- Eh bien, il était temps que ça se fasse.
- Pourquoi ?
- Tu ne t'es donc rendu compte de rien ? Parce qu'elle, si...


Deux jours étaient passés. En cette fin de matinée, Sayu rentrait d'un entraînement et marchait tranquillement aux côtés de Yuki et Koshikawa en direction du réfectoire de leur division, lorsque soudain, un véritablement hurlement fit sursauter et se retourner bon nombre de soldats présents sur les lieux.

- I-TA-MI-CHAAAAN !
- Ah ? Je crois que c'est pour toi, ricana doucement Koshikawa en regardant d'abord Sayu, puis Saori qui accourait vers eux.
- Eh bien, quelle arrivée Fukuda-chan, grimaça Sayu dès que son amie fut à ses côtés. Dans le style discret, on ne fait pas mieux...
- Oh, ça va !, se défendit Saori. J'avais peur que tu partes manger sans m'avoir vue.
- Dans ce cas, tu as fait ce qu'il fallait pour qu'Itami-chan ne te rate pas, dit Yuki - qui afficha un air incrédule.

Mais Saori n'avait pas l'intention de perdre son temps libre en bavardages inutiles.

- Bon aller, ça va vous deux !, dit-elle en poussant « gentiment » Yuki et Koshikawa vers le bâtiment où était traditionnellement servi le déjeuner, je n'ai malheureusement pas beaucoup de temps mais énormément de choses à dire à ma copine. Alors : ouste !

Yuki et Koshikawa ne s'offusquèrent même pas d'avoir à subir les manières toujours aussi expéditives de Saori – depuis le temps, ils s'y étaient faits. Ils se contentèrent de regarder les deux amies avec un petit rictus éloquent et se dirigèrent ensuite vers le réfectoire sans mot dire. Mais en ce qui concernait Sayu, elle, trouva à redire sur le comportement de son amie vis-à-vis de ses camarades.

- Dis donc, Fukuda-chan, commença-t-elle en posant ses poings sur ses hanches, tu ne crois pas que tu exagères un peu ?

Mais Saori ne se laissa pas distraire et ne fit pas cas de la remarque. Elle regarda plutôt Sayu avec un sourire béat qui en disait long.

- Bah, c'est pas grave tout ça, t'inquiète, minimisa-t-elle. Ils ont l'habitude !
- Mais enfin !, s'indigna Sayu.
- Roooh, aller, arrête ! Y'a plus important : toi ! C'est incroyable !, s'écria soudain Saori. Tu sais que lorsque je l'ai appris, je n'y ai pas cru ! Mais pourtant, c'est bien vrai : tu l'as fait ! Tu-l'as-fait ! J'en reviens pas ! Mais quand est-ce que tu lui as parlé ?...enfin, tu leur as parlé ?
- Eh bien...j'ai vu le lieutenant Hisagi en retournant ici l'autre soir – après t'avoir ramenée. Il était devant sa division avec son capitaine et il m'a proposée de me raccompagner, alors...

Saori émit un petit sifflement admiratif.

- ...et par la suite, j'ai eu un entretien avec mon capitaine hier soir.
- Alors là, franchement, tu m'épates !, s'extasia Saori de plus belle.

Bien que n'ayant pas encore eu le temps de lui en parler, Sayu n'avait eu aucune difficulté pour deviner à quoi Saori faisait allusion. Et vu les réactions de son amie, elle eut immédiatement confirmation qu'elle ne s'était pas trompée.

Cependant, malgré le sentiment de fierté qui vint la titiller, elle ne put s'empêcher d'éprouver également un pincement de vexation. Alors quoi ? Saori la pensait empotée à ce point pour ne pas oser parler à quelqu'un ? Mais lui étant cependant encore plus reconnaissante pour tout ce qu'elle avait fait pour elle, elle ne lui fit rien remarquer – contrairement à Saori qui ne se gêna pas pour émettre une réclamation.

- Et d'ailleurs, rembraya-t-elle sur un ton de vague reproche, je peux savoir ce que tu attendais pour venir me le dire ?

Sayu esquissa un petit sourire.

