Chapitre 26

La quête du capitaine Kuchiki

Hueco Mundo, Le désert

Si Renji se félicita d'une chose lorsqu'il déboucha dans le désert du Hueco Mundo, ce fut que Byakuya l'ait forcé à porter la cape.

« Woooh ! C'est pire que la dernière fois », remarqua-t-il.

Les vents cinglants qui traversaient ce monde, tournoyant autour des Shinigamis, circulant en courants qui s'opposaient brutalement et provoquaient de petites tornades, menaçaient de leur faire perdre l'équilibre s'ils ne se concentraient pas un peu. Des volées de sable les enveloppaient, écorchant leur peau comme si elle était frottée avec du papier de verre. Ils pouvaient à peine ouvrir les yeux.

« Utakata gotchô ?! » s'écria Renji, quand le jeune caporal s'agenouilla en se prenant la tête entre les mains.

Il s'approcha et s'accroupit auprès de lui.

« Kan ! répéta-t-il, en lui saisissant les poignets pour lui faire relever la tête et croiser son regard, Kan ! »

Kan avait fermé les paupières et gémissait sourdement. Les membres des autres divisions lançaient des regards perplexes sur eux. Renji avait jeté au panier sa distance formelle. Il s'adressa à Byakuya, l'inquiétude marquée sur le visage :

« Qu'est-ce qu'il lui arrive ? ».

Byakuya resta muet, fixant l'horizon comme s'il y trouvait une réponse.

Une mouvance dans l'air, une pression spirituelle reconnaissable, indiquèrent à tous le retour de Mayuri Kurotsuchi qui avait brillé par son absence à leur point de chute.

« Les flux spirituels sont fortement perturbés, discourut celui-ci, je soupçonne l'existence de plusieurs centres de déperdition d'énergie. Elle décroît sans cesse, mais d'une façon inouïe, inconstante. Nous sommes tous affectés selon le degré de notre sensibilité et le niveau de notre puissance. Je peux remédier à cet état, proposa-t-il en se saisissant d'une seringue qu'il extirpa de sa manche.

— Certainement pas, refusa Renji en se relevant pour pivoter vers lui, faisant barrage de son corps dans le but de protéger l'intégrité physique et mentale de Kan des abus du savant fou.

— Oh oh ! Quelqu'un d'autre ? » demanda à la ronde le scientifique.

Parmi ceux qui restaient, les rares qui faisaient preuve de perceptions supérieures étaient suffisamment puissants pour ne pas être dérangés par les brusques variations de l'intensité de l'énergie environnante, grimpant et redescendant tels les mouvements alternatifs d'un yoyo. Byakuya, qui était de ceux-là, enveloppa Kan d'un solide reiatsu.

« Kan » appela Renji, revenu aux côtés du caporal.

Il eut la chair de poule en reconnaissant à son contact l'énergie de Byakuya qui, tant de fois, l'avait de même recouvert de sa protection lorsqu'il échouait à cacher sa présence spirituelle en se rendant chez lui.

« Je vais mieux, affirma Kan, j'ai été submergé un instant. C'est rageant ! Je vous envierais presque votre manque de finesse, lieutenant.

— Euh... hésita Renji, pour une fois que c'est à mon avantage.

— Kan, n'occulte point un défaut par un autre, corrigea Byakuya, mais convoite une puissance spirituelle plus forte qui te permettra de compenser cette sensibilité extrême qui est la tienne. »

Renji s'était rembruni à la remarque de Byakuya.

« Eh ! J'ai beaucoup progressé en matière de détection spirituelle, rétorqua-t-il, vexé.

— Merci de vos conseils, Kuchiki taichô. Je reformule ma pensée, Abarai fukutaichô : je vous envie l'intensité de votre présence spirituelle.

— Euh... » hésita de nouveau Renji, « merci » décida-t-il, en se rengorgeant.

Byakuya eut un demi-sourire. Il n'avait pas voulu blesser Renji, mais, comme souvent, il s'y était mal pris. Kan avait su habilement retourner ses propos en un compliment.

Ce dernier se leva, les yeux fermés, se concentrant.

« Allez-y, capitaine Kuchiki, je suis prêt.

— Prêt ? Prêt à quoi ? s'informa Renji.

— J'ai diminué le niveau de ma perception. Je ne devrais plus avoir de problème.

