Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.

Chapitre 26

Tac-tac-tac-tac-tac-tac-tac faisait le couteau sur la surface de la table, tandis qu'elle hachait avec soin, mais sans sa célérité habituelle, les tiges de tulipe séchées. A côté, un gros chaudron contenant déjà une solution de géranium dentu, de la poudre d'ortie et des yeux de crapaud glougloutait tranquillement et, assise à une petite table dans un coin, madame Pomfresh pointait les stocks de remèdes et l'utilisation des matières premières dans un gros registre déployé devant elle.

La guérisseuse n'avait pu que se féliciter de l'initiative de son Slytherin d'apprenti, qui lui avait suggéré d'employer Emilie Snape pour réaliser les potions et médicaments qui manquaient à l'infirmerie pendant qu'il restait en permanence. En effet, deux jours après la punition collective octroyée à tous les élèves pris en flagrant délit de possession du Chicaneur, la Serdaigle s'était présentée à 9 heures tapantes à l'infirmerie et, une fois descendue dans les cachots, dans la salle de Potions, s'était mise aussitôt au travail. Madame Pomfresh, qui surveillait toujours l'élève avec attention, avait pu juger qu'elle connaissait de toute évidence son affaire : elle avait de qui tenir, après tout, avait-elle songé, avec un petit malaise, et avait eu aussi un bon professeur, quand le Maître des Potions avait pris en main son instruction, avant…

La guérisseuse soupçonnait Emilie Snape d'avoir étudié la recette de la pommade anti-inflammatoire avant de se présenter, comme s'il était évident qu'il s'agissait d'une préparation à réaliser de toute urgence. Elle avait eu raison : deux semaines plus tard, elle était encore en train de réaliser un dernier chaudron de cette pommade apaisante et cicatrisante dont une partie serait stockée à l'infirmerie, tandis que le reste, réparti en petits pots de 75 grammes, serait transmis aux délégués des classes de chaque maison. Ça, ce serait la mission d'Alessandro Gabelli : madame Pomfresh ne voulait pas savoir comment il s'y prendrait, mais il faudrait que tôt ou tard tous les élèves aient à leur disposition ce remède.

Emilie s'interrompit quelques secondes, regarda le mur en face d'elle sans vraiment le voir, et se remit au travail en évitant de soupirer de façon trop visible. Elle savait que la guérisseuse l'observait, même si elle avait le bon sens de ne plus rester sur son dos comme lors de cette première séance. Ce matin-là, la Serdaigle avait bien cru qu'elle finirait par faire exploser un chaudron, son premier depuis sa toute première expérience avec les Potions, à douze ans. Bizarre, tout ça : Slughorn ne lui faisait ni chaud ni froid, il pouvait bien rester à côté d'elle, elle s'en moquait car il finirait de toutes manières par lui octroyer une note fantaisiste. Snape, elle avala sa salive : c'était autre chose. Oh, elle avait toujours été nerveuse lors de leurs séances de travail, même quand ils avaient fini par trouver une routine : l'enjeu, pour elle, avait toujours été trop lourd à supporter. S'était-il rendu compte qu'elle n'avait jamais cessé d'employer l'Occlumencie à chaque cours ? C'était probable, mais il avait eu au moins l'intelligence de ne rien dire. Madame Pomfresh, en revanche… Elle n'était pourtant pas méchante, hum, Emilie rectifia ce point : elle était au fond, tout au fond, une femme bienveillante, avec un caractère de dragon.

Non, non… ce qui avait été si dur, cela avait été la responsabilité qui lui avait incombé : avec un Potionneur ou un Maître des Potions sur le dos, l'élève avait toujours su, inconsciemment peut-être, qu'il ne pourrait rien arriver de bien terrible. Si elle se trompait, le professeur arrêterait la cuisson avant la catastrophe, si le remède était raté, il se contenterait de le faire disparaître et elle n'aurait empoisonné personne. Jusqu'à présent, elle n'avait fait que cette fameuse pommade qui n'était pas d'une difficulté trop grande, mais même une simple fiole de Pimentine aurait réussi à la mettre dans tous ses états. Cela avait été à un tel point que, la première fois, elle avait eu l'impression d'être épuisée comme s'il elle avait couru un marathon et qu'elle avait subrepticement entaillé le dos de sa main avec un couteau propre avant d'y appliquer la préparation pour la tester sur elle-même. C'était anti-scientifique, stupide, et, pour tout dire « amateur », mais elle avait eu besoin de se rassurer.

Elle rassembla les tiges de tulipe, et jeta les morceaux dans le chaudron. Un-deux-trois… dix-onze-douze, ça y était. Elle tapota deux fois la surface de la préparation avec le bout de sa baguette et baissa le feu, puis quand la surface ne fut plus parcourue que de légers frémissements, elle l'arrêta tout à fait, laissa le liquide devenu crémeux épaissir encore, puis se figer.

