Notes : nous arrivons dans la dernière ligne droite de cette fanfiction. Je ne vous remercierai jamais assez
pour avoir accompagné Hermione et Severus dans leurs péripéties... Aux lecteurs qui me l'ont demandé, je vais faire une longue pause avant de reprendre l'écriture ;)
Je salue toutes les personnes ayant suivi ou mis cette fiction dans leurs favoris, et bien entendu, de vifs remerciements aux lecteurs ayant daigné laisser un ou plusieurs commentaire(s). Votre soutien a été très important pour ma motivation :
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Hermione a vu les souvenirs de Severus. Ce dernier va-t-il survivre à la morsure de Nagini ? Hermione peut-elle lui pardonner son comportement envers elle ?
Excellente lecture à tous !
Avertissement : aucun
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Chapitre XXVI - La Promesse de l'Aube*
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Quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sous leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir, Du côté de chez Swann, Marcel Proust
Le temps fait oublier les douleurs, éteint les vengeances, apaise la colère et étouffe la haine ; alors le passé est comme s'il n'eût jamais existé, De la Connaissance, Avicenne
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Elle se dirige comme un automate vers la chambre de l'homme qui agonise et qu'elle ne connaît pas, qu'elle n'a pas cherché à comprendre. Un poids étreint sa poitrine. Elle s'approche du lit. Tout près de lui. Il respire à peine. Elle prend une main dans les siennes en s'asseyant au bord du matelas.
"J'ai vu vos souvenirs, commence-t-elle. La main pâle se contracte imperceptiblement. Vous avez fait tout ça... pour moi ? Pour me sauver ? Vous auriez dû me parler, m'expliquer..." chuchote-t-elle en oralisant ses pensées, sans chercher à retenir les ruisseaux de larmes qui aveuglent ses prunelles Whisky et mouillent leurs mains jointes. Elle pleure pour lui, pour elle, pour leur enfant qui ne connaîtra pas son père, pour la vie qu'ils auraient pu avoir...
Severus détourne le regard et ne répond pas. Pendant un long moment, ils restent enfermés dans le silence, seulement ponctué par leur respiration hachée.
Les paroles prononcées par Hermione transpercent le cœur de Severus, mais il est trop tard pour leur échapper. Le remords et la culpabilité fondent sur lui, le jettent dans la profondeur inimaginable des ténèbres. Durant ce qui semble une éternité, il dégringole dans un puits sans fond. Il suffoque, se bat pour s'en soustraire, mais il n'a d'autre choix que de permettre à la vague obscure de le transporter dans un vide sans fin.
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Hermione sent la main devenue froide et inerte.
Non !
Elle soulève une paupière, puis l'autre. Elle n'obtient aucune réaction : la pupille reste fixe.
Hermione est tout entière envahie par les images éphémères des souvenirs de Rogue. Elle ne peut le laisser partir. Il n'a pas le droit de mourir en la laissant avec toutes ces interrogations en suspens.
Elle passe sa baguette dont elle ne peut réprimer les tremblements au-dessus de son cœur. Elle détecte un souffle de vie. Infime. Presque rien, mais il n'est pas encore mort. Le soulagement la submerge. Comment le sauver ? Elle doit trouver une solution. Mais laquelle ?
Ses pensées se bousculent. Soudain c'est l'illumination. Bien sûr ! Madame Pomfresh. Elle est la seule Médicomage qui acceptera de l'aider. Elle le lui a promis quand elle était dans ses soins à l'infirmerie de Poudlard.
Oui, je dois la contacter.
Malgré sa fébrilité, elle parvient à envoyer son Patronus délivrer son message :
"Madame Pomfresh, c'est Hermione. J'ai besoin de vous. C'est urgent. Severus Rogue est plongé dans un coma à cause du venin de Nagini. Répondez rapidement. Si vous acceptez de le soigner, Gandral viendra vous chercher, mais personne ne doit être au courant...
