Discutions sous haute tension,
Amis, vraiment ?
OxOxAxOxO
Pour une fois, la première depuis longtemps, l'atmosphère était paisible dans la chambre d'Aisuko ce matin là.
Le soleil venait à peine de se lever et il s'était déjà glissé entre les rideaux pour taquiner du bout de l'un de ses rayons les cils de notre héroïne. Celle-ci fronça le nez avant d'enfouir sa tête sous son oreiller avec un grognement qui n'avait rien à faire dans la bouche d'une jeune femme avec son niveau d'instruction. Son mouvement n'entraîna qu'une légère réaction de la part de l'arrancars qui partageait son lit : il ramena sous la couverture le bras qui pendouillait en dehors du matelas avec un léger soupir satisfait.
Pour la première fois depuis qu'elle était rentrée de sa mission sur Terre, la jeune shinigami avait une journée de libre.
Elle avait dû négocier très longuement avec Ikkaku pour pouvoir l'obtenir et comme le chauve légendaire n'était pas quelqu'un de facile en affaire, le prix à payer était plutôt cher. Bon, c'est vrai qu'elle avait encore ce foutu rapport à écrire pour les huitième et cinquième divisions plus deux ou trois comptes rendus à rédiger pour les archives, mais ce n'était pas urgent -ou en tout cas pas selon ses critères-.
Quoiqu'il en soit, elle préférait ne pas penser à tout ces détails pratiques dans l'immédiat et vivre pleinement l'instant présent. A vrai dire, ses intentions étaient plutôt simple : savourer ce semblant de liberté en faisant la grâce mâtiné et peut-être, qui sait, profiter pleinement de la présence de Grimmjow pour faire quelques innocentes bêtises -le bleuté ne semblait étrangement pas pressé de retourner à la quatorzième division-.
Soudain, on frappa à la porte.
Avec toute la mauvaise grâce du monde, Aisuko extirpa sa tête de sous son oreiller et s'assit dans son lit tout en se grattant paresseusement la tête. Les yeux encore collés par le sommeil, elle préméditait déjà le futur meurtre sanglant de l'inconscient qui venait la déranger un jour de repos lorsque son regard tomba sur son réveil.
A peine huit heure...
- Ça a intérêt à être important, marmonna t-elle en s'extrayant de son lit.
Elle rabattit soigneusement la couverture derrière elle pour préserver un peu le sommeil de l'ancien espada qu'elle espérait bientôt rejoindre avant d'enfiler une veste de kimono anthracite qui traînait sur une chaise et de quitter sa chambre. La rouquine traversa le salon étonnamment ordonné -bizarrement, depuis que Yachiru n'était plus là, il n'y avait plus de paquets de gâteaux qui traînaient partout...- et alla ouvrit à l'inconscient qui continuait de frapper à sa porte.
- Qu'est-ce que tu fous là, Kengo ? fit-elle en réprimant un bâillement.
La colère et les envies de meurtre qui l'animaient encore quelques instants auparavant s'était brutalement dissipée à la seconde où elle avait reconnu le visage de son ami.
- C'est ça, bonjour à toi aussi, répliqua t-il avec un sourire. J'ai emmené le petit déjeuner, je peux entrer ?
- Fais comme chez toi...
La jeune femme s'étira voluptueusement avant le refermer la porte derrière son ami et de le rejoindre sur le canapé.
- Je te réveille, peut-être ? s'inquiéta t-il en posant le petit paquet qu'il avait apporté sur la table basse.
- J'vois pas ce qui peut te faire penser ça... marmonna t-elle avant de ramener ses jambes contre sa poitrine.
...
Quand Grimmjow Jaggerjack ouvrit les yeux ce matin-là, il ne comprit pas immédiatement ce qui l'avait réveillé avant de s'apercevoir qu'il était seul dans le lit.
