Bonjour,
Voici le 26ème chapitre. J'espère qu'il vous plaira.
Merci encore et toujours de m'être fidèles.
Bonne lecture et à jeudi
Sydney8201
Musique du chapitre :
Born to run de Bruce Springsteen
Chapitre 26 : Départ
« La peur tient à l'imagination, la lâcheté au caractère »
Joseph Joubert
Dean n'avait pas peur de grand chose. Comme tout un chacun, il était évidemment terrifié à l'idée de perdre ses proches. Les gens qu'il aimait. C'était une peur commune dont il n'avait pas honte. Il avait également peur de replonger dans ses anciennes habitudes et de céder un jour à ses pulsions. Il avait peur de boire à nouveau. Il supposait que c'était également commun à tous ceux qui avaient un jour été accroc à quelque chose.
Mais, contrairement à beaucoup, il n'avait pas vraiment d'autres phobies. Il ne craignait pas les insectes. Il ne redoutait pas la mort ou la maladie. Il pouvait marcher dans des rues désertes en pleine nuit sans avoir peur d'être agressé. Il ne craignait rien ni personne. Et cela l'aidait à se sentir fort.
Il ne savait pas si c'était du à la façon dont il avait grandi ou s'il avait la chance d'être suffisamment courageux pour ne pas se laisser impressionner facilement. Il avait toujours voulu se montrer fort pour Sam. C'était sans doute pour cela qu'il refusait de se laisser dominer par la peur.
Non, Dean Winchester n'avait pas vraiment de phobies paralysantes comme il entendait certains en parler. Il vivait sa vie sans se sentir terrifié par des choses insignifiantes.
Rien ne lui faisait peur. Rien sauf l'avion.
Il estimait toutefois que cette peur était justifiée. Il ne la considérait pas vraiment comme une phobie d'ailleurs. Il était logique d'avoir peur d'un moyen de transport sur lequel on ne pouvait avoir aucun contrôle. Logique d'être terrifié à l'idée de monter dans un tube métallique géant qui était sensé voler alors même qu'il était bien trop lourd pour planer.
Il se fichait de ce qu'il pouvait lire et entendre sur les avions. Il savait bien qu'il n'y avait que très peu d'accidents et que la voiture tuait plus de gens tous les jours. Il s'en contrefichait parce qu'il se savait un bon conducteur. Il n'était pas sûr de pouvoir en dire autant des hommes et femmes qui pilotaient les avions.
De surcroît, il ne parvenait pas à comprendre comment un engin aussi énorme et aussi lourd pouvait voler dans les airs simplement parce qu'il allait suffisamment vite.
Cela allait à l'encontre de la physique comme des hommes plus intelligents que lui l'avaient démontrés par le passé. Comme Isaac Newton l'avait compris. Un objet était forcément entraîné par son poids et finissait par chuter. Il suffisait de jeter une pierre en l'air pour comprendre qu'elle ne volerait jamais.
Et il n'était pas stupide. Il voyait des avions dans le ciel tous les jours. Il savait bien que sa théorie n'était pas viable. Mais c'était plus fort que lui. Il refusait catégoriquement d'entrer dans un avion. Pour lui, ils n'étaient rien de plus que des tubes métalliques en sursis.
Ce n'était pas réellement un handicap puisqu'il n'avait pas vraiment envie de voyager. Il se rendait uniquement là où sa voiture pouvait le conduire. Il était tout à fait heureux ainsi. Il ne verrait jamais l'Europe. Ou un autre continent de l'autre côté d'un océan. Il y avait suffisamment à faire aux États Unis pour l'occuper.
Bien sûr, cela réduisait le nombre de visites qu'il rendait à Sam. Il était compliqué de traverser tout le pays en voiture juste pour quelques jours en Californie. Son frère le lui avait souvent reproché. Mais puisque Sam ne craignait pas l'avion, c'était lui qui prenait le risque. Et tant pis si Dean n'avait jamais vu l'endroit où il vivait ou rencontré ses amis. Il ne prendrait pas l'avion pour si peu. C'était hors de question.
Beaucoup ne comprenaient pas comment il pouvait laisser cette peur gouverner sa vie et l'empêcher de faire ce dont il avait envie. Il leur répondait généralement qu'il était certainement plus logique de redouter l'avion – qui faisait tout de même des centaines de morts chaque année - plutôt que d'avoir peur d'une araignée quand il n'en existait aucune espèce mortelle dans leur pays. Il ne changerait pas d'avis.
Bien sûr, c'était sans compter sur Castiel. Dean aurait du savoir que son ami finirait par lui lancer ce type de défi après lui avoir demandé des choses faciles jusque là. Ça partait d'une bonne intention. Ce n'était pas tant pour le forcer à vaincre sa peur. Castiel voulait le pousser à aller voir Sam après leur réconciliation. Il voulait les voir arranger les choses pour de bon. Et il n'avait sans doute pas tort. Il serait préférable de le faire face à face. Mais Dean refusait de prendre l'avion. Il pouvait parfaitement attendre que Sam vienne le trouver. Il n'avait plus que quelques semaines à attendre.
Castiel ne semblait toutefois pas de cet avis. Et peu importait ce que Dean lui répétait. Il continuait d'insister.
