NDA :

Rating : K+

Cette fiction a été écrite dans sa totalité par trois auteures différentes :

POV Alyssa - Charliflex

POV Louna - DoraFlickFlack

POV Léna - Tanounette

Elle se situe à la fin de la saison 6 et c'est donc la SUITE DE LA SÉRIE, attention aux possibles spoilers.

Elle respecte entièrement le script et le canon de la série, les personnages morts resteront donc morts (désolées).

Disclaimer : Teen Wolf ne nous appartient (malheureusement) pas.

oOo

Salutations à vous !

Et voilà le prochain chapitre, tout pile dans les temps !

Au programme : un pétage de plombs (un de plus, un de moins, on n'est plus à ça près) et une petite sortie.

Bonne lecture !

oOo

Chapitre 26

« Sans attentes ni espérances »

~POV Louna~

Sous le ciel gris de ce mercredi après-midi, je repère la voiture d'Isaac, garée au fin fond du parking et prends tout mon temps pour l'y rejoindre. Ce n'est pas pour faire chier Isaac, quoique ça serait un peu mon genre. Mais non, pas cette fois. En fait, le coach –un sadique en pleine dépression nerveuse, le pauvre- nous a concocté un super emploi du temps en récompense au magnifique match de samedi. Au programme de la course, des pompes, des abdos, de la muscu, quoi. Mais pas que ! Et oui, il a trouvé intelligent de nous faire trimballer des tas et des tas de dictionnaires jusqu'au dernier étage du bahut, de passer la serpillière au plafond des toilettes des garçons –ces crétins s'amusent à y coller du PQ quand ils vont au petit coin-, et de nettoyer complètement le vestiaire masculin, parce que, je cite « ça sent l'animal mort et en état de décomposition sur lequel d'autres animaux auraient faits leurs besoins dessus ». Il n'a pas tort. J'ai d'ailleurs dû me munir d'un masque pour ne pas tomber dans les vapes. Excusez le terme, mais pendant ces trois derniers jours, on en a vraiment chié.

En plus j'ai mal aux muscles puisque j'ai passé la nuit sur la banquette arrière de la Combi. Ce n'était ni prudent, ni agréable, mais on peut toujours courir pour que je dorme sous le même toit que psycho-Raeken. Parce que oui, tenez-vous bien, Léna s'est réconciliée avec ce taré de psychopathe tueur. Sur le coup, j'avais envie le les étriper tous les deux. Et j'aurais volontiers posé mon droit de véto sur l'appart pour que cet abruti dégage, sauf que j'ai moi-même forcé Isaac à y dormir pas plus tard que samedi, et ce, sans consulter les filles au préalable. Donc, j'étais mal placée pour lui gueuler dessus. Et au final, j'ai pris mes clics et mes clacs et je me suis cassée dans la Combi. Heureusement qu'on a une grande voiture, franchement.

Donc voilà, si je marche à deux à l'heure, ce n'est pas pour jouer la casse-couille. D'autant plus que mon épaule est encore un peu douloureuse.

Mais ce n'est pas la seule raison. Je n'ai pas vu Isaac de la semaine, puisque je faisais le trajet avec les filles. Et puis, lors de notre dernière rencontre, j'étais shootée aux antidouleurs et je l'ai peut-être un peu forcé à dormir avec moi. Et il l'a fait. Et bien sûr le matin, j'ai pas assumé mes actes. Pour ma défense, je ne me rappelais pas de la veille et la première chose que j'ai vue en ouvrant les yeux était le visage d'Isaac, ses yeux de glace rivés sur mon visage encore fatigué. Et j'ai flippé. Alors je l'ai peut-être un peu foutu dehors. Et ce matin, dans le message que je lui ai envoyé pour qu'il me récupère à la fin des cours –vu que les filles finissent plus tôt- je n'ai en aucun cas mentionné cet évènement. Alors je prie pour qu'il ne le mette pas sur le tapis.

Vingt mètres me séparaient encore de la voiture lorsque ce crétin de Robert numéro 2, suivi de près par ses partisans m'agrippe par l'épaule pour me faire pivoter de force vers lui. Je lui envoie un regard de psychopathe. De quel droit se permet-il de poser ses mains sur moi ?

