Hello tout le monde!
Oh mais je ne suis pas trop en retard pour une fois! Ça doit être l'effet de Noël qui arrive d'ici la fin de la semaine!
Bref! En tout cas je suis contente de vous poster aujourd'hu ce nouveau chapitre! :-)
Et un grand merci à Lussira et Debby alias Alice pour leurs reviews! J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira, le suivant est commencé et donc (croisons les doigts!) ne devrait pas tarder!
Bonne lecture! Mais surtout, bonnes vacances!
Katleen avait quitté Sainte-Mangouste, sa famille était maintenue à l'écart. Tout le monde était maintenu à l'écart. Elle voyait déjà peu de monde, elle ne voyait presque plus personne. Juste Hugo qui venait chaque soir dîner chez elle, la jeune femme refusant d'aller ailleurs que chez elle ou sur son lieu de travail, et chaque semaines Lily, Scorpius et Albus. Elle était pâle, elle ne voyait plus le soleil, refusait d'écouter les reproches francs d'Albus, les incitations à s'ouvrir que lui lançait Lily ou les regards inquiets et coupables de Scorpius. Elle qui avait toujours eu des formes rondes, un corps tout fait de courbe maigrissait au fil des semaines. Mais ce qui lui faisait le plus mal, c'était le silence de Hugo, ce regard appuyé qui lançait sur elle alors qu'elle se levait, sa bouche qu'il ouvrait, en apnée, puis qu'il refermait en se détournant. Elle savait. Elle savait qu'elle se faisait du mal. Qu'elle était lâche. Mais c'était la seule défense qu'elle avait trouvée. Fuir.
Et un jour qu'elle raccompagnait Hugo à la porte, il fit soudain volte-face. Il l'attrapa par les épaules, comme pour l'empêcher de se dérober, et elle réalisa dans cette poigne que son petit frère n'était plus un enfant. Et il chercha son regard, fatiguée elle n'essaya pas de le fuir.
- Il dormait Rose, siffla-t-il entre ses dents. Comprends-tu cela ? Il dormait. Il ne t'entendait pas. Il rêvait. Et il rêvait de toi !
- Il a été...
- Je l'ai aussi pensé ! Pendant toutes ces années je l'ai maudit, et j'ai aussi pensé que c'était un lâche ! Mais je me suis trompée Rose. Et toi aussi tu te trompes. Il t'a fait mal, et je le sais. Il t'a brisée mais sache qu'en même temps, sans le vouloir, sans même le savoir il a brisé sa famille. Si tu voyais ses yeux quand il les regarde Rose...
- Tu l'as donc revu ! s'écria-t-elle, comme s'il l'avait trahie.
- Oui, oui je l'ai revu, répondit Hugo en haussant un peu le ton. Je l'ai revu le soir où il s'est réveillé. Je lui ai parlé. Et je le vois chaque semaine. Si tu me le demandais, tu saurais qu'il travaille à présent chez Fleury et Bott, tu saurais que c'est là que je vais louer mes livres chaque semaine... Et je ne l'ignore pas Rose. Parce qu'il a mal. Parce que j'ai mal. Et qu'on a tout les deux besoins de parler de toi.
- Tu n'as pas le droit ! s'indigna-t-elle. S'il veut de mes nouvelles, qu'il vienne lui-même !
- Et les sorts que tu as lancé pour repousser les hiboux ? Si tu refuses même ses lettres, comment peut-il imaginer que tu accepteras de lui ouvrir ta porte !
Elle baissa la tête, et il sut qu'il avait vu juste. Que ces hiboux qui se perdaient n'étaient pas le fruit du hasard. Alors plus doucement il l'attira contre lui.
- Rose, vous vous faîtes du mal tous les deux.
- Je ne peux pas lui pardonner ces quatre années...
