Chapitre 24 : Des poussières dans le vent

Dorilys était pétrifiée. Elle était dans un cauchemar, regardant la scène avec un sentiment d'irréalité grandissant. Le sang pulsait dans ses oreilles, l'assourdissant. Elle n'entendait plus les cris de sa nouvelle amie. Elle n'entendait plus Voldemort siffler ses sortilèges atroces avec la joie malsaine d'un enfant arrachant les ailes d'un insecte. Mais elle voyait Ginny se tordre à ses pieds sur les dalles de pierres glacées, frappant le sol de ses bras et de ses jambes et arquant le dos pour échapper à une douleur insoutenable. La jeune prêtresse sentit un goût salé sur ses lèvres sans comprendre que c'étaient ses propres larmes. Elle balbutiait des sons sans significations, déchirée entre ce qu'elle savait être son devoir et l'horreur que subissait son amie. Sa détermination flanchait rapidement. Un instant, elle fut à deux doigts de crier au sombre magicien d'arrêter, qu'elle ferait tout ce qu'il voudrait pourvu qu'il laisse Ginny. Elle fit un pas en avant, la bouche entrouverte pour murmurer sa reddition. Et elle croisa le regard étincelant de la rousse. Au-delà de la souffrance, elle y découvrit la flamme brûlante de la colère, une profonde rage de vivre et, surtout, la volonté inébranlable de ne pas céder. La pâle adolescente se figea. Elle ne pouvait pas, non. Elle ne ferait pas honneur au courage sans faille de la Gryffondor en rendant les armes maintenant. Voldemort lança un autre maléfice à sa victime et son rire hystérique brisa le cocon de silence entourant Dorilys.

Un froid intense envahit l'héritière de la lignée du Nord. Son cœur se serra et ses émotions s'estompèrent progressivement, ne laissant plus dans son esprit qu'un vide stérile et reposant. Elle ne pouvait accepter la domination du sorcier. Elle ne pouvait lui donner ce qu'il voulait. Jamais, jusqu'à la mort. Alors elle puisa dans des forces qu'elle ignorait encore posséder et lança son esprit à la rencontre de celui de la jeune sorcière. Soutenant son énergie défaillante, elle mit tous ses pouvoirs, toutes ses capacités à sa disposition intégrale, réalisant pour elle ce dont Voldemort rêvait. Ginny lança le premier sort de protection qui traversa son esprit aux limites de la folie, instinctivement, pour éloigner d'elle son tortionnaire.
« Asmida sphaira ! »
Un voile d'énergie dorée, translucide et brillant entoura les deux filles, les isolant et les protégeant du reste de la salle. Le cri de rage de Voldemort résonna longuement sur les voûtes du plafond. Les quelques Mangemorts encore présents se trouvèrent soudain des missions très urgentes, et surtout très éloignées de leur Seigneur, et s'éparpillèrent dans les couloirs du Ministère.

Le mage noir arpentait le sol autour du bouclier, testait pour en chercher les failles et n'en trouvait pas. Ses yeux n'étaient plus que deux fentes étirées. Tout dans son attitude montrait qu'il était au-delà de la fureur. Il finit par s'immobiliser face aux jeunes filles pour attendre le moment où leurs forces seraient épuisées et où il pourrait leur faire payer leur audace. Un sourire diabolique étirait sa bouche en un rictus hideux. La blonde frissonna involontairement en voyant son expression. Il n'y aurait pas de seconde chance pour elles deux. Elle s'était agenouillée pour prendre Ginny dans ses bras, la touchant avec la délicatesse qu'elle aurait mis à tenir un poussin d'un jour. La sorcière tremblait de tous ses membres et un mince filet de sang coulait au coin de ses lèvres. Ses paupières étaient closes et tout son être se concentrait sur le maintien de leur protection. Dorilys sentait ses forces drainées et consumées dans le sortilège, vite, bien trop vite. Elle savait que ce n'était qu'une question de minutes, une heure au plus, avant qu'elles ne se retrouvent de nouveau à la merci de leur bourreau. Alors elle fit de nouveau le vide dans son esprit, se concentrant comme le lui avait enseigné sa grand-mère. Elle lança un appel au secours mental qui devait être entendu dans toute l'Angleterre et au-delà, ses échos résonnant sans fin jusqu'au Surmonde.

Sirius frissonna. Les paroles de la Déesse résonnaient toujours dans l'espace infini du Surmonde. Il ignorait toujours le prix qu'Elle prendrait pour le laisser sauver les siens. Il croisa rapidement le regard de Maelys, empli d'une profonde approbation qui le surprit. Soudain, il sentit une chaleur ardente diffuser là où la Dame le touchait. Il fut projeté en arrière, violemment, et fut pris de convulsions. Il n'était plus que douleur. Il avait la sensation que son essence même était extraite, brûlée et purifiée pour lui être rendue comme sublimée. Son esprit, malgré la souffrance qui n'avait rien à envier à un doloris, devenait pourtant plus clair et plus vif. Il fut alors touché par une conscience immense, inimaginable, et l'espace d'un instant aux allures d'éternité, il partagea Ses pensées. Il découvrit des niveaux insoupçonnés de compréhension de l'univers, des visions du passé et de l'avenir qui disparurent aussitôt. Sa vie humaine le quittait pour ne laisser qu'un esprit puissant et lumineux. Il était devenu une émanation de Dana, une petite parcelle de sa divinité, son messager et son sujet. Il s'abandonna au sentiment de plénitude qui l'envahissait, flottant dans une éternelle seconde suspendue.
« Sache, Sirius Black, que tu es désormais Mien, bien plus que toute créature en ce monde. Ta volonté sera Mienne et tu seras Ma Flèche, rendant justice en Mon Nom. Et maintenant, va ! Les tiens ont besoin de toi… »

Sirius reprit conscience au milieu des cris et des sorts qui traversaient les airs en tous sens. Il venait de reconnaître l'endroit et analysa la situation en quelques secondes. Il s'interposa entre trois Mangemorts et Hermione Granger qui en resta paralysée. Il ne s'étonna qu'à peine de sa facilité à lancer des sortilèges. La magie réagissait à ses simples pensées. Les trois hommes se retrouvèrent bientôt entravés et Sirius put se tourner vers le reste de la salle. Et un sourire mauvais étira ses lèvres. Il avança pour se placer face à sa très chère cousine. Celle-ci s'était bien rendu compte qu'un adversaire dangereux était intervenu mais le jeune Potter, fou furieux, l'occupait trop pour qu'elle l'identifie.
« Harry, laisse-moi faire. Je m'occupe d'elle… »
Harry s'arrêta net, incrédule. Il ouvrit le bouche plusieurs fois sous la surprise, comme un poisson hors de l'eau. Il était abasourdi, incapable de réagir. Neville ouvrait de grands yeux stupéfaits, reconnaissant le visage de Sirius Black. Il avait suffisamment fait la une des journaux quelques années auparavant. L'adolescent tâta sa poche. Finalement, les ingrédients du rituel de rappel seraient inutiles.

