Hermione avait emménagé puis commencé son nouvel emploi. Tout se passait à merveille ! Elle avait annoncé son état à ses parents. Ils avaient été surpris, la conversation qui s'en était suivie avait été assez houleuse. Mr Granger était à deux doigts d'aller « casser la gueule » à ce petit crétin arrogant. Mais son épouse l'avait calmé et avait rassuré sa fille. Ils seraient toujours avec elle pour l'aider. Pour elle, si Hermione avait pris cette décision, c'est que c'était la meilleure à prendre. Jusqu'à présent, jamais elle n'avait fait d'erreur, toujours calme et réfléchie, donc ce choix était le bon.

Hermione, malgré sa tristesse, se sentait soutenue, par Harry d'abord puis par ses parents. Et ça la boostait !

Ses journées étaient bien remplies. Elle partait travailler puis mangeait avec ses amis, rempilait pour quelques heures et rentraient dans son appartement douillé pour profiter de sa soirée en lisant un bon bouquin ou en travaillant. Car Hermione s'était rendu compte d'une chose : les devoirs lui manquaient. Maintenant qu'elle n'allait plus à l'école, ses soirées étaient trop calmes, plus aucune leçon à apprendre, plus de parchemins à rédiger. Elle ramenait donc des devoirs du travail pour être sure d'être occupée.

Elle ne l'avouerait jamais, mais plus elle s'occupait moins elle pensait à Drago. Dès qu'elle avait une seconde pour penser, son esprit s'égarait vers Drago, elle se demandait ce qu'il faisait, où il était. Et elle repensait à cette photo de la Gazette, à son expression qui lui avait crevé le cœur. Cela lui permettait aussi de ne pas penser à sa grossesse, au fait qu'elle serait seule à élever son enfant.

D'ailleurs, lorsqu'elle avait atteint son 4ème mois, elle avait été obligée de l'annoncer à Ginny et à Ron. Ginny avait été heureuse pour son amie, Hermione soupçonnait qu'Harry avait craché le morceau, car elle n'avait pas été surprise. Ron en revanche, une fois la surprise passée avait proposé d'aller tuer Drago à mains nues. Hermione lui promit que son père et lui seraient les premiers informés si elle souhaitait qu'une mission commando soit lancée.

Puis, Ron, voyant la tristesse de son amie, décida de détendre l'atmosphère :

Et tu n'as pas peur d'accoucher d'une fouine ?

Cette simple question avait fait rire tout le monde. Chacun y était ensuite allé de son petit commentaire, imaginant l'enfant d'Hermione.

Hermione était partagé, il y avait d'un côté l'euphorie d'avoir un enfant prochainement mais de l'autre la peine qu'il ne connaisse pas son père. Car même si elle espérait secrètement que Drago revienne, sa raison lui disait que jamais il ne serait de retour.

L'automne passa, puis laissa place à l'hiver. Hermione travaillait d'arrache-pied. Elle devait avouer qu'elle était très bien entourée de sa famille et ses amis. Madame Weasley lui avait expédié toutes sortes de vêtements pour nouveaux nés qu'elle avait tricoté elle-même, ses parents l'avaient aidé à décorer et organiser la deuxième chambre pour le bébé, et Ginny dilapidait son salaire durement gagné à faire du quidditch avec l'équipe des Harpies en peluches, jouets, vêtements et autres accessoires de puériculture. Harry et Ron, qui n'y connaissaient absolument rien en maternité se contentaient de passer du temps avec leur amie.

Tous les rendez-vous qu'elle avait eût à Sainte Magouste étaient rassurants, le bébé était en pleine forme et c'était tout ce qui importait à Hermione. Elle n'avait pas voulu savoir le sexe, au grand désespoir de Ginny et de sa mère qui auraient adoré pouvoir acheter du bleu ou du rose.

Un fois, elle avait cru apercevoir Drago, au fond d'un couloir, mais elle avait préféré se dire qu'il n'était que le fruit de son imagination.

