Petit rappel habituel : Fiction LawxAce, UA /!/ YAOI /!/ One Piece est la propriété d'Oda-sama !

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Coucou tout le monde ! :) J'espère que vous allez bien !

Début d'année et de 2ème partie pour City 44 ! J'espère qu'elle vous plaira ! :)

A l'aube de cette nouvelle partie déjà 200 reviews, c'est juste énorme à mes yeux ! En publiant le 1er chapitre, je ne pensais pas que ma fiction reçoive un si bel accueil et pour cela, je vous redis merci ! Merci pour vos commentaires, vos mises en follow et en favoris, merci de me lire tout simplement, de vos encouragements et de votre soutien !

2016 a été une année très difficile et vous m'avez soutenue, merci beaucoup.

Un merci tout spécial aux nouvelles venues : SalemHawkings, mayanegima, Misstykata, Nouxy et Blackghostt à qui je souhaite la bienvenue au cottage ! :D Merci également à ma TeamBichette et à ma Valkyrie A-Harlem pour leur soutien permanent ! :3

Espérant que ce chapitre vous plaise, je vous souhaite à nouveau le meilleur pour cette nouvelle année ! :)

Très Bonne Lecture !

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CITY 44 - PARTIE II

26

Un si petit monde


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« Un lieu ne se résume pas à ses caractéristiques géographiques et physiques.
C'est le sanctuaire des souvenirs, le dépositaire des événements joyeux et tristes qui s'y sont déroulés. »
Kate Morton, Les heures lointaines, 2011.

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POV Law

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Beaucoup disent que "la vie est un éternel recommencement".

Histoire de parler ou affaires de destin, de karma ou de réincarnation, il m'a toujours semblé que les prétextes étaient légion pour invoquer cette expression. Ni sensible à la tournure, encore moins homme à l'employer, je suis pourtant au pied du mur, réalisant comme elle sied à la situation tel un habit fait sur mesure. Et comment en douter ? Ne suis-je pas en train de suivre le barbu jusqu'à son habitation comme si c'était la première fois ? Parce que c'est exactement l'impression que j'ai : celle d'une première fois.

Ce jardin... Cette maison...

J'y ai passé l'après-midi, m'entretenant avec lui des choses du village et pourtant, il me semble les découvrir comme si ce récent vécu ne comptait pas. Posant à nouveau les pieds sur ce chemin de graviers, tout est différent, plus coloré, plus brillant car ce n'est plus seulement chez lui, c'est le lieu où tu as été. Et il a tant à me dire qu'il m'obsède déjà.

Habité par cette force quasi-magnétique qui m'a fait changer d'avis et revenir sur mes pas, je pose mon regard sur les fleurs et t'imagine, te promenant dans ce décor champêtre en sifflotant, respirant l'air à pleins poumons, observant le ciel azuré, lui confiant tes espoirs, tes souhaits, ta soif de bonheur. Je te vois avec une telle clarté que j'en ai mal au cœur mais je ne peux pas en démordre. C'est bien trop bon. Tu le sais d'ailleurs. Tout ce qui se rattache à toi est ma faiblesse. Depuis ta perte, mon état est défectueux. Je suis pétri de souvenirs comme s'il en coulait dans mes veines et ce sont eux qui me maintiennent en vie. Ma mémoire, le pouls de mon existence. Pourquoi mentir ?

C'est elle qui illumine mes pas dans ce tunnel, elle qui m'aide à ne pas sombrer en attendant ce jour arrive, elle qui me maintient debout devant ce précipice de douleur qui me guette jour et nuit. Au-delà du coffret et de la boîte à musique découverte ici, ma mémoire est mon trésor le plus précieux. Mon or sans prix, mon encens qui à chaque pensée te rejoint et la myrrhe par laquelle je t'embaume pour te représenter vivant et près de moi. Sans elle, je le sais. Je ne serais plus ici-bas. Morbide, certes. Mais à mon sens naturel, de l'ordre de l'instinct de survie. Alors en apprenant qu'il t'a rencontré, qu'il a de toi des souvenirs que j'ignore, comment aurais-je pu réagir autrement ? C'était impossible et je l'assume pleinement.

Toujours surpris par mon revirement, le vieux m'assène une tape sur l'épaule qui me ramène à la réalité.

« Ma foi ! Z'êtes sacrément imprévisible ! » Lance-t-il.

« Et où est le problème ? Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis. De plus, les gens qui font ce qu'ils veulent se portent bien mieux que les autres, plusieurs études le prouvent. »

A cette réponse toute faite, il explose de rire.

« Uohohoho ! Oui sans doute ! Mais vous aviez tellement l'air d'vouloir partir et d'un coup... »

Tandis que je continue d'avancer, le devançant de quelques pas, je l'entends qui s'arrête. Ses éclats s'apaisent aussi, laissant place au silence. Sans me retourner pour lui faire face, je cesse également de marcher, attendant qu'il se décide à poser cette question qui doit lui brûler les lèvres. Après une forte respiration il s'y risque, hésitant.

« Heart, dites-moi... Vot' décision, c'est à cause de c'que j'ai dit sur ce garçon, Corazon ? Vous l'connaissez ? »

Instantanément, le simple fait de l'entendre t'appeler ainsi, avec cette voix chargée de nostalgie suffit à me paralyser. Je sens mes mains devenir moites, mon cœur battre de manière inconsidérée. Je te connais mieux que personne et pourtant, je veux tout connaître de ton court séjour ici, même le plus anodin détail. Je veux tellement partager ses souvenirs, les entendre et les imaginer que j'en suis nerveux, comme enfiévré.

Je te sens si proche que ma gorge se serre lorsque je me mets à parler.

« Pas seulement ça. Il était tout c'que j'avais... »

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Plusieurs minutes plus tard...

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Depuis que nous sommes retournés sous le porche, reprenant nos places dans les rocking-chairs comme un peu plus tôt, je n'ai pas décroché mon regard du sol. Barbe Brune est tout aussi silencieux, absent. Je crois qu'il ne sait pas quoi dire, par où commencer pour briser ce silence dans lequel je nous ai enfermés en avouant quelque chose d'aussi intime sans m'en rendre compte, tellement porté par mes sentiments, ailleurs au point d'en oublier sa présence. Bon sang... Je n'ai rien pu contrôler. Les mots sont sortis si vite -comme une respiration- et je devine qu'il s'interroge sur le temps employé.

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Il était...

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Le passé...

Ce passé imparfait... Odieux... Il me retourne l'estomac.

Sans lâcher des yeux le parquet vieilli, je sens que le nœud qui me comprime la gorge ne fait que grandir. Plus les secondes s'égrènent dans ce mutisme mutuel, plus je suis agacé, contrarié par mon égarement, par cet aveu qui a mis un terme à notre conversation en me laissant sans voix, incapable de rebondir, de la relancer en quoi que ce soit. Ma soif de souvenirs est pourtant intacte, immense. D'un côté ce besoin et de l'autre, ce silence que je ne sais pas comment briser. Putain... La sensation de m'être exposé à son regard et à ses questionnements est insupportable et l'idée qu'il m'interroge sur le sens de mes mots encore pire.

Je serre les dents, de même que les poings quand il se met à tousser.

