Note de l'auteur : Bonne lecture à tous !


Alessandro avait réussi à échapper à Hannah. Ca n'avait pas été simple et il avait bien failli y laisser un bras. Son épaule était bien entaillée et entravait un peu ses mouvements mais tant pis, il n'avait pas le temps de le recoudre. Il pouvait encore le bouger alors il ferait avec. Elle était trop sensible malgré tout. Il savait qu'en combat physique, il ne pourrait pas gagner, le rapport de forces était trop inégal, la force que cette femme avait était monstrueuse. Mais quelques mots sur les deux enfants qu'elle avait dû abandonner suffisait à l'ébranler, il l'avait bien senti, il avait nettement entendu son cœur changer de rythme. S'échapper, une fois qu'il avait saisi l'instant où ses réflexes seraient le plus bas, anesthésiés par la culpabilité, n'avait pas été bien sorcier. Par contre, il avait perdu Christian. Tant pis, de toute manière, il avait déjà altéré sa vision puisqu'il avait réussi à ne pas rester bloquer quelque part pendant que Matthis serait en danger. Sûrement avait-il, dans sa vision initiale, tenté de se battre contre la guerrière. Et avait perdu, bien sûr. Bon, là, elle était très probablement à ses trousses mais tant pis. Elle l'avait perdu pour le moment, sinon il la sentirait.

Une des portes de la grande salle se profila devant lui et il s'arrêta, l'ouvrant prudemment. Il n'eut aucun mal à trouver Matthis. Après tout, il était le seul debout dans la salle. Il entra silencieusement et s'approcha de lui, cherchant du regard son adversaire.

- Il a fui. Il m'a eu.

- Par où ?

- Je ne sais pas. Il m'a balancé une de ces…Choses que les paysans utilisaient pendant les révoltes de l'An noir, les espèces d'explosifs qui font de la fumée. Et le temps que je puisse voir à nouveau, il n'était plus là. Il est sûrement parti dans un de ces saletés de passages secrets. Il sait qu'il ne peut pas gagner seul. Tu t'es débarrassé du paysan ?

- Non, Hannah m'a distrait. Et je pense qu'il peut être utile, il me semble assez malléable.

- Si tu le dis. Mais fais attention, il est loin d'être bête.

Et pour cause. Profitant de la diversion parfaite dont Hannah lui avait fait grâce, Christian avait pris de l'avance sur Alessandro et atteint la grande salle avant lui. Là, il avait vu Quentin en difficulté face à son frère. Il n'imaginait pas Matthis si fort, lorsqu'il se battait à l'épée, il semblait danser tant il lui était aisé de se déplacer et de porter ses coups. Son adversaire n'était pas mauvais, mais tout ce temps passé en cellule pesait sur ses acquis. Il semblait évident qu'il allait perdre. Mais que pouvait-il y faire ? C'était là qu'il s'était souvenu de toutes ces trappes et portes cachées qu'il avait trouvé alors qu'il déambulait dans le château sans but, cherchant à faire passer le temps. Utilisant une autre entrée, il s'y était glissé et avait rampé à l'intérieur jusqu'à atteindre une trappe non loin des deux frères. Il avait malheureusement dû abandonner plus tôt, lors de sa première confrontation avec Alessandro, les explosifs qu'il avait fabriqué. Mais il n'avait pas que ça, ces révoltes lui avaient appris à faire un paquet d'autres choses. Entre autres ces petites sphères déclenchant une épaisse chape de fumée. Mais il avait plutôt intérêt à ne pas louper son coup, sinon il était bon pour passer au fil de l'épée du roi. Ouvrant discrètement la trappe, il avait jeté son « arme » et laissé la fumée aveugler Matthis alors qu'il entraînait Quentin jusqu'au passage (il s'était d'ailleurs pris un bon coup de coude dans le nez, l'autre n'ayant pas compris tout de suite qu'il était un allié). Une fois à l'intérieur, ils n'avaient pas attendu avant de s'éloigner le plus vite possible, restant cachés. Il entendait, de loin, les voix du roi et d'Alessandro qui l'avait rejoint, elles résonnaient dans le passage. Il espérait être suffisamment loin pour que le châtain ne puisse les localiser.

Quentin lui adressa un petit signe de tête en guise de remerciement, l'observant dans la semi-obscurité du passage. Il était vraiment loin d'être bête, Matthis avait raison. Mais il semblait préoccupé. Sûrement était-il inquiet pour Stefan et Elizabeth, après tout il s'était retrouvé impliqué là-dedans sans avoir eu le choix et les deux personnes qui comptaient pour lui étaient en danger de mort…Et les explosions qui avaient secoué le château n'avaient pas dû le rassurer. Lui aussi était inquiet pour eux, ainsi que pour Lorraine, Hannah, Nolwenn, Léan, Nathalie…Pour être tout à fait honnête, il ne croyait pas vraiment en leur victoire à l'issue de cette bataille mais…Ils étaient la dernière chance du royaume.

