Je suis absolument désolée pour le retard, je déteste vous faire faux bond. Ceci dit, j'ai une bonne excuse, je croule sous le travail en ce moment, et j'étais moi-même très frustrée de ne pas trouver le temps d'écrire…Ça ne va d'ailleurs pas s'améliorer les jours prochains, j'aime autant vous prévenir!
Ah, je précise aussi que la navigation à voile au 18e siècle est un domaine qui m'est à peu près inconnu (au mieux, j'ai lu quelques romans genre "Lîle au trésor"ou "La crique du français"). Je sollicite donc d'avance votre indulgence!
Un grand merci aux reviewers! C'est vous, avec vos commentaires si variés et intéressants, qui m'insufflez le courage et la force de continuer, malgré toutes les difficultés!
AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA
CHAPITRE VINGT SIX
-Passe devant moi, Harry, dit le Lord en attrapant l'échelle de corde qui se balançait au-dessus de leurs têtes.
Debout dans le canot qui tanguait violemment, le garçon sentait ses jambes se dérober sous son poids. Le Lord le soutenait comme il pouvait, le tenant fermement par le bras.
L'énorme coque du navire se dressait au dessus d'eux, et les deux marins avaient fort à faire pour maintenir le canot en place. Malmenée par la houle, la petite embarcation risquait à tout moment d'être culbutée ou projetée contre la masse sombre du bateau.
Tout en haut, penché au dessus du bastingage, un homme brandissait une torche sensée les éclairer et les guider.
Harry prit une inspiration, puis saisit fermement la corde et engagea son pied. Il sentit les mains du Lord le lâcher, et il s'éleva d'un mètre, se hissant avec effort.
Il s'interdisait de regarder vers le bas tandis qu'il grimpait, encouragé de la voix par le Lord et les deux marins du canot. Son cœur battait à tout rompre. Très loin en-dessous de lui, la mer rugissait, menaçante, projetant ses embruns et frappant de gerbes d'eau écumante la coque du navire. Dans son désarroi, il semblait au garçon que l'élément liquide cherchait à l'attirer à lui pour mieux l'engloutir dans ses profondeurs…
Dire que peu de temps avant, il avait sérieusement envisagé de mettre fin à ses jours! A cet instant précis, il était terrorisé à l'idée de périr noyé.
Quand il parvint enfin aux derniers degrés de l'échelle, tremblant de fatigue et d'appréhension, d'autres marins apparurent. Leurs mains fermes le saisirent sous les épaules, le tirant vers le haut. Il se trouva enfin au niveau du pont et y posa les genoux avant de se redresser, soulagé, mais les jambes encore flageolantes.
Il fit face à plusieurs matelots qui le dévisageaient avec curiosité. Dans la lumière des torches, leurs visages burinés avaient quelque chose d'insolite et de vaguement effrayant. Mais ils se détournèrent rapidement pour s'occuper de ceux qui suivaient, le Lord d'abord, puis les deux matelots ayant conduit le canot.
Tandis que le Lord grimpait à l'échelle, un homme à l'allure imposante rejoignit Harry. En le considérant plus attentivement, le garçon comprit qu'il devait s'agir du capitaine de l'Épervier. De haute taille, fermement campé dans ses bottes, il portait un chapeau à larges bords et une longue redingote qui avait dû connaître son heure de gloire, mais que l'air marin et le soleil avaient durement éprouvée…
Quand le Lord eut pris pied à son tour sur le pont, aussi à l'aise et décontracté qu'un marin accoutumé à gambader dans la mâture, les deux hommes se serrèrent la main avec chaleur.
Ils échangèrent quelques politesses, puis le capitaine se pencha vers Voldemort.
-Mylord…il faut que je vous parle, dit-il d'une voix rauque, l'air embarrassé.
L'aristocrate lui adressa un regard interrogateur. D'un commun accord, les deux hommes s'écartèrent de quelques pas. Le capitaine parla d'une traite, visiblement très ennuyé. De là où il se trouvait, environné du bruit de la mer, Harry ne pouvait entendre ce que disait le marin. Mais il vit les traits du Lord se décomposer, d'abord sous l'effet de la surprise, puis de la fureur.
-Comment? Ce n'est pas possible!, lança-t-il, les yeux flamboyants.
Le capitaine voûta les épaules et se remit à parler, toujours à voix trop basse pour que Harry pût comprendre de quoi il retournait.
-Malédiction! Vous l'avez fait exprès! Je vous avais dit que cette côte était infestée de récifs!
Harry vit le corps du capitaine se recroqueviller un peu plus, tandis qu'il s'expliquait en agitant les mains.
-Si c'est ainsi, Flint, s'exclama le Lord hargneusement, dépêchez-vous de faire réparer les dégâts! Le bateau doit pouvoir appareiller à l'aube. Et je ne me répèterai pas.
Les mâchoires serrées, le Lord se dirigea vers Harry et le prit par le bras. Puis il se tourna vers un marin très corpulent, à l'air débonnaire.
-Conduisez nous, Grant. Je suis épuisé, tout comme ce garçon. Nous allons nous retirer dans notre cabine. Ensuite, vous nous ferez apporter à manger rapidement.
Le dénommé Grant s'inclina avec déférence. Sans lâcher le bras de Harry, le Lord partit d'un pas impérieux à la suite de l'homme qui tenait une torche. Ils parcoururent le pont sur toute sa longueur, puis le marin ouvrit une porte sur le gaillard d'avant et, passant devant eux, il descendit quelques marches, avant de longer un étroit couloir sombre, sur lequel donnaient apparemment plusieurs cabines. Arrivé au bout, il fit halte devant la dernière porte, plus large que les autres.
Le Lord le remercia brièvement, ouvrit et fit entrer Harry devant lui. Mais il ne le suivit pas dans la pièce.
-Vous allez descendre avec moi, Grant, et me montrer l'étendue des dégâts, dit-il au marin. Attends-moi ici, mon garçon, je reviens de suite.
