Arthur... , répéta-t-il. Je..., c'est étrange, mais...comment...

Gwen se pencha vers lui, l'hypnotisant littéralement; son regard noir remplit le champ de vision de Léon; et soudain, elle souffla avec force :

-Le Roi est mort. Longue vie au Roi. Longue vie à la Reine.

Léon sentit ses paroles exercer sur lui une violente poussée. Et soudain, il se trouva emporté dans un véritable tourbillon d'images.

Il vit la salle du trône, où se trouvaient assemblés les membres de la Cour, la lumière, qui pénétrait à flots par la fenêtre, et le prince Arthur, agenouillé, qui recevait le signe de sa royauté avec déférence pendant qu'une voix solennelle s'exclamait : «Par les pouvoirs investis en moi, je vous couronne, Arthur Pendragon, Roi de Camelot ».

"Longue vie au Roi !" s'exclamait Léon, et malgré le deuil dans lequel il se trouvait, celui du père d'Arthur, qui venait de mourir, son cœur était rempli de joie, parce qu'il savait, que l'homme qui montait sur le trône aujourd'hui était digne de gouverner le peuple, qu'il le ferait avec bonté et justesse, et que son règne serait heureux et prospère. Malgré toute la loyauté avec laquelle il avait servi le vieux Roi, c'était à ce prince porteur de tant d'espoirs, et de tant de rêves, qu'allait sa fidélité profonde... Comment en aurait-il été autrement ? Il incarnait le courage et la noblesse mieux qu'aucun autre avant lui.

Longue vie au Roi ! résonnait dans la grande salle, et dans le cœur de Léon.

Puis, sa vision se modifia légèrement; même endroit, même foule, mais maintenant, c'était la magnifique jeune femme dont le visage remplissait tout son champ de vision, celle avec laquelle, enfant, il avait chassé la grenouille, qui se relevait avec majesté dans sa robe bleue, stupéfiante, tandis que résonnaient les mots : «Par les pouvoirs investis en moi, je te couronne, Guenièvre, Reine de Camelot ».Léon fut aveuglé par la vision du Roi et de la Reine côte à côte, la main dans la main, sous les tonnerres d'applaudissements de la foule... il sentit ses frères d'armes à ses côtés, il éprouva la joie qu'il ressentait à appartenir, à cette garde, à ce royaume, à cette famille...

Et il tomba à la renverse.

Gauvain le reçut dans ses bras en disant : « strike ».

(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo ooooooooooooooooooo)

C'était un plan qu'ils avaient mis au point après le fameux soir où Gwen les avait réunis autour de la table ronde, en affirmant d'un ton résolu :

-Je pense qu'il est grand temps que nous parlions d'Arthur.

Comment Arthur ne leur était-il pas revenu plus tôt en mémoire, alors qu'il était tellement important ? Après que Gwen ait laissé tombé cette phrase, les souvenirs avaient commencé à affluer dans les esprits de chacun d'entre eux très spontanément, comme si évoquer son nom à haute voix avait suffi à les débloquer brusquement.

Les aventuriers des souvenirs perdus s'empressèrent de partager leurs trouvailles immédiates à voix haute pour relier entre eux les éléments de ce qu'ils appelaient le grand caléidoscope.

Leurs mémoires étaient toujours morcelées, même si elles s'amélioraient grâce à l'exercice qui consistait à les solliciter le plus souvent possible, mais en ajoutant les éléments les uns aux autres, ils parvenaient toujours à se faire une idée plus précise de la personne qu'ils évoquaient, du moment où ils avaient son nom comme point de départ.

Gauvain se rappela d'une bagarre de taverne, celle où, il en était certain, il avait rencontré Arthur et Merlin pour la première fois, et il éclata de rire en se souvenant de la scène. «Ils formaient une sacrée paire, tous les deux ! », s'exclama-t-il, enchanté. «Arthur, toujours prêt à foncer au-devant des ennuis tête baissée, et Merlin, toujours après lui, à lui dire que ça ne sentait pas bon sans qu'il veuille l'écouter !».

