Chapitre 26: Âmes sœurs
La jeune femme hésita de longues secondes avant d'appuyer sur la sonnette. Elle avait beau regarder la bâtisse de son enfance si familière, elle se sentait toujours mal à l'aise quand elle revenait ici et ce depuis quelques années. Elle retînt une nouvelle fois sa main lorsque la porte s'ouvrit pour laisser apparaître sa mère.
–- Je regarde ton petit cirque depuis tout à l'heure. Entre.
Sanae sourit à la femme et entra dans sa maison. Elle n'y avait pas mis les pieds depuis quoi, dix ans maintenant ? Depuis que Hayate avait reconnu Tsubasa lorsqu'il était petit, sa hantise avait été qu'il s'échappe un jour de la maison pour partir à sa recherche. Elle avait donc fait une croix sur sa ville natale. Heureusement que sa mère et son père conservaient une bonne entente malgré leur divorce et la grand-mère de ses enfants venait régulièrement à Londres.
–- Qu'est-ce qui me vaut ce si grand honneur ? Demanda Yoko.
–- J'avais besoin de voir ma Maman.
–- Je n'en crois pas un mot. Ton père m'a appelé dès votre arrivée au Japon il y a bientôt quatre jours maintenant et c'est seulement aujourd'hui que je te manque.
–- Oh désolé Maman mais j'ai...il s'est passé des choses...et bref j'ai oublié.
–- Oui j'ai entendu dire, sourit Yoko.
–- Papa est une vraie pipelette, maugréa la japonaise.
–- Pour être honnête, cette fois-ci l'information venait de ta belle-mère.
–- Natsuko ? S'écria Sanae. Oh non j'ai honte. Je ne suis même pas allée les saluer.
Yoko écouta sa fille se morfondre encore un peu tout en sirotant son thé sachant que Sanae avait besoin d'évacuer avant de se reprendre.
–- En fait Maman à la base je suis venue récupérer quelques albums que j'ai laissé ici, tu sais ceux des enfants.
–- Tu es venue de Tokyo jusqu'ici pour des albums ? Répéta sa mère incrédule.
–- Oui ce n'est pas si loin...Qu'est ce que tu voulais que je te dise ?
–- Je ne sais pas, me parler de Tsubasa par exemple.
Sanae s'enfonça dans son canapé, en pensant que ce qui devait être une rapide course sera sans doute une longue nuit. Elle n'avait même pas prévenu Hayate en plus. Misère.
Point de vue de Tsubasa :
Je m'ennuyai ferme. Les garçons étaient partis Dieu sait ou mettre en pratique le plan de Daibu. En quoi consistait ce plan, il n'en avait aucune idée vu que ses fils n'avaient pas voulu donner de détails. Tout ce qu'il savait c'est que ce soir il devait prendre la place d'Andrew au restaurant.
Flash-back
–– Tu comprends, en principe avec l'idée de Daibu, ça m'étonnerai que Andrew vienne dîner ce soir. Imagine Maman est la à attendre Andrew mais il lui pose un lapin, Maman s'énerve et c'est là que tu arrives pour sauver la soirée.
–– C'est tellement cliché, ripostai-je. Je ne me...
–– T'as une meilleure solution ? M'interrompis Tarô. Devant mon absence de réponse il poursuivit. Alors ta gueule ! Continue Hayate.
–– Je t'aime bien ! Rit Hayate.
–– Tu vas m'aimer encore plus quand on se connaîtra mieux. Daibu m'adore...plus que Tsubasa.
–– C'est pas vrai, objecta Daibu. Enfin ça dépend des moments, ajouta-t-il devant le regard de son parrain. Mais revenons au plan de ce soir. Comme l'a dit Hayate, tu as une seule fonction ,aller au restaurant. Avec des fleurs.
–– Des roses, ajouta Tarô.
–– Je t'emmerde, maugréai-je.
Fin du Flash-back
Point de vue de Daibu :
Andrew me regardait incrédule. Son visage perdit de ses couleurs quand Hayate lui expliqua que nous avions le même prénom. Ce n'était pas prévu. Il prenait un malin plaisir a le torturer. Il allait falloir que je le contrôle, je suis sur qu'il a prévu d'autres bêtises.
–– Bonjour, je suis le frère jumeau de Hayate.
Je m'assis à ses cotés, opposé à Hayate ce qui apparemment lui fit très peur puisqu'il se leva brusquement comme pour mettre le plus de distance entre nous. Mon jumeau en profita pour se coller à moi ravi de voir le trouble de notre victime. Je souris malgré moi face à son attitude.