- Tu ferais bien de quitter l'équipe tant que tu le peux encore, me dit-il comme un conseil. On n'a pas besoin d'une gonzesse ici. Retourne dans les jupes à ta mère et fais-nous grâce de tes réflexions à deux balles. D'où tu te permets de nous insulter ? Nous ? Non, mais tu te prends pour qui ? Tu n'es rien. Ta copine, la salope rousse, aussi ferait bien de se remettre un peu à sa place, crache-t-il de sa voix venimeuse.

Je le darde de mon regard aussi dur que le diamant, les narines frémissantes et les tempes battantes à vive allure. Je ressers compulsivement mon poing puis fais de mon mieux pour prendre une respiration calme. J'aurais pu me calmer et simplement me retourner et monter dans la voiture pour rentrer chez moi, mais le sourire sadique et pervers que ce petit con affiche sur sa sale gueule est la cerise sur le cookie. Mon poing part d'un coup direct dans son pif. Sa tête est rejetée en arrière par la violence du choc ce qui fait rameuter ses petits copains autour de lui.

Lorsqu'il se reprend, il s'essuie le nez d'où jaillit un flot de sang incommensurable, puis plante son regard dans le mien et je comprends que je n'aurais peut-être pas dû faire ça. Je lis dans ses yeux qu'il n'aurait aucun problème à me frapper en retour. Que voulez-vous, de nos jours, les gentlemans se font rares.

Avant que je ne puisse réagir, il se jette sur moi puis envoie son poing valdinguer sur ma pommette. Je n'ai pas le temps de lâcher une plainte de douleur que déjà il revient à l'assaut avec un coup de poing dans le ventre qui me plie en deux.

Lorsque la douleur disparait suffisamment pour que je me relève, je ne distingue plus grand-chose dans la marée humaine qu'est devenu le parking. Je repère vaguement la coupe désordonnée de Nolan, qui lui est aux griffes avec un autre membre de l'équipe -le blondinet complètement débile qui ne sait même pas de quel côté est le but qu'il doit défendre-. Très vite, je me rends compte que toute l'équipe est engagée dans la mêlée et je fais de mon mieux pour rendre chaque coup que je me prends. Et j'y prends un plaisir particulier lorsqu'il s'agit de ce triple connard de Robert numéro 2. Je le fixe d'un regard enragé tandis que je lui écrase mon poing dans le visage avec violence. Puis je recommence. Et encore une fois. Puis j'arrête de compter et frappe juste. Peut-être que je vais le tuer. J'ai envie de le tuer. Au son de mes jointures heurtant ses pommettes et sa mâchoire, je me rends peu à peu compte de ce que je suis vraiment en train de faire. Alors je lui relâche le col de son sweat que je n'avais pas conscience d'avoir agrippé puis m'éloigne en chancelant. Un bras s'enroule autour de ma taille et m'attire loin du connard écroulé à mes pieds, m'évitant ainsi un énième coup.

Je n'ai pas besoin de me retourner pour savoir que c'est Isaac. Je ne bouge pas d'un pouce et regarde le reste de l'équipe continuer de se taper sur le coin de la gueule. Je crois qu'ils en ont besoin. J'en avais aussi besoin.

- Non, mais ce n'est pas bientôt fini ?! Vous n'êtes que des ados complètements stupides ! Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de vous ? retentit la voix colérique du coach qui arrive en courant du gymnase, stoppant ainsi la mêlée qui s'était engagée. Bande d'abrutis ! Vous êtes plus bêtes les uns que les autres. Si vous me refaites un truc pareil, j'vous vire tous ! Tous ! C'est clair ? Et demain j'vous fous tous en colle à la fin des cours ! Je vais vous apprendre, moi, à détruire cette équipe.

Il passe tour à tour son regard plus dégoulinant d'énervement sur nous, puis, au moment de se poser sur Isaac, une once de surprise vient le troubler, comme s'ils se connaissaient déjà. Il n'ajoute cependant rien, puis fait signe aux joueurs de s'éclipser pour être bien sûr qu'il n'y aurait pas d'autre débordement aujourd'hui.