- Il dormait Rose. Si tu ne l'aimais plus je ne chercherais pas à te convaincre mais Rose... Tu l'aimes à la folie et il te manque, et tu lui manques. C'est toi qui empêche les choses de s'arranger. Si tu le laissais faire un pas vers lui... vous pourriez vous parler, vous comprendre, et soigner vos blessures à tous les deux. Regarde James... c'est en acceptant l'aide de Louis qu'il s'est redressé.
Elle acquiesça en silence mais il sut qu'il n'obtiendrait rien de plus ce soir. Alors il embrassa ses cheveux et quitta l'appartement. Ses yeux s'attardèrent sur les guirlandes de lumières qui ornaient les rues depuis quelques jours. Bientôt Noël.
Et lorsqu'il rentra chez lui, un hibou l'attendait.
Dîtes-leur la vérité. Dîtes-leur que Lysander n'est pas revenu de voyage mais d'un sommeil. Mais que personne ne m'en parle.
Peu de choses changeaient... au moins cessait-elle de se cacher.
Rose ôta sa blouse blanche qu'elle portait à l'hôpital, passa une main fatiguée sur son visage. Elsa venait presque de la jeter d'une chambre, lui murmurant à l'oreille qu'elle ferait mieux de se reposer après sa garde de vingt-quatre heures sinon elle serait épuisée pour le réveillon. Pourtant elle ne voulait pas y aller, elle ne voulait se préparer, se maquiller, se coiffer. Tout ce qu'elle désirait était de se laisser submerger par son travail, au point qu'elle en oublierait tout ce qui l'entourait.
Elle passa une écharpe autour de son cou, respirant la laine qui portait depuis longtemps son parfum. Et elle transplana à contre-cœur chez elle. Son appartement était tel qu'elle l'avait laissé plus de trente heures plus tôt, elle y trouva un mot sur la table. Étonnamment ce n'était ni Albus ni Scorpius mais Lily. Elle lui disait qu'elle passerait la chercher vers six heures. Il était une heure passé, elle pouvait dormir pour ensuite se préparer... Elle soupira encore, découragée. Elle savait qui serait ce soir au Terrier. C'était la tradition et chacun s'y était attachée si bien que les Longdubat et les Scamander venaient toujours... Lorcan l'avait manqué ces dernières années, elle savait désormais pourquoi, mais elle savait qu'il y serait ce soir. Et il y aurait Lys'... Lys' qu'elle ne voulait toujours pas voir, qu'elle n'arrivait pas à vouloir voir. Et malgré elle, elle avait envie de se faire belle, pour qu'il la regarde, pour qu'il attarde sur elle ses yeux magnifiques.
Elle secoua la tête, fatiguée de ces pensées. Et elle se dirigea vers son placard pour sortir les affaires qu'elle mettrait ce soir. À force de farfouiller dans ses vêtements, elle finit par tomber sur une robe entre le bleu et le vert qu'elle ne se souvenait pas d'avoir achetée – elle sourit en pensant que c'était très certainement Lily qui s'était arrangée pour la cacher en espérant qu'elle la trouve... il n'y avait qu'elle pour offrir une robe aussi gaie. Après tout un peu de couleur ne pouvait que lui faire du bien, et elle était lassée du rose et du noir qu'elle portait habituellement. Elle déposa donc l'étoffe brillante sur la commode et ferma les volets d'un coup de baguette, prenant bien garde à régler son réveil. Et elle laissa Morphée refermer ses bras autour de son corps, la guider dans un monde sombre parcouru d'éclair de lumière et de visage. Des visages connus... des visages inconnus... des paysages... des mots... surtout des mots... Des mots doux, des mots violents, si bien que lorsqu'elle s'éveilla vers cinq heures, elle songea que Morphée était décidément un ami bien trompeur.