- D'en avoir le temps, tout simplement. Je n'ai rencontré mon capitaine qu'hier au soir et j'ai été occupée toute la matinée. En plus, je te signale que rien n'est officiel – je n'ai pour le moment que l'approbation de mon supérieur. J'ignore encore si le capitaine Tôsen...
- Oooh ! Alors si ce n'est que ça, la coupa Saori en balayant négligemment la remarque d'un geste de la main, tu peux être tranquille et annoncer ta mutation à qui tu veux !
- Euh...t'es gentille, mais je ne tiens pas forcément à le crier sur tous les toits, objecta Sayu – avant de réaliser. Mais...attends un peu, pourquoi tu dis ça ?
- « Pourquoi » ? Parce que je sais de source sûre que Tôsen est déjà d'accord.
- Hein ?, s'exclama Sayu. Mais je n'ai pas encore eu de nouvelles du capitaine Ichimaru ! Il m'a dit qu'il ne pourrait pas m'en donner avant ce soir ! Et puis d'abord, dit-elle ensuite soupçonneuse en lançant un regard torve à Saori, comment tu es au courant de ça, toi ? En fait, comment es-tu au courant de tout ça ?
- Moi ?, s'étonna Saori en réprimant un éclat de rire. Ben, par mon lieutenant – par qui d'autre ?
-Ton lieutenant ? Quel rapport avec Tôsen et mes affaires ?

Là, ou Sayu avait raté un épisode, ou elle ne comprendrait jamais.

- Ah ça !, expliqua alors Saori. C'est parce que Matsumoto-san s'est rendue à une réunion de travail ce matin. Apparemment, le capitaine Tôsen aurait parlé de toi au capitaine Komamura hier soir et celui-ci en aurait ensuite parlé à son lieutenant, Iba-san, qui l'aurait finalement rapporté à tout le monde ce matin. Simple quoi !
- Ouais ! Une vraie bande de pipelettes, tu veux dire !, protesta Sayu, scandalisée. Donc je suppose que le lieutenant Hisagi a encore dû s'en prendre pour son grade, murmura ensuite la jeune fille, bougonne.
- Si peu !, plaisanta Saori – qui changea soudain de ton en voyant la tête qu'afficha son amie. Main non, voyons !, se reprit-elle alors. Enfin, il a eu droit à quelques vannes...mais rien de bien méchant. Tu sais ce que c'est ? Des petites plaisanteries entre collègues de travail.

- Non, j't'assure, ils ne t'y ont rien fait à ton petit lieutenant.
- Ah, Fukuda-chan, ne commence pas à parler comme ça !, s'énerva Sayu. Parce que même si j'en suis à l'origine, je te signale que si on se retrouve dans la même division, on sera suffisamment assujetti à se prendre quelques réflexions pour qu'en plus tu...
- Mais qu'est-ce que tu racontes, encore ?, soupira Saori. Je t'ai déjà dit que ça ne serait pas une situation inédite et que d'un point de vue officiel, tout est ok ! Alors bon, peut-être qu'au début vous serez un couple à la mode auquel certains pourraient s'intéresser, mais t'inquiète pas, je suis certaine qu'on vous foutra rapidement la paix.

Saori avait dit ça pleine d'assurance alors que Sayu, elle, eut un peu de mal avec l'expression de « couple à la mode ». Et dans la mesure où, en plus, ils étaient encore assez loin de former un couple comme on pouvait le concevoir, il n'y avait vraiment pas de quoi utiliser des termes inappropriés. Mais fort heureusement, s'agissant là d'un domaine très personnel, Saori n'avait pas osé demander comment s'était passée cette fameuse fin de soirée – et si en plus, elle avait su comment Sayu avait amené ça...

Celà-dit, elle s'intéressa néanmoins à autre chose.

- Bon alors, demanda-t-elle pleine de curiosité à Sayu, comment s'est passé ton entretien avec ton capitaine ?...toi qui appréhendais ça. Et tes deux copains là, tu leur en as parlé ou pas encore ?

Sayu se gratta un instant le front en se demandant par où elle allait commencer et se lança dans un récit dont elle savait déjà qu'elle n'aurait pas pu y couper venant de Saori.

- Concernant Yuki et Koshikawa, j'ai presque le regret de te dire que tu avais raison, annonça-t-elle avec un petit sourire. Ils ont bien compris la situation – ils n'étaient pas aux anges non-plus parce qu'on s'entend bien, mais quand-même, ils étaient contents pour moi. Surtout que concernant mes motivations, ils se doutaient de pas mal de choses depuis un petit moment, sous-entendit-elle devant l'air ravi de Saori.
- Ah ! Tu vois ! J'avais raison ! Tu es toujours en train de t'inquiéter pour rien !
- Merci de la remarque, je ne m'y attendais pas du tout, ironisa Sayu avant de poursuivre. Par contre, pour le côté officiel, je ne sais pas trop. C'était un peu...bizarre, dit la jeune fille en faisant la moue.
- Comment ça : « tu ne sais pas trop » ?. Tu viens de me dire à l'instant que ton capitaine t'avait donné son accord. Alors c'est bon, non ?

Sayu soupira.