Elle n'a pas longtemps à patienter, la réponse est quasi-immédiate, apportée par un Patronus-Cigogne :
- Je viens de suite.
- Gandral ! Va à l'infirmerie de Poudlard et ramène Madame Pomfresh. Vite !
- Oui Maîtresse !" s'écrie l'elfe qui disparaît aussitôt.
Deux minutes qui semblent une éternité... Hermione se ronge les ongles, une mauvaise habitude qu'elle n'a pas reprise depuis ses dix ans. Poppy est enfin là. Les deux femmes se jettent dans les bras l'une de l'autre.
"Voldemort n'est plus ! s'exclame enfin l'aînée dans un sourire empli de soulagement. La Résistance est en train de reprendre le contrôle du Ministère de la Magie ! précise-t-elle en serrant les mains de sa cadette. Les Mangemorts sont en fuite ou incarcérés à Azkhaban !
- Oui, je sais. C'est Rogue qui l'a tué mais il a été attaqué par Nagini, réplique fébrilement Hermione qui abrège l'étreinte chaleureuse. Le temps est compté. Il est là," explique-t-elle dans une grande agitation en conduisant la Médicomage auprès du mourant.
Le cœur de cette dernière se serre en découvrant Severus. Elle l'ausculte avec des gestes rapides et sûrs. Elle complimente la jeune femme pour le remarquable travail accompli. Elle examine attentivement la morsure dans le cou et son inquiétude est visible malgré ses efforts pour le cacher.
"Le venin s'est propagé, heureusement que vous lui avez administré le bézoard car à l'heure actuelle il serait déjà... mort. J'espère seulement que son cerveau n'est pas touché."
Elle pose sa baguette et ouvre sa mallette. Elle en extirpe un petit flacon ainsi qu'une seringue. La jeune femme ne perd rien des gestes professionnels.
"Lorsqu'Arthur Weasley a été attaqué par Nagini, le Guérisseur qui l'a sauvé a élaboré un contrepoison en prélevant du sang contaminé. Cela fonctionne quasiment comme les vaccins moldus. Etant donné que Severus est incapable d'ingérer quoi que ce soit dans son état, je vais pratiquer une intraveineuse à l'aide de cette seringue, déclare-t-elle en désinfectant magiquement le creux du bras de son patient. Il faut simplement espérer qu'il ne soit pas... trop tard..."
Le regard expert de Poppy note le tressaillement de la jeune femme sur ses dernières paroles, et le geste protecteur de sa main sur son ventre.
"Vous attendez un enfant ? s'enquiert-elle sur un ton très doux tout en piquant la peau du malade avec l'aiguille.
- Oui, avoue Hermione tandis que ses joues prennent une teinte rose.
- Je suivrais votre grossesse si vous le désirez, propose aimablement la Médicomage en injectant l'alexipharmaque. Il va de soi que je garderai le secret, affirme-t-elle sur un ton sentencieux en retirant la seringue.
- Merci, répond Hermione avec reconnaissance, sans cesser de scruter sur Rogue le moindre signe indiquant une amélioration. Son inquiétude est visible et interpelle Pomfresh.
- Puis-je savoir ce qui a changé votre opinion sur Severus ? s'enquiert l'infirmière, très intriguée.
- Je ne sais encore que penser sur lui mais... j'ai vu certains de ses souvenirs dans une Pensine. Il n'est pas le meurtrier de Dumbledore. Ce dernier était condamné et a demandé à Rogue de le tuer pour obtenir la confiance totale de Voldemort. Lorsque la Bataille Finale a tourné au désastre pour l'Ordre, il a préféré jouer au parfait Mangemort pour... me sauver, confesse-t-elle avec des trémolos dans la voix, sous le regard attentif de son interlocutrice.
- J'ai toujours senti qu'il y avait quelque chose de trouble dans la disparition d'Albus. Sa main droite qu'il dissimulait dans un gant et qu'il refusait absolument de me montrer. Je savais que cela cachait de la Magie Noire mais il a refusé de s'en expliquer. A présent je comprends mieux...