Tout avait commencé quand Castiel s'était présenté à son appartement sans l'avoir prévenu à l'avance. Dean avait été surpris mais ravi de le voir là. La soirée qu'ils avaient passée ensemble quelques jours plus tôt avait été géniale. Peu importait qu'elle ait été courte. Dean s'était beaucoup amusé. Et il avait adoré voir Castiel prendre ainsi les choses en mains.
Bien sûr, le baiser était resté gravé dans l'esprit de Dean depuis. Il n'avait pas cessé de penser à la façon dont son ami avait dansé contre lui. Les érections qu'ils n'avaient pas pu ignorer. Ils n'étaient pas allés plus loin. Mais ils en étaient conscients tous les deux. Ils en avaient envie.
Dean avait ressenti le besoin de relâcher un peu de pression en rentrant chez lui. Il aurait pu trouver quelqu'un pour le faire. Mais il aurait eu la sensation de trahir Castiel en le faisant. Il avait donc eu recours à sa main droite et à un énorme vibromasseur qu'il avait acheté quelques années plus tôt. L'orgasme avait été satisfaisant. Même s'il s'était senti coupable ensuite.
Castiel n'avait pas abordé le sujet en venant le voir. Dean avait tout de suite senti qu'il était nerveux. Il avait tout d'abord pensé que c'était du à leur baiser. Mais son ami lui avait ensuite expliqué son projet et le jeune homme avait compris que son angoisse n'avait rien à voir avec cette soirée.
Il avait présenté cela comme un nouveau défi. Il lui avait montré les billets qu'il avait achetés au préalable. Il y en avait deux. Un pour lui et un pour Castiel. Il lui avait ensuite expliqué qu'il était temps pour lui de vaincre cette peur pour aller voir son frère. Pour lui faire une surprise. Dean avait immédiatement refusé. Castiel avait continué à argumenter. Il avait même rappelé que leur contrat impliquait qu'il n'avait pas le droit à un joker. Dean avait aussitôt souligné qu'il leur était possible de refuser quelque chose s'ils étaient réellement mal à l'aise.
- C'est pour ça qu'on a noté un mot de sécurité sur notre contrat, lança t-il en continuant de faire les cents pas devant Castiel.
Son ami était installé sur le canapé, les billets d'avion à la main. Il ne semblait pas prêt à renoncer à son projet et Dean commençait à paniquer. Il savait bien que Castiel allait insister jusqu'à le faire craquer. Du moins, c'était ce qu'il avait en tête. Et Dean n'aimait pas l'idée de renoncer à un défi lancé par son ami. Il savait combien Castiel avait du prendre sur lui pour faire ce qu'il lui demandait. Il ne se sentait toutefois pas capable de surmonter cette peur. Et tant pis si cela faisait de lui quelqu'un de lâche. Il n'aurait jamais demandé à Castiel d'affronter une de ses phobies.
- Sans doute oui mais je ne t'ai pas entendu le prononcer jusque là … ce qui signifie que je peux continuer à argumenter en espérant que tu entendras enfin raison.
- Cas, souffla alors Dean en s'immobilisant.
Il lui jeta un coup d'œil avant de soupirer longuement.
- Dean, je sais que tu as peur et crois moi … loin de moi l'idée de te juger sur ce point. Demande moi de me confronter à un clown et je serais sans doute totalement terrifié mais je veux que tu réfléchisses à tout ça et que tu penses un peu à ton frère. Je suis sûr qu'il serait content de te voir.
C'était un coup bas. Évoquer Sam n'était pas juste de la part de Castiel. Dean se souvenait d'ailleurs parfaitement d'avoir spécifié dans le contrat qu'il refusait que sa famille soit mêlée de près ou de loin à leur histoire. Et même si Castiel était de toute évidence bien intentionné, ça ne changeait rien au fait que Dean s'estimait en droit de refuser.
- Je t'avais prévenu Cas … je refuse qu'un de tes défis implique ma famille. C'était une de mes limites. Je n'en avais pas beaucoup. Et désolé de te le dire, mais tu viens de la franchir.
Castiel soupira à son tour, visiblement agacé. Dean dut alors se retenir de s'emporter. Il n'était pas réellement en colère contre son ami. Mais il était terrifié et cela le poussait généralement à se montrer agressif.
- Le problème Dean, c'est que ce n'est pas pour ça que tu me dis non. Ça n'a rien à voir avec ton frère. Ce qui te pousse à refuser, c'est ta peur de l'avion. Et une nouvelle fois, tu n'as pas prononcé ton mot de sécurité. Alors désolé mais je vais continuer à insister et je vais …
- Impala, murmura alors Dean sans réellement s'en rendre compte.
Il n'avait jamais pensé prononcer le mot avec Castiel. Il avait mis cela en place principalement pour rassurer son ami. Il était convaincu que Castiel finirait par vouloir mettre un holà à ce qu'il lui demanderait. Il voulait le voir accepter de signer. Il lui avait donc offert une porte de sortie. Mais il n'avait jamais imaginé être celui qui en aurait besoin.
- Impala, répéta t-il alors d'une voix plus forte.
Castiel fronça les sourcils en le dévisageant. Dean savait qu'il devait être déçu. Mais il devait comprendre que la simple idée de prendre l'avion l'angoissait au point d'avoir recours à son mot de sécurité.
- Dean, tu ne le penses pas, protesta finalement son ami.