Elle jeta un coup d'œil à l'horloge de la cuisine, soupira en se dirigeant vers la salle de bain. Elle crut alors entendre Scorpius lui murmurer : Arrête de te lamenter. Ça faisait longtemps qu'il ne le lui avait plus dit d'ailleurs... Depuis que Lys' s'était réveillé, comme s'il lui avait trouvé une raison de se rendre malheureuse. C'en était pathétique songea-t-elle rageusement en inspectant son visage cerné dans la glace.
Quarante-cinq minute, une douche et quelques coups de baguette plus tard, son regard rencontra à nouveau son reflet et pour la première fois depuis longtemps elle se sourit à elle-même. Ses mèches rousses étaient à-moitié relevées, elle avait refusé de les boucler, préférant comme toujours la nudité, la simplicité. Un trait fin noir et des faux-cils soulignaient son regard, et sa jolie bouche était peinte en corail. Elle avait songé à poser sur sa bouche la peinture carmin qu'elle avait porté, étant adolescente, mais elle s'était ravisée. Et désormais, elle observait son visage toujours beau, encore jeune, et effaçait les marques de tristesse et de fatigue par de petits coups de baguette. Cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait pas ainsi pris soin d'elle. C'était sans doute superficiel et futile, mais elle estimait qu'elle pouvait bien se permettre ces quelques instants de nombrilisme, volés dans sa salle de bain. Finalement elle glissa ses pieds dans ses escarpins qu'elle avait teint en argenté pour l'occasion. Et ce fut à ce moment qu'elle entendit un crac dans son salon. Se déplaçant avec sa légèreté habituelle, elle trouva Lily assise sur son canapé, dans une robe de voile noir parsemé d'or. Sa cousine avait décidément bon goût. Un goût étrange, certes, mais bon goût.
- J'avais peur que tu ne sois pas prête, avoua la jeune Potter en se levant pour embrasser sa cousine. Tu es magnifique.
- Je l'ai craint aussi, sourit Rose. J'imagine que c'est toi qui a déniché cette robe et l'a cachée dans ma garde-robe...
- Je ne vois pas de quoi tu parles, chantonna Lily en prenant un air faussement innocent. Mais je dois dire que la personne qui l'a choisie a très bon goût.
Le cœur de Rose se serra lorsqu'elle entendit cette insouciance, cette douce moquerie dans sa voix. C'était cette même espièglerie qui se faisait entendre dans les mots de Lily lorsque Scorpius et elle refusait de s'afficher publiquement, et elle-même répondait de la même façon quand elle et Lys'... Bref. Passons.
- Je vais être franche Rose, dit la jeune Potter en redevenant soudain sérieuse. Parce que je ne sais pas si les autres le seront.
Rose se tut, elle se doutait de ce qui allait venir.
- Lysander sera là. Si cela te déplaît, s'il te plaît, ne lui en veux pas : c'est surtout Albus et... et Scorpius appuyés par toute la famille, qui l'en ont prié.
- Et... et toi Lily ?
- Et moi aussi Rose. Seulement comme je te l'ai dit, j'ai préféré être sincère, murmura gravement Lily.
- Pourquoi ne me laissez-vous pas tranquille ? s'emporta Rose, sa voix se brisant vers la fin de sa phrase.
- Parce que vous avez été heureux Rose. Et qu'une belle histoire comme la vôtre, aussi affreuse et brumeuse qu'ait été sa fin, mérite un vrai point final, fait de mots, de sentiments, de regards, et Rose savait cela, c'était elle qui l'avait dit à Lys' quelques semaines plus tôt... il n'avait donc rien dit de leur conversation. Toujours aussi discret... Pas de silence. Parce que ce silence te ronge Rose. Tu peux maquiller tes yeux, mais tu ne peux pas cacher les coins rougis et les crevasses mauves qui les soulignent. Pas à moi.
- Lily...
- Il t'a fait mal, Rose, souffla Lily. Et je ne peux pas imaginer combien tu as souffert...
- Lui non-plus ne comprend pas, marmonna la jeune femme en se dégageant. Personne ne peut comprendre...
