Chapitre 25
Le solstice
21 juin
Depuis mon premier entraînement, j'ai continué de m'entraîner avec Dwalïn tous les jours mêlant la pratique à de la théorie un peu ésotérique et hétéroclite. Balance, alignement, centre de gravité, un peu de biologie. Parfois, Kíli et Fíli nous rejoignait, des fois Ori également. Généralement, Bilbo était dans les gradins, des fois seul, des fois avec un autre nain. J'ai pas l'impression d'avoir fait le moindre progrès, mais Dwalïn m'assure que si et que bientôt je pourrais me battre contre Kíli à niveau quasi-égal.
J'y crois pas une seconde, mais il cherche à m'encourager, c'est gentil.
" Charlotte ? Tu dors déjà ? " une voix demande de l'autre côté de la porte de ma chambre. Je m'étire.
" Non. " je mens sans honte en ouvrant la porte à Bilbo qui me regarde sceptiquement.
" C'était bien ton câlin avec l'oreiller ? " il me demande en levant un sourcil et entrant dans la pièce.
" Grillée. " je fais semblant de râler en me secouant les cheveux et refermant la porte de l'autre main. " Alors, c'était comment ? "
Tantôt, Thorïn et Balïn sont venus chercher le hobbit pour assister à la lecture de la carte qui nous a fait rester ici aussi longtemps. J'sais toujours pas pourquoi lui et pas les autres membres de la compagnie, mais j'ai pas osé demandé. C'est sûrement lié à Gandalf.
" Elrond a pu déchiffrer la carte. " commence Bilbo en s'asseyant sur le lit pendant que je reste debout, bras croisé autour de mon coussin. " On a une date limite. On doit y être pour le jour de Durïn.
- C'est pas le nom de la lignée de Thorïn, Fíli et Kíli ?
- Si, mais c'est aussi une fête naine. "
On a bien des saint amour dans mon monde, pas si capillotracté que ça.
" Du coup, ça nous donne combien de temps pour crapahuter par-delà le Mont Brumeux ? " je demande en tentant de me souvenir du film. Un mois à tout casser, je dirais.
" Trois mois. " annonce le hobbit. Je cligne plusieurs fois des yeux.
" Who. Tant que ça ? " c'est rigolo comme dans les films le temps passe beaucoup plus vite. En même temps, vu tous les obstacles qu'il va nous arriver, c'est pas si long que ça trois mois.
" Thorïn a dit qu'on y arrivera largement en avance. " continue d'expliquer le hobbit. Ma réaction est de sourire en me retenant de rire. Pour ne pas alerter Bilbo, je me tourne vers la fenêtre et fais semblant de vouloir aller sur le balconnet.
S'ils savaient.
" Tu sais que ce matin, on a demandé à Laureline ce que les elfes faisaient pour le solstice ? " je demande pour changer de conversation.
En effet, pendant que l'elfe me préparer à la journée, je me suis demandée pourquoi elle me faisait pas reluire comme un sous neuf. Après tout, qui dit solstice dit fête, non ? À ma surprise, oui, mais les elfes font fêter ça entre eux. Elle nous a bien proposé de la rejoindre, mais Bilbo a refusé poliment, donc j'ai suivi le mouvement. S'en est suivit une longue discussion où Bilbo a posé mille questions sur comment les elfes fêtaient ce jour. Ils fêtent ça dans la nature, de ce que j'ai compris, ça implique des danses et un banquet autour d'un feu de joie qui s'étirera toute la nuit.
" Oui ? " demande Bilbo en venant à côté de moi pour regarder par la fenêtre. La nuit est déjà tombée et on voit d'ici les elfes groupés et dansant autour d'un énorme feu.
" J'ai demandé par curiosité si les nains font quelque chose de leur côté.
- Oh. Et alors ?
- Ori m'a dit qu'il ferait rien aujourd'hui. Question de pas montrer leur culture aux autres peuples et surtout aux elfes. "
Bilbo étouffe un début de rire. " Ça m'étonne pas " me confie-t-il.
" Et les hobbits ? " ma question met des étoiles dans les yeux du hobbit
" Tu veux savoir ?
- Bah ! Évidemment ! "
Sur ces mots, il me prend le poignet et me tire hors de la chambre à toute allure.
" C'est Lithe, la fête de la renaissance et de la fertilité ! On va fêter ça ensemble ! " s'exclame-t-il pour toute explication. Je ris en le suivant de bon cœur.
Je le suis jusqu'à la cuisine où on se sert un énorme plateau de divers choses à manger : pain, fromage, saucissons et graines diverses et variés. À mon plus grand plaisir on a même trouvé des graines de courges.