–– Que...Comment est-ce c'est possible ? Tu as mis quelque chose dans mon verre Hayate, hein ? Ce n'est pas...réel, pas réel.
–– On comprend c'est dur à avaler, compatit Hayate.
–– Je...je ne comprends pas.
A le voir tourner en rond les yeux dans le vide, je regrettais d'emblée mon idée. Peut-être qu'on était allés trop loin.
–– On devrait peut-être partir, glissai-je à Hayate.
–– Ah non, tu vas pas te dégonfler.
–– Je me dégonfle pas, juste, on devrait le laisser digérer et revenir à la charge plus tard.
–– On n'a pas le temps.
–– Qu'est-ce que vous chuchotez tous les deux ? demanda Andrew.
–– Rien du tout, on se disait que peut-être on devrait vous laisser un peu d'espace.
Hayate me lança un regard assassin et je me sentis rougir. C'est vrai que je n'aurais pas du parler avant qu'on soit complètement d'accord. Heureusement pour notre fraternité Andrew refusa ma proposition et à ma grande surprise il prit une chaise sur laquelle il s'installa à califourchon face a nous.
–– Je veux comprendre, c'est sur que ta...votre mère est charmante mais je pense que cette histoire me concerne un peu.
Visiblement il ne savait plus à qui s'adresser mais en même temps il paraissait déterminé.Je fis signe à Hayate de commencer, pour cette partie, cela me paraissait plus crédible que ce soit mon jumeau qui parle. Il n'aura aucun mal à mentir.
––Alors voilà, notre mère est tombée enceinte à 15 ans suite à une relation avec un de ses cousins. Je sais ce que vous vous dites, que son âge ne correspond pas, mais il faut que vous sachiez qu'elle vous a menti, une femme jeune avec un enfant ça effraie qu'alors une femme mûre qui paraît jeune avec un enfant c'est tout de suite plus excitant...de son point de vue en tout cas. Et pour cette histoire de père non présent de ma vie, disons le carrément inexistant c'est parce que la famille ne l'a pas trop bien pris. On les a accusés d'inceste, mon père biologique ne l'a pas supporté et il s'est suicidé.
Je crois qu'Andrew était aussi ahuri que je ne l'étais, ce n'est pas du tout ce qui était prévu. Il racontait n'importe quoi, j'avais beau le pincer impossible de l'arrêter. J'étais scandalisé et impressionné à la fois. Le voir déballer une histoire aussi grosse avec un tel aplomb était bluffant. J'avais presque envie d'y croire. Je pris le relais en lui posant ma main sur la bouche, il était dans un délire ou il dépeignait Maman comme une femme perturbée par son enfance traumatisante.
–– Ne raconte pas toutes nos histoires de famille, lui dis je en le priant mentalement de se taire.
Il obtempéra et je retirai ma main laissant apparaître son sourire satisfait.
–– Quoi qu'il en soit, Maman nous a demandé de nous présenter à toi parce que maintenant que tu vas faire parti de la famille, il ne faudrait pas que tu sois choqué quand l'un de nous ira à la cave quand vous recevrez du monde.
–– A la ca...cave ? Bégaya Andrew.
–– Oui c'est une procédure réglée comme du papier à musique. On échange, je fais une moitié de soirée, Hayate l'autre. Ne vous en faîtes pas on vous tiendra au courant. Et puis c'est pas comme si vous risquiez de vous tromper de prénom.
–– Je ne comprends pas, pourquoi cacher qu'elle a deux enfants ?
–– Et bien quand elle a appris qu'elle était enceinte, notre mère a vraiment paniqué et comment dire elle a fait un déni de grossesse sans en faire un. Elle était consciente du fait qu'elle allait devenir mère mais elle préférait dire au monde entier qu'elle avait pris trop de poids, mais bon les gens ne sont pas stupides et ils ont bien vu qu'elle attendait un enfant. Et vu qu'elle ne pouvait plus mentir, elle a préféré nous ignorer. Elle n'est jamais allée chez le gynécologue et n'a jamais fait de contrôle à l'hôpital. Du coup, quand l'heure est venue, elle était psychologiquement prête pour un enfant.
–– Sauf qu'on était deux, ajouta Hayate.
–– Oui, et comme elle n'était pas prête à nous assumer tous les deux dans un premier temps, elle nous confiait a tour de rôle à notre grand-mère pour se consacrer à l'un de nous deux. Elle pensait mieux faire son rôle de mère comme ça.
