Chapitre 26

Ianto monta rejoindre son amant et lui donna sa tasse, s'asseyant sur le bord de la table de travail.

– Merci mon ange, fit le Capitaine en posant sa main sur sa cuisse, faisant soupirer le jeune homme. Tu vas bien ?

– Oui, j'ai digéré la nouvelle.

– Je sais que c'est loin d'être évident, mais tu n'as plus rien à craindre.

– Tu es sûr de toi. Et si cette drogue n'était qu'endormie.

– Je ne le pense pas, mais de toute façon, Owen a gardé des doses supplémentaires pour le cas où. Ne te fais pas de souci, tout va bien maintenant.

– Bon, je vais y aller, fit Ianto en se relevant. J'ai du boulot.

– Tu vas faire quoi ?

– Finir le rangement des archives et ensuite, je commanderai pour votre repas. Tu voudras quoi ?

– Je te le dirais bien, mais je ne suis pas sûr que tu acceptes, fit l'immortel l'œil coquin.

– Jack, sérieusement !

– Ok, pizza pour moi, ce sera parfait.

– Très bien ! Allez, à plus tard, lança le jeune homme en quittant le bureau.

Il descendit dans les sous-sols et retira sa veste qu'il posa sur une chaise. Il laissa son regard se promener sur les différentes étagères puis vit la mallette. Pendant un instant, il resta sans bouger et s'avança pour prendre un carton, s'efforçant d'occulter la douleur qui lui vrillait l'estomac.

Dans son bureau, le Capitaine suivait ses déplacements par le biais de la CCTV et surprit sa réaction en apercevant la valise. Le coude posé sur le bras du fauteuil et les doigts sur la tempe, il se demandait s'il devait aller le rejoindre puis il le vit tourner le dos résolument à l'étagère et saisir un artéfact.

L'immortel reprit sa lecture des dossiers en attente, mais laissa l'écran allumé, regardant de temps en temps l'image, se souvenant du piège du Gallois lorsqu'il était allé vérifier la caméra qu'il avait, en fait, simplement débranchée.

Une heure plus tard, il referma le dossier après avoir signé le rapport et se leva en voyant son amant, les mains posées sur la mallette, les épaules basses. Il descendit rapidement et poussa doucement la porte, s'efforçant de ne pas surprendre le jeune homme.

– Ian, fit-il en s'approchant. Ian, tu vas bien ?

Le Gallois leva la tête et brusquement pris d'un accès de rage, jeta la valise qui s'ouvrit en tombant sur le sol.

– Ianto, calme-toi, dit l'immortel en le prenant dans ses bras.

Pendant de longues minutes, ils restèrent enlacés puis le jeune homme s'écarta pour aller ramasser les billets. Jack l'y aida, le regardant de temps en temps, voyant ses lèvres trembler sous l'effort qu'il faisait pour ne pas pleurer.

– Tu veux que je m'en occupe ? fit-il en posant sa main sur sa joue.

– Non, ça ira. Je crois que tu as raison, fais ce qu'il faut pour Kara, elle le mérite. Je ne veux plus voir cet argent.

– Très bien ! Je vais en parler au père Erwen.

Lorsqu'ils eurent tout ramassé, l'immortel prit la poignée et se redressa, tirant son amant à lui pour poser un baiser sur ses lèvres puis il remonta dans son bureau et ouvrit son coffre. Il y mit la mallette puis referma, se remémorant la réaction du plus jeune. Il souffrait de le voir ainsi, mais ne savait pas quoi faire pour l'aider. Il décida d'aller en parler à Tosh.

– Je peux te voir un instant, fit-il en arrivant près d'elle.

– Oui, bien sûr !

– Je préfère que l'on sorte si tu veux bien.

– D'accord, mais Ianto ne va pas tarder à revenir, nous déjeunons ensemble.

– Je sais, c'est justement pour ça que je dois te parler.

– Il y a un problème ?

– Pas vraiment, viens avec moi, fit-il en lui prenant le bras pour l'accompagner à la plate-forme de l'ascenseur invisible.

En passant devant Owen, elle lui fit un petit signe et il les regarda monter sans rien dire. Une fois à l'extérieur, le Capitaine se mit à marcher lentement et la jeune femme le rejoignit. Elle voyait bien qu'il hésitait à lui expliquer ce qui le perturbait, mais le laissa prendre la parole.

– Tosh, je voudrais que tu me rendes un service.

– Oui, que veux-tu que je fasse ?

– Ianto a confiance en toi… commença-t-il.

– En toi aussi, Jack, n'en doute pas, le coupa-t-elle.