« Euh... J'suppose que... vous devez vous demander comment j'ai fait sa connaissance...»

Là-dessus, j'entends sa chaise grincer.

Du coin de l'œil, je vois qu'il s'y adosse, le regard pointé sur l'horizon, visiblement prêt à faire ce que je souhaite et non ce que je crains. Quelque chose en moi s'apaise, irrémédiablement.

« C'était il y a plusieurs années, bien avant Monnet et Yuki... » Souffle-t-il. « Un jour d'été ensoleillé. Vous permettez qu'j'vous raconte ? »

Sans un mot j'acquiesce, le corps couvert de frissons.

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On était en juillet. Un sacré beau mois cette année-là, avec un temps chaud mais sans sécheresse, juste c'qu'il faut pour faire mûrir les légumes et les fruits, les rendre goûteux et sucrés.

Il faisait bon, le soleil brillait à tout rendre éclatant, tellement qu'c'était aveuglant dehors, surtout à midi. Comme d'habitude cet après-midi, j'étais allé faire une p'tite sieste sauf qu'en m'réveillant, j'passe la tête par la fenêtre et là... j'vois cet oiseau rare dans mon jardin. J'vous jure, c'était pas rien! Un p'tit jeune qui s'promenait et pas comme un voleur, hein... Tout posé, il observait les fleurs, jaugeait la taille des citrouilles et ma foi, j'savais pas si j'devais rire ou gueuler. Après tout, on n'entre pas chez les gens comme ça. Mais j'sais pas, quelque chose m'empêchait d'pousser une beuglante et j'me demandais juste d'où il pouvait venir parce qu'il était pas d'ici, ça c'était certain. Un jeune avec ce style-là, jamais vu dans l'coin !

Des boots à lacets pourpres, un pantalon noir avec des zébrures, un sweat noué à sa taille, un foulard grenat au cou et un T-Shirt à cœurs rouges... Déjà ça, ça sortait du lot. Mais son physique n'était pas en reste ! Grand, mince avec des cheveux blonds -le genre brillant, épis de blé comme on dit- une peau très claire et cerise sur le gâteau, il était maquillé. Les yeux et même la bouche! Pour un type de la campagne comme moi, y'avait d'quoi trouver ça louche et pourtant... Sur lui, ça passait comme une lettre à la poste. J'sais pas... C'gamin avait quelque chose parce que même avec tout c'pataquès, il était élégant. Il trimbalait une sorte d'aura, de prestance comme s'il était né avec. Mais alors niveau maladresse, il était gâté parce que buter sur une citrouille et finir par terre... Enfin, il m'a bien fait rire. Quoi qu'il en soit, j'sors lui dire deux mots parce qu'il est quand même chez moi. J'le retrouve qui s'relève penaud et j'lui balance :

« Qu'est-ce qu'vous faites là ? Cherchez à m'prendre une citrouille ? »

Le truc, c'est j'm'attendais pas à un entrain pareil.

« Hey, bonjour Monsieur ! » Qu'il me lance tout sourire. « C'est vous l'propriétaire d'ce petit pied-à-terre si charmant ! Félicitations ! Votre jardin est super ! Moi, j'suis une calamité en travaux manuels, alors j'vous admire ! Vos fleurs sont si belles et vos citrouilles magnifiques, j'imagine même pas les soupes qu'vous devez faire avec ! Ou les jus ! Ou les confitures ! Mais j'veux rien vous voler hein, quelle idée ! Enfin... j'manque à toutes les politesses, pardon... J'm'appelle Corazon et -j'aurais dû commencer par-là- j'm'excuse d'être entré chez vous comme ça... C'est qu'j'suis en voyage, j'visite le sud de l'île en vélo, parfois en faisant du stop et bon, j'passais par cette petite route quand j'ai vu votre maison. J'me suis arrêté juste pour regarder et j'ai fini par entrer voir de plus près... Ça s'fait pas mais votre jardin avait l'air si reposant... Ah, j'parle trop non ? Encore désolé ! Donc voilà, Corazon, enchanté ! Et vous M'sieur ? Votre nom c'est... »

Ma foi, c'était un vrai moulin à paroles mais j'sentais qu'il était sincère. Ça s'voyait dans ses yeux, dans sa voix et avant qu'j'm'en rende compte, on sympathisait déjà.

« J'm'appelle Brown. Mais j'préfère Barbe Brune... »

« Très bien ! Barbe Brune alors ! Heureux d'vous rencontrer ! »

Et vite fait, il m'a serré la main.

Ce sourire qu'il avait... J'l'ai pas oublié, même avec le temps.

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Son sourire...

Je comprends en quoi il l'a séduit. Avec moi, c'était pire.

Son sourire n'était pas seulement son atout de charme. C'était la météo de mes jours : ensoleillés quand il illuminait son visage, pluvieux quand il était absent. Depuis que je ne le vois plus que dans mes souvenirs, c'est dire comme ils me semblent tous humides et froids. En proie à ce constat, quelque chose de vague, pareil à un autre sourire tente de s'immiscer en moi. La voix du vieux commentant la tombée de la nuit m'arrache néanmoins à cette pensée fugace. Balayée, elle s'efface et je jette un œil à l'obscurité grandissante qui nous entoure, enveloppant le jardin d'un voile le rendant secret et mystérieux. De plus en plus captivé par ce jour lumineux qu'il a partagé avec toi, je me redresse et me laisse aller contre le dossier en soupirant, apaisé. Barbe Brune reprend son récit sans tarder.

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Après qu'on s'soit salués, c'qui a retenu mon attention, c'est son âge. Moins d'vingt ans c'était sûr, même si avec le maquillage c'était pas facile à situer. En plus, en dépit d'son allure cocasse, il donnait l'impression d'être un gamin réfléchi, avec une conscience des responsabilités. Vraiment, ça m'avait marqué cette sensation qu'il avait comme grandi trop vite. Mais il m'a pas fallu longtemps pour l'apprécier.

A peine présenté, il m'a expliqué qu'il était parti d'chez lui pour décompresser, pour s'éloigner de choses auxquelles il n'voulait pas penser et que du coup, il avait opté pour l'grand air du coin. Il avait fait la route de la capitale jusqu'au sud en stop, traçant quelques kilomètres avec son vélo, dormant dans les petites auberges des villages voisins avant d'arriver ici, pressé d'découvrir la Forêt Blanche et son lac. La façon dont il en parlait, c'était comme si cette escapade le rendait plus heureux qu'la vie à laquelle il était habitué. C'était flagrant et plus j'l'entendais parler avec respect d'la nature, des gens qu'il avait rencontré, plus il m'plaisait ce gamin. Alors bon, quand il m'a fait ses yeux d'cocker pour rester encore un peu, avec son estomac qui gargouillait par-dessus l'affaire, j'ai pas pu faire la sourde oreille.

« Bah, tu peux t'poser ici un peu... »

« Vraiment ? Merci beaucoup Monsieur ! »

Et là, il m'avait fait une courbette comme celles que font les gosses de riches. J'me suis d'ailleurs demandé s'il n'était pas de la haute bourgeoisie pour agir comme ça, en plus avec un type comme moi... Mais c'était ni hypocrite, ni moqueur. Il était vraiment respectueux et reconnaissant. Alors s'il était d'la haute classe, il s'en fichait royalement... J'me trompe ? »

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Revenu sur terre en entendant sa question, je croise son regard confiant en cette facette de toi qui m'a toujours rendu fier.