— Oh ! Tu fais ça comment ?

— Il m'est difficile de vous l'expliquer. C'est... comme se boucher les oreilles avec les mains, les sons parviennent toujours mais atténués. Je vous en prie, capitaine. »

L'un, par sa proximité physique, l'autre, par le biais de son reiatsu, les deux amants s'étaient focalisés sur Kan pendant un instant. Il fut heureux de ne pas sentir le vacillement et l'incertitude que leur couple engendrait en lui habituellement, mais l'impression que ce contact lui laissa était étrange : c'était comme une aria où l'un chantait un air qui ne rencontrait jamais les notes de l'autre, et pourtant, cela restait un duo. Il pouvait entendre l'accompagnement musical qui les liait ensemble, dans une harmonie complexe restée inachevée.

Ce moment de partage fut bref. Byakuya abaissa sa protection et Renji s'éloigna de lui.

Les premiers émois de leur arrivée s'estompant, chacun s'intéressa à ce qui l'entourait. Aussi loin que leurs regards portaient, tout était plat, désertique, venté. Le paysage baignait dans une lumière blafarde, opaque par moments lorsque de violentes rafales s'élevaient brusquement et noyaient leur vision dans des tourbillons de quartz blanc.

Devant eux, une brillance artificielle nimbait l'horizon d'un halo jaunâtre : Las Noches. Derrière eux, au sud-ouest, une ombre plus obscure que le ciel s'étendait sur un vaste périmètre : la forêt de Menos. Non loin à l'est, quelques arbres aux branches déchiquetées résistaient à peine au phénomène à l'œuvre dans le Hueco Mundo. Ils se désagrégeaient lentement. Des grains d'énergie cristalline, visibles à l'œil nu, se détachaient de leur surface, suivaient quelques courants pour se dissoudre ensuite dans l'atmosphère.

« Dressez les kekkais, montez les tentes, ordonna Rangiku Matsumoto à ses équipes. Capitaine, que voulez-vous faire ? demanda-t-elle à Tôshirô.

— Cette lumière au loin, c'est Las Noches, n'est-ce pas ?

— Oui, répondit Renji.

— Je vais y emmener une escouade pour enquêter.

— Il n'y a plus rien là-bas qui en vaille la peine, affirma Mayuri.

— Tu as parlé de centres de déperdition d'énergie ? rappela Byakuya.

— C'est une déduction plausible bien que je n'en ai pas encore découvert la raison. L'ennui étant qu'il n'y a aucun moyen de les repérer avec exactitude. Il y a trop de remous, informa Mayuri.

— Ben alors, tu sers à rien ! Pourquoi t'es venu ? rouspéta Kenpachi.

— Afin de satisfaire ma curiosité, de combler votre ignorance, et de pallier avec mes inventions les insuffisances de votre intelligence et de vos capacités innées, si grandes soient-elles » précisa le scientifique en jetant un œil intrigué vers Kan, comme s'il voulait l'ouvrir pour découvrir de quoi celui-ci était fait.

Kan recula de quelques pas derrière son capitaine.

« As-tu autre chose à nous offrir qu'un discours creux et vide de sens ? » se renseigna celui-ci, dédaigneusement.

Mayuri observa attentivement le bosquet d'arbres avant de répondre :

« Nous pourrions extrapoler une direction générale en nous basant sur les flux qui émanent de la forêt des Menos. L'énergie devrait y être décantée en grande abondance, ce qui devrait nous permettre de suivre les rivières spirituelles sur une plus longue distance avant qu'elle ne se disperse dans leurs méandres. »

Byakuya hocha la tête. Cela lui paraissait logique.

« J'y vais » firent ensemble Byakuya et Kenpachi.

Les deux capitaines se regardèrent en chiens de faïence.

« Allons, capitaines, il y en a pour tout le monde. S'il n'existait qu'un seul point où l'énergie soit attirée, nous n'observerions pas ces variations étranges. Nous pourrions en découvrir d'autres à partir de Las Noches. C'était un lieu où se concentrait la pression spirituelle. Il y a fort à parier que l'infrastructure des bâtiments, déjà affaiblie par les combats, ne résiste pas plus au phénomène que les arbres. Les mêmes émanations pourraient y être observées.

— Bien, j'avais déjà décidé de m'y rendre, déclara Tôshirô avant que quiconque ne parle.