Fronçant les sourcils, il s'étira avant de quitter la chaleur des draps, bien décidé à savoir où était passée sa rouquine préféré ! Le bleuté n'était pas aussi stupide qu'on le prétendait, aussi savait-il parfaitement qu'elle n'était pas du genre à se lever aux aurores, surtout un jour de repos, pour lui apporter un petit déjeuner au lit -même si l'idée ne lui aurait pas déplu-.
Il allait ouvrit la porte de la chambre lorsqu'il entendit des voix :
- Je sais pas ce qui me retient de te tuer, là, tout de suite...
- Et sur qui tu passerais tes nerfs si je n'étais plus là ?
La première c'était Aisuko, aucun doute dessus, mais la seconde ne lui disait absolument rien... Tout se qu'il pouvait dire c'était qu'il s'agissait d'un homme, d'âge moyen à priori. Mais plus que le timbre de cette voix, ce furent les mots et la légèreté du ton employé qui retinrent son attention...
Intrigué, il entrouvrit la porte pour pouvoir jeter un coup d'œil dans le salon sans être vu.
- J'ai un tas de nouvelles recrues prêtes à l'emploie pour te remplacer dans ce rôle, répliqua la rouquine avec un sourire mauvais.
- Pas très digne d'un officier instructeur, ça, commenta l'autre avec une ironie tangible.
Il portait l'uniforme standard des shinigamis, avait des cheveux noirs mi-longs qui lui tombaient paisiblement sur les épaules, assez grand et carré, plutôt mat de peau, un visage relativement doux malgré ses joues creuses... Une fois encore, ce ne fut pas l'apparence de cet homme qui interpella Grimmjow mais plutôt son comportement : assit à côté d'Aisuko, il semblait parfaitement alaise et se permettait même de la taquiner sans craindre pour sa peau.
- Saches que l'officier instructeur t'emmerde profondément, déclara la jeune femme en s'étirant de nouveau. Mais plus sérieusement, Kengo, tu es vraiment venu ici à cette heure juste pour me parler de ça ?
L'arrancars s'en doutait déjà, aussi ne fut-il pas surprit en apprenant l'identité de cet homme.
- Je viens quand j'ai du temps libre, je ne passe pas mes journées à tyranniser des nouvelles recrues, moi ! répondit-il dignement. Mais c'est vrai que j'ai abordé le sujet de manière un peu abrupte, excuses moi, Aisu...
- Humpf ! Du temps libre t'as l'air d'en avoir quand même pas mal pour t'intéresser à ce genre de ragots !
- Il ne s'agit que de ragots ?
- C'est pas ce que j'ai dit... soupira t-elle en passant une main dans ses cheveux. Arf... j'aurais préféré que tu l'apprenne autrement...
- Alors c'est la vérité...
- Ouais.
L'ancien espada fronça les sourcils avant d'ouvrir un peu plus la porte, curieux de savoir de quoi ils parlaient. Malheureusement, ils ne semblaient pas décidés à lui donner une réponse dans l'immédiat : un lourd silence gêné s'était abattu entre les deux amis.
- Pourquoi ? finit-il par demander en fixant ses poings serrés sur ses genoux.
- Pardon ?
- Pourquoi parmi tout les hommes que tu rencontres tout les jours il a fallut que ce soit lui ?! gronda t-il avant de lever les yeux vers elle et de poursuivre : Mais merde quoi ! Un arrancars ! Et un ancien espada en plus ! C'est ce que tu as trouvé de plus malin à faire que de t'acoquiner avec un gars comme ça ?!
Un frisson de rage parcourut le dos de Grimmjow alors que les mâchoires d'Aisuko se crispaient. Les jointures de ses mains posées sur ses genoux avaient brutalement blanchies, pourtant lorsqu'elle reprit la parole sa voix était calme bien qu'un peu froide :
- Je ne penses pas que ça te regarde, Kengo.
- Évidemment que ça me regarde ! s'exclama t-il. J'ai juré de prendre soin de toi, mais dès que je m'éloigne un peu tu me fais ce genre de plan débile ! Arf... Et moi qui pensait que tu ne pouvais pas faire plus stupide que de sortir avec Sugo...