–– Sauf qu'a un moment grand-mère en a eu marre et a refusé de continuer cette petite mascarade comme elle l'appelle, enchaîna mon jumeau. Du coup ça a bouleversé Maman un temps et puis après elle s'est dit qu'elle pouvait faire pareil chez elle. C'est pour ça qu'elle a aménagé la cave et qu'on échange nos places.
–– Mais attention on ne lui en veux pas. Elle a fait ce qui était le mieux pour nous, la défendis-je. On est heureux, et on est super content de vous accueillir dans notre famille, enfin sauf Hayate.
–– Je veux juste le protéger, je ne pense pas que ce soit normal la façon dont on vit, se récria l'intéressé.
–– Et voilà, c'est exactement pour ce genre de colère que tu passes moins de temps à l'air libre, le sermonnai-je.
Point final, au moins pour la dernière partie Hayate l'avait joué exactement comme prévu. Je n'avais pas besoin de sonder les expressions d'Andrew, elles étaient plus que visibles. J'avais l'impression que quelqu'un avait envie de vomir.
Point de vue de Sanae :
J'avais passé une bonne après-midi à parler avec ma mère de tout ce qui m'était arrivé depuis que j'étais au Japon. Tsubasa, les enfants. Notre conversation m'avait paru tellement étrange comme si je parlais de ma famille que je voyais au quotidien alors quand la réalité m'a rattrapée j'ai ressenti un pincement au cœur. D'un côté mes convictions étaient plus que renforcés, je voulais que mes fils se retrouvent au su et au vu de tous et non pas en cachette. Le déclic que j'avais eu à l'hôtel avait tout éclairci. Depuis que je savais que mes enfants s'étaient retrouvés je m'étais creusée la tête pour savoir comment ils avaient pu savoir. Le fait de me dire que j'étais avec Daibu depuis quelques temps m'a fait comprendre. J'ai envoyé Hayate dans un camp de football au Brésil et c'est Daibu qui en est revenu. Évidemment que Tsubasa devait envoyer Daibu à ce genre de colonie. Une rapide recherche sur Internet avait confirmé mes doutes quand j'avais vu le nom de Rivaul dans la rubrique cofondateur.
J'avais le début et la fin de l'histoire mais le milieu restait un mystère. J'avais tellement de questions. Comment est-ce qu'ils l'avaient pris ? Qu'est ce qu'ils ont cru ? Comment leur était venu cette idée d'échanger leurs places ? Il était devenu évident que c'était une mise en scène et que leur but était de nous réunir Tsubasa et moi. Je sentis les larmes monter en y repensant, je me repris en essuyant rageusement mes yeux, j'avais suffisamment pleuré sur l'épaule de ma mère, je ne devais pas ruiner mon maquillage. Comme le temps ne m'avait pas permis de rentrer à l'hôtel, j'avais conduis directement jusqu'au restaurant.
Ma mère avait encore quelque unes de mes robes donc j'avais pu me préparer à Fujisawa.
J'étais arrivée en avance ce qui fait que ni Andrew ni Hayate n'était la. J'avais prévenu Hayate par téléphone, enfin je lui avais laissé un message vu qu'il ne répondait pas, tout comme Andrew. Mais vu l'heure j'avais l'impression qu'aucun des deux ne viendrait. Je regardais une nouvelle fois ma montre, quinze minutes qu'ils devraient être là. Je tripotais mes bijoux quand je sentis une présence. Je relevais les yeux pour voir...
–– Tsubi ?
Il me tendit un bouquet de roses et s'installa en face de moi. Trop surprise par ce geste, je ne me demandai pas tout de suite ce qu'il faisait là.
–– Tu es magnifique, comme d'habitude.
–– Merci...
–– Qu'est ce qu'il y a ? Tu à l'air toute intimidée.
––C'est juste que je ne m'attendais pas à te voir ici.
J'avais les joues en feu. Comme je m'étais habillée chez ma mère, j'avais du reprendre de vieilles robes, et sur le coup j'avais oublié mais maintenant que Tsubasa était là je me souviens parfaitement que c'était la robe que je portais le soir de notre première fois. A l'époque il me l'avait arraché avec une fougue que je ne soupçonnais pas encore chez lui. Rien que d'y penser me fit rougir de plus belle. Tsubasa me regardait en souriant, il devait bien s'amuser de me voir rougir, il devait sans doute croire que c'était pour les fleurs.