On a aussi trouvé un tonneau d'hydromel. Après de longues considérations, on a décidé d'emporter deux pichets de son contenu dans notre chambre.
C'est le bordel dans celle-ci.
On s'est installé sur le balcon, tous les deux en t-shirt, culotte pour moi, pantalon pour Bilbo. On est perdu dans une mer de truc à manger. Pour un peu, on croirait deux ados perdus au milieu de paquet de chips devant un marathon télévision quelconque.
On grignote en se racontant des histoires de notre enfance. Visiblement, le fait que je jouais à incarner un cheval avec mes copines à l'école ne l'étonne pas, mais le fait mourir de rire. Il faut dire que l'alcool nous monte doucement à la tête.
" Faudra quand même que tu m'expliques : t'es méga over discret ! Comment les trolls ils t'ont trouvés ? " je demande, allongée sur le dos, les bras croisés autour de d'un pain aux graines de tournesol.
" Pfff. J'te dirais pas.
- Allez.
- Non.
- S'il te plaît !
- Non, c'est gênant.
- Tu me racontes et j'te raconte la fois où j'ai tellement eut de fièvre que j'me suis prise pour un loup-garou ! "
J'entends Bilbo grogner et gigoter.
" C'est simple. J'ai voulu prouver à Thorïn que j'étais pas un épicier et bien un cambrioleur.
- Comment ? " je m'étonne en me redressant, assise en un bond. Bilbo grimace en regardant le feu des elfes qui brûlent toujours autant dans la forêt.
" Humm … Il se pourrait que l'un des trolls avait un couteau. Et il se pourrait que je me sois dit : Oh, si je récupère les poneys et que je gagne au passage une arme, Thorïn sera bien obligé de m'apprécier. "
J'écarquille les yeux. " Tu as tenté de … voler un troll ? "
Bilbo s'empourpre et croise les bras sur son torse, pendant que je tombe en arrière en rigolant.
" Oh mon chat ! Voler un troll ! Quelle idée ! " je me marre comme une poire pendant de longues minutes.
J'ai dû vexer Bilbo puisque d'un coup il se lève en hurlant " Tu vas voir que je suis un cambrioleur ! " et disparaît de la chambre.
Soudainement, je suis totalement sobre.
" Bilbo ?! " je glapis, mais il a déjà passé la porte. Je me lève rapidement, trébuchant au passage sur le plateau maintenant vide et manque de me ramasser par terre.
Je me retrouve donc seule, comme une cruche dans le couloir. Sans savoir où est parti Bilbo.
Crotte.
Je me masse les temps pour faire partir les dernières vapeurs d'alcools qui peuvent encore me rendre idiote.
" Bilbo … ? " j'appelle doucement.
Je me mords la lèvre inférieure. J'voulais pas rire à ses dépens. Juste, l'idée de Bilbo voulant racketter un troll me fait rire.
Je frémis et me frotte les bras. Il fait froid dans le couloir.
De toute façon, je sais pas où est passé Bilbo et c'est pas en marchant par hasard que je vais le retrouver.
Je me frotte les bras et retourne à notre chambre.
Il va bien revenir, non ?
Je suis à moitié endormi dans le lit après avoir rangé grossièrement notre bazar sur le balcon quand la porte de la chambre s'entrouvre.
" Gandalf ?! " je couine quand je vois le chapeau du magicien passer la porte. Qu'est-ce qu'il vient faire dans la chambre ?
Sans prévenir, j'entends le rire de Bilbo et … en fait, c'est lui qui porte le chapeau de Gandalf.
" Bilbo ?! Que … Comment ?!
- Je l'ai fait ! " s'exclame le hobbit en me jetant le chapeau du magicien à la figure.
Je le rattrape de justesse. Le couvre-chef est si grand qu'il m'engloutit pratiquement le visage.
" Bilbo ?! " je continue de piailler, ce qui fait rire de plus belle le hobbit.
" Il a rien vu venir ! " je cligne des yeux en observant l'objet dans mes mains, avant de regarder Bilbo. Main sur les anches, son sourire m'éblouit. Il a tellement l'air fier de lui que je peux pas m'empêcher de partir en fou-rire. Ce coup-ci, avec lui.
Je m'étouffe presque.
" Oh mon chat ! T'es pas possible ! " je souffle, en me calmant, sur le dos, étalée à côté de Bilbo qui est dans le même état que moi.
" Donc ? " souffle Bilbo.
" Je m'avoue vaincue. Tu es bien un voleur et je chanterais tes louanges dès que tu voudras reparler de cet évènement. "
On se calme quelques minutes avant que Bilbo grogne " Va falloir que j'aille lui rendre et que je lui explique. "
Ce qui nous fait bien entendu repartir dans notre fou-rire.
