Chapitre 26
Sherlock entra dans son bureau et n'eut même pas le temps de fermer la porte qu'Anna déboula comme une furie, le poussant en arrière, manquant de le faire tomber.
- Tu va me le payer, éructa-t-elle, faisant tomber le vernis des bonnes manières, le visage grimaçant de haine. Vous aller me le payer tous les deux. Crois-moi, tu vas souffrir. Plus ou autant que cette petite garce, je m'en fiche, mais je vais te détruire, Sherlock Holmes ! Tu m'entends ?
- Tu as toujours été pleine de bonté, susurra-t-il avec une ironie tellement épaisse qu'on aurait pu marcher dessus.
- Rigole, tant que tu le peux encore, fit-elle en brandissant son index devant son nez. Me discréditer devant le directeur ! Tu sais quoi ? Tu vas perdre, Sherlock. Tout perdre ! ajouta-t-elle en rage, avant de quitter le bureau en claquant la porte, faisant voler les quelques feuilles, posées sur un meuble, pas loin de la porte.
Il soupira et se prit la tête dans les mains : entre Anna qui le menaçait, Molly qu'il s'évertuait à distancer de lui pour la protéger, et cette putain d'enquête qui tournait en rond, il n'en pouvait plus. S'occuper d'indices, de preuves, de réflexions logiques, il était champion. Mais pas gérer des personnes et encore moins deux en même temps. Surtout que Anna, c'était du Anderson et Donovan à la puissance mille. Anna, c'était une bombe à fragmentation, quand elle explosait, elle touchait toute personne se trouvant dans les parages. Les deux autres, c'était des pétards mouillés.
La journée se termina et ils rentrèrent dans l'appartement. Le trajet s'était déroulé dans un silence oppressant qui le mit mal à l'aise.
Molly fit la tête à Sherlock toute la soirée et au moment d'aller se coucher, il la suivit machinalement jusqu'à la chambre. Elle lui claqua la porte au nez, il resta un moment à cligner des yeux devant la porte, puis soupira et alla se vautrer dans le sofa. Le chat lui monta dessus et frotta sa tête contre les jambes de ce nouveau grand copain qui lui avait laissé le canapé et qui maintenant venait lui tenir compagnie.
- Oui, je sais, ça ne va pas fort, mais que veux-tu ? Je suis obligé de faire ça. Tu ne m'en veux pas, toi ? fit-il au chat qui le regarda et se colla contre lui.
Il caressa le chat qui ronronnait sur ses genoux. Enfin, un peu de réconfort. Il trouva ça ironique que lui, ayant une peur bleue des chats, se retrouve à moitié consolé par un chat. Lui qui déjà n'avait jamais besoin de réconfort...
Il ouvrit son ordinateur portable et commença à rédiger un mail pour son frère, lui exposant la suite du plan et l'utilisation du CD pour enfin détruire le système de piratage sur le fameux ordinateur. Puis il le referma d'un coup sec, s'allongeant sur le sofa comme il pouvait. Il allait haïr cette affaire plus qu'il ne pouvait haïr tout les criminels de la terre.
La nuit passa lentement, Molly avait du mal à dormir, elle se retournait constamment et trouvait la place d'à côté trop vide, mais elle avait décidé qu'elle ne céderait pas. Pas question ! Même si elle devait endurer quelques sacrifices comme la perte de chaleur dans son lit. De toute façon, autant s'y habituer car elle était persuadée que Sherlock était en train de mettre fin tout court à toute sorte de relation amicale ou autre avec elle.
Le lendemain matin, Molly s'éveilla en douceur. Malgré l'absence du détective, elle n'avait pas froid. Se rappelant ses principes de la veille, elle ouvrit les yeux brusquement pour s'apercevoir que Sherlock dormait paisiblement tout contre elle. Là, c'en était trop. Il se fichait de la gueule du monde, pensa-t-elle en fulminant. Elle se leva, le poussant sans ménagement, et s'en alla dans la salle de bain, ouvrit le robinet d'eau froide et mit un seau en dessous. Quand il fut rempli jusqu'au bord, elle revint dans la chambre pour le vider sur Sherlock, qui s'était rendormit. Celui-ci fit le bond le plus spectaculaire de sa vie. Il se réveilla trempé et glacé jusqu'aux os.
- Mais tu es malade ou quoi ? hurla Sherlock, grelottant et tout trempé.
Molly, toujours à côté du lit, posa le seau au sol. Son visage était rouge de colère tandis que Sherlock essayait de se dépêtrer des draps mouillés.