Elle fait une pause. Elle cherche ses mots.
- Il vous aime. Je l'ai compris lorsqu'il vous a emmenée à l'infirmerie. Son regard inquiet, ses attentions, cela crevait les yeux... ajoute Poppy.
- Oui, mais il y a tant de souffrance entre nous... J'ignore encore si je suis capable de lui pardonner. Il y a une part sombre en lui qui m'effraie, reconnaît Hermione sans retenir un frisson. Mais je ne veux pas qu'il meure. Pas avant qu'il se soit expliqué... de vive voix."
Une lueur compréhensive passe dans les yeux de la Médicomage.
Un gémissement provenant du lit interrompt leur discussion. Les deux femmes s'approchent ensemble auprès du blessé. Les prunelles s'agitent derrière les paupières closes. Poppy les ouvre l'une après l'autre. Un sourire éclaire ses traits. Les pupilles sont réactives.
"Le contrepoison a rempli sa fonction... Il vivra, " assure-t-elle.
Elle passe sa baguette sur l'homme et semble satisfaite des réponses qu'elle obtient. La couleur des lèvres est revenue à la normale et la fièvre est tombée.
"Severus ! Tu m'entends ? demande-t-elle en nettoyant la plaie dans son cou. Pas de réaction. Rennervate ! essaie-t-elle encore.
Aucune réponse.
- Quelque chose ne va pas ? s'inquiète Hermione en mordillant ses lèvres. Une sourde angoisse s'insinue dans son être. Auprès d'elle, l'attitude de Gandral démontre la même appréhension.
- Le venin étant éliminé de son organisme, il devrait reprendre connaissance. Je ne comprends pas, s'étonne l'infirmière, les sourcils froncés. Il est apathique. On dirait qu'il ne veut pas... revenir."
Le regard des femmes se croisent. On peut y lire la même interrogation.
Les entrailles de la jeune fille font des nœuds. Ses mains se mettent à trembloter. Il n'a pas le droit de partir comme ça. Pas maintenant.
Pomfresh ferment ses yeux. Il doit être possible de le ramener. Mais comment ? Elle réfléchit intensément. Elle rouvre ses orbes.
"Hermione, je sais que vous êtes liée à Severus par l'Ancienne Magie Elfique. Si c'est ce que vous désirez, vous devez être en mesure de lui faire comprendre qu'il ne doit pas abandonner, qu'il doit vivre. Il faut qu'il ressente que vous avez besoin de lui... Vous seule pouvez le sauver, explicite la Médicomage.
- Oui Maîtresse, approuve l'elfe en se jetant à ses pieds. Vous êtes capable de le sauver, je le sens. Il tient tellement à vous !" insiste-t-il en se relevant et en se balançant sur une jambe puis l'autre, comme à son habitude en cas de stress.
La jeune femme semble hésiter quelques secondes. Elle jette un regard en direction de Pomfresh qui hoche sa tête pour l'encourager. Elle s'assied avec précaution au bord du lit et prend la main inanimée. Elle est tellement froide qu'elle en frissonne. Elle lui lance un Sort de Réchauffement et la pose délicatement sur son petit ventre, là où se développe Nathanaël, sans quitter des yeux le visage du sorcier, guettant le moindre signe de vie. Et si cela ne fonctionnait pas ? Elle se refuse à envisager le pire. Elle adresse une prière silencieuse à cet homme étendu près d'elle et auquel elle tient. Malgré tout.
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Autour de Severus tout n'est que ténèbres et la lumière, noire et colorée, l'engloutit. Au milieu de ces limbes angoissantes, il sent une chaleur qui perce sous ses doigts et qui commence à croître. Il crie et se débat tandis que cette magie brûlante se répand dans tout son corps, jusqu'à ce qu'il puisse respirer à nouveau. Les sables mouvants dans lesquels il était englué se dissolvent lentement et il parvient à s'en extirper. Une attraction plus puissante l'entraîne vers une clarté bienveillante.
