Hi les gens !
Comme toujours, des mercis d'amour à vous tous, pour vos reviews : Clélia x6, Mana, Luma-az, Pandora-Equus, Mimi, Lilith-Eve, admamu, Almayen, Aeva et Chalie Hauger pour les chapitres précédents. Merci à toi, guest, pour ton retour ! J'approuve, les enquêtes, c'est cool ;D
Des mercis éternels aussi à toi, Elie-super-bêta !
Et bonne lecture :)
SAVING SHERLOCK HOLMES
Chapitre 26
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Mrs Hudson revint à la maison brune comme une noisette et racontant avec enthousiasme des anecdotes à propos de ses vacances. Mycroft l'écoutait passivement, affichant un sourire absent aux moments propices, et John se demanda s'il faisait vraiment attention à ce qu'elle disait ou si son esprit ne travaillait pas en fait sur des millions de choses autres que l'histoire de Mrs Hudson à propos d'un serveur beaucoup trop entreprenant. Le visage de Sherlock, vide d'expression, était tourné vers la fenêtre et donnait l'impression que son esprit était réellement en train de penser à des millions de choses autres que l'histoire de Mrs Hudson à propos du serveur trop entreprenant. Et pourtant, John le savait, il en écoutait chaque mot.
Parce que ni Mycroft ni Sherlock ne semblaient savoir comment maintenir une conversation réelle et fonctionnelle, c'était à John que revenait le devoir d'émettre les son approbateurs que Mrs Hudson attendait quand elle faisait une pause dans ses phrases. Cela attirait à lui le regard de Mycroft, ce à quoi John ne prêtait pas une grande importance parce qu'il devait être poli avec Mrs Hudson qui, après tout, avait fait toutes ces choses comme lui demander quel était son type d'œufs préféré.
Finalement, Mrs Hudson arriva au bout de ses histoires de vacances et déclara, l'air heureuse et contente d'elle-même :
« C'était charmant, Mycroft, merci beaucoup.
– Mais il n'y a pas de quoi, répondit Mycroft, avec ce soupçon de galanterie qu'il plaçait parfois dans ses phrases, parfaitement théâtral et vieillot.
– Et merci à toi, Sherlock. Le cadeau était de vous deux, je crois.
– Mycroft a stupidement marqué mon nom dessus, répondit Sherlock, indifférent, en regardant toujours par la fenêtre. Je ne vous aurais jamais offert des vacances. J'ai dû passer toute la semaine sans vous.
– Oh, je suis sûre que tu t'en es sorti, remarqua Mrs Hudson, tout autant satisfaite.
– Il n'a même pas remarqué que vous étiez parti, contribua Mycroft. Il a été pris par John et tous ces meurtres.
Sherlock lança un regard noir à Mycroft, John lutta pour ne pas rougir et Mrs Hudson répéta :
– Meurtres ?
– Il n'y avait qu'un seul meurtre, Mycroft, coupa Sherlock. Sois précis.
– Mes excuses, Sherlock. Un meurtre, Mrs Hudson.
– Qui a été tué ?
– Personne qui soit intéressant, répondit Sherlock.
Il répondit avec une voix dégoûtée, parce qu'il n'avait toujours pas été capable de déterminer qui avait assassiné Donald Hayes, et pour quelle raison. Pas plus que Scotland Yard, mais Sherlock ne s'était jamais attendu à ce qu'ils y parviennent. Il se plaçait sur un tout autre niveau qu'eux.
– Angelo a été arrêté pour le crime, expliqua Mycroft.
Mrs Hudson émit un petit cri, ses mains montant à sa gorge.
– Angelo ? Le fils de Marion ?
– Oui. Et Sherlock l'a innocenté.
Mrs Hudson tourna un regard adorateur vers Sherlock, qui avait repris son observation par la fenêtre mais qui avait dû la voir du coin de l'œil parce qu'il se raidit.