– Oui, je le sais, mais là, c'est particulier. Il s'agit de ce qu'a fait Meugan !

La jeune femme s'arrêta brusquement de marcher et l'immortel se tourna vers elle.

– Il a encore des réactions dues à la drogue ?

– Non, ce n'est pas ça. Quand nous l'avons cueilli chez lui, Owen avait trouvé une valise pleine d'argent. C'était celui que lui avait donné Ariana pour son travail.

– Oh ! fit-elle.

– Oui et c'est là que ça coince. Il avait trouvé la mallette, mais ignorait ce qu'elle contenait jusqu'à ce matin.

– Et comment il l'a su ?

– Je le lui ai dit, il voulait savoir où la ranger, je n'avais pas le choix.

– Je suppose qu'il l'a mal pris.

– C'est évident, mais j'ai pu le convaincre d'en proposer une partie pour assurer l'avenir de Kara et il a finalement accepté.

– Tu veux utiliser cet argent !

– Oui, pourquoi ? Tu es contre cette idée ? Ianto a souffert, je le conçois parfaitement, mais maintenant, il s'en est sorti et Meugan est mort.

– Mais tu devais la lui rendre la mallette !

– C'est ce que je lui avais dit, mais je ne l'aurais pas fait. Après ce qu'il lui a fait endurer, il était hors de question qu'il vive comme un pacha. De toute façon, n'oublie pas que s'il n'avait pas été tué par Owen, il l'aurait été par sa drogue. Il n'avait donc pas besoin de cet argent.

– Oui, bien sûr, ça va de soi !

– Ianto veut faire plaisir à ceux qu'il aime, c'est pour ça que nous allons voir avec le père Erwen pour constituer une sorte de réserve pour Kara.

– Et le reste, qu'allez-vous en faire ?

– Justement, c'est également pour ça que je voulais te parler. Il ne veut rien garder et j'ai pensé que d'autres pourraient en bénéficier aussi.

– Tu veux que je me renseigne pour des œuvres caritatives, c'est ça ?

– Pas vraiment ! Il était plutôt question de vous en donner une partie pour que vous puissiez vous installer, non, laisse-moi parler, fit-il en voyant la jeune femme ouvrir la bouche pour protester. Je sais ce que tu vas me dire, mais crois-moi, pour qu'il passe à autre chose, il faut qu'il sache que ceux qu'il aime sont heureux. Tu ne vas pas lui refuser ça !

Tosh le fixa sans rien dire, réfléchissant à la façon dont elle pourrait repousser l'offre, mais la lueur de tristesse qu'elle lut dans les yeux de son leader lui fit rendre les armes.

– Si tu crois que ça l'aidera, j'accepte, mais à condition que Owen soit d'accord.

– Très bien, alors parlez-en ce soir et ce midi, essaye de rendre son sourire à Ianto, moi, je n'y arrive pas. Je ne sais plus quoi faire.

– Ne t'inquiète pas. Nous allons parler de beaucoup de choses, je trouverai bien un moyen de glisser ça dans la conversation. Bien, il faut que j'y retourne, il va se demander où je suis passée, fit-elle en repartant vers la plate-forme, le bras accroché à celui du Capitaine qui lui sourit.

En arrivant dans la zone informatique, elle fit un signe à Owen qui la regarda passer puis retourna à son poste en attendant que le Gallois revienne de l'office avec le repas de ses collègues. Quand elle entendit le sas s'ouvrir, elle leva la tête et ferma ses fichiers. Quand le Gallois arriva près d'elle, elle enfila sa veste et envoya un baiser à son fiancé, se dirigeant vers la sortie au bras de Ianto.

– Jack, tout est dans la cuisine, fit-il, bon appétit !

Les jeunes gens pouffèrent de rire en quittant rapidement la base, laissant le leader et le médecin médusés devant tant de gaieté.

Une fois sur la baie, ils se dirigèrent vers la Bayside Brasserie où le Gallois avait réservé une table en terrasse. Quand ils furent installés, le serveur leur laissa la carte du menu et leur proposa un apéritif. Après avoir passé commande, ils commencèrent à discuter. Tosh lui parla de son dernier programme et Ianto l'écouta sans un mot, ravi de déjeuner en sa compagnie.

– C'est pas tout ça, fit-elle, mais ce n'est pas vraiment pour parler boulot que nous sommes là !

– Non, mais on n'est pas pressés.

– Ianto, pourrais-tu me dire ce qui ne va pas, tu me sembles bien triste aujourd'hui. J'espère que ce n'est pas à cause de Jack, sinon…

– Non, pas du tout, la coupa-t-il. Il s'agit d'autre chose.