–– J'ai juste eu à donner un généreux pourboire au réceptionniste pour qu'il me dise que tu avais réservé une table ici. Je ne t'ai pas vu de la journée.
Il posa sa main sur la mienne, sa caresse était légère mais elle me remémora encore plus cette fameuse nuit. Je serrai sa main en retour, puisque Andrew avait décidé de me poser un lapin, autant en profiter et puis c'était si rare que le timing de Tsubasa soit si parfait.
Le serveur arriva avec les menus et nous proposa de commander malgré le retard du reste de la table. Nous acceptâmes, mon choix fut rapide, j'avais amplement eu le temps d'y réfléchir, mon compagnon n'y jeta même pas un regard et commanda un repas traditionnel simple.
–– Quatorze ans plus tard et tu commandes toujours la même chose chaque fois que l'on sort, lui fis-je remarquer en riant.
–– C'est un plat qui me porte généralement chance, répondit Tsubasa en croisant ses bras sur la table. Alors où est-ce que tu es allée ?
–– Je suis allée rendre visite à ma mère.
–– Depuis le temps que Yoko attendait ta visite, elle a du être contente.
–– Si c'est le cas, elle ne l'a pas montrée.
–– Pour ça, je connais une autre personne qui lui ressemble.
–– Qu'est-ce que c'est sensé signifier ?
–– A toi de me le dire, c'est toi la spécialiste non, rit le capitaine.
–– Abruti. Comment va Daibu ?
–– Je ne l'ai quasiment pas vu, il avait l'air de bonne humeur, il a sans doute du aller rejoindre Hayate en secret.
–– Maintenant que j'y pense, j'ai quelque chose à te montrer.
J'avais complètement oublié la trouvaille que j'avais fait sur le site du camp brésilien. Je farfouillais dans mon sac pour en ressortir une feuille pliée en quatre que je tendis à Tsubasa. Quand il vit de quoi il s'agissait son regard s'illumina.
–– Ce n'est pas un montage ? Me demanda-t-il enthousiaste.
–– Non je ne pense pas, c'est une photo qui a été envoyé par un des jeunes du camp, un certain Ajay. Il a mis tout un tas de photos, j'ai, il me semble reconnu Miguel sur une des photos.
––Oui il est aussi parti.
–– Il a tellement grandi. Il ressemble toujours autant à Maria mais sa façon de se tenir me rappelle Rivaul.
–– Pas faux, on passe beaucoup de temps tous les quatre.
Je souris tristement, parler de l'Espagne me rendait nostalgique, mes amis, tout ce que j'avais fait manquer à mon fils. Quand j'avais trouvé cette photo, je m'étais sentie tellement coupable. Elle avait été prise avant que Hayate ne se coupe les cheveux, Daibu se tenait à ses côtés et l'étreignait tout sourire. Le même sourire que son enfance quand on le mettait avec son frère, j'avais comparé les clichés avec ceux que j'avais chez ma mère, tant de pages vides de vie.
–– Sanae, ce n'est pas de ta faute. Arrêtes de te torturer.
Sa voix interrompit mes pensées. L'entendre me dire que ce n'était pas de ma faute m'ôta un énorme poids du cœur. Non pas que je sois soulagée mais les mots que m'avais lancé Tsubasa lors de notre séparation m'avait marqués toutes ses années « C'est de ta faute. Ce n'est pas moi qui vais entraîner la séparation de mes enfants ». Émue, mes larmes coulèrent malgré moi.
–– Je suis désolée, c'est juste que tout ce temps, je pensais que tu ne me le pardonnerai jamais. Je suis vraiment désolée pour tout le mal que je t'ai fait Tsubi.
––Sunny...
Je devenais de plus en plus bruyante et les clients se tournaient vers moi. J'avais honte de me donner en spectacle comme ça mais je n'arrivais plus à me retenir.
Point de vue de Hayate :
Tout avait marché comme sur des roulettes, bon à part les moments où Daibu flippait comme un malade, tout s'était bien passé. Andrew avait tellement été choqué par notre histoire qu'il nous avait demandé de le laisser seul. Comme prévu, il avait posé un lapin à Maman, j'avais appelé le restaurant, on m'avait expliqué que Maman avait fondue en larmes et qu'elle était partie accompagnée de son rendez-vous. Je venais de raccrocher avec l'intention d'annoncer cette bonne nouvelle à mon frère. Au lieu de ça, j'ai trouvé Mathilda sur le pas de ma porte avec une valise.
–– Salut.
–– Salut. Qu'est-ce que tu fais avec ta valise ?