La rouquine se leva brusquement pour son planter devant son ami, les poings sur les hanches. De son point de vu, le bleuté ne parvenait pas à voir son expression mais l'animosité qui habitait sa voix lorsqu'elle prit la parole lui permit tout de même de se faire une idée assez précise de la colère qui l'animait :
- Une bonne fois pour toutes, Kengo : tu n'as absolument pas à te mêler de ma vie sentimentale ! Je suis bien assez grande pour choisir toute seule les mecs que je fréquente ! Je me contrefous de connaître ton avis sur eux et tu n'as aucun commentaire à faire à leur sujet ! Même si je décidais de me taper la moitié du Seireitei ou de partir dans un trip sadomasochiste avec Aizen, tu n'aurais toujours rien à redire ! Et ce même si tu as juré de prendre soin de moi !
Elle se laissa retomber dans le canapé et croisa les bras avant de poursuivre :
- J'en ai marre de ta surprotection à la con ! J'ai jamais comprit ce trip et tu sais très bien que tu me fais chier avec ça !
- Ne me dis pas que tu fais ça uniquement pour emmerder les Fubuki... marmonna t-il.
Ce fut uniquement l'instinct animal de Grimmjow qui lui fit pressentir une demi-seconde à l'avance ce qu'il se passa : le grand brun se prit une baffe retentissante qui le fit tomber de son siège et atterrir sur la table basse qui se renversa sous son poids.
L'arrancars aurait pu profiter de tout ce raffut pour légitimer son apparition, mais il préféra rester à son poste d'observation, curieux de savoir comment les choses allaient tourner.
- Comment oses-tu dire un truc pareil ! gronda la jeune femme de nouveau debout et qui tremblait maintenant de rage.
- J'essaye juste de trouver une explication logique à ton comportement ! se défendit-il en se redressant sur le coude, une main posé sur sa joue écarlate. Même avec toute la bonne volonté du monde, je ne peux pas croire que tu sois tombée amoureuse de ce type !
- Mais tu ne le connais même pas, bordel !
- C'est un hollow, noms des dieux ! répliqua Kengo. J'ai pas besoin de le connaître pour savoir que c'est un sale type !
- Un arrancars ! C'est un foutu arrancars ! Un hybride entre un hollow et un shinigami !
- Parce que tu crois vraiment que c'est mieux ?!
Une fois encore, le bleuté ne put pas voir l'expression du visage de sa compagne à cet instant précis mais il vit parfaitement le brun se relever précipitamment pour la prendre dans ses bras avant de murmurer :
- Pardon, je voulais pas dire ça, je suis désolée, Aisu, mes paroles ont surpassées ma pensé...
- Malheureusement, je ne crois pas que ce soit le cas... répondit-elle en le repoussant légèrement.
Elle soupira lourdement avant de relever la tête vers lui.
- Tu penses que les hybrides sont des créatures méprisables, pas vrai ?
- C'est à dire que...
- Oui, je sais... souffla t-elle en passant une main gênée dans ses cheveux. Pourtant, tu sais bien que nous ne sommes que le produit des expériences d'Aizen et avec une compassion comme la tienne, tu devrais plutôt nous soutenir, non ?
Le visage de Kengo s'assombrit brutalement et quant il reprit la parole sa voix était étrangement lugubre :
- Je n'avais jamais vu les choses sous cet angle...
- C'est pourtant le seul angle qu'i adopter ! répliqua la rouquine avec un peu d'humour. Enfin... les arrancars comme les vizards ont fait des erreurs par le passé, mais maintenant qu'ils ont fait le choix de rejoindre les armés de la cour, ils ont droit à un peu de reconnaissance, non ? J'veux dire... tout le monde à souffert des manigances d'Aizen, mais pour nous ça a été... comment dire... ça nous a affecté plus personnellement, tu vois ?
- Je crois, oui... répondit-il sombrement.
