Épisode 22

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L'Inspectrice Dorobo Nami était déçue. Rectification : elle était frustrée.

Ses doigts parcoururent les lignes marquées sur le bois de son bureau et apparues à cause du passage répété de ses ongles. Elle ferma les yeux quelques instants et prit sa tête entre ses mains. Finalement, elle laissa échapper une plainte en s'effondrant sur son bureau.

― Je m'ennuiiiiiiiiiiiie !

Hermep et Koby s'échangèrent un regard surpris. Rares étaient les fois où leur supérieur se montrait aussi enfantine et aussi… attendrissante.

― Qu'est-ce qu'il fabrique Kuroashi ? enragea la jeune fonctionnaire.

― Peut-être a-t-il eu un contretemps, avança l'élève-lieutenant à l'étrange tignasse rose.

― Ça ne lui ressemble pas. Trois semaines ! Trois satanées semaines qu'il ne s'est pas manifesté. Il est tombé dans le fond d'un caniveau ou quoi ? Pfff…

Il était étonnant pour l'Inspectrice de ressentir de l'inquiétude pour le cambrioleur. Elle s'inquiétait vraiment. Lui qui avait toujours tout fait pour accélérer ses recherches, voilà qu'il y mettait un grand coup de frein. Il devait lui être arrivé quelque chose de grave pour qu'il stoppe tout à un moment aussi crucial à ses yeux. A ceux de la fonctionnaire également.

La jeune femme était décidée à prendre contact avec Jinbei. Après tout, en tant qu'un des 7 Princes, tous Déclarés, il ne pouvait pas lui refuser une entrevue. Son rendez-vous avait lieu dans une des villas du Paladin des Mers, au Mexique. Elle n'avait pas pu choisir le lieu ce qui la rendait un tant soit peu anxieuse. De même que les États-Unis, le Mexique était une zone facilement sujette aux tensions même si Mihawk avait apaisé la situation ces dernières années en s'installant là-bas provisoirement.

"Provisoirement"… Il tenait encore à son statut de nomade alors que le Gouvernement savait pertinemment pourquoi il restait là-bas. Vu que celui qu'on surnommait "Œil de Faucon" avait fait le ménage…

Elle irait sans ses subordonnés, pour leur sécurité. Jinbei n'était pas une personne agressive néanmoins elle ne voulait pas qu'il se braque. Ce serait une entrevue non-officielle. Elle avait quelques questions à lui poser. Depuis qu'elle savait que Jinbei et Kuroashi se connaissaient plus que bien, elle s'était longuement tâtée pour franchir un pas. Cette fois-ci, elle le ferait. Au moins pour que Kuroashi sorte de sa cachette et qu'il la défie une fois de plus. Il prendra cette approche comme une provocation. C'était évident.

Elle comptait bien se mettre sur son 31 avant de voir l'homme qu'elle admirait en chair et en os. La fonctionnaire voulait lui montrer qu'elle n'était pas seulement un flic mais aussi une personne qui le soutenait même si elle était sous les ordres du Gouvernement Suprême. Il n'avait certes pas besoin de son réconfort et la raison de sa visite allait le fâcher mais c'était un message qu'elle désirait lui faire passer.

Elle prévint Koby et Hermep qu'elle serait absente durant 2-3 jours, 4 au grand maximum. Leurs supérieurs accepteraient car elle continuait de faire des recherches sur Kuroashi. Ce n'était pas un rendez-vous désintéressé dans le fond et elle le regrettait.

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― Je tiens à vous remerciez d'avoir accepté aussi rapidement cette entrevue.

― J'ai un peu de temps pour moi ces temps-ci et en passer un peu avec une si jolie femme n'est pas pour me déplaire.

Tout deux eurent un petit rire alors que l'homme qui s'approchait de la quarantaine versait dans la tasse de son invitée du thé.

― J'espère que vous appréciez le thé Darjeeling, celui-ci provient directement d'Inde. Il est de qualité, je peux vous le garantir. Dès que j'ai appris que la première récolte débutait, j'ai tout fait pour m'en procurer.

― C'est un très grand honneur ! On dit que c'est justement le Darjeeling issue de la première récolte qui est le plus cher et le plus recherché.