Je ne peux pas rester muet plus longtemps.

« Non. Vous avez raison. Sur chaque point. »

Car globalement, il t'a bien cerné mon ange...
Dans chacune de ses descriptions, j'ai reconnu ton style, ton âme.

Dans ce besoin de t'éloigner de chez-toi pour te ressourcer...
Dans cet amour de la nature, cette ouverture aux autres quelle que soit leur condition sociale...
Dans le fait que tu aies grandi trop vite et dans cette conscience que tu avais des responsabilités qui étaient les tiennes...

Chacun de ces traits... c'est entièrement toi.

De nouveau perdu dans le dédale de mes pensées, mon regard s'oublie sur la voûte céleste où une pluie d'étoiles se découpe peu à peu quand mon hôte se rappelle à moi.

« Allez mon ami, ne restons pas ainsi! J'vous ai invité à dîner après tout ! »

Disant cela il se lève, m'invitant à faire de même. L'appétit me manque cependant.

Tous ces souvenirs étrangers qui se mêlent aux miens m'empêchent de ressentir une quelconque faim. La seule chose à laquelle je ne serais pas insensible est un verre d'alcool qu'il me propose sans surprise dès que nous passons au salon. Appréciant la brûlure sèche de son bourbon, la proposition qu'il me fait alors est pourtant à mon goût.

« Après toutes ces années, voilà qu'j'reçois un ami d'Corazon et en plus c'est vous... J'avoue qu'le monde est petit. Dites-moi Heart, ça vous irait si j'vous prépare la même chose qu'à lui ce soir-là ? P'tite purée d'légumes du jardin, croûtons bien cuits et pavé d'biche, ça vous dit ? »

Un dîner aux allures de madeleine de Proust, hein...
S'il me prend par les sentiments...

« C'est parfait, oui. »

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Plus tard...

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Après une longue préparation à laquelle je me suis proposé de participer, le dîner gourmand et parfumé est servi. Attablé aux côtés du barbu -toujours aussi spontané et amical- une étrange sensation de chaleur me parcoure lorsque nous portons un toast en ton honneur, comme vous l'aviez fait en l'honneur de votre rencontre. Une chaleur douce comme si tu te trouvais près de moi, mais suivie d'une douleur écrasante. Très vite, mes yeux me brûlent. Mon cœur est dévasté.

Le vieux lui, n'est pas revenu sur la raison pour laquelle j'ai parlé de toi au passé. Il n'a pas non plus demandé de tes nouvelles. Je crois qu'il a peur d'en connaître les réponses, qu'il ne veut pas souffrir, transformer cet instant de mémoire paisible en un spectacle de larmes et de cris qui serait invivable. Pour ma part, je lui en suis reconnaissant car te sentir vivant ici est la seule chose que je désire. Viendra bien le moment où la vérité nous rattrapera, mais je refuse d'y penser maintenant et pour ça, ses spiritueux sont une aide non négligeable.

« Encore du vin ? »

« Avec plaisir. »

Tandis que le liquide à la robe quasi-noire se répand dans mon verre, je relance la conversation, provoquant son rire amusé lorsqu'il reprend.

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Celui-là ! A table, c'était aussi quelque chose ! Des manières parfaites mais dès qu'il goûtait à un plat qui lui plaisait, c'était des "hummmm !" et des "whaouuuh !" à en perdre le fil d'la conversation. Moi qui essayais d'lui expliquer les rudiments d'un bon potager, j'ai eu du mal à arriver au bout.

Déjà, quand j'lui ai proposé d'rester, j'allais pas l'laisser avec l'estomac dans les talons. J'l'ai donc laissé ranger son vélo et ramener son sac au salon avant d'lui proposer un p'tit goûter. Trois fois rien... Du pain perdu et un thé aux fruits, d'la boustifaille du peuple comme diraient certains mais il est tombé d'dans, j'en revenais pas ! Et les compliments, jamais entendu ça ! Comme quoi c'était délicieux, réconfortant, ça m'a fait sacrément plaisir... Et au dîner, même rengaine ! Tout content d'goûter à une purée faite avec les légumes du jardin, j'vous jure ! Le sourire qu'il avait ! J'le vois encore, assis à votre place, me racontant son voyage, sa nuit à la belle étoile près du lac... Faut dire aussi, à cette époque, la forêt n'avait pas cette affreuse réputation, c'était l'bon temps...

Nous avons beaucoup parlé ce soir-là. Mais il disait jamais d'choses précises sur lui. Son vrai nom par exemple, j'l'ai jamais su. Juste Corazon, qu'il répétait. Enfin... J'me suis tellement bien entendu avec lui qu'j'ai fini par lui avouer mon rêve d'avoir une famille, même qu'un gamin comme lui m'aurait pas gêné ! Mais avec la maladresse en moins, hein ! Parce qu'il s'est pris la tête dans l'frigo en m'aidant à ranger... J'sais même pas comment il a fait !

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Communicatif, le rire de Barbe Brune m'arrache un rictus empreint de mélancolie. Ah ça, pour être maladroit... Je n'ai pas idée du nombre de fois où je t'ai vu te cogner contre des portes, des murs ou des arbres, victime de ta tête trop en l'air pour éviter ce qui était pourtant évitable. Ça me faisait bien rire et ça aussi, ça faisait ton charme. Dans ces moments-là, ta bouille déconfite m'amusait autant qu'elle m'attendrissait. Je me moquais mais irrémédiablement, je finissais par venir vers toi pour te prêter main forte, pour être ton soutien. Comment ai-je pu y parvenir quand ce n'était pas si grave et échouer ce jour maudit où tu avais tant besoin de moi ? Pourquoi ?!

« Heart ? »

Pris d'un élan de colère, je pose mon verre sur la table violemment, perturbant l'ambiance bon-enfant du dîner, à croire qu'il ne pouvait pas s'achever aussi bien qu'il avait commencé. Tout d'un coup, la sensation de chaleur qui me rendait si fier se transforme en une main invisible qui m'étouffe presque. Assiégé par ces souvenirs que je ne veux pas revivre, je lance.

« Un autre bourbon, c'est possible ? »

Mon ton est subitement désagréable, mais loin de se laisser démonter, le barbu me décoche un regard entendu, comme s'il avait compris que quelque part, je n'étais plus maître de mes émotions, soudain dominé par un mal contre lequel je suis désarmé, sauf à le noyer dans son eau-de-vie à plus de 40%. Dans ses yeux usés par le deuil et les ans, je décèle une sympathie, une sorte de bienveillance face à mon état, me demandant s'il est en proie aux mêmes souffrances lorsqu'il me devance au salon, le précieux breuvage en mains.

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Secondes
Minutes
Heures

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Combien sont passées, exactement ?
Je ne veux pas le savoir, ni maintenant ni plus tard...

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Pris dans notre discussion, je lâche un rictus amusé.

« Et il a tondu la pelouse le lendemain ? Sans s'blesser ? »

« Uohohoho ! J'vous assure ! D'mes yeux vus, il l'a fait ! »

Imaginant la scène, je lève les yeux au plafond cependant qu'il avale une nouvelle gorgée.