Un matin, alors qu'elle planchait sur le prochain procès qui aurait lieu le mardi suivant, et devait décider de quel membre du Conseil serait le plus adapté à juger, un hibou se présenta à elle. Elle prit la missive, et pâlit à sa lecture. Une main devant la bouche, elle s'assit sous le choc. Minerva Mc Gonnagall venait de décéder. Hermione avait échangé de nombreux hibou avec son professeur depuis qu'elle avait quitté Poudlard, mais jamais il n'avait été question d'un quelconque souci de santé dans leur correspondance. La lettre, rédigée par Lucius Malefoy indiquait que la directrice avait succombé à un virus mutant de la Dragoncelle la veille et que la cérémonie aurait lieu le lendemain dans le parc de Poudlard et que le corps serait enterré dans le caveau familial dans le cimetière d'une petite bourgade.

Le choc passé, la jeune femme répondit qu'elle serait présente. Le midi, elle annonça la nouvelle à Ron et Harry. Ils s'étaient retrouvés pour déjeuner comme tous les jours, quand les garçons étaient au ministère. Ils affichaient tous les trois une mine sombre et se remémorèrent les souvenirs qu'ils avaient avec leur professeur.

Le lendemain, il faisait très froid. Harry et Ron vinrent chercher Hermione tôt le matin pour un transplanage d'escorte. La jeune fille, qui en était à sept mois de grossesse n'avait plus le droit de le faire seule. Ils se retrouvèrent en un clin d'œil devant Poudlard, Hermione fut assailli par de nombreux souvenirs, des plus heureux d'abord puis les derniers en date, plus tristes. Elle prit une grande inspiration et se souvint qu'elle était ici pour la mémoire de son ancien professeur, lui faire ses adieux. Elle repoussa toutes les pensées négatives. Harry lui prit la main et ils avancèrent vers le parc. Au bord du lac, au même endroit que Dumbledore quelques années auparavant, des chaises avaient été placés devant un autel, sur lequel se trouvait un cercueil. Ils étaient légèrement en retard, ils pressèrent donc le pas. Ils trouvèrent trois places et la cérémonie débuta. Elle avait été forte émouvante, Hermione avait le visage baigné de larmes.

Les trois amis avaient espéré s'éclipser rapidement à la fin, mais malheureusement, chaque sorcier présent semblait vouloir les saluer. Hermione s'était éloignée, laissant Harry et Ron saluer les gens importants. Elle faisait celle qui était absorbée par le calmar géant, qui sortait de temps à autres ses tentacules du lac, paresseusement.

Lucius et Narcissa qui avaient organisé les obsèques, Minerva n'ayant aucune famille, s'étaient mis en retrait pendant la cérémonie, pour pouvoir tout chapeauter de loin. Et c'était avec une grande surprise que Narcissa avait vu Miss Granger passer, tête baissé, le ventre aussi rond que si elle avait gobé un Boursouf. Elle avait alors donné un coup de coude à son époux et lui avait montré la jeune fille des yeux. Lucius n'arrivait pas à détacher son regard d'Hermione, heureusement la jeune fille ne regardait pas autour d'elle et ne sentait pas les regards insistants de l'assemblée. Car il faut bien l'avouer, tout le monde était soufflé et dans toute l'assistance, il se murmurait qu'Hermione Granger était enceinte. Mais quand la cérémonie débuta, tous avaient oublié ce qu'ils venaient de découvrir, après tout, ils étaient là pour Minerva.

Cependant, à la fin, Narcissa s'avança vers Hermione, accompagnée de Lucius. La voir seule en retrait donnait envie à la mère de Drago de se jeter et la serrer dans ses bras. Au lieu de cela, ils saluèrent gaiement la jeune fille et la félicitèrent pour son poste au ministère. Ils discutèrent de tout et de rien, puis Hermione prit congés, vraiment mal à l'aise de la situation. Elle rejoignit Ron et Harry et les pressa pour qu'ils partent.

-Ils t'ont posé des questions ?

Non, ils sont trop polis pour cela. C'est une sorte de tradition, jamais un sorcier de Sang Pur ne parlera d'une chose dont il n'a pas été invité à aborder. Il attendra que la personne aborde le sujet.

Ron prit la parole :

- Complètement con cette règle.