Si elle avait bien quelques notions en thé, c'était bien celle-là. Et pour cause ! Avant d'être sur l'affaire Kuroashi, la jeune femme avait dû démanteler un réseau de trafiquants qui s'était fait un fric monstrueux en détournant des cargaisons de ce thé si précieux et si coûteux.

― Mais ce n'est pas tout les jours que je peux le partager avec des invités qui le méritent.

Elle eut un sourire aimable, profitant de la bonne humeur du Paladin des Mers avant qu'il ne finisse par se rembrunir. La fonctionnaire allait traiter un sujet délicat. Nami savoura le thé à sa juste valeur, bien que l'amertume n'était pas ce qu'elle préférait dans un thé, puis reposa la tasse et sa soucoupe sur la table basse qui séparait les deux canapés où étaient respectivement le Prince et l'Inspectrice.

― Laissons les formalités de côté, dit soudainement Jinbei en lançant un regard vers la porte qui était à quelques mètres d'eux, au niveau de la table basse. Je n'ai pas non plus énormément de temps à vous consacrer. Pardonnez mon attitude peu cavalière mais…

― Je comprends. C'est pourquoi je vais être brève.

Posant ses mains jointes sur ses genoux, l'Inspectrice se redressa et regarda Jinbei droit dans les yeux. Il était difficile d'affronter ces prunelles ébène où reflétait une éternelle détermination sans faille. Le Paladin des Mers était impressionnant, avec un charisme imposant quel que soit la situation.

― Kuroashi m'a apprit que vous étiez un de ses partenaires commerciaux. Je pense que nous savons tout deux ce que ce terme signifie à ses yeux alors je ne vais pas chercher à savoir comment cela s'est produit. Sachez que ce n'est pas par devoir que je suis venue à votre rencontre mais par curiosité personnelle. Pourquoi une personne aussi honorable que vous veut aider un tel criminel ?

Jinbei eut un profond soupir avant de prendre la parole.

― Cela revient à me demander comment. Vous êtes un peu trop zélée Inspectrice Dorobo.

― Pas d'Inspectrice entre nous. Quand à mon zèle, vous n'être pas le premier à me le faire remarquer, répondit au tac-au-tac Nami. Un certain Absalom m'en a fait le reproche.

Jinbei eut un sursaut imperceptible et se crispa.

― Vous êtes donc allé jusque là, souffla le Paladin.

― Oui et, à mon grand dan, Kuroashi m'a porté secours. J'ai l'impression que ce nom n'est pas qu'un vague souvenir pour vous.

― Je ne le connais pas personnellement et cela vaut mieux pour moi. Saviez-vous que Joker a faillit y laisser la vie quand il a eu le projet fou de s'opposer à lui ?

― Doflamingo vous voulez dire ?

Jinbei opina, prenant une gorgé de son thé. La conversation risquait d'être plus longue que prévue à ce train-là.

― On parle beaucoup de vous en ce moment dans le monde de l'ombre, Mademoiselle Dorobo. Depuis que vous traquez Kuroashi, beaucoup de gens s'interroge sur vos motivations. Cela fait déjà un an et vous n'avez jamais cessé les recherches. Qu'espérez-vous au juste ?

Nami eut un long moment de réflexion, contemplant sans vraiment s'en rendre compte le fond de sa tasse. C'était bien ce qui la tracassait justement. Pourquoi s'obstinait-elle ? Pour lui faire payer l'humiliation qu'il lui faisait subir ? Non, c'était autre chose. Si c'était sa réelle motivation, elle aurait déjà quitté la police pour devenir détective et, ainsi, avoir plus de moyen pour le capturer. Pourquoi devait-elle absolument l'attraper de ses propres mains ? Cet acharnement n'était-il pas insensé en fin de compte ? Pourquoi s'échiner alors qu'il n'était qu'une ombre insaisissable ?

Étrangement, une seule réponse valable à ses yeux jaillit de son esprit. Au diable l'humiliation. C'était une forme de vengeance et elle ne voulait pas se rabaisser à son niveau. A force de réflexion, elle s'en était aperçue et pensait tout naturellement que cette raison n'était plus valable. Jamais elle ne se battrait par vengeance.

Face à Jinbei, elle se sentait obligé d'être sincère. Il l'était lui alors pourquoi mentir ? Cette conversation resterait entre eux après tout.