- Tu ne manges jamais pendant tes enquêtes, hein ? Et bien, tu avais dit aussi que moi, je prendrais la chambre et toi le sofa. DEHORS ! Et plus vite que ça ! Allez ouste ! fit Molly en tirant sur les couvertures mouillées.
Sherlock fut ramené à la brusque réalité d'avant leur complicité. Se levant doucement, avec précaution, encore sonné par le seau d'eau glacé, elle lui jeta la couverture trempée à la figure et le jeta hors de la chambre. Une Molly folle de rage sa pouvait être très dangereux ! Elle ne prit même pas attention au boxer trempé du détective qui, en d'autres temps, lui aurait mit le feu aux joues, parce que le tissu était plaqué, devenu moulant à cause de l'eau.
Molly se prépara en vitesse et partit avant Sherlock, en métro. Celui-ci tenta de la rattraper, mais le métro se mit en marche avant qu'il ait pu atteindre le bouton de la porte. Il tapa contre le carreau, mais Molly ne le regardait pas. Une fois arrivée au boulot, elle traversa le parking de la société et rencontra Jim sur le chemin.
- Hé, Rébecca ! Tu es toute seule ? fit Jim sans comprendre, regardant partout pour tenter de découvrir son collègue.
- Mais non voyons, il a avalé une poudre d'invisibilité, c'est pour ça qu'il est transparent ! fit Molly sarcastique, continuant son chemin, tout en laissant Jim sur le carreau.
Sherlock arriva quelques minutes après, avec la voiture et Jim le vit traverser, lui aussi, le parking.
- Ne commence pas, Jim ce n'est le moment, fit Sherlock en voyant Jim ouvrir la bouche.
- ça devient sérieux, votre dispute ! fit Jim en secouant sa main, inquiet quand même pour le pseudo couple.
Sherlock avança rapidement et rattrapa Molly qui était presque arrivée. Il l'attrapa par le bras et la retourna pour qu'elle soit face à lui.
- Tu n'avais pas à partir comme ça ! fit Sherlock en colère.
- Je suis majeure et vaccinée, je fait encore ce que je veux ! répliqua Molly en se débarrassant d'un geste de la poigne de Sherlock. Nous ne sommes plus à l'époque victorienne où les femmes n'avaient aucun droit, mon vieux. Les suffragettes sont passées par là, désolée pour ton ego.
Molly se méprenait sur sa colère. Il ne voulait pas lui dicter sa conduite, mais il craignait qu'une pareille à Anna ne la surveille et ne profite de leur séparation pour s'en prendre à elle.
- Tu te rends compte qu'il aurait pu t'arriver… hum, hésita-t-il en s'arrêtant un moment pour regarder ailleurs.
Il allait finir par lui dire, c'était plus fort que lui. Anna était capable de tellement de choses... Et les pires !
- Enfin, il aurait pu t'arriver n'importe quoi, fit-il avec une voix plus douce.
- Bien sûr, fit-elle sarcastique, le toisant de haut en bas. Tu sais, ce n'est pas la première fois que je vis toute seule et je suis une habitué du métro. Je suis une grande fille, je sais me défendre toute seule.
Le fait qu'il la prenne pour une gosse la rendait encore plus hargneuse.
-Tu sais te défendre ? fit-il en ricanant. Tu es championne de karaté, peut-être ?
Pendant qu'il ricanait, Molly fouillait dans son sac, comme si elle ne l'écoutait pas.
Sherlock compris qu'elle faisait celle qui ne l'écoutait pas. Il soupira. Pourquoi fallait t-il que sa bouche dise des mots qu'il ne voulait pas ?
Molly en sortit une bombe lacrymogène et l'aspergea dans les yeux. Il cria et se plia en deux, sous la douleur, se couvrant les yeux avec les mains comme il pouvait, tout en essayant de ne pas frotter ses yeux pour ne pas accentuer l'irritation.
- Je suis peut être pas championne de karaté, mais ça devrait suffire à te convaincre, non ? fit Molly en passant son chemin sans pitié pour lui.
Jim, qui avait vu la scène de loin, s'approcha de son collègue gémissant et devenu à moitié aveugle par le gaz lacrymogène.
- Et bien, vous vous êtes vraiment engueulé, cette fois-ci, fit Jim en posant une main sur l'épaule de Sherlock pour l'aider à se redresser. Allez, enlève tes mains que je regarde ça.
