Chapitre 25 : Meet Nymphadora !
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Lily reposa la lettre qu'elle avait reçue (Merci pour les grenouilles, ça a fait un peu peur à maman, mais ç'avait un goût de chocolat normal, donc ça l'a rassurée… Bisous, Abigail) et avala son verre de jus de citrouille.
Elle lança un regard à Alice, qui lisait avec avidité la lettre que Frank lui avait envoyée. Il avait commencé depuis un mois au Département des Aurors et était visiblement très satisfait de sa formation. En voyant sa meilleure amie sourire autant, elle se dit que l'éthique de l'attente qu'imposait le système de courrier sorcier aux amoureux avait du bon.
- Black, un message dans le bureau du directeur, dit Gidéon Prewett à Sirius, qui était assis à quelques mètres d'elles.
- Un message de… ?
- Ta cousine.
Sirius fronça les sourcils.
- Andromeda, précisa Gidéon.
Alice et Lily ouvrirent de grands yeux. Sirius regarda l'Auror, bouche bée.
- Elle a accouché ?
- Il semblerait.
Lily était presque sûre que Sirius n'avait jamais couru si vite, même sous sa forme de chien.
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Le blaireau argenté tournait en rond, l'air de s'ennuyer, sur le tapis de Dumbledore. Bien qu'il ne l'ait jamais vu avant, Sirius sut que c'était le Patronus de Ted. Il s'accroupit devant la forme argentée.
- Andy va bien ? dit-il lorsqu'il eut repris sa respiration.
- Oui, dit le blaireau d'une voix étrangement chantante.
Sirius réfléchit. Les Patronus ne pouvaient généralement porter que trois questions aux sorciers qui les avaient produits.
- Le bébé va bien ?
- Oui.
- C'est un garçon ou une fille ?
- On ne sait pas encore.
- Comment ça vous ne savez pas encore ?
- Viens, tu comprendras.
Le blaireau se volatilisa.
- Monsieur le directeur ?
- Bonjour à vous aussi, Mr Black. Je vais vous donner une autorisation spéciale pour sortir de l'école. A vous, et à la petite troupe de vos camarades qui vous attend en bas de l'escalier. Enfin, quand je dis « en bas »…
Dumbledore agita légèrement sa baguette, et la porte de son bureau s'ouvrit. Les mines gênées de Lily, Alice, James, Peter et Remus apparurent lentement dans l'embrasure.
Ce n'était pas leur faute si Dumbledore choisissait toujours ses mots de passe parmi des noms de sucreries... Peter était imbattable à ce jeu-là.
- Désolés, monsieur, fit Alice. Mais ce sont nos amis aussi…
- Je le sais bien.
Dumbledore lança une poignée de poudre de cheminette, et une gerbe de flammes vert émeraude crépita bientôt dans l'âtre. James se dit que la couleur de ces flammes serait un comparant parfait pour les yeux de Lily. S'il lui venait un jour l'idée de lui écrire de la poésie.
- « Sainte-Mangouste, Maternité, section sous surveillance », je vous prie, dit poliment le directeur à sa cheminée. Allez-y. Mais je veux que vous rentriez avant le déjeuner, où le professeur McGonagall aura ma peau… dit-il avec un clin d'œil.
- Entendu, professeur, dit James.
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La section surveillée de Sainte-Mangouste ne fut pas très dure à trouver. Lily était moins étonnée de la petitesse de la maternité que ses camarades : elle avait eu plusieurs fois l'occasion de remarquer que la démographie des sorciers était en chute libre… Rares étaient les familles nombreuses dans le monde des sorciers : mis à part les Prewett, les Weasley, les McDonald, les Figg ou les Black, Lily n'en connaissaient aucune. L'alliance avec des Moldus était donc le seul moyen de survie des sorciers - ce qui rendait les théories du Sang-pur absurdes.