― C'est pour ma mère que je fais tout cela… Je crois, déclara-t-elle. Pas par vengeance mais… j'ai longuement réfléchi à la question et je me rends compte que si je devais subir un tel échec, j'ai l'impression que je la décevrais, elle qui était un officier hors pair. Je veux marcher sur ses traces.

― Il n'est jamais bon de vouloir parcourir un chemin que l'on n'a pas tracé soi-même. Il est difficilement concevable que ce soit celui qui nous convient.

― J'en ai conscience. Je trace ma propre route en prenant exemple sur ma mère. Elle est décédée avant même que j'ai pu la remercier de m'avoir soutenue alors que je passais le concours pour devenir une fonctionnaire. Je veux lutter pour la justice, faire respecter la loi afin que nos concitoyens puissent vivre dans la paix et la tranquillité.

― Vous avez choisi une route aussi tortueuse que Kuroashi.

― Comparons ce qui est comparable. Je ne suis pas une…

Nami se stoppa net. Une femme solitaire ? Bien sûr que si, c'était exactement ce qu'elle était. Alors quoi ? En réalité, depuis tous ces mois, la jeune femme poursuivait son ombre ? Il apparut dans son esprit. Lui et son arrogance. Lui et son assurance. Lui et ses principes. Lui et sa haine. Lui et sa… tendresse ?

Combien de fois avait-elle affirmé qu'il était comme elle ? Un bon nombre de fois. Peut-être trop pour que ce soit une coïncidence.

Elle se remémora de son sourire. De son empressement il y avait de cela trois semaines. Il avait eu l'air à bout de force, usé par toute cette mise en scène. Mais à quelle fin que cette mise en scène ? Pour elle ? Que lui cachait-il à la fin ?

Jinbei eut un sourire plein de compassion.

― Vous comprenez à présent, Mademoiselle Dorobo ? Il ne faut plus vous intéressez à Kuroashi. Vous vous attirez des ennuis dont vous n'imaginez même pas les conséquences.

― Si ça peut le sortir de sa tanière, je suis prête à courir ce risque. Savez-vous où il est en ce moment ?

― Non. Nous ne nous parlons pas aussi souvent que je le désirerais. Je dois veiller sur lui voyez-vous ? Et puis, je croyais que vous n'étiez pas là en tant qu'Inspectrice.

― C'est le cas. Vous me diriez où il se trouve si vous étiez certain que je viens en simple curieuse ?

― Je suis on ne peut plus sérieux, Mademoiselle. Ne vous approchez plus de lui. Rien de bon ne va vous arrivez et il ne pourra pas toujours être là pour vous tirez d'un mauvais pas. On ne peut pas avoir confiance en Kuroashi. C'est l'être le moins fiable au monde.

― Moins que Doflamingo ? ironisa Nami.

― Il est capable de vous adressez un sourire plein de candeur en prétendant être votre ami et de vous poignardez dans le dos dès que vous aurez baissé la garde.

― Êtes-vous réellement partenaire ?

Jinbei se leva, jetant un coup d'œil vers la porte, puis se planta devant la baie vitrée d'où il pouvait avoir une magnifique vue du Golfe du Mexique, bras ramenés à son dos, mains jointes.

― Une promesse me lie à lui. Je le connais mieux que les ¾ des N.D. C'est parce que je l'apprécie que je dois être sincère avec vous. Je ne veux pas que vous fouiniez plus que nécessaire.

― Je vois que cette rencontre n'était pas non plus désintéressée pour vous.

― Et j'en suis navré, fit Jinbei après avoir eu un petit rire. C'est aussi pour vous que je dis tout cela.

― Il est trop tard, j'en ai bien peur.

La tête de Jinbei pivota vers la jeune femme qui s'était également levée. Nami resta néanmoins devant le canapé, serrant les poings.

― Je l'ai forcé à tout me raconter. Son histoire... J'ai admis depuis longtemps que certaines injustices sont nécessaires pour la survie du plus grand nombre mais je dois avouer que je ne comprends pas pourquoi le Gouvernement a pris cette décision.

― C'est justement pour cela que vous ne devez plus chercher.

Dorobo se figea, atterrée. Il était d'un sérieux mortel.

― Vous vous en êtes aperçue lorsque vous avez retrouvé votre rapport officiel modifié n'est-ce pas ? Quand je disais que vous auriez des ennuis si vous poursuiviez sur cette voie, je ne parlais pas simplement des Empereurs ou des Princes. Je parlais aussi de votre Gouvernement. La Providence soit louée que vous ayez juste noté qu'Absalom avait disparu de votre rapport. Si vous aviez été plus loin, vous n'auriez pas pu faire machine arrière.