– Oh, Sherlock, dit-elle, comme s'il venait de marcher sur l'eau.
– Ce n'était même pas si compliqué, Sherlock haussa les épaules. J'aurais aimé vous donner une raison de vous montrer impressionnée, mais c'était transparent.
– C'était tout de même gentil de ta part, insista Mrs Hudson.
– Ce n'était pas « gentil » de ma part, grommela Sherlock, comme s'il ne pouvait imaginer pire adjectif que celui-là pour le qualifier.
– Angelo est rentré chez lui, alors ? Tout est arrangé ?
– Oh, non, répondit Sherlock avec une voix à nouveau ennuyée. Angelo est entré par effraction dans quelques appartements. Il n'est peut-être pas coupable de meurtres, mais il a tout de même commis des délits. Plusieurs délits.
Mrs Hudson considéra la question.
– Tout est bien qui finit bien, j'imagine.
Sherlock fronça les sourcils vers elle.
– Mais ça ne s'est pas bien fini.
– Qu'est-ce qu'on fait pour ton anniversaire ? demanda Mrs Hudson, tentant clairement de changer de sujet et Sherlock se raidit à nouveau à ses côtés.
John se tourna pour lui faire face, surpris.
– Ton anniversaire ? répéta-t-il. C'est quand, ton anniversaire ?
– Oh, répondit vaguement Sherlock. Je ne sais pas. Ce n'est pas important. Qui se soucie des anniversaire ? J'ai effacé cette connaissance de ma tête, c'est insignifiant.
– Ce n'est pas insignifiant, protesta John. Connaître ton âge ? C'est très utile dans certains cas.
– Parfaitement, John, approuva Mrs Hudson avec une approbation pleine de ferveur. Et son anniversaire est demain. Comment as-tu pu oublier de dire à John que ton anniversaire est demain ?
– Les anniversaire sont une telle perte de temps, Mrs Hudson.
– J'aurais dû te trouver un cadeau, réalisa John.
Sherlock fit une moue.
– Un tueur en série, ou un truc du genre, continua John.
– Eh bien, si tu insistes pour me présenter à un tueur en série, répondit Sherlock, je t'en prie, ne me laisse pas t'en empêcher.
– Honnêtement, les garçons, les reprit Mrs Hudson en secouant la tête alors qu'elle se levait. Ce n'est vraiment pas décent.
– J'ai pensé que ça pourrait te plaire d'aller à Londres pour la journée, suggéra Mycroft.
– Si John veut y aller, dit Sherlock avec légèreté.
John savait que cela signaifiait que Sherlock avait vraiment envie d'y aller mais qu'il ne voulait pas paraître enthousiaste à l'idée de faire quoi que ce soit qui était né d'une idée de Mycroft.
– J'adorerais aller à Londres, » dit le blond.
Sherlock aimait Londres. Il n'aimait pas la maison de Londres, c'était bien trop de Mycroft tout autour de lui, mais il aimait Londres elle-même. Il aimait son immensité, le fait qu'elle pouvait l'avaler, qu'il pouvait s'y cacher avec une efficacité qu'il n'avait jamais pu retrouver ailleurs. Il aimait le flot constant de données à analyser. Il ne s'ennuyait jamais, à Londres. C'était impossible de s'ennuyer à Londres.