Dean devait reconnaître qu'il devait paraître stupide d'utiliser ce mot pour quelque chose d'aussi peu grave. Mais c'était plus fort que lui.
- Impala, répéta t-il une troisième fois.
- Ok, il devait vraiment avoir l'air d'un idiot. Mais il s'en contrefichait totalement. A cet instant précis, il ne pouvait pas se montrer raisonnable. La peur avait pris le dessus.
- Ok, Dean, ok. Il est évident que tu es angoissé. Mais donne moi une bonne raison de refuser avant de te montrer aussi catégorique.
Castiel était raisonnable et bien trop calme aux goûts du jeune homme. Cela avait le don de le mettre hors de lui. Il était furieux et déterminé à faire comprendre à son ami qu'il n'avait pas agi sur un coup de tête. Même si c'était probablement le cas.
- Je ne veux pas mourir, déclara t-il en recommençant à marcher.
Il entendit Castiel ricaner et il serra les poings.
- Tu ne vas pas mourir, contra t-il aussitôt.
Dean s'immobilisa à nouveau mais ne fit pas face à son ami. Il aurait aimé avoir des statistiques sous les yeux pour prouver à Castiel qu'il était possible de mourir dans un accident d'avion. Que personne ne pouvait lui jurer que ce ne serait pas le cas la seule fois où il le prendrait. Mais il n'avait pas de chiffres sous les yeux.
- Les avions se crashent … et personne ne survit jamais. Je pourrais mourir et je n'en ai pas envie.
- Tu pourrais mourir en traversant la rue demain ou en avalant quelque chose de travers. Dean, l'avion est …
- Si tu me dis que l'avion est le moyen de transport le plus sûr au monde, je te jure que je te tue.
Il se tourna ensuite vers Castiel pour s'assurer qu'il n'avait pas l'intention de continuer à parler. Son ami semblait avoir compris qu'il était sérieux. Il n'insista pas.
- Ce n'est pas … ok, ce n'est pas normal. Un avion ne peut pas voler … ce n'est pas logique et scientifiquement, ce n'est pas … je veux dire. C'est un tube de métal Cas. Un énorme tube de métal sur lequel je n'ai aucun contrôle. Je peux regarder en traversant la rue ou mâcher soigneusement avant d'avaler. Ça, je le maîtrise. Mais je ne sais pas piloter un avion.
Il avait déjà servi cette explication à de multiples reprises. A Sam, Jess, Benny et Jesse. Cela ne suffisait généralement pas à les convaincre. Mais personne n'avait jamais autant insisté que Castiel.
- Dean, il y a des milliers d'avions dans le ciel tous les jours. Et très peu d'accidents.
- Oui mais il suffit d'être dans le mauvais.
Castiel hocha alors la tête. Dean eut l'espoir pendant une seconde de le voir renoncer.
- Bien sûr mais en réfléchissant ainsi tu ne feras plus jamais rien. Cette logique peut s'appliquer à tout ce que tu fais dans la vie de tous les jours. Et je comprends … je comprends qu'il est difficile de surmonter ses peurs. Je suis comme tout le monde. Il y a des choses qui me terrifient aussi.
Sauf que ses peurs étaient totalement irrationnelles. Il ne pouvait pas l'ignorer. Il était idiot d'avoir peur des aiguilles ou des clowns. Personne ne mourrait d'une prise de sang. Et aucun clown tueur n'avait sévi dans l'histoire. Mais des gens mourraient dans des crashs d'avion.
- Oui mais ma peur est justifiée. Les tiennes sont … elles sont irrationnelles. Personne n'a jamais été tué par un clown …
- Je n'ai jamais dit que mes peurs étaient justifiées. Mais je suis désolé de te le dire … la tienne ne l'est pas plus.
Dean savait qu'il ne réussirait pas à convaincre son ami qu'il avait raison. Que la logique voulait qu'on ne monte jamais dans un avion. Il choisit donc de se montrer clair à nouveau.
- Impala.
Il se remit ensuite à marcher. Il entendit Castiel soupirer une énième fois. Mais le jeune homme ne changerait pas d'avis.
- Ok d'accord, tu as peur et il est évident que tu n'as pas envie de passer outre mais … pense un peu à ton frère Dean. Tu ne crois pas qu'il serait ravi de te voir. De voir que tu as fait un effort pour lui.
Dean aurait aimé pouvoir boire un peu d'alcool à ce moment précis. Il sentait l'angoisse et la culpabilité le dévorer doucement de l'intérieur. Il avait honte de renoncer à voir son petit frère simplement parce qu'il avait peur. Et Castiel le savait. Il comptait jouer là dessus pour le convaincre de surmonter sa peur. Une nouvelle fois, c'était un coup bas.
Le jeune homme attrapa finalement son paquet de cigarettes sur le meuble de la télé et en alluma une aussitôt. Il ne pouvait pas boire mais il avait encore le droit de fumer. La nicotine allait peut être l'aider.
- Bien sûr qu'il serait content et … oui, j'ai envie de le voir. Mais il sera bientôt là … il compte venir pour Thanksgiving. Ce n'est pas loin et honnêtement, je pourrais peut être … je pourrais envisager de faire différemment s'il n'était pas prévu qu'il vienne mais c'est … c'est inutile.