A ces mots, Mithian se souvint soudain qu'elle avait failli épouser Arthur, et qu'elle s'était vengée de la manière dont il avait refusé son offre de mariage en le battant froid quand il était venu l'implorer de lui fournir des victuailles pour son peuple quelques mois plus tard.

«C'est vrai que Merlin était presque tout le temps avec lui », réalisa-t-elle en écarquillant les yeux. «D'ailleurs je me souviens qu'Arthur lui faisait porter toutes ses affaires. Ce qu'il lui en avait fait baver à ce fameux pique-nique ! A droite, non, à gauche, déplace-moi ça de l'autre côté, la vue est meilleure... Mais il l'écoutait vraiment, l'air de rien. Merlin n'était pas d'accord du tout pour le mariage, parce qu'il pensait qu'Arthur était amoureux d'une autre... et que les mariages n'étaient pas faits pour former des alliances politiques...ce cher Merlin ! Si avant-gardiste pour cette époque !».

Quand la mémoire de ce détail lui revint, Mithian réalisa brutalement qu'elle n'était pas un chevalier dans sa première vie, mais une princesse voisine, avec laquelle s'était établie finalement établie une alliance solide.

Après ça, elle resta perplexe un moment en réalisant :

-Mon Dieu, ce n'est pas possible ! Je voulais vraiment me marier, quelle horreur ! Heureusement que ça n'a pas marché ! Vous imaginez ce que je serais devenue ?

Puis, elle jeta un regard à Gwen, et s'exclama, vivement :

-Ca y est, je me souviens ! C'était toi, la femme dont Arthur était amoureux ! Seulement, tu n'étais pas là quand je suis venue voir Arthur en visite... à cause...

-A cause de ce qui venait de se passer entre nous, compléta Lancelot, d'un ton très embarrassé.

-Tu as piqué la fiancée d'Arthur ? Toi ? dit Gauvain, incrédule, en regardant Lancelot. Ma parole, tu n'étais pas le même homme... je serais incapable de t'imaginer faire une chose pareille aujourd'hui !

-Je ne comprends pas ce qui s'est passé, murmura Lancelot, troublé. Moi aussi, je me souviens d'Arthur. Je me souviens de son idéalisme, de son courage, de sa volonté de juger chaque homme selon la noblesse de son cœur, et non selon celle de son titre... Je me souviens que je l'aimais, que je l'estimais, et que je l'aurais suivi n'importe où, parce que je le considérais comme infiniment supérieur à moi.

-Et vous, Lancelot, il vous admirait, dit doucement Gwen, en lui adressant un geste de réconfort. Et il vous considérait comme un grand ami.

-Et pourtant, tu lui as piqué sa fiancée, s'exclama Gauvain, avec un vaste sourire...

-Gauvain, ça suffit, dit Gwen, en fronçant les sourcils.

-Non, mais c'est quand même remarquable ! Notre Lancelot ! claironna Gauvain, incrédule. Si galant ! Si sage, si sérieux ! « Non, moi, je ne touche pas à une goutte d'alcool ! ». "Tiens, je vais te montrer comment on se sert d'un égouttoir !" Je le savais bien que tu ne pouvais pas être aussi parfait ! C'est énorme. Tu as volé la femme du Roi. Tu vois que les légendes...

-Gauvain, assez ! gronda Gwen, en tapant du poing sur la table, courroucée.

Gauvain referma la bouche, penaud.

-Non, mais c'était juste pour dire... fit-il, plaintivement.

-Nous avons compris ce que tu essayais de dire, rétorqua Gwen, avec autorité. A ton tour de comprendre que ce n'est pas drôle, parce que...

Elle secoua la tête, et poursuivit, la voix cassée :

-Lancelot est mort à cause de ça.

Gauvain regarda son ami, hésitant, et demanda d'un ton désorienté :

-La première fois, ou la deuxième ?

Gwen leva les yeux au ciel.