« Mais j'vous comprends ! Après l'coup d'la bûchette qui lui est tombé sur les pieds, y avait d'quoi s'inquiéter ! Moi aussi, j'ai eu peur d'le laisser faire, gauche comme il était ! Mais il n'voulait pas partir sans m'filer un coup d'main. Du coup l'lendemain, il m'a fait la pelouse sans rechigner ! On aurait cru qu'j'avais payé un jardinier ! »

« Les dettes, ça n'a jamais été son truc. »

Opinant du chef à mon commentaire, il étouffe un petit rire dans sa barbe qui ne présage rien de bien malin.

« Un brave garçon... Pas... pas trop comme vous en fait ! »

« Aah ?! »

Et voilà! J'étais sûr qu'il allait dire un truc complètement con.

« Ben, z'êtes pas mauvais... » Souffle-t-il en ricanant. « Mais c'pas l'même caractère, avouez ! »

Pfff...

« J'avoues. »

Et j'crois qu'j'en mène pas plus large parce que je viens d'lui donner raison. Du coup, il pouffe à en pleurer mais bon, je ne suis pas si saoul et il n'a pas si tort. Toi et moi avons toujours été très différents, pas vrai mon ange ? Différents, ou la recette de l'attraction... Les contraires s'attirent mais pour finir ainsi...

« Fais chier... »

Finissant mon verre, je me laisse aller dans le fauteuil en fermant les yeux, ton image se découpant aussitôt dans ce voile sombre, me donnant envie de crier autant que de sourire. Crier sous cette torture de te voir comme une apparition avec laquelle je ne peux plus rien partager et lui sourire car c'est tout ce qu'il me reste désormais. Un bonheur feint, une chimère, un paradoxe, une horreur… Il me faut une autre rasade, et cul-sec d'ailleurs...

De plus en plus sujet à la fièvre causée par l'alcool, je saisis la bouteille, une main sèche dans mes cheveux, faisant valser mon bonnet sous l'œil rieur du propriétaire des lieux. Le voyant approcher son verre jusqu'à heurter le mien je le ressers sans attendre, provoquant une nouvelle salve de ses rires sonores.

« A la vôtre, mon ami ! » S'écrie-t-il. « Mais dites, vous comptez pas rentrer comme ça hein ? Restez dormir, ça m'fera comme à l'époque… et vous voulez pas partir, j'le vois à vos yeux... »

« J'veux pas, non. »

Là-dessus, l'esprit perdu dans mille et une réminiscences nous trinquons encore.

A toi et à ton magnifique sourire …
A la façon dont tu as essayé de le convertir à la musique classique…
A Monnet et Yuki, qui d'après lui auraient adoré te connaître…

A cette soirée à la fois agréable et pesante…
A la boisson qui ne fait pas l'homme, mais qui peut être un amer soutien…
Au temps qui passe et au passé qui revient, même si ce n'est qu'une façade...

A nos pensées embrumées, à nous, puis à rien…

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Lorsque nous nous levons enfin, l'horloge du salon annonce les deux heures du matin.

Grognant contre la fuite du temps, le barbu s'étire, cependant que je subis les premiers assauts d'un mal de crâne lancinant. Bordel... Heureusement, il ne tarde pas à me conduire à ma chambre attitrée pour la nuit, celle où tu as auparavant dormi, celle qui était aussi il y a deux ans, occupée par la mère et son enfant. Lorsque j'en foule le sol, immédiatement je frissonne. Pas de crainte, mais sous l'effet d'une sorte de pesanteur, comme si l'espace contenu entre ces quatre murs renfermait un air différent, singulier. L'atmosphère y est aussi improbable, difficile à appréhender. La raison est néanmoins évidente. Il y a tant de signes qui ne trompent pas... Que ce soit la couverture à fleurs rosées, le coffre à jouets, l'ours en peluche contre les oreillers, les cadres aux murs...

Cette pièce est son coffre... Sa malle à souvenirs... Son trésor...

« Ça vous dérange pas qu'je dorme ici ? »

Etant donné la signification de ce lieu pour lui, je comprendrais qu'il se désiste et m'assigne le canapé du salon comme couchette même si ma préférence est là où tu as été. Dans l'attente, je reste donc au pas de la porte, cependant que le silence de la nuit peuple la chambre comme une présence latente. Basse et brisée, la voix de Barbe Brune retentit alors, réveillant en moi cette petite voix sinistre que je ne supporte pas d'entendre.

« Vous inquiétez pas... » Murmure-t-il en retirant la couverture et le petit ours du lit pour les déposer dans une armoire. « La conserver intacte les fera pas revenir... Rien n'le peut… »

Lorsqu'il dépose un autre linge dans mes mains, me souhaitant une bonne nuit, ses yeux sont remplis de larmes contre lesquelles il lutte, à deux doigts de céder. Refusant de le retenir pour de simples politesses je le libère donc, lui signifiant que je sais où sont les pièces dont je pourrais avoir besoin. A la seconde où il quitte les lieux, fermant doucement derrière lui, je n'ai en tête que les derniers mots qu'il a prononcés.

Conserver une pièce intacte ne fera pas revenir ceux qui y vivaient...
Ce qui a été enlevé ne peut plus revenir... Jamais.

J'ai beau le savoir mieux que quiconque, je ne pouvais rien lui répondre et le voulais encore moins. Pas ce soir. Pas maintenant. Ce terrain est beaucoup trop glissant. La pire manière de s'assurer une "bonne" nuit, si tant est que des gens au cœur arraché comme nous puissent encore en avoir. M'est avis que non. Pourtant aujourd'hui... Suis-je fou de penser que tu étais tout près de moi ? Que découvrir ton escale ici n'était pas une coïncidence ? Que c'était bien un signe, ta façon de m'offrir une once de paix en ce jour spécial ?

Mon ange... Entendre ainsi parler de toi était une souffrance autant qu'un bonheur, une tempête autant qu'une oasis... Est-ce que cette chambre aura le même effet sur moi ? Dormir dans ce lit où tu as été me fera-t-il sentir ton corps près du mien ? Ta chaleur ? Vais-je trouver ce foutu sommeil qui me fait si souvent défaut ? Un sommeil sans cauchemars, sans ce précipice dans lequel je sombre pour me réveiller en nage ?

Ce serait un cadeau si plaisant...
Si seulement...

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« Law ! Sors de ta tanière, fiston ! »

Pris dans la lecture du livre que mon père m'a offert ce matin pour mon 9ème anniversaire -un superbe recueil sur l'histoire de la médecine moderne- je fronce les sourcils, son ton un peu trop jovial ne me disant rien qui vaille. Comme s'il cachait une sorte de surprise alors qu'il sait pertinemment que je n'aime pas ça. Rangeant le précieux ouvrage, je descends donc du lit servant pour les consultations avec une légère appréhension, poussant le rideau quand une poignée de confettis atterrit sur mon visage, donnant à mon pressentiment des allures de blondinet insupportable.