Le monde étrange et maléfique s'efface peu à peu jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'obscurité, sauf un battement élevé qui résonne dans le creux de sa main. Des pulsations bien trop faibles et rapides pour être celles d'Hermione mais... qui, il le devine, appartiennent à un... bébé. Son enfant. Il le ressent dans son cœur, dans son âme. Il l'appelle. Il a besoin de lui.
Hermione sent des vibrations sur son ventre. Les longs doigts tressaillent et tapotent sa peau. Il est vivant ! Il est revenu ! Merci Merlin !
Pomfresh s'approche aussitôt, et la couleur de la lumière que projette sa baguette au-dessus du corps du sorcier semble lui apporter entière satisfaction. L'aura magique du sorcier a retrouvé son apparence originelle.
"Severus est de retour parmi nous," déclare-t-elle en souriant.
Hermione se tait mais ses yeux parlent pour elle. A contrario, Gandral étale sa joie en se cognant contre les meubles de la pièce. Les deux femmes partagent le même sourire.
Quelques secondes s'écoulent avant que les paupières ne papillonnent et ne s'ouvrent sur les fenêtres sombres, autrefois insondables et qui là, reflètent un mélange d'émotions diverses : l'espérance, l'attente et l'appréhension.
Elle incline son visage et il lève les yeux vers elle. La tension inonde ses terminaisons nerveuses alors que ses yeux prudents répondent à son regard ambré empli d'inquiétude et de soulagement.
Hermione ferme ses paupières et prend une grande respiration stabilisatrice. Son désir d'entendre ce qu'il a à dire la conduit sur un chemin avec lequel elle n'est pas forcément d'accord, et pourtant elle a un besoin vital de le comprendre. Même maintenant, elle est troublée par sa propre réaction, sa faiblesse totale en sa présence.
"Hermione, je sais que... je t'ai fait du mal... plus qu'aucune autre personne... et que tu... me considères comme un... monstre mais... avant de pourrir à Azkhaban... je veux te demander pardon..." implore Severus sur un ton étouffé et douloureux en forçant ses yeux à rester ouverts.
Son repenti est sincère. Son regard ne ment pas. Mais lui est-il possible de pardonner ? Ce qu'ils ont vécu au Manoir Prince peut-il être effacé comme un simple coup d'éponge sur une vitre ?
Il regarde vers le haut dans les yeux limpides et il a incroyablement peur de ce petit bout de femme, de sa réponse. En cet instant, son cœur tremble dans sa main et elle n'a qu'à dire un mot tranchant pour qu'il éclate. Il a toujours su au fond de lui que sa vie tournerait court, que le bonheur n'était pas pour lui. Il l'a su dès son adolescence, le jour où Lily s'est détournée de lui alors qu'il venait déposer son cœur à ses pieds.
Hermione est la seule partie belle de toute son existence. Et il ne peut quitter ce monde sans son absolution. Mourir n'est rien. Il s'y est préparé depuis longtemps. Mais le Baiser du Détraqueur sera moins terrifiant si elle lui accorde son pardon.
Elle reste silencieuse. Elle serre seulement sa main et appose légèrement sa tête contre son torse. il comprend le message. Son cœur menace d'éclater dans sa poitrine. Il n'a jamais connu pareil bonheur.
Avant qu'elle ne puisse recommencer à pleurer, ses bras attrapent ses épaules, les enveloppe de sa chaleur, la bloquant contre lui sans violence. Il sursaute et grimace de douleur quand elle s'appuie contre ses blessures. Mais il savoure cet instant de grâce. Il est entouré par des fragrances qui flottent autour de lui, qui l'enivrent et l'attirent. Son odeur. Celle qu'il a toujours conservée sur lui avec le foulard qu'il lui avait dérobé.
Il partira en emportant avec lui son parfum de rose. Sa madeleine de Proust.
