Musique de chapitre:

James Paget - Believe


PRISONNIÈRE DES BOIS

CHAPITRE 25: ASSYLANA


Le sens de la vie.

La qualité du service laissait sérieusement à désirer.

Assylana déambulait entre les tables avec un visage si froid que les clients sentaient leurs poils se hérisser quand la jeune femme daignait poser les yeux sur eux. L'ambiance était des moins chaleureuses à la taverne, et s'il y en avait eu une autre dans le village, il y avait fort à parier que tous ces gens s'y seraient déjà précipités pour ne pas avoir à endurer les regards glacés de la serveuse. Celle-ci, depuis un jour, était tel du marbre, ne répondant plus que par des réponses laconiques aux questions qu'on lui posait, par un mot voire simplement un hochement de tête. Assylana était déterminée à faire de cette journée-ci une exacte copie de la précédente.

En déposant une choppe sur la table d'un malheureux qui eut à essuyer un regard sec et un silence de mort lorsqu'il la remercia, la serveuse ne s'était pas attendue à devoir confronter le propriétaire des lieux. Celui lui toucha le coude à deux doigts et lui fit comprendre d'un long regard appuyé et d'une brève pression qu'ils devaient avoir un entretien sur le champ. S'assurant que personne ne la réclamerait dans les prochaines minutes, Assylana suivit docilement son patron sans faire la moindre remarque, sans trahir la moindre émotion. Florent lui prit le plateau des mains, le jeta sur le comptoir sans même regarder celui-ci et conduisit son employée au-dehors. Là, la température était suffisamment fraîche pour qu'Assylana se sente obliger de se tenir les bras à deux mains et que des frissons recouvrent son corps entier. La jeune femme se frictionna doucement sans craindre la remontrance qu'elle aurait à essuyer – là-dessus, elle ne se faisait pas d'illusion.

— Si tu continues à jeter à ma clientèle un regard aussi intimidant, gamine, je n'aurais pas d'autre choix que celui de me débarrasser de toi. J'espère que tu comprends où je veux en venir, lança le tavernier en toute franchise.

— Je ne suis plus une gamine depuis belle lurette, et je ne vois pas de quoi tu parles, répondit la serveuse en lui jetant le même regard que celui qu'elle servait aux autres. Ce regard est celui que j'ai d'ordinaire. J'ai déjà changé mes habitudes pour correspondre aux vôtres, je ne vais pas en plus changer ma façon d'être car celle-ci ne plaît pas à tout le monde.

— Ecoute Assylana, fit Florent en s'adoucissant, essayant surtout de conserver son calme, je peux comprendre que tout ceci soit difficile pour toi. Mais tu t'en sors bien, tu n'as pas besoin de te montrer désobligeante. Ce n'est pas une attitude qui sied à une jeune femme.

— Rien de ce que je fais ou ai fait ne sied à une jeune femme.

— Et tu vois où ça nous a conduit ? rétorqua doucement l'homme en accompagnant sa question d'un sourire d'apparence condescendant. Soigne-toi petite, et trouve un époux. Il n'est pas trop tard. Tu es encore jeune et belle mais tu ne le seras pas éternellement, tu devrais songer à fonder une famille avant que ce ne soit plus possible.

— Personne ne veut de moi ici, pas après ce que j'ai fait. Et je ne veux pas fonder de famille, je ne veux pas que… que d'autres aient à endurer ça. (Elle désigna l'ensemble du village d'un mouvement dédaigneux de la tête). Plus personne ne souffrira de ça après moi.

— Tu es donc au courant ?

— Depuis hier seulement.

— Je comprends mieux pourquoi tu tires une tête pareille, même si cela ne t'excuse pas.

Assylana se demanda avec un brin de colère et de frustration comme cela était possible que tout le monde soit au courant de sa propre histoire de famille alors qu'elle-même n'en avait jamais rien su avant la veille. Quand bien même ne passait-elle pas le plus clair de son temps à prêter l'oreille aux rumeurs de ses voisins, ce n'était pas le genre de chose que l'on pouvait décemment ignorer. Même un sujet tabou finissait par être évoqué à un moment ou un autre…

Florent soupira et se passa une lourde main dans les cheveux, regardant la plus jeune du coin de l'œil. Celle-ci ne répondit rien mais se mordit discrètement la lèvre inférieure, gênée par ce regard. Elle dut faire preuve d'une maîtrise de soi suffisante pour ne pas baisser les yeux. Elle n'avait rien à se reprocher, elle n'avait pas à se soumettre une fois de plus. Il ne s'écoula guère plus d'une minute avant que Florent l'interroge de nouveau, pourtant, aux yeux d'Assylana, cette minute représentait un gouffre insondable, une pelle gigantesque qui ne cessait d'agrandir son cimetière de frustration et de malaise.