C'était la première fois que Grimmjow entendait la jeune femme s'inclure dans le groupe des hybrides et étrangement ça le toucha plus qu'il ne voudrait jamais l'admettre. Bien entendu, ça le fit aussitôt penser à son refus catégorique -et parfaitement incompréhensible- de rejoindre la quatorzième division, mais si elle commençait à se comparer à eux, à parler en leur nom, à s'inclure dans leur bande, tout espoir n'était pas perdu, n'est-ce pas ?
Les deux amis avaient fini par se réinstaller dans le canapé mais cette fois-ci le silence ne s'installa pas durablement entre eux :
- Tu penses que Aizen sait que tu es un vizard ? demanda Kengo.
- D'après Urahara, non, déclara t-elle fermement. Avec les informations que je lui ai donné, il en a déduit que les expérimentations d'Aizen s'étaient plutôt porté sur le hollow qui a fusionné avec mon âme que sur moi et que si je n'avais pas été en contact avec d'autres hybrides qui ont titillés ma nature, il ne se serait probablement jamais manifesté.
- Et tu fais confiance à cet homme ? insista t-il.
- C'est pas comme si j'avais le choix ! Il est le seul à pouvoir m'apporter un peu de lumière dans toute cette merde !
Même si Aisuko parlait de Kengo comme quelqu'un d'avenant, l'ancien espada ne pouvait s'empêcher de ressentir de la méfiance vis-à-vis de cet homme. La désapprobation qu'il exprimait par rapport à leur couple jouait, bien évidemment, mais il y avait aussi cette sorte de tension qu'il pouvait voir sur son profil, quelque chose de sombre dans ses yeux pourtant clairs, une contraction dans la ligne de son visage qui ne lui laissait rien présager de bon.
Il n'aimait pas ce type.
- Tu as l'air de prendre les choses plutôt calmement, remarqua ce dernier avec un léger sourire, ça m'étonne un peu de toi.
- Je n'avais pas vraiment le choix, tu sais, j'ai bien du me faire une raison.
- Je suppose, oui...
Le regard de la rouquine tomba sur la table basse renversé. Elle marmonna quelque chose que Kengo et Grimmjow ne purent pas entendre -malgré les capacités auditives de ce dernier !- avant de s'accroupir sur le sol pour remettre un peu d'ordre. Le grand brun l'aida silencieusement à ramasser la vaisselle brisée et ce qu'il restait du petit déjeuner qu'il avait apporté et la pria de le laisser refaire du café.
- Si tu veux pouvoir dormir, tu devrais peut-être t'abstenir, remarqua t-elle alors qu'il se faufilait déjà jusqu'au coin cuisine.
- Comme s'est parti, je pense que je vais encore devoir me passer de sommeil aujourd'hui, fit-il avec un sourire.
- C'est pour ça que tu as encore cette tête de mort vivant ? interrogea t-elle.
- Les joies du service de nuit !
- Et tu ne peux pas demander à repasser de jour ? questionna t-elle.
- Oh, tu sais, travailler la nuit à beaucoup d'avantages, répondit-il évasivement en revenant avec la cafetière.
- Si tu le dis...
Étrange comme la tension avait disparut entre ces deux-là... Quelques minutes plus tôt, ils s'engueulaient passionnément et voilà que maintenant ils prenaient un café en devisant de manière parfaitement insouciante :
- Je suis allé voir les Shiba hier après-midi... déclara soudainement Aisuko.
- Ah ? Et comment ça c'est passé ?
- Je me suis battu avec Ganju et Kûkaku m'a fait la moral... raconta t-elle avec une pointe d'amusement.
- Rien d'extraordinaire, commenta le grand brun.
- Certes... Mais, tu sais, ils m'en ont apprit une pas mal ! reprit-elle. Tu savais, toi, qu'Ichigo était leur cousin ? Et il ne s'agit pas d'un vague cousin éloigné en l'occurrence ! C'est leur cousin tout ce qu'il y a de plus direct !
