Surpriiise ! Suite à l'insistance de certaines personnes, je poste ce chapitre avec quatre jours d'avance ! (Et tant pis si ça me mets en retard).
Réponse aux reviews :
Chattoncharmant : Non Nate n'a pas attaqué Allie à Seattle mais ce n'est pas très loin de la vérité !
Lyylla : C'est vrai que Nate a accéléré les choses en s'énervant contre Allie, mais elle dit clairement au début du chapitre qu'elle veut arrêter de le fréquenter donc non, même si Nate n'avait rien dit elle ne serait tout de même pas restée avec lui.
Lili973 : Les Cullen et les loups n'auront pas vraiment le temps de mettre une quelconque vendetta en œuvre ^^
Doumbea : Je ricane toujours en lisant tes reviews, merci pour ça ! Tu as une façon très limpide de lire à travers ce que j'écris je trouve ! Par contre je pense que la fin de ce chapitre et les suivants ne vont pas vraiment confirmer ta théorie sur le futur choix d'Allie !
Lizzs : J'espère que tu m'adores pour poster au bout d'une semaine seulement, ou sinon je boude !
Katiedu946 : Comme tu pourras le constater dans ce chapitre, Allie ne va effectivement pas tenir longtemps sans dire la vérité à Matthew !
M'zelle Hale : Globalement je trouve que ta vision d'ensemble de la fiction est assez juste : donc oui Nate et Allie vont en baver, mais Burning Moon est en opposition avec Imprégnation donc je ne pense pas que des éléments du premier tome puissent t'aider à anticiper le second ! Quant à tes hypothèses sur les ennemis de Seattle, elles trouvent leur réponse dans ce chapitre.
MissLiliie : Bonjour et merci, chère revieweuse très inspirée ! Je sais bien que le passage avec Sam était trop court mais je n'ai rien trouvé d'autre qu'il puisse dire à Allie… 1) Tu dois être la première personne à remarquer ce fait, non ce n'est pas une coïncidence ! 2) Dans ce chapitre oui Matt va découvrir qu'Allie a embrassé un autre garçon mais techniquement elle ne l'a pas trompé puisqu'ils ne sortent pas ensemble ! 3) Oui Elliot va utiliser son pouvoir aux alentours du chapitre 30 4) Non Benji n'a pas donné la permission à Lily de sortir avec quelqu'un d'autre (un peu avilissant non ?) et non il ne s'est pas désimprégné d'elle (impossible). Il lui a simplement fait comprendre que leur imprégnation ne devait pas passer avant sa vraie vie et qu'il n'était pas le seul garçon envers qui elle pourrait avoir des sentiments ! 5) Le secret de Nate sera dévoilé à la fin du chapitre, puis on aura de plus en plus de détails au fur et à mesure de l'histoire ! 6) Pour les futurs PDV de l'histoire : un PDV Nessie au chapitre 26 et un PDV d'Elliot et un de Madison autour du chapitre 30. Les jumelles auront peut-être droit à leur propre histoire dans une prochaine fiction. 7) On verra souvent les loups de la meute mais l'histoire ne va pas spécialement se recentrer sur eux ! 8) Non je ne pense pas qu'il y aura un PDV de méchant, les barrières entre méchants et gentils seront assez floues dans l'histoire 9) Non les méchants n'ont rien à voir avec Gabriel ou les Volturi. Bisous et à bientôt !
Chapitre 23
11h 04, 15 décembre
Le jour du mariage de tante Claire et Oncle Quil marqua un tournant important. Nous étions toujours tristes, bien sûr, mais cette union marquait en quelque sorte la fin de notre période de deuil… et le début d'une nouvelle ère, plus sombre : celle de la revanche.
Une heure avant qu'on ne parte pour le mariage, je croisai Papa, en costard cravate dans le salon, suspendu au téléphone avec Carlisle pour organiser une réunion le soir même entre les anciens de la meute et les Cullen. Je décidai immédiatement que je m'incrusterai, même si je n'avais pas beaucoup d'espoir : face à un ennemi puissant et invisible, nous étions englués comme des mouches dans du miel, incapables de faire un seul mouvement.