Il aimait Londres, mais la raison pour laquelle il avait accepté l'offre de Mycroft pour son anniversaire allait bien au-delà de ça. Sherlock avait besoin d'en savoir plus à propos de John. Il avait besoin d'autres données. Avec n'importe qui d'autre sur cette planète, les données qu'il avait déjà en sa possession auraient été plus que suffisantes. Avec John, c'était loin d'être le cas. Sherlock voulait connaître la moindre chose qui le concernait. Il voulait s'enfoncer dans les crevasses de sa mémoire, jusqu'à ce que les synapses du processus de pensée de John deviennent une seconde nature pour lui. Parce que le processus de pensée de John le perturbait. La façon dont il se souciait de ce que les autres pouvaient penser de Sherlock. La façon dont il le regardait parfois avec ce qui semblait s'approcher d'une peur incompréhensible et malgré tout, continuait de le serrer contre lui et de l'embrasser, si Sherlock se penchait sur lui. La façon dont il était heurté par des choses que Sherlock n'aurait jamais conçues comme sensibles, et la façon dont il se remettait chaque fois de ces heurts vite et bien, par lui-même, sans aucune conversation. Sherlock avait ce sentiment inconfortable et retournant que John le connaissait mieux que Sherlock n'aurait jamais imaginé que qui que ce soit le connaîtrait, mais que lui-même n'était toujours qu'en train de deviner ses réactions.
Et jusqu'à ce qu'il puisse résoudre cette énigme qu'était le garçon blond, il existait la possibilité que Sherlock fasse quelque chose qui pourrait amener John à... arrêter. Arrêter toutes ces choses que Sherlock aimait vraiment. Si John avait représenté une énigme moindre, Sherlock aurait été certain de sa capacité à le garder à ses côtés pour toujours, mais tant qu'il existait cette incertitude, cela le rongeait de façon inconfortable. Chaque fois que John l'embrassait, c'était une affirmation appréciable que cette incertitude pouvait être repoussée pour au moins quelques secondes de plus. Et, toute à la fois, c'était un rappel du fait que si John arrêtait de l'embrasser, Sherlock perdrait tout cela, cette tension dans sa poitrine et les fourmillements dans ses orteils, l'élan d'euphorie qu'il ne pouvait expliquer qu'à moitié par des choses comme les endorphines. Sherlock avait tenté de diagnostiquer ce qui n'allait pas chez lui, le tournis d'étourdissement de joie vertigineuse quand John se pressait contre lui et glissait sa langue dans sa bouche, et la chimie du sexe semblait bien trop peu. Ce n'était pas un accouplement, ce n'était pas une pulsion physique, pas de la biologie. C'était une addiction. Sherlock avait lu à ce propos. Il était accro à John Watson. Il en avait besoin comme d'une drogue. Il se laissait couler dans son attraction entêtante vers lui et le reste du monde lui passait à côté, comme un ensemble sans conséquence. Il devait comprendre comment s'assurer l'accès permanent à ce ressenti.
D'une façon totalement intéressée, Sherlock permit donc à Mycroft de les conduire à leur maison dans la capitale. Il ne prêta qu'à moitié attention à son frère qui disait qu'il avait du travail, mais qu'ils devaient se retrouver pour son dîner d'anniversaire. Sherlock ne prit même pas la peine d'écouter le lieu et l'heure. Il n'avait aucune intention de manger avec Mycroft un dîner d'anniversaire ridicule.
John croisa son regard dans le hall d'entrée de la maison de Londres, après le départ de Mycroft.
« C'est ton anniversaire, fit-il remarquer. Qu'est-ce que tu veux faire ?
Sherlock se demanda s'il pouvait être franc sur ce sujet. Je voudrais rencontrer ta famille. J'ai besoin de rassembler plus de données à ton propos. Ça ne fonctionnerait probablement pas, ce qui était agaçant. Sherlock détestait devoir perdre du temps à trouver le moyen de mener John à cette décision. Quoiqu'il était possible de l'amener à cela par une approche qui pourrait se révéler utile, décida-t-il. Tout n'était pas perdu.
– Je n'ai pas passé beaucoup de temps à Londres, dit Sherlock, ce qui était un mensonge puisqu'il avait passé beaucoup de moments à Londres, particulièrement avant de commencer Eton, et la plupart du temps sans surveillance parce qu'il était excellent pour faire le mur.
John eut l'air sceptique.
– Vraiment ? Tu avais l'air de tout connaître très bien quand on a résolu des meurtres à travers la ville.
