Δ Chapitre 26 : La difficulté d'un choix

Ginny tournait nerveusement sa cuillère dans sa tasse les yeux perdus dans le vide, pendant qu'Harry, assit à côté d'elle, me fixait de ses yeux fatigués, sans ciller. Le silence me semblait insupportable et pourtant, j'étais bien incapable de rajouter quoi que ce soit. Je leur avais déjà tout dit. J'avais débarqué chez eux au beau milieu de la nuit, accompagnée de Blaise et ils s'étaient attendus à tout, sauf à ma révélation.

Je levai finalement les yeux vers Blaise qui était restée totalement silencieux depuis que nous étions arrivés chez mes amis. Il m'adressa un regard désolé.

- J'étais certain que c'était Drago… marmonna-t-il. Tellement certain…

- On s'est tous fait avoir, dis-je dans le but d'enterrer la hache de guerre. A aucun moment je n'ai soupçonné Pansy Parkinson.

- Ca me semble pourtant si évident à présent…

Cette fois, Ginny et Harry réagirent et levèrent à leur tour les yeux vers Blaise pour qu'il poursuive.

- Elle a toujours eu le caractère d'un leader, bien plus que Drago. Elle est calme et ne fait pas de vagues inutiles contrairement à Drago. Néanmoins, elle sait se faire respecter et calmer le jeu.

- C'est la seule qui a réussi à arrêter Drago une fois, me rappelai-je. Daphné et lui se hurlaient dessus dans le hall du château, se lançant des sorts et quand Pansy est intervenue, tout a rapidement été réglé.

- Ce qui est bien la preuve que Drago savait qu'elle était « T », commenta Harry.

- Mais c'est aussi pour ça que tu as pu entrer dans l'organisation Hermione, précisa Blaise. Elle a cédé au caprice de Drago parce qu'il est son meilleur ami. C'est pour ça que tu es en sécurité, mais d'une certaine manière elle te déteste pour ça. En revanche, je me demande jusqu'où est allé Drago dans la vérité…

Harry, Ginny et moi fronçâmes les sourcils.

- Lui a-t-il dit que ton but était de découvrir qui était « T » et de le mettre hors d'état de nuire ? Poursuivit-il. Lui a-t-il au contraire dit qu'il arriverait à te faire adhérer au Triangle du sang avec de la patience ? Ou lui a-t-il dit tout à fait autre chose ?

- C'est une bonne question, en effet, commenta Ginny.

- Elle sait que Drago s'est intéressée à moi alors que j'étais encore avec Blaise, mais c'est tout, répondis-je. J'imagine donc qu'elle pense que j'ai vraiment rejoint l'organisation. Je suis tellement stupide… ajoutai-je d'un air désespéré. C'était Pansy depuis le début et je n'ai rien vu ! Pourtant elle a une chambre aussi luxueuse que Drago, je le sais pour y avoir été. Et ce n'est pas le cas des autres. Elle m'a également interrogé sur mes sentiments à l'égard de Drago et puis…. Drago n'aimait pas quand je critiquais « T », même s'il se vantait parfois d'être plus doué que lui. Plus doué qu'elle en l'occurrence, corrigeai-je.

Je marquai une courte pause avant de reprendre.

- C'est elle qui m'a envoyé au cachot pendant une semaine et c'est certainement pour ça que Drago ne voulait pas qu'elle me parle ou qu'elle s'approche trop de moi. Il lui en voulait et il avait peur qu'elle me refasse du mal.

- Si j'avais été à la place de Drago, je t'aurais sortis de ta cellule, fit remarquer Blaise en me lançant un regard entendu.

- Parkinson a beau être sa meilleure amie, elle n'en reste pas moins « T » et je pense que Malefoy sait qu'il ne peut pas franchir toutes les limites qu'elle impose, répliqua Ginny.

- Mais du coup, qu'elles sont les véritables intentions de Malefoy ? Demanda Harry. De quel côté est-il ? Du nôtre ou de celui de Parkinson ?

- Je pense qu'il est perdu entre les deux, répondit Blaise. Il n'a pas avoué à Pansy la véritable raison de la présence d'Hermione, mais il ne t'a pas non plus dit la vérité, insista-t-il en se tournant vers moi.