Jim en écarta les mains de Sherlock. Ce dernier ne su même pas ouvrir les yeux.
- Tu es actionnaire, pas toubib, à ce que je sache ? fit Sherlock, encore sous le choc que Molly ait pu l'agresser de la sorte, en même temps il le méritait.
- Non, mais j'ai fait les manifs quand j'étais jeune ! fit-il avec un grand sourire. Alors, la bombe lacrymogène, ça me connaît. Allez, viens, il faut te rincer les yeux, sinon tu ne t'en sortiras jamais. Conseil, il faut utiliser l'eau courante, jamais de la stagnante... Un ami à moi, qui est flic, est une peau de vache. À tous les gars qu'il met au trou, après des arrestations musclées et utilisation des lacrymo, il leur donne un bassin d'eau stagnante... Les mecs se rincent les yeux, mais ils remettent de la lacrymo dans l'eau, et la deuxième fois, ça fait encore plus pleurer les yeux...
- Tu me racontes ta vie ou tu m'emmènes ? lui fit sèchement Sherlock.
- Oups...
Jim se tut et emmena Sherlock jusqu'aux toilettes pour lui rincer les yeux sous l'eau courante. Il ne voyait presque plus rien et ses yeux étaient très rouges. Une fois qu'il les eut bien rincé, il resta un moment immobile, les mains de chaque côté du lavabo.
- Tu sais, plus tu diras que c'est de sa faute et plus ça sera pire, philosopha Jim. C'est comme ça avec les femmes. Ecrases-toi et elle reviendra.
- ça n'a rien à voir Jim ! Ce n'est pas… comme ça que ça se passe, fit-il en regardant son reflet.
Les rougeurs commençaient à partir. Il attendit encore.
- C'est à cause d'Anna ? demanda Jim en faisant une grimace. Elle est jalouse ? Tu sais elle peut détruire n'importe quel couple. Quand elle veut quelque chose, c'est maintenant et tout de suite.
- Oui, je sais, lui confirma le détective.
- Tu la connais ?
- Un peu, grogna-t-il. Disons que c'était il y a très, très longtemps !
- Waw ! Tu m'impressionnes. Tu as connu Anna avant ? Et tu es encore en vie ? fit-il en souriant.
Sherlock lui rendit son sourire, mais le perdit aussitôt en repensant à Molly. Le plan d'Anna fonctionnait à merveille : instaurer un climat de dispute pour que l'enquête n'avance pas. C'était la première fois qu'il se faisait piéger de la sorte par une femme. Pourtant, elle n'était pas un esprit brillant comme Moriarty, elle.
- Tu sais, fit Jim en regardant le plafond, quand j'était gosse, j'adorais déclencher les systèmes incendies pour faire sortir tout le monde.
- Et tout le monde sortait, fit Sherlock qui venait d'avoir une idée.
- Oui, c'est la règle : quand ça se déclenche, tout le monde dehors ! fit Jim avec un sourire béat. C'est pareil pour ici... Hé, me regarde pas comme ça ! Hors de question que je le fasse !
Là, Jim ne rigolait plus, surtout que le sourire de Sherlock devenait de plus en plus intéressé.
- Et si c'était moi qui le déclenchais, tu le dirais ? demanda-t-il innocemment.
- Si sa peut te consoler... Hé, tu vas où ? demanda Jim, paniqué, en le voyant partir d'un coup.
Sherlock sortit des toilettes en trombe, courant vers l'open space. Passant la porte, il se glissa jusqu'au bureau de Molly qui ne leva pas la tête vers lui, trop occupée à lire un magazine sur la finance pour son prochain rapport.
- J'ai à te parler, c'est urgent, fit Sherlock en regardant autour de lui.
Les secrétaires s'étaient toutes arrêtées d'un seul coup et ça le gênait un peu.
Molly tourna une page de son magazine, prit son verre sur son bureau et le sirota en l'ignorant superbement, tournant une autre page.
- Rébecca, je t'en prie, c'est plus important que tout ça ! fit Sherlock tentant de lui faire comprendre.
- J'entends du bruit, mais je n'arrive pas à savoir d'où ça provient, fit Molly distraitement pour le faire enrager de plus belle.
Ce qu'elle parvint à faire puisqu'il la prit par le bras et la tira de son bureau sans ménagement, la traînant ensuite derrière lui, il la fit entrer dans son bureau et referma la porte.
- Bien, stop, fini de jouer ! Enquête ! fit Sherlock, bouillonnant de colère à cause de ce petit jeu de gamine.