- « Ichigo » ? répéta t-il pensivement. Tu veux parler d'Ichigo Kurosaki ? Le héros du Seireitei ?
Cette dernière réplique fit lâcher un petit ricanement discret à Grimmjow. Considérer ce gamin maladroit comme un héros... décidément ce type n'était pas très vif ! Enfin d'après ce qu'il avait pu voir, c'était l'avis général de la plupart des shinigamis...
Il vivait vraiment dans un monde de dingues.
- Lui même, affirma Aisuko.
- Mais comment ça se fait ? Je ne savais pas que le clan Shiba avait une branche terrestre...
- C'est pas le cas, apparemment c'est le fils d'Ishin et d'une humaine.
Kengo se massa longuement l'arrête du nez avant de répondre lentement :
- J'avais entendu dire qu'il avait réapparu lors de la Grande Guerre, mais de là à l'imaginer se planquer sur Terre pendant toute ses années... Bordel... Tout le monde le croyait mort alors qu'il avait juste déserté pour fonder une famille...
- Ça te surprend tant que ça ? interrogea la rouquine, clairement amusé. Allons, tu connais le personnage, tu sais très bien qu'il en ai capable !
- Oui, oui, mais quand même, ça surprend... déclara t-il avec une sorte de sourire désolé. Même si finalement ça explique pas mal de chose vis-à-vis de la puissance de Kurosaki !
- Je te le fait pas dire !
- Et ça fait longtemps que le clan est au courant ?
- Depuis toujours, apparemment Yoruichi servait d'intermédiaire entre eux et Ishin.
- Mais ils n'ont pas jugé nécessaire de nous le dire ? s'étonna Kengo.
- Nous ne faisons pas partie du clan, remarqua t-elle.
- Pas officiellement, c'est vrai, admit-il, mais si ma mémoire est bonne, tu étais particulièrement attaché à lui, non ?
- C'est vrai qu'il avait un véritable don pour me remonter le moral et me faire rire, reconnu t-elle, même quand ça n'allait vraiment pas... Mais je ne peux pas leur reprocher d'avoir voulu nous le cacher, ils voulaient juste préserver son secret !
- Certes...
Grimmjow soupira derrière sa porte.
La conversation avait vraiment perdu tout intérêt à ses yeux alors, après les avoir entendu planifier une visite conjointe aux Shiba à la prochaine occasion, il se décida enfin à faire son apparition.
Un peu près aussi pudique que sa compagne, il pénétra dans la pièce uniquement vêtu de son bas d'uniforme. A ses yeux, il s'agissait d'une technique d'intimidation mais cela passa plutôt pour de la vulgarité pour Kengo qui fut le premier à le remarquer.
- Et tu crois que... continua gaiement Aisuko avant de remarquer que quelque chose n'allait pas et de s'en inquiéter : Un problème ?
En guise de réponse, le grand brun désigna du menton l'ancien espada qui s'étirait exagérément dans le dos de la rouquine. Celle-ci se retourna vivement et ne put empêcher son visage de s'illuminer lorsqu'elle aperçu le bleuté qui venait de dégainer son sourire félin. Tout naturellement, il s'approcha d'elle et glissa un doigt sous son menton pour pouvoir l'embrasser à son aise avant de se planter devant le membre de la quatrième division légèrement perplexe.
- Kengo, j'suppose ? Grimmjow Jaggerjack, se présenta t-il en lui tendant la main. Aisuko m'a pas mal parlé d'toi, y paraît qu'vous vous connaissez d'puis un baille !
- J'aimerais pouvoir retourner ce compliment, lâcha l'intéressé en saisissant la main tendu.
Bien entendu, l'arrancars profita de cette poignée de main qui se voulait amicale pour faire ressentir toute sa force à ce nouveau venu et s'il ne lui brisa pas les phalanges, ce fut uniquement dans le soucis de ne pas se faire enguirlander par la suite. Après ce bref échange, le bleuté se laissa tomber dans le fauteuil resté vide et prit consciemment une posture agressive en attendant que la conversation reprenne.