-Gauvain ! s'exclama-t-elle.

-En tout cas, moi, je me souviens qu'Arthur t'a épousée quand même, dit Mithian, à Gwen.

-Oh ! Oui ! Je m'en rappelle ! J'y étais, s'exclama Gauvain.

Et alors qu'ils parlaient ensemble, la cérémonie du couronnement, puis celle du mariage, leur revint en mémoire, reliées entre elles par les similitudes que comportaient les deux scènes.

Ils les ajoutèrent au tableau, et en-dessous d'Arthur, ils écrivirent en grand : NOTRE ROI. Lancelot écopa d'un Mort N°1 et d'un Mort N°2 suivis de beaucoup de points d'interrogations, tandis qu'une flèche MARIAGE reliait les noms d'Arthur et Gwen.

Cette nuit-là, ils partirent se coucher avec en tête des scènes de fêtes et de banquets.

Ce fut de là que naquit l'idée de transformer le dîner du vendredi soir en une sorte de reconstitution historique, destinée à récupérer la mémoire de Léon et de Perceval au plus vite.

-Allons-y pour l'électrochoc, avait décidé Gwen. Utilisons les éléments des souvenirs que nous avons retrouvés pour tenter de mettre en place un décor le plus fidèle possible à celui d'origine. Je suis certaine que ça aidera pour la stimulation.

Ils furent obligés de faire plusieurs magasins pour que Gwen et Mithian réussissent à dénicher des robes conformes à celles de leurs souvenirs, et les deux jeunes femmes souffrirent physiquement pour réussir leurs coiffures (Mithian, bien sûr, ne cessa de se lamenter : « mais combien de temps perdait-on avec ce genre de sottise à l'époque ? »). Pour ce qui était de la table, les choses furent un peu plus simples, car ils se souvenaient tous plus ou moins de ce à quoi ressemblait la salle de banquet du château. La décoration fut presque amusante à réaliser, et les talents de Lancelot en cuisine s'avérèrent très utiles pour retrouver la manière idéale de préparer le sanglier.

Mais pour ce qui était de Léon, ils n'avaient même pas eu besoin de faire appel à la mémoire de son palais...

«Strike », avait dit Gauvain, lorsque Léon s'était effondré, et il n'avait pas tort.

Le problème étant que l'inspecteur de police semblait souffrir de « l'effet AVC » qui avait foudroyé Gaïus, et qu'ils avaient un infirmier méfiant qui était censé arriver d'un instant sur l'autre.

-Je pense que ça a marché, dit Lancelot, avec un sourire, en se penchant au-dessus de Léon à demi inconscient.

-Notre Reine n'y va pas de main morte quand elle a décidé de provoquer un électrochoc à l'un de ses hommes, acquiesça Gauvain, amusé. Elle nous mène tous à la baguette.

-Surtout toi, Gauvain ! Et elle a bien raison, parce qu'elle ne s'en sortirait pas autrement... Ce pauvre Léon ! reprit Mithian, avec compassion. Vous croyez qu'il va s'en remettre ?

-Mais oui, affirma Gwen. Sur ce coup-là, mieux valait frapper vite et fort. Nous n'allions pas nous retrouver avec deux Perceval. Nous sommes déjà en débâcle alors que nous n'en avons qu'un à traiter...

-Où est notre gigantesque ami, d'ailleurs ? demanda Gauvain. En train de se demander comment décommander ?

-Il avait une urgence à l'hôpital.. Il a appelé pour s'excuser. Il ne devrait pas tarder... mais j'espère que Léon se sera remis de ses émotions d'ici là ! s'exclama Gwen. Sans quoi...nous risquons encore de passer pour...

Ils se figèrent tous les quatre en entendant le carillon sonner, et Gwen jura entre ses dents.

-Ce n'est pas très élégant, ça, ma Reine, se moqua Gauvain.