Maugrey (qui était visiblement assigné à la sécurité des Tonks depuis leur mariage) leur fit passer à chacun un interrogatoire avant d'accepter qu'ils n'entrent dans la chambre, et un par un. Ils convinrent d'un accord commun que Sirius irait en premier, et allèrent au Salon de thé du dernier étage en attendant.
Sur le chemin, Peter, James, Remus, Alice et Lily croisèrent Ted, qui venait visiblement d'aller se chercher un café très serré.
- Hey ! Vous passez voir le bébé ?
- Bien sûr, quoi d'autre ? rit Alice. Pas trop fatigué ?
- Je ne sais même pas comment mon corps se tient debout… Andy m'a sans doute lancé un sort, parce qu'elle est plus en forme que moi…
Ils rirent, mais Alice, n'y tenant plus, fut obligée de demander :
- Alors ? Comment s'appelle le bébé ?
- Nymphadora.
- Quoi ?
- Nymphadora.
Elle sembla estimer qu'il s'agissait d'un prénom féminin.
- Ta fille s'appelle Nymphadora ?
Ted approcha son visage un peu plus près, essayant visiblement de ne pas être entendu.
- Tu ne dis pas « non » à une femme qui vient de passer six heures en salle de travail, chuchota-t-il.
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- Salut Sirius !
- Tu n'as pas du tout l'air d'avoir accouché au cours des dernières heures… rit-il devant son dynamisme habituel.
Andromeda rit de son rire éclatant d'antan. Sirius remarqua qu'il y avait une autre femme dans la pièce. Une sorcière replète, avec de courts cheveux sombres et de petits yeux noirs.
- Salut, Narcissa.
Andromeda éclata de rire, et même les coins des lèvres de la deuxième sorcière tressaillirent.
- Qu'est-ce qui m'a trahi ?
- Trop d'application à être ton parfait opposé ?
La Narcissa déguisée hocha la tête.
- Tu ne m'as jamais vue ici.
Sirius hocha la tête.
- Alors ? Ce prénom ?
Il aurait bien demandé le sexe du bébé, mais il avait peur d'avoir mal compris le message du Patronus de Ted.
- Nymphadora.
- A tes souhaits… tu disais?
- Nymphadora. C'est le prénom.
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- La tradition voudrait que tu choisisses un nom d'étoile, bougonna Narcissa. Ou d'un personnage de l'Antiquité dont le nom est attesté par un texte.
- Cette tradition est débile… dit Sirius avec un regard dédaigneux. Je me demande même pourquoi on l'a instaurée, d'ailleurs…
- Les étoiles sont supérieures à tous les hommes. Et elles brillent toujours.
- Pour ton information, la plupart des étoiles dont on voit la lumière ont cessé de briller il y a des années, répliqua Sirius sèchement. Un peu comme vos convictions ridicules.
Narcissa se leva.
- Bonne journée, Andy, dit-elle froidement.
- Sirius ! protesta Andromeda quand elle eut quitté la pièce. Tu ne peux pas la laisser tranquille deux minutes ?
- C'est elle qui a commencé avec ses idées à la…
- Elle est venue voir si je n'avais besoin de rien et si ma protection était bien assurée...
- C'est ce qu'elle a dit. Elle a pu venir pour observer de plus près les failles du système de sécurité.
Mais au fond de lui, il savait que ce n'était pas le cas.
- Alors, c'est quoi cette histoire d'« on ne sait pas si c'est un garçon ou une fille » ?
- Oh, tu vas vite comprendre.
Andromeda se leva lentement, et s'approcha du berceau dont que Sirius n'avait pas voulu s'approcher sans son autorisation (il était nul avec les bébés). Elle prit délicatement le nourrisson et le posa contre elle. Puis elle se retourna.
Le bébé croisa son regard, et l'instant d'après, ses cheveux prirent la même teinte bleu électrique que le T-Shirt que portait Sirius.
- Wooow ! s'exclama-t-il, effrayé, en levant les mains en l'air. Wo-hooow ! Andy, je te promets que je n'ai rien fait !