- On t'a réveillé ? s'inquiéta notre héroïne.
- Nan, t'inquiètes ! Y'avait juste qu'chose qui me manquait... répondit-il avec un nouveau sourire acéré.
Le sourire tout comme le sous-entendu de sa phrase était bien évidemment destiné à Kengo et le léger froncement de sourcil de ce dernier permit à Grimmjow de savoir qu'il s'était parfaitement fait comprendre.
- Vous parliez d'quoi ? poursuivit-il innocemment.
- J'étais juste en train de raconter à Kengo notre visite d'hier chez les Shiba.
- Très sympas, faudra qu'on y retourne à l'occas'.
- Euh... oui, pourquoi pas... hésita la rouquine après un bref silence.
Aussi étonnant que ça puisse paraître, ce n'était pas la première fois qu'elle était confronté à ce genre de situation. En fait, à chaque fois que Kengo avait eu l'occasion de rencontrer l'un de ses compagnons, elle avait eu droit à une scène similaire. Bon, c'est vrai que le bleuté exagérait peut-être un peu plus que ses anciens petits-amis en essayant de lui briser la main -oui, elle l'avait vu-, en faisant des sous-entendus pas spécialement subtiles -oui, elle avait comprit- et avec cette posture d'intimidation -oui, elle l'avait remarqué-, mais ça ne la surprenait pas vraiment venant de lui.
Néanmoins, elle se fit un devoir d'essayer d'arrondir un peu les angles :
- Grimm, tu ne veux pas aller t'habiller un peu ?
- Pourquoi ? J'suis bien comme ça et puis Unohana a dit qu'j'devais laisser ma cicatrice à l'air si j'voulais qu'elle disparaisse !
- D'après ce que tu m'as dit, ça va faire pas loin de sept ans que tu l'as cette cicatrice, elle ne disparaîtra plus maintenant, répliqua la rouquine en se passant une main lasse sur le visage. Explique lui, s'il te plaît, Kengo.
- Après un an, on ne peut plus vraiment espérer qu'une cicatrice disparaisse, notamment une aussi importante que celle-ci, répondit l'intéressé d'un ton professionnel. Par ailleurs je doute que le capitaine Unohana ai pu donner un conseil aussi stupide.
- J'suis pas fait du même bois qu'les shinigamis, remarqua le bleuté avec un nouveau sourire.
- Certes, mais il y a des limites.
- Vas t'habiller.
- Non.
Bon, la méthode douce et « subtile » ne semblait pas fonctionner...
Après avoir lourdement soupiré, Aisuko lança un regard éloquent au grand brun qui hocha légèrement la tête.
- De toute façon je vais vous laisser, fit Kengo en se levant, j'aimerais bien pouvoir me reposer un peu avant ce soir.
- Je te raccompagne, déclara aussitôt la rouquine en lui prenant le bras pour le diriger vers la sortie.
- Bye ! lança joyeusement Grimmjow avec un air victorieux.
Une fois qu'ils furent suffisamment loin de la porte de l'appartement de la jeune femme pour ne pas pouvoir être entendu, ils s'arrêtèrent d'un commun accord.
- Je suis désolée... commença notre héroïne en passant une main dans ses cheveux. Je me doutais un peu que ça se passerait comme ça, mais je ne pensais pas qu'il irait aussi loin...
- C'est pas grave, répondit-il en secouant légèrement la tête. On peut dire que je l'ai cherché d'une certaine manière, et de toute façon j'ai vu ce que j'étais venu voir...
- C'est à dire ?
- Tu l'aimes, pas vrai ?
La rouquine détourna les yeux alors que ses joues se colorèrent légèrement.
Ce n'était pas la première fois qu'il lui posait cette question et habituellement elle se contentait de changer de sujet ou de prétendre que la réponse ne le regardait pas... Mais cette fois-ci, sa réaction physique ainsi que toutes ses discours à propos des hybrides étaient éloquents. Quelque part, et même s'il s'en serait fermement défendu, il était rassuré de voir qu'elle avait réussit à s'attacher véritablement à quelqu'un.