- Je t'écoute ! fit Molly sans le regarder.
- On va rentrer dans le bureau de ta patronne en déclenchant le système incendie, lui dit-il enthousiaste. Tout le monde va sortir !
- Et tu fais quoi des caméras de sécurité quand elle reviendra et qu'elle verra que tu es dessus ? fit Molly en levant les yeux au plafond.
- Tu oublies le CD, fit Sherlock en le sortant de sa poche. Il contient deux heures d'enregistrement de ses deux caméras. En le diffusant sur les télés, elle n'y verra que du feu.
- Si tu le dis, soupira Molly en croisant les bras.
- J'ai besoin de toi, fit Sherlock d'une voix implorante.
- Bien, qu'est ce que je dois faire, ô grand maître ? fit-elle d'une voie ironique.
- Juste suivre le groupe pour donner le change, tu passeras ensuite juste à gauche du point de rassemblement, expliqua-t-il sans se démonter par l'ironie de la question. Je t'ouvrirai la fenêtre pour que tu puisses passer.
- Si tu m'oublie, je te réserve une surprise que tu n'es pas près d'oublier, fit Molly d'une voix menaçante.
- Heu… ok ! fit Sherlock d'une voix mal assuré.
Molly retourna à son bureau sans demander son reste. Sherlock, lui, retourna aux toilettes. Jim était parti, depuis le temps, mais avait promis de ne pas le dénoncer. Il avait même laissé un briquet sur le lavabo.
« Sacré Jim, il ferait n'importe quoi pour avoir une pause bien méritée, celui là » pensa Sherlock.
Il prit le briquet et monta sur une des toilettes pour atteindre les détecteurs. Prenant un mouchoir en papier, il le fit brûler et quelques secondes plus tard, ce fut un branle-bas de combat dans les couloirs de l'entreprise à cause de l'alarme incendie qui faisait un ramdam d'enfer, sans parler des lumières qui se mirent à clignoter, avant de se couper, passant sur le réseau de secours. Les petites diodes « led » répandirent leurs lumières bleues, traçant la route pour le personnel. Même dans le noir total, les employées savaient quelles voies emprunter.
Tout le monde se précipita dehors, sans vraiment suivre les règles imposées durant leur exercice. C'est-à-dire que le personnel se transforma en troupeau de bison... Bruyant et papotant dans les couloirs.
Sherlock se faufila et réussi à trouver Molly parmi la foule qui sortait. Anna, suspicieuse, avait vu Molly sans voir Sherlock. Alors, elle avait décidé de remonter la foule, persuadée de le prendre en flagrant délit. Mais Sherlock s'attendant à une telle manœuvre de l'ennemi, se cacha dans toutes les pièces qu'il trouvait, remontant non sans difficultés le couloir, se cachant chaque fois qu'il apercevait Anna dans la foule. Le gibier s'était transformé en chasseur et il était bien décidé à ne pas se laisser avoir par cette garce en talons hauts.
Comment avait-il pour repérer la manœuvre d'Anna ? Tout simplement parce que c'était la première personne à qui il avait fait attention, en voyant Molly rejoindre les autres, pour lui faire croire qu'il était de la partie, lui aussi et qu'il sortait en même temps que le troupeau. Mais, elle était rusé et l'attendait au tournant, se doutant d'un pareil stratagème de la part du détective.
Les couloirs étaient déserts, maintenant. Anna cherchait son gibier, se penchant à chaque porte, sachant très bien qu'il était non loin.
- Hou, hou, Sherlock ! fit-elle de manière sensuelle. Sors de ta cachette mon chéri, tu n'y arriveras pas, je m'y attendais ! Je te connais trop bien, continua-t-elle en faisant le tour des bureaux.
Sherlock pensa que le vétérinaire prenait la même voix quand il devait faire une piqûre au chat de Mycroft. Une voix douce qui le mettait en confiance, et ensuite, paf ! L'aiguille était plantée.
De son côté, Molly avait répondu présente à l'appel et s'était arrangée pour y inscrire Sherlock. Fébrilement, elle attendait devant la fenêtre et pesta en se demandant ce qu'il pouvait faire, quand elle s'abaissa vite fait. Coup de bol, elle venait d'apercevoir la silhouette d'Anna rôder dans les couloirs. Soudain, elle eut peur. Et si elle les prenait en flagrant délit, que se passerait-t-il ?