Nous partîmes pour le mariage qui se tenait à l'extérieur. Par je ne sais quel miracle, tante Alice avait réussi grâce à son pouvoir à dénicher le seul jour à peu près dénué de pluie de l'hiver. Cela dit, ça n'empêchait pas que l'endroit suintait l'humidité et le froid. Les pauvres imprégnées étaient les seules à en souffrir et à porter gilets et manteaux par-dessus leurs robes.
Alice, qui s'entendait bien avec Claire, avait pris en main l'organisation de la cérémonie. Ô surprise, cette dernière se tenait dans une clairière de La Push qui était artistiquement décorée. Je me vis attribuer une place près de Becca et Matthew sur des bancs en bois.
Becca portait une robe jaune pâle qui l'embellissait mais donnait l'impression étrange qu'elle s'était déguisée. Tout comme moi, elle ne s'habillait de manière sophistiquée que quand elle y était obligée.
J'eus du mal à me concentrer durant la cérémonie. La dernière fois que toute ma famille s'était réunie, c'était lors de l'enterrement de Charlie. Je ne cessais de jeter des coups d'œil à Billy et Sue comme si j'espérais le voir apparaître à leurs côtés par magie.
L'union d'oncle Quil et tante Claire fut à la fois banale (on commençait à s'y habituer avec toutes ces imprégnations) et magique, comme toujours. Magique parce que chaque imprégnation était unique, d'une certaine manière.
Bizarrement, ce mariage fut l'un des moments qui changea ma vie de manière radicale. Oui, sans rire : alors que je n'y prêtais qu'une attention distraite, il modifia le cours de mon destin à jamais.
Et tout ça à cause de tante Claire. Comme toute mariée qui se respecte, cette dernière répondit au discours larmoyant de son époux par un autre discours encore plus larmoyant :
-Je ne veux pas tenir une autre main que la tienne. Je ne veux pas être dans d'autres bras que les tiens. Je ne veux pas embrasser d'autres lèvres que les tiennes. Mon coeur t'appartient depuis plus longtemps que je ne saurais le dire. Je t'aime, Quil.
D'habitude, les discours romantiques s'apparentaient pour moi à des bonbons au parfum sucré, enduits d'un colorant rose et gluant. Sauf que... Tante Claire regardait Quil avec une telle ferveur... elle le fixait droit dans les yeux, sûre d'elle, honnête, franche.
Elle ne ment pas, elle.
Je jetai un coup d'œil vers mes parents. Ils se dévoraient peu discrètement du regard, se remémorant sans doute leur propre mariage.
J'avais rompu toute relation avec Nate pour protéger Matthew. J'avais résolu de ne rien lui avouer pour ne pas le blesser. J'avais décidé de faire comme si tout était comme avait pour le préserver. L'ennui, c'était que le principal problème, le vrai obstacle entre notre amour, ce n'était ni Nate, ni notre baiser. C'était moi.
J'avais eu peur de faire du mal à Matthew si par malheur il découvrait la vérité, mais le laisser vivre dans le mensonge n'était pas bien non plus, à commencer par le fait que plus je faisais semblant que tout allait bien, plus je m'éloignais de lui.
Il y avait ce qui était facile. Cacher à Matt que j'avais embrassé Nate, faire comme si ce baiser ne signifiait rien et vivre la vie pour laquelle j'étais destinée depuis bien avant ma naissance. Pas de souffrance, ni pour Matt, ni pour moi. Je savais que s'il pouvait choisir, il déciderait de ne rien savoir.
Il y avait ce qui était juste. Tomber amoureuse de Matt parce qu'il était mon avenir et lui révéler ce que j'avais fait. Il aurait mal, oui, mais au moins je l'aurais respecté comme il le méritait.
Je n'étais pas Lily. Je n'étais pas faite pour la facilité.
Après la cérémonie, je me réfugiai près du buffet et y croisai Will et Madison. Will s'empiffrait, Maddie Chou se moquait de lui. Les deux tourtereaux étaient devenus tellement proches au cours des derniers mois qu'ils étaient tout le temps ensemble et s'invitaient l'un l'autre à chacun de leurs évènements familiaux. Ce n'était qu'une question de temps avant que quelqu'un ne lâche une bourde devant Madison, une bourde du genre : « alors, ça fait quoi de sortir avec un hybride vampire, loup-garou et humain ? ».