― Et si je ne voulais pas ?

Le Paladin des Mers jeta un regard perplexe, teinté d'une surprise non feinte. Elle était tout aussi sérieuse que lui.

― Je n'ai pas passé un an de ma vie à poursuivre Kuroashi juste pour déterrer quelques fantômes et pour redorer mon blason. J'ai dépassé ce stade depuis quelques mois déjà. Je me leurrais en prenant mon honneur pour prétexte. Maintenant que je sais que quelque chose se trame, je compte bien tout faire pour la population.

― Vous croyez en avoir les moyens ?

Un silence. Nami se rassit, se prenant la tête entre ses mains. Cette question la renvoyait à son impuissance, son manque d'influence. Elle se souvint de la "visite" de Kuroashi dans le poste de police en France. C'était donc ce qu'il voulait dire ? Il imitait cet antique conte d'Hansel et Gretel en lui jetant des miettes de pain pour la mener à la vérité ? Cela lui ressemblait si peu aux yeux de Dorobo…

Mais que savait-elle de sûr à son sujet ? Bien peu de chose et pourtant cela faisait déjà un an ! Son histoire était aussi un moyen de la prévenir ? De la guider vers un chemin tortueux ou au contraire de la sauver en la dégoûtant et en l'effrayant ?

Trop de questions tournoyaient dans son esprit et si peu de réponses… Il attisait sa haine depuis si longtemps qu'elle n'arrivait plus à être objective et là était son problème, elle en avait conscience.

― Absalom vous a-t-il aussi dis que…

― J'étais la première à être aussi insistante ? Oui. D'ailleurs, il ne comprend pas plus que moi pourquoi.

― Et je crains d'avoir la réponse, murmura Jinbei qui commençait à peine à l'entrevoir.

Il souhaitait que ce ne soit pas ce qu'il appréhendait par-dessus tout. En espérant, il pensait à Kuroashi. La jeune Inspectrice allait exiger une réponse mais décida de ne pas en savoir plus à ce sujet. Pour quelles raisons avait-elle si peur de la connaître ?

Jinbei alla se rasseoir face à elle tout en sortant un stylo et un chèque.

― Combien voulez-vous pour abandonner et laisser l'affaire à un autre ?

Nami releva la tête vers lui, les yeux arrondis par l'étonnement.

― De qu…

― Il n'a jamais été au courant de ce genre de transaction, ce n'est pas la première fois que "j'apaise" les désirs de justice des fonctionnaires du Gouvernement. Je ne peux pas les empêcher de le poursuivre mais je peux au moins ralentir considérablement la progression de l'enquête. Assez afin qu'elle reste au point mort durant un certain temps.

― Vous voulez qu'il accomplisse sa vengeance ?

― Comme vous le savez, je suis contre toute forme de vendetta. Mais Kuroashi a la tête dure et ne vit que pour se venger. J'ai bon espoir qu'une fois cette soif de vengeance apaisée, il trouvera un nouveau sens à sa vie. Je ferais tout pour.

― Savez-vous qu'il voulait aller jusqu'à mourir pour l'accomplir ? s'écria Nami en bondissant sur ses pieds, folle de rage. J'étais là, j'ai vu sa détermination. Si jamais vous le laissez faire, il va disparaître avec cet Absalom. Vous avez raison en disant qu'il ne vit que pour ça, cependant, vous avez omis un détail, c'est que sa vie ne dépend exclusivement que de cette vengeance !

― La situation doit l'avoir pousser à agir ainsi. Il a forcément évolué.

― JAMAIS il n'évoluera.

― Qu'en savez-vous ? Je le connais sur le bout des doigts, je sais qu'il n'aurait pas eu à faire ça si la situation ne l'exigeait pas. Vous y étiez n'est-ce pas ?

Déstabilisé, Dorobo en perdit sa hargne.

― M-Mais il n'en savait rien !

― N'importe qui dans sa position aurait pensé à cette possibilité, peut-être est-ce votre présence qui l'a convaincu d'en venir à de telles extrémités. Il sait que c'est une vengeance stérile, il agit en solitaire aussi pour cette raison. Il ne veut y impliquer personne. Et, puisqu'il est N.D., sa mort aurait signifié une défaite pour le Gouvernement qui le veut vivant pour qu'il lui livre les informations qu'il possède.