« Madame Pomfresh ? »

La vieille femme leva le nez de son registre, marqua sa ligne en y posant une grande règle de bois et observa sa nouvelle recrue. Pas de doute, Snape ne pouvait pas la renier, celle-là : tout y était, depuis les cheveux noirs, la pâleur, le grand nez et l'air renfermé, mais rassemblé pour former une version du Maître des Potions plus aimable et moins sûre d'elle-même. Au même âge, Snape senior avait déjà possédé les caractéristiques qui s'accentueraient, adulte. La guérisseuse s'en souvenait : l'air arrogant, une véritable provocation pour tous ceux qui l'avaient pris en grippe et en avaient fait leur tête de turc depuis son arrivée à Poudlard, la suffisance confinant à la pédanterie destinée à remettre tout le monde à sa place et qui perçait parfois à l'encontre de certains professeurs, le silence et le mépris devant les injustices qui lui étaient parfois faites. Enfant difficile à protéger, adolescent difficile à supporter et à défendre, desservi par le personnage qu'il s'était forgé. L'adulte… la guérisseuse refusait d'y penser, tant elle était choquée de ce qu'il était devenu, ou plutôt, de ce qu'il avait toujours été et qu'il laissait enfin voir. Elle se reprochait presque la pitié qu'elle avait pu ressentir, vingt ans plus tôt.

« Madame Pomfresh ? Pour la prochaine fois… Emilie laissa trainer la voix, se dandina d'un pied sur l'autre et s'en voulut immédiatement de laisser paraître son manque d'aisance : est-ce que je peux savoir ce qu'il faudra préparer ? Comme ça je pourrais travailler les recettes de mon côté…

-Bien sûr, répondit la petite femme en sortant de sa rêverie. Elle prit une liste qui était épinglée sur la première page du registre et cocha : il nous faudrait de la Régénération sanguine et de l'anti-Cruciatius. Il ne nous manque aucun ingrédient.

-Justement… commença la jeune fille après avoir noté les noms des potions dans un cahier gribouillé en tous sens et qui semblait, à ce qu'avait pu constater la guérisseuse effarée, lui tenir lieu de cahier de textes : est-ce que je peux savoir quels ingrédients doivent être commandés ? Il faut qu'on… que je m'y prenne à l'avance, corrigea-t-elle.

-Comment comptes-tu faire, mon petit ?

-J'ai des contacts, répondit la Serdaigle en haussant les épaules, sa nonchalance immédiatement trahie par une vive rougeur.

-Je te donnerai une liste la prochaine fois », répondit la guérisseuse, soudain mal à l'aise en remarquant comment le rouge avait soudain reflué au moment où le visage de l'adolescente avait pris un masque inexpressif qu'elle connaissait bien.

C'était une ressemblance qu'elle n'aimait pas, cette capacité de dissimuler en recourant à l'Occlumencie. A vrai dire, elle aurait été incapable de dire quand Snape avait commencé à employer cette technique, mais jamais elle n'avait vu son effet aussi clairement que sur le visage de sa fille.

Elle savait qu'elle courait un risque en requérant l'aide d'Emilie Snape : celui qu'on interdise ces séances, celui que le directeur ne s'intéresse d'un peu trop près à ses affaires. Sous ce rapport, d'ailleurs, Flitwick avait prévenu madame Pomfresh qu'elle devrait donner la liste des remèdes à réaliser une semaine à l'avance, informer Horace Slughorn et elle avait pu constater par elle-même que le directeur n'avait pas l'intention de lui laisser les coudées franches. Le premier jour, le chaudron chauffait déjà et Emilie Snape y touillait les premiers ingrédients quand Severus Snape était arrivé dans toute sa splendeur, non annoncé, se contentant de rester planté dans la pièce, ses yeux noirs examinant l'endroit et ses occupants avant de se fixer sur elle, madame Pomfresh, une femme endurcie et qui en avait vu d'autres, mais qui n'avait pu s'empêcher de sentir ses mains devenir moites. Slughorn, bien évidemment, n'était nulle part en vue. « Aucune préparation ne doit être faite sans surveillance » avait-il lancé du bout des lèvres avant de quitter les lieux et les deux femmes avaient soufflé en même temps, puis rougi de concert en réalisant qu'elles s'étaient trahies l'une à l'autre.

La semaine suivante, elles avaient pu constater qu'Horace Slughorn avait été réquisitionné pour superviser leur travail, ce qu'il faisait avec une mauvaise volonté évidente. Les séances suivantes, il s'était d'ailleurs contenté d'apparaître de temps à autre, mais ne s'éternisait jamais dans la salle.

Etaient-ce les vieux réflexes de Maître des Potions de Severus Snape qui l'avait poussé à venir vérifier ce qu'elles faisaient dans son ancienne salle de cours ? Etait-ce la défiance du Mangemort, soucieux de savoir comment une femme qui l'avait ouvertement défié respecterait ses ordres ? Etait-ce l'inquiétude du père ? La conscience professionnelle du directeur d'école responsable de la sécurité de tous, élèves et personnel ? Tout ça à la fois ? Madame Pomfresh était une guérisseuse avant tout, soigner était son credo. Elle n'enseignait pas et restait donc un peu à part des autres adultes de Poudlard : les factions, les coteries innombrables et changeantes qui avaient animé la vie de l'école tout au long des décennies où elle avait exercé son activité ne l'avaient jamais intéressée, car elle n'attendait aucun avancement, aucune amélioration de traitement. Même en ces temps troublés, surtout en ces temps troublés, madame Pomfresh préférait ne pas penser et faire ce qu'elle avait toujours fait : soigner les autres, mais en se demandant jusqu'où cela irait, cette fois.