Le Lord referma la porte, laissant Harry seul dans la cabine.
Le garçon regarda autour de lui avec curiosité. C'était la première fois qu'il mettait les pieds sur un bateau, et tout ce qu'il découvrait lui semblait nouveau et dépaysant.
Une lampe à huile éclairait la pièce, assez vaste, mais basse de plafond. Les cloisons étaient faites de bois ciré. Plutôt sommaire, le mobilier se composait d'une table, deux chaises, un fauteuil, une commode et un placard au dessin élégant. Un regard plus attentif révéla à Harry la présence d'une fenêtre, dissimulée derrière des rideaux. Le long des cloisons, plusieurs rayonnages supportaient de nombreux livres. Une couchette large et confortable, aménagée en alcôve, occupait tout un pan de mur.
Harry songea avec ennui que la cabine ne comportait qu'un seul lit. Il était donc prévu qu'il dorme avec le Lord…comme si c'était la chose la plus simple et la plus naturelle du monde.
Les marins de l'Épervier étaient-ils habitués à ce que leur maître partageât sa cabine avec un jeune homme…?
Le garçon soupira en enlevant sa cape. Il eût volontiers accompagné le Lord et Grant, histoire de visiter le bateau. Il se fit la promesse de se lancer dès le lendemain matin dans l'exploration du navire, avec ou sans l'accord du Lord.
Désœuvré, il attrapa un livre au hasard et s'assit sur une chaise pour le feuilleter. C'était un ouvrage traitant de navigation, largement illustré, et il s'y plongea avec intérêt.
Des coups frappés contre la porte l'arrachèrent à sa lecture. Légèrement sur ses gardes, Harry vit entrer un jeune garçon roux d'environ douze ans, portant un plateau trop grand pour ses bras frêles.
-B'soir, m'sieur. Voici votre dîner.
Le gamin déposa adroitement le plateau sur la table, puis tourna vers Harry un regard intrigué. Son visage aux traits aigus semblait précocement usé par les rigueurs de la vie au grand air…
-Alors, c'est vous que le maître veut emmener dans les îles?, lança-t-il d'un ton joyeux. Y paraît que vous êtes un musicien? A propos, Ben va vous apporter votre violon, y m'a chargé de vous l'dire.
Soulagé de voir un visage jeune et aimable, Harry sourit.
-Qui es-tu? Demanda-t-il, curieux.
-Le mousse du bateau, pour vous servir, m'sieur.
-Comment t'appelles-tu?
-Colin. Et vous, m'sieur, si c'est pas indiscret?
-Je me nomme Harry. Mais dis-moi, de quelles îles parles-tu?
Le garçon resta un instant stupéfait.
-Eh ben…les îles, quoi…, reprit-il en soulevant les épaules. Là où y a la plantation du Lord!
-Pourquoi as-tu dit que le maître veut m'emmener là-bas?
-Bah…c'est bien là qu'on va, non?
Harry ouvrit à son tour de grands yeux, puis sourit au gamin.
-Non, ce n'est pas là, Colin! Nous allons à New York! Tu dois quand même le savoir!
-Pardonnez-moi, m'sieur, mais je sais pas si vous vous moquez de moi, ou quoi… Il a jamais été question d'aller à New York!! Le capitaine Flint, y nous emmène dans les Caraïbes, jusqu'à nouvel ordre.
Harry le scruta, sondant brièvement ses yeux bleus et limpides. Il commençait doucement à comprendre. Secouant la tête, il avala sa salive, puis se força à sourire à nouveau.
-Bien sûr, Colin…, murmura-t-il. Excuse-moi. Le voyage m'a fatigué, je raconte n'importe quoi.
Le garçon sourit à son tour.
-Pas grave, m'sieur. Avec moi, vous avez le droit de blaguer. Dites, vous en jouerez du violon, sur le bateau?
-Je ne sais pas…, dit Harry en se renfrogant.
-Bon, je vais vous laisser, ou je vais me faire crier dessus par le cuistot. Y m'attend pour la plonge. Au revoir, m'sieur Harry!
-A bientôt, Colin!
Le gamin lui fit un clin d'oeil, puis sortit, vif comme l'éclair.
Harry regarda sans le voir le plateau rempli de victuailles. Le Lord l'avait trompé, une fois de plus. Depuis des jours, il ne lui parlait que de New York, faisant miroiter à ses yeux les richesses de cette ville et du Nouveau Monde en général. Pourtant, selon toute vraisemblance, il n'avait nulle intention de s'y rendre.
Ou du moins, pas dans un premier temps…
La plantation… l'idée d'y aller lui faisait horreur. Là-bas, il n'aurait qu'une chose à faire: regarder travailler de malheureux esclaves traités comme des bêtes, et les voir mourir sous les coups sans pouvoir intervenir.
Comment avait-il pu être aussi naïf ?
Il se leva impatiemment et se mit à arpenter la pièce. Le sol bougeait sous ses pieds, lui donnant l'impression d'avoir trop bu. Ce n'était pas une sensation désagréable, et il s'en fût sans doute amusé si ce qu'il venait d'appendre sur les mensonges du Lord ne l'avait à ce point contrarié.
On frappa de nouveau à la porte. Cette fois, c'était Ben, le matelot du canot, qui apportait le Guarneri. Harry le lui prit des mains en le remerciant. Une fois seul, il le déposa sur le plancher, contre un mur. Vaguement tenté d'ouvrir la boîte pour s'assurer que l'instrument était en bon état, il renonça momentanément à son idée. A quoi bon?
Le Lord ne tarda pas à réapparaître. Il semblait extrêmement préoccupé, et Harry retint les attaques qu'il s'apprêtait déjà à lancer.
L'homme se laissa tomber sur une chaise, et fit signe au garçon de prendre place en face de lui.
-Mangeons, nous aurons les idées plus claires.
