Hey !
Et ben dis-donc, il faut croire que le chapitre précédent vous a vraiment plu... Que de gentilles reviews ! Merciiii (hiiiih) ! Il semblerait aussi que l'apparition d'Halbarad vous fasse plaisir en tout cas... On va finir par monter un groupe de soutien pour ce personnage... Je voulais poster plus tôt mais... Il faut s'en prendre à ma connexion internet. (ceux dont je lis la fiction... j'arrive, mais j'ai beaucoup de choses à lire d'un coup, forcément... mais j'arrive !)
On m'a informée que je n'avais pas le droit de répondre aux reviews anonymes en début de chapitre... ça m'embête, parce que les reviewers non-inscrits ont la gentillesse de me laisser un mot eux aussi... Tout ça pour dire que je ne ferais malheureusement plus des réponses détaillées aux anonymes comme avant... Je ne sais pas quoi dire aux concernés... Inscrivez-vous, laissez-moi une adresse mail si vous tenez à une réponse...Mais sachez que je vous aime tout autant que les autres !
Du coup, un merci tout particulier aux reviewers non-inscrits de ce chapitre : kayla (défi accepté), Erwynia et Opalle qui semble aussi intriguées par Halbarad que moi, ainsi que BeN pour son enthousiasme. Merci aussi à ma chère Peach (et pas Henri...), toujours fidèle au poste : toi, on se débrouille pour que je récupère ton adresse mail (en passant par ton site de publication peut-être ?), parce que je veux te répondre par romans entiers, c'est clair, et que j'ai des trucs à te dire ! Merci également à l'inconnu (véritablement anonyme pour le coup), qui a fait une très bonne blague XD J'espère sincèrement que ce chapitre vous plaira, et excusez-moi de ne plus faire de réponse personnalisée. Je le répète, je vous aiiiime !
Sinon, le challenge de kayla étant lié au chapitre délirant de la géniale fic de lacaronde, Naurofàna, je fais une petite page publicité... Parce que j'aime le personnage de Luana, que jamais je n'aurais pensé aimer en y réfléchissant, mais qui a achevé de complètement me charmer par son côté rentre-dedans et par la qualité d'écriture et l'imagination de l'auteure...
Pas de personnages représentants des reviewers dans ce chapitre. Seulement à partir du prochain ! Bonne lecture !
Chapitre 26, Entre deux eaux
Adèle marchait rapidement dans les rues de Minas Tirith, pressée d'arriver à l'atelier de Paul. Deux jours s'étaient écoulés depuis le réveil d'Halbarad, deux jours durant lesquels elle s'était faite discrète auprès du Dunedain : il avait besoin de récupérer, et surtout, elle ne le connaissait pas. Elle se contentait de prendre de ses nouvelles auprès des guérisseurs. Faramir et Eowyn passaient presque tout leur temps ensemble, et elle se retrouvait assez seule. Et elle n'aimait pas rester seule : sans la Communauté, il lui manquait un soutien. Elle essayait donc de faire de plus en plus connaissance avec le luthier, tout en s'efforçant de ne pas trop s'imposer pour ne pas le braquer...
La ville était dévastée. Certaines rues étaient relativement épargnées, tandis que d'autres étaient envahies par les ruines et les cendres. De nombreux bâtiments s'étaient effondrés ou avaient brûlé, et Adèle n'aimait pas cette vision. Elle qui avait tant admiré Minas Tirith en y arrivant, elle était triste de voir tant de destruction. Elle se trouvait bête, coupable à se promener dans cette cité où des familles se retrouvaient à la rue... Tout était gris malgré le beau ciel bleu, et les visages tristes et angoissés n'étaient pas pour aider.
Lorsqu'elle se rendit compte que les personnes qu'elle croisait la saluaient toutes, d'un signe de tête ou même pour certaines femmes, d'une petite révérence, Adèle commença à se poser beaucoup de questions. Elle se retourna même, au cas où un personnage important de la Cité la suivait. Mais non, de toute évidence, c'était elle qu'on saluait de la sorte. Perturbée et surtout très gênée, ne sachant pas vraiment comment réagir, elle arriva avec un soupir de soulagement à l'atelier. Une fois entrée, elle trouva Paul en train de râler et de jurer.
- Bonjour Paul... Mais qu'est-ce que tu fais ?
- J'essaie de réparer cette fichue chaise... Parce qu'une chaise à trois pieds, c'est un peu bancal...
- Bien sûr... Et sinon... Comment ça va ?
- On fait aller. Et toi ? Tu dois être inquiète, comme nous tous... Enfin encore plus, ce sont tes amis...
- Quoi ?
- Et bien la bataille contre le Mordor !
- Oh oui bien sûr !, se reprit immédiatement Adèle. Mais n'en parlons pas tu veux...
Paul se contenta de hausser les épaules et repris sa bataille acharnée contre la chaise récalcitrante.
- Comment va Gilain ?
- Il va assez bien pour me rendre la vie impossible.
- Tu exagères... Je vais le voir.
La jeune femme jeta un regard moqueur au combat de son grand-père avant de monter les escaliers pour aller retrouver l'apprenti. Le jeune homme était installé dans le large couloir de l'étage, la petite maison qui servait d'atelier ne comportant pas de deuxième chambre.
- Gilain ?
- Oh bonjour !, s'exclama-t-il avec un grand sourire.
Le jeune homme ne semblait pas très en forme : fatigué, et surtout aussi angoissé que tous les autres habitants de la Cité. Mais par politesse, il essayait de faire aussi bonne mine que possible.
- Alors, il paraît que vous rendez fou ce pauvre Paul ?
- Il faut toujours qu'il exagère...