"Je ne veux pas que tu meures..." chuchote-t-elle à voix si basse qu'il croit avoir mal compris.
Severus est touché par ses paroles, par la délicatesse de ses gestes sur son derme encore sensiblement douloureux.
Il hoche brusquement sa tête, dans un tremblement. Il doit lui dire.
"Je t'ai laissé une lettre... Je l'ai remise à Gandral... avant ma convocation... chez Voldemort... précise-t-il d'une voix hachée et rauque. Je te lègue tout... ce que j'ai... Notre enfant... je sais que... tu ne lui chanteras pas... mes louanges mais... je veux croire que... tu feras en sorte... qu'il ne porte pas la responsabilité... de mes actes..." achève-t-il en laissant tomber lourdement sa tête sur l'oreiller.
Ses yeux se referment malgré lui. Malgré les soins qui lui ont été prodigués, il a l'impression que chacune de ses cellules est marquée par la souffrance.
Cette supplique révèle une profonde vulnérabilité du sorcier qu'elle n'a jamais remarquée, hormis dans ses souvenirs.
Hermione secoue sa tête. Les larmes menacent à nouveau de jaillir de ses ambres mordorés.
"Non ! Ne pleure pas... Je ne le supp... coasse-t-il difficilement.
- Chut... Ne parlez pas. Vous êtes encore faible," le coupe-t-elle d'une voix éraillée.
Le sorcier ému rouvre ses yeux. Il découvre la Médicomage aux côtés de la jeune femme.
"Poppy ? s'étonne-t-il dans un souffle en cherchant une réponse dans le regard d'Hermione.
- Bonjour Severus, répond l'infirmière doucement. Je suis venue apporter mon aide à Miss Granger, ajoute-t-elle sur un ton plus ferme, en arrangeant l'oreiller derrière sa tête, et sa poitrine généreuse menace durant une poignée de secondes de l'étouffer. Bien, à voir ce regard noir que tu me lances, j'en déduis que tu vas mieux," se moque-t-elle.
Elle ignore la grimace qu'il lui adresse. Lui n'a d'yeux que pour Hermione.
"Je vous préviens Miss Granger, cet homme n'est pas le malade le plus malléable qui soit, loin s'en faut. Mais je compte sur vous pour l'obliger à prendre les Potions de Guérison que je vais vous prescrire... Croyez-moi, vous allez apprendre à connaître son caractère récalcitrant quand il s'agit de respecter une posologie. Mais ne vous laissez pas faire, il a besoin qu'une femme prenne soin de lui..." ironise la Médicomage.
Les yeux d'Hermione rient tandis que le visage de Severus affiche un air déconfit peu habituel.
L'infirmière comprend qu'il est temps pour elle de s'éclipser discrètement et de laisser le couple régler leurs différends. Avant de partir, elle remet à Hermione quelques potions pour permettre au blessé de récupérer plus rapidement.
Quand Hermione revient dans la chambre, Severus s'est endormi. Elle vérifie sa température. Pas de fièvre. Rassurée, elle profite de ce répit pour demander à Gandral de lui préparer une légère collation qu'elle ingère rapidement, puis elle revient auprès du sorcier. Elle s'assied sur la chaise. Peu à peu, la fatigue l'envahit. Elle pose sa tête sur le lit, tout près de lui. Elle glisse lentement dans un sommeil réparateur mais peuplé de rêves étranges.
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Hermione se réveille. Un florilège d'arômes boisés s'insinuent dans ses narines encore ensommeillées. Il est là. Elle sait presque de suite où elle se trouve. Tous les événements de la veille lui reviennent en mémoire. Elle frissonne légèrement de froid. Mais la chaleur perdue est rapidement remplacée par la lumière d'un nouveau jour, alors que les rayons timides de l'aube percent à travers la fenêtre et éclairent le visage endormi du sorcier. Son apparence vulnérable touche une corde sensible chez la jeune femme.