- Bon, je vais prendre ça pour un oui, en conclut Kengo avec une discrète grimace. Ça lui servira d'excuse pour cette fois, mais tu devrais lui apprendre à se calmer un peu.
- J'y penserais, répondit-elle avec un léger sourire. Il ne t'a pas fait mal au moins ?
- Je m'en remettrais, ne t'inquiète pas, assura t-il. On se tient au courant par papillon de l'enfer pour la visite chez les Shiba ?
- D'accord.
Après s'être brièvement enlacés, les deux amis se séparèrent, retournant tout deux à leur vies qui ne se croisaient presque plus... Aisuko ne quitta pas des yeux la silhouette de Kengo jusqu'à ce qu'il disparaisse entièrement derrière un bâtiment et lorsque se fut fait, elle retourna sans grand enthousiasme à son appartement.
Grimmjow était toujours là, installé tel un roi dans le fauteuil qui lui tenait lieu de trône.
- Qu'est-ce que c'était que cette comédie ? interrogea t-elle en croisant les bras.
- Quelle comédie ? demanda t-il innocemment.
- Ne joue pas à ce jeu avec moi, tu sais parfaitement de quoi je veux parler.
L'ancien espada reprit une attitude plus naturelle et même légèrement piteuse avant de croiser les mains entre ses genoux. Il avait la tête un peu basse, mais quant il prit la parole sa voix était ferme et son regard ne fuyait pas :
- C'type, il est amoureux d'toi, pas vrai ?
A son grand étonnement, la jeune femme éclata de rire. Agacé par sa réaction, il se leva brusquement et la prit par les bras pour lui demander :
- Qu'est-ce qu'y a ?! C'est drôle parce qu'c'est stupide ou parce qu'c'est la vérité ?!
- Tu as conscience qu'on parle du gars qui m'a torché quand j'étais môme ?! s'exclama t-elle entre deux éclats de rire.
- Mais quel âge il a, au juste ? questionna l'arrancars en faisant un pas en arrière, surprit par cette révélation.
- Sais pas... plus ou moins 100 ans... lui même ne sait pas exactement.
La rouquine essuya les larmes qui perlaient aux coins de ses paupières avant de reprendre plus sérieusement :
- Mais c'est vrai que son attitude peut prêter à confusion, j'en ai conscience... Honnêtement, je me suis moi même posé la question il y a quelques décennies de ça, j'ai d'ailleurs fini par lui demander directement.
- Et comment il a réagit ? s'enquit le bleuté.
- Exactement comme je viens de le faire, répondit-elle avec un sourire.
Oui, elle se souvenait encore parfaitement du fou rire qui avait secoué Kengo lorsqu'elle lui avait posé la question fatidique. Il se roulait par terre en tapant le sol de ses poings, cet imbécile. Les larmes aux yeux, il n'avait pu s'empêcher de s'interroger à voix haute sur ce qu'il pouvait bien se passer dans la tête de la rouquine pour qu'elle en vienne à se poser des questions pareilles !
Quant il avait fini par reprendre son sérieux, il avait seulement rappelé qu'il la connaissait depuis sa naissance et que par conséquent il la considérait plus comme une sœur -voir même une fille- que comme une femme qu'il aurait potentiellement pu fréquenter. Avec un sourire, il s'était déclaré désolé de ne pouvoir accéder à sa demande -qui n'en était pas une- avant de conclure qu'il agissait probablement comme ça par pur instinct fraternel.
- Ses sentiments ont pt'être changés, remarqua Grimmjow en croisant les bras.
- Ça m'étonnerait, répondit-elle avec un sourire légèrement condescendant. Et quand bien même ce serait le cas, il a raté sa chance depuis longtemps.
- Hum...
- Allé quoi, tu vas pas te mettre à bouder quand même ?