- Je n'en doute pas... Alors cette jambe, toujours aussi mal ?
- Pour l'instant, mais il paraît qu'il faut que je sois patient et que je me tienne tranquille...
- Hauts les cœurs, il faut vous dire que vous êtes chanceux de ne pas vous être pris cet éboulement sur le coin du crâne !
- Je sais... Dites, vous devriez me tutoyer, ça devient étrange, je n'ai que dix-sept ans...
- Comme tu veux ! Mais alors tu fais pareil !, dit Adèle, enthousiaste.
- Oh non alors !, s'exclama Gilain.
Adèle le fixa étrangement, surprise. Mais où était le problème ?
- Mais enfin Gilain..., protesta-t-elle.
- Vous ne pouvez pas me tutoyer ! Vous n'êtes pas n'importe qui... Ce ne serait pas correct.
Adèle leva un sourcil d'un air plus que perplexe. Voilà encore une fois le genre de situations qui jamais n'auraient pu arriver dans son monde !
- Hein ? Je comprends plus rien... Je croyais qu'on devait se tutoyer ?
- Oui, vous ! Mais pas moi ! C'est très gentil, mais je ne pourrais pas... Ce ne serait pas bien !
- J'insiste !
- Non, non !
Adèle le regarda avec de grands yeux ronds, attendant une explication. Mais le jeune homme gardait les yeux baissés. Maintenant qu'elle y réfléchissait, il ne l'avait pas regardé dans les yeux depuis le début de leur conversation... Un peu agacée, elle le laissa après l'avoir aidé à redresser sa jambe. Elle descendit rejoindre Paul, qui avait fini de réparer sa chaise.
- Il ne râle pas tant que ça..., souligna Adèle avec un léger sourire.
- Avec toi, il n'ose pas.
- Tu as raison... Il joue même au grand timide... Tu te rends compte qu'il me demande de me tutoyer mais qu'il refuse l'inverse !
- C'est normal...
- C'est toi qui lui a mis cette idée dans la tête ?
- Tu es plus âgée que lui...
- De même pas cinq ans ! C'est n'importe quoi...
- Chez toi, peut-être. Ici, à bientôt vingt-deux ans tu es... Une jeune femme à marier, envers qui on ne peut pas se permettre de familiarités.
Une jeune femme à marier ? Alors, ça, c'était la meilleure ! Comme si quelqu'un allait l'épouser ici, franchement... Elle n'était pas le meilleur parti de la Terre du Milieu, et encore, c'était un euphémisme...
- C'est complètement idiot. Mais admettons... Alors pourquoi, toute jeune femme à marier que je suis, je peux me permettre ce genre de familiarités envers lui en le tutoyant ?
- Parce que tu n'es pas du même monde que lui !
- Euh... Je vois pas le rapport...
- Pas dans ce sens..., répondit Paul en secouant la tête. Tu fais partie des... Ah comment dire ça... Tu n'es pas ordinaire, pas n'importe qui !
- Mais je vois pas en quoi..., protesta Adèle en s'asseyant sur une sorte d'établi.
- Bon... Déjà en arrivant ici, tu étais une mystérieuse étrangère amie de Mithrandir. Mais maintenant, on sait que tu es une proche des Elfes, du capitaine qu'on dit être l'héritier du trône du Gondor... On dit que tu étais amie du regretté Boromir, que tu as côtoyé le roi Théoden, que tu as participé à beaucoup d'exploits... Tout ça, ça fait de toi quelqu'un d'important ! Tu intrigues tout le monde, autant que la Dame Eowyn... Tout le monde est persuadé que tu dois être d'un très haut lignage ou avoir fait quelque chose d'exceptionnel pour être aussi importante aux yeux de tous ces Seigneurs. La preuve, j'en ai entendu beaucoup parler de toi en disant "Dame Adèle" maintenant.
Le cerveau de la jeune femme fonctionnait à toute allure... C'était vraiment n'importe quoi. Elle comprenait ce que Paul disait, mais c'était illogique. Les gens ne pouvaient pas vraiment penser ça... Ce n'était pas du tout adapté à elle. Enfin, elle n'était qu'Adèle !
- Tu débloques complètement.
- Quoi ?
- Tu divagues.
- Je les ai vus à ton chevet, je les ai vus s'inquiéter pour toi ! Tu fais partie de ce monde !, insista Paul.
- Mais enfin... Tout ça, c'est le résultat d'un concours de circonstances, sinon... Je ne suis personne. Je ne suis pas aussi... légendaires qu'eux !
- Et portant en parlant avec eux, quand ils t'ont amené aux Maisons de Guérison, j'ai cru comprendre que tu avais vécu beaucoup d'aventures en leur compagnie...
- Oui mais... Tu ne peux pas comprendre ! C'est différent pour moi, je ne fais pas partie de l'histoire normalement ! Je suis juste... Un bonus !, éclata-t-elle.
Enfin, un bonus... Plutôt un malus, oui... Elle ne pouvait pas se comparer à eux. Ce n'était simplement pas possible. Dans son esprit, elle n'était personne dans cette histoire, si ce n'était un parasite qui jamais n'aurait dû se retrouver là. Personne ne pouvait comprendre, elle le savait mais... Bon sang, elle n'était rien !
- Comment ça ?
Elle se figea, se rendant compte de la gaffe qu'elle venait de faire. Après un moment de flottement, elle se reprit.
- Ben je ne fais pas partie de ce monde quoi...
- C'est tout ?