Bellatrix blêmit. Les sorciers avaient l'habitude de revoir certains morts, sous forme de fantômes blafards et impuissants. Mais ce qu'elle avait face à elle n'en était pas un. Il avait l'air beaucoup trop réel pour n'être qu'un spectre. Et il avait lancé des sortilèges… Elle recula, terrifiée.
« -Alors, cousine, heureuse de me revoir ?
-C'est impossible ! Tu es mort ! Personne ne revient de derrière le Voile !
-Oh ! Tu sais, le possible et l'impossible… C'est très surfait comme notions. »
Sirius avançait vers elle et croisa son regard. Elle frémit. Une détermination inébranlable les faisait briller d'un éclat inhumain. Avec ses cheveux noir corbeau, sa peau pâle hérités des Black et ses vêtements ténébreux, son cousin avait tout d'un ange de la mort. La sorcière sentit ses lèvres trembler. Elle pointa sa baguette vers lui, sans grande conviction, et s'apprêta à lancer un sortilège défensif. Son cousin eut un léger sourire, mélange étrange d'ironie et de tristesse, puis la désarma d'une pensée. Il n'eut qu'à lever la main pour se saisir de sa baguette. Elle hoqueta, alarmée par cette preuve évidente de pouvoir. Magie sans baguette… Elle tenta un mouvement de fuite pour se rendre compte qu'elle ne pouvait plus avancer. Ses jambes étaient paralysées sur place, elle était impuissante.

Bellatrix paniqua et devint véritablement hystérique, hurlant et se débattant dans le vide pendant de longues minutes. Elle finit par s'immobiliser soudain pour cracher des insultes à Sirius impassible.
« -Tu n'es qu'un monstre ! Qu'es-tu devenu, bon sang ?!
-Le pire de tes cauchemars… J'avais toujours rêvé de dire ça ! »
L'homme redevint sérieux et fronça les sourcils. Répondant à la Voix qui murmurait dans le silence de son esprit, il projeta son assassin sur la tribune, jusque dans l'Arche des Morts. La structure de pierre sembla entrer en ébullition. Des tentacules sombres en sortirent et se saisirent de la sorcière maléfique. Ils s'enroulèrent autour de ses jambes, des ses bras, s'infiltrant jusque dans sa peau jusqu'à la faire disparaître totalement à leur vue. Et, pendant tout ce temps, elle ne cessa de crier. L'obscurité disparut avec elle au travers du passage, se retirant comme une nappe de brouillard qui se dissipe au soleil. Une légère brise agita les lambeaux du Voile et un murmure indistinct se fit entendre. Puis, le silence et le calme revinrent.

Sirius leva un sourcil. Il n'avait pas des souvenirs très fiables de son propre passage mais il était à peu près certain que ça n'avait pas été aussi spectaculaire.
« -Ah oui, quand même. Bon, et bien, je suppose que je dois encore dire des choses très théâtrales. Alors, la Justice a enfin triomphé et le Bien gagn…
-Sirius !!! »
L'homme fut interrompu dans sa tirade par le cri de son filleul. Harry se jeta sur lui pour l'entourer de ses bras et il éclata en pleurs violents contre sa poitrine.
« -Tu es revenu, tu es revenu… Ne me laisse plus ! Tu m'as tellement manqué !
-Chuuut ! Eh ! Je suis là maintenant ; tu vas voir, ça va aller. »
Il prit le jeune homme dans ses bras et l'étreignit longuement pour le calmer. Sirius finit par s'écarter un peu pour observer l'adolescent de plus près. Il le trouva grandi et changé. Il n'avait jamais autant ressemblé à ses parents qu'à ce moment. Son expression était le parfait mélange du courage de James et de la volonté de Lily. Ce n'était plus un enfant.

Harry dévisageait son parrain, se demandant ce qui l'avait autant changé. Il ne semblait pas tout à fait réel, malgré l'apparente solidité de ses bras. Il ouvrit la bouche pour demander des explications mais des sanglots étouffés l'interrompirent. Il se tourna pour embrasser du regard la scène macabre. Hermione, en larme, s'accrochait à Ron immobile, pendant que Neville essayait de l'éloigner pour la prendre dans ses bras. Le visage et les mains de la jeune fille étaient maculés de sang mais l'adolescent à terre, lui, en était couvert. Ses vêtements étaient comme lacérés et des plaies nombreuses barraient son corps. Une mare d'un rouge sombre et luisant le baignait, ayant déjà cessé de s'épandre sous lui. S'arrachant à la protection de Sirius, Harry tituba vers eux, incrédule. Et lorsqu'il vit nettement les yeux grands ouverts, vides et morts de son meilleur ami, il tomba à genoux avec une boule douloureuse dans la gorge. Hermione se jeta contre lui en gémissant de douleur, ses épaules secouées de spasmes. Il n'arrivait pas à réaliser… Il jeta un regard éperdu autour de lui. Neville s'occupait de réveiller Luna dont la mâchoire était tellement crispée qu'il l'entendait presque grincer des dents. Et Sirius s'approchait avec précaution de Padma, comme on s'approche d'un animal dangereux.

La jeune fille se tenait debout, les poings serrés à en faire pâlir ses phalanges. Ses cheveux sombres s'étaient emmêlés et, au-dessus de ses joues barbouillées de poussière et de larmes, ses yeux ne formaient plus qu'une mince fente. Elle fixait en tremblant une des portes de la salle, la respiration irrégulière et bruyante. Un mouvement proche détourna son attention et elle fit vivement face à l'homme qui s'approchait.
« -C'est fini, il n'y a plus de danger. Calme-toi…
-Non. Non ! Ce n'est pas fini. Je dois le tuer maintenant. Il faut qu'il meure – et qu'il ait mal. Je veux qu'il ait aussi mal que moi…
-Je vois. Tu veux me dire qui est-ce ? Celui qui doit mourir ?
-Lucius Malfoy. Il les a tués. C'est lui qui les a tués tous les deux. Alors, je vais me venger. Et le faire souffrir ! »
La voix de Padma leur glaça les sangs. Elle était tellement neutre et dénuée d'émotions… Des larmes ruisselaient sur ses joues sans qu'elle fasse un geste pour les essuyer ; ses yeux ne clignaient pas et fixaient le vide. Elle porta l'index à sa bouche et commença à se balancer doucement, suçotant le bout de son doigt. Il ne faisait aucun doute que son esprit venait de basculer dans la folie.