– Vas-y, parle-moi, je peux peut-être t'aider. De quoi s'agit-il ?

– De Meugan, lâcha-t-il.

– Que veux-tu savoir ?

– J'ai pris une décision et j'espère que c'est la bonne.

– Dis-moi !

– Jack m'a proposé de partager l'argent qu'ils ont trouvé chez lui, une partie pour Kara et une autre pour… vous, finit-il après une hésitation.

– Et tu en penses quoi ?

– Sur le coup, je me suis dit que c'était une bonne idée. Kara ignore d'où il provient, mais pas vous et je ne voudrais pas vous mettre mal à l'aise.

– Écoute, si tu veux mon avis, tu te fais du souci pour rien. Peu importe ce que tu en feras, Jack m'en a parlé tout à l'heure et je dois en discuter avec Owen. Si tu changes d'avis ou s'il n'en veut pas, on pourra toujours le donner à une œuvre caritative.

– Tu ne m'en voudrais pas si nous vous le donnions ?

– Absolument pas ! Je sais d'où il provient et crois-moi, la douleur que nous avons ressentie ne s'atténuera qu'avec le temps, mais Jack pense que ce serait, pour toi, une manière de pouvoir tourner la page.

– Et toi, quel est ton avis ?

– J'avoue, qu'au début, j'ai voulu refuser, mais il m'a convaincue. Il est malheureux, tu peux me croire, il ne sait plus quoi faire. Il t'aime et je suis certaine que s'il avait pu prendre ta place, il l'aurait fait sans hésiter.

– Moi aussi je l'aime, souffla-t-il, mais je pense toujours à ce qu'il s'est passé. Jack m'a dit que c'était la drogue, n'empêche que j'y ai pris du plaisir, finit-il dans un murmure.

– Ianto, cesse de te torturer, d'après ce que j'ai pu comprendre, tu en as aussi pris avec Jack.

Il releva brusquement la tête et allait répondre lorsque le serveur leur apporta leur plat. Lorsqu'il fut reparti, le Gallois regarda la jeune femme.

– Il te l'a dit !

– Oui, il souffrait de te voir dans cet état et ne voulait pas que tu sois sous somnifère en permanence, Owen l'avait prévenu que tu finirais par ne plus le supporter. Il avait même pensé te congeler.

– Quoi ?

– Oui, il se disait que ce serait peut-être une solution pour nous laisser plus de temps pour trouver une parade. Il voulait appliquer le même protocole que pour Thomas.

– Il ne me l'a jamais dit.

– Évidemment, tu crois qu'il l'aurait fait de gaieté de cœur. Il ne savait plus quoi faire. Lorsqu'il s'est rendu compte que tu obéissais à ses demandes pour te faire dormir, il a fait la même chose lorsque tu…

– Ça, je le sais, il me l'a dit, murmura-t-il. Mais je ne me souviens pas de ce que j'ai pu ressentir.

La jeune femme rougit un peu et Ianto s'excusa. Ils continuèrent leur repas, discutant de choses un peu plus légères.

– Et si nous parlions de ton mariage, fit-il pour changer de sujet. Vous avez arrêté une date ?

– Oui, ce sera pour le 27 août.

– Donc en plein été, parfait. Je te propose une chose, pour la mairie, un tailleur et pour l'église, une robe longue avec un voile.

– L'église ?

– Pourquoi, tu ne souhaites pas de bénédiction ?

– Je ne sais pas, je n'en ai pas encore parlé à Owen.

– Et bien, fais-le. S'il n'en veut pas, alors la robe longue pour la mairie, tant pis, mais tu nous priverais du lancé de riz, fit-il en souriant.

– Je te dirai ça quand nous aurons pris une décision.

– Très bien, alors, le plus urgent, c'est la robe. Je connais une couturière qui a des doigts de fée, je vais la contacter pour prendre rendez-vous. Elle ne fait que du sur-mesure et il ne reste que quelques semaines avant la cérémonie, donc, il faut s'y mettre rapidement. Pour ce qui est du voile, j'ai ma petite idée, tu l'auras le jour de ton mariage, tu ne devrais pas être déçue.

– Es-tu sûr que c'est au témoin de s'occuper de tout ça ? fit-elle.

– Non, mais j'aimerai avoir ce privilège si tu veux bien.

– D'accord, répondit-elle après un instant, mais j'y mets une condition.

– Laquelle ?

– Cesse de te torturer pour des soucis qui sont maintenant loin derrière toi, pense à ceux qui t'aiment et va de l'avant.

Ianto la fixa puis détourna la tête, laissant son regard se porter sur la baie puis sur la Water Tower.