Paul secoua la tête, et elle comprit qu'il n'était pas dupe. Il lui fit comprendre d'un seul regard. Mais elle ne se sentait pas de tout lui révéler maintenant, pas sans Gandalf à ses côtés, pas sans être un peu plus fixée sur son avenir. Rapidement, elle détourna les yeux. Paul laissa son regard vagabonder à travers la pièce et ses yeux se posèrent sur une guitare.
- Je te raconterais tout... Mais il faut que je parle à Gandalf d'abord..., proposa-t-elle timidement pour mettre fin à ce silence pesant.
- J'ai ta parole ?
- Oui.
- Très bien... Bon, puisque tu m'as dit que tu savais jouer de la guitare, pourquoi tu ne me montrerais pas ?
Adèle sourit de toutes ses dents, soulagée de ne pas avoir à se justifier davantage. Elle n'avait pas encore osé demander à Paul de la laisser jouer. C'était un peu stupide d'ailleurs, elle ne savait pas pourquoi. Sans plus attendre, Paul lui mit une guitare entre les mains, s'assit et l'encouragea à jouer.
Pourtant, au moment de choisir quoi jouer, elle se sentit bien désemparée. La plupart des morceaux et des chansons qu'elle connaissait bien avait une grande valeur sentimentale pour elle... Et le plupart se rapportait à son père. Elle ne se sentait pas prête à dévoiler trop de choses devant Paul : si elle partait sur cette pente, elle ne pourrait plus rien garder pour elle, et il le fallait. Et si elle savait qu'il finirait par réellement prendre la place d'un grand-père dans son cœur, pour l'instant, ils n'en n'étaient pas là.
Adèle choisit donc un morceau plutôt joyeux, qui n'avait pas plus de signification que ça, pas de paroles pour faire des liens... Non, Clea Caught A Rabbit, c'était juste un morceau qu'elle aimait écouter chez elle, qu'elle avait aimé apprendre à jouer... Oh bien sûr, elle ne le jouait plus aussi bien qu'avant. Cette constatation la fit d'ailleurs un peu grincer : elle avait perdu la dextérité qu'elle avait mis des années à acquérir. La chose l'agaçait... La guitare, c'était son truc à elle. Certains étaient doués en dessin, en sport, en écriture, en photographie... Adèle avait toujours été sportive, parce que c'était dans son éducation très "mens sana in corpore sano", mais elle n'avait jamais brillé en athlétisme. Sa fierté, et celle de son père aussi d'ailleurs, c'était bien la guitare. Il allait vraiment falloir qu'elle reprenne tout ça...
- Tu te débrouilles bien..., apprécia Paul.
- Mouais... Me suis plantée quand même... J'ai perdu...
- Non, tu joues vraiment très bien. Ton père se débrouille aussi bien ?
- Bien mieux. Il a été au Conservatoire tu sais... Il joue bien du piano aussi.
- Et toi ?
- Euh... Disons que je pianote un peu... Mais c'est pas terrible. De toute façon, j'ai toujours été plus attirée par la guitare. Et puis c'est plus facile à emporter comme instrument..., plaisanta Adèle.
Paul ne répondit rien, se contentant de la regarder attentivement, comme s'il était en train de l'évaluer... Ou qu'il se remémorait des choses... Elle eut la furtive impression de voir un peu de fierté dans ses yeux, mais le vieil homme se reprit vite, gêné.
- Bon... J'ai encore pas mal de trucs à faire moi...
- N'en dis pas plus, je te laisse..., répondit-elle simplement.
Mais elle était un peu déçue. Non, pas déçue... Elle ne pouvait pas être déçue, parce que Paul se montrait agréable avec elle, et semblait, bien que très prudemment, avoir sincèrement envie d'apprendre à la connaître. Au vu de son côté misanthrope et de la vie difficile qu'il avait eue, elle pouvait s'estimer heureuse de son comportement envers elle. En revanche, ce qui la gênait plus, c'était qu'il ne laissait jamais apparaître le fond de sa pensée. Et justement, elle avait la désagréable impression qu'il ne le ferait jamais, qu'il ne se dévoilerait jamais avec elle, comme si c'était trop tard. Au fond, elle pressentait que toutes ces années d'incompréhension avait formé une sorte de voile hermétique autour de Paul. Cela ne la mettait même pas en colère, ne la vexait pas, et c'était ça le pire : elle constatait juste à quel point c'était triste.
De toute évidence, le vieil homme se rendit compte du désarroi d'Adèle. Maladroitement, il lui posa une main sur l'épaule. Depuis la fin de la bataille où il avait eu peur de sa vie en la blessée dans ses bras, il n'osait plus de gestes tendres envers elle.
- Tu reviens quand tu veux... Personne n'a besoin des services d'un luthier en ce moment, j'ai du temps... Je t'écouterais bien jouer encore..., lui dit-il doucement.
- D'accord... Quand tu veux..., répondit-elle simplement, toujours dans la perspective de l'apprivoiser.
- Reviens demain... Gilain sera content.
- Et toi ?
- Je te l'ai dit, je suis toujours content de te voir...
- Alors à demain.
Adèle prit le temps d'embrasser le luthier sur la joue. Elle en avait pris l'habitude, même si Paul en était toujours mal à l'aise, elle savait très bien que cette petite attention lui faisait plaisir, au fond.
Et Adèle avait raison : ses attentions et plus généralement sa présence, gênait Paul autant qu'elle l'attendrissait. Surtout quand elle souriait. A chaque fois, Paul revoyait Laure, et c'était systématiquement le même souvenir qui lui revenait en tête. Un souvenir si beau, mais devenu si douloureux au fil des années.