–– Je rentre à Londres avec Andrew.
–– Andrew part ? Cool.
Je la vis hocher la tête tristement. Ses yeux étaient brillant, elle allait pleurer. Et merde.
–– T'es pas obligé de repartir avec lui, on pourra te déposer, la rassurai-je.
–– C'est pas pour ça que je suis triste. Je te dis que je pars et toi tu te réjoui seulement du départ d'Andrew.
–– Et pourquoi je ne le serai pas ? Il n'y a plus d'obstacles à ce que mes parents se remettent ensemble.
–– Je sais bien mais ça te tuerait pour une fois de penser aux autres et pas juste à toi ? Tu sais que je suis amoureuse de toi en plus.
–– Ah et depuis quand ? je croyais que tu voulais Daibu.
–– Tout ce que je voulais c'était te rendre jaloux.
Elle s'avança vers moi et colla son visage au mien. Le silence flotta quelques secondes avant qu'elle s'éloigne.
–– Mais ça n'a pas marché, dit-elle dans un souffle.
Elle prit sa valise et se dirigea vers la sortie, elle croisa Daibu dans l'embrasure, elle l'embrassa rapidement sur la joue et disparue.
–– Pourquoi est-ce qu'elle a une valise, me demanda mon jumeau.
–– Andrew plie bagage, je jubilai.
–– Tu n'as pas répondu à ma question.
–– Mathilda part avec lui.
–– Oh, elle a donc décidé de confronter son père.
–– De quoi tu parles ?
–– Tu ne sais pas ? s'étonna Daibu.
–– Bien sur que je suis au courant, d'où ma question.
–– Très drôle. Son père veut discuter avec elle. Il veut qu'ils se réconcilient.
–– Eh bien, si même le crapaud veut se réconcilier avec Mathilda, il ne reste plus grand chose à Papa et Maman. D'ailleurs, il paraît que Maman a craqué au resto, Papa a du la raccompagner.
–– Il n'est pas là, répondit Daibu.
–– Reste plus qu'a l'attendre pour connaître tous les détails.
Point de vue de Tsubasa :
Comme Sanae ne semblait plus se contenir, je l'ai fait sortir. Prendre l'air lui ferait probablement du bien. Je ne l'avais pas vue s'écrouler de cette façon depuis le divorce de ses parents. A Fujisawa, elle aimait bien aller respirer sur la terrasse haute de la ville. A défaut d'être dans la ville de notre enfance, j'avais choisi une des ponts illuminé de la ville.
Sanae n'avait pas décoché un mot depuis qu'elle ne pleurait plus. Elle s'était accoudée à la rambarde et regardait l'eau noire comme si elle voulait se jeter dedans. J'en profitai pour la regarder, ses cheveux flottaient au vent et ça me démangeait de la toucher.
–– Est-ce qu'on peut rentrer, me demanda Sanae. Je suis inquiète pour Hayate.
–– Si tu veux mais pourquoi ne pas appeler ton père ?
–– Je suis fatiguée et puis on va bien finir par rentrer de toute façon non ?
–– Oui mais j'aurais voulu qu'on parle. J'ai l'impression qu'on a fait sauter une barrière ce soir. Et puis je me dis que si tu portes cette robe ce n'est pas un hasard.
Sanae me dévisagea quelques secondes, j'avais remarqué que ses joues s'étaient légèrement colorés quand j'avais parlé de sa robe. Elle s'avança vers moi et posa sa main sur ma joue. N'y tenant plus je me penchai pour l'embrasser, et pour la deuxième fois en quelques jours mes lèvres entrèrent en contact avec celles de la femme dont je me languissais depuis des années. Sanae passa ses bras autour de mon cou et me tira vers elle, approfondissant notre baiser. Je commençai à avoir très chaud et sentir Sanae tout contre moi n'arrangeai pas les choses.
–– Sanae, gémis-je.
Elle recula un peu mais resta tout de même dans mes bras.
–– Si tu continue à m'embrasser comme ça, je ne vais plus répondre de rien, surtout avec ta robe, tu sais parfaitement ce que j'ai envie d'en faire.
Elle partie dans un grand éclat de rire qui contrastait avec sa morosité d'il y a quelques minutes.
–– Tu t'en souviens vraiment alors ?
–– Comment oublier.
Je l'attirai à nouveau vers moi pour déposer un léger baiser sur ses lèvres. Sanae mit sa main dans ma chemise et me murmura à l'oreille.
–– Et si on avait cette fameuse conversation dans ma suite ?