Il ne mentait pas sur ce point. Il aurait réellement pu tenter d'écouter les arguments de Castiel si Sam n'avait pas déjà prévu de venir le voir. Mais ce n'était pas le cas. Il ne voyait pas l'intérêt de prendre des risques alors que son frère serait bientôt là.
- Dean, est ce que je peux te poser une question ?
Le jeune homme hocha la tête sans attendre. Il ne voyait pas bien pourquoi son ami lui demandait ainsi la permission mais il ne lui posa pas la question. A vrai dire, il était curieux de savoir ce que Castiel avait en tête.
- Tu sembles penser … et loin de moi l'idée de te dire que c'est stupide mais … tu sembles penser que prendre l'avion est dangereux … que ce n'est pas naturel et logique et que c'est mettre ta vie en danger. C'est bien ça ?
Évidemment que c'était ça. Castiel ne pouvait pas ne pas l'avoir compris après tout ce qu'il lui avait dit. Il ne comprenait pas bien ce que son ami cherchait à lui dire en insistant ainsi. Mais une nouvelle fois, il était curieux de le savoir. Il hocha donc à nouveau la tête avant de lui faire signe de continuer de la main.
- Et même si je ne partage pas ton envie ou ta peur, je peux comprendre que tu considères l'avion comme quelque chose de dangereux. Ce que je ne comprends pas en revanche pas, c'est que tu acceptes de voir ton frère le prendre pour venir te voir tout en continuant de refuser de le faire toi. Si tu considères l'avion comme un risque alors … pourquoi laisser ton frère le prendre. Tu n'as pas peur pour lui ?
Castiel était intelligent. Il était extrêmement rusé et visiblement, il était prêt à tout pour obtenir ce qu'il voulait. Dean devait reconnaître que ce qu'il venait de dire avait du sens. C'était même d'une logique implacable. Il était surpris de ne jamais y avoir pensé avant. Il ouvrit la bouche pour protester, plus par réflexe qu'autre chose avant de froncer les sourcils et détourner le regard. Il ne voyait pas quoi dire. Les arguments de Castiel avaient du sens et il ne savait pas vraiment comment les contrer cette fois.
- Et franchement, je pense sincèrement que c'est une bonne chose parce que … sans ça, tu ne le verrais jamais mais … je suis curieux de savoir comment tu perçois les choses.
- Même si j'interdisais à Sam de prendre l'avion, il le ferait quand même. Alors, je ne perds pas de temps à le faire et je … je me contente d'avoir peur pour lui jusqu'à ce que je sois sûr qu'il est arrivé sain et sauf.
Castiel hocha alors la tête en faisant mine de comprendre et d'accepter ce que Dean lui disait. Il jouait un jeu. Il avait probablement un plan préétabli en tête. Le jeune homme devait reconnaître qu'il était surpris de voir avec quelle facilité son ami se jouait de lui. A quel point il était prêt à tout – même à utiliser Sam contre lui – pour obtenir ce qu'il voulait. Dean savait qu'il était en partie responsable. C'était lui qui avait poussé son ami à prendre des initiatives et à suivre son instinct. Il avait créé un monstre et il n'avait pas d'autre choix que de composer avec à présent.
- Je sais ce que tu essaies de faire Cas et je préfère te prévenir tout de suite … ça ne fonctionnera pas. Je ne te laisserais pas utiliser mon frère contre moi.
- Je ne tente rien Dean, assura alors Castiel en souriant.
Dean finit par laisser échapper un long sourire. Il s'approcha ensuite de son fauteuil et se laissa tomber dessus lourdement. Presque aussitôt, Kansas vint se blottir dans ses jambes. Dean posa sa main sur le sommet de son crâne et commença à le caresser entre les oreilles.
- Je suis juste curieux c'est tout. Et déçu aussi sans doute. Je t'avoue que j'étais excité à l'idée de rencontrer ton frère et d'aller en Californie. Je n'ai jamais réellement voyagé tu sais. Et ça aurait pu être sympa.
- Cas, le coupa Dean parce qu'il se sentait coupable.
Et c'était sans doute ce que son ami cherchait. Mais il ne devait surtout pas se laisser faire. C'était trop simple. Castiel était totalement prévisible et Dean devait être plus intelligent que lui.
- Non, je comprends Dean. J'ai eu tort de te proposer ça … même si je ne savais pas que tu avais peur de l'avion avant de le faire. Mais, je n'insisterais pas. Tu as mis en place des limites dans notre contrat et je dois les respecter. Peu importe que je n'ai, de mon côté, jamais utilisé mon joker pour refuser de faire ce que tu me demandais … même quand tu m'as proposé de taguer les murs de la maison de mon patron. Peu importe que je sois allé au delà de mes limites parce que c'était le but de cette année ensemble. Tu as tes limites et je les respecte.
Dean voyait clair dans le jeu de Castiel. Il savait très bien ce que son ami cherchait à faire. Il tentait de le faire accepter en laissant sous entendre qu'il était moins courageux que lui. Moins déterminé. Il n'ignorait pas ce que son ami faisait. Et pourtant, cela fonctionnait à merveille. Car il avait honte à présent. Honte de ne pas être capable de passer outre cette stupide phobie qui le paralysait. Il aurait aimé que le discours de Castiel soit sans effet. Malheureusement pour lui, il avait mis droit dans le mille.