Ils étaient jeunes. Ils se connaissaient peu, seulement de vue, mais Laure lui plaisait : elle avait quelque chose de foncièrement libre en elle, peut-être d'un peu fougueux. Oui, de fougueux, c'était le lui avait tapé dans l'œil, comme on dit, et il avait bien envie de la séduire. Dans ce souvenir, ils étaient à une petite fête, l'anniversaire d'un ami commun... Elle dansait. Avec un autre que lui, parce qu'il détestait danser. C'était physique, il ne pouvait pas, il ne supportait pas ça : il préférait faire le cynique pour séduire,celui qui lâchait les bons mots au bon moment, des phrases de désabusé, même s'il ne l'était pas vraiment, enfin pas encore. En fait, maintenant qu'il y réfléchissait, Laure était tout le contraire de lui... Elle ne voulait jamais être sérieuse...Bref, elle dansait, et il admirait les mouvements de sa jolie robe à pois. Puis elle était venue vers lui. Il avait été tellement surpris de la voir s'avancer vers lui qu'il avait failli s'étouffer avec une olive... Elle avait bu dans son verre, laissant même une trace de rouge à lèvres sur le rebord. Ils avaient parlé, et il avait été absolument subjugué par sa voix. Elle avait une belle voix rauque, très sensuelle, enjôleuse, qui contrastait tellement avec son attitude enfantine. Et puis elle lui avait demandé de la faire danser. Il avait refusé, catégoriquement. Puis, beaucoup moins catégoriquement... Elle l'avait supplié, avait joué de ses beaux yeux de biche...
Et il s'était retrouvé à danser avec elle sans vraiment comprendre ce qui lui arrivait, sous le regard étonné de sa bande d'amis. Quand ils s'étaient arrêtés, elle l'avait embrassé sur la joue pour le remercier de son "sacrifice", laissant encore une fois une marque de son rouge à lèvres... Surpris, mais surtout ravi à l'idée de lui plaire autant qu'il le voulait, il lui avait souri. Et là, elle avait ri. Mais pas d'un rire moqueur, pas d'un rire forcé... Il se souvenait très bien d'avoir été surpris de voir ses yeux rire eux aussi. Ensuite, elle lui avait demandé l'état de sa coiffure. Mais à force de danser, son joli chignon ne ressemblait plus à grand-chose... Il la voyait déjà s'excuser et aller se recoiffer dans la salle de bains quand elle avait soudainement détaché ses cheveux, en disant que de toute façon, elle serait mieux comme ça. Tout en continuant à rire, et surtout, tout en continuant à faire rire ses grands yeux. Et à ce moment-là, Paul n'avait plus su où regarder ni sur quoi se concentrer : sur sa voix féline, sur ses grands yeux rieurs, sur cette bouche si délicieusement rouge... En fait, c'est à cet instant qu'il avait compris qu'il était fichu. Parce qu'il s'était mis à l'aimer toute entière.
- Et... Ça ne va pas ?, lui demanda Adèle avec cette infinie douceur qui la caractérisait si bien.
- Si... Je pensais juste...
- Rien de grave ?
- Oh non... Je me disais qu'il fallait que je fasse un peu de rangement..., mentit Paul.
Comme pour se convaincre que non, il ne pensait à rien de grave, il reprit son ton bougon et râla contre Gilain parce qu'il avait bien choisi son moment pour se casser la jambe et éviter de tout ranger...
Mais en regardant Adèle remonter les rues dévastées de Minas Tirith, il ne put s'empêcher de triturer pensivement son alliance.
Un peu désappointée par le comportement et les propos de son grand-père, Adèle ressentit le besoin de se rendre aux Maisons de Guérison chercher un peu de compagnie. Ce qu'il lui avait dit sur le fait qu'elle n'était pas n'importe qui la perturbait puisqu'elle ne voulait bien l'admettre, surtout quand elle remarqua qu'on la saluait encore respectueusement dans les rues. Elle sentait qu'il y avait un peu de vérité dans tout ça, et qu'on ne la laisserait plus passer inaperçue... Et elle ne savait pas si elle en avait envie. En fait, elle ne savait plus vraiment de quoi elle avait envie... De toute façon, il se trompait, c'était évident : elle n'était qu'Adèle. Voulant à tout prix éviter de retomber dans le cercle vicieux des questions sans réponses, il lui fallait à tout prix trouver à s'occuper. Alors elle espérait vraiment qu'Eowyn et Faramir ne seraient pas en train de bavarder tous les deux.
Évidemment que si. Adèle soupira bruyamment quand Ioreth le lui apprit et lui parla par la même occasion de sa petite-nièce qui avait six enfants... Elle ne l'écouta vraiment que quand elle se mit à lui parler de l'état de santé d'Halbarad.
- Il va mieux, bien mieux ! Si vos voulez mon avis, il est vraiment chanceux cet homme... Il est encore très faible, bien sûr... Mais il va mieux.
- C'est bien...
- Il a demandé à vous rencontrer quand on lui a parlé de vous.
Adèle tiqua, un peu désarçonnée. Bien sûr, elle avait prévu de faire la connaissance d'Halbarad, mais pas forcément dans l'immédiat... Elle allait lui dire quoi, à cet homme ? "J'ai veillé sur vous parce que logiquement, vous deviez mourir et je le savais, et j'étais vraiment triste pour vous vous voyez... Oui, autant que vous le sachiez, je sais le futur...".
- Ah...
- Il est seul et ne dort pas en ce moment... Vous devriez aller le voir, il serait content, suggéra Ioreth.
- Le hasard fait si bien les choses dans ma vie... Ça en devient flippant..., dit Adèle en levant les yeux au ciel.
- Flippant ?
- Effrayant. Suspect. Dérangeant.
- Vous êtes vraiment particulière, vous savez... Essayez de ne pas effrayer le Seigneur Halbarad.