Il mit une assiette devant le garçon, puis la lui remplit de charcuterie et de légumes.
-Alors, comment te sens-tu, sur ce bateau?, demanda-t-il d'un ton distrait en lui versant du vin.
-Ça va…
-Tu n'as pas le mal de mer?
-Non, pas trop. Mais on n'est pas encore partis.
-Hélas, non, en effet, grommela le Lord avec mauvaise humeur.
-J'ai vu le mousse…un certain Colin. C'est lui qui a apporté à manger.
-Oui, je vois ça. Un bon gamin, je crois.
-J'ai parlé avec lui, et…
-Et?
-Et il m'a appris une nouvelle ...surprenante. Jusqu'à présent, je croyais que nous allions en Amérique… A New York, plus précisément…
Le Lord parut étonné.
-Eh bien…oui, c'est vrai, jusqu'à preuve du contraire!
-Alors, pourquoi le mousse m'a-t-il parlé des îles?
Le Lord resta un instant figé, avant de plonger le nez vers son assiette en soupirant.
-Les Caraïbes ne sont qu'une escale, Harry. Nous passerons effectivement par la plantation en premier lieu, histoire de régler quelques petits problèmes, et ensuite, nous continuerons jusqu'à la côte américaine.
-Pourtant, le gamin n'avait pas l'air au courant que le voyage se prolongeait au-delà de la plantation…
Relevant brusquement la tête, le Lord le dévisagea avec froideur.
-Tu attaches plus de crédit à la parole d'un mousse qu'à la mienne?
Il y eut un silence. Harry savait que l'homme ne lui disait pas la vérité, mais il se tut, choisissant de mettre sa rancoeur de côté, et se mit à manger de bon appétit.
-Ces imbéciles se sont arrangés pour que nous ne puissions pas quitter la côte avant plusieurs heures…, grogna soudain le Lord en repoussant nerveusement son assiette.
-Que s'est-il passé?
-Ils se sont engagés trop avant dans la crique, et la coque a heurté un récif. Il y a une méchante entaille à fond de cale, avec entrée d'eau.
-Oh…
Malgré lui, Harry imagina les flots pénétrant dans la coque, et il eut la vision fugitive du vaisseau en train de sombrer, avalé par la mer.
-Ne t'inquiète pas, ils ont l'habitude de ce genre d'avaries, ils sont en train de réparer!, s'amusa le Lord en voyant sa mine déconfite.
-Ça va prendre combien de temps ?
-Tu es impatient de partir, toi aussi? Ils m'ont assuré que nous pourrions mettre les voiles demain matin. Le capitaine pense qu'il est dangereux de le faire tant qu'il y a une voie d'eau. En pleine mer, c'est irréparable.
Ils finirent de manger en silence. Harry avait faim, et une fois rassasié, il se sentit nettement mieux. Les muscles détendus, l'esprit vide à défaut d'être serein, il vida un deuxième verre.
-Alors, comment trouves-tu cette cabine?, interrogea le Lord avec un petit sourire de fierté.
-Agréable…
-N'est-ce pas? Je l'ai fait aménager selon mes plans. J'aime être entouré de belles boiseries. Tu ne t'ennuieras pas, j'ai veillé à ce qu'il y ait de quoi lire. Et puis, tu as ton violon…
Le garçon fit la moue.
-Sais-tu qu'il y a aussi un cabinet de toilette?
Le Lord désignait une petite porte dans un coin, à peine visible. Harry hocha la tête.
-J'aimerais visiter le bateau…, dit-il en repoussant les mèches qui lui tombaient dans les yeux.
-Mais bien sûr! Je t'en ferai voir les moindres recoins, demain matin. Ce soir, il vaut mieux rester ici, pour ne pas gêner les hommes qui travaillent sur les réparations. Et puis, il est tard, il fait trop sombre…
Le Lord se leva et se rapprocha lentement du garçon, toujours assis. S'appuyant au bord de la table, il se pencha et lui saisit une main.
-Je suis heureux que nous soyons enfin sur ce navire, Harry, murmura-t-il en jouant avec ses doigts. Et toi?
-J'avais hâte de quitter Manderley…, reconnut le garçon, légèrement crispé.
-Vraiment?
Le garçon tenta de retirer sa main. Le Lord sourit à nouveau, lui emprisonnant le poignet.
-N'as-tu pas envie d'essayer la couchette?, susurra-t-il en tirant Harry vers lui, le forçant à se lever. Tu vas voir comme elle est confortable…
Bien qu'il se fût plus ou moins attendu à ce changement d'attitude, le garçon sentit ses entrailles se nouer. Il ne répondit pas. L'homme passa une main derrière sa tête, et l'attira à lui.
-Oh, Harry…, murmura-t-il dans un souffle.
-Attendez…, commença l'adolescent, mais la bouche de l'homme, déjà, le faisait taire, dévorant la sienne.
Il essaya en vain de se dégager. Quand l'homme le libéra enfin, haletant, Harry lui adressa un regard furieux.
-Vous m'aviez promis que vous…que vous ne me toucheriez plus contre mon gré, dit-il d'une voix vibrant d'indignation.
Le Lord ne semblait nullement embarrassé. Il posa ses deux mains sur les épaules de son vis-à-vis.
-Allons, Harry, dit-il d'un ton bonhomme, je suis sûr que tu en as autant envie que moi…
-Certainement pas!, jeta le garçon en se dégageant brusquement et en reculant de trois pas, défiant l'homme du regard.
Il vacilla sur ses jambes. Le mouvement du bateau, ajouté à l'effet du vin qu'il venait de boire, se conjuguaient pour lui donner le tournis. Amusé, le Lord se mit à rire, et avança vers lui. Harry se déroba, mais l'homme le poursuivit. Le garçon n'avait pas le pied sûr, il trébucha et s'étala sur le sol. Le Lord fondit aussitôt sur lui.
