Bonjour à tout, voici le chapitre 26 avec six jours d'avance !

Pour ceux qui s'en soucient, mon opération s'est très bien passée. Je pense même qu'on devrait être opéré une fois par moi, ne serait-ce que pour le chouchoutage massif des médecins. Bien sûr, j'ai eu un peu mal pendant quelques jours, mais sérieusement, ça vaut très certainement la peine. Grâce au masque euphorisant, je me suis rarement senti aussi joyeuse de toute ma vie, c'était étrange.

Je pense que vous pouvez tous remercier de bon cœur ma bêta : Luinwe Luthien, qui a corrigé mon chapitre avec une semaine d'avance ce qui me permet de faire cette petite folie en vous offrant de la lecture bien plus tôt que prévu.

N'oubliez pas de consulter mes notes de fin de chapitre, où je vais vous proposer de la lecture, notamment un projet sur lequel je travaille en partie.

Et maintenant, bonne lecture !


Chapitre 26 : Chez les Granger, chez Severus et chez Remus

« Le… Chi. Le chien ?

- Très bien, s'écria Rose. »

Harry releva la tête, un sourire éclatant sur ses lèvres. Il avait réussi, il savait lire. Et Rose semblait également rayonnante.

« Le chien ai… me… jou… er… a… a…

- Le chien aime jouer, répéta son institutrice privatisée.

- Avec la… La balle ! »

Plus Harry s'entraînait, plus il était heureux d'apprendre. Jamais Rose n'avait vu un tel engouement chez un si jeune enfant, pas même Hermione. Peut-être quelques années d'angoisses dans un tout petit placard avaient-elles créés ce désir de survivre chez ce garçon ? En tout cas, c'était un plaisir de le voir progresser jour après jour. Sans doute réussirait-il à rattraper les enfants de son âge, s'il continuait à se passionner ainsi pour ses études.

« C'est très bien, tu as bien travaillé ce matin.

- C'est déjà fini ? murmura Harry tristement. »

Rose rigola légèrement en caressant doucement la tête brune. Harry fronça les sourcils, déterminé.

« Je vais lire tout le livre de lecture ! décida-t-il soudainement. »

Ce qui accentua le rire de Rose.

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Albus Dumbledore avait enfin cédé, après une semaine de lutte incessante. Il avait dû accepter une journée de repos, sous les regards insistants et les critiques acérées de la part de Minerva et de Poppy Pomfresh. Mais bien évidemment, le vieil homme n'avait aucune notion de la définition du repos.

C'est pour ça que dès qu'il posa les pieds dans son manoir privé, il s'empressa d'organiser une journée mouvementée de rendez-vous au cœur de Londres. Il n'était pas rentré chez lui depuis une éternité. Les meubles disparaissaient sous la poussière et les volets fermés le suppliaient presque de laisser entrer la lumière dans les pièces froides et dénuées de vie.

Mais dix minutes lui suffirent pour qu'il prenne un manteau et qu'il referme la porte. Il n'allait pas ouvrir ses volets aujourd'hui.

« Nous allons chez Severus ! déclara Albus à Hagrid son garde-chasse qui lui servait volontiers de chauffeur et d'homme à tout faire.

- Mais, monsieur. Peut-être pourriez-vous juste…

- Oh, cessez, je vous prie. Je suis en parfaite santé ! »

Et pour couper court la conversation, il s'installa dans la voiture. De toutes les manières, il était inutile de discuter avec Albus Dumbledore. Et Hagrid ne le savait que trop bien…

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« Harry ? »

Le petit garçon était assis en tailleur sur son lit, le livre de lecture ouvert sur ses genoux. Hermione, comme toujours, restait dans son coin à l'écart. D'habitude, elle évitait de parler à son « frère » inattendu, préférant l'ignorer sciemment. Cependant, ce jour-là, elle parla naturellement au petit garçon.