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Son aide ponctuelle, en revanche, pensait, et pensait même beaucoup ces derniers temps. De toutes manières, ce n'était pas sa vie sociale trépidante qui allait l'en empêcher, bien au contraire !

Depuis son retour, la mine piteuse, dans la salle commune le soir de la fameuse consigne collective, seule personne épargnée, la solidarité Serdaigle à son égard avait commencé, ou plutôt, continué de s'émousser. Il ne s'agissait pas d'ostracisme, pas encore. Un bref regard échangé avec Marietta Edgecombe ce soir-là, une septième année qui avait naguère dénoncé l'Armée de Dumbledore après avoir reçu une dose massive de Veritaserum, lui avait brutalement rappelé ce qui pouvait arriver de pire. Marietta était toujours une paria, même quand on savait qu'elle n'avait rien pu faire à l'époque et que n'importe qui aurait parlé dans les mêmes circonstances. Les deux élèves ne se connaissaient pas, Emilie ne se souvenait pas avoir échangé deux mots avec Marietta, avant… ou après. Elle avait tout d'un coup réalisé qu'elle avait calqué son comportement sur celui de ses autres camarades et en avait eu froid dans le dos. Emilie revoyait encore les yeux exorbités d'Ann et Lucrezia quand elle avait débarqué dans leur dortoir vingt minutes après les avoir quittées, ainsi que le regard étonné mais calculateur de Melinda Bobbin quand elle avait compris qu'on n'avait pas puni la fille de Snape. Bonne ou mauvaise nouvelle ? Pour l'instant personne ne le savait, et surtout pas la principale intéressée.

Et puis il y avait eu cette apparition du directeur le dimanche matin. Elle avait failli laisser tomber sa louche et c'était tout juste si elle n'avait pas plongé carrément la tête dans le chaudron, comme une autruche, à défaut de sable. Il surveillerait, alors ? Vérifierait qu'on ne ferait pas d'autre mixture que ce qui était destiné à l'infirmerie ? Très bien… mais pourquoi tolérait-il qu'on fasse des kilos de pommade cicatrisante quand il avait lui-même interdit aux élèves d'aller se faire soigner, comme au bon vieux temps d'Ombrage ? Est-ce qu'il se souciait des élèves, en fait, mais préférait n'en rien laisser voir pour préserver… préserver quoi, au fait ? Parvenue à ce stade de ses réflexions, généralement, Emilie devenait grossière et dévidait mentalement un grand chapelet d'insultes à défaut de parvenir à une solution à son problème. Et à qui en aurait-elle parlé ? « Snape ne peut pas faire semblant d'être un Mangemort, parce qu'il est un Mangemort, idiote ! Dumbledore, tu t'en rappelles ? » auraient crié en cœur Lucrezia, Ann et toute l'école avec elles.

Ses pas la conduisaient vers la grande porte qui laissait voir un temps radieux entre deux averses, malgré un froid déjà mordant et les premières neiges qui coiffaient encore les arbres au loin et quelques carrés d'herbe, çà et là. Presque sur le seuil, elle s'arrêta pourtant et souffla de dépit : en temps normal elle en aurait profité pour aller marcher pendant des heures.

Elle n'avait pas envie d'étudier, aller en bibliothèque l'assommait, l'étude obligatoire le soir l'ennuyait et elle s'y concentrait tout juste pour faire les devoirs les plus urgents. Ses notes s'en étaient ressenties, sans pour autant devenir alarmantes, à ses yeux tout du moins. Ce n'était évidemment pas l'opinion de sa grand-mère qui avait reçu le troisième bulletin mensuel depuis la rentrée et avait pris sa plume la plus acérée (au sens figuré) pour bien enfoncer le clou dans le crâne (récalcitrant) de sa petite-fille : non, un P n'était pas suffisant et elle se moquait de savoir que cela équivalait à 10 à Beaux-Bâtons, parce que 10 cela ne lui suffisait pas, à elle. Emilie avait insisté pour retourner à Poudlard et sa grand-mère avait, dans un grand élan de pure générosité, accédé à sa demande : à elle de montrer un minimum de gratitude, ce qui se traduisait par « de bons résultats scolaires », ou, mieux encore, « les meilleurs résultats possibles ». Et puis, si elle ne comprenait vraiment pas, deux avis valaient toujours mieux qu'un et sa grand-mère serait au regret de devoir alerter son père qui, en dépit de ses nouvelles responsabilités, trouverait bien un moment pour évoquer la question avec sa fille, n'est-ce pas ? La lettre, après la colère, avait surtout suscité l'effroi d'Emilie qui rasait les murs depuis une bonne semaine, avançait à pas pressés tête baissée, en priant le ciel pour que Snape se contente de remettre sa grand-mère à sa place (avec sa bénédiction), mais qu'il ne s'occupe surtout pas d'elle. Surprises par ce retour à une étude frénétique, ses amies avaient compati, Ann lui offrant immédiatement ses notes d'astronomie, un sujet pour lequel Emilie n'avait jamais eu qu'une attention très modérée, mais qu'elle pouvait toujours repêcher en bachotant.