Malgré ça, Will et Maddie étaient normaux. Peu importe à quel point l'un était insouciant et l'autre avait un sale caractère, ils s'adoraient et ça se voyait.
J'avais toujours cru que Matthew et moi étions la reproduction parfaite de l'amour que s'étaient portés mes parents, mais c'était faux : même mon frère et sa copine avaient plus de points communs avec eux. Est-ce que Will, Papa et Maman m'aimeraient toujours après ce que j'allais faire ?
Toujours près du buffet, le lieu favori des loups-garous, il y avait tante Emily, qui hochait la tête à ce que lui racontaient oncle Paul et tante Rachel. Je les saluai d'un geste de la main en évitant le regard inquisiteur d'Emily. Je n'aurais pas pu la regarder dans les yeux.
Je retrouvai Matt et Becca près de l'autel avec d'autres jeunes loups-garous. Ils riaient avec insouciance. Ma voix s'éleva soudain, brisant leurs rires.
-Matthew ? Il faut que je te parle.
Je pris mon imprégné par la main en pensant que c'était peut-être la dernière fois que je pourrais réaliser un geste aussi naturel.
De ses yeux dorés, Becca m'envoya un message visuel qui signifiait sans doute « tu me raconteras cette conversation passionnante hein ? ». Je lui fis un clin d'œil comme si je ne m'apprêtais pas à piétiner le cœur meurtri de celui qui était autant son ami que mon imprégné.
J'entraînai Matt vers la lisière de la forêt. Il me suivit sans protester, me scrutant de ses prunelles caramel. Nous nous stoppâmes un peu à l'écart de la clairière où se tenait le mariage. A travers les rangées d'arbres, je pouvais apercevoir quelques silhouettes en robe ou en costume de fête.
Je fermai brièvement les paupières.
Comment briser le cœur de votre imprégné, mode d'emploi. Ca tombe bien, y en a pas.
Matt posa une main sur mon épaule, contact qui me reconnecta aussitôt avec la réalité.
-Allie, qu'est ce que tu as de si important à dire ? Tu es toute blanche.
Je rouvris les yeux et affrontai son regard bienveillant.
-Tu te rappelles, quand j'avais douze ans et toi treize, un des petits de la meute a essayé de m'embrasser. (Je passai sous silence la partie où le gamin s'était ramassé une brûlure sur la joue et où il m'avait avoué que ce n'était qu'un pari stupide.) Tu lui as fait la tête pendant des jours et des jours.
-J'étais vexé, acquiesça Matt avec un demi-sourire sans comprendre où je voulais en venir.
-Oui, mais tu n'étais pas blessé parce que tu savais que ce baiser n'était rien du tout. (Je pris une grande inspiration avant de lâcher la bombe.) J'ai embrassé quelqu'un et cette fois-ci, ce n'est pas rien.
Matt me contempla, l'air totalement perdu et assommé. Chacune de mes phrases était un coup de poignard dans son cœur et du même coup, dans le mien, mais je poursuivis :
- Au début, je ne voulais pas te l'avouer pour te protéger, pour ne pas te perdre et toutes ces bêtises, mais je pense que tu mérites de savoir. Je suis désolée.
Ma voix était ferme et elle ne tremblait pas. J'avais toujours été comme ça : même en faisant des choses difficiles, je ne flanchais pas. Etais-je si insensible ? Pourtant, j'avais le cœur au bord des lèvres.
Matt tendit la main vers moi. La laissa retomber. Je réprimai l'envie de le prendre dans mes bras pour le réconforter.
-Quand ? demanda-t-il.
-Le tremblement de terre, il y a quinze jours, répondis-je mécaniquement.
-Est-ce que tu l'aimes ?
Je m'étais préparée à cette question. La réponse la plus honnête que j'aurais pu livrer était « j'en sais rien mais si je découvre que je ressens pour Nate ne serait-ce qu'un milligramme d'amour, je le piétine jusqu'à ce qu'il disparaisse ». Mais ça, c'était mes oignons et je ne voulais pas que Matt souffre, quitte à ce que tout le monde me prenne pour une ado irresponsable qui avait juste voulu s'amuser.