- Tu penses que…

- Drago essaye peut-être de raisonner Pansy depuis trois ans. Je pense qu'il ne veut pas l'abandonner, mais qu'il sait que l'organisation est…. Que c'est mal.

- C'est peut-être pour ça qu'il s'est fié à toi, ajouta Ginny à mon intention. Certes tu lui plaisais, mais je pense qu'il savait que tu pouvais peut-être être la seule à la tirer de ce pétrin. Il vit la même chose qu'avec ses parents, à l'époque de Voldemort. Il aimait trop ses parents pour avoir le courage de quitter les mangemorts et là c'est pareil !

- Oui mais cette fois, Parkinson ne court aucunes représailles puisque c'est elle « T » !

- Harry…

- Non Ginny, il faut choisir son camp à un moment ! Vous croyez que ça a été facile pour moi à l'époque de Voldemort ?!

- Tu as été bien entouré Harry, ce n'est pas comparable, insista Ginny. Tous tes proches étaient de ton côté.

- Il œuvre tout de même pour le mal en fermant les yeux sur les agissements de Parkinson ! Insista-t-il.

J'en voulais à Harry pour les propos qu'il avait à l'encontre de Drago, mais il n'avait pas totalement tord. Je le savais. Nous restâmes silencieux quelques instants, puis Blaise ouvrit la bouche.

- Quelle est la suite du plan ?

Je levai des yeux interrogateurs dans sa direction.

- Si tu as débarqué dans ma chambre en plein milieu de la nuit pour me trainer ici, c'est que tu as besoin d'aide pour la suite Hermione, insista-t-il.

- Je croyais que le château était surveillé ?! S'exclama Ginny la mine inquiète.

- Je suis passée par les murs. Un sortilège que m'a apprit Drago. Je ne pense pas que ce soit détectable.

- Tu ne penses pas ? Répéta Blaise d'une voix crispée. Eh bien en rentrant au château, nous serons vite fixés !

Je me tournai vers mes deux meilleurs amis qui me fixaient avec inquiétude.

- Je ne risque rien… Pas avec Drago qui…

- Et moi ?! Me coupa Blaise. Tu es venu me chercher dans ma chambre au beau milieu de la nuit ! Tu penses que Drago me protégera également ? Hein ? Je ne crois pas Hermione !

- Je suis sûres à quatre-vingt dix pour cent qu'on n'aura aucun problème.

- Blaise ne va pas y retourner, déclara alors Harry en se levant du canapé. On ne peut pas prendre le risque qu'il lui arrive quelque chose.

- Et Hermione si ?! S'exclama Ginny d'un air outré en se levant à son tour pour se mettre à sa hauteur.

- Je ne risque rien. Il y a peut être un petit danger pour Blaise, c'est vrai, mais pas pour moi. J'en suis certaine. Mais si Blaise disparait, ils vont le rechercher activement. Soyez-en sûrs.

- Alors nous le cacherons, fit Harry. Je le cacherais et je serais le seul à savoir où il est.

Il avait raison, moins de personnes seraient au courant, moins il y aurait de risque pour Blaise. Ce dernier m'adressa d'ailleurs un regard assassin. Etre mis ainsi à l'écart à cause de moi, ne devait vraiment pas lui plaire, mais comme il savait que c'était tout de même la meilleure chose à faire, il n'ajouta rien.

- Tu comptes vraiment y retourner ? Me demanda Ginny d'une voix tremblante.

Je hochai la tête.

. Que comptes-tu dire à Malefoy ?

- Ou ne pas dire… ajouta Harry.

- Elle doit lui dire qu'elle connait la vérité quant à l'identité de « T » ! S'exclama Ginny.

- Et si Malefoy la séquestre ou quelque chose du genre ? S'il l'empêche de sortir ? Pire, s'il décide de s'en prendre à elle ? S'exclama Blaise.

- Drago tient à moi, signalai-je. Il ne me fera jamais de mal.

- Tu ne connais pas le vrai Drago… Pas celui qu'il est devenu en tout cas.

