Chapitre 26 : Une étrange soubrette
Gadjeel et Levy venaient tout juste de sortir de la chambre. Ils marchaient tous deux en direction de la grande pièce, celle même où ils avaient rencontré le Baron pour la première fois. La mage des mots ne cessait de penser à ce que lui avait dit son ami.. ou plutôt son petit ami. C'était la première fois qu'elle avouait ses sentiments à quelqu'un, et à présent elle ne savait plus trop comment s'y prendre avec Gadjeel. Devait-elle continuer à agir comme elle l'avait toujours fait ? Devait-elle au contraire se comporter différemment ? Ses pensées furent interrompues par un ricanement.
- Qu'est-ce qui te fait rire ? Questionna la mage.
- Oh rien, rien. C'est juste ton truc de tout à l'heure, répondit le mage d'acier.
- « Mon truc » ?
- Ouais ce que t'as dit.
Le mage d'acier prit une expression faussement gênée et commença à imiter sa petite amie avec un air niais, clairement provocateur.
- « Je crois que je suis amoureuse de toi », imita t-il en riant, avant de reprendre sur un ton plus normal. Ta déclaration c'était... tellement naze ! Haha, on aurait dit une gamine !
Le rouge monta aux joues de la bleutée qui ne savait plus où se mettre.
- L... la ferme ! Et que je sache ça n'avait pas l'air de te déranger !
- Haha..., le rire du mage se calma peu à peu avant qu'il ne reprenne d'un ton plus sérieux. -C'est clair t'as raison. Ça m'a fait super plaisir.
Leur relation venait d'évoluer si soudainement, c'était encore compliqué pour elle de bien réaliser que Gadjeel Redfox était devenu son petit copain. Mais rien que d'y penser, ça la rendait heureuse.
- T'es vraiment bête, réprimanda t-elle en voulant donner une tape amicale sur l'épaule du brun. Mais ce dernier, trop rapide, anticipa le coup et saisit le bras de la bleutée qui ne chercha pas le moins du monde à se débattre.
- Gadjeel qu'est-ce que tu fais ?!
Elle n'eut pas le temps de réaliser ce qui lui arrivait que la seconde suivante, elle se retrouvait collée contre le torse de son amoureux.
- Rien du tout, j'avais juste envie de t'avoir près de moi.
- I... Idiot ! Bafouilla t-elle.
Elle redressa doucement la tête pour y apercevoir le sourire carnassier de son ami. C'est drôle de se dire qu'à leur rencontre ce sourire lui faisait peur. Aujourd'hui elle y était habituée, au point de le trouver rassurant. Comme poussée par son instinct, la jeune fille se mit sur la pointe des pieds pour poser délicatement le bord de ses lèvres contre celles de Gadjeel. Les deux mages sourirent en s'échangeant un regard gêné. Même si Gadjeel n'osait l'avouer, il n'était pas plus expérimenté que Levy en matière de relation amoureuse, et pour lui tout ça avait quelque chose de nouveau, mais aussi de réconfortant.
- On... on devrait se dépêcher, proposa t-il en détournant le regard.
- Oui, tu as raison.
Le jeune couple descendit les marches menant à la grande salle et un soulagement indescriptible les traversa lorsqu'ils reconnurent leur compagnon Exceed.
- Lilly ! S'écria la jeune fille en allant à la rencontre de l'homme chat pour le prendre dans ses bras. En général Lilly n'était pas du genre câlin, mais sous sa forme de réduction il ne pouvait pas vraiment se permettre de se débattre. De toute façon cela importait peu car il était au moins aussi heureux de voir ses amis en un seul morceau.
- Levy, Gadjeel ! J'ai eu peur de ne plus jamais vous revoir.
- Nous aussi, on avait peur qu'il ne te soit arrivé quelque chose.
Gadjeel qui était moins prompte à montrer ses sentiments se contenta de caresser le crâne de son partenaire en lui faisant part de son soulagement.
- Moi j'ai pas eu peur, je savais que de toute façon t'es le genre de gars increvable, c'est pour ça que t'es mon chat !
- Je suis pas ton « chat » !... Enfin si je m'en suis sorti indemne c'est surtout grâce à notre « amie ».
Instinctivement le groupe se retourna pour regarder le soubrette. Elle était assise sur un fauteuil et savourait tranquillement une tasse de thé.
- Je vous en prie, asseyez-vous chers hôtes. Je crois que nous avons beaucoup à nous dire, proposa t-elle en faisant un geste de main vers les deux fauteuils libres en face d'elle. D'abord hésitant, le groupe finit par s'exécuter. Lilly qui profitait de sa petite taille put s'asseoir sur les genoux de Levy, tandis que Gadjeel prit celui juste à coté.