Sirius se rembrunit et profita du discours incohérent et de plus en plus hystérique de la jeune Serdaigle pour s'approcher. La prenant par surprise, il posa ses mains sur ses tempes et la fit sombrer dans le sommeil. Il la rattrapa et l'éloigna du corps de Drago, le cœur serré. Un sentiment d'échec flottait dans son esprit. Il se sentait responsable de la mort des deux jeunes gens. Se retournant, il se trouva face aux adolescents rescapés. Il lisait sur leur visage l'espoir qu'ils plaçaient en lui. Ils faisaient la guerre mais ce n'étaient encore que des enfants.
« Venez, nous ne devons pas rester là. Il faut trouver les aurors, libérer les filles et sortir d'ici au plus vite. »
Personne ne s'étonna qu'il connaisse déjà la situation ; il était revenu d'entre les ombres et il faisait de la magie sans baguette. Il allait les sauver maintenant. Il hésita quelques secondes puis fit léviter d'un geste les deux corps sans vie et, portant toujours la jeune Serdaigle dans les bras, s'avança vers la sortie. Raffermissant leur prise sur les baguettes magiques, rendues glissantes par la sueur ou le sang, les membres de l'Armée de Dumbledore mirent de coté leur souffrance et le suivirent. La bataille ne faisait que commencer.

Maelys avançait toujours dans le Surmonde. La Dame avait disparue en même temps que Sirius Black. Elle savait parfaitement ce qu'il était devenu. Seul quelques rares élus avaient gagné le droit de devenir Son avatar. Elle l'enviait, d'une certaine façon. L'homme allait devenir plus proche d'Elle que la vieille femme ne l'avait jamais rêvé. Elle soupira. Son errance touchait à sa fin. Elle pouvait enfin sentir la saveur de l'esprit de sa petite-fille. Elle s'approcha rapidement de Dorilys et voulut toucher ses pensées. Un bouclier puissant la repoussa violemment en arrière et elle se figea, incrédule. Toute à son angoisse, elle n'avait pas pris la peine d'évaluer la situation. Elle effleura la surface de la protection, testant sa force et sa résistance. Elle perçut l'énergie de la Terre être drainée vers la trame du sortilège, brûlée puis disparaître dans d'étranges volutes de lumières de toutes couleurs. Cette source n'était normalement accessible qu'aux Hautes Prêtresses confirmées, jamais aux novices. La Dame seule savait comment Dorilys avait trouvé la voie vers les flux d'énergie, à travers les profondeurs de son mental encore trop jeune, immature.

Elle sut que sa petite fille ne pourrait tenir plus longtemps. Elle sentait les attaques incessantes que l'esprit ténébreux du mage noir faisait pleuvoir sur elle. Elle hésita un instant, tiraillée entre ses différents devoirs, son amour pour son unique descendante et sa propre crainte de mourir. Alors que sa peur la paralysait, un hurlement lui vrilla les pensées, déchirant les ombres qui lui obscurcissaient les idées. L'enfant de sa propre chair appelait au secours et elle ne pouvait rester sans rien faire, à la regarder se consumer en vain. Elle répondit à son appel à sa façon. Elle ne pouvait agir directement, son corps physique étant toujours étendu dans l'infirmerie de Poudlard, sous la surveillance attentive de madame Pomfresh. Alors elle s'engouffra par les larges crevasses se formant sur le bouclier déliquescent et insinua son âme dans le corps de Dorilys. Elle prit le contrôle et repoussa l'adolescente affaiblie à l'abri dans les tréfonds de son esprit. La vieille femme eut à peine le temps de s'habituer à cette nouvelle enveloppe que la petite sorcière qu'elle tenait dans ses bras sombra dans l'inconscience. Leur protection disparut complètement, les laissant à la merci de Lord Voldemort. Elle déposa son fardeau au sol avec une grande douceur et se redressa, se tenant droite et fière devant le mage noir qui souriait avec délice.

Laurianne vacilla et serait tombée à genoux si Remus ne l'avait soutenue. Elle regardait le corps sans vie d'Albus Dumbledore, les yeux grands ouverts et un hurlement muet prisonnier de sa gorge. Le fardeau terrible de la culpabilité s'abattit sur elle et un goût métallique envahit sa bouche. Elle s'était mordu les lèvres jusqu'au sang. Des tremblements la prirent alors qu'elle secouait la tête rapidement pour nier la réalité. Il était mort. Leur plus grand espoir était mort. Si elle n'avait égoïstement proposé cette fusion mentale, si dangereuse, il serait vivant. Il serait debout à leurs côtés, les guidant dans leur combat.
« -Ô Dame ! J'ai tout gâché ! Puisse-t-Elle me pardonner un jour pour ma faute. Nous sommes perdus, maintenant.
-Ne dis pas ça, Laurianne. Nous ne sommes pas sans ressources et nous pouvons maintenant agir vite. Il n'aurait pas voulu qu'on abandonne ainsi. »
La jeune femme n'avait pas réalisé qu'ils avaient tous étés transportés au Ministère. Son fiancé la serrait dans ses bras, murmurant des paroles douces pour apaiser sa douleur. Il était toujours lié à son esprit et il comprenait pleinement toute la profondeur de son désespoir. Autour d'eux, les combattants se taisaient, les épaules basses et les mains tremblantes. Leurs pertes étaient terribles et un fort sentiment de désespoir flottait dans leurs pensées.