- Et si Drago attendait de l'aide d'Hermione ? S'enquit Ginny. Si savoir qu'elle est au courant lui permettait de mettre fin au Triangle du sang ? Hein ? Peut-être qu'il n'attend que ça, on ne sait pas !

- Il y a deux secondes tu ne voulais pas qu'elle y retourne ! S'exclama Harry. Et maintenant, tu serais prête à prendre le risque ? Prête à mettre Hermione en danger ?

- Ce n'est pas à vous de décider ! M'exclamai-je. Je vais retourner au château et dire à Drago que je connais la vérité. Et j'aviserais selon sa réaction. Je peux être une très bonne comédienne quand je veux.

Blaise laissa échapper un rire moqueur, cependant totalement dénué d'humour.

- C'est la meilleure chose à faire, si on veut faire avancer les choses, insistai-je.

Lorsque je passai à travers le mur de ma chambre aux alentours de cinq heures du matin, tout était parfaitement éclairé, contrairement au moment où j'avais quitté la chambre quelques heures plus tôt. Drago déboula face à moi presque aussitôt, le visage crispé.

- Par Merlin… Mais où étais-tu au beau milieu de la nuit ?

Mon cœur battait à tout rompre, tendit que je serrais fermement ma baguette dans ma main. J'avais beau avoir dit à mes amis que je ne risquais rien, je n'en étais pas si sûre finalement. Si Drago était tel que le décrivait Blaise, il était possible qu'il réagisse mal. Je ne pensais pas qu'il pourrait aller jusqu'à me faire du mal, mais… une petite voix dans ma tête me disait de tout de même me méfier. C'était un sentiment affreux que d'avoir peur de la personne qu'on aimait.

- Qu'est-ce que tu fais avec ta baguette ? Ajouta Drago face à mon silence.

- J'ai hésité entre ne jamais revenir et me confronter à toi, dis-je en le fixant. J'ai finalement décidé de revenir parce que je t'aime.

Drago fronça les sourcils et esquissa un geste dans ma direction, mais je pointai aussitôt ma baguette sur lui d'une main tremblante.

- Tu sais qui est « T » et te me fais tourner en rond depuis trois mois Drago…

- Mais qu'est-ce que tu racontes ? Demanda Drago visiblement troublé par mes propos.

C'était un excellent comédien.

- Je sais qui est « T ». J'ai entendu ta conversation de cette nuit avec Pansy Parkinson.

Cette fois, il se figea.

- « T » est Pansy Parkinson et tu le sais depuis le début, insistai-je.

Son regard se décomposa peu à peu et il se laissa mollement tomber sur le lit derrière lui. Il ne prononça pas le moindre son, se contentant de fixer un point invisible sur le parquet de la chambre.

Nous restâmes silencieux pendant des secondes qui ma parurent durer une éternité. A aucun moment je ne m'étais imaginée une telle réaction de la part de Drago. Il aurait pu s'énerver, nier, ou encore essayer de me rassurer, mais non… Il semblait plutôt abattu. Il n'essayait même pas de me convaincre que je me trompais, que j'avais mal entendu… Parce que mine de rien, jusque là, j'avais encore espéré m'être trompée.

- Je pense que dans un sens, j'espérais que tu découvres la vérité, finit-t-il par dire dans un souffle.

Si je fus soulagée par son aveu, je ne me laissai pas déconcentrer et attendis qu'il poursuive.

- Il y a trois ans, Pansy m'a fait part de ce qu'elle pensait des sorciers tels que Potter. Tu imagines bien que je l'ai prise pour une folle au départ… mais avec tous les exemples qu'elle m'a donné, j'ai finit par y croire moi aussi. Elle voulait monter une petite organisation avec des sorciers au sang-pur et des sorciers issus de parents moldus. Elle voulait que la population sorcière devienne plus puissante. Elle avait peur qu'un jour un nouveau mage noir prenne le pouvoir. Elle voulait qu'on ait les moyens de lutter contre lui efficacement.

- Donc elle voulait créer une sorte d'armée ?

- Non, je n'ai pas vu ça comme ça à l'époque. Cela me paraissait sans risque, sans danger… sans mauvaises intentions. Elle voulait juste assurer les arrières de tout le monde.