- On va essayer... Bon, je vais le voir.
Inspirant à fond, la jeune femme se dirigea vers la chambre du Dunedain. Arrivée devant la porte, elle hésita avant de toquer, parce qu'elle ne savait pas comment agir face à lui... Il n'était ni un inconnu, mais il n'était pas non plus comme les autres : elle ne savait rien de sa vie, rien de ses pensées... Elle ne pouvait pas s'aider de ce qu'elle savait comme elle le faisait d'habitude pour se faire apprécier, puisqu'elle ne savait strictement rien. Mais elle vit Ioreth l'observer dans le couloir, et l'indiscrétion de la vieille femme la vexa et la poussa à prendre son courage à deux mains. Pas de réponse. Elle toqua à nouveau, sans plus de succès. Inquiète à l'idée qu'il soit à nouveau malade, elle entra. Adèle eut la surprise de le trouver bel et bien éveillé, et elle se sentit très bête d'être entrée sans sa permission.
- Excusez-moi... J'ai toqué mais comme vous ne répondiez pas et qu'on m'a dit que vous étiez réveillé, j'ai eu peur que...
- Je ne vous avais pas entendu, répondit-il d'une voix enrouée.
- Je... Vous avez demandé à me voir, alors je viens, dit Adèle en souriant.
- Non... Je n'ai rien demandé.
Adèle haussa un sourcil, un peu perplexe. Peut-être fallait-il que Ioreth prenne sa retraite...
- Vous êtes sûr ? Je suis Adèle et en fait...
- Oh pardonnez-moi... J'avais oublié.
Sa voix était faible, rauque. Blanc comme un linge, il faisait vraiment peine à voir.
- Je peux passer plus tard, ou demain..., proposa-t-elle gentiment, constatant la fatigue du Rôdeur.
- Non, non... Venez, insista-t-il en désignant la chaise non loin du lit.
Adèle s'approcha et prit donc place, un peu mal à l'aise. L'homme se redressa autant qu'il put, grimaçant de douleur, avant de lui sourire amicalement. Il avait peut-être meilleure mine que quelques jours auparavant, mais c'était tout de même loin d'être exceptionnel. Elle s'attarda à noter qu'il avait les yeux gris. Quelques secondes s'écoulèrent dans un curieux silence avant qu'il ne prenne la parole.
- Je crois que je dois vous remercier d'avoir veillé sur moi...
- Oh je n'ai pas tant veillé sur vous... Je venais juste de temps en temps, pour vous ne soyez pas vraiment seul...
- C'est tout de même très gentil. Mais enfin, je ne pensais pas vous rencontrer de cette manière...
- Comment ça ?
- Honnêtement, j'imaginais plutôt Aragorn faire les présentations après la bataille... C'était sans compter sur cet Orque particulièrement hideux..., grimaça Halbarad
- Tous les Orques sont particulièrement hideux, fit remarquer Adèle avec un sourire.
- C'est vrai. Pourtant, comme celui-là devait me tuer, il m'a paru plus hideux encore que les autres...
Adèle ne répondit pas, plongée dans ses propres souvenirs de batailles. Maintenant qu'elle y réfléchissait, en effet, cet Orque qui lui avait planté son poignard dans l'épaule lui paraissait plus affreux encore que tous ceux qu'elle avait rencontrés... La laideur du tueur, en somme.
- Mais ce sont de bien tristes pensées. Je suis heureux de vous rencontrer, peu importe les circonstances, car on m'a beaucoup parlé de vous.
- Ah oui ? En bien, j'espère...
- Oh oui ! Ce cher Gimli m'a longuement vanté vos qualités... A l'écouter, vous êtes parfaite.
- J'espère qu'on vous a détrompé..., s'amusa Adèle.
- On m'a juste dit que vous n'aviez pas votre langue dans votre poche. Mais Gimli trouve que c'est une autre de vos qualité...
- Tout dépend de la situation... Des fois, je ferais mieux de me taire. Quand je m'énerve par exemple... Curieusement, après, les gens ont peur de moi... Il ne faut pas écouter Gimli vous savez...
- Vous lui êtes très chère. Tout comme au Prince Legolas et à mon cousin.
- Aragorn est votre cousin alors ?
- Oui, enfin... Je suis le fils d'Halbareth, un cousin d'Arathorn, son père.
- En tout cas, il sera très heureux de vous revoir en bonne santé... Enfin... En vie, se reprit Adèle.
- S'il revient..., dit gravement Halbarad. Et il n'y a que peu d'espoir.
- Ils reviendront, et victorieux. Vous devriez dormir un peu, vous êtes encore faible.
- Je sais... J'ai toujours sommeil, mais je ne suis pas sûr que cela me réussisse. Je me réveille toujours tracassé par de drôles d'idées...
- Comme ?, demanda Adèle, inquiète.
Peut-être que ces idées étaient liées à sa survie miraculeuse, qu'elle ne comprenait pas.
- Tout à l'heure... J'ai pensé... Imaginez-vous des bottes avec des sortes de petites roues qu'on mettrait au-dessous... Pour... Pour aller plus vite... C'est idiot...
Elle se figea, partagée entre deux choix : éclater de rire ou rentrer sous terre. Elle lui avait vraiment trop parlé pendant qu'il était inconscient... Quelle idée aussi, de lui parler de rollers... Elle espérait sincèrement qu'il n'avait rien retenu de son monologue sur son expérience de l'opération des dents de sagesse ou sur l'utilité de l'essoreuse à salade... Le pauvre homme avait vraiment l'air exténué, en tout cas : il semblait ne plus trop se rendre compte de ce qu'il disait.