Corey m'adresse un vague hochement de tête, tandis qu'une fine ligne écarlate lui barre le menton, puis tourne les talons et disparait dans une petite ruelle, suivit à distance par Nolan, qui n'a été touché que très superficiellement à la lèvre. Liam, lui, retourne ramasser ses affaires abandonnées quelques mètres plus loin, puis trace aussi sa route, après avoir échangé un regard avec le coach, qui s'apprêtait lui aussi à déserter le parking, le visage toujours aussi rouge de colère.

Une fois seuls, Isaac et moi, je laisse ma tête retomber sur son épaule, lui me serrant toujours dans ses bras, dos à moi. J'inspire un grand coup et ferme les yeux. Une fois mon pouls revenu à la normal, je me détache doucement d'Isaac et ramasse mes affaires avant de monter dans le SUV.

- Comment tu fais ? me demande-t-il, à peine assis dans la voiture.

- De quoi ?

- Pour être si calme ?

- Je ne suis pas calme, Isaac. Vraiment pas. Si tu savais ce que j'avais envie de lui faire… je lui avoue avec honte.

- Mais t'as trouvé le moyen de garder le contrôle. Tes yeux n'ont pas changé une seule seconde durant toute la bagarre. Tu te contrôlais parfaitement. T'aurais facilement pu lui défoncer la tête.

- Je l'ai fait, je lui rappelle avec condescendance.

- Certes. T'aurais pu lui arracher la gorge. Mais tu ne l'as pas fait.

J'acquiesce vaguement puis ajoute :

- Je ne tiens pas à gâcher mon temps et mon énergie pour des crétins pareils.

Il sourit en réponse.

- Rappelle-moi de ne jamais te mettre en colère.

C'est à mon tour de sourire sournoisement. Il reprend son sérieux, puis continue :

- Et tu maîtrises ton loup comme si lui et toi ne faisiez qu'un. C'est impressionnant, vraiment très impressionnant. Aux yeux des autres, tu pourrais passer sans aucun soucis pour une humaine, si tu mesurais un peu mieux ta force. Et si je ne te connaissais pas un tant soit peu, je dirais que tu as un problème de confiance en toi. Tu veux toujours tout contrôler, mais tu devrais parfois laisser quelqu'un d'autre mener la danse.

- Par quelqu'un d'autre, tu veux dire toi ?

- C'est toi qui vois, répond-il en laissant la question en suspens.

Il démarre ensuite la voiture puis prend la route, tandis que je médite ses paroles.

oOo

- Où est-ce que tu vas ? je demande à Isaac avec suspicion et une pointe d'inquiétude lorsque je me rends compte qu'il ne suit pas la route qui est censée nous mener à l'appart.

- Fais-moi un peu confiance, exige-t-il sans quitter la chaussée du regard.

Je ne rétorque rien. De toute manière je lui ai déjà accordé ma confiance, bon gré, mal gré, même si je m'obstine à affirmer le contraire. Je sais que je peux compter sur lui peu importe la situation. Et c'est peut-être une erreur de ma part.

- Isaac, où est-ce qu'on va ?

- Lou, ferme-là ou je t'enferme dans le coffre, m'avertit-il.

- T'oserais pas, je le défie.

- Ne me tente pas. Tu serais bien surprise.

- Si tu fais ça, Scott pourra te ramasser à la petite cuillère.

- Le jeu en vaut la chandelle. Non ?

Je lui tire puérilement la langue, lui soutirant un léger rire. Je suis bien contente d'avoir un Isaac. Je ne sais pas trop ce que je ferais sans lui, sans doute serais-je d'encore plus mauvais poil que d'habitude.

Pour moi, il est un peu comme un Théo pour Léna ou le Nolan d'Aly. C'est juste que je ne profite pas de chaque instant pour me coller à lui et procéder à des échanges de salives passionnés. Parce que ça, honnêtement, c'est assez dégueu de mon point de vue. En plus, je tiens à mon espace personnel.