- Et ? Demandai-je avec une pointe d'impatience dans la voix.

- Et cela a dégénéré, comme tu peux le constater. Quand je m'en suis vraiment rendu compte, c'était déjà trop tard. J'ai compris au bout d'un an.

- Et tu ne t'étais pas demandé plus tôt pourquoi elle voulait que l'organisation reste secrète ? C'était quand même un bon indice !

- Elle disait que c'était pour éviter aux sorciers avec de mauvaises intentions de réduire à néant son projet. Elle avait également eu l'idée de créer un chef pour se protéger. Elle a créée le personnage de « T » pour se protéger d'éventuelles représailles de sorciers qui ne seraient pas d'accord avec elle. Elle n'avait confiance en personne.

- Et pourquoi « T » ? M'enquis-je.

- Tout simplement parce que c'est la première lettre du mot « Triangle ». Le Triangle du sang. C'est tout. Je suis coincé Hermione… ajouta-t-il le regard perdu. Coincé entre la folie de ma meilleure amie et ce qui est juste. Cela fait deux ans que j'ai compris que tout ça était mal, mais Pansy ne veut pas entendre raison, elle est devenue folle. Quand tu as été enfermée au cachot pendant une semaine, ce n'est pas parce que tu avais mal agit… C'était contre moi. Pansy me punissait moi... Je suis tellement désolé Hermione.

- Il faut mettre fin au Triangle du sang Drago. Il faut la dénoncer.

- C'est ma meilleure amie !

- Si tu as une meilleure solution, je t'écoute !

- Laisse-moi encore un peu de temps ! Je suis sûr que j'arriverais à la raisonner, elle commence à craquer, à en avoir marre de tout ça !

- D'après ce que j'ai compris tout à l'heure, c'est plutôt de toi dont elle a marre, signalai-je.

Il m'adressa un regard noir.

- Ce n'est pas la peine de me regarder comme ça, fis-je avec sévérité. Tu es en en tord Drago et aussi coupable qu'elle, puisque tu fermes les yeux sur tout ce qu'il se passe. Pire tu y participes !

- Pour essayer de trouver une solution !

- Tu n'essayes pas de trouver de trouver de solution Drago, sinon cela aurait été réglé depuis longtemps. Tu patauges !

Drago se leva brutalement du lit et j'eus le réflexe de relever ma baguette dans sa direction.

- Mais arrête ! S'exclama-t-il d'un air exaspéré. Tu as peur de quoi au juste ?!

- Eh bien j'ai peur que tu préfères Pansy à moi et que tu décides donc de me réduire au silence.

Drago explosa de rire, même s'il ne semblait absolument pas amusé par la situation.

- Comment aurais-tu réagis si cela avait été la fille Weasley ou Potter à la tête de l'organisation ? Hein ? Me lança-t-il.

- lls n'auraient jamais eu une telle idée !

- Mais si avait été le cas ? Insista-t-il. Tu les aurais aussitôt dénoncés ou tu aurais essayé de les raisonner ?

- De toute façon, que Parkinson retrouve la raison ou pas, elle passera le reste de sa vie à Askaban Drago…

- Mais si elle renonce à tout ça ?

- Elle a orchestré des meurtres et des enlèvements ! Mais est-ce que tu te rends compte ? Qu'elle renonce ou pas au Triangle du sang, elle sera emprisonnée.

Drago ne répondit pas, se contentant de me défier du regard.

- Je n'y crois pas… marmonnai-je sous le choc. Tu ne veux pas qu'elle soit jugée. Tu veux qu'elle s'enfuie comme si rien ne s'était passé…

- Je veux qu'elle retrouve la raison et qu'elle puisse vivre sa vie, corrigea-t-il d'un ton dur.

- Non, tu veux que ses crimes restent impunis… Mais tu te rends compte de ce que tu dis Drago ? Demandai-je d'une voix tremblante. Elle a tué et fait tuer des sorciers innocents… Elle a…

- JE SAIS CE QU'ELLE A FAIT ! Hurla-t-il me coupant brutalement la parole.