– Un meurtre, le corrigea Sherlock. C'était un meurtre. Et qu'est-ce qui te fait croire que je ne peux pas mémoriser facilement une carte ?
Une expression apparut brièvement sur le visage de John. Sherlock connaissait cette expression. C'était son expression t'as-raison-c'est-un-bon-argument. Sherlock aimait cette expression.
– On n'a qu'à faire quelque chose que tu aimes faire dans Londres, suggéra Sherlock.
– Comme quoi ?
– Je ne sais pas. Aller dans un endroit où tu jouais avec ta sœur, quelque part où ta mère ou ton père vous emmenait.
Les yeux de John s'étrécirent, suspicieux.
– Pourquoi tu veux savoir ça ?
– Pour rien, répondit Sherlock, armant son visage d'une expression innocente.
– Où Mycroft et toi jouiez-vous ? demanda John.
Sherlock fronça les sourcils.
– Tu crois que Mycroft et moi jouions ensemble ?
– Je pense que si je décide d'être assez généreux pour répondre à tes questions sur des choses que tu veux savoir sur mon passé, pour ton anniversaire, alors je vais extorquer des réponses de toi en échange.
– Qu'est-ce qui te fait croire que je veux te poser des questions sur ton passé ? s'enquit Sherlock en essayant de rester tout à la fois léger et mordant. Je pourrais déduire tout ce que je veux savoir. Je n'aurais pas besoin de te demander.
– Très bien, dit John. Donc on peut mettre un point final à cette conversation, on est d'accord ? Allons à Piccadilly Circus et je te laisserai frimer, en cadeau d'anniversaire.
Sherlock fronça les sourcil. John lui envoya un sourire rayonnant, un soupçon d'auto-satisfaction dans son expression. C'était son expression Je-viens-de-te-prouver-quelque-chose-ne-suis-je-pas-intelligent. Sherlock détestait cette expression.
– Tu as tort, renifla-t-il en essayant d'avoir l'air aussi hautain que possible, quand il comprit que John savait qu'il l'avait totalement percé à jour, ce qui était agaçant.
– À propos de... ? demanda John, désinvolte.
– Tout.
Il était en train de marcher vers l'extérieur. John le tira en arrière, soudain, ferma la porte et l'embrassa contre le panneau.
– Sois plus spécifique, dit-il dans sa bouche.
– Impossible, répondit Sherlock en le tirant plus contre lui, jusqu'à ce que les ornements sculptés dans le bois de la porte d'entrée creuse douloureusement son dos, mais rien ne pouvait moins lui chaloir que ça parce que les dents du blond se fermèrent sur son lobe et ses pensées s'évanouirent comme elles le faisaient toujours, et c'était une des raisons pour lesquelles il avait besoin de plus de données : comment John pouvait faire ça alors ce n'était que le lobe de son oreille ?
– Il y a qui, dans cette maison ? murmura lourdement John dans son oreille, sa voix basse et pressante et Sherlock pensa à la forme de son nom prononcé avec cette voix.
– Personne, répondit-il avec honnêteté.
John s'écarta, juste assez pour rencontrer le regard de Sherlock. Ses pupilles étaient dilatées. Ses cheveux étaient ébouriffés et Sherlock tenta de se souvenir s'il y avait passé ses mains. Tout était globalement flou, de cette façon qu'il adorait et haïssait tout à la fois. Addiction, pensa-t-il. Si John partait à cet instant, Sherlock pensa qu'il en hurlerait de la douleur physique provoquée par son absence. John avait l'air plein de promesses et aguicheur et Sherlock se sentit si proche de l'ivresse inspirée par lui, partout, lèvres et langue et mains partout, qu'il tressaillit d'anticipation.
– Je parie que je peux te faire admettre que j'ai raison à propos de quelque chose.
Les lèvres de John se courbèrent en un sourire.
– J'aimerais te voir essayer, » répondit Sherlock en toute franchise.