Soupirant derechef, la Serdaigle fit un adieu virtuel à sa ballade, et alla plutôt se promener du côté de la bibliothèque où elle devrait rencontrer Alessandro qui avait déclaré vouloir lui parler.

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« Qui est responsable de votre… hum, reprit Alessandro en se raclant la gorge et en essayant de réprimer un sourire : des Détraqués ?

-Lucrezia », répondit Emilie en souriant franchement.

Le garçon à côté d'elle pivota et continua d'avancer, à reculons, les mains dans les poches et le cou rentré dans le col de son manteau. Il faisait un froid de canard et la lumière grise de l'hiver qui débutait ajoutait à déprime ambiante. Le malaise était toutefois plus profond et devait beaucoup à la proximité des Détraqueurs qui hantaient les confins du terrain de Quidditch. Les deux élèves restaient à l'intérieur des frontières autorisées, mais ils savaient qu'ils ne rencontreraient pas âme qui vive, tout le monde évitant cet endroit comme la peste. On pouvait bien les voir discuter, cela n'avait pas d'importance tant qu'ils maintenaient un minimum de distance. Alessandro se demanda à plusieurs reprises si Nott, qui semblait avoir toujours un don de sixième sens quand il s'agissait d'Emilie Snape, les observait en ce moment et s'il décortiquait leurs moindres gestes : le Slytherin était jaloux et n'arrivait pas à faire taire ses appréhensions quand il s'agissait d'Emilie et lui, comme s'il était persuadé qu'il n'aurait suffi que d'une étincelle pour qu'Emilie et Alessandro sortent ensemble. C'était absurde, pensa-t-il, mais il détourna quand même les yeux et se remit à marcher normalement, dans le même sens que la Serdaigle.

« Pourquoi ? demanda Emilie, l'air sérieux.

-Et les Poufsouffles ?

-Pourquoi ? », réitéra la jeune fille.

L'Italien s'arrêta un instant et reprit sa marche en fronçant les sourcils.

« Ecoute, j'ai du mal à assurer, comment dire... à assurer la diffusion des pommades hors de l'infirmerie. Voyant l'air interloqué de sa compagne il expliqua à toute vitesse : madame Pomfresh me demande de distribuer des remèdes en cas de blessure… enfin, tu comprends. C'est déjà compliqué à Slytherin, mais comment veux-tu que j'y arrive pour les autres maisons ? Je sais qui est préfet, mais je ne sais pas qui est digne de confiance…

-A Serdaigle, tu peux être sûr de Lisa et Roger.

-Oui… écoute, ce n'est pas possible, il faut que nous nous coordonnions un minimum, déclara Alessandro d'un air mécontent : plus je contacte de personnes au hasard, plus je risque de me faire pincer ou d'être dénoncé et je n'ai pas envie de faire partie de la prochaine série de consignes, ni d'être viré de l'infirmerie.

-Je peux m'occuper de Serdaigle, réfléchit Emilie : nous ne pouvons pas nous permettre que Lucrezia soit radiée des délégués et puis, en ce moment, je suis « intouchable » ajouta-t-elle en faisant allusion au fait qu'elle n'ait pas été punie comme les autres parce qu'elle était la fille de Snape : autant en profiter un peu, non ?

-Si tu veux, concéda Alessandro qui insista pourtant : je veux rencontrer Blackwell, et les autres. Il nous faut une rencontre « au sommet », une seule ! Qui est le responsable des Poufsouffles ?

-Hum… commença Emilie qui ajouta précipitamment en voyant la mine sombre du Slytherin qui avait de toute évidence mal interprété son hésitation : non, Alessandro, c'est juste… hum… compliqué.

-Comment un Poufsouffle peut-il être compliqué, tu peux me le dire ? railla le Slytherin en provoquant un gloussement de son amie.

-Ils ont deux responsables, expliqua Emilie.

-Quoi ? l'air abasourdi d'Alessandro était impayable : ils ne peuvent pas s'entendre ?

-Si, mais ils étaient tous les deux assez impliqués depuis le début, et apparemment ils ont pensé que ce serait plus équitable comme ça.

-Ils sont dingues, commenta le jeune homme en secouant la tête : bon, alors, qui fait quoi là-dedans ?

-Et bien, en fait, ils alternent. Le regard consterné de son ami provoqua un début d'hilarité et la Serdaigle eut du mal à poursuivre ses explications : une semaine c'est l'un et la semaine suivante… bah c'est l'autre qui est responsable.

-Complètement malades, fit Alessandro d'une voix qui tendait vers le suraigu : et je fais quoi, je contacte le responsable de la semaine ? Oh, quels boulets, c'est pas possible ! » Il passa sa main dans ses cheveux plusieurs fois, les ébouriffant complètement.