- CALME-TOI SINON JE PARS ! Hurlai-je à mon tour.

Drago recula d'un pas, mais ne sembla pas calmé pour autant. Je le vis serrer ses mâchoires avec force, puis un hurlement s'échappa de sa gorge tandis qu'il tombait à genoux au sol. Il porta ses mains à son visage, tandis que je le fixai sans savoir quoi faire ou dire. Je ne savais pas s'il pleurait ou non, mais il semblait atteint d'un si profond désespoir, que je m'approchai de lui pour poser une main réconfortante sur son épaule. Voyant qu'il ne me repoussait pas, je me laissai glisser à mon tour au sol pour le serrer dans mes bras.

Après de longues minutes de silence, Drago finit par relever les yeux vers moi.

- Est-ce que tes amis sont au courant ? Potter ? Weasley fille ? Est-ce qu'ils savent pour Pansy ?

Je contentai la tête.

- Et Blaise ? Non certainement pas… Mais tu vas finir par lui dire n'est-ce pas ?

- Il est déjà au courant. Harry est en train de le mettre en sécurité au cas où.

- Au cas où quoi ?!

- Je suis allée le chercher dans sa chambre tout à l'heure et on ne savait pas si cela allait être sûr pour lui de revenir. J'ai utilisé le sort pour passer à travers les murs, mais… je ne sais pas à quel point « T » fait surveiller le château. Enfin à quel point Pansy… Après tout, elle peut passer à travers les murs elle aussi donc…

- Elle n'est pas pour autant en mesure de détecter qui en faisait usage, répondit Drago. Enfin bon, j'imagine que si Blaise n'est plus dans nos pâtes c'est une bonne chose. On se fera moins facilement repérer.

Je lui adressai un regard interrogateur.

- Je vais commencer à ressembler des preuves et dès que cela me semblera suffisant, nous pourrons quitter le château et remettre ce que l'on a aux Aurors. A ceux qui ne font évidemment pas partie de l'organisation, crut-il bon d'ajouter.

Je le fixai avec hésitation. Allait-il encore essayer de gagner du temps ? Allait-il me dire qu'il avait besoin d'un mois ou plus pour récolter suffisamment de preuves à l'encontre de sa meilleure amie ?

- Il me faudra deux ou trois jours je pense, ajouta-t-il.

Visiblement non.

Après tout, il savait au fond de lui que j'avais raison. Il avait juste eu besoin de l'entendre. Il ne pouvait pas sauver l'avenir de Pansy ou de ses autres amis qui avaient participé au Triangle du sang.

- Il ne me restera plus que toi après ça, fit-il.

- Tu auras Blaise, tentai-je dans le but de lui remonter le morale.

- Tu penses vraiment qu'il va me pardonner de t'avoir détourné de lui ? Lâcha-t-il avec un rire jaune. Il ne me restera plus que toi Hermione… Tu ne m'abandonneras pas hein ?

- Bien sûr que non !

- Même lorsque tu n'auras plus aucune raison de me fréquenter ?

- Mais qu'est-ce que tu racontes ?

- Tu as rejoins l'organisation pour trouver qui était « T ». Tu t'es rapprochée de moi dans ce but là. Mais quand tout sera fini…

- Cela ne changera rien Drago, dis-je d'une voix rassurante. Je ne me suis pas servie de toi pour arriver à mes fins. Je te rappelle que je suis une ancienne élève de Gryffondor ! Je suis loyale et sincère.

Drago m'adressa un léger sourire et nous nous relevâmes enfin du sol.

Ma journée au ministère me semblait interminable, tant j'étais fatiguée et tourmentée. Je ne pensais qu'à une chose : Pansy Parkinson.

- Vous n'avez pas l'air bien, commenta Audric Roman en me jetant un œil de son bureau.

- J'ai été malade toute la nuit, mentis-je. Mais ça va beaucoup mieux, je manque juste de sommeil.

- Allez prendre l'air ça vous fera du bien.

- Ca va aller, ne vous en faites pas. Je vais me reprendre.

- C'est un ordre Mlle Granger, insista-t-il avec un sourire bienveillant.