« Oui, Hermione ? »

Harry lui souriait, son visage rayonnant. Comme toujours, il s'extasiait face à un bonheur minuscule. Hermione aurait aimé avoir cette force. En quelques semaines, elle avait appris à connaître cet enfant et elle se rendait peu à peu compte que les connaissances intellectuelles ne définissaient pas la force d'un individu. Harry était beaucoup plus puissant qu'elle, à tout point de vue.

« Tu… Est-ce que tu as besoin d'aide ? hésita la petite fille. »

Harry mordilla sa lèvre supérieure, songeur. Puis timidement, il hocha la tête. Hermione posa son livre sur son duvet et elle grimpa dans le lit du garçon.

« Alors… commença-t-elle. »

Et pour la première fois en deux semaines, les enfants se parlèrent sans froideur, comme libérés d'une crainte muette.

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Severus Rogue s'agenouilla près de sa fenêtre, une gourde dans les mains. Enfin, il avait pu profiter de son temps libre pour commencer ce dont il rêvait depuis la prison : installer un jardin intérieur.

Les pousses étaient petites mais tout avait été calculé scientifiquement pour une optimisation maximale de la lumière et de la chaleur. Si tout se passait correctement, il serait bientôt le fier propriétaire d'un jardin exotique au beau milieu de Londres.

En réalité, il cherchait juste à s'occuper les mains et l'esprit. Malgré tout, il ne se passait pas une minute sans qu'il ne songe au petit garçon qui avait partagé son intimité pendant un petit mois. Tout était allé bien trop vite…

Au début, il avait été trop choqué par sa découverte pour agir autrement que par nécessité. Il n'avait pas désiré cette présence continue dans son appartement, mais il savait que l'enfant était blessé et en danger. De plus, le garçon ne le gênait seulement par principe car il dormait la moitié du temps. Peu à peu, la douleur disparut et Harry se réveilla. Et à cet instant-là, Severus était déjà pris au piège par ses petits yeux implorants.

Mais le souvenir qui le hantait le plus, c'était la première sortie. Le sourire d'un enfant qui découvre la vie, le rire sur le toboggan et le bonheur immense des choses simples. Il se rappelait chaque détail. Le froid mordant de l'hiver, le craquèlement de la neige sous ses pas, le parc dans une blancheur éclatante… Harry qui s'éloigne de lui en courant, son front plissé quand il monte à l'échelle et enfin son rire éclatant lorsqu'il retombe dans la neige… L'angoisse de la foule dans le magasin, le sourire réconfortant de l'enfant et son sourire timide lorsqu'il lui tend son nounours boueux…

Ce fut réellement à partir de ce moment-là que Severus comprit une chose capitale. Il n'y avait même pas songé auparavant mais ça lui tombait dessus comme une évidence. Harry avait vécu dans un placard comme lui avait vécu dans une cellule. Et qu'avait-il fait de sa liberté, lui ? Dépérir sur un canapé en se saoulant du soir au matin, gémissant sur la noirceur de sa vie et l'injustice du monde… Alors qu'Harry s'accrochait désespérément au bonheur de vivre, au plaisir des choses qui lui avaient étés retirées et qui voulait saisir sa chance de découvrir la vie.

Il n'y avait rien à expliquer, juste… Cet enfant était un miracle. Il aurait pu s'enfermer sur lui-même, déprimer, se laisser mourir… Mais non. Au lieu de ça, il avait choisi de lutter contre la noirceur et de profiter. Personne n'avait cette force, mis à part Lily peut-être.

Tout en pensant à ça, Severus vaporisait une quantité minime d'eau sur ses plantes les plus fragiles. Il y avait longtemps qu'il ne voyait plus Harry comme le fils de James et de Lily. Un gamin qu'on lui imposait. Non, il y avait juste Harry. Un survivant, en quelques sortes.

C'est à ce moment-là que son cœur se tordit violemment, menaçant d'expulser ses boyaux hors de son corps. Parcouru de spasmes douloureux, Severus lâcha sa gourde et il se maintint l'estomac avec force. Réunissant ses forces, il tentait de se vider l'esprit. Mais il n'y pouvait rien, la douleur revenait de plus belle lui imposant des souvenirs qu'il aurait préféré oublier.