Ils marchèrent un peu en silence, le Slytherin pestant à mi-voix et la Serdaigle luttant pour ne pas rire, consciente que son ami n'était pas d'humeur à voir le côté comique de la situation. Elle finit par se lancer :

« Lucrezia va d'abord parler avec eux, ça vaut mieux.

-Pourquoi ? intervint Alessandro, sur un ton un peu agressif : ils ne parlent pas aux Slytherins ?

-Lucrezia te connait un peu, enfin, elle sait qu'on est bons amis, alors ça passera bien de son côté. Comme elle connait bien les Poufsouffles, ça sera plus facile.

-Mouais, c'est qui, les deux blaireaux ? »

Cette fois-ci, Emilie ne put s'empêcher d'éclater de rire et articula :

-Owen Cauldwell et Jonathan Haffner.

-Connais pas, répondit-il en haussant les épaules : très bien, conclut-il d'une voix résignée, dis à Blackwell qu'il faut qu'on se parle, le plus tôt possible. Il faut que tout soit réglé définitivement.

-Et les Gryffondors ? demanda Emilie, curieuse.

-Tu as des tuyaux sur l'Armée de Dumbledore ? interrogea subitement Alessandro.

-Non, mais…

-J'ai quelqu'un en place qui pourra peut-être faire passer le message. Enfin, corrigea-t-il : je l'espère… »

La Serdaigle garda les yeux sur le visage de son ami pendant un bon moment, attendant qu'un nom franchisse ses lèvres, mais il reprit son chemin sans rien ajouter. Pinçant les lèvres, elle lui emboîta le pas, sa curiosité insatisfaite pour l'instant, mais ne doutant pas d'obtenir une réponse pas le biais de Lucrezia un de ces jours.

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Les heures qui suivirent comptèrent bientôt pour Alessandro, qui avait de solides notions d'histoire contemporaine moldue, aussi lourdement que s'il se fut agi d'organiser un nouveau sommet de Yalta. Il faisait confiance à Emilie pour décider Lucrezia et à cette dernière qui paraissait être une fille censée, pour décider les deux Poufsouffles qu'il ne connaissait pas, mais qu'il avait surnommés une fois pour toutes « les deux blaireaux » dans sa tête. Il n'en revenait toujours pas : et pourquoi ne pas organiser des élections ou un référendum, pendant qu'on y était ? Un seul chef, c'était amplement suffisant. Enfin, ce n'était pas comme si on lui avait demandé son avis, non plus.

Après sa promenade avec Emilie, il avait foncé en direction des serres en priant pour y trouver Londubat. Hélas, les dieux étaient contre lui et l'endroit était désert, plutôt sinistre dans la lumière déclinante de l'hiver, la pénombre étant accentuée par la mousse qui poussait dans les moindres interstices des grandes verrières. Il erra un peu dans les couloirs, croisa Nott avec lequel il se contenta d'échanger un regard meurtrier. Il regrettait parfois qu'il ne puisse plus le ranger dans la catégorie commode de « Mangemort en puissance » : il n'aurait alors eu plus aucun scrupule pour l'étrangler, tant il en avait assez d'être surveillé dès qu'il s'approchait à moins de deux mètres d'Emilie Snape. Le Slytherin ne paraissait pourtant pas en faire tout un plat quand un garçon de l'année d'Emilie discutait avec elle, non ? Alors ? Alors Nott était peut-être dingue, mais cela ne lui disait pas où se trouvait Londubat.

Résigné, Alessandro avait donc rebroussé chemin vers la bibliothèque et trainé un peu partout. Londubat n'y était pas non plus et le Slytherin allait décamper, quand il sentit quelqu'un tirer la manche de sa robe, posée négligemment sur ses épaules. Il se retourna : face à lui se tenait Lucrezia Blackwell. Elle lui dit pardon d'un air un peu accusateur et il sentit un morceau de papier effleurer sa main. Un instant plus tard, et elle avait disparu du côté du département de Divination. Au détour d'une allée, il déplia le papier et prit connaissance du contenu. Il comprenait que Blackwell assume la direction des « Détraqués » : c'était clair, ferme, professionnel. Elle proposait une rencontre en terrain neutre ce soir même, juste après le dîner et elle affirmait faire venir les Poufsouffles, « morts ou vifs ». Alessandro se demanda un instant ce qu'Emilie avait bien pu lui raconter pour justifier une telle urgence, mais il lui fallait au plus vite localiser son unique contact à Gryffondor.