-Non.
-Pourquoi, alors ?
-Je ne sais pas. C'est arrivé comme ça.
Je me rappelai les mots de Lily : « Le jour où tu décideras d'anéantir ton imprégné, débrouille-toi au moins pour que ce soit pour une bonne raison ». Quel gâchis…
Les mains de Matt tremblaient. Il se frotta les bras avec nervosité comme s'il avait peur de muter devant moi.
Je m'assis sur un tronc d'arbre couché.
-Dis-moi que tu me détestes.
La haine était simple, elle annihilait la souffrance. Les choses étaient plus faciles quand Nate ne me supportait pas. Matt secoua la tête.
-Je ne te détesterai jamais, Allie.
Il lâcha un rictus de douleur.
-Tu sais, je pensais que tu n'étais pas prête. C'est pour ça que je ne t'ais jamais embrassée. Tu n'en avais pas vraiment envie et un imprégné sent ces choses-là. Ce n'est pas ta faute.
-Si, grommelai-je. Arrête d'être aussi gentil et compréhensif envers moi. Je t'ai blessé alors que tu aurais mérité quelqu'un qui t'aime.
Je levai les yeux vers le ciel grisâtre. Pardon, Sam. J'étais la seule personne stable que Matt avait et je venais de tout gâcher.
-Tu devrais arrêter de faire ça, marmonna tristement Matt. Penser à mes parents tout le temps. Tu n'as pas besoin de me voir comme un animal blessé. Je ne veux pas que tu ais pitié de moi.
-Je n'ais pas… protestai-je avant de m'interrompre.
Pitié ou compassion, quelle différence ? J'étais supposée aimer chaque facette de ce qu'il était, j'étais supposée le voir comme mon égal, non pas être toujours en train de le couver.
-Si tu n'essayais pas de me faire plaisir, peut-être que tu aurais réussi à m'aimer, termina-t-il.
J'aurais aimé protester que je pouvais encore tomber amoureuse de lui, mais ça n'aurait pas été juste de lui donner de faux espoirs alors que ma tête était dans un état de chaos pas possible. Et puis, c'était moi qui avais commis une erreur, c'était donc à Matt de décider quelle genre de relation il voulait avoir avec moi.
Je prononçai alors quelque chose que je ne lui avais jamais dite de cette façon-là. Il allait peut-être m'en vouloir pour ça, mais il fallait qu'il le sache.
-Hé bien, je t'aime, assenai-je. Ce n'est pas un mensonge.
Un tremblement parcouru la colonne vertébrale de Matthew.
-Je sais. Moi aussi. Ce n'est pas la même sorte d'amour, mais je t'aime.
Matt commença à s'agiter comme s'il avait besoin de bouger. Il s'éloigna de moi à reculons sans cesser de trembler et il indiqua la forêt du pouce.
-Je vais…
J'hochai la tête pour lui signifier que j'avais compris. Il me lança un dernier regard d'un marron impénétrable avait de détaler vers la forêt profonde. Ses bruits de pas s'estompèrent et furent vite remplacés par le martèlement de ses grosses pattes sur le sol. Lorsqu'il se fut éloigné d'un kilomètre ou deux, j'entendis un hurlement lupin empreint de douleur et le fracas des branches d'arbre arrachées.
En écho, mes paumes s'enflammèrent. Je tombai à genoux sur le sol et enfouis mes mains dans la terre pour ne pas provoquer d'incendie.
Les flammes s'étouffèrent. Pas mon chagrin.
Ne joue pas avec mon fils.
Si un jour j'avais joué, il était clair que je venais tout juste de perdre.
OooO
Dans la soirée, j'arrivai à la villa des Cullen bien avant mes parents et la meute. Je n'avais pas spécialement prévu de débarquer en avance, mais je n'avais pas envie de rester seule je me sentais trop mal.