- Oh...Vous avez eu beaucoup de fièvre vous savez... Vous avez sans doute déliré un peu.
Il faudrait qu'elle vérifie ce dont il se souvenait, plus tard. Mais en attendant, il fallait le laisser se reposer : elle se releva et le salua.
- Merci encore..., murmura-t-il, épuisé par la conversation.
- Au revoir, reposez-vous bien.
Adèle sortit, le sourire aux lèvres. Halbarad était un homme charmant, et elle était heureuse qu'il soit vivant. Elle trouvait que ça avait du bon finalement, de devoir entièrement apprendre à le connaître. Puisqu'elle ne savait rien de ce qui allait lui arriver désormais, elle ne pourrait pas se sentir coupable à son sujet... Et c'était bien, très bien.
Les jours suivants furent très heureux pour Adèle. Elle n'était pratiquement jamais seule, partageant son temps entre son grand-père et Gilain, Eowyn, Faramir et surtout, Halbarad. Ce dernier lui était d'une compagnie vraiment très agréable, et Adèle se surprit à ressentir quelque chose de semblable à de l'amitié pour lui, au bout de très peu de temps. Savoir qu'il avait échappé à ce destin tragique le rendait unique à ses yeux, comme si il était son miracle, un signe que tout irait mieux désormais. C'était un peu niais comme pensée, mais elle s'en fichait complètement. Il était encore très faible, mais peu importait, elle aimait veiller sur son miraculé.
Ce jour-là, Halbarad était un peu mieux, du moins assez pour réussir à se plaindre de l'inaction.
- Mais vous ne vous rendez pas compte... Je suis un Rôdeur ! Toujours sur les routes... Alors rester allongé comme cela, c'est un supplice...
- Vous arriveriez à marcher ?
- Non. Je suis de mauvaise foi, j'ai bien trop mal pour y arriver. J'ai l'impression de m'être fait écrasé par un cheval... Ou un oliphant.
- Voilà qui règle la question...
- Vous n'avez pas de nouvelles de nos amis ?, lança-t-il brusquement.
Son regard inquiet faillit la faire craquer : c'était tellement dur, de dissimuler la vérité... Elle en avait vraiment assez, de faire semblant. Pourtant, comme d'habitude, quelque chose la retint et encore une fois, elle mentit.
- Non, je suis désolée. Vous avez l'air très fatigué, je vais vous laisser...
- Au revoir, Dame Adèle.
Adèle tiqua et se tourna vers lui avec un air faussement fâché.
- Vous ne vous y faites toujours pas ?, jubila-t-il.
- Ce n'est pas drôle de vous moquer.
- Pardonnez-moi...
Adèle sortit en riant. Elle avait confié à Halbarad sa surprise quant au respect qu'on lui témoignait dans les rues de Minas Tirith. Elle était retournée voir le cordonnier qui lui avait gentiment indiqué son chemin le jour de sa première rencontre avec Paul, Merir. Il n'avait fait que se répandre en politesses. Depuis, le Rôdeur la taquinait là-dessus, puisqu'il était lui-même un peu surpris par les "Seigneur Halbarad" qu'on utilisait lorsqu'on s'adressait à lui : en tant que Rôdeur, il était plutôt habitué à des comportements comme ceux de Poiredebeurré... Croisant Ioreth dans un couloir, elle ne pût s'empêcher de l'appeler. Après tout, il fallait surveiller la santé d'Halbarad. La jeune femme lui demanda d'être particulièrement attentive.
En effet, elle ne voulait surtout pas qu'il lui arrive quoique ce soit : il était vraiment son miraculé... Après toutes ces morts, ces catastrophes contre lesquelles elle n'avait rien pu faire, sa survie avait quelque chose de tellement beau à ses yeux ! Pour une fois, elle n'avait pas ressenti cette frustration de tout savoir à l'avance. Non, pour Halbarad, elle avait été surprise, et c'était agréable. Alors maintenant, il allait continuer à vivre. peut-être saurait-elle un jour pourquoi il avait survécu : il fallait sans doute qu'elle en parle à Gandalf. Mais si elle ne savait jamais, tant pis. Cet homme avait échappé à la mort, c'était ça le plus important.
L'attente était affreuse. Ne pas avoir de nouvelles de cette bataille qui devait décider de l'avenir de la Terre du Milieu était affreux... Bien sûr, elle savait, mais c'était aussi insupportable. d'abord parce qu'il fallait se retenir d'hurler ce qu'elle savait aux autres : face au pauvre Gilain qui s'inquiétait tellement, à Halbarad qui s'en voulait de ne pas pouvoir combattre dans cette dernière bataille, à Eowyn qui se morfondait... Et puis il y avait ce doute affreux, vicieux, qui se glissait dans son esprit à chaque fois qu'elle pensait à cette guerre : et si ? Oui, et si à cause d'elle, à cause d'une minuscule erreur de sa part, tout était changé ? Halbarad n'était pas mort... Peut-être que tout pouvait arriver face au Mordor aussi. Plus le temps passait, plus cette idée la torturait. Alors elle la rangeait dans un coin de sa tête, se forçant à penser à autre chose, à s'occuper.
Et pourtant, il fallait bien reconnaître qu'elle n'était plus seule : comme pour les jours précédents, elle ne manquait ni de compagnie ni de distraction. Mais à force de côtoyer ces personnes si agréables, elle en arrivait à s'inquiéter de leur avenir, à imaginer ce qui leur arriverait si par sa faute, l'issue de cette guerre changeait.