— On fait quoi, Ken-chan ? s'enquit Yachiru, seule tâche de couleur dans cet univers grisâtre et de gaieté parmi cette humeur maussade.

— Kan, tu pourrais me repérer une prise de choix ? lui demanda son ancien capitaine.

— Peut-être, mais... s'arrêta Kan en regardant son capitaine actuel.

— Oh ! C'est bon, se défendit Kenpachi lorsqu'il prit conscience de l'air condescendant de Byakuya. Si je peux trouver un Arrancar et le faire parler, cela pourrait nous donner des indices sur ce qui se passe ici, non ?

— C'est un raisonnement qui se tient » reconnut Byakuya, « et ainsi, je n'aurai pas à souffrir ta compagnie », ajouta-t-il en pensées.

Kan s'éloigna de quelques mètres. Pour repérer une pression spirituelle suffisamment forte au milieu de ses mouvances, avec sa perception sciemment diminuée, il allait devoir faire preuve d'une acuité inhabituelle et d'une concentration qui lui permettrait d'ignorer les perturbations. Les bras le long du corps, il commença à chantonner quelques mesures. Au bout de quelques minutes, des gouttes de transpiration perlaient sur son front. Il utilisait le son porté par les courants pour faire voyager dans le désert son reiatsu et leurs rondes infernales lui donnaient la nausée. Enfin, il s'arrêta.

« Deux, par là, indiqua-t-il d'une voix faible en pointant son doigt vers l'est, au-delà du bosquet, et là... ».

Il fut interrompu par un grande claque dans son dos qui l'envoya valser trois pas plus loin avant qu'il puisse se rétablir et reprendre une franche goulée de l'air subitement expulsé de ses poumons. Stable à nouveau, il avisa un féroce sourire, élargi sur une dentition parfaite : « Bien joué, petit », grinça Kenpachi pour disparaître juste après, dans un « À tout à l'heure, Uta-kun » enjoué de Yachiru. Ikkaku et Yumichika les suivirent dans la foulée. Personne ne se préoccupa de la deuxième piste.

Kan fronça les sourcils. Il avait cru reconnaître...

« Kan, un problème ?

— Non, lieutenant, j'ai dû me tromper ».

Comme ceux de la onzième, les autres partirent pour la destination qu'ils avaient choisie. Tôshirô, Rangiku et une escouade de la dixième division s'ébranlèrent en direction de Las Noches ; Byakuya, Renji et la section de Kan, en direction de la forêt des Menos.

Mayuri Kurotsuchi avait décidé d'attendre.


Hueco Mundo, en route vers la forêt des Menos

Dans la traîne de leur capitaine, les rafales se courbaient, fendues par son énergie. Elles admettaient leur faiblesse. Les vents les saluaient.
À San Francisco, l'assurance de leur fukutaichô leur avait rendu confiance quand ils avaient été troublés. Ici, c'était différent. Ici, c'était rassurant. Ils progressaient tranquillement vers les dangers qui les attendaient, sans même avoir eu l'esprit inquiet. Aucun d'eux n'avait peur.
Tous sentaient le calme qui les accompagnait, tous sentaient la puissance qui les environnait. Tous pouvaient ignorer la terrible tourmente qui les assaillait.

Kan n'était pas le seul à s'immerger dans une émotion admirative mêlée d'étonnement à la vue de la silhouette du seigneur Kuchiki, marchant à plusieurs mètres devant eux.
Une élégance si délicate que vous ne pouviez croire qu'un tel déploiement de force puisse en provenir. Un pas si tranquille qui vous donnait l'impression d'avancer dans une allée enchantée. Une allure si vive qui vous faisait comprendre combien, vous, vous étiez si docile.

« Que ? » s'étonna Kan, dans une imperfection linguistique magistralement imprécise.

« Lieutenant ? » demanda Sugiara, identiquement anxieux d'une explication.

Renji tourna la tête et sourit. C'était leur première expédition avec le capitaine. Ils ne pouvaient pas connaître le degré de son influence sur eux.

« Ne vous endormez pas, recommanda-t-il. Restez aux aguets, affûtez vos sens »

Immédiatement, les Shinigamis se détachèrent de la présence unique de leur capitaine pour scruter avec un regain de volonté les environs.