- Je te crois, rit-elle.
- Qu'est-ce qui se passe ?!
- Métamorphomagie.
- C'est son deuxième prénom ?!
- Non ! rit-elle. Attends, tu vas comprendre.
L'instant d'après, son double, version bébé, le regardait. Un bébé avec ses longs cheveux noirs et le nez droit des Black. C'était… particulièrement grotesque.
- Notre petit bout est une Métamorphomage. Ca veut dire qu'elle peut changer son apparence à volonté… du coup, impossible de savoir si c'était une fille ou un garçon pendant les quelques heures qui ont suivi sa naissance…
A ce moment-là, Ted frappa à la porte, et entra, suivi des cinq autres (visiblement, il avait négocié avec Maugrey). Il salua Sirius et alla s'asseoir sur le lit avec Andromeda. Les garçons (plutôt perplexes) regardèrent les filles s'extasier devant le nouveau-né (et ses prouesses magiques).
- Notre arrière-grand père Rosier pouvait faire ça, je crois… dit Sirius.
- Ce serait un gène récessif, alors ? dit Lily, très intéressée.
Ted comprit, mais visiblement pas Andromeda. Dommage que le monde magique s'entête à ignorer les acquis de la médecine moldue…
- C'est un héritage génétique endormi, tenta d'expliquer Lily aux autres.
- Les Médicomages ne savent pas d'où vient la Métamorphomagie innée, vu qu'il y a trop peu de sorciers nés avec ce don pour les étudier… Donc comme d'habitude, dans ce cas-là, ils mettent ça sur le compte des mêmes « fluctuations magiques » que celles à l'origine des Cracmols et de la naissance de sorciers dans des familles moldues…
Il y avait de la fierté dans la voix de Ted. Sa fille était à part, tout comme lui.
En voyant les cheveux du bébé virer au magenta, Lily ouvrit de grands-yeux.
- Ca n'a rien à voir avec le fait que je t'ai donné cette potion capillaire au tout début de ta grossesse ? Ca a pu avoir des effets sur le bébé… Non, parce que je dois avouer que ce n'était pas de la magie blanche-blanche…
Andromeda échangea un regard avec Ted.
- Le médicomage-en-chef a dit que toutes les explications étaient bonnes à prendre… on lui en parlera, ok ? Tu as la composition complète de la potion ?
Lily ne l'avait pas apprise par cœur, mais elle savait à quel endroit de la Réserve elle l'avait chipée, l'année précédente, après l'heure de fermeture de la Bibliothèque. C'était avant que Rusard n'arpente les couloirs la nuit, et que Severus ne devienne son ennemi, bien sûr.
A présent, il ne lui restait plus que la voie officielle pour avoir accès à ces ouvrages…
Ou emprunter la cape de James.
Oh-oh. Elle commençait vraiment à penser comme un Maraudeur.
- Alors, Poudlard ? demanda Andromeda, l'air un peu nostalgique.
- C'est un peu bizarre d'être les plus grands de l'école, et de ne plus avoir tous les Serpentards de l'an dernier sur le dos…
- Avec Alessia, Frank et vous en moins, c'est différent…
- D'ailleurs, ces cours par correspondance?
- J'ai commencé quand j'étais alitée, dit Andy. Mais ça va être compliqué à gérer…
Ted posa une main sur son épaule.
- Ca va être compliqué mais ça va aller.
- Certes.
- Appelle-nous pour les babysittings ! dit Lily, qui adorait les bébés et s'était accaparé le nourrisson pendant près d'un quart d'heure.
Andromeda tendit la petite Nym à Remus. Il hésita.
Lily vit à quoi il pensait : il se demandait si Andromeda lui confierait avec autant de confiance le fruit de ses entrailles, si elle était au courant de la bête qui se cachait en lui.
Mais il prit finalement le bébé, et contre toute attente, il sut instinctivement comment le porter et le caler sur son bras en maintenant sa nuque.