Alastor Maugrey, l'œil étrangement humide, contempla un instant son vieil ami à terre, sans mot dire. Un peu de lumière venait de disparaître. Autour de lui, l'abattement se faisait sentir. Les sorciers se rapprochaient les uns des autres, sans vraiment y penser, pour trouver un peu de sécurité illusoire auprès des leurs. Aucun n'eut la force de prendre la tête de l'opération et de motiver les troupes à continuer. L'opinion du vieil homme sur les prêtresses remonta largement lorsqu'il se rendit compte qu'elles, au moins, ne tournaient pas en rond comme des enfants perdus. Plusieurs de ces femmes, négligeant volontairement leurs propres blessures, s'étaient affairées à soigner et panser les plaies de leurs alliés. Il hocha la tête avec approbation. Il fallait qu'ils s'organisent rapidement. Ainsi, ils pourraient prendre par surprise les criminels terrés dans les sous-sols. Maugrey prit une grande inspiration et aboya des instructions.
« -Podmore ! Weasley ! Prenez une dizaine de personnes avec vous et essayez de rejoindre le bureau des aurors. Ils ne peuvent pas tous être à la solde de Vous-savez-qui. Shacklebolt aurait du les ramener depuis longtemps maintenant. Méfiez-vous, leur absence n'est pas normale.
-On part tout de suite !
-Les autres, aidez ces dames à porter les blessés à côté. Ces bureaux nous serviront d'infirmerie. Toi ! Fais l'inventaire des personnes en état de combattre… »

Les éclaireurs avançaient vite. La plupart d'entre eux connaissaient le Ministère comme leur poche et ils savaient tous où aller. Ils devaient néanmoins ralentir à chaque intersection pour s'assurer de l'absence de danger. Aucun d'eux n'eut l'envie d'utiliser les ascenseurs ; ils pouvaient bien trop facilement finir piégés dans ces cabines confinées. Un sentiment de malaise les gagna rapidement. Tout était bien trop silencieux. Malgré l'heure bien avancée, les couloirs auraient du être remplis de fonctionnaires pressés de rentrer chez eux, d'aurors revenant de mission et de sorciers faisant des heures supplémentaires. De plus, depuis l'attaque du Ministre par Voldemort, des équipes patrouillaient chaque étage pour donner l'alerte. Pourtant, leur trajet à travers les différents niveaux ne présenta aucun obstacle. Ils arrivèrent enfin en vue des portes du bureau des aurors. Les battants en avaient été forcés et un des panneaux pendait lamentablement sur ses gonds. Des cris et des sorts résonnèrent et ils comprirent bien vite pourquoi aucun auror ne traînaient dans les environs.

De sombres silhouettes masquées et d'autres vêtues de robes vert forêt s'affrontaient avec acharnement. Les blessures étaient nombreuses mais le talent des combattants était tel que personne n'était encore tombé. Les bureaux étaient renversés pour servir de barricade de fortune et quelqu'un avait enchanté une nuée de plumes et d'encriers pour harceler les attaquants. Mais, si les aurors étaient surentraînés au duel magique, c'était aussi le cas des Mangemorts, décidés à tuer tous les opposants à leur Maître. La fatigue se faisait sentir du coté des défenseurs. Le sang des membres de l'Ordre du Phœnix ne fit qu'un tour. Ils se précipitèrent au combat, prenant les terroristes à revers. Pris entre deux feux nourris de sortilèges, les adeptes de la magie noire furent pris de panique. Ils tentèrent de faire front mais ils n'étaient pas assez nombreux. Ils furent submergés en quelques minutes. Les aurors lancèrent rapidement des enchantements pour ligoter leurs adversaires, puis ils se tournèrent vers les nouveaux arrivants.
« On peut dire que vous tombez bien. »
Podmore eut un grand sourire, un peu ironique, et traversait la grande pièce pour saluer l'auror, lorsque des pas se firent entendre. Les sorciers se remirent en position de combat et se préparèrent à recevoir leurs visiteurs.

Sirius reconnut enfin le couloir menant au département des Aurors. Cela faisait si longtemps qu'il n'était pas venu ici… Il se secoua pour chasser ses idées nostalgiques et se concentra sur l'instant présent. Il avait cru entendre des bruits de combats et de sorts lancés mais, maintenant, seul le silence régnait. Les portes étaient arrachées et pas un bruit ne parvenait du vaste bureau. Il se crispa légèrement, murmurant aux adolescents derrière lui de se tenir prêts. Il était évident qu'un violent affrontement venait d'avoir lieu et il était impossible de savoir qui avait pris le dessus. Un soudain pressentiment le traversa et il cria un avertissement.
« Attention ! Derrière les portes ! »
Plusieurs sortilèges furent lancés sur leur petit groupe, heureusement neutralisés en majorité par Sirius. Puis quelqu'un s'exclama, reconnaissant certaines voix des arrivants.
« -Par merlin ! Arrêtez ! Ce sont des enfants !
-Quoi ?!! Mais qu'est ce que des gosses feraient ici ?
-Je te dis que je connais les gamins qui sont derrière ! Ils devraient être en sécurité à Poudlard, en ce moment, au lieu de courir au danger comme chaque année… Jamais où ils devraient être ! »

Arthur Weasley, la baguette baissée, sortit rapidement et apostropha Harry.
« -Harry ! Qu'est-ce que tu fais ici ? Je croyais que tu étais à l'abri à Poudlard. Pourquoi es-tu venu ? C'est dangereux, tu sais.
-Monsieur Weasley, je… On ne savait pas que vous trouveriez la cachette de Voldemort. Et Ginny et Dorilys seraient mortes… et on est venu mais ça ne s'est pas bien passé… et… et… je… »
Le jeune homme éclata en sanglot. Arthur, inquiet, détourna les yeux de Harry et parcourut les autres du regard. Il changea de couleur en voyant le corps de son fils, flottant à quelque hauteur du sol. L'homme réagit comme s'il venait de prendre un coup. Il déglutit et s'approcha, levant sa main pour effleurer la joue de son enfant. Un gémissement rauque s'échappa de ses lèvres, comme un hurlement retenu.