— Qu'as-tu prévu de faire, du coup ?

— Laisser tomber.

— Ça n'a pas de sens, Assylana. Ce n'est pas dans ton caractère, ça ne te ressemble pas.

— Et tu vois où mon caractère a fini par tous nous conduire ? rappela-t-elle avec raideur, comme il l'avait fait voilà quelques secondes. La vie en elle-même n'a pas de sens, Florent. Elle n'en a que si nous lui en donnons un, aussi insignifiant soit-il. Nourrir les miens en chassant était le seul sens que j'avais donné à ma vie. Ce n'était peut-être pas la plus incroyable des choses, mais c'était la voie que j'avais décidé de suivre… et j'ai dû me contraindre à l'abandonner lorsque j'ai appris que… (elle inspira profondément) que notre famille était à l'origine de tout ça. A présent, je ne sers plus à rien.

Elle marqua un temps d'arrêt, jeta un coup d'œil au monde qui l'entourait avec une certaine réticence, presque un dégoût palpable, avant de reprendre :

— Je reconnais ma stupidité, toutefois. Je reconnais avoir été sourde aux propos que l'on me tenait car je voulais avant tout subvenir aux besoins de mes parents et ceux de ma fratrie sans penser aux autres. Je les jugeais lâches, je les traitais de faibles intérieurement, je les méprisais peut-être... Je n'ai pas su voir que la plus faible d'entre tous, c'était moi. Faible, car je n'avais et n'ai aucune autre ambition dans la vie que celle que je m'étais donnée… J'ai été incapable de voir que je présentais à moi seule, de par mes actes et mon identité, la plus grosse menace qui puisse exister pour ces gens. Ils n'ont pas tous à souffrir pour ce que je suis, et je ne m'en rends compte uniquement maintenant.
Si une fois dans ma vie je dois demander pardon et dire que je suis désolée, c'est aujourd'hui. Mais à qui dois-je demander pardon pour être ce que je suis, quand je cherche moi-même un coupable à cela ? Si je suis née dans l'unique but d'être source de malheur, alors maudis soient ceux qui ont ordonné ma venue au monde. Je ne te demande pas de me prendre en pitié, je n'ai que faire de ta compassion ou de ta clémence… Je veux juste un travail, un moyen de finir ma vie calmement. Garde-moi à la taverne, s'il te plaît. Je te promets de regorger de bonheur si c'est ce que tu exiges en contrepartie. J'ai simplement besoin de temps.

— Le temps est justement ce qui nous fait défaut à tous, Assylana. Je veux bien te laisser ton après-midi de libre pour que tu te calmes, que tu te poses et que tu penses à tout ça l'esprit tranquille. Si tu veux réellement continuer de travailler ici, tu vas devoir adopter une attitude en conséquence. Il n'y a peut-être qu'une seule taverne, mais pas une seule manière d'être heureux. Si les gens ne trouvent pas leur bonheur ici, ils n'hésiteront pas à le chercher ailleurs.

— Je comprends, répondit sincèrement la jeune fille en hochant la tête. Merci beaucoup.

— Je préfère perdre une après-midi qu'une semaine. Allez, file maintenant. Rentre chez toi et pense à ce que je t'ai dit.

— Oui…

°Oo°oO°

Elle s'était réfugiée dans sa chambre après avoir habilement esquivé le reste de sa famille qu'elle ne voulait pas voir. Non pas qu'elle ait des quelconques reproches à leur faire, seulement l'aînée des Castelbois estimait que plus elle resterait seule, moins il lui serait facile de causer du tort à quelqu'un. Le silence de ses appartements était paisible, léger et rassurant. Bien qu'il soit encore tôt, Assylana se dévêtit entièrement et se glissa nue sous les draps. Le contact froid du matelas lui arracha une grimace et un grognement, en plus de recouvrir son corps de légers frissons. Elle ferma les yeux et, ignorant la fraîcheur qui se muait doucement en une réconfortante chaleur, elle tâcha de s'abandonner aux bras du sommeil.