Je trouvai Bella, Edward, Alice, Jasper, Emmett et Rose au salon. Ils attendaient manifestement la seconde partie de la famille tout en discutant. Alice, perchée sur le dossier du canapé, surplombait Jasper qui lui était assis à la place conventionnelle. Rose et Emmett étaient collés l'un à l'autre tandis que sur le fauteuil d'à côté, Edward avait posé sa main sur la cuisse de Bella dont la position d'une raideur absolue trahissait la morosité.
Je soufflai, me concentrai pour ne surtout pas penser à Matthew en présence de Jasper et d'Edward et leur adressai un sourire que j'espérais naturel tout en me postant debout au milieu d'eux.
-Salut, squatteuse Junior, claironna Emmett.
-Je ferais remarquer que notre fille n'est pas suffisamment mal-élevée pour s'inviter à ce genre de réunion, elle, signala Tante Rose.
Parce qu'elle s'en fout, elle est trop occupée à se lamenter sur son sort.
Edward parut trouver ma pique un peu méchante mais il ne commenta pas.
-Alors, de quoi est-ce que vous allez parler avec les autres ? attaquai-je. Vous avez déjà fait des dizaines de réunions comme ça, j'espère que vous avez un vrai plan cette fois-ci vu que…
Je n'eus pas besoin de finir ma phrase. Vu que les vampires de Seattle ont commis l'irréparable.
-Nous envisageons des négociations, lâcha Jasper brutalement.
-Des quoi ? glapis-je.
-Oh, on ne va pas faire copain-copain avec ceux qui ont vidé Charlie de son sang, rassure-toi, corrigea Alice. Mais nous avons besoin de savoir qui ils sont vraiment et quelles sont leurs motivations.
C'est nouveau ça.
-Depuis quand est-ce qu'on ne suit plus le modèle vampires nouveau-nés assoiffés de sang ? demandai-je, dubitative.
-Depuis Charlie, répondit Edward en glissant un regard vers Bella. La façon dont il a été tué, juste après le suicide de l'humaine... Et ce message sur le mur… œil pour œil, dent pour dent... Cela laisse à penser que les humains représentent plus que des pions pour nos ennemis.
-Dites-moi que vous ne pensez pas à un complot du gouvernement pour tuer les vampires ! m'exclamai-je.
Edward secoua la tête.
-Ce sont des immortels qui ont fait le coup. Simplement, je doute qu'ils ne soient qu'une banale armée de nouveau-nés : leur but dépasse la simple provocation et il est évident qu'ils ont des humains dans leurs rangs, des humains si proches d'eux qu'ils semblent les considérer comme une partie de leur clan.
Une partie de leur clan... Sans savoir pourquoi, ces mots me firent penser à Hannah et Jérémy. Hannah qui s'était cassé un bras dans le tremblement de terre et Jérémy dont j'avais explosé le nez.
Edward et Jasper me contemplèrent avec une curiosité non dissimulée. Je soutins leur regard, intriguée.
-Au fait... pourquoi vous me dites tout ça alors que d'habitude vous essayez de nous protéger au maximum, moi et les autres ?
Ma question fit mouche. Edward et Bella échangèrent un coup d'œil et la deuxième prit la parole :
-La nuit dernière, Nessie a reçu la visite de l'esprit d'Aiyana, tu sais la femme dont tu portes le nom. Elle lui a dit que tu étais la seule à pouvoir nous éclairer sur ce que nous recherchions mais que pour l'instant, tu n'étais pas très coopérative.
Oh non. Par pitié, faites que le rêve où Nate et moi sautons de la falaise n'ait rien a voir avec tout ça et que ce soit un autre mort décrépi qui me l'ait envoyé...
-Donc si tu as des hypothèses ou une illumination soudaine, merci de nous les faire partager, déclara Jasper.
Je me massai les tempes.
-J'ai juste besoin de temps.
-Les prochaines victimes des assassins n'en ont pas, me rappela doucement Bella.
Ca se voyait qu'elle songeait à son père en disant ça et je n'eus pas le cœur de répliquer. Soudain, quelqu'un se mit à frapper avec véhémence à la porte de la villa. Rose fronça le nez.