Matthis et Alessandro finirent par sortir de la salle, décrétant qu'ils ne risquaient pas de les trouver en restant immobiles. Ils attendirent encore quelques instants avant de s'extirper de leur cachette, s'étirant.

- Merci encore. Christian, c'est bien ça ?

- C'est ça. Et de rien. Ils doivent penser utiliser l'espèce de capacité bizarre d'Alessandro pour nous retrouver…On a un peu de temps. Mais il faudra les attirer à nouveau ici.

- Pourquoi ? Je ne pense pas qu'on soit de taille pour…

- Ah je n'ai pas l'intention de les affronter en face. On va leur tendre un piège. Et prier pour qu'Alessandro n'ait pas de vision qui le préviendrait de notre plan…

La porte s'ouvrit et ils s'immobilisèrent, craignant le pire. Craignant qu'ils aient eux-même été pris dans un piège. Mais ce n'était qu'Hannah qui observa prudemment les environs avant de les approcher.

- J'ai vu Matthis et Alessandro s'éloigner et j'ai craint que…Enfin, tu es en vie, c'est l'essentiel. Et toi aussi, paysan.

- Merci pour la diversion de tout à l'heure, j'ai pu aider Quentin.

- Mouais…Il m'a échappé, saloperie de mort-vivant. Si on veut se débarrasser de lui, il va falloir tuer Matthis d'abord…Ou le couper en tellement de morceaux qu'il ne pourra plus bouger.

- Ca tombe bien, on compte leur tendre un piège. Et…Euh…Tu aurais des nouvelles des autres ?

La blonde secoua la tête, préoccupée.

- Non. Mais…Vu comment on a tous été séparés…Je me suis retrouvée avec Nathalie face à Agathe, je suppose qu'elle a fait de même pour tous. Quentin face à Matthis. Gaël et Stefan, Yaëlle et Nolwenn, Guillaume et Léan, Alexia et Lorraine, Edwige et Elizabeth…Toi et Alessandro, visiblement.

- Et…Les explosions de tout à l'heure, c'est forcément l'œuvre d'un mage, n'est-ce pas… ?

- Oui. On ne peut qu'espérer que ce soit Nolwenn et Stefan qui s'en soient sortis. Mais pressons-nous, explique-nous ton piège.


Elizabeth avait retrouvé ses souvenirs. Pas tous. Il restait des trous, des flous. Mais elle savait pourquoi elle était là, ce qu'elle combattait et comment le combattre. La sorcellerie n'était pas aussi puissante spontanément que la magie. Elle pouvait elle aussi créer des flammes et autres attaques dans le genre, mais jamais elle ne pourrait produire de spectaculaires explosions comme les mages en étaient capables. La puissance de la sorcellerie résidait dans les noms. Et elle avait le nom complet de sa mère, elle en était sûre, elle n'arrivait juste pas à le retrouver !

Elle évita de justesse un couteau que venait de lancer Alexia, non loin de là. Lorraine pesta contre son manque de vigilance et tâcha d'éloigner sa mère de la blonde qui avait déjà bien assez à faire avec la sienne. Leurs ennemies semblaient…Infatigables. Etait-ce une caractéristique de leur immortalité ? Peu importe les blessures, elles ne semblaient pas ralentir, peiner. A ce rythme-là, elles perdraient assurément.

- Eli il va falloir qu'on trouve une solution, là !

- Je cherche ! Je…Attends, j'ai une idée ! Mais…J'ai besoin d'un peu de temps et…Du nom d'Alexia.

Lorraine acquiesça. Le nom de sa mère, elle le connaissait, mais si elle le donnait maintenant, Alexia risquait de concentrer ses attaques sur Elizabeth pour l'éliminer avant qu'elle n'applique son plan. Il valait mieux lui donner au moment venu. La blonde, elle, réfléchissait à comment agir tout en tâchant d'éviter les assauts d'Edwige. Un sort particulièrement vicieux atteint son épaule gauche et elle eut un cri de douleur, ayant l'impression qu'elle gelait littéralement, bloquant tout mouvement de bras. Elle répliqua immédiatement avec un sort de répulsion qui repoussa la rousse contre le mur.

C'était l'occasion.

- Lorraine, couvre-moi, je t'en prie !