« Je vais te raconter une histoire.

- Une histoire ? »

Harry souriait, insoucieux des plans de Severus.

« Mon histoire. »

L'idée n'était pas mauvaise, à la base. Seulement… Severus s'était persuadé qu'il agissait pour le bien du garçon et c'était faux. En réalité, son choix était purement égoïste, comme toujours. Harry s'était trop accroché à lui et Dumbledore avait suggéré qu'il valait mieux mettre de la distance. Mais une distance ne signifiait pas « couper tous les liens ». Pour lui, c'était le plus simple. Et il avait détruit les rêves du garçon par la même occasion.

« Quand j'étais petit, j'habitais à côté de la maison de Lily…

- Ma maman, précisa l'enfant en souriant de plus belle. »

Severus acquiesça d'un mouvement brusque.

« Je n'étais pas vraiment doué avec les relations, je ne l'ai jamais été. J'ai été très méchant avec Lily. »

Une lueur de déception s'afficha dans les yeux verts d'Harry mais elle fut vite balayée par son éternel sourire de compassion. Severus grogna, revoyant pendant une fraction de seconde le visage rond de sa meilleure amie.

« Mais elle s'est accroché alors nous sommes devenus amis. Ta maman était la personne la plus compréhensive que je n'ai jamais connue. Elle était foncièrement gentille, généreuse et elle savait tout pardonner. Et quand on est ami avec quelqu'un comme moi, il faut savoir pardonner.

- Pourquoi ?

- Je ne suis pas une bonne personne, Harry. Je ne l'ai jamais été.

- Si ! s'écria le garçon. Tu es gentil avec moi, c'est toi qui m'as aidé alors que personne ne m'a jamais aidé et tu es mieux que les Granger. »

Cet élan naturel avait brusqué Severus et ça l'avait conforté dans son idée d'arracher toutes les croyances de l'enfant envers lui. Il imaginait qu'ainsi, la séparation se ferait simplement. Harry allait apprendre à le détester et il se précipiterait vers les Granger à bras ouverts.

C'était la bonne solution, à tout point de vue. Sauf que c'était un leurre. Severus avait fait ça juste parce qu'il était incapable de supporter les séparations. Il préférait détruire. Et il avait réussit à saccager le gamin au passage.

« Il faut que tu saches quelque chose… A l'époque, un terroriste sévissait en Angleterre et un grand sentiment de peur grandissait au sein de la population.

- C'est quoi un terro… Un terrorite ?

- On l'appelait Le Lord, ou le Seigneur Noir. C'était un homme, ou plutôt un fou, qui a décidé de tuer tout ce qui n'était pas « pur ». Au début, il agissait seul et sa persécution se limitait aux handicapés et aux vieux, qui pesaient de plus en plus lourd dans l'économie du pays. C'est pour cette raison que de nombreuses personnes ont adopté ses idées. Ils voulaient redresser l'Angleterre, lui redonner une bonne économie.

- Mais il faisait quoi de ces gens ? demanda Harry. »

Severus grogna à ce souvenir. Ce n'était qu'un enfant, de quel droit lui avait-il détruit son illusion ? Puis il se rappela soudainement qu'Harry n'était pas un enfant. Il ne l'avait jamais été, puisque personne ne lui avait laissé cette naïveté de penser que le monde est beau.

« Il les condamnait à mort. Il en avait le droit, il travaillait dans les forces de l'ordre. Seulement, sa folie s'est aggravée et il a rapidement perdu de vue tout ce qui faisait sa force. A une époque, il agissait avec l'accord du peuple… Puis un jour, il a commencé à terroriser et la seule chose qui maintenait son pouvoir, c'était la peur des gens.

- C'est horrible !

- Il y a de nombreux jeunes qui sont entrés dans son cercle intime, ils se faisaient appeler des mangemorts. Et j'en faisais partie. »

Ce fut réellement à partir de là que tout vola en éclat. Mais Severus ne voulait plus y penser. Une grosse erreur. Une nouvelle fois il avait eu peur, une nouvelle fois il avait voulu se protéger, une nouvelle fois il avait détruit quelqu'un au passage. Malgré lui il revoyait les larmes dans ces yeux si verts, les yeux de Lily, et les spasmes reprirent de plus belle.