Arthur s'effondra, frottant la main inerte de son enfant pour y ramener un peu de chaleur, en une vaine tentative de nier sa mort.
« -Pas mon garçon, pas lui. On m'en a déjà pris un ! Pas Ronald !
-Arthur…
-Comment je vais dire ça à sa mère ? Il ne peut pas être mort…
-Arthur ! Regardez-moi ! »
Le père en larmes tourna la tête vers l'homme qui l'avait interpellé et sursauta en reconnaissant Sirius.
« Je ne pourrai jamais vous dire à quel point je suis désolé. Mais nous n'avons pas de temps à perdre. Vous avez votre fille à sauver. Nous devons rejoindre les autres et descendre au dernier niveau. »
Caressant encore une fois la joue de son fils, une expression de douleur intense sur le visage, Arthur essaya de se calmer et de penser à sa cadette. Il ne supporterait pas de perdre encore un autre enfant. Il hocha la tête et regarda Sirius. Il n'avait même pas la force de s'étonner de son retour. Plus tard, il serait temps de poser des questions. Plus tard il serait temps de pleurer. Plus tard…

Podmore regardait Sirius du coin de l'œil, tout comme plusieurs aurors qui l'avaient trop bien reconnu. Etrangement, aucun ne songea une seule seconde à tenter de l'arrêter. Déjà, parce qu'Arthur Weasley l'avait traité comme un ami. Et Arthur Weasley n'était pas réputé fréquenter des Mangemorts. Ensuite, il se tenait auprès du jeune Potter et ne faisait pas un geste pour mettre fin à ses jours. Cela cadrait tellement peu avec l'histoire officielle que les aurors, loin d'être des idiots, choisirent de lui laisser le bénéfice du doute. Et puis, il dégageait une telle puissance… Ils avaient comme l'impression qu'ils ne feraient pas le poids face à lui. Ils préférèrent se concentrer sur leur course à travers les couloirs. Apprendre que Vous-Savez-Qui avait établi son quartier général sous leur nez les avait stupéfaits mais l'attaque qu'ils venaient de subir aurait convaincu même les plus réticents. Ils se joignirent aux sorciers de l'Ordre du Phœnix sans hésiter. Ils avaient tous entendu parler de cette organisation de résistance au Mage Noir et rêvaient plus ou moins d'en rencontrer les membres.

Ils arrivèrent enfin au Département des Transports Magiques où ils avaient établi l'infirmerie de fortune. Tout le monde sursauta violemment lorsque Maugrey leur tomba dessus par surprise. L'ancien auror les tenait en joue de sa baguette, son œil magique s'agitant follement. Sa voix claquait comme un fouet dans l'air.
« -Plus un pas ! Qui êtes-vous?
-Alastor, c'est nous. Tu nous as envoyé chercher les aurors. Et nous avons trouvé ces jeunes gens qui s'étaient plongés dans les ennuis jusqu'au cou.
-Et tu as vérifié leurs identités? Podmore, cet homme est mort. Ca ne peut pas être Sirius Black. Et ces enfants sont sûrement des Mangemorts. Eloignez-vous d'eux ! Je vais les...
-Alastor, vous déraisonnez. »
Minerva et Severus venaient de les rejoindre. Leurs yeux s'écarquillèrent en voyant Sirius et la vieille femme se tendit brusquement en apercevant les deux corps de ses élèves. Pinçant les lèvres, elle posa une main compatissante sur l'épaule d'Arthur.
« Aucun Mangemort ne saurait tromper le cœur d'un père sur la perte de son enfant... »

Remus s'occupait de maintenir un sorcier de l'Ordre pendant qu'une prêtresse le soignait. Si leur don permettait de guérir rapidement les blessures les plus graves, il ne supprimait pas totalement la douleur. Des gens s'approchaient de leur position et il reconnut la directrice adjointe et Maugrey. Une conversation houleuse avait lieu. Il attendit que la guérisseuse fasse son office puis il se redressa, étirant ses muscles ankylosés. Une voix le fit sursauter et se tourner brusquement. C'était impossible. Il ne pouvait pas être ici.
« Harry ! Qu'est ce que tu fais là ? Tu n'es pas en sécurité au ministère et... »
La surprise lui coupa le souffle. Harry était bien là, avec ses amis, dans un état lamentable. Et à coté de lui se tenait... Remus déglutit difficilement et fit un pas, puis un autre, vers son meilleur ami. Sirius eut un sourire sincère et accomplit le reste du chemin pour le serrer dans ses bras. Le loup-garou sentit des larmes lui couler sur le visage.
« -Tu deviens sentimental avec le temps, Moony.
-Toi, je vais... tu... Argh ! Tu as vraiment une chance insolente, parfois! »
Les sorciers de l'Ordre, dont plusieurs l'avaient vu tomber de l'autre coté du Voile, se précipitèrent pour le toucher, lui demander des explications. Et un murmure parcourut rapidement la salle. C'était bien Sirius Black.

Laurianne observait les retrouvailles des deux amis. Elle avait rarement vu Remus aussi heureux, excepté en de rares moments qu'elle ne partagerait avec personne. Puis son sourire se fana. Elle vit que, parmi les adolescents, certains étaient partis rejoindre Dana à jamais. Mais pourquoi, pourquoi cela devait-il être ? Quelle justice régnait dans ce monde qui laissait des enfants mourir à la guerre et des monstres maléfiques faire régner la terreur ? Une main l'attrapa, la sortant de ses pensées morbides. Remus l'attira à lui et la présenta à Sirius.
« -Nous nous sommes déjà rencontrés.
-Au pays des rêves, belle dame. Vous m'avez empêché de sombrer dans la folie. Je vous suis éternellement redevable. Je ne sais comment vous remercier. Mais je crois que si je vous embrasse, je vais me faire mordre. »
Remus regardait un peu de travers l'animagus déployer tout son talent pour séduire sa fiancée. Il savait que c'était pour plaisanter et détendre l'atmosphère mais ça lui hérissait les cheveux. Il devait être un tout petit peu possessif.

Le loup-garou vit alors le visage de Laurianne exprimer une grande surprise. Elle regarda Sirius plus attentivement, puis s'inclina profondément devant lui.
« -Elle vous a pris comme Avatar... Cela n'était plus arrivé depuis de nombreux siècles...
-C'est donc ça que je suis ? Un Avatar ?
-Oui. Savez-vous que ma Dame, malgré tout ses pouvoirs, ne peut agir directement dans notre monde ? Elle ne peut que nous conseiller, nous assister et nous guider mais c'est à nous de prendre notre destin en main. Mais parfois, Elle élève quelqu'un au-delà de sa condition de mortel et lui donne accès à tous Ses pouvoirs. Mais il garde son libre arbitre et la capacité d'agir là où Elle est impuissante. Elle vous a choisi. C'est un grand honneur et une grande responsabilité. »
La jeune femme s'inclina une nouvelle fois devant lui, imitée par toutes ses sœurs. Les sorciers présents étaient suspendus à ses lèvres.