J'hésitai quelques secondes, mais finis par me lever. Après tout, un bon bol d'air frais ne me ferait pas de mal et m'aiderait peut-être à me remettre les idées en place pour me concentrer sur mon travail.

Lorsque j'arrivai dans la cour extérieure du ministère, elle était presque vide à cause du froid. Néanmoins, des cheveux pratiquement blancs attirèrent mon attention. Drago était là, assis sur l'un des bancs, me tournant le dos. Peut-être avait-il besoin d'être seul après la nuit qu'il avait passé… Peut-être que… Le cours des mes pensés s'arrêta. Il venait de se retourner vers moi, comme s'il avait senti ma présence. Je lui adressai un sourire timide auquel il répondit et j'avançai alors vers lui pour m'asseoir à mon tour sur le banc.

- Il fait froid, dit-il sans se tourner vers moi.

- Oui, c'est vrai.

- On est un couple ?

Il passait d'un commentaire totalement banal à une question étrange. Etrange car elle me mettait très mal à l'aise de part son importance. Au sein du Triangle du sang, nous étions en effet un couple aux yeux de tous depuis peu. Ginny et Harry étaient également au courant, mais personne d'autre ne savait.

- Non, on n'est certainement pas un couple, finit-il par dire face à mon manque de réaction. Sinon, on se tiendrait la main en public ou quelque chose du genre. Non, on ne se tiendrait pas la main, fit-il quelque peu amusé par sa propre réflexion. Ce n'est pas mon genre. Mais je passerais peut-être mon bras autour de tes épaules en marchant dans un couloir, tu m'embrasserais peut-être rapidement en passant dans le bureau des Aurors. Tu passerais peut-être me voir tout simplement pour discuter. Moi, je viendrais te chercher à ton bureau le soir pour rentrer…

Drago était-il en train de remette en question ce qu'il se passait entre nous ou me faisait-il au contraire part de ses attentes, de ses espoirs ? Il se tourna finalement vers moi et plongea son regard dans le mien. Alors que j'allais ouvrir la bouche pour répondre, son regard se durcit et il alla jusqu'à froncer les sourcils.

- Potter nous observe à travers la baie vitrée, grogna-t-il.

Je me retournai et vis en effet Harry qui semblait perplexe. Il fallait dire que j'avais complètement oublié de le tenir au courant de ma conversation avec Drago. Je me levai alors du banc en adressant à Drago un regard désolé.

- Je dois lui dire que tu es… que tu es bel et bien avec nous, dis-je.

Drago répondit par un sourire forcée et je me baissai alors jusqu'à sa bouche pour déposer un léger baiser sur ses lèvres. Mon geste sembla le surprendre, mais il se laissa cependant faire et lorsque je me détachai de lui, son sourire avait changé. Cette fois-ci, c'était un sourire sincère et soulagé.

- On est un couple Drago, lui lançai-je avant de tourner les talons pour rejoindre Harry qui me fixait d'un air peu certain.

Harry ne voulu pas qu'on discute dans le hall du ministère, ni même dans un couloir. Nous descendîmes donc de quelques étages pour trouver une salle de réunion vide, dans laquelle nous nous enfermâmes.

- Ginny avait vu juste, déclarai-je alors. Elle a vu juste sur tout. Drago était perdu entre ce qui était juste et son amitié pour Parkinson. Il espérait la sauver…

- Comment a-t-il réagit quand vous en avez parlé ?

- Il n'a pas vraiment essayé de nier, contrairement à ce que je pensais. Au début, il était abattu, ensuite il a essayé de marchander, puis il s'est énervé et il a fini par me dire qu'il rassemblerait des preuves contre elle et l'organisation.

- Ca va prendre encore je ne sais pas combien de temps ! Tu ne vois pas qu'il…

- Il m'a dit que cela devrait être bon dans deux ou trois jours.

Harry ne masqua pas sa surprise

- Moi aussi j'ai été étonnée, admis-je.

- Méfies-toi quand même.

- Me méfier de quoi ? Demandai-je avec une pointe d'exaspération dans la voix.

- Il a capitulé trop vite je trouve… Il va essayer de trouver un moyen pour gagner du temps.