A genoux sur le sol, Severus était penché en avant, respirant le plus calmement possible. Ça faisait un mal de chien ! Et c'est pour cette raison qu'il n'entendit pas une clé jouer doucement dans sa serrure... Ni un homme se glisser lentement dans son appartement.

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Remus Lupin regardait d'un œil critique son reflet dans le miroir. Bien évidemment, cela faisait longtemps qu'il ne ressemblait plus à rien et que l'adolescent farouche avait fait place à un adulte franchement dépressif.

Seulement... C'était de pire en pire. Il vivait dans la misère la plus totale et s'il ne se dépêchait pas de trouver un boulot, il finirait par réellement se retrouver dans la rue. Et comment pourrait-il rendre visite au petit Harry s'il était clochard, hein ? Il devait s'accrocher, encore un petit peu. Parce qu'il en avait rêvé pendant des jours et des nuits, des mois et des années, chaque fichue minute ! Le fils de James et Lily, en vie. Et il foutait tout en l'air, comme toujours.

Un aboiement le fit sortir de ses songes. Un grand chien noir le regardait avec ses grands yeux sombres, d'un air inquiet. Ses longs poils étaient tellement emmêlés qu'une vie chez le toiletteur ne servirait à rien et il était aussi maigre et décharné que son maître.

« Oh, mon pauvre Patmol. Je t'ai oublié ! »

Remus abandonna ses tourments à la recherche d'une quelconque boîte de pâtée. Il vivait dans une petite pièce, une simple chambre d'étudiant. L'endroit était crasseux et désespérément vide. Un lit dans un coin sous une fenêtre et un bureau où étaient empilés tout un tas de choses inidentifiables. Quelques placards et un micro-onde à côté d'une plaque chauffante. Il n'y avait rien d'autre, les toilettes et les douches étaient communes, à l'étage inférieur.

Remus fouillait ses tiroirs, ses placards, ses caisses en carton de déménagement... Mais il avait beau chercher partout, il n'y avait pas la moindre trace de nourriture. Alors, soudainement envahi par un douloureux sentiment d'impuissance, Remus se laissa tomber sur son lit et se mit à pleurer à chaude larme.

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« Si vous pouviez vous mêler de ce qui vous regarde ! grogna Severus.

- Ça me regarde, mon enfant.

- Je ne suis pas votre enfant ! hurla Severus, soudainement hors de lui. Et d'ailleurs, je ne suis pas un enfant. »

Albus Dumbledore remonta ses lunettes sur son nez aquilin. Cet homme était buté, vraiment. Un instant, le vieil homme se demanda s'il avait bien joué. C'est vrai que Severus Rogue pouvait être utile, par bien des aspects. Ce qui l'avait amené à le faire sortir de sa prison. Mais que ferait-il si ce dernier se sentait soudainement l'âme d'un rebelle et décidait de foutre en l'air un plan longuement étudié ? à lui seul, il pourrait faire voler en éclat plusieurs vies. Sa place, dans un futur proche, serait capitale. Et Albus devait s'assurer qu'il lui obéirait, le moment venu.

« J'ai besoin d'un professeur, affirma soudainement Albus sans raison apparente. »

Severus leva un sourcil, étudiant le vieil homme sous tous ses aspects. A quel jeu jouait donc le vieillard ? Il avait six coups d'avance, Severus devait donc être particulièrement visionnaire pour tenter de devancer le maître manipulateur. Malheureusement, être un expert au jeu d'échec ne lui permettait pas de comprendre Albus Dumbledore.

« Mon expérience dans l'enseignement s'est révélée désastreuse sous tous les aspects. »

Et Severus ne voulait plus jamais avoir affaire à un gosse trop gâté et pleurnichard. Combien de fois avait-il risqué l'étrangler ? Si Dudley Dursley était encore en vie, c'était juste un coup de chance incroyable. Et JAMAIS Severus Rogue ne retomberait dans ce piège !