- Lorcan te comprend. Et Lorcan pense aussi que ce n'est que par les mots que... vous pourrez vous dire au-revoir.
Elle ne put poursuivre, la voix coupée par les perles de sels qui roulaient sur les joues de sa cousine. Cette-ci ne leva même pas ses jolies mains pour les essuyer, tant pis pour son maquillage, comme elle le savait : c'était futile.
- Et si je ne veux pas lui dire au-revoir ? articula-t-elle finalement en se reculant de Lily qui voulait la serrer dans ses bras. Allez-vous me traiter de monstre ? D'égoïste ? De sans cœur ? J'ai un cœur si vous voulez savoir. Et il me fait souffrir chaque instant, il n'y a qu'auprès des patient que j'arrive à l'oublier. Non ! C'est vous qui ne comprenez pas !
- Alors explique-moi..., souffla Lily.
- T'expliquer quoi ? explosa Rose, ses yeux ressemblant dangereusement à ceux d'une Gorgone. Te dire que j'ai cru que j'allais devenir folle le jour où j'ai su ce qui était réellement arrivé à Lysander ? Te dire que j'étouffais sous le poids du secret qu'il m'avait demandé de garder ? Te dire que je... je ne pouvais pas lui en vouloir tant qu'il dormait, que je lui pardonnais ce qui s'était passé avec James dans les cachot, alors que je n'avais jamais compris pourquoi il s'était obstiné à dévorer les lèvres de ton frère ? Te dire que je ne comprends pas pourquoi ce sommeil a duré aussi longtemps sinon qu'il a bien dû choisir de ne plus nous voir ? Que veux-tu que je te dises ? Dis-le moi?!
- Tout Rose. Tout ce que tu voudras. Tu l'as oublié, mais j'ai toujours été là.
- Pas quand j'en ai eu besoin, murmura Rose, et Lily sentit les larmes lui montait aux yeux tant les peines et regrets semblaient s'écouler de ses mots. Parce que... parce que... parce... Lys'..., souffla-t-elle en cherchant désespérément ses mots. Lys'... a voulu... n'inquiéter personne... et... Et moi ? cria-t-elle en fixant sa cousine. Est-ce que moi je n'étais Personne ?
- Non Rose ! s'écria Lily en s'élançant vers elle pour la serrer de force dans ses bras. Tu n'es pas Personne... Tu... Tu ne peux pas dire ça ! Tu ne peux pas... Tu ne peux pas... Tu ne peux pas... Rose ! Rose ! Tu ne peux pas faire comme James ! murmura-t-elle, répétant ses mots comme une litanie.
Sa cousine sembla soudain prendre conscience des mots qu'elle venait de prononcer, elle cessa de s'agiter, referma ses bras sur les épaules tremblantes de la jeune Potter. Elle n'avait pas pris la mesure de la portée que ces mots pouvaient avoir pour Lily.
- Rose..., murmura celle-ci en se détachant d'elle. Si tu penses vraiment cela... Alors... Dis-le lui. La colère, Rose, on cherche toujours à l'éviter. Mais ne confond pas colère et haine. La colère c'est la vie, c'est la liberté. La haine et le silence sont les vrai poisons, les vrais prisons. Regarde-nous, Scorpius et moi. On n'est pas des exemples, mais on reste ensemble malgré nos disputes... parce qu'on sait que c'est ainsi qu'on comprendra l'autre... Pour l'instant c'est notre seul moyen. J'espère qu'on finira pas arriver à cela sans se séparer... mais on a besoin de tout se dire... Rose, répéta Lily en la fixant dans les yeux. Parle-lui. Tu mérites d'avoir la parole, de t'expliquer, tout comme lui mérite de savoir et si possible de se justifier...
Un long silence passa tandis que Rose se plantait devant le miroir pour recomposer nonchalamment son visage. Lily crut qu'elle avait échoue lorsque Rose pointa sa baguette vers son visage et la remaquilla elle-aussi. Pourtant, lorsqu'elle lui prit le bras pour transplaner :
- Il le sait déjà Lily... Mais j'y penserai , je te le promets.