- Bon maintenant on va y aller plus franchement, entama le mage d'acier. Je veux tout savoir : d'où sort le type aux cheveux verts, et pourquoi il sent comme mon père. Et aussi faudra m'expliquer c'est quoi le problème avec le Baron machin-truc. Je veux tout savoir.
Gadjeel avait rarement été aussi direct. Levy réalisa que contrairement à elle, ses amis n'avaient pas bénéficié d'explications concernant le réveil du Traqueur. Pour eux qui s'étaient contentés de l'affronter, tout ne devait pas être clair. Elle laissa donc le soin à Syun de tout leur raconter.
- Bien je comprend, soupira la jeune soubrette. Devoir perdre du temps en explications ne semblait pas la ravir. Bon par où commencer, débuta t-elle.
Elle but une nouvelle gorgée de thé avant d'entamer son explication.
- Pour commencer sachez que mon Maître n'est pas aussi mauvais que vous ne le pensez. C'est juste un homme qui.. Comment dire... A fait les mauvais choix.
- Que voulez-vous dire ? Intervint Lilly.
- Pour faire simple, j'ai rencontré mon maître lorsqu'il était enfant. Déjà à l'époque il semblait fasciné par les dragons et nourrissait de grands projets. Celui d'un jour les égaler. Pour ça il s'est renseigné toute sa vie sur les mythes et légendes qui les entouraient. Ce n'est qu'un jour lors d'une expédition avec certains de ses camarades qu'il prit une mauvaise décision : Celle de profaner des tombes d'un peuple disparu dans le but de comprendre leurs liens avec les dragons.
- Il m'a raconté cette histoire, intervint Levy. Mais Syun qui semblait lancée dans ses explications ne fit pas cas de l'interruption de la mage et poursuivit.
- Malheureusement tout ne se passa pas comme prévu, et d'une façon inexplicable, l'un des membres de ce peuple était resté en vie. Aurorus, l'un des derniers Traqueurs de ce monde avait été tiré de son sommeil. Enfin... Les générations suivantes les ont nommés ainsi, mais leur véritable nom n'est autre que les « tueurs d'impurs ».
Le groupe s'échangea un regard perdu. Mais Gadjeel sembla plus concerné que ses autres amis.
- Aurorus... Il m'a traité d'impur quand on s'est affronté. Ça veut dire quoi exactement ?
- Ça ne veut rien dire. Un impur n'est ni plus ni moins qu'un chasseur de dragon.
- Mais pourquoi ?
- Pourquoi essayait-il de vous tuer ? Tout simplement car c'est la seule chose qu'il sait faire. Ce fut il y a des siècles de cela que les premiers chasseurs de dragon furent entraînés au combat. Certains Dragons y virent une trahison envers leurs semblables. C'est ainsi qu'ils décidèrent de créer leur propre armée, composée uniquement d'êtres capables d'annihiler les Dragon-Slayer, mais surtout, d'êtres impuissants face aux Dragons. Ainsi purent-ils garder une domination totale sur leurs apôtres.
- C'est pour ça qu'ils cherchent à me tuer ? S'indigna le mage d'acier.
- Hum... Ça peut paraître simpliste mais... oui on peut dire ça comme ça. Faute de repères, Aurorus se rabat sur la seule chose pour lequel il a été conçu.
Semblant avoir fini ses explications, la jeune femme termina sa tasse et alla en direction de l'une des fenêtres. De là où elle était il était impossible de distinguer Morsechit, mais une chose était sûre : son maître s'y trouvait, et elle n'osait imaginer les ravages qu'il devait causer à l'heure actuelle.
- Mages, j'ai une faveur à vous demander, reprit-elle. s'est finalement habitué à son nouveau corps, et grâce à son odorat il a pu traquer Aurorus. Actuellement ils se livrent un combat au beau milieu de Morsechit. Un combat qui risque de mettre en danger beaucoup d'innocents. Peut-être cela va vous sembler déplacé de ma part, mais j'aimerais que vous vous y rendiez et que vous stoppiez mon maître.
Suite à la demande de la servante, les trois mages de Fairy Tail se dévisagèrent. Il était évident qu'ils ne pouvaient rester sans rien faire, mais certaines choses leur paraissaient encore quelque peu obscures, et ce fut Gadjeel qui se décida à reprendre la conversation.
- Évidemment ! Tu croyais qu'on allait resté ici les bras croisés ? Dragon, Traqueur ou je ne sais quoi, c'est du pareil au même, moi je m'en vais leur botter le cul fissa ! Mais avant ça il y a une ou deux choses qui me font cogiter.
- Hum.. Je vous écoute ?
- Premièrement j'aimerais savoir pourquoi c'est vous qui nous demandez de lui régler son compte à votre Baron ? De ce que j'ai compris vous étiez au courant de toutes ses petites magouilles ? Alors pourquoi vous retournez votre veste comme ça ?