« Là n'est pas la question, continua naturellement Albus. J'ai besoin d'un professeur de chimie, vous avez les compétences nécessaires, je vous payerai le double, vous aurez l'appartement le plus luxueux et cette offre ne se refuse pas. Vous commencez lundi, dès la première heure. Hagrid viendra vous chercher la veille, aux alentours de midi. Ne me remerciez pas, c'est naturel d'aider un ami. »

Severus aurait voulu se révolter, gronder, menacer... Mais ça ne servait à rien et il le savait. Jouer avec Albus Dumbledore, c'était perdre d'avance. Et le voilà repartit pour un tour ! Il espérait juste que cette fois-ci, il n'y aurait aucun enfant dans le placard. Il avait suffisamment donné pour le moment.

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Remus avait arrêté de pleurer. Il était allongé sur le dos, les yeux fixés sur le plafond qui tombait littéralement en ruine. Le pire, dans sa malchance, c'est qu'il ne pouvait pas rester là éternellement. Les logements d'étudiants étaient réservés aux étudiants et il n'aurait bientôt plus l'excuse du stage commencé l'an dernier qui lui avait permis d'accéder à cette pièce misérable. Et comment ferait-il pour dénicher un autre toit alors qu'il ne pouvait même pas se payer à manger ?

Patmol sauta sur le lit et vint se nicher tout contre son maître, partageant son chagrin. Remus caressa distraitement le poil rêche de son chien, ses pensées survolant à peine les diverses horreurs de sa vie. Un viol, une maladie, un rejet, des amis, une guerre, un groupe de résistant, un traître, deux morts, un malade mental, un enfant dans un placard... Qui s'amusait donc à le précipiter dans les catastrophes, toutes plus horribles les unes des autres ? Qui était cette divinité psychopathe qui s'amusait de sa souffrance ?

Des rires s'échappèrent du couloir et une larme coula de l'œil de Remus. La respiration hachée, ses doigts crispés sur le drap, il entendit plus qu'il ne vit la porte s'ouvrir. Quel était le petit con qui s'amusait à pénétrer dans son intimité ? Les jeunes étudiants n'avaient aucun respect pour « le vieux zarbi » de la chambre 42.

« Bonjour Remus, quel plaisir de vous voir mon ami ! »

Remus eut à peine le temps de bondir sur ses deux pieds qu'Albus Dumbledore ferma la porte. Bon dieu, non ! Pas dans un moment aussi critique... D'une main tremblante, il essaya de s'aplatir les cheveux et d'essuyer ses larmes traîtresses.

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« Tu sais quoi, Hugo ? Aujourd'hui, j'ai lu un chapitre entier ! Et je sais même faire des additions et des soustractions sur mes doigts. Comme ça, regarde... »

Plusieurs semaines s'étaient passées et l'eau avait coulé sous les ponts. Harry avait commencé à s'ouvrir à sa nouvelle famille et il était d'après Rose le garçon le plus intelligent du monde. Hermione était bien forcée d'admettre que si son frère adoptif continuait sur ce chemin, il allait très certainement la surpasser très rapidement. La compétition commençait doucement entre les deux enfants.

« C'est bien. »

Mais Hugo ne partageait ni la joie d'Harry, ni l'excitation d'Hermione, ni la fierté de Rose. Car il était certain que ça cachait quelque chose. Le seul problème, c'est qu'il ignorait quoi et personne ne pouvait le rassurer. Puisque Rose ne voyait rien et qu'Hermione n'avait rien détecté d'anormal chez le garçon brun. Mais il y avait cette boule dans son ventre qui l'alertait. Il devrait rester sur ses gardes.

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Remus fixait ses chaussettes trouées et ses joues se colorèrent sous la honte. Heureusement pour son égo, Albus Dumbledore ne regardait absolument pas les pieds de son hôte, préférant caresser le ventre de Patmol qui semblait en parfaite extase depuis quelques minutes.