Une heure plus tard, des kilomètres de couloirs et d'escaliers parcourus en catimini, il était à deux doigts de faire sauter la porte menant aux quartiers des Gryffondors et d'en sortir Londubat par la peau du cou quand il fit enfin ce que n'importe quel Slytherin faisait naturellement : réfléchir et envisager la situation sous tous les angles. Son problème était qu'il ne connaissait aucun Gryffondor en dehors de Londubat, ou plutôt qu'aucun des lions n'accepterait de discuter sérieusement avec lui et que, de son côté, il ne faisait confiance à aucun d'entre eux. Evidemment, cela limitait les options. Il essaya d'élargir son champ d'observation : Emilie ne lui avait jamais parlé des Gryffondors, Granger peut-être, à la limite, mais voilà, Granger n'était pas à l'école. Walter et Galaad avaient les mêmes fréquentations que lui. Nott : allons, soyons sérieux. Oriana avait eu une copine en cours de Divination… peut-être pourrait-il essayer de ce côté-là, même s'il préférait éviter son ancienne petite amie pour l'instant. Il ne pouvait quand même pas ordonner à un petit d'aller lui ramener Londubat en prétendant qu'il était cherché par madame Chourave : va pour une fois, après, cela sentait le réchauffé. L'idée de faire appel à quelqu'un de plus jeune fit tout de même son chemin et lui suggéra le nom de Vladimir Blegounovsky, le frère d'Oriana. Pouvait-il de son côté prévenir discrètement un quatrième année ?

Cela c'était révélé une bonne solution et Alessandro avait eu la satisfaction de voir Londubat débarquer dans les serres à l'heure au rendez-vous qu'il avait fixé. Si le Gryffondor avait été surpris d'apprendre que des organisations parallèles à l'Armée de Dumbledore existaient dans les autres maisons, y compris à Slytherin, il n'en avait rien laissé paraître. L'idée d'une prise de contact des différents chefs en revanche, s'il comprenait son utilité, lui avait parue difficile à mettre en place.

« Je ne peux évidemment pas être catégorique, mais si j'en parle euh… à la personne concernée… je ne suis pas sûr que ça marche…

-Les Serdaigles et les Poufsouffles seront là : ils savent apparemment faire le tri parmi les Slytherins, eux.

-Oui, avait répondu le Gryffondor, mal à l'aise et en baissant les yeux.

-Londubat, avait soupiré Alessandro : je ne peux pas continuer à vous fournir des remèdes sous le manteau sans une organisation efficace. Je ne te parle pas en tant que Slytherin, mais en tant qu'apprenti de madame Pomfresh !

-Je sais, avait acquiescé Neville, passant une main dans ses cheveux pour remettre en place une mèche qui lui était tombée devant les yeux. Il avait paru réfléchir et avait fini par lâcher : je vais transmettre ta proposition, tu as ma parole.

-Pas de noms.

-Non, bien sûr. Je ne peux rien te promettre, mais, si jamais la personne à qui je pense ne venait pas, je viendrais, moi. »

Même s'il ne l'avait pas avoué, la proposition de Londubat avait rassuré Alessandro qui n'arrivait pas à faire taire ses propres préventions à l'égard des Gryffondors, malgré l'ardeur avec laquelle il tentait de faire la leçon aux autres quand il s'agissait de la mauvaise réputation des Slytherins.

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Le crépuscule semblait accentuer le silence. Alessandro savait qu'il n'y avait presqu'aucune chance de croiser un élève dans la volière à cette heure-là, un dimanche soir, surtout à quelques minutes du couvre-feu, mais cela ne l'empêchait pas d'être circonspect.

Il avait terminé de rédiger sa lettre hebdomadaire dans la salle commune, au coin du feu, ignorant les jeux bruyants des plus petits, les messes basses de quelques groupuscules qui se croyaient mystérieux, les manœuvres d'approche de plusieurs garçons en quête de l'âme sœur, et les activités amoureuses que certains couples paraissaient se faire un devoir d'exercer en public. Dans son état de célibat plus très récent mais forcé, Alessandro trouvait ce genre de spectacle plutôt déplaisant.

Quand il s'était levé pour aller confier sa lettre à un hibou en vitesse, il avait pu remarquer le groupe qui occupait les divans et les fauteuils disposés devant la cheminée : la fine fleur de Slytherin. Zabini alignant les bons mots comme des perles, Malefoy riant de temps à autre et parlant doucement à Daphné Greengrass, le dos appuyé au mur, trop proches pour laisser subsister le moindre doute sur leurs intentions. Assises par terre, les jambes repliées sous elles, Pansy Parkinson et Milicent Bulstrode devaient sans doute débattre des mérites de tel ou tel, dissimulant à peine leur intérêt. Alessandro avait malgré lui sentit ses oreilles chauffer à chaque fois qu'il avait croisé leurs regards rieurs. Vincent Crabbe et Gregory Goyle avaient autour d'eux une petite cour de sycophantes et leurs débats paraissaient plus sérieux. Nott, ses lunettes accrochées à l'encolure de son pull, une sacoche pleine de livres à ses pieds, était assis sur une table, les jambes écartées et ses coudes posés sur ses cuisses, et semblait se livrer à une joute oratoire avec Zabini qui avait aussi pris à partie Walter, qui s'était vu offrir un verre de bière-au-beurre.