Celui-ci ne vint pas tout de suite, toutefois. La jeune femme eut le temps de voir défiler dans son mental une série de songes, de questionnements qui méritaient tant réflexion que réponse. Elle essaya de visiter chacun d'eux, ne serait-ce que pour s'occuper l'esprit et ne pas laisser la frustration la gagner de nouveau, mais cela la troubla plus durement qu'elle ne l'avait jugé. L'éternelle question concernant son abandon – ou non – de la chasse constituait le problème le plus important de son existence, semblait-il. Il lui était difficile de se figurer que tout ceci était bel et bien terminé, quand bien même était-elle celle qui avait pris cette décision en tout état de conscience. La chasse était pour elle la seule chose dans laquelle elle excellait, n'ayant jamais appris à faire autre chose. Réapprendre de nouvelles habitudes équivalait à changer de vie. Et quoiqu'on en dise, il était toujours difficile de tourner le dos à son passé.

Se torturer l'esprit avec ceci n'avait pas la moindre espèce de sens, s'accrocher à un idéal disparu n'en avait pas non plus. Tout compte fait, peut-être Thranduil avait-il raison de détester les Hommes pour leur faiblesse : ces derniers ne se soucient que des choses qu'ils ont perdu et ne désirent que ce qu'ils ne peuvent avoir. Se contenter de ce qu'ils avaient semblait bien trop facile pour combler leur existence…

De fil en aiguille, et à mesure que le sommeil s'infiltrait petit à petit en elle, tous ses raisonnements, ses problèmes, ses songes, perdaient de leur sens, de leur forme et de leur importance. Peu à peu, Assylana sombra dans un sommeil libérateur. Son assoupissement, toutefois, ne la soustrayait jamais pleinement du monde réel, aussi fut-elle incapable de déterminer si le bruit qu'elle entendait était onirique ou bel et bien existant. Lorsqu'elle ouvrit les yeux, le bruit n'avait pas disparu et n'était pas moins ténu. La jeune femme se rendit compte que la nuit était avancée, que sa chambre baignait avec élégance dans la lueur bleutée des rayons lunaires.

Le bruit, plus fort que les précédentes fois, s'accompagna cette fois-ci d'une voix qu'elle parut reconnaître. La jeune femme s'extirpa vivement de ses couvertures, dénicha sur une petite commode une sorte de chemise grossière par endroit trouée qu'elle avait récupérée à son frère et s'en vêtit rapidement. Après avoir trouvé son arc, elle encocha une flèche, puis s'approcha avec autant de vélocité que de discrétion de la fenêtre qu'elle ouvrit d'un seul coup, l'arme prête à servir. Ce qu'elle vit lui arracha un haussement de sourcils, surprise. Méridiel et Legolas se tenaient en contrebas, l'elleth avec une poignée de cailloux à la main. Assylana jugea rapidement qu'elle devait s'en servir pour les jeter contre la façade de la bâtisse et attirer son attention. Que pouvaient-ils bien faire ici, par les divins ?

Elle fut bien trop incrédule pour poser la question. Elle observa avec une immobilité déconcertante Méridiel sourire, poser une main affectueuse sur l'épaule de Legolas avant de tourner les talons et de disparaître dans la nuit. Durant les secondes qui suivirent, les deux êtres se regardèrent dans les yeux, confrontant leur regard, ouvrant respectivement à l'un et l'autre la porte de leur âme respective. Au bout d'un moment, sentant les crampes lui tirailler les bras et les jambes à cause de son instable position, Assylana fut forcée d'abaisser son arme. Sa raison semblait lui revenir à mesure que la douleur qui l'ankylosait disparaissait.

— Qu'est-ce que vous faites ici, Legolas ? avisa-t-elle avec un ton plus froid qu'elle ne l'aurait souhaité, donnant l'impression de receler de reproches.

— Il fallait que je vous voie, Assylana, déclara le prince d'une voix modulée. Je crois que nous devons parler. Est-ce que vous préférez que je monte ou vous pouvez descendre ?

— Allez-vous-en. Je n'ai rien à vous dire, lâcha brutalement la jeune femme en se détournant de la fenêtre.