Le stylo tapotait impatiemment sur le chéquier. La jeune fonctionnaire percevait une grande tension, une certaine lourdeur dans l'air.

― Alors ? Combien ? Vous savez, ce n'est pas une défaite ni une honte de passer à autre chose. C'est pour le bien de tout le monde.

― Ah oui vraiment ? Vous ne croyez pas que cela va lui paraître étrange que j'abandonne maintenant ?

― Vous pensez qu'il irait jusqu'à vous recherchez si vous ne le traquez plus ? Vous avez la conviction d'être aussi importante à ses yeux même après tout ce que je vous ai dit ? Vous n'êtes qu'un pion sur son échiquier.

― Mais sur un échiquier, personne n'est inutile. Chacun a son importance.

― Mais certains doivent être sacrifiés. Si cela devait être vous, pensez-vous qu'il hésiterait ?

Étonnamment, la réponse qu'elle se sentait obligé de fournir lui déplut. La rendit amère.

― Non… Après tout, il ne fait que jouer avec moi… Mais je ne peux pas écarter l'idée qu'il a un but en me tourmentant et en m'utilisant de la sorte !

― Outre le fait que vous êtes simplement là pour le débarrasser de ses jouets une fois qu'il s'en est lassé ? Si vous croyez que ça va plus loin, vous vous faites des idées.

― C'est faux ! Je sens qu'il y a autre chose. Comment pourriez-vous comprendre ? Si ce n'était que ça, il ne prendrait pas la peine de venir en personne, il ferait comme avec tous les autres qui m'ont précédé. Mais là, il prend des risques pour avoir un face-à-face avec moi. Il déteste quand d'autres personnes sont dans les alentours alors que nous ne sommes que tous les deux. Pourquoi à votre avis ? Ne me parlez pas de ses principes de gentleman, d'autres Inspectrices l'ont poursuivi et il les a toutes éconduites. Jamais elles ne l'ont vu.

Reprenant une grande inspiration pour se calmer, se souvenant à temps qu'elle parlait avec l'homme qu'elle respectait profondément, elle se rassit.

― Je ne comprends pas… Pourquoi moi ? Il ose me dire que c'est parce que son regard s'est arrêté sur moi, que je le fascine… Comment pourrais-je le croire ? Comment démêler le vrai du faux ?

Jinbei l'écoutait avec toujours autant de compassion. Ce qu'il craignait s'était donc produit. Il n'avait plus le choix.

― Vous devez passer à autre chose, déclara t-il d'une voix ferme. Ne plus vous souciez de Kuroashi. Vous allez finir par vous torturez l'esprit et tout cela pour quoi au final ? Pour avoir le plaisir de décrypter un mystère qui ne valait peut-être pas, à vos yeux, toute cette peine ? Allez-vous être réellement satisfaite lorsque la vérité va éclater ? N'allez-vous pas vous sentir plutôt déçue ? Ou au contraire, vous nierez tout en bloc et préférerez effacer de votre mémoire votre découverte ? Au fond, c'est surement mieux de le voir comme le simple objet de votre haine, il ne s'en soucie guère. C'est votre changement de comportement qui pourrait l'amener à tout modifier à votre égard.

Nami se sentait plus perdue qu'avant son arrivé. Il avait raison, c'était un fait. Kuroashi n'allait lui apporter que des ennuis de toute manière. Mais… Elle ne pouvait pas fermer les yeux sur l'histoire qu'il avait racontée. Tant de chagrin et de rage était passé dans les yeux du jeune homme. Ce qu'il faisait était insensé et cruel toutefois, était-elle la mieux placée pour en juger ? Au début de toute cette histoire, elle avait tout fait pour comprendre afin de le juger et maintenant que la situation changeait, que cela la dérangeait, elle allait abandonner si près du but ?

Son attention se concentra sur le tapotement impatient du stylo, prêt à rédiger un chèque dont elle ne voulait pas imaginer la somme. Avec la fortune que Jinbei possédait, même s'il ne lui en donnait qu'un trentième, elle pourrait être heureuse dans le luxe le reste de sa vie. Une vie de luxe dans l'ignorance…

Elle se releva une nouvelle fois, déterminée à prendre la décision qui s'imposait par elle-même.