-Je suis une Reine des temps modernes, répliqua Gwen. Je jure si je veux. Si Perceval trouve Léon évanoui au milieu du salon, il va tous nous prendre pour des sociopathes ! Il faut le bouger d'ici immédiatement...

-Lancelot, montons-le dans la chambre d'amis, s'exclama Gauvain.

Et ils attrapèrent Léon, l'un par les bras, l'autre par les pieds, pour l'entraîner hors de la scène du dîner en peinant sous son poids. "Mais quel mastodonte!" fit Gauvain, à mi-chemin des escaliers. "Tais-toi et porte !" lui répondit Lancelot.

Gwen remit de l'ordre dans sa robe et adressa un regard entendu à Mithian.

-En scène, affirma-t-elle. Et surtout, pas d'allusions bizarres devant Perceval ! Il est déjà persuadé que nous faisons partie d'une secte...

-En même temps, avec nos déguisements, nous avons l'air d'être en pleine soirée privée, nota Mithian en riant.

-Nous essayons de stimuler d'autres zones de sa mémoire, lui rappela Gwen.

-Non, mais tu savais qu'à Paris, il y en a qui organisent des orgies à thème ? Epoque romaine, époque napoléonienne...

-Quelles orgies ? fit la voix de Gauvain, depuis les étages.

-Pas tes affaires ! lui répondit Mithian.

-Oui, eh bien ici, c'est de l'époque Arthurienne qu'il s'agit, dit Gwen, alors que le carillon sonnait une seconde fois. C'est un dîner, pas une soirée privée. Et je te rappelle que le but est d'essayer de provoquer un électrochoc à nos invités grâce à une mise en situation... On se concentre et on y croit. Ca a bien marché pour Léon !

-Oui, mais avec Percy, c'est une autre paire de manches... et vu qu'il n'en porte jamais... dit Mithian en rigolant toute seule.

-Mithian... dit Gwen, je commence à m'inquiéter sérieusement pour toi.

-Ah oui, pourquoi ça ?

-Parce que ton sens de l'humour ressemble de plus en plus à celui de Gauvain ! Si tu continues comme ça, tu seras perdue... !

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-Monsieur Armstrong ! dit chaleureusement Gwen, en ouvrant la porte.

-Bonsoir, mademoiselle Smith, dit Perceval. J'espère ne pas être trop en retard, j'ai...

-...longuement hésité à venir nous rejoindre par peur d'être pris en otage par notre grand gourou ? plaisanta-t-elle.

Perceval loucha sur la robe que portait son hôtesse, et s'empourpra légèrement.

-Oh, dit-il. C'est la première fois que je vous vois habillée comme ça. Vous êtes tellement simple quand vous venez à l'hôpital. C'est... un peu étrange de vous voir toute... apprêtée à ce point-là ? Je veux dire : c'est joli, évidemment. Mais je ne savais pas qu'il fallait porter quelque chose de spécial. Et... est-ce que ce n'est pas... un peu trop ?

Raté pour la mémoire visuelle, pensa Gwen, qui chercha aussitôt un mensonge pour expliquer la robe. Depuis qu'elle avait commencé à se lancer dans la conquête des chevaliers perdus, elle se sentait très proche de Merlin, qui avait passé des années à mentir comme un arracheur de dents pour cacher le secret de sa magie. Mentir, c'était un peu comme de jongler en dansant sur un pied : difficile au début, de plus en plus facile au fur et à mesure qu'on en prenait l'habitude.

Dans sa nouvelle quête, Gwen avait découvert qu'il fallait parfois y aller franchement sur les inventions pour arriver plus vite à ses fins. Après tout, l'histoire du mari mort avait bien fonctionné avec Léon... Avec Perceval, il fallait adopter une stratégie différente, selon elle. Il s'agissait plutôt de rester réaliste, de peur qu'il ne les soupçonne tous d'être un peu fêlés (ce qu'ils étaient, certainement, mais pas dans l'acception psychiatrique du terme, Gwen en était convaincue).