- Je sais ce que tu penses à cet instant précis … que je suis lâche. Que quelqu'un qui n'est pas capable d'affronter ses peurs n'est pas quelqu'un de courageux. Et sans doute que c'est vrai … mais je n'ai jamais prétendu être courageux.
Castiel l'observa une seconde avant de croiser ses bras sur son torse. Il se laissa ensuite tomber en arrière jusqu'à être totalement avachi sur le canapé. Dean pouvait sentir son cœur battre dans ses tempes et de la sueur couler de sa nuque à son dos. Il ne supportait pas l'idée de passer pour un lâche aux yeux de son ami. Mais il ne parvenait pas à se convaincre qu'accepter de relever son défi était un bon moyen de prouver son courage. Il ne pouvait pas penser à quoi que ce soit d'autre qu'à la peur qu'il ressentait en s'imaginant dans un avion.
- Je ne dirais pas que tu es lâche. Mais sans doute que tu as agi de façon un peu égoïste.
Castiel était définitivement doué pour manier les mots. Il avait sciemment choisi de ne pas dire que Dean était égoïste. Il avait opté pour une accusation différente. Sous entendre que le jeune homme « était » égoïste, que cela faisait parti de son caractère, ne lui laissa pas vraiment de marge de manœuvre. C'était une affirmation définitive. On ne pouvait pas changer qui on était et cela rendait inutile d'accepter de venir. Lui dire, en revanche, qu'il agissait comme un égoïste, lui offrait l'opportunité de réparer son erreur. De faire différemment. Et Dean avait envie de lui donner raison. Envie d'accepter juste pour ne pas agir ainsi.
- Comment ça égoïste ? Demanda t-il finalement.
Kansas était toujours appuyé contre sa jambe. Dean glissa sa main dans son cou pour le caresser. Il trouvait du réconfort dans la présence de son chien à côté de lui.
- Et bien tu penses avant tout à ta propre peur et à ton confort avant d'envisager le bonheur de ton frère. Je sais que tu ne le fais pas sciemment car il est évident que tu as toujours tout fait pour le rendre heureux mais … désolé de te le dire … cette fois, tu fais le mauvais choix.
Dean prit quelques secondes pour imaginer la surprise et la joie de son frère s'il venait le voir en Californie. Il le lui avait souvent demandé mais la route était trop longue. Dean ne pouvait pas s'absenter aussi longtemps. Il avait envie de voir le monde dans lequel son frère évoluait. Envie de voir son appartement et son école. Envie aussi de rencontrer ses amis et de s'assurer qu'ils ne tentaient pas de profiter de lui. Sam serait sans doute fier de pouvoir lui montrer toutes ces choses.
- Tu te souviens des limites que tu as posé toi ? Demanda t-il alors en gardant les yeux rivés sur Castiel.
Il vit son ami réfléchir une seconde avant d'hocher lentement la tête.
- Comment réagirais si je te demandais de les franchir ? Si je te proposais de te faire tatouer et t'accusais ensuite d'être égoïste en ne le faisant pas ?
C'était un peu injuste comme remarque. Dean en était parfaitement conscient. Il n'avait jamais inclus l'avion dans la liste de ses limites. Il n'avait pas parlé à Castiel de sa phobie. Son ami ne pouvait pas deviner que cela lui poserait problème. Ce n'était pas le fait qu'il lui fasse une telle proposition. Plutôt le fait qu'il insiste lourdement pour le voir accepter. Il voulait que Castiel se mette à sa place une seconde et qu'il comprenne enfin ce qu'il ressentait. Il avait la sensation d'être dos au mur. Acculé dans un coin par une personne en qui il pensait pouvoir avoir confiance. C'était sans doute exagéré mais c'était ainsi.
- Je ne vois pas en quoi ce serait égoïste de refuser de me faire tatouer quoi que ce soit … je veux dire … cela n'apporterait rien à qui que ce soit alors … je ne décevrais personne en refusant. Je suppose donc que je dirais « non ». Et même si tu insistais. De surcroît, tu n'as jamais précisé que l'avion faisait parti de tes limites.
Castiel était trop rationnel et trop préparé pour être pris ainsi en défaut. Cela énervait Dean au plus haut point. Il ne trouvait pas les bons mots pour faire comprendre à son ami. Il ne savait pas comment procéder pour qu'il prenne enfin conscience de l'énormité de ce qu'il lui demandait.
- Ok alors disons … disons que je serais vraiment très très déçu si tu refusais que je m'exerce sur toi … que je fasse de toi mon nouveau modèle pour les dessins que j'ai réalisés récemment … disons que cela me rendrait extrêmement heureux si tu me laissais t'utiliser comme un toile vierge et que je te suppliais d'accepter … est ce que tu oublierais ce que tu m'as demandé quand on a établi notre contrat ? Est ce que tu te sentirais égoïste de refuser ?
Castiel se mordilla la lèvre inférieure une seconde avant de laisser échapper un long soupire. La situation était totalement hypothétique et cela ne coûtait rien à Castiel de mentir. Il ne serait probablement pas confronté à une telle demande de la part de son ami. Mais il semblait déterminé à se montrer honnête. Cela accentuait plus encore la culpabilité que Dean ressentait. Il l'ignora pour le moment.