- Je lui laisse une semaine. Et ce n'est pas la peine de t'énerver ! L'avertis-je. Une semaine pour dire adieu à sa meilleure amie et ses autres amis me semble juste. Sinon, tout s'est bien passé avec Blaise ? Il est en sécurité ? Comment justifie-il son absence auprès du ministère ?

- Il a dit qu'il était malade et oui, tout c'est bien passé. Enfin, il n'était pas particulièrement enchanté d'être mis sur la touche, mais il s'est résigné pour toi. Il t'aime toujours.

Harry et moi nous contemplâmes en silence pendant plusieurs secondes, avant qu'il n'esquisse un sourire.

- Tu nous aurais imaginés là il y a trois ans ? En train d'avoir cette conversation ? Parlant de Malefoy, Zabini…

Je laissai échapper un petit rire, qui se transforma cependant vite en soupire de tristesse.

- J'ai l'impression qu'on ne sera jamais débarrassés des mauvais sorciers, dis-je. Quand l'un d'eux disparait, un autre surgit de l'ombre…

Harry se contenta de hocher la tête, tel un automate.

- Je vais y aller, j'ai pris l'air trop longtemps. Mon nouveau chef va se demander ce que je fabrique.

Je posai la main sur la poignée de la porte et l'ouvris.

- Sois tout de même prudente avec Malefoy… On ne sait jamais.

Harry s'inquiétait beaucoup trop, mais j'acquiesçai pour lui faire plaisir.

Lorsqu'il fut près de dix-neuf trente, Roman me souhaita une bonne soirée en sortant du bureau et j'entrepris aussitôt de ranger mes affaires. Drago s'apprêtait à quitter et dénoncer tous ses proches, je me devais donc de me montrer présente pour lui. Une fois prête, je filai donc en direction du bureau des Aurors dans le but que tout le monde nous voit partir ensemble, comme n'importe quel couple aurait pu le faire. S'il m'en avait parlé plus tôt, c'est que c'était quelque chose qui lui tenait à cœur.

Lorsque je passai la tête à travers l'encadrement du bureau des Aurors, je vis aussitôt Drago qui me tournait le dos. Ron était également là et le toisait d'un œil mauvais.

- Oui ou non ? Insista le rouquin.

- Je ne vois pas en quoi mes affaires te regardent Weasmoche, répliqua Drago qui semblait perdre patience.

- Donc ça veut dire non, sinon tu n'aurais pas pu t'empêcher de t'en venter et de le dire à tout le monde.

Drago ne répondit pas et je profitai du silence de la pièce pour m'annoncer.

- Salut les garçons !

Les deux garçons se retournèrent vers moi dans un même mouvement.

- Tu as terminé ? Tu es prêt ? Enchainai-je.

- Prêt pour aller où ? Demanda Ron en fronçant les sourcils.

- Je ne suis pas sûr que ce soit à toi qu'elle s'adresse, commenta Drago en lui adressant un regard moqueur. Mais au moins, tu as ta réponse.

En tant normal, j'aurais réprimandé Drago pour ses gamineries, mais je ne voulais pas lui gâcher ce petit moment de bonheur. Après tout, il n'allait pas en avoir beaucoup durant les prochaines semaines.

- Alors ? Insistai-je en resserrant mon sac à main contre moi.

- Oui, j'arrive.

Je regardai Drago ranger quelques documents sur une étagère et il me rejoignit à la sortie du bureau.

- Bonne soirée Ron ! On essaye de tous dîner ensemble prochainement ?

- Vous allez où ? Demanda-t-il d'un ton bourru.

- Nulle part, on rentre c'est tout, répliquai-je en tentant de paraître naturelle.

- Mais vous rentrez où ? Insista-t-il.

Drago me jeta un coup d'œil étrange, comme s'il me demandait l'autorisation de répondre à Ron de la manière dont il l'entendait. J'accédai à sa requête d'un simple regard. Encore une fois, je pouvais bien lui accorder quelques instants de bonheur.

- Chez nous, dit-il alors.

Son manque de vantardise ou de moquerie m'étonna.

- Chez vous ? Répéta difficilement Ron.