- Oui, pour lui c'est bon, mais...
- Ah...Mais pas pour ton lieutenant ?, se risqua alors Saori avec prudence.
- Bah ! Avec lui, on ne pourra jamais en parler de toute façon, dit Sayu avec un haussement d'épaules défaitiste. Les choses sont ainsi et...et puis voilà quoi. Je sais, il sait, il sait que je sais et je sais qu'il sait. Je pense qu'on s'est compris sans avoir eu à se parler, tu comprends ?
- Euh...oui, à peu près..., hésita Saori. En clair, il sait que tu sais qu'il t'aime bien mais tu sais aussi qu'il sait que tu sais qu'il n'aimerait pas que tu ailles lui en parler parce qu'il respecte la situation et ton choix et qu'il estime ne pas avoir à interférer dans ta vie privée si tu as décidé de ne pas lui faire une place, c'est ça ?
- Euh...oui, c'est ça.

Dans le genre, les deux filles avaient une façon aussi claire l'une que l'autre de voir les choses.

- Alors s'il n'y a pas de problème avec Kira et si Ichimaru t'as donné son accord, qu'est-ce qui cloche ?
- L'ambiance dans laquelle ça s'est passée, déclara aussitôt Sayu.
- Kira y était , au fait ?
- Non, il n'y avait que le capitaine et moi, répondit machinalement Sayu en conservant un air pensif.

Elles restèrent quelques secondes sans rien dire jusqu'à de ce que Sayu remue la tête et rattaque.

- Et maintenant que tu me dis en plus que Tôsen était au courant de ma demande le soir-même...
- Eh bien quoi ?

Saori ne comprenait pas ce qui mettait autant son amie mal-à-l'aise. Elle imaginait au contraire qu'elle aurait dû se ravir que tout ce passe si bien. Mais...

- Ichimaru m'a dit qu'il ne pourrait pas me donner de réponse, même informelle, avant ce soir. Et toi, tu arrives en me disant que tout le monde est déjà au courant depuis ce matin !
- Et alors ?, s'étonna Saori qui prit les choses du bon côté. Plus vite tout le monde sera au courant, plus vite les petites réflexions que tu appréhendes passeront !
- Mais non ! Tu ne comprends pas !, s'impatienta Sayu.
- Dans ce cas, explique-moi.
- Quand je suis arrivée dans son bureau, c'est comme si mon capitaine savaitdéjà ce que je venais y faire !

- Même s'il a compris mon attitude ; même si, à la limite, il avait effectivement remarqué quelque chose concernant mes sentiments pour quelqu'un – ce dont je doute toujours, désolée – ce n'est pas parce que je demande à lui parler que c'est automatiquement pour lui dire que je souhaiterais changer de division ! Avec tout ce qu'il s'est passé ces derniers temps, il me semble que les sujets de conversation ne manquent pas.

- Donc l'entretien se passe sans aucune tension, lui d'un côté du bureau, assis tranquillement, moi, assise de l'autre. Je l'informe, en gardant tant bien que mal mon assurance et mon calme, de la situation, là-dessus, il me dit « évidemment » qu'il serait triste de mon départ parce que je suis un très bon élément, il me parle un peu de tout ce que représente un changement de division dans la vie d'un shinigami -, sans pour autant présenter ça de manière négative, mais plutôt professorale - mais qu'après tout, il comprend - bien qu'il m'ait sortie ça avec son inimitable sourire -, et il conclut en me prévenant qu'il n'aura pas de réponse à m'apporter avant vingt-quatre heures, temps nécessaire pour reprendre mon dossier et en discuter avec ceux que cette demande concerne. Et là-dessus, toi, tu arrives et me dis que Tôsen était au courant cinq minutes après que je sois sortie de son bureau !
- Et...?, ne put s'empêcher de répondre Saori qui cherchait toujours le mal dans tout ça.
- « Et » ? « Et » ! Ne me demande pas pourquoi, mais je le ressens et le vis comme ça : j'ai la désagréable impression que tout était prévu à l'avance !
- Hein ? Et après c'est moi qu'on accuse d'imaginer des trucs de dingues ?

Saori tira une tête de parfaite incrédule tandis que Sayu trépignait de ne pas réussir à poser les bons mots sur son ressenti. Mais le fait était bien là, elle avait trouvé quelque chose de bizarre dans l'accompagnement et le déroulement parfait de sa demande de mutation. Pourquoi avoir perçu la chose de la sorte alors qu'elle n'aurait normalement dû n'être qu'heureuse de voir sa demande acceptée ?...elle n'en savait rien. Mais quelque chose en elle, qu'elle n'arrivait pas encore à identifier, l'avait instinctivement pousser à penser ça – à être gênée durant son entretien avec son capitaine. Elle qui pensait avoir une confiance aveugle en son supérieur, voilà qu'elle se découvrait méfiante vis à vis de lui - alors que son attitude n'aurait dû la pousser qu'à de la reconnaissance.