« Ce chien, n'était-ce pas celui que Siruis avait ramené chez James lors de sa fugue ? questionna Albus. »

Remus déglutit difficilement. Ne pas paraître mal à l'aise, sourire, ne pas pleurer, sourire, ne pas penser à Sirius, sourire... Il était tellement concentré sur son apparence qu'il n'arrivait pas du tout à suivre le fil de la conversation. Il espérait juste que Dumbledore lui annoncerait une bonne nouvelle. Il avait besoin d'une bonne nouvelle. Sinon... Sinon sa vie ne valait plus la peine.

« Bah, c'est vrai qu'il ne peut pas le garder, là où il est... Comment s'appelle cet animal, déjà ?

- Patmol, répondit Remus avec sa voix éraillée.

- Patmol, c'est ça ! Sirius adorait son chien. Je me souviens notamment une anecdote assez drôle quand James et...

- On pourrait parler d'autre chose, s'il vous plaît ? cria Remus plus fort qu'il ne l'aurait souhaité. »

Patmol se redressa et aboya lourdement, apparemment furieux des éclats de voix de son maître. Albus Dumbledore, quant à lui, plissa le front d'un air très soucieux. Le jeune trentenaire tremblait et semblait sur le point de craquer.

« Désolé, désolé, désolé... Je suis navré, professeur. Seulement, j'aimerai juste qu'on évite certains sujets, c'est assez délicat.

- Je comprends, répondit simplement Albus qui ne pouvait pas comprendre. »

Que pouvait-il savoir de tout ça ? On plaignait les Potter, morts en héros. Tout le monde connaissait leur nom et chacun savaient qu'ils s'étaient sacrifiés pour la cause. Assassinés, trop jeunes, à peine parent et déjà martyrs. Des larmes avaient coulés, au souvenir d'Harry, par des gens qui ne le connaissaient seulement par les journaux. Des révoltés avaient crié au drame, face à la situation alarmante de Peter Pettigrow, interné à vie dans un asile psychiatrique. Le pauvre homme serait devenu fou, après avoir été traqué, attrapé et torturé par Sirius Black. Parlons-en, de Sirius ! Condamné à mort, des centaines de pétitions avaient été signées pour lui éviter la peine capitale. à lui seul, il avait aboli la peine de mort, remise au goût du jour par Lord Voldemort vaincu par les Potter.

Mais qui se souciait de Remus Lupin ? Qui s'intéressait à celui qui n'était ni mort, ni fou, ni emprisonné ? Un nom trop vite oublié dans la liste des victimes. Il n'était ni une légende, ni un héro. Il était juste celui-qui-n'a-rien-fait-d'extraordinaire-et-que-tout-le-monde-a-oublié. Un homme, juste un homme, brillant mais misérable perdu dans un taudis à Londres qui n'arrive même pas à nourrir son chien. Parfois, il aurait préféré être mort, comme les Potter. Parfois, il enviait Peter dont la folie le rendait insensible à ses souvenirs (se souvenait-il?). Et parfois, il voulait juste finir en prison comme Sirius Black. Au moins, il n'aurait pas besoin de se préoccuper de trouver un logis et de la nourriture. Et pour la vie qu'il menait, la liberté n'était plus qu'un luxe dont il ne profitait même pas.

« Comment allez-vous, Remus ? »

Remus releva la tête vers son interlocuteur, le regardant obliquement. Se fichait-il de lui ? Albus Dumbledore serait-il devenu réellement fou avec le temps ? Parfois, on parlait du vieillard dans les journaux... Rien de très reluisant, pour parler franchement. Remus n'y avait jamais cru. Mais là, il doutait sérieusement...

« Je pète la forme ! D'ailleurs, j'étais sur le point de faire un petit jogging juste avant que vous n'arriviez. »

Albus fronça ses sourcils, étudiant son petit protégé comme au microscope. Et Remus n'aimait pas ça. Il était d'ailleurs très peu fier de son sarcasme. Il y avait des gens naturellement doués et il n'en faisait clairement pas partit.