Le tableau était étonnant, tant il comportait encore d'insouciance et renvoyait à des complicités de longue date. Même Walter, qui n'était pas du même milieu social et ne partageait pas les idées de la plupart des élèves réunis ici, paraissait à l'aise en leur compagnie, y compris après les révélations publiques malencontreuses sur ses préférences intimes. Alessandro avait une seconde examiné son interaction avec Zabini qui passait pour être « à voile et à vapeur », mais il n'y avait décelé qu'une camaraderie bon enfant remontant à leur arrivée à Poudlard sept ans auparavant. C'était dans ces moments qu'il se sentait exclu : il avait beau avoir embrigadé une partie de Slytherin dans son organisation clandestine, s'être plus ou moins assuré la neutralité d'un Theodore Nott qui paraissait ce soir étrangement joyeux et amical, jamais il ne partagerait ces moments avec eux et il ne viendrait sans doute à l'idée de personne de l'inviter à les rejoindre. Il avait beau se dire qu'il s'en moquait, que l'amitié d'un Malefoy ou d'un Zabini était la dernière chose qu'il recherchait, il haïssait parfois ce fossé insurmontable entre eux. Les liens qui s'étaient tissés quand tout ce petit monde était arrivé encore enfant au château, restaient si forts qu'ils l'excluaient encore alors que la « différence » de Walter, pourtant stigmatisée par de nombreux garçons, ne comptait plus dans ces soirées bon enfant.

Il avait encore fallu quelques échanges entre les « chefs » pour convenir d'un lieu de rendez-vous. Alessandro avait été heureux que Lucrezia Blackwell ait exclu d'emblée la Tour des Elfes : ce n'aurait pas été une bonne idée que de montrer que les lieux étaient partagés par les Slytherins, ni de les offrir aux Gryffondors (Alessandro avait déjà du mal à accepter d'y voir des Poufsouffles, alors ce n'était pas la peine de prendre le risque de voir un Gryffondor mettre en péril leur planque en or). La Salle sur Demande avait été refusée par les Gryffondors. Intéressant, ça. Surtout quand on savait que l'Armée de Dumbledore l'avait occupée du temps d'Ombrage. Le Slytherin avait donc fait acte de générosité et proposé la petite salle abandonnée sous la volière, qui ne relevait pas non plus du secret atomique et présentait l'avantage de fournir une excuse plausible si on les remarquait à proximité.

L'Italien était passé une première fois devant la porte, à pas de loup, avant de monter trouver Valium pour lui confier son message. Ce n'était qu'une formalité et il avait pesé chaque mot, car il savait que le courrier serait ouvert avant que les hiboux ne reçoivent l'autorisation de s'envoler. Il était redescendu en prenant tout son temps, en scrutant le couloir qui, heureusement, ne comportait aucune armure ni aucune statue propre à dissimuler un ou plusieurs élèves. Jugeant la voie libre, il avait pris une profonde inspiration et murmuré un Alohomora. Lucrezia Blackwell était déjà là, les bras croisés, sa grande natte un peu en désordre à moitié entortillée dans sa grosse écharpe de laine. De chaque côté, un pas derrière elle, se trouvaient les deux « blaireaux ». Alessandro avait été à deux doigts de rire devant ce positionnement révélateur et les Poufsouffles avaient sans doute senti son ironie, car ils s'étaient empressés de venir sur le devant de la scène, l'air sombre, offrant leurs noms, mais pas leurs mains. Très bien, Alessandro n'avait pas non plus esquissé de geste envers eux.

On avait attendu encore cinq minutes dans un silence inconfortable. Alessandro était sûr qu'il aurait pu dessiner chaque pierre du sol dallé de mémoire, tant il les avait examinées. Les autres faisaient de même et, finalement, le bruit du mécanisme métallique de la serrure s'était fait entendre, faisant bondir quatre cœurs. Le premier à entrer fut Neville, que le Slytherin salua d'un signe de tête, puis vint une grande fille rousse à la silhouette longiligne, sa minceur soulignée par le pantalon gris foncé de son uniforme et le manteau aux parements rouge et or qui tombait impeccablement. On ne perdit pas son temps en amabilités. Ginny Weasley cachait à peine la défiance qu'elle éprouvait envers le Slytherin, ce qui était après tout, normal. Plus étrange était la circonspection qu'elle semblait éprouver pour la Serdaigle, mais Alessandro se demanda s'il n'y avait pas là la trace d'une querelle plus privée : après tout, elles étaient dans la même année ?

Déterminé à prendre l'avantage, Alessandro parla le premier et se présenta comme l'apprenti de madame Pomfresh, ce qui était la stricte vérité, sans dire un mot d'une quelconque organisation d'opposition Slytherin, une omission qui, il en était sûr, fut au moins remarquée par Lucrezia Blackwell, mais elle était assez fine pour ne pas mettre le sujet sur le tapis quand il avait marqué clairement son désir de laisser ce détail de côté.

« Pourquoi madame Pomfresh ne nous en parle-t-elle pas ? »

Qu'est-ce qu'elle attendait ? Une invitation officielle, avec le cachet du directeur, aussi ? Le Slytherin abandonna à regret la contemplation des longs cheveux roux de la Gryffondor et lui envoya un regard bien sombre :

« Ce n'est pas comme ça que ça marche : madame Pomfresh me donne les remèdes et me demande de les distribuer. A moi de me débrouiller, seulement c'est trop dangereux. Il reprit sa respiration et alla s'assoir sur une caisse retournée : j'aimerais aussi qu'on échange des informations. »

Aïe ! Il avait fait exprès d'être direct pour que les Gryffondors comprennent tout de suite et qu'on ne passe pas la nuit à arriver là où il le souhaitait, mais manifestement ils se montraient plus farouches d'un troupeau de licornes. Ginny Weasley n'avait rien dit mais tout dans son attitude proclamait l'outrage. Neville regardait ses chaussures et faisait de son mieux pour tordre ses doigts. S'il continuait comme ça, Alessandro jugea qu'il allait finir par en casser un.