– J'ai du mal à oublier, fit-il doucement.

– Tu ne pourras pas le faire si tu ressasses sans arrêt les mêmes pensées.

– Tu as sans doute raison, finit-il par répondre, mais c'est difficile à vivre.

– Si la vie était trop simple, elle ne serait pas aussi excitante, tu ne crois pas ? Pour parler d'autre chose, je peux te poser une question ?

– Oui, bien sûr ?

– Tu t'occupes de mon mariage, mais as-tu envisagé quelque chose pour ton avenir ?

– Comment ça ?

– Tu aimes Jack et lui aussi, cela ne fait aucun doute. Vous vivez ensemble, allez-vous officialiser tout ça ?

Ianto la dévisagea, évidemment que c'était son souhait le plus cher, mais il n'était pas le seul dans l'affaire. Tout s'était déroulé si rapidement qu'il ne voulait pas bousculer l'immortel.

– Je n'en sais rien, tu sais, pour le moment, je me contente de ce qu'il m'offre, pour le reste, on verra.

– Très bien, mais si vous envisagez de franchir le pas…

– Je te demanderai d'être mon témoin, la coupa le Gallois. J'y ai déjà pensé, ne t'en fais pas.

Elle lui sourit et posa sa main sur la sienne puis ils continuèrent à manger. Après le dessert, ils prirent un café et le serveur leur proposa un digestif qu'ils acceptèrent. Avant de quitter le restaurant, Ianto téléphona à la couturière et rendez-vous fut pris pour le lendemain soir puis ils retournèrent au Hub.

Lorsque l'alarme du sas retentit, Jack se posta sur la passerelle et vit son amant entrer, Tosh accrochée à son bras. Sentant son regard posé sur lui, le jeune homme leva les yeux et lui sourit puis se rendit dans la cuisine.

Il distribua les cafés et rejoignit l'immortel, s'arrêtant un instant sur le seuil du bureau pour l'observer.

– Vous avez bien déjeuné ? demanda le Capitaine en le regardant.

– Oui, j'avoue que nous nous sommes régalés. Et vous ?

– Tu sais, une pizza reste une pizza.

– Tu ne t'en plains pas d'habitude !

– Oui, mais tout dépend avec qui je la mange, fit Jack en se levant pour s'approcher de son amant. Alors, de quoi avez-vous parlé ?

– Tu sais très bien que je ne te le dirai pas, ce n'est pas la peine d'insister. C'est entre Tosh et moi, au fait, demain soir, j'ai à faire.

– Ah bon ! Et on peut savoir ?

– Non, mais je ne devrais pas en avoir pour très longtemps, une heure ou deux, tout au plus, je te rejoindrai à l'appartement.

– Très bien !

– Ne boude pas, s'il te plait, tu sais qu'un mariage demande pas mal de préparation et nous n'avons plus beaucoup de temps.

– Pourquoi, tu connais la date ?

– Évidemment, ce sera le 27 août. D'ailleurs, il faudra aussi renouveler ta garde-robe.

– Pourquoi, elle est très bien comme elle est ! Elle ne te plait plus ?

– Si, là n'est pas la question, mais il s'agit d'un mariage Jack, tu ne peux pas y aller avec ton manteau !

– Mais je l'aime ce manteau, fit-il avec une petite moue, et toi aussi d'après ce que je sais.

– Bien sûr, mais… Oh et puis fais comme tu veux, de toute façon, le principal, c'est que tu sois là !

– Ian, je… commença le leader en le prenant dans ses bras.

– Oui, fit le Gallois le cœur battant.

– Non, rien, on verra ça plus tard.

L'immortel n'osait pas poser la question qui le taraudait depuis quelques jours. Comment le Gallois réagirait s'il lui proposait une union ? Depuis que Owen avait demandé Tosh en mariage, il se disait qu'après son installation chez son amant, ce pourrait être dans l'ordre des choses. Mais le jeune homme était encore perturbé par ce qu'il avait subi et il ne voulait pas qu'il prenne sa demande pour de la pitié ou pour une façon de lui faire oublier sa douleur.

– Jack, que me caches-tu ?

– Rien, je t'assure, j'avais pensé à quelque chose, mais c'est sans importance pour le moment. Embrasse-moi, fit-il en passant sa main derrière sa nuque pour l'approcher de son visage.

Ianto prit ses lèvres tendrement, glissant sa langue sur sa bouche pour demander le passage que le Capitaine lui accorda, le serrant un peu plus contre lui. Lorsqu'ils se séparèrent, le Gallois, les yeux brillants, passa sa main sur la joue de son amant et quitta la pièce.

À suivre…