« Joyeux anniversaire mon grognon petit Law ! »

« Quoi ?! Ton quoi ?! »

M'étranglant presque, je peine à en croire mes yeux. Devant moi, bien dans ses bottes et fier de son petit effet, ce crétin de Corazon applaudit à nous rendre sourds, ses yeux marron glacé brillant comme s'il venait de gagner à la loterie, ce qui me donne encore plus envie de lui écraser le pied. Non mais merde! Depuis que mon père nous a présentés il y a plusieurs mois maintenant, il n'arrête pas de venir fourrer son nez ici pour m'emmerder ! Parce que c'est ça qu'il veut, j'en mettrais sa main au feu ! Et maintenant, il se pointe même pour gâcher mon anniversaire ! Il croit qu'il peut tout s'permettre ou quoi ?! C'pas parce que mon père le trouve gentil et fond devant ses sourires de pub pour dentifrice que je vais m'coucher aussi ! Sûrement pas !

« Tu manques pas d'air ! » Je gronde, le regard noir. « J'suis pas grognon ! Et j'suis pas à toi ! »

Aussitôt, mon père grimace et me lance une œillade consternée mais loin de s'offusquer, Corazon éclate de rire, secouant la tête comme si je venais de dire une stupidité. Je veux l'engueuler de plus belle, mais j'ai pas le temps de réagir qu'il s'approche, m'enroulant une guirlande en papier autour du cou avant d'essayer de m'enfiler un de ces chapeaux de fête totalement ridicules. Me débattant comme un beau diable pour ne pas subir une telle humiliation, le contact de ses mains sur mes cheveux me colle une décharge électrique qui me fait presque sursauter, ce que cet empêcheur de tourner en rond ne manque pas d'observer.

« Tu as peur de moi ? Trop mignon ! »

« PEUR ?! QUI A PEUR ?! J'AI PAS PEUR ! »

Le souffle court, j'ai la tête qui tourne tant je suis énervé. Franchement ! Comment peut-il dire des conneries pareilles avec cet air d'ange tombé du ciel ?! J'veux trop le frapper et lui faire avaler ce foutu chapeau qu'il a réussi à me coller sur la tête! Pourtant, à la seconde où il récupère un petit paquet dans son sac, me le collant sous le nez en souriant, j'oublie ce que je voulais dire ou faire. Bien emballés, ce sont des chocolats… Ils sont noirs et de marque en plus... J'aime bien ça, le chocolat noir... Ils ont l'air bons, avec un goût de cacao bien prononcé... Une belle texture croquante... Comment il sait que j'aime ça ?!

Détachant mon regard des alléchantes petites victuailles, je le pose sur le blondinet, la mine renfrognée.

« Pourquoi tu m'montres ça ? »

« Comment pourquoi ? C'est ton anniversaire ! Ces chocolats, c'est mon cadeau pour toi... » Me dit-il, un brin troublé. « Ton père m'a dit que tu aimais les chocolats noirs... Ils ne te plaisent pas ceux-là ? »

Pfff, ça va... Pas la peine de faire cette tête... J'peux pas dire non à des chocolats si chers et puis...

« Si, ils ont l'air bons... » Murmuré-je, déviant mon regard du sien, brusquement trop pétillant. « On va dire que... j'te dis un peu merci... Mais juste un peu, hein ! Pas d'quoi croire j'suis devenu ton ami ou... »

Alors que derrière son bureau, mon père se frappe le front d'un air désemparé, je suis coupé dans mon élan par les bras du blond qui s'enroulent autour de moi, m'attirant à lui pour une sorte de câlin mielleux comme on en voit dans les séries Z, me serrant comme une peluche presque à m'étouffer. Tandis qu'il rigole comme un demeuré, suivi de près par mon cher papa, bizarrement je sens que mon corps est engourdi, incapable de riposter, comme un chat qu'on aurait foutu dans une bassine d'eau sans lui demander son avis.

Je voudrais me libérer de son étreinte débile, mais les mains serrées sur la petite boîte je n'en trouve pas la force, pas même lorsqu'il en rajoute une couche en lançant, tout guilleret.

« Joyeux anniversaire, mon grognon et mignon petit Law ! »

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Le lendemain...

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Anniversaire...
Le mien...
Mes vingt-six ans...
C'était hier...
Comment était-ce, déjà ?

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Lorsque j'ouvre les yeux, l'accueil que me fait mon corps est pour le moins affligeant. Certainement pas un cadeau.

Une saleté de migraine de plomb me troue le cerveau et devant moi, le plafond du cottage est... Bon sang...

Comme une claque en pleine gueule, la réalité me rattrape et je me souviens de la soirée passée en compagnie du barbu et de son bourbon, clairement responsable du sale état dans lequel je suis. Un putain d'état d'après cuite qui fait plaisir, ironiquement parlant bien sûr. Et pourtant, en dépit de cette sensation d'avoir un marteau-piqueur en action dans la tête, je ne peux retenir le léger sourire qui me chatouille les lèvres.

A peine apparue dans mon esprit, la courte vision du cottage est remplacée par les bribes de ce rêve qui m'a bercé toute la nuit, m'offrant ce que je n'avais plus expérimenté depuis longtemps : une plénitude pouvant aisément servir de vitamine pour toute la journée. C'était si bon qu'en refermant les yeux, il me semble ressentir encore les émotions que nous avions partagé, ce jour où pour la première fois, tu me souhaitais mon anniversaire.

Mon ange, j'ai ressenti si fort ton étreinte... Alors peu importe le prix que je paye à présent, cette masse glaciale qui me broie le cœur. Même si la douleur menace de tout assombrir, je ne regrette pas ce rêve que tu m'as insufflé, me faisant retrouver un peu de ce bonheur perdu. Ma seule déception est qu'il n'ait pas duré plus longtemps. Encore quelques heures... Juste quelques instants.

Soupirant, je referme les yeux, essayant de faire le vide autour de moi, me levant d'un trait lorsqu'un visage qui n'est pas le tien se dessine dans mon imaginaire sans avoir rien à y faire, encore moins après ce rêve et dans cet endroit. Bon sang… C'est n'importe quoi… Irrité par cette pensée furtive, je quitte la pièce en direction de la salle de bains cependant qu'elle s'efface, remplacée par ton minois d'incorrigible blondinet. Angel… Aujourd'hui encore, je ne veux rien voir ou entendre qui ne soit pas relié à toi. Je le veux au point de souhaiter quelque chose qui ne me ressemble pas : prolonger mon séjour ici. Oui. Je ne souhaite pas quitter cette bulle où tu sembles presque palpable et dont l'atmosphère me parle tant. Ici, tout est souvenirs… Je ne veux pas déjà partir...

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« Vous restez pour la journée ? »

A peine apparu dans la cuisine après une douche réparatrice –sauf pour mon fichu mal de tête- j'ai balancé ma décision à Barbe Brune qui depuis, me regarde avec des yeux ronds.

Sa poêle en main, il ne bouge pas d'un pouce. Non mais quoi ? Mon attitude est si stupéfiante que ça ?

« Ben quoi ? C'est vous qui l'avez proposé hier soir ! »

« Oui et ça m'fait plaisir !» Souffle-t-il en riant. « C'est juste que vous m'surprenez toujours autant ! Mais c'est l'occasion d'discuter d'certaines choses... Thé ? »

« Café. »

A mon regard inflexible, il devine que toucher à mon café du matin est un coup à se prendre une tannée et me tend une tasse remplie de mon breuvage de prédilection. Aussitôt, son odeur corsée me détend et je l'aide d'une main à poser les plats sur la table, m'asseyant à sa suite pour un petit-déjeuner bien garni, lequel serait largement plus appréciable si je n'avais pas ces putains de céphalées de merde. Bordel... Foutrement agacé, je me ressers une tasse quand il reprend, m'offrant du pain que je refuse poliment.