- On y est, m'annonce-t-il en tirant le frein à main.

- Et où est-ce qu'on est ?

- Un peu de patience, exige-t-il.

Il sort de la voiture et la contourne pour m'ouvrir la portière puisque je ne daigne pas en sortir tant que je n'ai pas obtenu une réponse satisfaisante.

- Si mademoiselle voulait se donner la peine, ironise-t-il en me faisant signe de descendre.

Je croise les bras et tourne la tête dans le sens opposé pour exprimer mon refus catégorique.

- Tu veux jouer à ça, alors ?

Je ne bouge pas d'un iota, mais laisse échapper un cri de surprise, me cogne la tête au montant de la voiture en essayant de me débattre et manque de casser la vitre d'un coup de talon.

Ce traître m'a attrapée par la taille et m'a passé un bras en dessous des genoux pour m'extirper hors de l'habitacle.

Je continue de me débattre -plus faiblement, certes par peur de nous faire tomber tous les deux et parce que j'ai toujours encore mal à l'épaule et à la figure, où un hématome est déjà en train de s'installer sur ma joue- mais il n'en a que faire et affiche un petit sourire fier et amusé tout en me portant avec assurance pour nous faire passer l'imposante porte de la bâtisse. Il ne se soucie guère de tous les regards braqués sur nous. C'est normal, vu le bruit que je fais pour exprimer mes protestations.

Alors, pour faire bonne figure, je cesse de me débattre et passe élégamment mes bars derrière la nuque d'Isaac tout en affichant un sourire exagérément faux sur mes lèvres. Je me rapproche encore plus de lui –si c'est possible-, jusqu'à pouvoir lui murmurer à l'oreille :

- Tu sais ce qu'il va t'arriver si tu ne me lâches pas tout de suite ?

- Oui, oui, la petite cuillère, je sais, marmonne-t-il en ma laissant glisser au sol.

- Bah tu vois, quand tu veux ! je m'exclame, victorieuse.

Son sourire sarcastique réapparait tandis qu'il ressert la prise de son bras sur ma taille pour me garder, littéralement, sous le coude avant que je en joue la déserteuse.

Il m'entraîne alors vers le guichet d'accueil, auquel nous aborde la secrétaire, une petite vieille aux cheveux poivre et sel relevés dans un chignon strict, à moitié tassée sur sa chaise de bureau, les petites roulettes crissant sur le sol rugueux à chacun de ses déplacements.

- Je peux vous aider ? nous questionne-t-elle de sa voix rauque d'avoir répété en boucle les mêmes paroles toute la journée.

Elle me jette un drôle de regard et louche sur l'hématome qui orne ma pommette. Bah quoi, t'as jamais vu des cicatrices de guerre ?

- Deux tickets, s'il vous plaît, lui demande poliment mon binôme.

- Avec location de patins, ça vous fera 16 dollars.

« Location de patins ». Ce n'est pas vrai. Cet abruti de la dernière génération m'a amenée dans une patinoire.

Trop choquée pour réagir, je le laisse me traîner jusqu'au banc du vestiaire commun. On s'installe côtes à côtes et il dépose les patins sur mes genoux. Je les observe, le regard lointain, un air triste s'installe sur mes traits. Une multitude de souvenirs remonte à la surface. Je me revois à mes débuts, mes premières chutes, mon premier bras cassé –à cause d'un abruti que j'avais traité de fillette et qui l'avait vraiment, vraiment, très mal pris-. Puis je revois ma mère, lors d'une des rares fois où elle avait pu se libérer pour voir d'un de mes matchs. Elle me hurlait des encouragements depuis les gradins, se levant à chacun de mes buts. Une vraie hystérique qui m'incitait à repousser mes limites toujours plus loin. Ça me manque tellement. Elle me manque tellement.