La brune hocha vivement la tête et s'interposa entre elle, qui se réfugia au fond de la salle, et leurs deux adversaires. Elle doutait pouvoir réellement tenir tête aux deux mais…Elle devait essayer le temps que son amie fasse ce qu'elle avait à faire. Edwige grimaça en se relevant, n'appréciant que très peu l'initiative de sa fille. Les sorts les plus puissants avaient besoin d'un peu de préparation, si elle avait besoin d'être couverte, c'était qu'elle avait une idée en tête. Une idée dangereuse. Elle voulut contourner Lorraine mais fut bloquée. La salle n'était pas suffisamment grande pour qu'Alexia et elles puissent partir chacun d'un côté afin d'empêcher la brune de les bloquer toutes les deux. Pour passer, elles allaient devoir se débarrasser d'elle d'abord.

Elizabeth s'ouvrit le poignet avec les ongles. C'était douloureux mais nécessaire, pour le coup, elle n'avait rien d'autre pour tracer son pentacle. Elle devait faire vite ou Lorraine ne tiendrait pas suffisamment de temps, et il lui fallait encore le nom d'Alexia. Celui d'Edwige lui était enfin revenu. Malheureusement, elle, elle avait le nom complet de Lorraine et le sien, alors si elle voulait leur lancer un sort dans le même genre…

- Lorraine, ça y est ! Donne-moi le nom d'Alexia !

- Deux minutes !

La brune évita un coup de couteau visant ses côtes de justesse.

- Alexia Aloyse…

Edwige parvint à lui mettre un coup de coude dans le ventre, la pliant en deux. Elle parvint néanmoins à reculer, tâchant de reprendre sa respiration.

- Alexia Aloyse Jolaine Muller !

- Tiens encore un peu, je t'en supplie !

Lorraine acquiesça juste avant de se prendre un nouveau coup au visage qui lui cassa très probablement le nez. Elle cracha le sang qui coulait dans sa bouche et se remit correctement en garde. Elle devait tenir. Pour Elizabeth. Encore quelques minutes et ce serait terminé. Un sourire se dessina sur ses lèvres alors qu'elle parvint à repousser légèrement ses adversaires. Après cela, elles seraient libres toutes les deux. Elles pourraient retourner à Elsass. Arranger les choses. Elles pourraient enfin être ensemble. Après ces années de séparation… Enfin.

Elle entendait sa bien-aimée scander des incantations derrière elle et se concentra sur Edwige, voulant l'empêcher de lancer le moindre sort mais Alexia en profita pour lui lacérer le flan, la faisant mettre un genou à terre. Malgré la douleur, elle se releva. Elle ne devait pas abandonner, pas maintenant. Pas alors qu'elles y étaient.

- Lorraine, va-t'en !

La brune s'écarta vivement et écarquilla les yeux. A côté d'Elizabeth se trouvait un…Un…Elle ne savait même pas comment nommer cette chose, c'était…Une sorte de maelström noir qui tournait sur lui-même. La blonde murmura des remerciements pour son amie avant d'invoquer les noms de leurs deux adversaires qui ne purent qu'hurler alors qu'elles se faisaient aspirer. Lorraine était terrifiée. La sorcellerie était vraiment capable de ce genre de choses ?

- Que…Qu'est-ce que…C'est… ?

- C'est…Une sorte de passage pour…Un autre monde. Loin. Où Edwige ne pourra lancer aucun sort contre personne ici. Elles sont immortelles…Je n'avais pas le choix.

Prisonnières pour l'éternité…Voilà qui semblait bien pire que la mort. La brune s'approcha et caressa doucement la joue d'Elizabeth, replaçant une de ses tresses derrière son dos.

- Tu n'avais pas le choix. Nous sommes libérées de cette menace à présent.

- Tu l'es…Je dois fermer le passage.

- Fais-le, alors, et on pourra enfin partir d'ici.

Elle eut un sourire atrocement triste. Un de ces sourires qui indiquaient à Lorraine que ce « on » n'existait pas. Qu'elle repartirait seule. Elizabeth se pencha doucement sur son visage, posa ses lèvres sur les siennes. Elle profita de l'instant quelques secondes avant de se détacher.

- Je dois le fermer de l'intérieur…

- Que…Non ! Non ! Non, on a qu'à…Qu'à…Qu'à murer autour du passage ! Construire des murs !

- Elle pourrait lancer des sorts contre nous…Je dois le faire…C'est la loi de la sorcellerie, chaque sort a une mauvaise contrepartie…Je suis désolée…

Elle l'embrassa à nouveau avant de la lâcher à regret, reculant vers le tourbillon noir. Lorraine tendit les mains, voulut la retenir ou dire quelque chose, n'importe quoi, mais rien ne vint. Sa blonde lui fit un dernier sourire avant de disparaître définitivement, ruinant à jamais tous ses espoirs.


Je suis motivée en ce moment, eh-

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