- Je pense que j'y réfléchirais à deux fois … je te poserais des questions … m'assurerais que tu ne dis pas ça uniquement pour me forcer à aller au delà de mes limites et si … si tu étais sincère, alors je dirais probablement oui. Parce que je veux te faire plaisir et parce que parfois, il faut savoir faire des compromis.
Dean détourna alors les yeux. Il fut surpris de voir qu'il avait toujours sa cigarette entre ses doigts. Elle s'était entièrement consumée sans qu'il la fume réellement. La cendre était tombée au sol. Il déposa le mégot dans le cendrier sur la table.
- Tu es bien trop gentil si tu veux mon avis. Ça te jouera des tours un jour ou l'autre. Les gens finiront par s'en servir contre toi, déclara t-il.
- Oui mais pas toi, répliqua Castiel aussitôt.
- Non pas moi, assura Dean.
Il soupira à son tour puis se leva de son fauteuil. Il prit ensuite la direction de la cuisine. Kansas était sur ses talons. Dean ramassa sa gamelle et la remplit de croquettes. Son chien se jeta dessus dès qu'il l'eut reposé sur le sol. Dans son dos, le jeune homme entendit Castiel approcher. La discussion n'était donc pas terminée.
- Dean, écoute … je ne veux pas te mettre mal à l'aise et je sais que c'est probablement le cas mais … je pense réellement que ce voyage pourrait te faire du bien.
- Comment ça ? Demanda le jeune homme en attrapant deux verres dans le placard au dessus de sa tête.
Il connaissait déjà la réponse. Mais il avait besoin de l'entendre de la bouche de son ami. Il aurait déjà du mettre un terme à cette conversation. Il aurait du demander à Castiel de partir. Mais il avait la sensation qu'en l'écoutant encore durant un moment, il finirait par changer d'avis. Il ne savait même pas quand ce changement s'était opéré en lui. Quelques minutes plus tôt, il était sûr qu'il ne dirait jamais « oui ». A présent, il en doutait.
- Je sais que Sam et toi avez discuté et que les choses se sont sensiblement arrangées mais je suis également sûr que ton frère a besoin de te voir autrement qu'à travers un écran d'ordinateur pour être définitivement rassuré. Et puis cela te permettrait de changer un peu d'air. De sortir de cette routine et de t'échapper pour quelques jours. Après ta quasi rechute, je pense que ce serait une bonne chose. Mais si tu penses que je me trompe … si tu crois que je fais fausse route et que tout ceci est inutile, tu n'as qu'à me le dire une bonne fois pour toute et j'arrêterais de t'ennuyer.
Dean prit la bouteille de soda dans le frigo et remplit les deux verres sur le comptoir. Une nouvelle fois, il regretta de ne pas avoir d'alcool chez lui. Cette envie soudaine de boire jusqu'à oublier tout le reste était sans doute une preuve de plus que Castiel avait raison. Changer d'environnement l'aiderait probablement à se changer aussi les idées. Il se tourna finalement et fit face à son ami.
- Et tu viendrais avec moi ?
Castiel hocha la tête sans hésiter.
- Pourquoi ?
Dean voulait la vraie raison de l'envie de son ami de l'accompagner. Il ne voulait pas l'entendre lui fournir une excuse de plus. Il savait que si Castiel se montrait honnête maintenant, il lui dirait « oui ». Il refusait de le décevoir.
- Parce que j'en ai besoin moi aussi. Parce que j'étouffe ici … dans cette ville … dans ce travail. J'étouffe et même si les choses s'améliorent grâce à toi, je continue à avoir besoin de … de changement. J'ai besoin que quelque chose se passe et je ne sais même pas quoi.
- Cas, souffla alors Dean en déposant son verre devant lui.
Il savait bien que son ami n'allait pas bien. Mieux sans doute mais pas encore « bien ». Il avait toutefois été suffisamment stupide pour l'oublier. Il avait vu Castiel sourire et l'avait entendu rire ces derniers jours. Il avait bêtement pensé que c'était suffisant. Mais il était évident à présent que son ami n'était pas guéri. Et il faisait du surplace à présent. Il était temps pour lui de faire un nouveau pas en avant. Pour cela, il avait besoin de quitter cette ville où tous ses mauvais souvenirs continuaient de le hanter. Ou il ne parvenait pas à échapper à son ancienne vie.
- Non Dean, ce n'est pas … je ne veux surtout pas que tu penses que j'essaie de te faire du chantage parce que ce n'est pas le cas. Je suis juste … je suis fatigué de voir toujours les mêmes personnes … de répéter sans cesse les mêmes gestes. Et je sais que cette ville a des centaines de choses nouvelles à m'offrir. Je n'arrive juste pas à m'en contenter. Parce qu'elle reste la ville où j'ai voulu me tuer. Celle où je me suis laissé happer par le trou béant à l'intérieur de moi. Je veux voir autre chose. Je pourrais le faire seul … je le ferais seul si tu refuses. Mais je préférerais nettement que tu viennes avec moi. Je veux que tu sois là quand je trouverais enfin ce que je cherche.
Dean ne pouvait plus dire « non » à présent. Peu importait en fin de compte la raison qui le poussait réellement à accepter. Que ce soit pour Sam, pour lui, pour se prouver qu'il était capable de surmonter ses peurs ou pour aider Castiel. Ça n'avait aucune importance. Car il allait dire « oui ». Il allait suivre son ami là où il avait besoin d'aller.