- Brown et toi devez bien avoir ça non ? Un chez vous ? A moins que vous viviez dans une chambre de bonne en haut d'un immeuble miteux. Ce qui ne m'étonnerait guère d'ailleurs…

Je donnai un léger coup de coude à Drago, mais il n'y fit pas attention.

- Donc vous êtes ensemble ?

Drago consulta l'heure à sa montre, puis passa un bras autour de mes épaules.

- Je suis ravie de discuter avec toi Weasmoche, mais on va y aller, on a plein de choses à faire. On t'enverra un faire-part pour notre mariage !

Il m'entraina aussitôt avec lui dans le couloir, si bien que j'eus à peine le temps de souhaiter une bonne soirée à Ron. Drago retira son bras de mes épaules pour appuyer sur le bouton de l'ascenseur et je ne pus m'empêcher de l'observer. Il avait été assez doux comparé à ce que je l'avais déjà entendu dire durant toute notre scolarité. Peut-être n'était-il finalement pas totalement d'humeur aux moqueries. Pas que j'aurais souhaité qu'il s'en prenne plus violemment à Ron, mais cela démontrait clairement qu'il n'était pas vraiment d'humeur.

- C'était pour rire l'histoire des faire-part hein, me signala-t-il alors que les portes de l'ascenseur s'ouvraient devant nous.

Je levai les yeux au ciel amusé.

- Tu aimes les mariages ?

- Comme tout le monde, répondis-je tandis que les portes se refermaient sur nous.

- Non, pas comme tout le monde. Moi, je n'aime pas. On est obligé de s'amuser et de paraître heureux pour ne pas vexer les mariés. Cette mascarade me fatigue.

- Quand des personnes qui tu aimes se marient, tu es forcément heureux.

- Tu es content, mais ce n'est pas non plus la nouvelle de l'année pour toi.

- Ce que tu peux être rabat-joie quand tu veux ! M'exclamai-je.

- Je ne serais heureux qu'au mien de mariage.

- Et moi qu'à ceux des autres.

Il m'observa choqué.

- Je ne compte pas me marier, expliquai-je.

Il ouvrit de grands yeux ronds.

- Signer un contrat pour être avec la personne que l'on n'aime, tu m'excuseras pas c'est assez… Je n'ai pas besoin d'un contrat pour aimer quelqu'un. Je ne suis et ne serais la propriété de qui que ce soit.

Les lèvres de Drago s'étirèrent en un sourire étrange et il tira brusquement sur la manette de l'ascenseur, le bloquant entre deux étages.

- Qu'est-ce que tu fais ? Demandai-je surprise.

- Tu ne veux pas te marier, mais tu étais prête à t'unir à moi au sein du Triangle du sang ce qui était pire qu'un mariage normal. Tu étais aussi prête à avoir le tatouage sous le pied. Pour quelqu'un qui n'aime pas les contrats que concerne ta personne, tu m'avais l'air assez motivé !

- Ce n'est pas pareil. C'était pour la mission, pour toi, répliquai-je en levant les yeux au ciel.

- Pour moi… répéta-t-il d'un air songeur. Parfait, parfait.

- De quoi parfait, parfait ? Insistai-je.

- On se mariera.

- Certainement pas.

- Oh que si ! Et sera le plus beau jour de ta vie, insista-t-il en plongeant son regard dans le mien.

- Je ne me marierais jamais Drago, alors arrête, répliquai-je avec tout de même, une pointe d'amusement dans la voix.

- Femme qui rit…

- Tu connais cette phrase ? Demandai-je surprise.

Il joua des sourcils.

- Eh bien femme qui rit, à moitié dans ton lit, terminai-je. Donc cela n'a rien à avoir avec le mariage.

- Si ! Le mariage c'est l'étape suivante !

- N'importe quoi !

Drago m'attira à lui et ancra ses mains sur mes hanches tout en déposant ses lèvres dans mon cou.

- Très bien, je capitule, souffla-t-il près de mon oreille. On en reste à l'étape du lit.

- On est dans un ascenseur, commentai-je avec sévérité.

- Un peu de piment ne fait pas de mal Granger ! S'exclama-t-il avant d'écraser sa bouche contre la mienne.