-C'est ainsi que tu me remercies, ingrat…, protesta-t-il, essoufflé, en immobilisant les poignets du garçon.
A moitié sonné, Harry ne trouva rien à répondre.
-Si tu savais comme tu m'as manqué…, dit l'homme plus doucement, et son doigt suivit nonchalamment la ligne de sa pommette. Pendant ces deux jours, j'avais tout le temps envie de toi.
Couché sur lui, le Lord libéra ses bras et se mit à le caresser, passant une main sous sa chemise, glissant l'autre sous ses fesses.
-Non…, dit Harry en gesticulant.
-Chhhhut….
Les attouchements devenaient si précis que le garçon se sentit perdre très vite le contrôle de son corps.
-Pourquoi ne veux-tu pas admettre que tu aimes ça…, souffla l'homme, cherchant son regard.
-Vous pensez pouvoir me…, commença Harry, avant de se mordre les lèvres pour ne pas laisser échapper un gémissement.
Comme affamé, l'homme ouvrait impatiemment sa chemise, arrachant les boutons, tout en pressant à pleine main son entrejambe.
-Quoi…?, fit-il, railleur. Dis-moi ce qui ne va pas…
-Vous venez de prouver que…vous ne me…respectez pas…
-Comment cela ?, chuchota l'homme dans son oreille en l'asticotant de plus belle. Te donner du plaisir, est-ce cela que tu appelles te manquer de respect ?
Harry ferma les yeux. A nouveau, il était piégé par ces mains si habiles à éveiller ses sens. Il aurait pu aisément se dégager, mais il n'en faisait rien, comme vaincu d'avance. Le Lord avait-il raison? Le garçon aimait-il que l'homme jouât ainsi avec lui, sans vouloir le reconnaître, par orgueil mal placé? Non, Harry savait qu'il y avait autre chose...
Cessant soudain de le caresser, l'homme se redressa, sans pour autant relâcher sa prise autour de lui.
Comme Harry, retrouvant un peu de ressort, en profitait pour se débattre, le Lord le ceintura fermement et entreprit de l'entraîner vers le lit.
-Tu vas voir que je ne t'ai pas menti…, dit-il, haletant. Cette couchette est une pure merveille. Tu m'en donneras des nouvelles.
-Votre parole ne vaut rien…, parvint à articuler le garçon tandis que l'homme le renversait sur les couvertures.
Trop occupé à l'étouffer de ses baisers, le Lord ne prit pas la peine de lui répondre.
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Severus se remit lentement sur pieds, tenant son bras blessé. La toile du Saint Sébastien avait disparu, entreposée par le peintre dans un coin reculé de l'atelier.
Un des policiers brandissait à présent à bout de bras un énorme pistolet, et les jumeaux Weasley, tout comme Severus, Drago, Pettigrew et Mulciber, furent contraints de cesser toute résistance et de se laisser menotter.
Les hommes du shérif les firent sortir de la pièce, et les menèrent en troupeau vers l'entrée principale du château.
Sous le coup de la douleur, Severus serrait les dents, avançant aussi vite que le lui permettait son état. Atteint pour la première fois de sa vie par un coup d'épée, il était incapable d'évaluer la gravité de sa blessure, mais cela l'arrangeait de penser qu'elle devait être superficielle.
Du reste, il ne s'en préoccupait guère. Il brûlait plutôt d'interroger le peintre au sujet du portrait. Comment l'homme avait-il osé représenter Harry dans une posture aussi délibérément sensuelle et provocante? S'agissait-il d'une commande du Lord? De quelle manière s'étaient déroulées les séances de pose? Avait-on contraint le garçon? L'avait-on brutalisé? Pourquoi était-il aussi cruellement bâillonné?
Et que signifiaient ces larmes, bien visibles dans ses beaux yeux verts?
En un mot, pourquoi l'avait-on représenté en martyr?
Bien sûr, il n'était pas question de s'adresser au peintre pour le moment, mais Severus, presque plié en deux par la souffrance, l'observait de côté tout en marchant, empli d'une curiosité mêlée de rancœur, mais aussi, d'une sourde admiration. Car le tableau qu'il avait aperçu, tout scandaleux qu'il fût, était d'une beauté et d'un réalisme à couper le souffle, et le vicaire devait bien s'avouer qu'il eût donné beaucoup pour l'avoir en sa possession… et pouvoir le contempler secrètement, des heures durant…
On les fit entrer dans le hall du château, et les policiers les poussèrent sans ménagement devant le shérif qui les attendait, les poings sur les hanches.
Severus constata avec soulagement que Maugrey Foloeil se tenait auprès de lui, fièrement planté sur sa jambe de bois et libre de ses mouvements. Et quand on les fit avancer, le vieux guerrier s'écria de sa voix rocailleuse, montrant les jumeaux et Severus:
-Ces trois là font également partie de mon équipe, mon cher Gordon.
Le shérif les fit détacher aussitôt. Apparemment, Foloeil et lui se connaissaient, ou du moins, il y avait eu entre eux une explication qui avait mis les choses au clair.
Dès qu'ils furent libérés, les jumeaux rejoignirent Bill et Ron qui se trouvaient déjà là et ne cachaient pas leur joie de les retrouver saufs.
Cependant, Severus perdait beaucoup de sang, et Maugrey s'aperçut enfin de son état.
-Vous êtes blessé, mon révérend, s'écria-t-il, alarmé.
Il alerta le shérif qui s'était détourné pour interroger les prisonniers.
S'interrompant pour considérer l'état du vicaire, Gordon évalua rapidement la situation.
-Il faut arrêter l'hémorragie tout de suite. Nous avons ce qu'il faut ici.
Il interpella un des membres de sa patrouille, visiblement chargé de dispenser les premiers soins, et l'homme s'empressa d'accourir auprès de Severus, muni d'une sacoche renfermant un nécessaire d'infirmier.