Assise sur son muret, seule pour une fois, elle s'interrogeait. Elle savait ce qu'elle avait à faire si le Mordor venait à gagner. Gandalf le lui avait fait promettre : prendre Greyfell et se réfugier chez les Elfes au plus vite. Bien sûr, c'était la meilleure solution. Mais dans ce cas, comment allait-elle faire avec Paul ? Elle ne pouvait tout de même pas l'abandonner ici... Et il ne faisait aucun doute que ce vieux ronchon refuserait d'abandonner Minas Tirith comme ça. De toute façon, il y avait Gilain aussi... Mais que ferait-elle, alors ?
Soudain, plusieurs voix s'élevèrent dans la ville, pleine de surprise et d'excitation.
- Un Aigle ! Regardez !
En effet, un immense aigle volait au-dessus de la Cité, et Adèle sentit tout doucement ses doutes s'estomper. Un peu soulagée et pourtant encore anxieuse, elle sursauta en entendant la voix de l'oiseau chanter.
Chantez maintenant, ô vous, gens de la Tour d'Anor,
Car le royaume de Sauron est fini à jamais,
Et la Tour Sombre est jetée à bas.
Chantez et réjouissez-vous, ô vous, gens de la Tour de Garde,
Car votre guet n'a pas été vain,
Et la Porte Noire est brisée;
Votre Roi l'a franchie,
Et il est victorieux.
Chantez et soyez heureux, ô vous, enfants de l'Ouest,
Car votre Roi reviendra,
Et il résidera parmi vous
Tous les jours de votre vie.
Et l'Arbre qui fut désséché sera renouvelé,
Et il le plantera dans les hauts lieux,
Et la cité sera bienheureuse.
Chantez, ô vous tous !
(dans Le Retour du Roi, Tolkien)
Frodon et Sam avaient réussi, le Mordor était vaincu. Minas Tirith débordait de joie, et en effet, on chantait. On était heureux, c'était la fin. Et Adèle pleura de joie, sautant au cou de personnes qu'elle ne connaissait même pas en riant. Ils avaient réussi, et tout était parfait... Le soleil était là, toute la Terre du Milieu respirait de joie. Les cœurs étaient heureux, soulagés. On respirait à nouveau. C'était comme une renaissance dans cette ville qui avait tant souffert quelques temps auparavant. Elle n'avait jamais vécu une telle euphorie... Non seulement on fêtait la fin de la guerre, mais aussi le retour de ce roi que le Gondor avait tant attendu...
Adèle s'était réjouie avec Faramir, Eowyn et Halbarad. Enfin, surtout avec Halbarad. Eowyn n'avait pas beaucoup ri, toujours emplie de cette tristesse qui la caractérisait. Faramir s'était beaucoup réjoui, avant d'être pris d'inquiétude pour la belle Rohirrrim. En revanche, Halbarad s'était véritablement montré joyeux, lui. Il avait même embrassé Adèle et Ioreth sur la joue : un nouvel accès de fièvre ?
Peu de temps après l'annonce de la victoire, la jeune femme reçut un message de la part de Pippin. Un peu inquiète, elle le déchira presque dans sa fébrilité.
Chère Adèle,
Comme vous pouvez le remarquer, je suis vivant. Vous n'aurez donc pas besoin de me tuer. Il en est de même pour tous les autres, même pour Frodon et Sam. N'est-ce pas plus que nous ne l'aurions espéré lors de nos adieux à Minas Tirith ? Je suis si soulagé ! En fait, nous vous demandons tous de nous rejoindre au Champ de Cormallen. Il semblerait qu'Eomer ait fait quérir la Dame Eowyn lui aussi. Nous espérons donc vous voir rapidement en sa compagnie.
Avec toute mon affection,
Pippin.
P.S : Merry vous envoie toutes ses amitiés.
P.P.S : Gimli aussi. Il m'a menacé de sa hache pour que je l'ajoute.
P.P.S : Tous les autres aussi, en fait. Ils m'en veulent d'avoir failli les oublier : j'ai encore eu le droit à un "Crétin de Touque !". Et Aragorn espère que vous avez été raisonnable aux Maisons de Guérisons. Dites... Vous vous rendez compte qu'il va être Roi ? Vous imaginez la tête de Fougeron ?
Ravie, Adèle bondit de joie. Bien sûr qu'elle allait les rejoindre ! Et... Elle allait retrouver Frodon et Sam... A cette pensée, elle se sentit encore plus joyeuse. Très vite, elle partit s'informer auprès d'Eowyn, qu'elle trouva seule dans les jardins, comme figée. Elle semblait demeurer la seule à être encore triste dans la Cité...
- Bonjour Eowyn.
- Oh bonjour Adèle... Vous semblez bien souriante.
- J'ai reçu un message de la part de Pippin, pour rejoindre les troupes au Cormallen. Votre frère vous a demandé lui aussi, n'est-ce pas ?
- C'est vrai, mais je ne m'y rendrais pas. J'ai déjà fait prévenir Eomer.
- Ah bon... Mais pourquoi ?
Elle ne s'en souvenait pas, de ça. Certes, elle ne pouvait pas se souvenir de tout, mais à force de tout savoir à l'avance, on finissait par prendre le pli.
- Je suis encore trop fatiguée, mentit Eowyn. Mais je suis heureuse pour vous, vous allez retrouver vos amis. Je compte sur vous pour transmettre mes amitiés à Merry, ainsi que mon affection à Eomer. Et mes respects au Seigneur Aragorn, bien entendu.
- Très bien... Reposez-vous bien, alors...
La Rohirrim répondit à peine, fixant l'horizon. Blanche, immobile, froide. Comme elle semblait découragée... Un peu déprimée par tant de tristesse, Adèle partit voir Halbarad pour lui annoncer son départ. Le Rôdeur était un homme franc et chaleureux lorsqu'on le connaissait un peu : au contact de ceux en qui il avait confiance, il ne portait pas ce masque de sévérité qu'elle avait pu également observer chez Aragorn, et elle aimait cette chaleur humaine.