La lune descend doucement dans le ciel. Les elfes se dispersent doucement. On est de nouveau sur le balcon, à siroter le fond de notre hydromel, le chapeau de Gandalf entre nous.
" Je t'ai jamais vraiment parlé de mes parents … " souffle doucement Bilbo. Je me redresse et le regarde.
" Est-ce que tu veux que je te raconte ? "
Je hoche la tête, curieuse. Cependant, je sais que ça fini pas bien. Il y a une raison pour laquelle ils n'habitent plus à cul-de-sac et qu'il en parle peu en dehors des excentricités de sa mère.
" Belladone Baggins, née Took était la neuvième enfant de Gérontius Took et d'Adamanta Chubb. Elle était sans cesse par monts et par vaux. Elle avait croisé des elfes ! C'est une des rares hobbites à pouvoir s'en vanter. Quand Bungo Baggins, le très respectable fils de Mungo Baggins et de Laura Grubb a commencé à s'intéresser à ma mère, ça a fait parler dans toute la Comté. Imagine, un respectable hobbit d'une très bonne famille qui s'intéresse à la plus libre des Tooks ! " J'imagine mal, en fait, mais je hoche positivement la tête quand même, pour savoir la suite de l'histoire. " Ils ont été le centre de l'attention de tous pendant toute la période où ils se sont courtisés. Heureusement, Gérontius était le vingt-sixième Thain de la Comté, ça a permit au couple d'être relativement tranquille et à l'abri des commérages les plus violent. En cadeau de mariage, mon père a construit Cul-de-sac. "
Je savais que c'était le père de Bilbo qui avait construit le smial, mais je savais pas que c'était un cadeau de mariage.
" Who. Il fait pas les choses à moitié ton père ! " je souffle, impressionné.
" Non. " rigole Bilbo en posant son verre à côté de lui. " Ils se sont mariés sitôt les travaux finis. À ce stade, au vu du sérieux de mon père, le mariage a été une grande affaire et personne n'a osé s'y opposer. Mon grand-père Gérontius disait toujours qu'on a jamais vu de plus heureuse mariée que ma mère, elle brillait aussi fort qu'un soleil d'été. "
Je souris à l'image.
" Et quelque temps après, je suis né. " pour mon plus grand bonheur. " Du plus loin que je me souvienne, j'ai souvenir que ma mère m'ai apprit mille et une chose sur les aventures. Je pense que mon père n'était pas trop pour, mais il n'a jamais rien fait pour l'empêcher d'en parler. Je crois même que je l'ai vu sourire à une occasion ou deux pendant qu'elle me racontait. Gandalf venait souvent à la maison, surtout pour faire de magnifique feu d'artifice pour le vieux Took. " son grand-père si j'ai bien suivi.
Doucement, la conversation coule dans le temps. La vie de ses parents a été heureuse et si Bilbo l'était aussi au début de son histoire, il pleure maintenant en silence. Je me déplace doucement pour poser ma tête contre son épaule, en soutien silencieux.
" Tu sais ce qu'est le Rude Hiver ?
- Non …
- Ce fut un hiver si rude, que le Brandevin a gelé. " je retiens quelques instants ma respiration. Les hivers capables de geler cette rivière ont dû être terribles.
" Il faisait si froid que la plupart des hobbits se sont regroupés par famille pour mettre en commun nos ressources. Ma famille s'était réfugiée dans le grand smial du Thain. La rivière était tellement gelée que les loups ont envahi la Comté. " Bilbo me serre contre lui. Je l'enserre alors de mes bras. " C'est là que … " sa voix déraille.
" Viens, on va se mettre au chaud. " je propose. " J'ai froid. " je dévie mon but premier qui est de le réconforter.
Il me suit docilement et on se glisse sous les draps, je reviens me lover contre lui. Mon excuse a donné le temps à Bilbo de se calmer un peu. Il respire de nouveau normalement.
" C'est en défendant des enfants que mon père est mort. On a perdu beaucoup de membres de notre famille cet hiver. "
J'essuie maladroitement une de mes larmes qui coulent sur ma joue.
" C'est Gandalf et les coureurs qui nous ont sauvé en nous aidant à tuer les loups et en nous apportant de la nourriture. Ma mère est morte également cet hiver, même si elle nous a effectivement quitté que huit ans plus tard. À ma majorité. " finis rapidement Bilbo avant de plonger sa tête dans le creux de mon cou. Je le serre plus fort contre moi, la gorge nouée.
" Je suis désolé. J'voulais pas que ça finisse en larme.
- T'excuses pas. Si tu me l'as raconté, c'est que t'avais besoin d'extérioriser. "