« Ben ça ! Vous mangez pas d'pain ? C'est plutôt rare… Mais vous êtes accro au café, hein ! » Rigole-t-il. « Enfin, écoutez Heart... La nuit porte conseil et c'est pas tous les matins j'vous ai sous la main... alors j'voudrais qu'on en reparle... de c'qui s'passe au village. »

Ah non !

« Vous rigolez ?! J'ai une migraine à m'cogner la tête contre une brique et vous voulez parler d'ça ? Au petit-déj en plus ? »

« Justement ! Le petit-déj, c'est l'début d'journée ! On est frais... »

« Frais ? Après avoir passé la nuit à boire comme des trous, vous trouvez qu'on est frais ? »

« N'essayez pas d'noyer l'poisson ! Faut qu'on en parle... »

Noyer le... Pff... C'est ces conneries d'histoires de village que j'aimerais bien noyer. Le souci, c'est qu'en dépit des œufs brouillés appétissants qu'il me sert, mon hôte a l'air décidé à casser "l'ambiance" en mettant le plus enquiquinant des sujets sur la table, tout ça les pieds dans le plat et sans y aller avec le dos d'la cuillère.

« Brown... »

« Dr. Heart, vous êtes médecin... » Lance-t-il avec sérieux, préoccupé comme la veille. « La vie des gens, ça n'peut pas vous laisser indifférent. Vous l'avez montré en aidant Decken ! »

« Et à quel prix... Me faire entraîner dans cette histoire de marque aux murs ! »

« Mais vous avez tenu à être informé du résultat des analyses... Vous vous êtes impliqué dans cette affaire parce qu'au fond, vous n'êtes pas aussi insensible que vous voulez l'faire croire. Si quelque chose de grave arrive, je suis certain qu'vous n'pourrez pas rester indifférent... » Voyant que je tique, il poursuit sans me laisser le temps de réagir. « Ce que j'veux dire, c'est qu'le village pourrait avoir besoin de vous... Le patient que nous cachons est menacé et Decken qui essaye de le sauver aussi... Tous ceux qui sont au courant de la situation sont très inquiets... Ce Mal qui rôde... Il nous observe... »

« Il plombe surtout un petit-déj qui s'annonçait pas si mal. »

Contrarié par mon lourd soupir, le barbu peste en finissant son thé. J'en profite pour intervenir, histoire de mettre les points sur les "i".

« J'veux pas m'éterniser sur ce sujet, alors j'vais aller droit au but. J'suis pas venu dans cette bourgade pour jouer à l'assistant médecin d'campagne. Encore moins pour livrer bataille contre un Mal qui n'existe que dans vos têtes. Si c'est la marque qui est apparue à la clinique qui vous inquiète, je suis certain qu'elle n'a rien de surnaturel. Quelqu'un -j'ignore comment certes- en est responsable et ce n'est ni un revenant, ni je-ne-sais quel démon. »

Aussitôt, le vieux veut m'interrompre, mais à mon tour de lui couper l'herbe sous le pied.

« Pour finir, je suis peut-être médecin mais vous avez Decken et il n'est ni mourant ni mort. Alors si cette attaque l'a effrayé et qu'il a tellement peur pour sa clinique, les villageois ou son mystérieux patient caché, il n'a qu'à recruter quelqu'un. J'suis pas l'seul médecin disponible à Dressrosa. Et me sortez pas l'excuse comme quoi j'suis déjà sur place parce que... »

« ...parce que quoi ? Bon dieu Heart ! » Lance-t-il alors, agité. « Ça fait plus d'un mois qu'vous habitez là ! Vous avez vu beaucoup d'touristes ? Depuis la création d'ce dispensaire maudit il y a deux ans et les crimes odieux qui ont suivis, City 44 n'a plus bonne réputation ! C'est même tout l'contraire ! Le village est craint et n'parlons pas d'la forêt ! »

« Stop ! »

Putain... ! Il veut me gâcher la journée ou quoi ?!

Serrant les dents, je le fusille du regard, le faisant déglutir. Tss... C'est pourtant clair. Je ne veux pas évoquer ces histoires. Rien qui me donne la sensation de retourner au monde réel. Rien qui me rappelle que je ne suis pas chez moi. Rien qui me mettre à l'esprit autre chose que toi. Je ne veux parler de rien d'autre. Ne penser à rien d'autre. Juste à toi...

Perdu dans la vue de mon café, je l'entends qui soupire, rendant les armes une nouvelle fois.

« C'est bon... J'veux pas foutre en l'air la bonne entente que nous avons d'puis hier. Ça ferait pas plaisir à Corazon... »

Levant un œil reconnaissant, j'acquiesce avant de souffler profondément. Aussi amer que soit le constat, dans cette lutte pour fuir le plus possible la réalité, une partie de moi se sent de plus en plus épuisée. Une autre se demande d'ailleurs si le réveil ne sera pas pire, à force de tirer sur la corde pour l'éviter. Bref, un ramassis de pensées insupportables que je balaye d'un revers de la main, offrant au vieux de l'aider au jardin comme tu l'avais fait à l'époque. Tombant de nouveau des nues, celui-ci rigole tandis que je le suis, espérant sentir ta présence comme hier et poursuivre ce rêve éveillé.

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.

Dans l'après-midi...

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« Ben ça, Heart ! Encore merci ! »

Pas remis de mon initiative, c'est avec un sourire jusqu'aux oreilles que Barbe Brune me tend un expresso bien noir, de quoi conclure au mieux ce déjeuner qui a commencé tard, mais s'est aussi éternisé. En même temps, nous étions tellement occupés à finir le taillage des arbres et buissons de son jardin que nous n'avons pas vu le temps passer. Entre souvenirs de ta venue ici et coups de sécateurs répétés, la matinée a filé à une vitesse prodigieuse et nous nous sommes retrouvés à table vers 14 heures, pour en sortir plus d'une heure et demie plus tard.

A présent posés sous le porche, lui sirotant sa tisane et moi mon café, je ne peux m'empêcher de trouver cette journée appréciable. Si calme, différente... comme si j'étais dans un autre monde.

Me laissant aller dans le rocking-chair, je ferme un instant les yeux quand mon hôte soupire.

« De lui comme de vous, j'ai la même bonne impression... »

Sauf que je n'en mérite pas tant.

Il poursuit.

« Vous savez... Depuis c'matin, j'arrête pas d'penser à c'qu'il m'a dit au déjeuner, le lendemain de sa nuit ici. »

Les yeux toujours fermés, je lui demande de quoi il s'agit. Le silence qui me répond est étrange, indescriptible.

Sans savoir pourquoi, je me retrouve à appréhender ses prochaines paroles, un frisson me glaçant les os lorsqu'il reprend.