- Vous rassurerez bien Aragorn sur mon état n'est-ce pas ? Sinon, il va s'inquiéter. Et rassurez les autres membres de la Compagnie Grise aussi si cela ne vous dérange pas...
- Je leur dirais que vous étiez assez en forme pour embrasser Ioreth. Je suis sûre qu'ils sauront juger de la la qualité de l'information...
- Mais ne dites surtout pas que j'ai fait de même avec vous. Sinon, je crains de me retrouver avec une hache sous la gorge et un arc bandé en face des yeux !
En discutant avec Halbarad, Adèle avait encore pu constater à quel point ses amis étaient protecteurs envers elle. elle n'avait aucun mal à imaginer Gimli en train de menacer le Rodeur, hache à la main, soutenu par un Legolas tout aussi remonté... Quant aux Hobbits... Oui, elle avait vraiment de sacrés gardes du corps.
- Ce serait dommage, après avoir survécu à une guerre. Bon... Vous serez raisonnable, vous écouterez les guérisseurs ?, reprit la jeune surprotégée.
- Bien évidemment.
- De toute façon, je poste Ioreth en espion, assura Adèle, très sérieuse.
Halbarad éclata de rire. Elle se rendit compte qu'il allait un peu lui manquer, quand même. Elle aimait bien rire avec lui. Il avait quelque chose de très franc : bien que plein de noblesse et de principes, il ne s'encombrait pas de cette attitude un peu protocolaire qu'Adèle avait parfois pu remarquer chez Boromir, Eomer... Elle était presque aussi à l'aise avec lui qu'avec les Hobbits, et c'était assez étrange. Il lui semblait d'ailleurs parfois qu'il le faisait un peu exprès, comme s'il faisait attention à s'adapter à elle... Un peu comme s'il savait qu'elle était plus franche que la norme et que la chose la complexait parfois... Mais elle se faisait des idées. Après l'avoir quitté, elle se mit à la recherche de Faramir, à qui elle voulait parler d'Eowyn. Le Gondorien l'accueillit avec une certaine surprise.
- Bonjour Adèle... Que me vaut le plaisir de votre visite ?, la salua-t-il, chaleureux.
- Bonjour Faramir ! Et bien... Je vais m'en aller demain, et j'ai parlé avec Eowyn...
- J'imagine qu'elle va partir avec vous pour le Champ de Cormallen ?
- Le problème, c'est qu'elle ne part pas, et qu'elle est vraiment triste, dit brusquement Adèle.
Faramir soupira et s'assit, comme découragé, et invita Adèle à prendre place près de lui.
- Je le sais... Malheureusement, Eowyn est atteinte d'un mal bien plus difficile à guérir qu'une simple blessure. Et je ne suis pas celui qui pourra la soulager de ses craintes.
- Mais elle est presque guérie, elle va mieux...
- Je n'en suis pas si sûr...
- Faramir, je l'ai connu à Edoras. Je vous assure qu'elle allait bien plus mal que cela. Elle n'était qu'une ombre, une très belle ombre, très forte, mais seulement une ombre, vous comprenez ? Et vous y êtes pour quelque chose, je vous l'assure.
Le Gondorien ne répondit pas. Adèle savait qu'il finirait par lui parler, qu'Eowyn irait mieux, qu'ils se marieraient... Mais au fond d'elle, elle avait peur que cela ne se fasse pas. Elle voulait le bonheur de Faramir, pour Boromir. Et elle voulait celui d'Eowyn, pour le généreux Théoden. Alors elle ne pouvait s'empêcher de s'en mêler un peu...
- N'hésitez pas. Elle prendra la main que vous lui tendrez.
Faramir sembla comprendre et la regarda avec amitié. Adèle lui sourit avec douceur, mais soudain, lui cessa de lui sourire. Il était comme perdu dans ses pensées. Il la fixa un long moment, droit dans les yeux, jusqu'à ce qu'Adèle ne tienne plus.
- Quelque chose ne va pas ?
- Non, tout va bien. Je pensais à Boromir.
A Boromir ? Oui, bien sûr, Faramir aurait aimé que son frère soit là pour ce genre de choses. C'était sans doute pour ça qu'il pensait à lui.
- Saluez bien vos amis pour moi, Adèle, reprit-il précipitamment.
- Je n'y manquerais pas.
- Et n'ayez crainte... Je lui tendrais la main, ajouta-t-il en souriant alors qu'elle partait.
Songeuse, Adèle ne vit pas le regard encore si étrange que Faramir posa sur elle en la regardant s'éloigner.
J'avais oublié de préciser l'autre fois : Ioreth est un personnage de l'oeuvre de Tolkien, avec un immense potentiel comique dans certaines scènes avec Gandalf, vraiment croustillantes.
Je préviens : tout ce qui touche à Halbarad est une totale invention de ma part, puisqu'on ne sait rien de sa vie. Ne prenez donc pas ce que je dis pour vrai en ce qui concerne sa famille à l'avenir, même le nom de son père, je l'ai misérablement inventé ;) Vous êtes prévenus.
Le morceau que joue Adèle est Clea Caught A Rabbit, d'Anne Briggs, de l'albulm The Time Has Come (1971) : je conseille cette délicieuse artiste à ceux qui aiment le charme guitare/voix. Toujours dans la veine folk =)
J'espère que avez aimé ce chapitre. Le prochain arrivera beaucoup plus vite : j'ajoute un dialogue et je vous le poste ;) enfin, si Internet ne me lâche pas...