« J'ai placé Harry dans une famille. Cela fait maintenant plus d'un mois et d'après sa mère, il est stable. Si vous voulez toujours le voir, ça sera possible. »

Remus tressailli, un courant glacé le traversa, lorsqu'il entendit le mot « mère » dans la bouche d'Albus. Harry avait une famille, il le méritait. Mais jamais Remus n'avait envisagé que ça impliquait une « mère » et un « père ». Que devenaient donc James et Lily ? Ils étaient déjà morts, ne pouvait-on pas respecter leur sacrifice ? Cela importait-il vraiment ? Cela faisait des années que Remus attendait ce moment, sans oser l'espérer. Mais il se rendit compte que ça avait de l'importance. James et Lily étaient les parents d'Harry. Personne n'avait le droit de lui arracher ça. Parce que dans ce cas-là, ça voudrait dire qu'ils étaient définitivement morts. Et Remus ne pouvait pas l'admettre, il n'avait jamais pu et ne le pourrait jamais.

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Harry dessinait sagement, tandis qu'Hermione lisait (encore) un livre. La chambre était plongée dans un silence de plomb. C'était un silence studieux, léger et agréable qui n'avait rien à voir avec le silence gêné chargé d'indifférence du début. Des choses avaient changé par bien des aspects, Severus le nounours avait désormais sa place au milieu de pleins d'autres peluches. Harry avait des nouveaux habits, des jouets et bientôt, une nouvelle chambre. Tout allait pour le mieux...

Pourtant, l'enfant n'arrivait pas à oublier l'image de Severus embrassant Lily (sa maman) sur la bouche. Il avait cherché d'autres indices dans la boîte, et tout indiquait qu'ils étaient des amoureux. Grâce aux leçons de Rose, Harry avait pu déchiffrer des lettres que Lily écrivait à Severus. Il comprenait mieux à présent les pièces d'échec, les pétales de Lys et le petit caillou tout rond. Et si Severus était amoureux de sa maman, tout un monde de possibilités s'ouvrait à lui.

Il devait lui poser la question, directement. Et depuis plusieurs semaines, Harry réfléchissait à un plan. C'était presque prêt. Il s'était renseigné sur pleins de choses. Notamment le fait que les Granger allaient au lit en même temps, à minuit. Que Rose se levait quatre fois dans la nuit pour faire pipi et qu'Hugo se relevait parfois pour étudier dans le bureau. Hermione dormait comme une princesse et c'était facile de quitter la chambre sans l'alerter. La nuit, il y avait deux alarmes mais Harry avait appris à les désactiver quand on était déjà à l'étage. Bref, il avait vraiment tout préparé dans les moindres détails. En vérité, il ne lui manquait qu'un seul élément : la date de sa fugue.

« Harry et Hermione, à table ! »

Harry abandonna son dessin et il se précipita dans les escaliers. Hermione, par curiosité, jeta un œil sur la feuille griffonnée de son « frère » (elle avait encore du mal à le considérer entièrement comme un membre de sa famille). Bizarrement, ce qu'elle y vit lui fit de la peine. Elle aurait espéré que le garçon finisse par s'habituer. Mais en réalité, ça semblait beaucoup plus complexe...

Un enfant tout petit et tout maigre avec un éclair sur le front, un adulte dessiné en noir avec les cheveux longs et les sourcils froncés et un nounours. Il y avait trois flèches avec des inscriptions : Harry sur l'enfant, Severus sur le nounours et papa sur l'homme en noir. Et malgré les traits grossiers et simplistes du dessin, il n'y avait aucun doute sur l'identité du « papa ».

Quand Hermione arriva dans la salle-à-manger, elle s'installa directement à sa place. Les deux adultes avaient déjà commencés à manger mais Harry fixait son assiette avec une tête vraiment préoccupée. Hermione décida de l'ignorer en espérant que ça finisse par lui passer.

Rose était en train de décortiquer une crevette, Hugo portait à sa bouche son verre de vin et Hermione s'essuyait la bouche discrètement. Lorsque soudain, Harry lança une énormité que personne n'avait vu venir.