Le sourire s'agrandit largement, vicieux et prédateur, et Sherlock n'eut presque pas le temps de prendre une inspiration avant d'être submergé.
John n'avait d'autre désir que de se prélasser dans le lit de Sherlock pour le reste de la journée. Sherlock était chaud et somnolent à côté de lui, et l'ambiance de la pièce était feutrée et calme, et John avait l'impression de flotter de joie. Mais c'était son anniversaire, et John n'était pas vaniteux au point d'envisager que Sherlock considérerait l'idée de passer leur journée au lit comme son envie profonde. Même si le garçon brun semblait insister sur le fait que ce n'était pas important, le but d'un anniversaire était d'exprimer son affection à la personne qui le célébrait et John pensa que baiser avait été fort appréciable mais pas le cadeau le plus désintéressé qu'il ait jamais fait à quelqu'un.
« Sherlock, dit John doucement, au cas où il se serait endormi.
– Oublie Piccadilly Circus, marmonna Sherlock sur sa peau. Oublie tout ce qui existe en dehors de cette chambre.
– C'est ton anniversaire, remarqua John. Tu ne veux pas faire quelque chose de spécial ?
– C'est ce que je fais, répondit Sherlock. J'ai déjà été à Piccadilly Circus des centaines de fois. Je n'ai encore jamais passé toute une journée dans un lit avec toi.
John regarda le plafond au-dessus du lit et s'imposa de ne pas froncer les sourcils.
– Tu l'as déjà fait avec quelqu'un d'autre ?
Sherlock embrassa la ligne de sa mâchoire.
– Jaloux, murmura-t-il.
– Non, nia-t-il.
Sherlock renifla un rire.
– Oui, admit John. Alors ?
– Non. Toutes les autres fois où j'ai passé une journée entière au lit, c'était parce que le monde à l'extérieur était trop inintéressant pour contempler d'en sortir, pas parce qu'il y avait quelque chose de singulièrement intéressant sous ma couette.
John détestait toujours la façon dont sonnait la voix de Sherlock quand il parlait de son ennui. Il donnait alors l'impression qu'il ne pouvait supporter l'idée, comme si l'horreur de la chose continuait d'être sur le point de le rattraper.
– Tu t'ennuyais très souvent ?
– Tout le temps, répondit Sherlock après une seconde. Je m'ennuyais presque tout le temps.
Il y eut un long silence. John inspira doucement, conscient que Sherlock venait juste de partager quelque chose de très intime et personnel avec lui.
Il voulait le lui rendre.
– On jouait à la guerre, dit-il. Des guerres compliquées, avec des alliances trahies, des batailles sanglantes, tellement de règles…
Sherlock ne changea pas de sa position blottie contre John, mais ce dernier put sentir sa respiration accélérer un peu, sortant de sa langueur pour revenir à la conscience, l'éveil et l'intérêt.
– C'étaient quoi, l'histoire pour vos guerres ?
– C'était vague. Mais c'était toujours dans un endroit chaud et ensoleillé. Exotique. L'opposé total de la Grande-Bretagne.
– Tu étais du côté de la Grande-Bretagne, déclara Sherlock avec assurance.
– Comment tu sais ça ? Comment tu peux savoir que les guerres n'étaient pas... extra-terrestres contre humains ou quelque chose du genre ?
– Tu es trop pragmatique. Tu ne ferais pas ça. C'était forcément la Grande-Bretagne contre quelqu'un d'autre, et tu étais du côté de la Grande-Bretagne. Je le savais. La Reine et la Patrie.
John ne prit même pas la peine de le contredire.
Sherlock remua, s'éloigna de John pour pouvoir se surélever sur un coude et baisser le regard vers lui. Ses yeux étaient allumés par la curiosité, la fascination, et John qui s'était senti un peu démuni par son éloignement se sentit réchauffé par son regard. C'était toujours très flatteur d'avoir toute l'attention considérable de Sherlock Holmes focalisée uniquement sur lui.