-Je me plains que tu ressembles à ton père, mais quand je pense à combien Becca est le portrait du sien, je remercie le ciel que Nessie ait limité les dégâts en ne s'imprégnant que de Jacob.
Et sur ce commentaire ultra spirituel, elle alla ouvrir. Becca surgit dans la maison comme un diable sort de sa boîte. Elle portait un short en jean et un débardeur, signe qu'elle devait avoir muté après la cérémonie.
-Allie Black, rugit-elle, veux-tu bien m'expliquer pourquoi est-ce que je viens de croiser Matt en pleine dépression en train de ravager les bois de La Push ?
Choquée de voir ma cousine lui faire l'affront de l'ignorer et de hurler dans sa maison, tante Rose resta bouche bée. Tandis qu'Emmett émettait un sifflement appréciateur, oncle Jasper envoya une vague de calme vers Becca mais lorsque je dirigeai vers lui un regard réfrigérant, il haussa les épaules et son pouvoir se résorba.
Je m'avançai vers Becca, elle en fit de même et nous nous stoppâmes au beau milieu de la pièce. J'avais déjà affronté sa colère tout un tas de fois : en maternelle, quand je lui avais dérobé son goûter (les gâteaux de tante Rachel étaient délicieux) ; lorsque Matt s'était imprégné de moi parce qu'elle pensait que cela lui volerait mon amitié en troisième, quand j'avais taggué « Becca + Travis » sur son casier et … Bref. De ses trois ans à ses dix-huit ans, les crises de rage de Becca avaient toujours été explosives.
-Je lui ai dit la vérité, déclarai-je.
-La vérité ? Tu parles de rouler des pelles à un autre garçon que lui ?
Si j'avais espéré que l'expression ne soit pas familière à des vampires centenaires, le hurlement d'Emmett quand il l'entendit réduisit à néant mes chances de ne pas partager ma vie sentimentale avec les Cullen.
-Entre autres, répliquai-je, les dents serrées.
-Attend, attend, expira Becca, hors d'elle. On parle bien de l'imprégnation là ? Ce phénomène magique supposé être à double sens ?
-Oh, il l'est. La preuve : j'aime Matthew. La nuance, c'est que je ne suis pas sûre d'être amoureuse de lui.
-Pas sûre ? cria-t-elle. Mais tu n'as plus cinq ans, tu devrais pouvoir différencier ton âme-sœur du premier imbécile venu !
-Dans ce cas je dois être déréglée et je ne m'excuserai pas pour ça !
-Pardon ? C'est ça, la prétendue culpabilité que tu affichais devant Matthew tout à l'heure ?
-Il est le seul à mériter que je sois désolée ! Ce n'est pas ton cœur que j'ai brisé, que je sache !
Becca lâcha un grognement rageur tandis qu'Edward affirmait d'un ton réprobateur :
-Si je puis me permettre… Bien que le sujet de votre dispute ait l'air très grave, nous étions au beau milieu d'une conversation de la plus haute importance et je pense que Carlisle et Esmée aimeraient que ce genre de discorde se déroule hors de leur maison.
-Oh, la ferme, répliqua ma meilleure amie qui devenait un peu grossière quand elle était énervée. Qu'est-ce qu'il y a de plus important que ça ?
Ne réplique rien s'il te plaît, tu t'en remettras, pensai-je à l'intention de mon grand-père alors qu'Emmett éclatait d'un rire sonore et que tante Rose fusillait Becca du regard.
Bella et Alice furent les premières à paraître plus concernées par le sujet de notre engueulade que par le mystère que représentaient les crimes de Seattle. La première me dévisagea avec une curiosité qu'elle n'affichait plus depuis des semaines alors que la deuxième se portait gracieusement à ma hauteur.
-Ais-je bien entendu ? dit-elle gravement.
Et c'est parti.
La tante de Maman faisait tournoyer à toute vitesse un bracelet fin autour de son index. Alors que je cherchai un moyen d'échapper à un interrogatoire, mes yeux suivirent le geste machinal jusqu'à ce que…
J'oubliai Matthew, Becca et mes problèmes pendant un dixième de seconde pour arracher brutalement le bijou des mains d'Alice. Il était constitué d'une chaîne en argent et d'un pendentif circulaire.