― Puisque c'est ce qu'on m'offre je prends !

Jinbei allait écrire le montant du chèque lorsqu'il se stoppa, se posant des questions sur l'ambigüité de cette affirmation.

― Si c'est le prix à payer pour découvrir la vérité, je veux bien prendre sur moi toute cette peine et cette haine.

― Vous ne connaissez pas la portée de ces mots.

― C'est ce que Kuroashi m'a dit, pour me décourager très certainement, mais je suis une grande fille, majeure qui plus est. J'assume entièrement les conséquences de mes actes et tant pis pour les regrets.

― C'est bien beau les discours mais…

― Je sais ce que vous vous dites. Je tiendrai bon. Vous pouvez retirer votre offre, je n'en aurais jamais a allé jusque là.

Jinbei se leva à son tour, rangeant à regret stylo et chéquier.

― Bien puisque vous voulez continuer à compliquer votre vie plus qu'elle ne l'est déjà… Pour l'un des codes, vous devriez utiliser le système binaire, je pense que cela vous sera d'une grande aide. Gardez bien précieusement ces codes, ils vous serviront un jour ou l'autre.

Dorobo reprit son sac, notant sur son calepin l'information et tentant de contrôler le tremblement qui agitait ses mains. Elle agrippa son sac des deux mains et se demanda si elle devait en rester là. La jeune fonctionnaire choisit de clore cette conversation. Ils s'étaient tout dit.

― Merci beaucoup pour toutes vos explications. Ce n'est pas encore très clair dans mon esprit mais je suis certaine qu'il faut juste que j'attende que ça se décante un peu, y réfléchir à tête reposée et je penserais au reste plus tard.

― Je comprends. Mon offre n'a aucune date de péremption. Sachez-le.

Nami opina et quitta la demeure après s'être humblement incliné et l'avoir remercié. Jinbei sortit une autre tasse et remplit une seconde fois la sienne puis l'autre. Il but le tout d'un trait avant de prendre avec lui l'autre tasse et d'ouvrir la porte sur laquelle il avait veillé durant tout l'entretient.

Il l'ouvrit en douceur, s'assurant que la personne ne s'était pas réveillée par les cris et les protestations. Un reniflement pénible lui confirma le contraire.

― Ah désolé… Je lui ai transmis exactement ce que tu m'as dit, cette Inspectrice est vraiment tenace. Je vois maintenant pourquoi tu la traites avec autant d'égard.

― N'est-ce pas ? Je n'ai pas pu suivre toute la conversation, je me suis endormi mais j'ai entendu le début. J'ai l'impression que vous vous êtes bien amusé.

Jinbei eut un léger rire et haussa les épaules.

― Oui on peut dire ça. Tient, je t'ai apporté du thé, je ne sais pas si ça va t'aider mais je sais que tu l'aime beaucoup.

Le jeune homme se redressa péniblement du lit, repoussant la poubelle pleine de mouchoirs, et tendit un bras tremblotant vers la tasse. Il fut déçu de constater que sa fichue maladie l'empêchait de savourer ce thé Darjeeling. Il était à bout. Prenant une chaise du bureau à côté de la porte, Jinbei l'installa face au lit et s'y assit.

― Toi qui n'étais jamais malade depuis que tu as débuté ta carrière de cambrioleur, voilà que tu te retrouves avec une grippe carabinée ! Tu n'aurais pas dû tant tarder pour te soigner. Tu sais qu'on peut en mourir ?

― Oh ça va ! Ce n'est qu'une petite grippe tout ce qu'il y a de plus commun.

― Bien évidemment… Il va falloir que j'appelle un médecin. Tu ne sens pas un léger mieux ?

― Je ne sais pas trop… Ma tête me fiche la paix, ma gorge me fait moins souffrir… Par contre pour le manque d'appétit, je ne peux rien y faire.

― Je te laisse encore trois jours avant d'appeler le doc, se résigna Jinbei. Ce n'est pas que tu m'embêtes mais je préfère avoir un invité en bonne santé.

― Par contre, j'ai eu quelques maux de cœur pendant plus d'une dizaine de minute et ma fièvre avait augmenté durant ce même laps de temps. Cependant je vais mieux.

― Je croyais que tu dormais.