– Je suis sûr que tu étais Général, continua Sherlock.
John sourit largement, satisfait de dire :
– Non, c'est faux.
– Faux ? répéta Sherlock en écho en fronçant les sourcils. Quel était ton rang ?
– Capitaine. Et j'étais médecin bien sûr.
– Un médecin. Bien sûr. Comme je suis stupide. Évidemment. Tu étais médecin de l'armée, répéta Sherlock en le considérant. Tu serais un bon médecin de l'armée. Ça te conviendrait. Ça te comblerait parfaitement. Tu pourrais prendre soin des autres, tu pourrais sauver la vie des autres, mais tu pourrais aussi défendre et protéger, activement, fermement. Tu aimes ça. C'est dans tes instincts. Tu ressens les choses férocement en toi. Tu n'es pas fait pour être passif. Et il y a le danger. Tu aimes le danger. Ça t'éclaire de l'intérieur. Ça te stabilise, ça te calme, tu adores ça.
– Je ne suis pas sûr que la personne que tu imagines en moi me plaise. Je ne suis pas sûr de ce que j'en pense.
– Tu t'inquiètes tellement de ce que les gens pensent des gens. Tu t'inquiètes même de ce que tu penses de toi-même. En quoi ça importe ? Tu es qui tu es. Je ne te voudrais pas autrement.
– Ça te convient à toi, souleva John. Mais aux autres ?
– Quoi, les autres ? Au Diable tous ces gens, proclama Sherlock en roulant au-dessus de lui pour s'y installer, et John s'ajusta pour mieux les aligner. Tu n'as besoin de personne d'autre, affirma-t-il avant qu'un froncement de sourcils soudain passe sur son visage. Est-ce que tu as besoin de quelqu'un d'autre ?
– Je ne sais pas, répondit John, en toute franchise.
Il avait l'impression que tout dans sa tête était en désordre, que l'existence même de Sherlock repoussait tout et ne laissait aucune place au reste. C'était terrifiant.
– Je ne te laisserai pas partir à la guerre, l'informa sombrement Sherlock. Je ne laisserai personne te tirer dessus.
– Pourquoi je suis si important pour toi ? Qu'est-ce qu'il y a en moi que tu trouves si fascinant ? Je comprends pas, Sherlock. Je veux voir ce que tu vois en moi. Je veux savoir ce que tu…
John se tut, impuissant, parce qu'il ne parvenait pas à formuler ce qu'il avait à dire. Il savait seulement que Sherlock était la personne la plus extraordinaire qu'il avait jamais rencontrée, et il n'arrivait pas à se faire une idée de ce que Sherlock pouvait voir en lui.
– Je te vois toi, John. Qu'est-que que tu penses que je vois ? Une licorne ?
– Des fois tu es littéral à un point qui devient absurde, soupira John.
– Il y a tellement de choses que je peux déduire à ton propos. Je sais que tu as eu une enfance trop courte et peu plaisante, considérablement avortée par le fait que tes parents étaient tous deux alcooliques. Leur mariage n'était pas heureux, ils restaient ensemble principalement par paresse. La paresse appelle la paresse, et tout ça. Une sœur, Harriet, pas beaucoup plus jeune que toi, pas beaucoup plus jeune que moi du tout. Elle a toujours été appelée Harry, signe d'affection, d'adoration même, mais tu n'as jamais été que John, jamais de diminutifs, juste John. Harry est espiègle, vive – c'est elle qui anime la fête. Elle a hérité de l'absence de sens des responsabilités de tes parents, la vie au-petit-bonheur-la-chance, et tu es fier d'elle autant que cet aspect d'elle te terrifie. Toi, cependant, tu es un de ces heureux accidents de la génétique. Tu es le meilleur d'eux tous, et tu es stable et responsable, et tu veux être médecin parce que les médecins réparent les choses et que tout ce que tu as toujours souhaité, c'était que tout soit réparé. Je suis la seule personne que tu as rencontrée que tu n'as jamais essayé de réparer, et je ne sais pas pourquoi.