-Je sais que ça peut paraître un peu étonnant, dit-elle, avec un sourire courtois. Mais je suis passionnée de jeux de rôle grandeur nature, et avec mon amie... Mithian... nous participons régulièrement à ce genre de manifestation. Cette tenue... est un souvenir du dernier d'entre eux.

-Circonspection, dit Mithian, qui se tenait juste derrière Gwen.

-Comment ? demanda Perceval stupéfait.

-Circonspection, c'était le nom de notre dernier GN, expliqua Mithian, en entrant dans la danse. C'est assez rare que nous portions des tenues de dames de la Cour pour ce genre d'évènement, parce que nous sommes d'excellentes cavalières toutes les deux, et qu'habituellement, nous jouons plutôt des personnages d'action. Mais cette fois-ci, nous avions des rôles... disons, importants. Gwen jouait une Reine, et moi, une Princesse voisine, et donc, il nous fallait des robes adaptées... dans l'esprit médiéval. Celles-ci nous ont coûté plutôt cher. Et comme nous trouvons ça dommage, de n'utiliser ces costumes qu'une seule fois pour les mettre au placard ensuite... il nous arrive de les porter de temps en temps en soirée. C'est... amusant.

Gwen leva le pouce en direction de Mithian, qui lui fit un clin d'oeil.

-Eh bien, dit Perceval, un peu perdu. C'est surtout... spécial.

-L'univers des GN est spécial, lui répondit Mithian, en haussant un sourcil. Mais fascinant. Vous devriez essayer, un de ces jours. Vous pourriez facilement jouer un chevalier, avec votre gabari.

-Et mon nom, plaisanta Perceval. Comme n'ont cessé de le répéter vos amis, c'était celui d'un des chevaliers de la Table Ronde.

-Avant qu'on ne continue à parler de l'origine de votre nom, je tiens à m'excuser pour vous avoir un peu injurié l'autre jour, poursuivit Mithian. Je ne m'attendais pas à ce que vous mettiez ce pauvre garçon au tapis, et j'ai bien cru que vous lui aviez cassé la tête pour de bon.

-Je ne m'attendais vraiment pas à être victime d'un guet-apens non plus, lui répondit Perceval en riant. Vous êtes... vraiment des originaux, dans la famille de Monsieur Concile... n'est-ce pas ?

Gwen et Mithian échangèrent un regard inquiet.

-Ceci dit, reprit l'infirmier, j'apprends chaque jour à apprécier votre père. C'est un patient très érudit, et très agréable, et c'est pourquoi je pense... que vous méritez une seconde chance après des débuts un peu chaotiques.

-Voilà qui fait chaud au coeur, dit Gwen, en lui faisant signe de la suivre. Nous essaierons de nous montrer à la hauteur. Venez donc vous installer à table. Le sanglier est prêt. Nous n'attendions que vous pour commencer à manger.

Perceval jeta un coup d'oeil au décor médiéval, puis, à Lancelot et Gauvain, qui étaient assis côte à côte, l'air parfaitement innocents.

-Bonjour, lança-t-il.

-Bonjour, Perc...eval, se corrigea Gauvain, quand Lancelot lui flanqua un coup de pied par-dessous la table pour lui rappeler d'éviter de claironner "Percy".

-Ne vous inquiétez pas... ils ont promis de bien se tenir, dit Gwen, d'un ton amusé. Pour ce qui est de Gauvain, nous sommes toujours en train de lui apprendre les bonnes manières, mais ce n'est pas de sa faute... il est Ecossais.

-Je sais me tenir, dit Gauvain, avec un sourire. Quand il le faut.

-Eh bien ! Voilà qui fait plaisir à entendre, affirma Perceval, d'un ton réjoui.

-Un peu de vin ? proposa Gauvain, avec une lueur calculatrice dans les yeux.

Et, sans attendre la réponse, il remplit le verre de Perceval à ras bord, et le regarda porter son contenu à ses lèvres.

-Excellent cru, s'exclama leur invité ravi.