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On était à table. J'venais d'lui proposer du pain quand d'un coup, il s'met à sourire devant une mie comme si ça lui rappelait quelque chose de drôle et d'attendrissant. Bon, c'était pas mes oignons mais j'ai pas pu m'empêcher d'lui demander pour quelle raison il faisait les yeux doux à un morceau d'pain. Et là, il a rigolé. Il lui a bien fallu 3-4 minutes pour récupérer son calme mais quand il l'a fait, il était ému. Pensif et sérieux aussi.

« J'pensais juste à quelqu'un... » Qu'il m'a dit. « C'est à cause du pain... J'connais un garçon qui déteste ça. Il se fâche rien qu'à en entendre parler, c'est fou... C'est un enfant difficile. Têtu, borné, avec un caractère bien trempé... Il a beau être plus jeune que moi, il ne m'écoute jamais... Mais ça fait son charme. Même s'il est souvent sec avec les gens, c'est un gentil garçon et je l'aime beaucoup. Peut-être qu'un jour, je repasserais vous voir avec lui ! J'vous le présenterais ! »

En disant cela, ses yeux brillaient.

Il en parlait avec tant de tendresse que j'ai dit bien sûr dit oui.

.*.

« Cet enfant... Il ne m'a pas dit son nom mais c'est vous, n'est-ce pas ? »

Bordel...

Mes yeux s'ouvrent. Je sens qu'ils brûlent déjà.

Est-ce que je dois répondre ?

Est-ce maintenant, l'heure de lui dire la vérité ?

Le cœur compressé, la gorge nouée, je n'en ai pas la force. Mais sans dire un mot, le vieux quitte le porche comme s'il lisait entre les lignes ce que je n'ose pas lui avouer. Son regard est perdu entre incertitude, peur et une once d'espoir que je vais détruire sous peu, car il est évident que je ne pourrais pas partir sans lui avoir dit que vous ne pourrez plus jamais vous voir.

Pourquoi est-ce à moi de le faire ?
Pourquoi cette journée doit-elle se ternir comme ça ?!

Passant une main sur mon visage, je sens mes membres s'engourdir, ma migraine revenir au galop.

Le Monde m'en soit témoin, je préférerais mentir. Mais je ne peux pas.

Quand Barbe Brune revient, l'œil craintif mais décidé, je sens mes forces partir au loin. Je veux entamer la conversation, lui faire prendre des chemins de traverse mais il me devance, me tendant un morceau de papier qu'étrangement, je redoute de saisir. Remarquant mon trouble, il sourit avec bienveillance. Son émotion est palpable, augmentant ma douleur.

« Il m'a laissé ce mot en partant... » Dit-il tout bas.

Et face à cette nouvelle, je ne sais pas quoi faire. Mes doigts sont en feu. Ma raison perd pied. L'instant suivant, mon cœur finit par trancher. Lentement, je m'empare du précieux message, le lisant pour moi-même, reconnaissant à chaque mot ton caractère, ton âme... ; réalisant aussi comme tu estimais ton hôte et comme il va souffrir en découvrant que tu n'es plus là.

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"Monsieur Barbe Brune,
Merci pour votre accueil chaleureux.
Merci de ne pas m'avoir jeté dehors pour être entré dans votre jardin sans autorisation.
Merci de ne pas m'avoir jugé à ma dégaine... disons spéciale.
Merci de votre générosité.
Vous êtes quelqu'un de bien et je vous souhaite le meilleur,
d'avoir un jour cette famille dont vous rêvez, avec qui partager cette belle aventure qu'est la vie.
Avec toute ma sympathie, j'espère dans le futur vous revoir.
Votre ami d'un jour, pour toujours.
D.R – Corazon."

.

Bon sang...

Les deux choses que tu lui as souhaitées... avoir une famille et vous revoir... les deux sont en cendres aujourd'hui.

Pourquoi le destin agit-il ainsi ? Pourquoi ?!

« Heart... »

Murmure presque inaudible, la voix du barbu me fait tressaillir. Pourquoi est-ce à moi de lui dire ?

Je ne veux pas... Mais il poursuit.

« Hier, vous avez parlé d'lui au passé... Vous n'vous voyez plus, c'est pour ça ? Dites-moi comment il va... Il va bien n'est-ce pas ? »

Une torture...
Cette conversation est une torture...

Comme si le monde paisible dans lequel nous étions enfermés venait d'exploser, je sens que tout devient noir, qu'il n'y a plus que des ombres et du sang autour de moi.

Le sang... Le tien... Ton dernier sourire...

« Heart ! »

L'entendant crier, brusquement je me lève, lui faisant enfin face. Cette foutue réponse est la dernière chose que je veuille lui donner mais avant que je parle, il semble la lire dans mes yeux car les siens sont voilés de larmes, l'une d'elle glissant sur sa joue en silence. Le spectacle est si triste, si accablant que je me sens cloué sur place. Démuni. Dépourvu de la moindre force, de la moindre larme après les avoir toutes versées. Impuissant. Pourtant, je ne peux pas rester ainsi. Au nom de l'affection que vous vous portiez, Barbe Brune mérite plus qu'une confession muette, même si cela m'en coûte.

« Brown... Corazon n'est plus parmi nous... » Je déclare alors, le cœur en miettes. « Ça fait plusieurs années... Je n'ai rien pu faire pour l'empêcher... pour le sauver... et je m'en voudrais toute ma vie... »

Devant moi, aussitôt le vieux pâlit.

Le regard ébranlé il s'effondre, me supplie de lui dire que ce n'est pas vrai. Mais la vérité est plus amère encore car il y a autre chose. Une confession que je dois faire si je veux être entièrement juste avec lui.

« Je donnerais ma vie pour que ce soit faux, mais c'est impossible... Il n'est plus là... et je dois vous dire autre chose. » Commencé-je. « Je n'suis pas une aussi bonne personne que lui. Il faut qu'vous l'sachiez... Quelques mois avant qu'il ne disparaisse... nous sommes venus dans cette forêt, Corazon et moi. Il voulait me faire découvrir le lac. Sur le chemin, il a suggéré qu'on s'approche du village... Il m'a demandé si j'étais d'accord pour rencontrer des gens... Je suppose qu'il voulait nous présenter... mais j'ai refusé. Je voulais qu'on n'soit que tous les deux... Je réalise aujourd'hui que par ma faute, vous avez perdu la seule chance de vous revoir... Je... »

Mais je n'ai pas le temps de finir que Barbe Brune s'en va, le visage fermé.

Mes excuses se noyant dans ma gorge, je me laisse alors tomber sur le rocking-chair, le souvenir de ta demande et de mon refus me donnant envie de me frapper.

Bordel... Pourquoi ai-je été si égoïste ce jour-là ? Pourquoi nos vies ont-elles été détruites de cette manière ? Pourquoi ?!

D'un seul coup, ce qui était depuis hier un joli petit monde se trouve dévasté. Ne reste que la souffrance de ta perte et ce manque atroce. Serrant les dents, je prends ma tête entre mes mains, le regard perdu dans le néant, laissant les minutes s'égrener cependant que le jour décline, l'après-midi touchant à sa fin, irrémédiablement.

.