Sirius fronça les sourcils. Il avait bien compris que ses capacités avaient augmenté de façon spectaculaire mais il n'avait pas imaginé obtenir des dons quasi divins.
« -Choisi ? J'avais pourtant eu l'impression qu'Elle m'accordait une faveur. Qu'Elle me laissait revenir pour que je puisse aider Harry.
-Bien sûr. Elle n'agit jamais sans contrepartie. Elle nous laisse faire nos propres erreurs et n'intervient que lorsque toute autre possibilité est perdue. Il n'y a pas eu d'Avatar de Dana depuis si longtemps. Je me demande si...
-De quoi parlez-vous, tous les deux? »
Severus se doutait que Black n'était pas revenu par l'opération de Merlin. Apparemment, il s'agissait plutôt de l'opération de la déesse de Laurianne. Il avait écouté attentivement leur conversation et avait vu l'expression de la jeune prêtresse devenir pensive. Puis pleine d'espoir. Son propre cœur fit un bond. Malgré son déplaisir de voir revenir sa Némésis personnelle, il comprit qu'il allait peut-être leur permettre de faire une percée dans la guerre. Peut-être même...

Malgré la situation dangereuse, tout le monde était suspendu aux lèvres de la jeune femme. Elle exposait une cérémonie très ancienne, peu connue et encore plus rarement utilisée. Elle était à la fois très simple et extrêmement puissante. Elle permettait de bannir à jamais le corps et l'esprit de quelqu'un hors du temps, lui interdisant toute possibilité de se réincarner. Cela demandait un représentant direct de la Dame, une personne ayant personnellement souffert des crimes de l'être visé et une prêtresse, liée à toutes ses sœurs pour alimenter le rituel. Les conditions étaient rarement remplies. Mais aujourd'hui, ils avaient une véritable possibilité de détruire Voldemort à jamais. De vives discussions eurent lieu. Remus refusait que Laurianne risque sa vie en se dressant devant le mage noir et la jeune femme eut beaucoup de difficultés à le convaincre qu'elle n'avait pas le choix. Elle était la seule Haute-Prêtresse présente et elle doutait qu'une de ses autres sœurs soient assez puissantes pour subir le poids de cette fusion spirituelle. Mais le plus long débat eut lieu lorsque vint le moment de choisir le sorcier qui prendrait part au rituel. Plusieurs se proposèrent avant que Severus Rogue n'intervienne.

Le professeur de potions s'avança soudain, excédé.
« -Seriez-vous tous des idiots pathologiques pour vous quereller ainsi ? Nous parlons de détruire le plus terrible sorcier de notre histoire. Pas d'aller cueillir des champignons. Revenez à la raison ! Nous connaissons tous – où du moins avons nous entendu parler – de la prophétie qui lie le Seigneur des Ténèbres à un adolescent seul capable de le vaincre. Et tout le monde, à mon grand regret, sait qu'il s'agit de Harry Potter. Comme il s'est aimablement déplacé pour se porter volontaire...
-Severus ! C'est odieux ! Je ne vous laisserai pas mettre cet enfant en danger ! Je ne vous pensais pas si... dénué de cœur!
-Je suis juste réaliste. Il a été désigné par une prophétie. Et je dois reconnaître qu'on peut difficilement trouver une personne ici qui ait plus souffert que lui par la faute de Voldemort.
-Severus...
-Il a raison, professeur. C'est à moi de le faire. Et je ne laisserai personne l'accomplir à ma place. »
La voix blanche de Harry fit sursauter plusieurs personnes. Il était grave et calme mais terriblement pâle. En fait, ce n'était que le signe du froid intense qui l'envahissait. Il avait encore une fois causé un désastre, provoquant la mort des gens qu'il aimait. C'était comme s'il avait lui-même tué son meilleur ami. Il n'avait qu'un seul moyen pour se racheter à ses propres yeux. Il n'aurait de paix que lorsque Lord Voldemort serait mort.

Remus marchait aux cotés de Sirius, tenant Laurianne par la main. Une grande angoisse l'envahissait mais il essayait de ne pas le montrer. Les trois personnes qui comptaient le plus pour lui allaient risquer leurs vies et il serait impuissant à les aider. Le lycanthrope sera les dents. Il trouverait un moyen... Personne n'avait réussi à convaincre les adolescents de rester en arrière, même en évoquant à mi-mot le sort de leurs deux camarades. Les adultes cédèrent, comprenant leur besoin de vengeance. Leur armée descendait rapidement vers les profondeurs du Ministère et ils découvrirent finalement un étage lugubre, maigrement éclairé par quelques torches éternelles. Ils avancèrent silencieusement, se couvrant mutuellement. Ils s'étonnaient de ne rencontrer aucun Mangemort. Ils ne pouvaient pas tous les avoir neutralisés ? Harry ralentit et s'appuya contre un mur, frottant sa cicatrice. Il était si près… Sirius le laissa faire quelques instants avant de poser la main sur son épaule. Il ne devait pas perdre de temps. En approchant de leur cible, ils entendirent des cris, et un rire qui leur glaça les sens. Sans se concerter, ils hâtèrent le pas et se tinrent enfin devant les doubles portes. Alastor se tourna vers les autres.
« A mon signal, tout le monde entre. On ne fait pas de quartier, on immobilise tout ce qui bouge, et ce qui ne bouge pas aussi, d'ailleurs. Vous trois, vous entrerez en dernier avec les gosses. »
Sans se préoccuper de l'air outré des étudiants, Maugrey se mit à décompter. Et enfin...
« Maintenant ! Stupefix ! »

Maelys haussa un sourcil. A son âge, il en fallait plus qu'un visage effrayant pour lui glacer le sang. Doucement, comme pour tester le nouveau corps qu'elle occupait, elle attira à elle autant d'énergie qu'elle le pouvait. Elle insinua son esprit dans la roche dont était fait le sol, dans les murs, jusque dans les piliers sculptés.
« -Tiens, tiens... Mon petit jouet semble reprendre vie. Tu n'aurais pas du te dresser contre moi. J'aurais pu être gentil avec toi, te traiter comme un joyau précieux. Mais il a fallu que tu me défies. Changeras-tu d'avis ?
-Non. Ce n'est pas négociable. Vous n'aurez jamais rien de moi. Je ne vous laisserai pas faire.
-Tsst tsst ! Ce n'est pas bien, tu es une vilaine fille que je vais devoir punir. Endoloris ! »
A l'instant où le mage libéra son sortilège, le sol parut entrer en éruption. Les dalles fondirent et se soulevèrent, déstabilisant le sorcier. Il recula de quelques pas, surpris, et se heurta à quelque chose. La petite part qui restait humaine en lui fut prise de panique lorsqu'il se rendit compte que le mur essayait de l'attraper, de l'attirer dans la roche. Il fit la seule chose que son instinct reptilien lui commandait. Il attaqua la source du phénomène pour la tuer. L'éclair vert de son sortilège se perdit dans un feu d'artifice magique, l'Ordre du phœnix ayant finalement découvert son repaire.