Elle avait du mal à empêcher ses mains de trembler et déposa ses effectifs sur le lit. Elle ne croyait pas que Legolas puisse être venu pour elle, uniquement pour lui parler. D'un côté cependant, cela ne la surprenait pas – il lui avait plus d'une fois prouvé qu'il voulait réellement l'aider. La jeune femme entendit un bruit sourd derrière elle et se retourna, découvrant Legolas accroupi sur le rebord de sa fenêtre, en équilibre plus qu'instable malgré qu'il se tienne au mur. Il était impossible qu'il ait sauté pour atteindre l'endroit, mais l'heure n'était pas à cette question. Assylana se précipita pour le tirer vivement à l'intérieur avant qu'il ne tombe et se tue. Thranduil ne laisserait pas passer ce coup-là…

Surpris tant par sa fermeté que par l'action en elle-même, l'elfe se raccrocha d'un bras à la fine taille d'Assylana, par réflexe, ignorant sur l'instant la tenue plus que révélatrice de la maîtresse des lieux. Lorsque le choc fut passé pour lui, Assylana constata que le prince la détaillait de la tête aux pieds, malgré une certaine gêne. La pudeur oblige, la jeune femme se cacha la poitrine de ses bras, bien que celle-ci ne soit pas découverte en dépit de la subjectivité que causait la taille du vêtement. Legolas détourna les yeux, les joues légèrement colorées.

Pour pallier ce problème, Assylana extirpa le drap de son lit et s'enroula dans le tissu, le nouant tant bien que mal çà et là afin d'avoir les mains libres. Elle put confronter le regard de Legolas qui put lui aussi reporter son attention vers celle qu'il était venu voir.

— Ne refaites jamais ce coup de vouloir passer par la fenêtre, lança d'emblée la jeune femme. Vous auriez pu vous rompre le cou si vous étiez tombé.

— Vous vous inquiétez beaucoup trop, Assylana, rétorqua Legolas en laissant apparaître l'ombre d'un sourire sur ses lèvres. Je ne serai pas tombé.

— Bien sûr que je m'inquiète. Vous ne devriez pas être ici, rappela-t-elle aussitôt.

— Et pourtant je le suis. J'avais besoin de vous voir. Pourquoi vouloir renoncer Assylana ? Après vous être battue dans une lutte acharnée pour recouvrer votre liberté, pour sauver votre frère, pour nourrir votre famille… Vous abandonnez ? Je vous croyais plus forte, plus déterminée. Je vous admirais pour cela, pour cette capacité que vous aviez à vous accrocher à vos idées, vos espoirs, et ce à tout prix.

— Mon intention n'était pas de susciter chez vous des illusions me concernant. Vous m'en voyez désolée si je vous semblais être une toute autre personne, répondit-elle un peu sèchement. Que désirez-vous réellement, Legolas ? demanda-t-elle ensuite, quelque peu adoucie ou simplement trop lasse. Je me doute bien que vous n'êtes pas ici pour me faire des reproches.

— Je suis venu vous dire que mon cœur est pris.

La jeune femme eut un pincement au cœur. En théorie, cette nouvelle n'aurait pas dû la bouleverser autant, et pourtant il lui semblait que quelque chose, au fond d'elle, venait d'être anéantie avec la plus grande violence, sans la moindre retenue. Ce sentiment qu'elle ressentait était à la fois nouveau et familier. Elle plongea son regard dans celui de Legolas, contempla ses magnifiques yeux bleus beaucoup plus clairs que les siens. Et elle se rendit compte qu'elle aimait ces yeux-là, et la façon dont ils se posaient sur elle. Malheureusement, elle l'avait compris trop tard… La jeune femme déglutit péniblement et se passa une main dans les cheveux pour se redonner contenance. Une partie d'elle-même, celle qui était raisonnable, lui intimait de prononcer quelques mots pour le féliciter, pour lui dire qu'elle partageait son bonheur, mais la seule chose qu'elle trouva à dire fut d'un tout autre registre.