Après avoir découpé la manche au niveau de l'épaule et fait un garrot, le policier-secouriste nettoya la blessure, malheureusement assez profonde, puis banda soigneusement le bras blessé.
Pendant ce temps, se laissant docilement manipuler, Severus observait les membres du personnel du château que les policiers ne cessaient d'amener, et qui venaient grossir le groupe des prisonniers.
Il remarqua une jeune fille aux longs cheveux blonds, ainsi qu'un bel adolescent de type métis, leur jeunesse les distinguant des autres personnes présentes. Harry les connaissait-il? Cette jeune fille était-elle la fameuse demoiselle en compagnie de laquelle le garçon avait fui Manderley?
Ces jeunes gens étaient ils impliqués d'une manière ou d'une autre dans les crimes commis par le Lord? Cela paraissait improbable.
Toujours menotté, le jeune vicomte était assis entre le peintre et Pettigrew. Il semblait hors de lui, et il profita d'un silence pour hurler que c'était un scandale, qu'il se plaindrait à son père et que la police avait tout intérêt à le libérer immédiatement, sous peine de graves sanctions.
Ce coup d'éclat fit rire Maugrey Foloeil. Le vieux héros de guerre rassura Gordon qui, passablement impressionné par le rang et la prestance du jeune aristocrate, hésitait sur la manière de se comporter avec lui. De l'avis de Foloeil, le vicomte faisait partie de l'entourage immédiat du Lord, et il n'était pas opportun de le libérer avant d'être certain que le jeune homme n'avait pas participé aux différents méfaits reprochés à son grand oncle. Malgré sa haute situation, le comte Lucius Malefoy n'avait pas son mot à dire dans cette affaire…
Soudain, Severus vit entrer un homme blond et massif qui rejoignit à grands pas le shérif.
- Ils sont effectivement partis, monsieur, dit-il, haletant. Aux dernières nouvelles, ils auraient disparu il y a trois heures environ. Je suis persuadé qu'ils ont filé vers le port.
-Comment le sais-tu, Carrow?, s'étonna le shérif.
-Le Lord avait le projet d'embarquer prochainement pour les îles, il avait fait affréter un de ses bateaux, l'Épervier.
-Dans ce cas, allons-y! Il faut courir au port, sans perdre une minute.
Le shérif héla les hommes qu'il voulait emmener avec lui à la poursuite des fugitifs. Il n'en laissait que trois sur place, pour surveiller les prisonniers.
Les membres de la troupe de Foloeil se déclarèrent également volontaires pour prendre part à l'expédition. Severus se leva aussi prestement qu'il en était capable, essayant de cacher une grimace de douleur, et décréta qu'il voulait se joindre à eux, mais le shérif se récria.
-Non, mon révérend! Pardonnez-moi, mais vous n'êtes pas en état.
-Je vous promets de ne pas vous retarder. Ne m'attendez pas. Je vous suivrai à mon rythme.
-Vous connaissez la région?
-Un peu. Et ma monture est une bête exceptionnelle.
Par chance, le shérif n'avait ni le temps, ni l'envie de discuter. Il céda sans faire d'histoire. Impressionnés, les frères Weasley considéraient le vicaire sans plus dissimuler leur admiration.
Dix minutes plus tard, ils étaient tous en selle, et traversaient au galop le domaine pour gagner la lande et suivre la côte jusqu'à Bristol.
Severus serrait les dents. Il n'était pas assez vaillant pour stimuler son cheval, mais le brave animal suivait les autres sans rechigner. Cependant, la douleur était presque insoutenable, et Rogue ne se sentait pas loin du vertige. Toutes ses forces se concentraient sur sa volonté farouche de se maintenir en selle et de ne pas perdre les autres de vue.
Soudain, la troupe s'arrêta brutalement. Ils venaient de croiser un cavalier que Carrow semblait connaître. Fait étrange, l'homme menait deux chevaux par la bride, en plus de celui qu'il montait.
Severus les vit discuter de loin, et comme l'entretien se prolongeait, il se rapprocha du groupe et prêta attention -autant qu'il le put- à ce qui se disait.
-Tu vas venir avec nous, Oliver, criait Carrow. Tu sauras nous y mener.
Incapable de comprendre de quoi il retournait, Severus s'adressa à Bill Weasley.
-Cet homme vient d'accompagner Harry et lord Voldemort jusqu'à une crique où ils ont embarqué sur un navire, expliqua le jeune homme.
-Mais l'Épervier a dû partir, à présent…, cria Foloeil.
-Il reste une solution, intervint Gordon. Courir au port malgré tout, et réquisitionner les deux frégates des gardes-côtes, en espérant qu'elles seront au mouillage, et prêtes à appareiller. Si nous avons de la chance, nous pouvons encore rattraper le Lord.
A ces mots, Severus sentit le découragement l'envahir. A quoi bon se bercer d'illusions? Si le vaisseau du Lord était déjà parti, toutes voiles dehors, il les aurait distancés bien avant qu'ils commencent seulement à quitter le port... Toutes rapides que fussent les frégates, Severus ne croyait guère à la possibilité de gagner le Lord à la course.
Hélas…l'homme leur échappait…et avec lui, le jeune Potter.
Il faillit adresser à Dieu une prière, mais se retint, légèrement honteux. Il était bien conscient que ses motivations dans cette expédition n'étaient pas de celles qui plaisent au Seigneur, même si on pouvait objectivement considérer que vouloir sauver à tout prix son ancien élève des griffes d'un meurtrier pervers était une noble mission.
Le vicaire poussa un grognement de douleur quand son cheval se lança à nouveau à la suite de ses compagnons, repartis au galop en direction du port. Et renonçant à complaire à Dieu, il lança au ciel une supplique désespérée… demandant, à la manière d'un enfant, que les éléments se liguent pour retarder le départ de l'Épervier, et que lui, Severus, le cœur secrètement rempli de joie et d'orgueil, puisse ramener le jeune Potter sain et sauf dans sa ville natale…
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Tom reprenait son souffle, savourant les dernières ondes de plaisir qui, après l'avoir emporté au-delà de ce qu'il eût jamais cru possible, s'apaisaient à présent, le laissant épuisé, mais repus.