Elles pouffèrent de rire en voyant les tentes plantées les unes à côté des autres et chacune rejoignit celle de sa famille. Rose trouva son père et son frère assis sur des fauteuils, discutant avec Hermione qui se démenait avec ses cheveux devant le miroir.
- Bonjour tout le monde, lança-t-elle en se laissant tomber à côté de son père et en lui tendant sa joue. Joyeux Noël !
Foutu Noël, corrigea-t-elle mentalement. Bonjour ma chérie et Bonjour Rose, lui répondirent, elle se contenta alors de sourire, même si elle n'en avait pas envie.
Elle continua de sourire lorsqu'ils se rendirent tous les quatre dans la maison où les grand-parents Weasley les accueillirent en les embrassant si chaleureusement que la jeune fille oublia un instant que ce rictus n'était qu'un façade. Les Potter étaient déjà là, elle évita sciemment le regard de sa cousine et celui de Scorpius, et celui d'Albus... elle reporta donc son regard sur son frère. Il semblait toujours plus adulte, plus grave malgré sa gaîté habituelle. Il venait de s'asseoir à côté de Papy Arthur et ils débattaient ensemble de l'usage des téléphones – une des plus belles inventions moldues avait toujours dit Papy. Avec ou sans fil ? Fixe ou portable ? Et était-il vrai que les moldus devenaient totalement dépendant de ces appareils dont les sorciers se passaient sans problème ? Etc.
Tous s'installèrent dans le salon, et sans surprise elle sentit Scorpius se poser à côté d'elle. Mentalement, elle imagina l'ordre dans lequel tous allaient défiler. Ils commençaient donc par Scorpius, donc logique Albus allait suivre, et puis Lorcan lui lancerait un de ces regards qui la clouerait sur place tout en enfonçant un clou dans son cœur. Et ensuite ? Elle n'eut pas le temps d'y songer que déjà Scorpius commençait, mal à l'aise.
- Ça fait plusieurs semaines que je ne t'ai pas vue...
- J'étais très prise à Sainte-Mangouste. Et puis le soir où je devais sortir avec Albus et vous-deux, j'ai eu une urgence donc que je n'ai pas pu venir. Et puis vous avez cessé de venir le soir, je ne sais pas pourquoi, répondit-elle d'un ton faussement léger, laissant sciemment transparaître son ironie dans ses mots.
- Rose...
- Ce n'est pas grave, lança-t-elle avec un sourire. Ne t'inquiète pas ! Et puis j'ai su en plus par Lily que vous étiez de nouveau ensemble, c'est une bonne chose...
- Rose, je crois qu'on ne va pas faire semblant, la coupa-t-elle.
- En effet. Je te dirai donc sans détour de me laisser tranquille, répondit-elle d'une voix glaciale.
- Rose, laisse-moi parler, soupira-t-il.
- Et laissez-moi respirer, répliqua-t-elle. Pourquoi crois-tu que je vous ai tous évités depuis... depuis... Bref. Fichez-moi la paix. Toute cette histoire ne regarde que lui et moi. Est-ce lui qui t'a envoyé ? le défia-t-elle en connaissant parfaitement la réponse, connaissant le cœur droit de Lysander.
- Non, mais...
- Mais il ne t'a rien demandé, et moi non-plus. Alors retourne auprès de Lily qui au moins a eu le cran de m'avertir de la ronde de suppliant qui allaient faire de cette soirée un enfer ! cracha-t-elle en s'éloignant.