Je me mors la langue pour retenir la larme qui menace de se faire la malle au coin de mon œil. C'est trop d'émotions d'un coup. Je sens plus que je ne vois la main d'Isaac se déposer sur mon épaule en signe de soutien. J'apprécie le geste, mais je ne vais quand même pas me mettre à pleurer comme une madeleine. Je l'ai déjà tellement fait ces dernières nuits, depuis notre nouveau départ, que j'ai l'impression d'être complètement sèche de l'intérieur, comme une coquille vide.

Mais avec Isaac, tout est différent. Je ne sais pas comment il s'y prend, mais il me change. Je le sens chaque jour un peu plus. Et ça fait du bien de sentir qu'on devient quelqu'un de meilleur, ou du moins qu'on fait tout pour. Bon, j'ai encore quelques points à améliorer –les menaces de mort, par exemple-, mais je tiens quand même à rester fidèle à moi-même, tout au fond de moi. Alors il ne faut pas m'en demander trop.

- T'es prête ? me surprend la voix de mon binôme.

Je hoche la tête et enfile mes patins en un temps record grâce à toutes ces années de pratique. Je me demande d'où il connait ma pointure de chaussures… j'espère qu'il ne m'espionne pas !

Une fois face la glace, une paralysie me prend. C'est drôle d'être ici avec Isaac. Dire qu'il y a un mois, je ne le connaissais même pas, alors que maintenant, je serais presque prête à lui offrir une parcelle d'amitié.

C'est insensé. Mais je m'en fous.

C'est légèrement crispée que je pose un patin sur la glace. La première fois depuis … depuis la veille de l'attaque, en fait.

J'y pose ensuite mon deuxième patin et me stabilise dans une immobilité parfaite. J'effectue alors un quart de tour pour me retrouver face à Isaac. Il me fixe de son regard indéchiffrable, mais je peux tout de même percevoir de l'hésitation sur ses traits. Prise d'une impulsion altruiste, je lui tends une main secourable pour qu'il s'y accroche.

Notre entrée aurait pu être de début d'un parfait film romantique à deux sous, s'il n'avait pas dérapé au premier pas, m'entrainant par la même occasion dans une splendide glissade digne d'un vidéo-gag. Au final, nous nous retrouvons aplatis comme des crêpes à trois mètres du bord de la piste, au beau milieu du champ de jeu des sales mioches. Parce que non, on n'est pas tous seuls. Il n'allait quand même pas privatiser la patinoire juste pour nous deux… quoique…

Après, je ne vous raconte pas le bazar que c'est pour se remettre sur ses patins. Ça glisse de tous les côtés et Isaac n'arrive même pas à synchroniser ses deux jambes. Ça promet pour la suite.

En ce qui me concerne, après m'être dépêtrée de notre étrange position –c'est que ça commence à devenir une habitude, dis-donc-, je me redresse en un rien de temps et tire Isaac par les bras pour le ramener sur la terre ferme. Mais à ma plus grande surprise, il refuse, et une fois à la verticale, il s'agrippe à moi comme à une bouée de sauvetage.

- Qu'est-ce que tu fous ? je râle de me faire ainsi compresser.

- J'apprends.

- Espace personnel !

- Je crois qu'on a franchi cette étape, rétorque-t-il avec un sourire amusé –que je ne vois pas puisqu'il est littéralement collé à moi et qu'il fait presque une tête et demie de plus que moi vu que j'ai délaissé mes talons au profit des patins-.

Je ne le contredis pas, de toute manière, il n'a pas forcément tort et je ne vais pas m'engager dans un débat perdu d'avance.

J'attrape alors ses bras noués autour de ma taille et effectue une rotation pour me retrouver côtes à côtes avec lui.

- T'imites hyper bien le pingouin, mais ce n'est pas vraiment le but, j'ironise.

- Un peu d'indulgence, exige-t-il en se rattrapant de justesse pour éviter de se rétamer de tout son long.

- Pourquoi tu me kidnappes pour m'embarquer à la patinoire si tu patines aussi bien que je danse ? je lui demande, perplexe.

- Je pensais que ça allait te plaire, se justifie-t-il avec un soudain doute habitant son regard.