— C'est étrange, voire déroutant… Je n'aurai jamais pensé vous perdre de cette façon. Je veux dire, je m'étais toujours figuré être celle qui partirait en premier, celle qui vous abandonnerait un jour ou l'autre. Je n'avais jamais envisagé la possibilité que ce soit vous qui me tourniez le dos, aussi égoïste soit cette pensée. Rassurez-vous, je ne vais pas vous implorer de rester ou que sais-je encore, vous êtes libre de faire ce que vous désirez avec qui vous voulez. Je vous souhaite sincèrement d'être heureux avec…

Elle ne put jamais finir sa phrase. Legolas avait coupé court à la discussion en l'embrassant avec douceur mais passion. Des lèvres douces et délicates pour un amour interdit, destructeur. Assylana sentit la fermeté des mains de l'elfe sur sa taille, et le drap qui la couvrait choir sur ses mêmes doigts qui l'enserraient. C'était la première fois qu'elle arrivait à voir la force et la sensibilité combinées en un seul geste, une seule action. Elle en apprécia les subtilités, la finesse et la saveur. L'amour – et accessoirement le désir – n'avait pas le caractère fade de la tristesse, ni l'amertume de la culpabilité, ni l'âpreté de la déception et encore moins l'acidité de la colère. L'amour était agréable bien qu'un peu possessif, dominant et… brûlant.

Car la jeune femme sentait bien son corps s'échauffer mais cela ne la troubla ni ne la gêna – une chose normale. De façon parfaitement instinctive, Assylana enroula ses bras autour du cou de l'elfe, l'approchant un peu plus d'elle. Ses doigts frôlèrent le soyeux des cheveux de Legolas, sentirent la chaleur de la mince parcelle de peau que ne couvraient pas ses vêtements. Lorsque le prince fit glisser ses doigts sous sa chemise, les faisant courir sur sa peau, la jeune femme se crispa vivement et se recula, rompant leur étreinte :

— Non ! Non, on ne peut pas, ce…ce n'est pas raisonnable.

Elle redoutait leur union à cause de sa famille qui était toute proche, à cause du symbole qu'elle représentait, à cause de leur attachement grandissant. Assylana avait bien vu comment Thranduil était devenu après qu'il ait perdu Haryane ; la jeune femme ne souhaitait pas que Legolas devienne la même personne à cause d'elle. Mais sans doute était-il déjà trop tard pour faire marche arrière… Le prince darda sur elle un regard désireux mais finit par hocher la tête, compréhensif.

— Que comptez-vous faire maintenant ? questionna-t-il.

Assylana n'arrivait pas trop à déterminer de quoi il voulait parler. De sa vie professionnelle, sentimentale ou simplement de l'avenir de manière générale ?

— A dire vrai, je n'en sais rien. Je… Je ne sais pas ce que je peux encore faire. J'ai toujours besoin de surveiller mes arrières pour être certaine qu'on ne veuille pas me planter un couteau dans le dos. J'ai beau me montrer forte, je sais à présent que cette force est ma plus grande faiblesse. Car cette puissance que je prétends détenir n'existe pas. D'une certaine manière, je crois que j'ai peur. Et le pire, c'est que je ne sais pas réellement ce que je crains. J'ai peur d'être effrayée par les mauvais fantômes...

— Les fantômes n'ont pas pour vocation première de vous effrayer, Assylana, fit Legolas avec un sourire que lui rendit maladroitement l'humaine. La plupart d'entre eux veille sur quelque chose. Et je sais qu'il en existe ici pour veiller sur vous. Comment occupez-vous vos journées, désormais ?

— Je travaille dans la taverne d'un ami depuis que j'ai décidé d'arrêter la chasse, lui répondit-elle. Je ne veux plus retourner dans la forêt après que…

Elle soupira, ne trouvant en elle le courage d'achever cette phrase.

— Je sais, acheva Legolas en lui pressant la main, Méridiel m'a tout raconté et je ne peux que concevoir ce que vous ressentez. J'ai moi-même été trahi par la personne en qui je croyais pouvoir avoir confiance… Je respecterai votre décision tant que vous me laisserez vous voir. Ne me rejetez pas, je vous en prie. Vous êtes la seule chose à mes yeux qui ait encore une réelle valeur, je ne veux pas renoncer à vous.

— Je ne le souhaite pas non plus, mais on ne peut pas se permettre de devenir comme eux… Regardez ce qu'ils ont créé, regardez où nous en sommes parce qu'ils se sont aimés, susurra Assylana comme si elle confiait le plus tabou des secrets, la plus honteuse des vérités. Nous ne pouvons pas faire comme eux, nous n'en avons pas le droit. On a tous beaucoup trop à perdre dans cette histoire…

— Nous ne sommes pas comme eux, Assylana. Nous ne ferons pas la même chose, la rassura l'ellon.