- …
- Grimm, ne me dit pas que tu as décidé de me faire le coup de la crise de jalousie ! s'emporta t-elle brusquement. C'est avec toi que je suis aujourd'hui ! Qu'est-ce que ça peut te faire si la moitié du Seireitei avait des vues sur moi ?
- Tu réagirais comment s'tu pensais qu'quelqu'un m'faisait des avances, toi ? demanda t-il soudainement.
- Je lui casserais la gueule, admit la rouquine. Mais je ne suis pas quelqu'un de raisonnable.
- Parce qu'moi oui ? s'étonna l'arrancars.
- Faut bien qu'il y en ai un sur nous deux.
Le bleuté secoua la tête avec amusement avant d'attraper fermement la jeune femme par la taille et de l'embrasser sur la tempe.
A ses yeux, cet homme n'avait fait que se chercher des excuses, à l'époque comme maintenant, et le fait qu'il n'admette pas ses sentiments pour Aisuko le rendait encore plus dangereux. Enfin, si elle considérait que cette affaire était close, il n'avait pas d'autre choix que d'enterrer le sujet... ou en tout cas pour le moment.
- Je vais aller me recoucher un moment, déclara la rouquine en se dégageant de son étreinte pour se diriger vers sa chambre.
- J'peux venir ? demanda l'ancien espada en la suivant.
- Je ne sais pas si tu l'as mérité...
- T'es sûre ?
Assise sur son lit, elle leva les yeux vers lui.
Il s'était négligemment appuyé contre le cadre de la porte, un sourire railleur jouait sur ses lèvres alors qu'il passait machinalement la main dans ses cheveux, le rayon de soleil qui avait taquiné les cils de la jeune femme un peu plus tôt servait à présent à mettre en relief sa taille presque trop marquée et sa musculature qui aurait fait pâlir une statue grec... Cet homme avait parfaitement conscience de ses atouts, peut-être même un peu trop, et il savait très bien en jouer. C'était l'avatar du vice et de la luxure, un véritable appel aux instincts les plus primitif de chaque être...
- Viens ici, imbécile, fini par grommeler Aisuko en détournant les yeux.
…
Lorsqu'il quitta enfin l'enceinte de la onzième division, Kengo ne pu s'empêcher de lâcher un soupir contrarié.
Il n'avait jamais été d'accord avec les choix d'Aisuko en terme d'hommes, mais là il lui semblait que c'était le pire de tous. S'il n'avait été qu'un arrancars, ça aurait peut-être pu passer, mais là il avait plutôt l'impression d'avoir à faire à un animal qu'à un homme !
Enfin, si tout ce passait selon ses plans, il n'avait pas de raison de s'inquiéter très longtemps...
Un sourire fleurit sur son visage alors qu'il reprenait le chemin de la quatrième division.
OxOxAxOxO
Anecdote d'écriture n°48 :
Pour info, sachez que je m'inspire du nom de comédiens de doublage pour nommer mes personnages secondaires ! Par exemple, le nom de l'ex d'Aisuko (Sugo) est inspiré du nom de la voix original de Zangetsu (Takayuki Sugo) ! (ça faisait longtemps que vous n'aviez pas eu droit à une « vrai » anecdote d'écriture, pas vrai ?)
Anecdote d'écriture n°49 :
Je me suis tellement marrée en imaginant Grimmjow rouler des mécaniques pour essayer d'impressionner Kengo ! Non mais sérieusement, je suis la seule que ça amuse ce genre de déchaînement viril ? (s'il vous plaît, dites moi que je ne suis pas aussi folle que j'en ai l'air )
OxOxAxOxO
Triangle amoureux ?
Qui a dit triangle amoureux ?!
Honnêtement, vous me connaissez mieux que ça maintenant,
Non ?
…
Quoiqu'il en soit,
(et comme d'habitude)
J'espère que ce chapitre vous a plu !
Reviews ?
Signé : Lulu Murdoc, auteur sensible.