- Ok Cas, ok, déclara t-il alors.
Il fut surpris de voir que le rythme de son cœur s'était calmé. Qu'il respirait facilement. Il aurait cru qu'accepter de prendre l'avion avec son ami – même pour une bonne raison – le ferait paniquer. Il était toutefois totalement calme. Il était apaisé. Il avait pris la bonne décision.
- Dean, tu es sûr ?
Les rôles étaient inversés à présent. Bizarrement, Castiel ne semblait plus du tout sûr de lui maintenant qu'il avait obtenu ce qu'il était venu chercher. C'était peut être du à sa confession. A ce qu'il avait avoué ressentir. Ou au fait que tout ce qu'il avait dit ressemblait fortement à une déclaration. Pas celle que l'on faisait à un ami. Non. Mais si Castiel voulait l'ignorer, Dean le ferait également.
- Non, je ne suis pas sûr ou plutôt si je le suis. Je sais que c'est le bonne décision. Mais je sais également que je serais mort de trouille au moment où je monterais dans l'avion.
- Je te tiendrais la main s'il le faut, lança alors Castiel en souriant.
- Ce serait tellement plus simple si je pouvais être totalement bourré au moment de le faire, répliqua t-il.
Il vit le visage de Castiel se tendre aussitôt.
- Dean …
- Je plaisante Cas. Je te jure que je plaisante. Peut être un joint pour me détendre mais rien de plus. Je te le promets.
Castiel semblait encore marqué par ce qui s'était passé le soir où Dean avait manqué de replonger. Le jeune homme ne pouvait pas lui en vouloir. Il continuait à y penser lui aussi.
- Et tu sais … parce que tu as eu le courage de surmonter une de tes peurs, je pourrais envisager de surmonter l'une des miennes. Pas les clowns parce qu'ils sont réellement trop terrifiants mais … peut être les aiguilles.
Dean fronça les sourcils, surpris par ce qu'il entendait. Castiel était en train de sous entendre qu'il envisagerait peut être de se faire tatouer pour remercier Dean de l'effort qu'il venait de fournir. Et l'idée lui plaisait beaucoup. Elle lui plaisait plus qu'elle n'aurait du. Il supposait que c'était parce qu'il serait le premier. Et que n'importe quel autre tatoueur aurait été excité à sa place.
- On en reparlera à ce moment là je suppose … après notre retour. Et tu devrais bien y réfléchir. Car ce n'est pas une proposition qu'on peut faire à la légère. N'importe quel autre tatoueur à ma place serait ravi de travailler sur une toile blanche.
Castiel ricana une seconde et Dean choisit de continuer à plaisanter pour lui arracher un nouveau sourire.
- C'est comme prendre la virginité de quelqu'un … c'est toujours excitant non ?
Castiel sourit comme il s'y était attendu et Dean en fit de même. Il ne pouvait s'empêcher de trouver son ami adorable. Surtout quand il rougissait de la sorte.
- Je vais y réfléchir, finit par assurer Castiel.
Il but ensuite une gorgée de son soda avant de reposer son verre. Dean se contenta de faire tourner son verre entre ses mains. Il n'avait pas vraiment soif. Il s'était surtout servi pour gagner un peu de temps.
- Et tu sais, si le tatouage n'est pas quelque chose qui te tente, tu pourrais opter pour un piercing. C'est moins permanent et on peut toujours s'en débarrasser si on n'est pas satisfait.
Castiel ne dit rien et Dean choisit de ne pas insister. Ils reviendraient sur le sujet si toutefois Castiel choisissait de se lancer. Pour le moment, il était inutile d'en débattre. Il était évident que cela mettait son ami mal à l'aise.
- En tout cas, tu pourras te vanter d'être le premier à avoir réussi à me convaincre de prendre l'avion. Tu n'es pas le premier à essayer. Sam et Jesse ont tenté leur chance. Ils n'ont pas réussi de toute évidence. Ils vont être jaloux. Sam surtout je pense. Il va d'ailleurs se faire des idées.
Il pouvait déjà imaginer son frère sous entendant que l'accord de Dean était motivé par les sentiments qu'il avait pour Castiel. Il n'aurait sans doute pas entièrement tort. Le jeune homme n'ignorait pas qu'il ressentait quelque chose de fort pour son ami. Il espérait toutefois que son frère n'insisterait pas trop lourdement sur ce point. Il ne voulait pas qu'il mette Castiel mal à l'aise en sous entendant ce type de choses.
- Tu crois qu'il pourrait penser que nous sommes … que nous sommes en couple ?
- Oh je crois qu'il le pense déjà. Ce n'est pas méchant et … il veut me voir heureux c'est tout. Je crois qu'il serait prêt à me mettre en couple avec n'importe qui juste pour être sûr que je ne suis pas seul. Il est comme ça. Parce qu'il est heureux avec Jess, il pense que c'est la réponse à tout.
Castiel avait toujours les joues rouges. Dean savait que cette idée le mettait mal à l'aise. Mais il devait absolument l'avertir avant qu'ils ne soient confrontés à Sam et ses insinuations douteuses. Connaissant Jess, elle allait certainement agir de la même manière. Ce serait l'enfer. Mais Dean les aimait tous les deux comme un fou.