Il se retira, se soulevant légèrement pour contempler Harry dans le clair obscur diffusé par la lampe à huile. Le visage du garçon, les yeux clos, les lèvres entrouvertes, les pommettes rougies, était d'une beauté envoûtante. Ému, le Lord se pencha pour l'embrasser.
-C'était bon…, souffla-t-il doucement…Tu as aimé?
Le garçon ouvrit les yeux et, sans répondre, lui lança un regard indéchiffrable.
-Tu ne le reconnaîtras jamais, hein?, railla Tom, passant une main légère sur le torse nu du garçon, puis s'attardant sur son ventre plat et souple.
Harry pinça les lèvres.
-Vous n'êtes pas particulièrement léger…, grogna-t-il en remuant pour se débarrasser du corps qui le couvrait.
- Dommage…je passerais bien la nuit dans cette position…
-Oui, ben… pas moi.
-Allez, j'ai compris, je vais te laisser dormir…
Tom se laissa glisser sur le côté, gardant un bras passé autour de Harry, comme pour s'assurer que le garçon resterait bien couché près de lui. Ce dernier lâcha un long soupir, mais ne broncha pas.
Trois secondes plus tard, Tom, enfin apaisé, dormait profondément.
Des coups violents frappés contre la porte l'arrachèrent au sommeil. Il se redressa brusquement, hagard. Pourquoi le réveillait-on ainsi au milieu de la nuit? Comme les coups reprenaient, il enjamba le corps immobile de Harry et sauta du lit.
-Maître! Il faut que vous veniez!, dit la voix de Grant, assourdie par le battant de la porte.
-J'arrive! Cria le Lord en enfilant précipitamment ses hauts-de-chausse et sa chemise qui traînaient par terre.
Il tourna la clef dans la serrure. Grant se tenait sur le seuil, portant une lanterne.
-Que se passe-t-il?
-Nous sommes attaqués…par la police, et les gardes-côtes!
-Quoi? Rugit Tom.
Il entendit derrière lui Harry qui se levait à son tour.
-Oui…la police…, reprit le second. Ils nous encerclent. Ils sont là, avec deux frégates…
-Que…que veulent-ils?
-Ils ont lancé un appel. Ils vous veulent, vous, mylord…et le garçon.
Tom resta un instant sans voix. Carrow! Il l'avait donc dénoncé! Et la police s'était pour une fois montrée assez rusée et habile pour repérer rapidement l'Épervier…et le prendre en chasse.
-Quelle heure est-il, Grant?
-Sept heures, maître.
Déjà? Il avait dormi des heures, sans même s'en apercevoir.
-L'Épervier est-il prêt à repartir?
-Oh…non, maître, je ne pense pas! Ce serait très dangereux. Nous avons besoin d'au moins trois heures encore pour finir de colmater les brèches.
-Tant pis. Il faut mettre les voiles.
-Mais la police nous bloque la sortie de la crique, maître. Nous ne passerons pas.
-Malédiction! Je monte tout de suite évaluer la situation.
Le Lord referma la porte et se tourna vers Harry qui s'habillait, titubant, les cheveux plus en désordre que jamais.
-Reste là, Harry. Je ne sais pas ce qui se passe, mais si la police est en haut, il vaut mieux que tu m'attendes ici.
-Non. Je veux monter sur le pont.
Tom hésita. Il eût préféré savoir le garçon en sécurité et surtout, qu'il ne se montre pas. Mais l'air déterminé de Harry le convainquit, d'autant plus qu'il n'était pas mécontent de le garder à l'œil.
-D'accord. Allons-y, dans ce cas!
Avant de rouvrir, Tom alla jusqu'à la table, tira le tiroir et y prit son poignard qu'il glissa dans sa ceinture. Il enfila ensuite sa veste par dessus. Puis il gagna vivement la porte.
Grant les attendait, portant toujours sa lanterne, qu'il souffla en parvenant à l'air libre.
Dans le jour naissant, le Lord aperçut aussitôt les deux frégates qui leur barraient l'accès vers le large. Le capitaine Flint venait vers lui, agité.
-Maître, ils ont mis trois canots à la mer, et ils nous somment de les laisser monter à bord.
Le cerveau de Tom se mit à tourner à une vitesse folle.
Que faire?
S'il leur autorisait l'accès à son navire, ils auraient vite fait de les arrêter, Harry et lui. Et avec tout ce que Carrow n'avait pas dû manquer de révéler à son sujet, le Lord ne pouvait espérer obtenir la moindre clémence de la justice, même en cherchant par tous les moyens à discréditer son ancien homme de main et le faire passer pour un affabulateur.
Il finirait au mieux ses jours en prison, au pire, pendu au bout d'une corde…
Il n'avait pas le choix. Il devait combattre. Les tuer tous, et filer ensuite, pour ne jamais revenir…
-Il n'est pas question de les laisser approcher!, dit-il durement à Flint qui attendait les instructions. Donnez l'ordre de tirer!
Le capitaine parut stupéfait.
-Oh…mylord…c'est…c'est impossible!, protesta l'homme, visiblement au supplice. Si nous agissons ainsi, nous serons définitivement proscrits, interdits d'accès sur tout le territoire!
-Peu importe! Suivez mes instructions, sans discuter.
-Je ne peux pas, mylord.
-Dois-je comprendre que vous refusez d'exécuter mes ordres?
Le Lord foudroya le capitaine du regard. Mais Flint ne faiblit pas. Tom chercha quelques secondes encore à lui imposer sa volonté par ce simple duel oculaire, parfaitement conscient cependant que c'était inutile.