La masse compacte de la forêt envahissait l'horizon : ils s'en rapprochaient. Au plus près, ils commencèrent à entendre un mugissement lugubre, un son dont l'ampleur s'étendait, un cri poussé par une foule anonyme, mue par un même but. Cette modulation grave aux accents sinistres était reconnaissable : la voix du Gillian qui résonnait dans une cage thoracique désespérément vide.
Bientôt, ils virent se découper, blanc sur noir, leurs masques au nez pointu, leurs innombrables masques.

Byakuya s'arrêta. Renji fit signe à l'escouade de faire de même.

« Leur comité de bienvenue n'est pas à prendre à la légère ! Allons les saluer à notre tour. » dit le porteur de Zabimaru.

Mais, avant qu'il ait pu sortir son sabre de son fourreau, Byakuya avait tendu sa main, stoppant son élan par un ordre silencieux. Ce fut le maître de Senbonzakura qui libéra son zanpakutô.

« Bankai... »

Majestueux, comme un saule dont les branches centenaires caressent la rive, hors du temps, comme une goutte qui tombe au ralenti à la surface plane de l'eau, captivant, comme une onde aquatique qui se propage en cercles concentriques avant de mourir sur les berges : le déploiement d'énergie de leur capitaine était si serein que les Shinigamis comparaient à juste titre ce calme avec celui qui régnait dans l'œil d'un cyclone. Car, ce moment presque paisible ne pouvait pas faire oublier la menace qu'il recelait, ni l'assaut implacable qui s'ensuivrait.

« Senkei ! Senbonzakura Kageyoshi ! »

Lorsque le sabre qu'il avait laissé tomber nonchalamment au sol s'enfonça complètement et disparut à la vue, d'autres épées émergèrent, rangée après rangée, en une tour infinie et miroitante. Byakuya leva ses deux mains, les doigts écartés. Avec un ensemble parfait, une précision effroyable, une violence froide, autant de lames que nécessaire quittèrent les parois, se fracturèrent en myriades acérées et vinrent déchiqueter les corps de chaque Menos Grande. Aucun cero ne fut émis. En l'espace de quelques secondes, devant les yeux des Shinigamis aux pupilles dilatées par un effroi respectueux, les robes noires s'éparpillaient en milliers de particules, dévoilant, en disparaissant, la lisière du bois.

« C'est encore plus effrayant à voir qu'à subir », pensa Renji, frissonnant de mauvais souvenirs.

« Ben, pourquoi on est venus, nous ? », se demanda Gen, amer.

« Kuchiki taichô, vous auriez pu nous en laisser quelques uns », se plaignit Kan, prêt à dégainer, grisé par la virtuosité de son capitaine.

Byakuya, sans daigner adresser la parole à l'ingrat, lui envoya un de ses regards lourds de signification que personne ne comprenait, tout en glissant machinalement son zanpakutô dans son fourreau.

Renji revenait de sa stupeur. Byakuya réservait cette forme de son bankai aux adversaires auxquels il souhaiter démontrer sa toute puissance. Il ne la montrait que rarement, pourtant, il venait de l'employer sur de vulgaires Hollows sans valeur. S'était-il soucié de leurs hommes ? Renji n'arrivait pas à le croire mais ne trouvait pas d'autre explication. D'abord, les capes qu'il leur avait fournies, puis, Kan qu'il avait protégé de son reiatsu et maintenant, ceci. Renji ne reconnaissait plus son indifférent capitaine. En apparence, rien n'était changé. Les traits de son visage ne révélaient rien. Mais, dans les actions, il sentait une chaleur et une volonté de prendre soin. C'était... très étrange et cela ne lui était pas destiné en particulier. Il sentit son cœur battre plus vite. « Non, non ! J'en ai fini avec tout ça » gémit-il intérieurement.

« Fais-toi une raison, Kan, Kuchiki taichô ne fait jamais dans la dentelle. Vous aurez peu l'occasion d'observer ce spectacle alors je vous conseille d'en profiter », parvint-il à dire sur un ton à peu près normal.