- Bah, te prends pas la tête avec ça !, essaya de l'apaiser Saori. Avec tout ce qui s'est passé ces derniers temps, comme tu l'as dit, ça n'aurait rien d'étonnant que ta perception des choses soit un peu réglée sur le mode « sensible ». Et puis, après tout, ce qui compte, c'est que tu puisses aller dans la neuvième division, non ?...d'autant plus que si tu as finalement décidé d'y aller, c'est qu'il y a quelqu'un là-bas qui sera ravi de t'y accueillir...
- Arrête un peu avec ça !, rougit Sayu qui préféra, malgré sa réaction, orienter ses pensées vers Hisagi plutôt que vers de pénibles impressions.


Et seulement quelques jours plus tard, alors que depuis son entretien avec Ichimaru les jours s'étaient succédés tout à fait normalement, à l'heure du petit-déjeuner, Kira se rendit au réfectoire pour y trouver Sayu, lui demander de le suivre un peu à l'écart et l'informer qu'elle était attendue dans la matinée au siège de la neuvième division, là où le capitaine Tôsen la recevrait pour l'introduire dans son unité.

- Quoi ?, s'exclama Sayu qui ne pensait pas que les choses se dérouleraient de façon aussi soudaine.

Après ce que lui avait expliquée Hisagi, elle pensait que sa demande était toujours en cours de traitement et qu'il lui faudrait bientôt aller réitérer son souhait auprès du capitaine de la neuvième division. Mais apparemment, quelques étapes avaient sauté – ou alors, les démarches administratives s'étaient simplifiées avec le temps...

Quoiqu'il en soit, c'est avec un pincement au coeur que Sayu exécuta le dernier ordre que lui donna Kira – non sans avoir échangé avec lui un regard significatif – se hâtant par la suite d'aller préparer ses affaires, avant de dire au revoir à Yuki, Kota et Koshikawa qui avaient tenu à l'escorter jusqu'à l'entrée de la division.

- Tiens ? Je pensais que le capitaine viendrait te dire au revoir, Itami-chan, dit soudain Yuki en regardant autour d'elle comme si elle s'attendait à voir soudain bondir Ichimaru de derrière un buisson.
- Ben voyons ! Avec un bouquet de fleurs non, tant que tu y es !, se moqua gentiment Kota.
- Je ne suis pas la première personne à changer de division, Sano-chan, répondit plus délicatement Sayu. Ce genre d'opération ne représente pas plus qu'une formalité pour les officiers. Et puis, tout ayant été fait, il n'avait pas à venir – chacun à sa place, après tout. Il a autre chose à faire.
- Bon, en tout cas, bonne chance pour la suite, Itami-chan !, lança d'un ton un peu bourru Koshikawa. Puisses-tu trouver là-bas tout ce que tu vas y chercher !
- Mouah ! Comme c'est bien dit ! Un vrai poète notre bon vieux Koshikawa-kun !, se moqua encore un petit coup Kota – qui finit par se retrouver éjecter tête première dans un buisson épineux.

Et c'est sur cette image sympathique – enfin, pas forcément pour tout le monde - que Sayu quitta ses amis en les remerciant pour toute l'amitié qu'ils lui avait donnée.


Quelques minutes plus tard, Sayu arrivait devant la neuvième division où quelqu'un l'attendait devant l'entrée principale - la seule personne qu'elle espérait voir et qui lui fit bondir le coeur dans la poitrine quand elle la reconnut.

- Bonjour Itami-chan. Sois la bienvenue.
- Hisagi fukutaishô...


Note : Salut ! Humm...j'espère ne pas me prendre de lancer de couvercle de poubelle ou de tomates pour avoir fait changer Sayu de division (ça, c'est pour ceux qui auraient préféré que je la laisse en troisième et qu'elle forme un couple avec Kira) ou pour n'avoir pas fait « en direct » la confrontation Sayu/Ichimaru (ça, c'est pour tout le monde – les curieux, qu'ils soient ou non favorables à un Sayu/Kira plutôt qu'à un Sayu/Hisagi). Donc, pourquoi ce choix, pourriez-vous me demander ? « À cause » des descriptions que j'aurais été d'une certaine manière – pour conserver un récit le plus intéressant possible – obligée de mentionner durant cet entretien. N'oubliez pas le titre du chapitre et ces petits échanges qui précèdent toujours le gros du corps – ils ne sont pas là pour faire jolis ;). J'ai également espéré (et espère toujours d'ailleurs ^^') que la discussion entre Sayu et Saori aura quand même permis de donner une idée relativement précise du « comment ça s'est passé ». Voilà ! Donc, en espérant ne pas en avoir frustrés beaucoup, je vous souhaite une bonne semaine et vous dis : « à bientôt ! ». Ewanna.