L'homme l'avait déjà abandonné. Il ne croyait plus en lui. Et il préférait le trahir plutôt que d'avoir maille à partir avec la police.
Tom était perdu.
Dans un sursaut de rage, il se jeta sur un des marins qui portait un fusil, le lui arracha, et se précipita vers le bastingage, espérant que l'arme était correctement chargée.
Il prit son temps pour viser soigneusement l'officier qui semblait commander le premier canot.
Pas un membre de l'équipage de l'Épervier n'osa s'interposer pour l'empêcher de tirer, pas même le capitaine Flint.
Le coup partit, énorme déflagration sonore qui le laissa assourdi et à demi déséquilibré par le recul de l'arme.
Dans le canot, l'homme s'était effondré. Tom avait atteint sa cible. Les assaillants allaient-ils renoncer?
Il entendit des cris, des imprécations. Visiblement, les canots hésitaient à continuer. Puis une voix autoritaire s'éleva d'une des deux frégates, amplifiée par un porte-voix.
-Vous n'avez aucune chance de nous échapper, lord Voldemort! N'ajoutez pas de nouveaux crimes à ceux que vous avez déjà commis. Si vous tirez sur nos hommes, nous serons contraints de démolir votre navire à coups de canon.
Les mâchoires contractées, Tom hésita un instant, puis tourna sur ses talons et revint vers le grand mât. Il fulminait. A l'évidence, il eût été facile de repousser les assaillants, mais le capitaine refusait de le suivre…
Il fit un effort pour retrouver son calme. De toute façon, se raisonna-t-il, l'Épervier ne pourrait survivre à une canonnade provenant de deux bateaux militaires, coincé comme il l'était à l'entrée d'une crique infestée de récifs.
Flint le fixait, mal à l'aise, mais visiblement déterminé à ne pas céder. C'était un capitaine aimé de ses matelots, Tom le savait. Malgré sa propre popularité auprès de l'équipage, le Lord était bien conscient qu'il ne servait à rien de tenter de dresser les marins contre leur chef. Quoiqu'il fît, ils se rangeraient unanimement derrière lui…
Cette fois, Tom était bel et bien seul.
Il chercha Harry du regard. Debout près du grand mât, tête nue, le garçon avait observé toute la scène. Pourtant, il n'avait sans doute pas vu l'homme du canot mourir, de là où il se trouvait, et Tom en fut soulagé. Il songea furtivement que le garçon n'avait jamais été aussi séduisant, avec sa chemise et sa veste mal fermées, son beau visage mince et ses mèches noires que le vent ébouriffait.
Dans un élan, il s'approcha du garçon qui le considérait froidement.
-Nous n'avons plus qu'à attendre la police…, dit-il, maussade.
-Votre heure est donc venue…, répliqua Harry sans animosité, levant vers l'homme son magnifique regard vert.
-La tienne aussi par la même occasion…
Le garçon haussa les épaules.
-On ne peut éternellement échapper à son destin, dit-il calmement.
-Il n'y a pas de destin, répondit durement le Lord, agacé. Nous avons le destin que nous nous construisons. Rien n'est écrit à l'avance.
-Peut-être. Mais nos choix sont limités. On croit être libre, mais c'est faux. Le plus souvent, nos actes sont contraints…
-Non, Harry, coupa Tom. Pour ma part, j'ai mené la vie que je voulais mener, personne ne m'a jamais rien imposé.
-Tant mieux pour vous. Ce n'est pas mon cas.
-Tu es trop jeune pour le savoir.
Le garçon croisa les bras.
-Ma vie est en train de s'achever, dit-il sèchement, et je pense pouvoir dire que je n'ai jamais disposé de la moindre liberté …
Malgré l'urgence du moment, Tom eut envie de faire vaciller ses belles certitudes.
-Tu étais donc forcé de coucher avec ma nièce?, glissa-t-il perfidement.
Visiblement surpris, le garçon sembla un instant déstabilisé.
-Oui…, commença-t-il, hésitant, parce que c'était... le meilleur moyen de venir en aide à ma famille d'adoption.
-N'empêche que rien ni personne ne t'y obligeait. Tu t'es trouvé cette justification, parce que cela te tentait, avoue!
Troublé, le garçon détourna le regard, fixant l'horizon qui s'éclairait lentement.
-C'est vrai…, dit-il doucement. Vous avez raison. Ce jour là, j'ai fait un choix, et c'était le mauvais.
Tom eut envie de le prendre dans ses bras. Combien de temps pourrait-il encore profiter du spectacle de ce visage et de ce corps si irrésistiblement attirants?
Une vague de désespoir le submergea. Il n'était pas possible que tout se terminât ainsi. La chance avait toujours été avec lui. Pourquoi le lâchait-elle aujourd'hui, si soudainement?
-Tu n'as pas peur?, demanda-t-il au garçon qui contemplait toujours pensivement le lever de soleil.
-Si. Bien sûr que j'ai peur, marmonna Harry entre ses dents. Et vous?
Tom serra les poings.
-Non. Jamais! Je ne les laisserai pas me broyer. S'ils veulent s'en prendre à moi, ils en payeront le prix. Et je veux te sauver, toi aussi.
Le garçon le regarda sévèrement.
-N'essayez même pas.
-Tu n'imagines pas le sort qui t'attend, s'ils te prennent.
-Oh si, j'imagine très bien, au contraire. Mon petit séjour au poste de Wick m'en a appris beaucoup sur le comportement de la police.
-Et malgré cela, tu acceptes ton sort?
-Je suis innocent. Il me reste donc un espoir...
-Un espoir? Tu es vraiment naïf, mon pauvre Harry.
-Peut-être.
-Viens avec moi. Filons! Nous pouvons mettre un canot à la mer...
-Fuyez si ça vous chante, dit le garçon avec un sourire désabusé. Pour vous, il est encore temps...
-Je ne partirai pas sans toi. Plutôt les tuer tous!