Comme celui que Nate m'a donné.
En une seconde, la plupart de mes convictions s'écroulèrent.
-D'où sort ce bijou ? demandai-je d'une voix atone.
-On l'a trouvé sur le cadavre de l'humaine après son suicide, répondit Alice. Mignon, n'est-ce pas ? Au moins, ces gens ont du goût. N'éclipse pas ma question, jeune f…
Oh mon dieu.
-J'ai le même bracelet, fis-je d'une voix blanche.
Emmett, Rosalie, Jasper, Bella, Edward et Becca vinrent se poster de part et d'autre d'Alice, s'alignant devant moi, des expressions si hébétées sur leurs visages que je me serais moquée d'eux en d'autres circonstances.
Des souvenirs insignifiants me revinrent par vagues.
Moi qui bouscule Nate, et lui qui semble plus dégoûté qu'étonné par les brûlures sur ses avant-bras. Sa façon d'être irritable en ma présence, d'éviter tout contact avec moi, son intérêt en entendant le mot imprégnation.
Il avait séché la réunion de prévention sexuelle de Carlisle, il s'était isolé dans la salle de bain des Cullen le jour de mon anniversaire.
Il savait depuis le début. Qui j'étais, de quel don j'étais dotée, ce que mes parents étaient, ce que Matt et mes frères étaient, ce que les Cullen étaient. Et une part de moi savait qu'il savait mais refusait d'affronter la vérité en face.
Ce n'était pas le pire. Oui, Nathaniel connaissait notre secret et détestait manifestement ce que ma famille était. Non, ça ne s'arrêtait pas là. Mon cerveau tournait à plein régime.
Le rêve de mes ancêtres. Un avertissement que j'avais volontairement ignoré.
Les humains complices des meurtriers de Seattle. Comme Hannah et Jérémy. L'humaine portant un bracelet identique à celui que Nate m'avait offert.
Les absences de Nate d'une semaine tous les mois. Ses yeux qui changent de couleur de façon cyclique. Son visage, qui par moment paraît différent. Sa force, sa vitesse, ses capacités aussi voire plus développées que les miennes.
-Cyclique ? répéta Edward, ses prunelles dorées envahies par quelque chose qui ressemblait à de la compréhension mêlée de terreur.
Le son de sa voix agit sur moi tel un électrochoc. Comme en transe, je sortis mon téléphone portable et ouvris mon calendrier. Les dates où Nathaniel s'était absenté étaient systématiquement séparées de quatre semaines. Je le savais depuis longtemps mais je n'y avais jamais prêté attention.
J'agitai le bracelet devant mon visage comme un pendule. Soudainement, le pendentif à la circularité parfaite me faisait penser à un astre que tout le monde connaissait. La Lune.
J'avais été tellement stupide de ne pas faire le lien plus tôt.
Le visage de mon grand-père paternel s'assombrit. Il se mit à discuter d'une voix si basse et si précipitée avec ses frères et sœurs que seules quelques bribes de mots me parvinrent. Médusées, Becca et moi les dévisageâmes. Je me raclai la gorge :
-J'voudrais pas vous interrompre mais… Rassurez-moi, les Enfants de la Lune, c'est bien une légende, non ? Non ?
Heureusement que l'histoire n'est pas basée sur cette révélation (dont la moitié d'entre vous se doutait) parce que je ne la trouve pas super réussie. N'hésitez pas à me demander des précisions. A l'époque où se passe l'histoire, Allie n'a pratiquement jamais entendu parler des Enfants de la Lune puisqu'ils sont supposés avoir été éradiqués. Les Cullen ont eu des doutes qu'Allie vient juste de confirmer.
Note : Allie et Matthew ne rompent pas exactement, je ne saurais pas expliquer ce qui se passe entre eux mais rien ne dit que c'est définitif. Il aurait été injuste qu'Allie lui dise qu'elle est quand même amoureuse de lui ou au contraire qu'elle ne l'est pas du tout.
Le prochain chapitre,Le goût de la trahison, est écrit et je le posterai entre dans une ou deux semaines selon ce que je fais pendant mes vacances.