Gwen sourit, et servit le sanglier, puis, la purée de pommes de terre, et la sauce. Alors qu'ils entamaient le repas, les réticences initiales de Perceval s'effacèrent pour laisser place à une pluie d'éloges sur la qualité de la cuisine tandis qu'il dégustait son plat préféré. Gwen nota que Gauvain se faisait un devoir de remplir discrètement le verre de leur invité de telle manière que celui-ci ne s'apercevait pas que le niveau ne cessait de remonter alors qu'il aurait dû descendre. Elle espéra que la technique de l'ivresse fonctionnerait, parce que, pour ce qui était des autres... elles avaient manifestement échoué !

Choisissant la voie de la prudence, Gwen s'occupa de la conversation jusqu'à ce que l'atmosphère soit bien détendue. Elle se laissa complimenter sans scrupules sur ses talents de cordon bleu, alors qu'elle n'avait pas touché aux fourneaux, ce qui fit rire sous cape Mithian et Gauvain. Elle orienta intelligemment la conversation sur l'ONG de Lancelot, avec lequel Perceval se trouva aussitôt un point commun, et les deux hommes se mirent à parler avec animation des soins médicaux en Afrique, du volontariat international, et des projets à mettre en œuvre au Kivu.

Ca faisait partie de la nouvelle stratégie : « Mémoire pour Perceval » : d'abord, se lier d'amitié avec la victime... pour mieux réactiver sa mémoire ensuite...

Ils étaient en bonne voie pour endormir sa méfiance, quand Léon, qui devait avoir repris conscience à leur insu, descendit les escaliers en catastrophe et déboula en plein milieu de la salle à manger en s'exclamant d'un ton paniqué :

-Ma Reine ! C'est vous, c'est bien vous ! Je croyais avoir fait un rêve !

Gwen arrondit les yeux, sa fourchette en suspens à trois centimètres de ses lèvres, et pensa : « Noooooon ». L'électrochoc de Léon semblait avoir très bien fonctionné. Le problème était que Perceval semblait toujours aussi hermétique à toute forme de souvenir... et qu'il s'était déjà tourné vers Léon pour le dévisager comme le nouvel ennemi numéro 1, prêt à lui poser un diagnostic de schizophrénie aiguë (et visiblement plus marqué qu'elle ne l'aurait cru par le harcèlement dont il avait fait l'objet de la part de Lancelot et Gauvain dans les jours précédents.)

Elle réfléchit à tout allure pour essayer de sauver la situation avant qu'il ne soit trop tard, et ses nouveaux réflexes d'improvisation se mirent en branle aussitôt.

Elle se leva de table pour se diriger vers l'inspecteur qui la dévisageait comme une apparition, en s'exclamant d'un ton de tragédienne :

-J'aurais préféré être un rêve... car comment continuer sans Arthur ? Il était notre Roi, notre modèle, notre inspiration, notre cœur, et je crains que sans son courage, le rêve que nous avions bâti ne vienne à s'effondrer, et à sombrer dans le néant ... Perceval, nous ne vous avions pas dit à quel point nous adorons le théâtre ? reprit-elle, en se retournant vers l'infirmier, un sourcil en l'air.

-Non, pas du tout, mais... pourquoi est-ce que ça ne m'étonne pas vraiment ? dit-il, avec un petit sourire.

-Voici notre ami Léon, qui était en train de dormir à l'étage parce qu'il était épuisé au moment où il est arrivé... Léon, cette pièce te tient très à cœur, mais Perceval est arrivé pendant que tu te reposais et nous avons commencé le dîner sans toi. Si nous gardions la répétition pour plus tard ? Tu dois avoir faim, et ton assiette t'attend.

-La... pièce... mais quelle... pièce... ? dit Léon, confus. Je croyais... je croyais...

-Nous répétons en ce moment La Morte d'Arthur... , dit Gwen à Perceval. Léon est le capitaine de la garde et je suis la Reine... la scène que nous répétions tout à l'heure qui suit celle de la mort du Roi.