Indépendamment de sa volonté, elle enterre ses doigts dans les cheveux ébène et l'embrasse sur la bouche. Ses lèvres sont douces, plus douces que lorsque c'est lui qui l'embrasse. Elle sent qu'il se réveille : il réagit de manière subtile à son toucher. Elle traîne sa langue le long de sa lèvre inférieure et se recule pour observer sa réaction.
Le regard onyx est émerveillé. Tout son visage montre une surprise radieuse. Il marque une hésitation et passe lentement sa main sur sa nuque. Elle abaisse à nouveau son visage vers lui. Son souffle est court et elle est certaine qu'il a l'intention de l'embrasser. Elle n'a pas la moindre idée si elle le désire ou non.
Son expression est si tendre, quelque chose qu'elle n'a jamais connu de lui. Ses yeux semblent plus lumineux tandis que ses lèvres caressent les siennes. Sa chaleur l'allume, il commence à la toucher en la retenant contre lui...
Le sorcier sait qu'il y a quelque chose de violent en lui, une passion sombre qui couve en son sein et qu'il a du mal à contenir. Il est conscient d'avoir laissé des traces sur une âme aussi pure, aussi innocente que celle d'Hermione en lui imposant l'esclavage. Mais elle ne serait pas là, bien vivante, avec leur enfant s'il ne l'avait pas réclamée pour lui face aux autres Mangemorts. Si c'était à refaire, il recommencerait. Il la sauverait, envers et contre tout.
Hermione ne peut pas encore admettre qu'elle l'aime, même si elle le voulait. C'est trop tôt. Trop de souffrance et de douleur les séparent. Pourtant elle a conscience de ne pouvoir vivre avec nul autre que lui. L'enfant qu'elle porte est aussi le sien. Il s'est exposé pour tuer Voldemort afin de les protéger, et de ce fait, elle n'a aucun doute. Il a risqué sa vie une fois de plus non seulement pour elle, mais aussi pour Nathanaël. C'est un héros. Un sombre héros. Personne ne peut le nier, même elle.
Sa tête se met à tourner. Son cœur bat si vite qu'elle sent qu'elle va bientôt devenir malade à cause de ses palpitations désordonnées. Elle se lève brusquement et accélère ses pas dans une course éperdue pour atteindre la porte d'entrée. Elle a un besoin viscéral de s'échapper, de mettre de l'ordre dans ses idées.
Une fois dehors, elle est baignée par la lumière rose du matin. Elle suit le petit sentier qui descend et continue à courir, courir sans destination précise. Elle ne remarque même pas le chat orange qui lui emboîte le pas. Elle se retrouve sur la rive, avec la brise marine qui fouette ses cheveux et les vivifie. Elle hume l'air avec une joie enfantine. Elle inspire et expire profondément l'air iodé dans une tentative désespérée pour calmer ses nerfs tendus.
Elle ferme ses yeux et essaie de lutter contre les nouvelles émotions qui affluent en elle. Les vagues se fracassent sur les rochers, formant une écume qui apparaît et disparaît dans un ballet incessant. Elle ne se lasse pas de ce spectacle que lui offre la nature. Elle se déchausse et s'avance dans l'eau fraîche qui provoque aussitôt la chair de poule sur sa peau, mais elle n'en a cure.
Gandral lui a avoué que la maison était situé non loin de la ville de Drogheda. Elle se souvient être venue trois ans plus tôt avec ses parents assister au festival de samba qui a lieu chaque été, et être tombée amoureuse de cette région encore sauvage.
Elle ne l'entend pas s'approcher.
"Hermione ! Hermione !" souffle le vent tout près d'elle avec les sonorités de baryton qui lui donnent des papillons dans le ventre. Cette voix riche et profonde capable de la liquéfier.
Elle se retourne et percute une silhouette. C'est lui. Immense. Sombre. Séduisant. Mystérieux. Déroutant.