Byakuya avait repris la tête de la marche. Ils pénétrèrent sous les frondaisons. L'air était parcouru de courants épais d'énergie qui circulaient entre des troncs à la circonférence gigantesque. Ils les suivirent. L'ambiance était oppressante. Dans l'obscurité accrue, les sommets vertigineux des arbres géants cachaient mille dangers. Des Menos de toutes tailles et de diverses puissances, attirés par le reiatsu des Shinigamis, apparaissaient, puis les suivaient sans oser s'approcher. Ils émettaient d'avides gémissements. Au loin, certains s'affrontaient. Ils ne recroisèrent plus de Gillians et se demandèrent s'il en restait encore. Enfin, ils sortirent de la forêt par l'ouest.

Ils marchèrent ensuite pendant plusieurs heures, bifurquant parfois, toujours plus à l'ouest, lorsqu'un filament plus intense se dégageait de l'entrelacs spirituel. Kan avait dû mal à suivre. Depuis quelques temps, ses vertiges revenaient avec force. Il avait beau se concentrer, rien n'y faisait. Bientôt, les fils d'aura visible se dissipèrent dans les flux. Les Shinigamis s'arrêtèrent.

Les vents les fouettaient avec une force amplifiée, comme s'ils voulaient les emmener toujours plus en avant. Le sable s'agitait également, traçant un chemin devant eux. Ce fut par là que Byakuya s'engagea.

« Taichô ! ».

Au ton soucieux de la voix de son vice-capitaine, Byakuya se retourna. Renji était auprès de Kan qui n'avait pas bougé. Il fronça les sourcils et les rejoignit.

Kan paraissait à bout de forces. Il utilisait toute son énergie pour rester debout.

« Les variations de pression sont trop intenses, je n'arrive plus à m'en isoler, capitaine » expliqua-t-il, contrit et vexé.

Byakuya fixa son regard à l'ouest. Il sentait, lui-aussi, les pics de son reiatsu qui fluctuait pour compenser les oscillations trop violentes qui les entouraient. Sans le discerner clairement, il parvenait à distinguer dans le ciel une certaine clarté vers laquelle se précipitait l'énergie spirituelle environnante, en vagues houleuses et nauséeuses. Ce qui composait le Hueco Mundo s'enfuyait de ce monde. Il ne fallait plus s'étonner que ses habitants vinssent chercher sur Terre ce qui leur manquait ici. Les plus faibles, d'ailleurs, ne devaient pas y survivre, diminuant encore les possibilités pour les Hollows résidents de se nourrir.

« Je vais continuer avec Abarai fukutaichô, dit-il sans regarder ni Kan, ni Renji. Vous, continua-t-il en s'adressant au reste de la section, vous rentrerez au camp de base avec Kan.

— Mais..., commença un Shinigami à la carrure imposante, furieux que la fragilité manifeste du petit noble lui fasse rater l'aventure.

— Sugiara ! » coupa Byakuya sévèrement en ignorant l'objecteur, Gen, se rappelait-il, « Vous informerez le capitaine Kurotsuchi que nous avons trouvé l'un des centres de déperdition d'énergie.

— À vos ordres, taichô » signifia Sugiara, posément.

Le petit groupe revint sur ses pas. Kuroko, bienveillante, se tint aux côtés de Kan.

« Allez au plus court et à vive allure, aucun besoin de passer par la forêt, à présent », conseilla Renji à Sugiara qui hocha la tête.

Menés par ce dernier, les huit Shinigamis de la section entreprirent le chemin du retour.

Après leur départ, Byakuya et Renji reprirent leur route vers l'ouest.

« Taichô...

— Qu'y a-t-il, Renji ?

— Les hommes n'ont pas dû se rendre compte...

— Se rendre compte de quoi, Renji ? reprit Byakuya.

Et bien, vous savez...

— Non, je ne sais point.

— Aucun d'entre eux n'aurait supporté beaucoup plus longtemps l'influence des perturbations spirituelles. Même moi, j'arrive à les ressentir maintenant. Alors...

— Où veux-tu en venir, Renji ? »

« J'aimerais qu'il finisse ses phrases de temps en temps » soupira Byakuya en lui-même alors qu'il bravait le vent.

« Vous auriez pu expliquer que vous les aviez renvoyés à cause de ça.

— Je n'en ai point vu l'intérêt.

— Mais... »

Renji s'interrompit sur un nouveau silence.

« Renji, ma patience a des limites. Exprime-toi sans détour !

— Euh... Je croyais que vous estimiez Kan, finit-il par dire.