- Mais tu lui as dit que … tu lui as dit qu'on n'était pas en couple n'est ce pas ?
- Je lui ai dit mais je sais qu'il ne m'a pas cru. Je suppose qu'on devra le lui dire encore. Et sa petite amie n'est pas différente. Elle nous posera probablement des questions.
Castiel avait les yeux rivés sur son verre et semblait réellement inquiet. Dean posa une main sur son avant bras sans réellement y penser.
- Tu sais, tu peux toujours renoncer. On ira ailleurs. On peut partir quelque part où on n'aura pas à affronter mon frère.
Castiel releva alors la tête brusquement. Il semblait toujours mal à l'aise mais également déterminé. Il ne reculerait pas. Dean devait reconnaître qu'il était impressionné par son courage.
- Non, je veux rencontrer ton frère. Je crois … je pense que ce serait … enfin, j'en ai envie.
- Il va t'adorer. Il m'a même parlé de t'écrire un poème pour te remercier de ce que tu as fait pour moi jusque là. Et le pire, c'est que je ne suis même pas sûr qu'il plaisantait en le disant. Il en est parfaitement capable.
Castiel rit à nouveau. Dean lui tapota alors l'avant bras avant de poser sa main sur sa joue. Quelque part dans son cerveau, une alarme s'était déclenchée aussitôt. Il savait que son geste était trop intime et trop équivoque pour la relation qu'ils avaient. Mais il ressentait le besoin de réconforter son ami. De lui assurer par un geste qu'il serait toujours là pour lui. Qu'il serait de son côté quoi qu'il puisse arriver.
- Dean … souffla alors Castiel d'une voix plus rauque encore que d'ordinaire.
Dean avait conscience qu'ils étaient très proches l'un de l'autre. Que seul le bar entre eux agissait comme une barrière. Mais qu'il lui aurait suffi de se pencher en avant pour embrasser son ami. Et il en avait envie. Il n'avait jamais rien voulu avec autant de force. Il était presque sûr que Castiel le voulait également. Mais il ne le fit pas. Un baiser aurait compliqué les choses.
- Je sais Cas, se contenta t-il de dire.
Il ne précisa pas ce qu'il savait. Il laissa à son ami le soin de l'interpréter comme il le souhaitait. Comme il en avait besoin pour ne pas se sentir mal.
- Je sais, répéta t-il.
Il retira ensuite sa main de la joue de Castiel et fit un pas en arrière. Il était amusant de voir qu'ils avaient réussi à se mettre d'accord sur la stupidité d'un baiser sans en parler. Ils en étaient arrivés à un point de leur relation où parler n'était plus nécessaire. Dean savait combien une telle proximité était précieuse. Il lui avait fallu des mois pour en arriver au même point avec Jesse. Avec Castiel, en revanche, tout s'était fait très rapidement. Naturellement. Sans qu'il ait besoin de travailler dessus. Ça en disait sans doute long sur ce qu'il ressentait pour son ami. Une nouvelle fois, il choisit de l'ignorer. Il était passé maître dans l'art d'ignorer tout ce qui était déstabilisant. Tout ce qui pouvait l'amener à s'interroger sur les choses auxquelles il refusait de penser. Et ce depuis qu'il était enfant. Plus encore depuis la mort de sa mère.
- Tu sais quoi ? Je ne dirais pas non à une pizza. Tu restes ?
Dean observa Castiel assimiler l'invitation et accepter qu'il n'y aurait rien de plus entre eux. Il détourna toutefois les yeux quand son ami passa sa langue sur ses lèvres comme pour chasser la sensation d'un baiser qui n'avait pas eu lieu.
- Sauf si tu as mieux à faire bien sûr.
A cet instant précis, Dean espérait presque que son ami refuserait sa proposition. Pas parce qu'il n'avait pas envie de passer la soirée avec lui. Mais parce qu'il espérait l'entendre dire qu'il avait quelque chose de prévu. Que toute sa vie ne tournait pas entièrement autour de Dean. Qu'il avait d'autres amis maintenant. Qu'il voyait peut être quelqu'un. Et c'était sans doute paradoxal. Le jeune homme avait cherché à avoir une telle place dans la vie de Castiel. Il avait voulu voir son ami dépendre entièrement de lui. C'était la seule chose qui lui donnait l'impression de compter. D'avoir un but dans la vie. Mais c'était aussi dangereux. Parce que la moindre erreur risquait d'avoir des conséquences catastrophiques sur son ami. Il pourrait tout gâcher comme il le faisait souvent. Castiel était devenu trop important pour lui et il refusait de lui faire faux bond. Il refusait de lui faire du mal.
- Non, c'est … je reste d'accord. Merci.
Dean hocha alors la tête avant d'aller chercher le menu de la pizzeria la plus proche dans le tiroir du meuble de l'entrée. Il allait passer la soirée avec Castiel. Et il allait s'amuser. Il était temps pour lui d'accepter la responsabilité d'être le sauveur de son ami. D'être celui qui l'aiderait pour de bon à remonter la pente. « Comme on fait son lit on se couche » disait le proverbe. Dean n'allait certainement pas fuir ses responsabilités. Il avait passé sa vie à fuir sans réellement s'en rendre compte. Mais cette fois, il avait une bonne raison de rester. Et il allait faire les choses bien.