« Quelles informations ? »

Un point pour Serdaigle, pensa le Slytherin avant de se tourner vers Lucrezia, oublieuse des regards plus qu'alarmés que lui balançaient ses deux acolytes.

« Londubat, tu te souviens de la fois où les Carrow ont consigné McLaggen, Finnegan et je ne sais plus qui ? »

L'intéressé était un peu pâle, gêné d'être ainsi distingué par le membre d'une maison ennemie, mais il hocha la tête.

« Tout le monde était au courant de la consigne, heureusement, mais madame Pomfresh m'avait demandé de faire le pied de grue pour savoir ce qui se passerait et trouver un moyen de les soigner sans qu'ils aillent à l'infirmerie. Donc, j'ai attendu et j'ai improvisé.

-C'est toi qui a passé…

-Oui, affirma Alessandro en coupant la parole à Ginny Weasley : j'ai fait prévenir Londubat et on s'est débrouillés, mais il serait plus simple de me prévenir systématiquement en cas de consigne qui tourne mal pour que je transmettre les potions ou les remèdes. »

Ginny Weasley paraissait avoir besoin d'un peu de temps pour digérer le fait qu'un Slytherin soit venu en aide, sans contrepartie, à plusieurs Gryffondors, aussi Alessandro fixa du regard Lucrezia, négligeant à dessein les deux Poufsouffles dont il n'avait aucun doute qu'ils emboîteraient le pas à la Serdaigle si elle se décidait.

« On te prévient dès que quelqu'un est blessé ?

-Oui.

-Il faut que tu saches comment…

-Oui, cela vaut mieux. De toutes façons, c'est madame Pomfresh qui décide du traitement : donc il faut avoir une bonne idée du sortilège employé ou tout au moins décrire les symptômes avec précision.

-Comment peux-tu nous donner les Potions ? »

Alessandro se tourna de nouveau vers la Gryffondor et vit dans ses yeux verts que l'intérêt l'emportait sur la défiance.

« Je suis quatre fois par semaine en permanence. Ces jours-là, j'ai accès aux stocks, mais je peux aussi m'arranger pour avoir un « malade » prêt à aller à l'infirmerie sous un bon prétexte.

-Le plus simple, c'est encore d'y envoyer des filles : tout le monde sait qu'elles sont souvent patraques et cela n'attirera pas l'attention, tant que ce n'est pas plusieurs fois par mois », assura Lucrezia.

Le futur guérisseur cligna plusieurs fois des yeux et eut la désagréable sensation de se sentir rougir jusqu'à la racine des cheveux. Le fait que les trois autres garçons présents aient l'air encore plus embarrassés parut beaucoup amuser Ginny Weasley qui arbora tout d'un coup un grand sourire et hocha la tête plusieurs fois en direction de Lucrezia, avec un air complice.

« Comment fait-on, matériellement ? Je veux dire : on ne va pas aller te trouver dans la Grande salle…

-Non, merci, rétorqua Alessandro avec toutefois un petit sourire pour atténuer la sécheresse de sa réponse à la grande rousse. Il allait proposer un Charme de Protée, mais Lucrezia Blackwell le devança.

-Tenez, une feuille chacun. On met Gabelli en receveur et émetteur, et le tour est joué. »

Les six élèves examinèrent d'un air dubitatif le petit bloc rose fluo qu'ils se passèrent les uns aux autres.

« Ça colle, ce truc » fit Neville, en arrachant une feuille.

Alessandro tournait et retournait son post-it entre le pouce et l'index, puis jeta un œil en direction de la Serdaigle. Il avait comme l'impression de savoir d'où venait ce nouveau jeu.

« Il suffit de le mettre sur une feuille, dans un livre, où vous voulez : ça se colle et se décolle comme on veut. Ce que vous écrirez apparaitra sur la feuille de Gabelli, même chose quand il écrira sur la sienne : vous recevrez le message. »

On fit des essais, puis on se sépara, à quelques minutes d'intervalles. Alessandro salua Ginny Weasley qui esquissa un minuscule sourire à son intention avant de foncer dans le couloir. Il allait prendre le même chemin quand Neville Londubat le retint par son manteau avant de monter à la volière :

« Elle est déjà avec quelqu'un, tu sais.

-Hein ? toussa le Slytherin, avant de cracher d'un ton vaguement dédaigneux : de toutes façons, ce n'est pas mon genre.

-Non, bien sûr. »


Note de l'auteur : Hello Fishina ! Snape attendait, bien sûr. Quant à la confrontation, je crains de décevoir. Snape doit jouer son personnage à la perfection, il ne faut pas l'oublier. Ceci dit, comme tu le vois, Emilie commence à se poser des questions…