- Superpapa, le charria Sirius.
Nymphadora sembla proprement fascinée par le visage de Remus, par ses yeux gris, qu'elle s'empressa de copier, et surtout par ces légères cicatrices blanches qui couraient le long de la mâchoire du loup-garou.
Puis elle commença à s'agiter, et les visiteurs de Poudlard, pressentant l'approche de pleurs, décidèrent de quitter la petite famille. Andromeda les raccompagna au bout du couloir (elle voulait visiblement se dégourdir un peu les jambes).
- C'est Ted qui s'occupe des berceuses… il a une bien plus jolie voix que moi, et je crois que ça lui rappelle un peu la chorale de l'école… les fausses notes en moins…
Ils rirent et promirent de leur rendre visite aux vacances de Noël.
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- Mais pourquoi Nymphadora ? insista Peter, alors qu'ils se dirigeaient vers le hall et le sas de transplanage.
Sirius soupira.
- Si tu suis l'explication d'Andy… Ted : Theodore. Theodore : « cadeau de dieu ». Jusque-là, tu suis ?
- Oui.
- Dans la mythologie grecque, Cassiopée, la mère d'Andromède s'est vantée en disant que sa fille avait une beauté comparable à celle de nymphes marines. Du coup, Andromeda a décidé d'appeler sa fille Nymphadora (« cadeau des nymphes », tu suis ?) parce qu'elle est son plus beau cadeau.
Les filles parurent très impressionnées par l'explication.
- C'est… réfléchi.
- Et alambiqué.
- Six heures de travail pour le trouver, selon Ted, dit doctement Peter.
- Je crois que tu n'as pas tout compris, Queudver…
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Narcissa dépassa rapidement sa sœur, de peur que même sous son déguisement, elle ne la reconnaisse. Mais Bellatrix fulminait visiblement trop (les Aurors lui avaient refusé l'accès à la chambre d'Andromeda et l'avaient même escorté dehors) pour faire attention à une petite sorcière brune et replète.
Narcissa avait pensé à aller voir sa tante au 12 Square Grimmaurt, ou Lucius au Ministère : Dumbledore lui avait donné une permission de sortie de trois heures, et l'arrivée de Sirius faisait qu'il lui en restait deux. Mais elle savait que si quiconque la voyait hors de Poudlard, il ferait le lien avec la naissance de la petite Nymphadora, et Narcissa ne pouvait pas se permettre de donner l'impression qu'elle voyait encore sa petite sœur.
Oh, Lucius ne la trahirait pas. Pas intentionnellement, du moins. Mais Narcissa était la seule des deux à être une bonne Légilimens. Même si elle ne disait rien à Lucius, il se douterait qu'elle avait été voir sa sœur s'il la voyait à Londres le jour de la naissance de sa nièce. Et ce soupçon seul pourrait lui être fatal, si Voldemort en avait connaissance. Non, elle n'avait qu'une solution. Prétendre devant ses amis Serpentards qu'elle était restée à la Bibliothèque ou dans le parc jusqu'au déjeuner – elle mentait bien, et personne n'oserait remettre sa parole en cause… Elle critiquerait la nouvelle comme tous ses camarades… et modifierait sa propre mémoire.
Andromeda savait que ç'avait été la dernière fois qu'elles se voyaient. Même sans l'intervention de leur cousin, Narcissa ne se serait pas éternisée. Elle n'était pas douée pour les adieux.
Alors elle transplana jusqu'à Pré-au-lard, passa les grilles, puis dans le parc, elle trouva un coin à l'écart, loin des élèves qui prenaient le soleil.
Elle pointa sa baguette sur sa tempe.
- Oubliettes, murmura-t-elle.
Le mot sonna comme une caresse.
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Le lendemain, elle découvrait, en même temps que tout le monde magique, le minuscule encart de la Gazette consacré à la naissance Nymphadora Tonks, fille d'Andromeda et Theodore Tonks.
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