- Mais c'est le cas, je lui assure avec l'ombre d'un sourire illuminant mon visage. Comment tu sais tout ça ? je lui demande en arquant un sourire soupçonneux, ma pointure de chaussures, ma passion pour le hockey, tout ça, quoi…

- J'ai des yeux. Et il m'a suffi de t'observer pour comprendre certaines choses.

- C'est une habitude chez toi, de psychanalyser les gens ? je ris.

- On peut dire ça. J'aime savoir à qui j'ai affaire.

- Et qu'est-ce que tu sais d'autre sur moi, monsieur le psychanalyste ?

- Honnêtement ? Pas grand-chose. T'aimes tes amies plus que tout au monde, alors que tu détestes tout le reste de la population. Tu es une sportive invétérée qui danse comme un pied. Tu voues un véritable culte aux cookies. Tu ne fais confiance à personne et tu fais du 39 en pointure de chaussures. En dehors de ça, tu restes un vrai mystère pour moi, réservée et sombre.

Je reste sans voix de sa tirade, et s'il ne m'avait pas tirée sur le côté, je me serais à coup sûr prise un patineur amateur en pleine face.

Alors comme ça je suis un mystère ? Moi, ça me va.

- Je déteste les films guimauves, je ne suis pas douée en relation, en fait, je n'y connais strictement rien à ça. Ma couleur préférée est le bleu cobalt et je fais du hockey depuis que je sais compter. Quand j'avais onze ans, je suis partie en vacances en France dans la maison secondaire de ma grand-mère et c'était un des meilleurs moments de ma vie. Mon père est mort un peu après ma naissance, alors je n'ai grandi qu'avec la présence de ma mère. J'adore toutes sortes de musiques si on fait exception du classique, et d'après moi, la pizza aux anchois est la pire abomination de cette Terre. Une autre question que tu voudrais me poser, ou ça te convient ? je lui demande malicieusement, après une petite pose suite à ma longue tirade.

Il me fixe intensément de son regard bleu glacé pétillant, comme s'il cherchait à mémoriser toutes ces infos d'un seul coup. Puis ses yeux descendent sur mon visage et il ouvre finalement la bouche :

- Tu veux sortir avec moi ?

- Hein ? je demande avec ma grâce habituelle, croyant avoir mal compris.

- Lou, veux-tu sortir avec moi ? réitère-t-il en me regardant plus intensément encore.

J'en reste bouche bée, d'abord de surprise –j'avais donc bien entendu-, puis ensuite mal à l'aise. Qu'est-ce que je suis censée lui répondre, moi ? Je ne sais même pas ce que ça signifie vraiment, de sortir avec quelqu'un. S'en suit alors un gros blanc, comme le calme déterminant après l'explosion d'une bombe. Parce que oui, ce qu'il vient de lâcher, pour moi, c'est bien une bombe. Reste à savoir si c'est positif ou non. Sauf qu'en vrai, je suis terrifiée ne serait-ce qu'à l'idée d'être plus qu'amie avec Isaac. M'enfin, tout dépend de la définition qu'il attribue à « sortir ensemble ». Si ça se résume à des sorties à la patinoire, moi je suis on ne peut plus d'accord. Mais je ne sais toujours pas quoi lui répondre, à ce perlimpinpin, alors j'improvise en essayant de ne pas –trop- me tourner au ridicule :

- Ok.

C'est la meilleure réplique que j'avais en stock dans une telle situation. Je n'étais pas prête pour ça. Vraiment pas prête pour ça. Comment je pouvais m'attendre à une chose pareille, en même temps ? Je ne suis pas télépathe.

Il n'est pas trop tard pour fuir, et c'est ce que j'aurais fait, si Isaac ne s'accrochait pas à moi comme un poulpe à sa proie.

- Ok ?

- Ok.

Il me répond par un sourire que je n'avais encore jamais vu sur ses lèvres auparavant. J'aimerais le lui rendre, sincèrement, mais je ne suis pas sûre d'y arriver. Alors je me contente de reprendre là où on s'était arrêté avant de devenir un… un quoi, d'ailleurs ? Un couple ? Certainement pas, c'est trop… beurk. Non, on est juste… juste lui et moi, sans attentes ni espérances.