– Tu n'es pas cassé, parvint à dire John, un peu secoué par la justesse de cette analyse.
– Beaucoup de personnes ne seraient pas d'accord avec ça, de nombreux professionnels compris. Ton père est mort, tué, un accident de voiture hasardeux, un des responsables d'internat d'Eton était en cause, je pense. Les choses avaient gravement dégénéré chez toi et sa mort a été un soulagement. Tu t'es senti coupable pour ça, et d'autant plus coupable que tu as eu cette pensée, cette pensée brillante : tu as entendu « Eton » et tu as vu ton monde s'ouvrir d'une façon que tu n'avais jamais envisagée avant. Tu avais pensé à l'armée, peut-être, le mieux que tu pouvais attendre, pas un docteur de l'armée, mais au moins quelque chose de différent de ta vie, de totalement différent. Mais à la place, tu as trouvé Eton et tu as fui sans regarder en arrière, et tu te hais pour ça. Je sais tout ça de toi, John. Je l'ai su dès le début. Je ne sais juste pas pourquoi moi.
John leva les yeux vers lui. Il y avait une sorte de soulagement étrange à ce que tout ça soit sorti, à savoir que Sherlock savait tout, tout ce qu'il y avait à savoir et qu'il s'en fichait. Que ça faisait simplement partie d'une liste de faits, qu'il ne fallait pas en avoir honte ni laisser la culpabilité le submerger. C'étaient simplement des faits sur John Watson. Sherlock ne s'inquiétait que des faits auxquels il ne pouvait donner de sens, parce que la seule personne sur la planète entière qui rendait Sherlock Holmes perplexe était lui.
– Tu n'es pas cassé, Sherlock, dit John.
– Si, je le suis, insista Sherlock. Il y a quelque chose qui ne va vraiment pas chez moi. Il y a quelque chose qui ne va pas dans ce que je suis. Je t'envie pour tellement de raisons, John. Ton esprit : si placide, simple et franc, à peine utilisé. Le mien est comme un moteur qui s'est emballé, une fusée qui se déchire en pièces, coincée sur la rampe de lancement. J'aimerais que tu comprennes. Je dois…
– Qu'est-ce que tu vois quand tu me regarde, Sherlock ? l'interrompit John, calme et ferme.
Parce que Sherlock n'avait pas dit ça dans un but insultant. Il avait dit ça comme des excuses, une confession. Il ferma sa main sur l'arrière du cou de Sherlock, le forçant à garder ses yeux dans les siens.
– Toi, dit Sherlock, sonnant irrité. Je l'ai déjà dit, non ? Je te vois toi. D'innombrables points de données, toutes assemblées pour te former toi.
– Et ici tu me vois, qui te regarde. Ces innombrables points de données. Qu'est-ce que tu peux déduire de ce que je vois, quand je te regarde ?
Sherlock le fixa.
– Je… Rien, râla Sherlock, la voix tendue par la frustration. Je ne sais pas ce que tu vois quand tu me regardes. Je ne peux pas imaginer.
– Je te vois toi, répondit John. D'innombrables points de données, qui s'additionnent pour te composer toi. Tu n'es pas cassé. Tu es toi. Et je ne voudrais pas que tu sois autrement.
Sherlock resta simplement là à le regarder pendant un très long moment, sa bouche une ligne fine et tendue. Puis :
– Tu es un idiot, lui dit-il, sa voix suintante de tendresse.
– Mais je suis ton idiot, lui sourit John. Est-ce que ça ne compte pas pour quelque chose ?
– Tu es toujours un idiot, » déclara Sherlock, avant de l'embrasser, lentement et tendrement et paresseusement, reconnaissant.
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À suivre
Merci d'avoir lu !
À la semaine prochaine, les amis :D
Des bisous
Nauss