La jeune femme se crispa légèrement. Gadjeel semblait avoir touché juste.
- Je ne voulais pas ça..., avoua t-elle à mi-mot. Je ne voulais pas que mon maître devienne un dragon ou n'importe quelle créature que ce soit. Malheureusement ça a fini par arriver. Et j'en suis en partie responsable.
- Que voulez-vous dire ? Intervint Levy.
La soubrette prit une brève inspiration avant de reprendre d'un ton plus posé.
- … Ma rencontre avec remonte à son enfance, plus exactement lors de son dixième anniversaire. Ce jour là mon maître a failli mourir, ou plutôt, il « devait mourir ». Destin, malédiction : Appelez cela comme vous voulez mais ce jour là une vie devait s'éteindre, abandonnée de tous. Mais quelque chose vint dérégler le cours des événements, et mon maître fut sauvé.
- Mais... sauvé par qui ? Questionna Lilly.
- Par un dragon... C'est l'une de ces créatures qui empêcha sa mort. Mais qu'il ait été sauvé ou non, qu'importe, à l'époque mon maître avait dix ans. A cet âge n'importe quel enfant aurait pris peur mais pas lui. Au contraire, il s'est mis à courir après cette créature dans l'espoir de la rattraper. Ce n'est que quelques jours après cet événement que j'entrais au service de . Il était jeune, et pourtant déjà, il avait cette fascination presque maladive pour l'être qui l'avait sauvé. Il ne se passait pas un jour sans qu'il n'en parle. Les dragons l'obnubilaient au point d'en rêver la nuit.
- Mais vous, qu'avez-vous à voir dans tout ça ? Questionna la bleutée.
- Moi ?... Eh bien peut-être ne devrais-je pas le dire ainsi mais... c'était cet enfant qui me fascinait. Pour moi son désir de se rapprocher de ces êtres mythiques et les moyens qu'il mettait en œuvre pour y parvenir me captivaient au moins autant que lui était captivé par les dragons. Je l'ai donc suivi durant de longues années à la recherche d'un moyen d'atteindre son objectif.
La soubrette souffla un instant. Devoir déballer ainsi tout ce qu'elle avait du tenir secret durant des années semblait être une expérience des plus éprouvantes pour elle. Et pour une fois Gadjeel ne se montra pas impatient, et attendit d'être sûr qu'elle ait terminé avant de lui répondre.
- Donc vous étiez au courant ? Et vous n'avez rien fait pour l'en empêcher ?
- Effectivement... J'étais prise d'une profonde curiosité à l'égard de mon maître, est-ce mal ?
- Vu le résultat je crois qu'on peut dire que oui, grogna Lilly.
- Sans doute avez-vous raison. Mais je pense que l'heure n'est plus aux regrets à présent.
La jeune femme se rapprocha de nouveau de ses hôtes, et d'un regard froid qui semblait être sa seule expression, elle reformula une nouvelle fois sa demande.
- Je peux vous assurer d'une chose mages. La personne qui en ce moment est en train de détruire la ville n'est certainement pas mon maître. Ou du moins sa vraie personnalité a laissé place à une autre, beaucoup plus corrompue et avide de pouvoir. Si nous le laissons faire alors sa puissance ne cessera de croître, au point qu'un jour plus personne ne sera en mesure de l'arrêter...C'est pour ça que je vous reformule ma requête : Allez tuer mon maître et empêchez-le de sombrer dans les ténèbres pendant qu'il est encore temps.
- Tss, je vous l'ai déjà dit on restera pas sans rien faire. Mais avant ça il y a une dernière chose que j'aimerais savoir.
- Laquelle ?
- Vous semblez en savoir beaucoup au sujet du dragon qui a sauvé votre Baron. Sans parler du fait que depuis tout à l'heure je sens un truc bizarre venant de vous, quelque chose de discret que je n'avais pas remarqué la première fois, comme si vous essayiez de le cacher. En fait c'est très subtil mais j'ai comme l'impression que votre odeur... N'est pas humaine. Je me trompe ?
Levy et Lilly restèrent stupéfaits. Gadjeel aurait-il vraiment ressenti ça ? Même Lilly qui avait lui aussi un odorat très développé n'avait rien capté du tout. Finalement la soubrette lâcha un soupir avant de faire volte-face au groupe.
- Oui vous avez vu juste, mage. Mes félicitations, je ne vous pensais pas aussi perspicace. Moi qui m'étais donnée tant de mal pour cacher les senteurs naturelles de mon corps, voilà qui n'aura servi à rien...
- Je m'en doutais ! Alors c'était vous n'est-ce pas ?
- … Oui, c'est bien ce que vous pensez. Si j'en sais autant sur le passé du Baron, c'est tout simplement car je suis le dragon qui l'a sauvé il y a des années de cela.