-Ne faites surtout pas quelque chose d'aussi insensé! Ils sont plus nombreux, et ils ont la justice derrière eux.
Le Lord ricana. La justice! Il lui avait toujours fait de beaux pieds-de-nez, à la Justice avec un gand J, comme d'ailleurs à la Morale avec un grand M, et le jour n'était pas arrivé où il changerait sa manière d'être.
Il réalisa que les policiers étaient en train de prendre pied à bord, aidés par les marins de l'Épervier qui avaient déposé leurs armes. Tournant sur lui-même, Tom se dressa et leur fit face.
Un homme grand et costaud avança vers lui, tout gonflé de son importance.
-Shérif Gordon!, lança-t-il d'une voix de goret. Vous êtes bien lord Voldemort?
Tom le dévisagea un moment avant de hocher la tête. Gordon désigna alors Harry de sa main gantée.
-Et ce jeune homme ici, il s'agit bien de Harry Potter?
Il y eut un silence.
-Bien sûr, que c'est Potter !, intervint subitement un homme qui se trouvait à demi dissimulé derrière le corps massif du shérif.
Tom chercha du regard celui qui venait de parler. Avec un coup au cœur, il reconnut le ténébreux Severus Rogue, bien que l'homme ne portât pas sa soutane. Un de ses bras, visiblement blessé, était maintenu en écharpe.
« Comment a-t-il réussi à grimper à bord, dans son état? », songea le Lord, stupéfait.
-Emparez-vous d'eux!, glapit le shérif.
Cinq hommes armés s'élancèrent en avant.
Vif comme l'éclair, Tom sauta sur le côté et saisit Harry à bras le corps, tout en extirpant le poignard de sa ceinture. Avant que les hommes aient pu l'atteindre, il avait reculé de trois pas. Se trouvant ainsi dos au bastingage, il appuya la pointe de la lame contre la gorge dénudée du garçon qui, étrangement, n'essayait pas de se débattre.
-Si vous faites la moindre tentative pour nous attraper, je l'égorge…, articula-t-il lentement, et son regard plongea dans les yeux noirs du vicaire, dont la bouche s'était ouverte sous le coup de la surprise et de l'épouvante.
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J'espère que vous avez eu du plaisir à lire. Pour les commentaires, les critiques, les réclamations et autres participations aux frais, il y a un petit bouton vert (pas assez fluo à mon goût) marqué « review », en bas de la page. Je compte sur vous! Merci à tous, et à bientôt!
Shisen: Merci beaucoup pour ton mot amusant et bien encourageant!
Une potterienne: Comme chaque fois, tu as entièrement raison dans ton analyse. Si le Lord avait tout mis en oeuvre pour innocenter Harry, prenant ainsi le risque de le perdre, le garçon l'aurait sans doute aimé et serait volontiers resté avec lui. Mais Tom a fait le choix contraire, par désir de possession et de domination, et du coup, il va tout perdre...oups, je m'avance beaucoup, là, hum... -Pour Rogue, tu le vois bien tel qu'il est. - Mulciber protège le Lord, c'est vrai. En fait, j'ai modifié la fin du chapitre, car je me suis aperçue que c'était incohérent. Jack ne devait pas reconnaître devant Rogue la présence de Harry auprès du Lord, même s'il aurait pu le faire pour le blesser, comme tu le suggérais. -Voilà, merci encore pour tes compliments, qui me vont droit au coeur en ces temps où pas mal de lecteurs, y compris parmi les plus fidèles, semblent avoir abandonné cette fic...
Moi: Merci pour cette chouette review! Je suis heureuse que tu sois prise par le suspense, j'apprécie le compliment (moi même, j'adore lire des histoires à suspense!!). Pour connaître la suite des évènements, il faudra que tu lises ce chapitre, hé hé hé...! Bisous!
Loan: Oho, tu as des idées superbes pour la suite de l'histoire et l'affrontement entre Rogue et le Lord! Bon, je ne peux rien révéler, tu le sais, mais tes suggestions sont vraiment intéressantes. En tout cas, j'espère que ma propre fin ne te décevra pas, et surtout, qu'elle ne te paraîtra pas trop fade! -Hin hin, tu préfèrerais que Harry se noie plutôt que de retourner dans les bras de Narcisssa? Ouh, c'est pas gentil, ça! Bon, je vais voir ce que je peux faire pour te faire plaisir, hum...*_* Bon, et sache que je ne répèterai jamais assez combien j'adore tes reviews, et combien elles me font du bien!
Cecile: C'est très sympa, de laisser une review, même si elle n'est pas longue (c'est déjà pas mal, d'ailleurs!). Tu ne détestes pas Jack? En tout cas, on peut dire qu'il est fidèle au Lord, ce qui est un bon point pour lui! A bientôt!
Alia: Oui, Severus est blessé, hélas. Espérons qu'il n'en souffrira pas trop, et qu'il reprendra du poil de la bête! Merci pour ton soutien, ziboux !
Koala: Je pense que tu juges trop rapidement en disant qu'il n'y a plus aucune chance que Harry s'en sorte, mais bon... libre à toi d'abandonner cette fic! Merci en tout cas d'avoir été fidèle jusque là et de m'avoir courageusement donné ton avis! Peut-être à une autre fois, alors!
Tranen: Tu es déçue que Harry ne soit pas "amoureux" de Voldemort...? Je comprends bien cela, mais... c'est ce qui me semblait le plus cohérent. Comme je l'ai écrit à une poterienne, si le Lord avait tout fait pour innocenter Harry, prenant ainsi le risque de le perdre, le garçon l'aurait sans doute aimé et serait resté avec lui. Mais Tom a fait le choix contraire, par désir de domination, et du coup, il va tout perdre... (je me cite moi même, là, désolée!). En tout cas, merci beaucoup de me suivre malgré tout... A bientôt, j'espère!
A suivre...