Le chaos explosa. Les aurors et les sorciers de l'Ordre, soutenus par quelques prêtresses volontaires, lançaient autant de sorts que possible sur le mage noir dans l'espoir de le distraire sinon de l'affaiblir. Celui-ci riait comme un dément, se moquant ouvertement des pitoyables efforts qu'ils déployaient. Un par un, les Mangemorts apparurent parmi les opposants, appelés par leur Maître au combat. Tout dégénéra en bataille rangée. A l'entrée de la vaste pièce, un petit groupe taisait avec difficulté son impatience. Ils guettaient en frémissant le signe convenu qui les lancerait dans la bataille. Enfin, Alastor Maugrey envoya son patronus les chercher. Quelques minutes à peine s'étaient écoulées depuis leur arrivée mais, pour eux, des éternités avaient passé. Sans hésiter, Sirius passa les portes en premier. Sa nouvelle maîtrise de la magie le tenait à l'écart de la plupart des dangers et il fit des ravages dans les rangs adverses. Harry se tenait aux cotés de son parrain, plus lent, moins spectaculaire, mais affreusement méthodique dans son avancée. Puis, se jetant un dernier regard intense, Laurianne et Remus se jetèrent à l'assaut.

Ils avaient eu bien peu de temps pour mettre au point un plan. Mais celui-ci avait l'avantage d'être simple. Ils prendraient place autour de Voldemort tandis que les autres feraient diversion. Ils espéraient vaguement que les combats et les cris empêcheraient quiconque de comprendre ce qu'ils préparaient. Laurianne repéra Harry, stratégiquement placé derrière un pilier. Remus l'entraîna pratiquement à l'opposé, face à Sirius. Au centre se trouvait leur cible. La jeune femme commença doucement à appeler à elle toutes les prêtresses disponibles, formant une entité nouvelle et attentive. Elle se projeta ensuite vers Sirius, découvrant l'étrange saveur de son esprit, toute de contrastes et d'imprévus. Ensemble, ils stabilisèrent le Cercle et se mirent à la disposition de Harry. Le jeune homme manqua les repousser. Ses cours avec la Haute-Prêtresse ne lui avaient jamais permis d'expérimenter l'intensité d'une fusion aussi vaste et aussi puissante. Il prit un moment pour s'adapter à la pression mentale avant de s'y abandonner. Il se sentit frémir. Il était soutenu. Il était dans son bon droit. Il allait enfin accomplir ce pour quoi il était né, ce que tout le monde attendait de lui. Alors, peut-être son cœur lui ferait-il moins mal lorsque il penserait à Ron…

Le Survivant prit une grande inspiration et commença à déclamer. Le début du rituel ne demandait pas de paroles complexes, ni de grands discours. Il énonça à haute et vive voix les violences et les malheurs que lui avait fait subir le Mage Noir. A chaque déclaration, Sirius approuvait la véracité de ses mots et Laurianne les scellait d'une couche d'énergie brillante. Il commença par la mort de ses parents. Le sortilège qui lui avait été lancé. Il ajouta son enfance dans une famille indigne et toutes les brimades qu'il avait subies pour ça. Il parla de Poudlard, de sa première année. Des attaques contre lui. Du basilic. Des traîtrises autour de lui. Il parla du cimetière, de Cédric, de tout ce qui avait suivi, la colère, la peur, les attaques, les souffrances. Ron. Une aura scintillante, comme des myriades d'étincelles de fées à peine visibles, entourait Voldemort, à chaque fois un peu plus. L'énergie tourbillonnait dans le Cercle avec rapidité, comme un torrent de montagne qui dévale une pente. Il ne leur restait plus qu'à parachever la cérémonie par quelques mots de pouvoir ancestraux.

Malheureusement, le mage noir finit par se rendre compte qu'il se passait quelque chose. Il aboya un ordre à ses serviteurs. Les Mangemorts se mirent alors à lancer des sortilèges obscurs vers les trois officiants, brisant leur concentration. Laurianne cria. Elle ne pouvait se défendre, contrairement à Sirius et Harry. Elle recula, essayant de trouver abri quelconque mais ne rencontra que le mur. Elle vit Voldemort sourire cruellement en la regardant et faire un geste vers elle. Trois sorciers en robes noires, leurs masques d'argent luisant dans la lumière des torches, s'avancèrent vers elle. Elle ouvrit la bouche pour appeler à l'aide mais sa voix s'étouffa lorsqu'elle fut frappée par des maléfices. Elle s'effondra au sol, haletante, pliée en deux par la douleur qui la prenait. Elle ne put résister à la souffrance et son esprit laissa échapper son emprise sur la fusion mentale, laissant l'énergie accumulée pendant le rituel se déliter. Elle vit Harry faire un geste et lancer un sort avant de s'abandonner aux convulsions.

Remus fut pris de folie. Inconscient des combattants autour de lui, il se jeta sur les coupables. Une violente tension dans ses muscles pendant sa course le fit trébucher et il tomba au sol. Loin d'être ralenti, il se trouva mieux ainsi et bondit sur un des Mangemorts qui avait attaqué sa compagne. Le sorcier se mit à hurler de terreur, agrippant sa fourrure à pleines mains pour le repousser, sans succès. Sa voix se tordit en un gargouillis infâme alors que le goût de sang sale emplissait la bouche de Remus. Il laissa tomber sa proie au sol. Le loup se tourna, évaluant la situation avec l'instinct du chasseur. Les deux autres reculèrent un peu, effrayés de se trouver face à un loup-garou en colère. Le lycanthrope lança un hurlement qui fit cesser la bataille quelques instants, glaçant le sang dans les veines. Il profita de la confusion pour se débarrasser de ses adversaires d'une morsure rapide à la gorge. Il rejoignit ensuite sa compagne en quelques bonds, déchirant au passage les jarrets d'un autre adepte de la magie noire et faisant fuir les autres. Il se sentit soudain serré, comme lorsque on enfile un vêtement trop petit. La sensation passa et il se pencha pour prendre sa fiancée inconsciente dans ses bras.