Mais Assylana n'était pas de celles qui se laissaient convaincre ou persuader aussi facilement. Cependant, le montrer à Legolas ne lui semblait pas approprier, ni même judicieux. Elle se contenta d'hocher la tête et d'inspirer profondément – s'engager dans une joute verbale ne la tentait pas le moins du monde, elle savait qu'elle baisserait les bras trop vite. En relevant ses yeux vers lui, elle vit qu'il lui souriait. La jeune femme ne voulait pas le voir partir, elle éprouvait le besoin d'enfouir de nouveau son visage dans le creux de son cou. Pourtant elle sentait qu'elle le retenait à ses côtés plus que de raison.

— Vous devriez rentrer avant qu'on ne remarque votre absence. Je ne veux pas vous retenir ici alors que vous avez sans doute une multitude de choses à faire.

— Je crains que vous n'ayez malheureusement raison, concéda-t-il en riant doucement. J'aurais dû me trouver dans la forêt à mettre à bas quelques araignées… A ce propos, je me fais du souci pour vous et les vôtres, reprit l'ellon avec sérieux. Êtes-vous sûre de pouvoir vous défendre si jamais elles arrivent jusqu'ici ?

— Pas avec votre arc, je ne peux pas le manier avec autant d'aisance et de rapidité que je le faisais avec le mien, et pas sans mes flèches, expliqua Assylana sur le même ton.

— Je comprends, je trouverai un moment pour vous les rapporter. Avez-vous prévenu le village d'une éventuelle invasion ? Nous ferons de notre mieux pour ne pas qu'elles vous atteignent mais je préfère savoir que vous serez prêts en cas d'attaque.

— Non, je n'ai rien dit, avoua la jeune femme en baissant légèrement la tête. Je ne veux pas alerter inutilement les villageois sans une menace plus concrète, plus proche. J'ai déjà trop d'antécédents pour me permettre de troubler l'ordre public sans preuves réelles… Preuves qu'ils me demanderont à coup sûr. Or nous avons brûlé la créature avec Méridiel.

— C'était la meilleure chose à faire. Je vais voir ce que je peux faire pour vous. D'ici là, je vous défends de commettre tout acte qui puisse vous mettre en danger.

Assylana vit bien que la situation avait l'air de le déranger, voire de l'inquiéter, mais elle n'y pouvait rien.

— Merci beaucoup, fit-elle à défaut de trouver quelque chose de mieux. Et faites attention à vous sur la route.

Legolas déposa un chaste baiser sur son front en guise de remerciement, puis il disparut dans la noirceur de la nuit par la fenêtre, sans qu'elle ne comprenne de quelle façon il s'y prenait et sans le moindre bruit. Assylana regarda durant une poignée de secondes le rebord de la fenêtre désert, prêtant oreille au moindre bruit qui pourrait trahir la présence d'une âme toute proche, mais rien. Il était bel et bien parti. La jeune femme soupira.

Qu'est-ce qui vient juste de se passer ? s'interrogea-t-elle.


Depuis le temps que vous attendiez cette rencontre, j'ose espérer qu'elle a été à la hauteur de vos espérances !
Pour ma défense toutefois, je précise que je n'ai JAMAIS dit qu'il se passerait quelque chose d'exceptionnel, seulement que nos deux petits amoureux se retrouveraient, ce qu'ils ont fait. Je me dédouane entièrement de votre éventuelle déception. (héhé, si vous essayez de contacter mon avocat, vous tomberez sur son répondeur.)

A la prochaine,

Lhenaya :)

Coin réponse:

Liske: Héhé, ça aurait pu mais non, comme tu peux le voir ici! ^^ J'espère que tu as aimé la discussion avec Assy, du coup. Disons qu'elle a été ET déstabilisée ET en colère (ET amoureuse). J'aurais réellement été cruelle de faire débarquer Luthan ou Dim' à ce moment-là. Mais on verra l'un et l'autre prochainement, promis. L'écriture m'aide à détendre mon esprit après les cours, certains font du sport moi je fais ça :'3.
Comme toujours, merci à toi.
Lhena :)