« Hugo, est-ce que tu sais comment on fait les bébés ? »

Rose lâcha sa crevette, Hugo cracha son vin de façon très peu élégante et Hermione cacha avec difficulté son fou rire avec sa serviette. Une petite vie de famille normale, en somme...


Et voilà.

C'est très étrange mais je n'étais pas du tout convaincue par ce chapitre, que je trouvais à la fois plat et sans grand intérêt. C'est en le relisant aujourd'hui que j'ai commencé à l'apprécier. Notamment toute la partie Remus Lupin, qui est l'un de mes personnages préférés (de toutes les manières, je n'ai pas besoin de le préciser puisque ça se constate simplement). Par contre, je me déteste sincèrement pour tout ce que je lui fais subir, le pauvre... Le pire, c'est que je m'éloigne à peine de ce que J.K. Rowling a créé. Mais c'est probablement pour ça que j'aime ce personnage, ce petit côté torturé par la vie mais foncièrement gentil me touche tout particulièrement (sans compter que du haut de mes onze ans, je suis tombée en "amour" raide pour l'acteur mais hum, bref, on s'éloigne trop du sujet là). J'avais envie d'expliquer ce que Severus avait dit à Harry pour que ce dernier le déteste subitement. Mais je me suis vite rendue compte que c'était trop personnel (même pour moi ce qui est franchement contradictoire puisque c'est moi qui ai inventé cette discussion). Alors j'ai simplement souligné le sentiment de culpabilité de Severus qui n'est pas totalement injustifié. J'ai moi-aussi tendance à pulvériser mes relations avant que je ne m'englue trop profondément dans un sentiment si puissant que la séparation coupera mon âme en deux (si, si, l'amour est une saloperie d'Horcruxe !). Et finalement, ça fait beaucoup plus de mal que de bien. Harry commence doucement à s'adapter à sa famille, ce qui est normal. Mais il a tellement envie de revoir Severus qu'il risque de faire des bêtises...

Ce qui nous amène directement au résumé du chapitre suivant : Dumbledore rend visite aux Granger pour leur faire une proposition, Harry décide de quitter la maison en pleine nuit mais quelqu'un le voit partir. Le chapitre 27 sera mis en ligne comme prévu le 07/12/2014.

A très bientôt ! Review ?


ATTENTION : à lire !

Vous voulez passer un super bon moment ? Encourager de jeunes talents ? Lire des fanfictions malheureusement trop peu connue ? C'est une des raisons pour lesquelles j'ai publié mon chapitre plus tôt. Ces deux histoires mériteraient une pluie d'encouragement et n'ont reçu jusqu'ici que de trop maigres review. J'ai un flair incroyable pour sentir les chef d'oeuvre avec un simple descriptif de l'auteur, puisqu'ils n'y a pas de bonne ou de mauvaise histoire mais simplement des gens plus ou moins doués pour les raconter. Alors, avant même d'en lire le prologue, je me suis proposée pour devenir la bêta-lectrice d'une de ces deux histoires. Je n'ai pas regretté puisqu'elle est géniale. Laquelle ? Lisez les deux, puisqu'elles méritent chacune un coup d'œil.

Survivre sans magie, de Dame-heron : Elle vivait pourtant une situation rêvée au moins une fois par tout fan de la saga. Alors pourquoi rien ne se passait-il comme prévu ? Dans quel pétrin s'était-elle fourrée ? Elle n'aurait pas pu simplement débarquer avec des pouvoirs magiques sympas et changer le cours des choses à sa guise ? La vie avait parfois un drôle de sens de l'humour...

Loving Werewolf, de Rubyy : Riley Lewis n'a jamais eu beaucoup de chance. Si vous voulez mon avis, elle n'en a même pas eu du tout. Les seize années qu'elle a passé sur terre ne sont qu'une longue suite de pas de bol à répétitions. Alors je me demande bien ce que Poudlard pourrait changer... On verra. Pendant que j'y pense, Riley Lewis, c'est moi. Et c'est mon histoire. Scènes pas pour les enfants...