― Non j'ai dis que je me suis endormi, pas que j'ai dormi durant toute votre entrevue. Je ne sais pas comment expliquer mais savoir l'Inspecteur si proche, mon cœur m'a douloureusement serré et mon visage cuisait.

Inquiet, Jinbei resta muet. Kuroashi, craignant le pire, poursuivit.

― Mais sinon là ça va ! Je pense qu'il s'agit juste du stress qu'elle me découvre alors que je peux pas me défendre.

― Disons que c'est ça.

Curieux, le jeune cambrioleur attendit une réponse plus satisfaisante. Jinbei venait d'emboîter les pièces du puzzle. Il avait tout compris à la situation. Pour son protégé, pour l'avenir du jeune homme, il devait intervenir.

― Kuroashi, tu dois absolument ne plus t'approcher de cette Inspectrice.

― Et pourquoi ? Tu crois que c'est aussi simple à faire qu'à dire ? D'accord, si tu insistes, je veux bien faire le minimum.

― Ce n'est pas ce que je voulais dire et tu le sais. Dégoûte-la afin qu'elle lâche l'affaire.

― Mais pourquoi ? Y a pas plus sérieuse, engagée, droite… Elle a des valeurs et une fierté. C'est une solitaire celle-là alors y a aucun risque qu'elle appelle la cavalerie.

― Il n'y a pas que ça. Il faut que tu arrêtes tout. Tu crois que je ne me rends compte de rien ?

― Je vois pas de quoi tu parles.

Jinbei eut un soupir, énervé.

― Tu as le béguin pour cette femme.

Kuroashi fut bouche bée par cette affirmation. Il ne l'avait jamais dis haut et fort depuis qu'il s'était rendu compte que quelque chose n'allait pas chez lui. En aucune manière il n'avait été aussi clair. Il trouvait ça discourtois et indiscret de la part d'une personne qui était comme un membre de sa famille.

― En quoi ça te regarde ce que je peux ressentir pour une tierce personne ?

― Puisqu'il faut mettre les pieds dans le plat, je continue. Tu joues avec le feu, ça va finir mal surtout pour toi. Si elle finit par le savoir, c'est terminé.

― Jinbei, je digère mal cet état de fait alors ça suffit.

― Non, je ne veux pas que…

― Mais je risque rien ! Je suis pas aussi cinglé que ce que vous pensez tous ! Puisque c'est comme ça, je me tire. J'ai compris le message Jinbei, je t'emmerde pas plus longtemps.

Kuroashi sortit du lit en écartant les draps qui l'étouffaient et réussit à faire quelques pas avant que ses jambes ne le lâchent. Il toussa à s'en arracher les poumons, la main sur la poignée, agenouillé face à la porte. Il repoussa la main que lui tendait Jinbei pour l'aider à se relever.

― Tu n'es pas raisonnable, intervint le Paladin des Mers. Il ne faut pas que tu t'agites inutilement. Si tu veux pouvoir tenir tête à Doflamingo et aux autres, il faut que tu sois dans les conditions de le faire. Tu ne risques rien ici alors repose-toi, je vais aller appeler…

― Je ne veux rien lui devoir ! Plutôt crever que de lui demander !

Kuroashi dut accepter l'aide de Jinbei qui le ramena vers le lit.

― Tu ne lui devras rien ! C'est un génie dans son domaine, il va te remettre sur pied en quelques jours. Il n'y a pas homme plus sûr, je paierais les frais.

Le jeune homme n'eut pas à beaucoup réfléchir pour savoir que c'était la meilleure solution. Il n'en pouvait plus de cette maladie qui le laissait dans le coton et qui l'empêchait de faire ce pourquoi il consacrait sa vie.

― Très bien, lâcha Kuroashi, oubliant sa fierté pour ce coup-ci. Appelle Trafalgar Law.

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à suivre...


Note : Dans les trois semaines, il faut inclure les cinq jours où Kuroashi avait disparu.

Et bien... Que dire à présent ? Avec l'épisode 23, il y aura aussi un épisode 23.5 qui viendrait quelques jours après comme d'habitude. Vous avez de la... chance si on peut dire, je ne compte pas bouger de chez-moi de toutes les grandes vacances alors notre rendez-vous quotidien ne risque pas d'être rompu par quoique ce soit.

Je vous dis à Samedi prochain et bonne semaine ! Laissez-moi votre avis si vous le pouvez !