-Alors c'est vrai, le Roi est mort ? dit Léon, en tremblant d'émotion.

-Léon est très impliqué dans son personnage, s'exclama Lancelot, pour rattraper le coup. C'est la première fois qu'il participe à une pièce, et il est très investi dans son rôle.

-Je ne comprends pas ce qui s'est passé... la dernière fois que je l'ai vu... il était en vie..., dit Léon, complètement déboussolé.

-Je vous expliquerai tout à l'heure, lui glissa Gwen à l'oreille pour le calmer.

Pendant ce temps, Perceval continuait à parler à Lancelot :

-Effectivement, son interprétation est très réaliste, on voit que votre ami a beaucoup répété.

-Un peu de vin ? intervint Gauvain, en resservant Perceval en toute hâte.

Et l'infirmier vida joyeusement son verre.

Gauvain observa la bouteille, qui était vide, et Perceval qui n'était pas encore soûl, et réfléchit à la prochaine qu'il allait déboucher. Du whisky, assurément. En guise de digestif.

-Pourquoi une tragédie ? demanda Perceval, avec curiosité, en revenant à la pièce.

-Ce n'est pas... vraiment une tragédie, dit Gwen, en saisissant le bras de Léon pour l'escorter jusqu'à sa chaise. En fait, c'est une reprise de la Morte d'Arthur... par un auteur moderne..., qui a adapté l'oeuvre originale pour en faire un vaudeville. Arthur meurt, bel et bien, pendant la bataille de Camlann.

Elle jeta un coup d'oeil à Léon, qui la dévisageait avec perplexité.

-Mais il se réincarne ensuite... à l'époque moderne. Ce qui cède place à de nombreuses scènes comiques où s'accumulent... les qui-proquos, parce que certains de ses amis retrouvent leur mémoire plus rapidement que d'autres.

-Et donc, quand vous vous amusiez à me faire des farces... est-ce que... c'était en rapport avec... cette pièce de théâtre !

Gwen prit une gorgée de vin pour trouver son inspiration.

-Oui, exactement, parce que... les mises en situation nous aident à améliorer nos personnages. Lancelot, et Gauvain, se sont beaucoup amusés à... essayer de reproduire certaines scènes sur lesquelles nous avions besoin de travailler dans la vie réelle, pour découvrir... quelles seraient les réactions d'une personne ordinaire à qui on viendrait subitement annoncer qu'elle a eu une vie antérieure. C'était pour... les reproduire sur scène, de la façon la plus réaliste possible.

-Donc... je vous ai servi de cobaye pour... votre pièce ?

Gwen hocha la tête.

-C'est exactement ça.

Perceval éclata de rire.

-C'est l'histoire la plus... impossible que j'aie jamais entendue !

-N'est-ce pas, dit Lancelot, avec un léger sourire.

-Un peu de whisky ? intervint Gauvain, qui n'avait pas renoncé à sa stratégie personnelle.

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Tout le whisky du monde ne suffit pas à enivrer assez Perceval pour qu'il se souvienne de quoi que ce soit (ni pour l'envoyer rouler sous la table, au grand dam de Gauvain). Mais il adora la scène de théâtre qu'improvisèrent Gauvain et Mithian à la fin du repas pour donner du poids au prodigieux mensonge de Gwen, et achever de le convaincre qu'il était tombé sur des artistes (et non sur des fous).

La scène en question était censée l'aider à rafraîchir sa mémoire... mais cela ne donna strictement rien non plus.

Léon abasourdi ne pipa pas mot de toute la soirée, visiblement trop occupé à tenter de comprendre ce qui se passait autour de lui pour oser intervenir.

Ce ne fut qu'après que Perceval leur ait souhaité une bonne nuit, et qu'ils l'aient raccompagné à la porte, que l'inspecteur ouvrit la bouche pour demander à ses hôtes :

-Bon sang. Est-ce que quelqu'un pourrait m'expliquer ce qui se passe ? Est-ce qu'Arthur est en vie, oui ou non ?