— Que vient faire Kan dans cette histoire incompréhensible ?

— Les hommes vont lui en vouloir.

— Et quelle serait la raison de leur rancune ?

— Ben, c'est évident. Vous voyez, ils étaient fiers que vous les ayez choisis pour escorte. Maintenant, ils croient que vous les avez renvoyés à cause de la faiblesse de Kan.

— Leur présence n'est plus requise. Elle est même handicapante.

— Pourquoi dites-vous une chose, alors que vous en pensez une autre ? Pourquoi vos actions et vos paroles ne coïncident pas ? Pourquoi ne laissez-vous pas paraître ce qui habite votre cœur ?

— Mais, que racontes-tu, Renji ?! »

Byakuya s'arrêta. Renji lui fit face. Il se mordait les lèvres. « Oui, qu'est-ce que je raconte ? se demandait-t-il, je pensais avoir abandonné. ». Le jeune lieutenant était irrité, plus de lui-même que de celui qui n'était plus son amant. Le vent s'engouffra dans sa capuche et la lui enleva.

Byakuya le contempla : « Peut-être est-ce dans la colère que mon attirance pour Renji est la plus forte ? Peut-être est-ce pour cela que je suis sans cesse après lui, à le provoquer ? Pour admirer les passions qui s'inscrivent sur ses traits, pour jouir des flammes qui traversent son regard, pour caresser des yeux son air obstiné. Son visage... est trop près, beaucoup trop près. Sa moue, dangereusement tentatrice. Ses lèvres, pas assez éloignées... »

« Je suis trop bête. J'ai cru que vous aviez changé » marmonna Renji, d'une voix où sourdait une plainte.

« Il est si facilement blessé, je l'oublie bien souvent ». Byakuya eut envie de rassurer celui vers qui allaient ses sentiments. Ses lèvres, finalement, n'étaient pas assez proches...

Il attrapa soudainement Renji et l'embrassa. Il lui prit la bouche tout en agrippant sa nuque, le forçant à se pencher sur lui. Aucun mot qu'il pourrait lui dire ne le réconforterait : il avait conscience de ses lacunes en la matière.

Renji ouvrit de grands yeux, prêt à se rétracter, empêché par les mains qui l'enfermaient doucement dans leur étreinte. Mille émotions l'assaillirent. Il se perdit dans les aspirations goulues qui roulaient contre sa bouche. Il abaissa ses paupières, savoura la sensation enivrante d'une langue léchant la peau délicate de ses lèvres asséchées par le vent.

Trop vite, Byakuya s'écarta et observa l'effet de son baiser.

Renji tremblait légèrement. Il ouvrit des yeux voilés d'incompréhension et regarda Byakuya, la perplexité marquée sur le visage. Lorsque le bel intrigant sourit, satisfait, Renji haussa les sourcils :

« Que... que faites-vous ?

— J'ai un souhait... pour la réalisation duquel j'ai entrepris une quête, murmura Byakuya de façon touchante.

— Quel souhait ?

— Tu le découvriras en temps utile », affirma Byakuya en reprenant la route, volontairement énigmatique.

Après un pas, il se ravisa et se retourna, pour lancer un regard acéré et poser une question imprévue : « Le cinquième siège Ayasegawa... embrasse-t-il mieux que moi ? », suite à laquelle, sans se préoccuper de la réponse ni de savoir si Renji le suivait, il continua à marcher.

Renji en resta bouche bée.

« Un souhait ?... Une quête ?...Je n'arrive plus à le comprendre ». Le cœur du lieutenant battit plus vite, tandis qu'un émoi familier galopait sur son corps. Il lui était décidément impossible de rester indifférent à la voix douce et murmurante de son capitaine, à cet air presque tendre qui teintait parfois ses gestes d'humanité. Il frissonna de plus belle, car il réalisa brusquement que la nostalgie embaumant cette tonalité particulière lui était adressée, à lui, et non pas au souvenir de son épouse décédée.

Il ne voulait plus être amoureux, il ne voulait plus souffrir, mais son cœur et son corps se rebellaient contre sa raison. Il porta sa main à sa bouche, effleura ses lèvres du bout des doigts, puis secoua la tête brutalement avant de courir pour rejoindre son capitaine.

fin du chapitre 26


Prochain chapitre : Foire d'empoigne au Hueco Mundo, round 1