Leur légère altercation n'était pas passée inaperçues, mais elle ignora les visages tournés vers elle et s'approcha simplement Louis et Dominique qui étaient occupés à discuter tous les deux. Oh ! Sans doute faisait-il aussi partie du guet-apens qu'on lui avait tendu, mais au moins elle se sentait plus en confiance à leur côtés. Dom' parce qu'elle avait toujours discrètement été là sans jamais demander plus que ce qu'elle disait, Louis... parce qu'il était Louis. Peut-être car il était le Vela de la famille, celui qui touchait à une autre magie, celui qui pensait autrement espérait-elle. Pourtant au premier regard du jeune homme elle sut qu'elle se trompait.
- Décidément, tu ne fais que te disputer avec Scorpius les soir de Noël, fit-il remarqué en riant.
La plaisanterie était certes innocente, mais elle savait parfaitement à quoi il faisait allusion : elle ne s'était disputé avec son ami qu'au cours d'un seul réveillon. Le dernier qu'ils aient passé avec les frères Scamander.
Celui qu'elle redoutait le plus s'avança alors vers elle... elle ne l'avait pas vu approché, n'avait pas composé son visage qui refléta donc toute la tristesse qui l'envahissait à sa vue. Il tendit une de ses mains, ses longues mains dépassant de sa chemise blanche, ses longues mains qu'elle avait serré si fort, qu'elle avait tant senti dans ses cheveux.
- Danse avec moi, dit-il doucement.
Elle sentit les larmes lui monter aux yeux en voyant cette paume tendue vers le ciel, vers elle. Il demandait simplement, n'ordonnait rien. Et surtout il ne souriait pas : il ne cherchait pas à la convaincre, la fixait juste gentiment. C'était ce qu'elle aima encore une fois chez lui, sans doute est-ce pour cela qu'elle glissa sans réfléchir sa main dans la sienne.
Les autres se crispèrent autour d'eux, sans doute n'était-il pas prévu que le jeune homme l'approche si vite, elle sentit une espèce de satisfaction à aller contre leurs plan.
- Merci, souffla-t-il alors qu'il commençait à danser.
- Pourquoi ?
- Pour tout Rose.
Elle sentit sa gorge se nouer à ces mots qui sonnaient comme un adieu.
- Pour avoir été là... il y a quatre ans et pendant ces quatre ans. Pour avoir gardé le secret...
- Je ne sais pas pourquoi je l'ai fait, murmura-t-elle comme pour elle-même.
- Mais merci. Pour accepter de m'écouter.
- Je n'ai accepté que de danser, le coupa-t-elle froidement.
Si sa réponse le blessa, il n'en montra rien, se contenta juste de serrer un peu plus fort sa main droite. Paume contre paume.
- M'écouteras-tu ? demanda-t-il à voix basse, à voix douce, à voix d'ange, à voix si douce que l'espace d'un instant elle faillit accepter.
- Non Lys', répondit-elle pourtant.
La prise autour de sa main se relâcha et il lui offrit le seul sourire qu'elle ait vu en quatre ans. Un instant elle regretta, et tenta de le lui dire sans un mot. Il accentua son sourire et se pencha vers elle sans quitter son regard. Elle ferma les yeux en sentant ce sourire que son front. Léger. Léger comme l'air, comme une plume. Et il se redressa, comme s'il ne l'avait jamais embrassé, une expression faisant croire que jamais il ne l'avait aimée, que plus jamais il ne lui parlerait car rien ne les avait et ne les lierait jamais.
Un regard s'attarda sur ce couple de danseur. C'était un triste spectacle que de le regarder et regarder ces yeux qui s'affrontaient, ces sourires tristes. Elle était pâle, lui aussi. Elle semblait résignée, lui aussi. Il pouvait presque voir ce que cachait leur visages qu'ils voulaient garder de marbre. Et les sourires qu'ils échangèrent lui firent mal. Des yeux il suivit la mince silhouette de Lysander, puis revint à la silhouette désormais trop mince et figée de Rose. Il s'était juré de rester en arrière et de n'intervenir que s'il n'y avait pas d'autre possibilité. Et il n'y en avait pas songea-t-il en portant à ses lèvres son verre de Bieraubeurre.