Quatre sourires réjouis lui répondirent, parce qu'un succès sur deux était mieux que rien.

Et Gauvain lui sauta dans les bras.

-Léon, s'écria-t-il. Tu es de retour parmi nous mon vieux ! Bienvenue parmi les Chevaliers de Camelot à nouveau ! Tu nous a manqué !

Léon renvoya l'accolade à Gauvain avec chaleur.

-Gauvain, mon ami, tu n'as pas changé, dit-il, en riant. Toujours aussi porté sur le vin ! J'ai bien cru que tu allais nous faire rouler ce brave Percy sous la table à force de lui remplir son verre ! Mais je crois que c'est une barrique qu'il lui faudrait pour qu'il soit vraiment soûl !

-Tu t'es souvenu de ma nuit en prison après la triche aux dés ! fit Gauvain, d'un ton ému. Celle qu'on avait passé à boire en se racontant des histoires !

-Comment aurais-je pu oublier cette glorieuse soirée au Soleil Levant, juste après le retour de Merlin ? Ah, ce soir-là, tu avais fait des tiennes !

Léon fit un pas en arrière et avoua :

-Vous m'avez manqué aussi, tous autant que vous êtes...

Mais il adressa un regard solennel à Lancelot et affirma d'un ton soupçonneux :

-Lancelot. Toujours aux côtés de notre Reine...

-Lancelot est mon ami, Léon, intervint Gwen, d'un ton ferme. Il est aussi l'ami d'Arthur. Et le premier chevalier de Camelot. Quoi qu'il ait pu se passer autrefois...

-Entre sa première, et sa deuxième mort, précisa Gauvain.

-... je refuse que cela se mette entre vous aujourd'hui, conclut Gwen, avec autorité. J'ai besoin d'unité dans les rangs.

-Vous n'avez pas changé, vous non plus, ma Dame, constata Léon, en hochant la tête. Vous dirigez toujours les chevaliers de la Table Ronde avec autant de poigne !

-Je m'y efforce, Léon, acquiesça Gwen, avec un léger sourire. Je m'y efforce.

-Et vous, Mithian... vous êtes fiancée à Gauvain dans cette vie ? Je n'aurais jamais cru voir ça, dit Léon, stupéfait.

-Hé oui! C'est moi qui l'ai eue, pavoisa Gauvain.

-C'est toi qui m'as eue ? Léon, je ne suis fiancée à personne, rétorqua Mithian. Je n'ai toujours pas l'intention d'épouser qui que ce soit, et surtout pas Gauvain! Ca me condamnerait certainement à ramasser ses chaussettes jusqu'à la fin de mes jours, je ne suis pas folle.

Léon rit à nouveau, et secoua la tête.

-Ce que je ne comprends pas, par-contre...c'est cette histoire de théâtre ? dit-il, en fronçant les sourcils. Voudriez-vous bien m'expliquer ?

-Nous avons un énorme problème avec Perceval, pointa Gwen. Nous n'arrivons pas à lui faire retrouver ses souvenirs.

-Je comprends qu'il fasse de la résistance, dit Léon, en hochant la tête. Tout à l'heure, quand je me suis rappelé... j'ai eu l'impression d'être foudroyé sur-place! Et... c'est tellement étrange, de s'apercevoir tout à coup, que ce sentiment que je pouvais avoir... d'être seul dans cette vie... me venait du fait que vous me manquiez tous. Je n'arrive toujours pas à croire... que nous soyions revenus. Je n'arrive toujours pas à croire... que j'aie vécu vingt-six ans en tant que l'inspecteur Knight sans me rappeler d'aucun de vous...ni d'Arthur.

Léon s'assombrit, et leva les yeux vers eux.

-Où est Arthur ? demanda-t-il, avec inquiétude.

-Nous n'en savons rien, dit Gwen, en s'efforçant de ne pas laisser l'émotion filtrer trop fort sur son visage. Nous ne l'avons pas encore retrouvé... et Merlin non plus.