Lorsque j'abandonne mon assise pour me rendre au jardin, marchant sans but jusqu'au pommier dont les fruits m'avaient régalé plus tôt, celui-ci me paraît désormais terne, sec et froid. Je suis adossé à son tronc quand les pas de Barbe Brune me parviennent, s'approchant de moi. Croisant son regard embué et confus, je ne sais pas quoi dire. Mais je n'ai pas le temps de réagir qu'il s'empare de ma main pour y déposer quelque chose de doux : un foulard grenat que je reconnais aussitôt.

Tu le portais souvent quand tu avais dix-sept ans...
Puis on aurait dit que tu l'avais perdu.

« Il l'a oublié ici... Je l'avais rangé, espérant lui rendre un jour... » Souffle-t-il tandis que je serre le tissu. « Même si j'le voulais, j'pourrais pas vous en vouloir... J'sais trop bien c'que c'est... cette souffrance-là... »

« Brown... »

« Pas besoin d'excuses... Comment auriez-vous pu savoir ? Corazon n'aimerait pas vous voir comme ça... J'en suis certain. »

Là-dessus, il pose une main sur mon épaule, me laissant le foulard.

« Gardez-le... J'crois qu'le destin vous a conduit jusqu'ici... et qu'il devrait être à vous. »

Pris de court, je lève un œil bouleversé vous lui. Rien ne sort de ma bouche tant les mots me manquent. C'est alors que je le vois de nouveau pleurer, m'agrippant tel un soutien que je ne peux lui refuser. Partageant sa douleur, je pose donc une main sur son dos, essayant de l'aider à ne pas fléchir, l'écoutant me dire comme Monnet et Yuki lui manquent, comme il est triste de te savoir parti et comme il espère que vous soyez ensemble, quelque part dans ce qu'il nomme Paradis.

Plus le temps passe ainsi, plus je sens que la réalité reprend forme, devenant indéniable, impossible à fuir davantage. Aussi, tandis qu'il essuie ses larmes d'un revers de la main, respirant fort pour retrouver son calme, je lui annonce qu'il est temps pour moi de partir. Lui comme moi avons besoin de solitude. De silence. Ce qu'il comprend. L'ayant remercié, c'est sans tarder que je rejoins donc mon pick-up, ton foulard noué à mon poignet, sa douce caresse apaisant l'étrange agitation qui grandit dans mon cœur sans que j'en comprenne la raison.

Tel un faible écho, une petite voix me dit alors que le retour au monde réel a un prix.
Lentement, un constat m'apparaît, telle une évidence...

.

.

Plus tard...

.

.

La route vers le cottage n'a été que réflexion.
Pensées embrouillées. Incertitudes.
Confusions.

Le destin...

Je ne suis pas homme à y croire, mais tout cela n'a pas pu se produire par hasard.

Coupant le moteur, j'observe la petite bâtisse plongée dans la tombée du soir avant de fermer les yeux, posant mes lèvres sur ton foulard, l'esprit tiraillé, perdu.

Angel... Ma vie sans toi a toujours été si linéaire, fade et sans saveur... Je n'avais rien pour me raccrocher à toi hormis ce coffret et mon imaginaire que je mettais à profit avec des individus dont le seul mérite était d'être blonds, consentants à se taire et à ne rien réclamer de moi. Mais à présent que faire ?

Le destin...

Dois-je considérer qu'il a mis cette illusion sur ma route non comme un cadeau, mais comme un test face auquel je ne devais pas faillir ? Est-ce cela que tu veux me faire comprendre ?

Plus j'y pense, plus mon corps se tend. Bien qu'elle me paraisse claire, la réponse n'en est pas moins difficile à prendre. La seule chose dont je sois sûr, c'est que ma vie se résume à ce passé en cendres. A ton souvenir. A ce que nous n'avons pas pu avoir mais auquel je peux prétendre en rêve ou juste en baissant les paupières. La réalité, c'est autre chose. Et je ne peux pas rester ainsi, entre deux feux éternellement.

Sortant du véhicule, je jette un œil aux alentours, réalisant que le soleil se couche : soit le moment exact auquel j'étais censé rentrer hier. Si le gamin est là, je vais immanquablement l'entendre pester. Attrapant le sac de pommes que m'a laissé Barbe Brune en partant, j'espère qu'elles suffiront à faire passer la pilule en douceur. Néanmoins, tandis que j'avance vers mon habitation, une impression pesante me serre le cœur et c'est pire en entrant.

Entre les murs du salon plongé dans une obscurité totale, le silence est lourd. L'atmosphère étouffante, difficilement supportable.

Lorsque j'allume, la vision du gamin, assis sur une marche de l'escalier, muet comme une ombre me foudroie comme une gifle. Ses paroles de la veille me reviennent en mémoire.

.

« -Allez Law, reviens au coucher du soleil, OK ? »

.

Mais je ne suis pas venu.

Est-ce pour cette raison qu'il est ainsi ?

Rompant la distance entre nous je lui demande ce qu'il a, mon regard perdu dans ses prunelles plus sombres que d'habitude, plus froides aussi. Et étrangement, plus j'avance vers lui, plus il me semble que nous nous éloignons, que les murs du cottage nous écrasent, que rien n'a changé mais que tout est différent. La nuance est quasiment imperceptible, de l'ordre d'une simple lueur dans ses yeux. Pourtant, elle est si évidente que je m'arrête, réalisant qu'il me toise comme s'il ne m'avait pas vu depuis des années, ce qui achève de m'ébranler.

Bon sang...

« Qu'est-ce qui se passe, Ace ? »

Avec ce séjour chez le barbu, certaines choses en moi ont changé. Mais on dirait que dans ce même temps, la même chose lui est arrivée.

N'y comprenant rien, sentant un trouble informe m'envahir, je me demande si ce n'est qu'une impression quand sa voix me répond, faible mais d'une dureté dont la portée alors m'échappe.

« Rien. Je t'attendais. »

.

.

« Les hommes interprètent les choses selon leur sens,
très différent peut-être de celui dans lequel se dirigent les choses elles-mêmes. »
William Shakespeare, Jules César, Acte I, Scène 3.

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Réponse à Katym :

Hello Katym ! J'espère que tu vas bien ! :) Merci de ta review énergique ! XD C'est sûr qu'avec un chapitre pareil, je récolte un peu ce que j'ai semé ! Et Law pareil ! U_U Tu as pu avoir une partie des réponses (sur Law notamment) dans ce chapitre, le reste dans le suivant ! J'espère que ça te plaira ! :) Je suis d'accord avec toi sur les délais de parution très longs… Je vais tenter de m'améliorer cette année, j'espère y parvenir ! En tout cas, ça me fait super plaisir de voir que tu es à fond dans l'histoire, j'espère que ce sera pareil pour la suite ! N'hésites pas à me dire ce que tu en penses ! :D


*Tousse* Hum... Ainsi s'achève cette fin de début, qui espérons-le n'est pas le début de la fin (?) *s'enfuit dans les fougères* J'espère que vous avez apprécié et que l'histoire vous fera voyager cette année encore ! En tout cas, le cottage est grand ouvert aux habitué(e)s et aux nouveaux/nouvelles arrivant(e)s, n'hésitez pas ! :) Il en va de même pour les théories et commentaires, je suis preneuse de tout élément constructif ! :D Vous remerciant encore de me lire, je vous dis à bientôt ! ;)

Ever, le Bichon Mystérieux.