Harry avait essayé de protéger Laurianne mais il s'était arrêté en voyant agir Remus. Il déglutit difficilement. Il comprenait la terreur que la lycanthropie pouvait inspirer aux sorciers. Un sortilège le rata de peu, le sortant de ses pensées pour le ramener à la réalité. Voldemort l'avait enfin remarqué. Il paraissait être devenu fou, encore plus que d'habitude, et Harry eut fort à faire pour esquiver les attaques incessantes. Il put trouver abri derrière une autre colonne et reprendre son souffle quelques secondes. Il inspira à fond et raffermit sa prise sur sa baguette avant de faire face au Seigneur des Ténèbres.
« Avada Kedavra ! »
Bon, finalement, ce pilier était très bien. Harry réfléchit rapidement, essayant de trouver une solution. Laurianne était évanouie et ne pourrait plus les aider pour achever le rituel. Sirius se frayait un chemin jusqu'à lui à grand renfort de magie pure. Il devait trouver quelque chose et vite. Bientôt, tous leurs efforts auraient été vains. Il fallait quelqu'un pour réunir de nouveau la fusion mentale des prêtresses. Un souvenir lui revint et une idée le traversa brutalement.

« Lily et Pétunia Evans descendent sûrement d'une lignée de prêtresses qui a arrêté de pratiquer. »

« Si le Seigneur des Ténèbres a transmis certains pouvoirs à Harry quand il a disparu, pourquoi le même phénomène n'aurait-il pas eu lieu avec Lily ? »

« Il a au moins une bonne part de télépathie, c'est pour ça qu'il est si sensible aux visions de Voldemort. »

« Il aura un pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore… »

Harry eut l'impression de recevoir une illumination divine. Il pouvait le faire ! Il savait par Dumbledore que Laurianne le trouvait même puissant ! Il chercha dans son esprit l'endroit où il se sentait le plus stable, comme elle lui avait enseigné. Puis il s'encra au point équivalent, au plus profond de la roche, stabilisant ses pouvoirs. Le Survivant se concentra alors et tenta de toucher l'esprit des prêtresses comme il avait vu faire la jeune femme. Elles furent très surprises et apeurées, pensant à une attaque. Mais elles comprirent vite son objectif. Elles ne savaient pas s'il serait assez fort pour supporter l'effort mais il devait essayer. Il entreprit de réunir l'écheveau de leurs forces, reconstituant les bribes dispersées du rituel de bannissement. Il se sentit pratiquement vibrer au même rythme que le pouvoir qui coulait librement en lui, alimentant sa propre magie. Il avait l'impression d'ouvrir une porte dans son cerveau et d'accéder enfin à toute sa puissance. Mais il tenait bon. Il sortit de sa cachette précaire et fit face une dernière fois à son ennemi.

La bataille avait cessé faute de combattant. L'Ordre avait gagné, malgré le prix élevé. Mais Voldemort se tenait toujours au milieu de la pièce, protégé par un bouclier, une grimace tordue sur son visage blafard.
« -Tu penses avoir gagné, Harry Potter ? Tu penses vraiment que toi et tes pauvres amis pourrez me mettre à genoux et m'enfermer ? Vous n'êtes rien. Et toi, tu n'es qu'un enfant trop chanceux et trop protégé !
-J'ai déjà gagné, même si tu ne le sais pas. Je vais te tuer. Pour tous ceux que tu as assassiné et tout le mal que tu as fait.
-Tu crois faire la justice ? Tu te crois mieux que moi ? Mais regarde-toi ! Tu ne seras plus qu'un pitoyable meurtrier après. Et tu aimeras ça. Tu aimeras la sensation de pouvoir et le parfum grisant de la peur de tes ennemis. Alors, petit Gryffondor, vas-tu réussir à m'achever ? »
Le mage noir éclata d'un rire dément, écartant largement les bras. Harry hésita. Le doute l'envahissait, ses anciennes peurs et ses ressemblances avec Tom Jedusor lui revinrent. Il ne voulait pas devenir comme lui. Il faisait ça pour ses parents. Pour Ron. Pour enfin vivre en paix. Il n'était pas comme lui ! Ils n'avaient rien en commun !

Alors un murmure se fit entendre dans son esprit, un chuchotement doux et mélodieux qu'il avait déjà entendu.
« Ce qui compte, ce sont tes intentions, Mon fils. Sa disparition libérera votre monde et permettra d'éviter de nombreuses morts inutiles. Si tu renonces, ce sont des centaines de personnes que tu condamnes. Que choisis-tu ? Toi seul, à cet instant, peut décider du destin du monde. Alors, que choisis-tu ? »
Harry frémit et se redressa. Le choix n'en était pas vraiment un et il n'y avait jamais eu qu'une seule fin possible. Il ne pouvait tout simplement pas refuser. Le Survivant fit quelques pas pour se rapprocher de Voldemort. Et il prononça enfin les paroles ancestrales de bannissement, dictées par Dana elle-même. Leurs accents gutturaux, aux consonnes heurtées, lui écorchèrent la gorge et il sentit le pouvoir réagir au rythme de sa voix.

Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom frémit. Il refusait en bloc l'idée que le gamin ait pu trouver un moyen de le vaincre et, plus encore, le courage d'essayer. C'était impossible. Il était le plus grand sorcier maléfique de tous les temps et rien de ce que Harry Potter pourrait tenter ne marcherait. Il était immortel. Il était tout-puissant. Aucune magie de ce monde ne pourrait le toucher. Et pourtant, un violent sentiment de peur lui tordait les entrailles. Comme un pressentiment angoissant. L'adolescent devant lui finit son incantation et le toisa avec un mélange de mépris et de pitié.
« Maintenant, je te bannis. Pour tous tes crimes, je te condamne à disparaître à jamais hors du temps et de l'espace ! »
Voldemort afficha une expression de profonde surprise. Son corps se dissolvait, se dispersant comme du sable tourbillonnant. Il se mit à crier, un hurlement aigu qui vrilla les oreilles de toutes les personnes présentes. Les particules disparurent comme s'il n'avait jamais existé. Et le silence recouvrit le monde.

Fin du dernier chapitre

Note de l'auteur: Ne me lynchez pas! Je sais que j'ai été affreusement longue et que ce chapitre aurait du être posté depuis bien longtemps. Bon, maintenant c'est fini. Evite les tomates pourries Maieuh! Il reste encore l'épilogue! Dans quelques jours, vous saurez tout...