- Eh bien je vais t'avouer qu'aujourd'hui, je la trouve géniale. Tu m'imaginais leur dire « Oui, tout va bien, figurez-vous que d'ici 2 mois, je vais accoucher de votre bâtarde de descendance, je vais souiller votre sang à tout jamais ».

Harry soupira :

- Allons Hermione, tu crois qu'ils seraient venus te parler s'ils avaient honte ?

Ron fronça les sourcils :

- Tu crois qu'ils savent qui est responsable de l'état d'Hermione ?

- C'est évident Ron. Tout le monde sait qu'elle n'est pas du genre à écarter les cuisses devant n'importe qui.

Puis, se rendant compte de ce qu'il venait de dire à côté de son amie, il rougit.

- Excuse-moi Hermione, j'aurais dû le dire avec plus de subtilité.

- C'est pas grave Harry. Et je trouve très flatteur ce que tu viens de dire.

Alors qu'ils s'éloignaient, Narcissa ouvrit la bouche mais Lucius la fit taire.

- Pas ici. Attendons d'être rentrés.

Les cours avaient été suspendus. La semaine suivante, les vacances de Noël commenceraient, Lucius avait donc pris la liberté de renvoyer les élèves chez eux. Il était le directeur désormais. Même si il n'avait pas été préparé à cela, il avait pris cette responsabilité avec beaucoup de sérieux. Une fois que le couple eut accompagné le cercueil au caveau, là où il résiderait pour toujours, Lucius et Narcissa rentrèrent au manoir. Cela avait beaucoup attristé Lucius, lorsqu'il avait constaté que la directrice n'avait aucune famille encore en vie et qu'elle léguait tout ce qu'elle possédait à Poudlard. Il avait alors pris à bras le corps l'organisation de ses funérailles.

A peine rentré, Lucius se fit servir un cognac aux chanterelles, puis un deuxième. Narcissa le rejoignit après avoir donné ses ordres en cuisine pour le dîner.

- L'arrivée de cet enfant est imminente. Tu ne crois pas ?

Lucius lui répondit avec humeur :

- Non, je pensais juste qu'elle faisait de l'aérophagie. Evidemment Narcissa, elle est enceinte de six mois au moins. Nous sommes en décembre. Tu enlèves six mois, ça fait juin. Voyons-voir, avec qui fricotait-elle en juin dernier ? Avec notre idiot de fils !

Narcissa fondit en larmes. Lucius venait d'avouer à haute voix ce qu'elle pensait depuis le début.

- C'est peut être Weasley ? Ou Potter ?

- Allons Narcissa, ne dit pas de sottises, tu sais aussi bien que moi que Potter coule des jours heureux avec la petite Weasley. Elle le crie à tort et à travers dans toutes les interviews qu'elle donne. Et Ronald Weasley…Allons donc. Non, Miss Granger n'est pas de ce genre-là. Et puis tu as vu, elle était vraiment mal à l'aise à discuter avec nous. Elle n'avait qu'une crainte, que l'on aborde le sujet. Rhaaaa, ton fils décroche la palme de la connerie !

- Lucius ! Ne dis pas de grossièretés !

- Il va vraiment falloir qu'il m'explique ce qu'il lui a pris. Non mais franchement, depuis quand on met les gentilles filles enceintes et on les laisse se débrouiller seule ? Tu as bien vu, tout le monde ne parlait que de ça, et elle a tout encaissé, la tête haute !

- Il n'est peut-être pas au courant.

Lucius se tourna vers elle, c'était visiblement une possibilité qu'il n'avait pas envisagé.

- Bon, on ne lui en parle pas. Ce n'est pas à nous de lui apprendre. Mais on peut essayer de lui tendre des perches, on verra ce qu'il en fait.

- Il a déjà eu beaucoup de mal à accepter toute cette histoire de potions. Maintenant qu'il va mieux, on ne va peut être pas lui rajouter tout cela. Il est perdu en ce moment.

- Cessons de nous torturer. Je dois me pencher sur les candidatures reçues, pour remplacer Minerva. Et ça ne sera pas chose aisée.

Il embrasse le front de son épouse et s'enferma dans son bureau. Laissant Narcissa en proie à un terrible dilemme. Devait-elle rendre visite à Miss Granger ou non ?