Sherlock se retrouva à court de cachettes, bloqué dans un bureau, écoutant Anna qui se rapprochait. Un coup d'oeil circulaire lui apprit qu'il lui était impossible de se cacher dans les armoires, elle le trouverait à coup sûr. Où ? Une idée, vite. Oui ! pensa-t-il, triomphant. Le bureau disposait d'un balcon. Il ouvrit les portes fenêtres et tenta de les refermer du mieux qu'il pouvait. Ensuite, il regarda en bas... Impossible de sauter.
- Sherlock ? fit la voix mielleuse d'Anna, marchant dans le couloir et en regardant dans les bureaux. Tu sais que tu vas perdre, alors, pourquoi t'acharner ? Tu sais bien que se sera encore pire que tout, si je me fâche vraiment. Tu me connais assez, non ? En tout cas, je dois dire que ton début de rupture avec cette petite garce m'a beaucoup amusé et me satisfait pour l'instant. Si je m'ennuie, je veillerai à te demander de la rendre dépressive. Si tu pouvais la rendre suicidaire, ça m'amuserait beaucoup, Sherlock. Et je sais que tu es doué pour ça.
Sherlock continuait de réfléchir, regardant sur les côtés ce qu'il pouvait envisager comme suite à son plan. Enjamba la rambarde, il s'accroupit pour agripper de ses mains la base du balcon.
Il tenta ensuite, difficilement, de se déplacer sur le côté avec la force des bras, quand Anna arriva sur le balcon. Son cœur s'arrêta de battre, elle était à quelques millimètres de lui mais ne le voyait pas, à cause des plantes vertes qui le masquaient. Anna jeta un regard suspicieux vers le bas, mais dans la mauvaise direction par rapport à Sherlock, puis elle sortit du bureau.
Poussant un soupir de soulagement, il se dit qu'il ne pouvait pas remonter sur le balcon, elle s'y attendait sans doute et patientait sûrement dedans, attendant qu'il remonte. Alors, il se dirigea vers le mur voisin le plus proche et se hissa sur le rebord de la fenêtre. Il ne croyait pas en dieu, mais ça allait finir par venir vu la chance qu'il avait eue jusqu'à présent. La personne de ce bureau avait laissé sa fenêtre ouverte – contrevenant aux règles de sécurité qui voulait que les fenêtres soient refermées en cas d'incendie, pour éviter les appels d'air. Heureusement qu'il y avait des négligents, pensa-t-il en s'y engouffrant et il sortit du bureau pour rejoindre le couloir. Ensuite, il sortit son passe-partout et referma la porte du bureau ou était Anna, en utilisant la clé adéquate. La réaction ne se fit pas attendre : il entendit Anna se précipiter sur la porte et la labourer de coup, en le traitant de tous les noms possibles et inimaginables. Dans tout le flot d'insultes, le manque de vertu et les moeurs dissolues de la mère de Sherlock y passèrent.
« Ciel, pensa-t-il, si mère entendait cela... Elle en tomberait morte ! Et Mycroft en avalerait de travers. M'accuser d'être un fils de péripatéticienne... Aucune éducation, cette Anna ».
Il se dirigea ensuite vers le bureau d'Anna, mit le CD sur la table et ouvrit la fenêtre à Molly pour qu'elle puisse entrer.
- Et Anna ? fit Molly en se massant les reins d'avoir attendu accroupie.
- Enfermer dans un bureau ! fit Sherlock en faisant quelque manipulation sur un ordinateur et les télévisions de l'armoire.
- Tu installe le cd ? demanda Molly en regardant la manœuvre.
- Oui, je vais effacer les dernières secondes, celles où je suis entré, en faisant démarrer le CD dessus, comme ça, nous serons invisibles.
- Invisible ? fit Molly. Ça ne concerne que la sortie on peut ressortir par là, fit Molly en montrant la fenêtre.
- Et celle-ci, tu l'avais vue ? fit-il en montrant une petite caméra au-dessus d'une armoire.
- Bon sang, elle est surveillée aussi dans le bureau, s'étonna Molly.
- Ne t'en fais pas, on sera invisible, la rassura-t-il. Les caméras vont seulement voir ce que leur diffuse le CD.
- Ingénieux.
- Merci, ça m'arrive de faire des plans géniaux, des fois.
- Ne te repose pas sur tes lauriers, Sherlock ! On a une folle furieuse enfermée dans un bureau et un plan pas encore accompli, fit-elle en s'approchant de lui.
Ayant fini la manœuvre, il s'attela à la tâche d'ouvrir le fameux ordinateur.