À sa grande surprise, une main douce se saisit de son menton et le ramène à sa hauteur. Tellement il est grand, elle redécouvre qu'elle doit tendre le cou pour regarder directement dans la profondeur de ses obsidiennes dans laquelle baigne une lueur inquiète.
La jeune femme examine son visage. Il a l'air épuisé. La cicatrice dans son cou semble si importante à la lumière du jour. Elle en étudie la courbe. Elle remonte le long de sa mâchoire. La manière dont la morsure a défiguré sa peau la fait grimacer. Elle tend sa main et caresse la ligne épaisse et dentelée qui a laissé sa terrible empreinte.
L'homme ne se hasarde pas à faire un mouvement. Il ne veut pas briser l'harmonie qui règne entre eux. Il attend. Un mot, un geste de sa part. Si elle le lui demande, il partira et sortira de sa vie. Pour toujours.
Subitement, les yeux d'Hermione se brouillent et elle ne peut arrêter le flot de larmes coupables qui commencent immédiatement à tomber. Alors maladroitement il caresse ses cheveux indociles, et les mouvements répétitifs et doux, apaisent peu à peu l'agitation qui sévit à l'intérieur d'elle. Elle laisse le sorcier tamponner ses yeux avec le mouchoir qu'il a trouvé dans sa poche.
"Severus, rentrons. Tu vas attraper froid..." ordonne-t-elle gentiment en glissant son bras autour de sa taille pour le soutenir. Il est pieds nus, seulement vêtu d'une cape.
Il la laisse faire, ébloui par son indulgence et sa tendresse. Dans la même phrase elle l'a appelé par son prénom et l'a tutoyé... Dans sa bouche, ce prénom tant honni devient le mot le plus doux qu'il ait jamais ouï. Il brûle de l'entendre à nouveau. Comme si elle avait deviné son désir, Hermione enjoint dans un petit sourire :
"Severus viens, tu as tes potions à prendre..." le taquine-t-elle avec une expression espiègle sur son visage.
Un sourire éclaire les traits fatigués de l'homme. Il reconnaît au fond des prunelles noisette une émotion qui l'émeut. Elle est si belle, avec ses yeux brillants, ses joues rosies par le vent et ses cheveux indomptables. Il obtempère et ils remontent péniblement le sentier escarpé en silence. Ils sont obligés de faire plusieurs haltes afin qu'il puisse reprendre sa respiration. L'inquiétude et la sollicitude d'Hermione agissent comme un baume apaisant pour le sorcier. Ils poursuivent leur marche laborieuse vers le cottage, chacun profitant de l'autre, de cette fragile intimité.
Ces quelques mots sont pour le sorcier la promesse d'un avenir plus radieux, comme le soleil qui se lève et qui chasse peu à peu les ténèbres. Il leur faudra du temps, beaucoup de temps, mais il ose espérer que le plus dur est derrière eux. Avec Hermione à ses côtés, et bientôt leur enfant, il se sent capable d'affronter la Terre entière. Il a passé tellement d'années à jouer un rôle, à être une autre personne. Il va enfin pouvoir être lui-même, et prouver à sa Princesse de Gryffondor que sous son apparence terrifiante il existe un homme digne d'être aimé, qu'une part de son âme est encore intacte.
Sans elle sa vie n'a aucun sens. Il ne veut pas la perdre... Jamais. Car la Lionne a su apprivoiser le Serpent.
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Finite Incantatem
"Le temps passé dans l'amour n'est pas du temps, mais de la lumière."
La part manquante, Christian Bobin
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J'avais l'intention d'écrire un épilogue pour clore cette histoire mais... cette fin se suffit à elle-même, n'est-ce pas ?
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*La Promesse de l'Aube : titre emprunté à un roman autobiographique de Romain Gary. Je n'ai pu trouver un titre à ce chapitre qui puisse autant correspondre à ce que je ressentais que celui-ci.
Un p'tit com ?
Ajout du 16/04/17 : suite à de nombreuses demandes, un épilogue sera publié entre le 20 et le 27 avril, je vous remercie pour votre patience...
