- A ta place, j'éviterais, je grogne.
Regard interrogateur. Quoi, il ne comprend pas ? Je vais donc puiser dans mes trésors de patience, et lui expliquer gentiment.
- N'essaye même pas de dire que c'est de ta faute si je me suis retrouvée loin de Brocéliande pendant presque vingt ans, je reprends. Tu n'y es absolument pour rien.
- Je le savais, merci. J'aurais juste voulu que vous…tu…que ça se passe d'une autre manière.
Intelligent, ce petit. Non seulement il résiste à Arthus, mais en plus il raisonne comme un chef. C'était un assez bon élève à Poudlard, je m'en souviens. Il n'avait pas volé sa place à Serdaigle.
- Tu n'es pas le crétin de l'affaire, je rappelle. De toute manière, l'issue ne m'a pas été si défavorable que cela. J'ai retrouvé Remus ce jour-là.
Vous savez, il existe certaines personnes qui voient les choses qu'on leur raconte… Comment expliquer ? Lorsqu'ils lisent une histoire, leur imagination représente aussitôt quelle était la scène.
Devon me paraît être de ceux-là. Je dis ça parce que sa grimace en dit long. Il est peut-être très imaginatif, mais en tout cas je ne le crois pas très bon comédien.
- Enlève ces idées de ta tête.
Aha ! Pris en flagrant délit d'imagination fertile ! Ça calme, hein ?
- Tu m'as tendu la perche, réplique mon frère en guise de protestation.
C'est bien, il y a du progrès. Maintenant, Devon tremble moins, et surtout il n'hésite plus entre le fait de me tutoyer, ou le vouvoiement.
Bientôt, il sera dans son état normal.
- Tu vas revenir au Conseil ? reprend Devon après un silence.
…bonne question. Vous savez que le saphir est posé à côté de moi, sur la table de chevet. Il ne tient qu'à moi de le reprendre. Mais je ne sais où est mon intérêt.
En plus, vous savez qu'il n'y a pas que moi. J'ai Remus, j'ai Harry. J'ai Carena et Sirius, Galadriel et sa femme, Maël et sa famille.
Tous ont besoin de moi, chacun avec ses raisons. Epoux, neveu, amis, je ne peux les abandonner.
Quant à l'Europe… Au regard de ce qui s'y passe actuellement, et qui ne manquera pas d'empirer ces prochaines années j'en ai peur, je ne peux oublier ce point.
Je refuse de faire quelque chose qui ne me ressemble pas, quelque chose que je n'ai pas choisi. Longtemps mes actions m'ont été imposées, mais cela a assez duré.
Je dois décider seule.
- La question, je dis sur un ton lent, nécessite un bon mal de crâne. Pourquoi ?
Le dernier mot est un peu inapproprié, je vous l'accorde. Un peu superflu. Cependant, je suis curieuse. Après tout, il n'est pas interdit que le Haut Conseil l'ait envoyé faire pression sur moi, en pensant que le fait qu'il soit mon frère m'influencera.
Ils veulent que je revienne, eux. Ils veulent ma magie, et contrairement à Ewin, je leur apporte la certitude que je combats contre l'excès de la magie noire.
Contre Voldemort, celui qui bouleverse l'équilibre des forces. Il risque de faire pencher le jeu du mauvais côté.
Pour revenir au Haut Conseil, ce ne sont pas des idiots. Peut-être s'imaginent-ils que je serais manipulable, peut-être pas, là n'est pas l'important. L'essentiel n'est pas ce qu'ils croient mais ce que je fais.
Leur avis ne devient nécessaire qu'en second lieu.
Non, ce que je voulais dire, c'est que les Maîtres sont assez futés pour savoir que si la Magie a décidé de me laisser la Maîtrise, c'est qu'il y a une raison, et que pour aussi dérangeant que soit ce point, il faut composer avec.
S'ils avaient pu, je suis sûre qu'ils auraient envoyé Remus. Arthus a dû tempérer, ou bien alors, les autres ont compris tous seuls qu'il ne se laisserait pas embobiner.
Devon, en revanche, vient d'avoir dix-huit ans. Il est plus malléable.
Permettez, j'écoute la réponse de mon frère à la question posée. Pourquoi veut-il savoir si je vais reprendre ma place au Haut Conseil ?
- Quelques Furiens font des paris, avoue-t-il d'un air gêné. Les trois quarts pensent que tu vas repartir.
Des paris…bien sûr. Je crois même savoir quel en est l'instigateur.
- Tu étais assez proche des jumeaux Weasley, non ? je demande sur un ton lourd de sous-entendus.
Silence. Je vais finir par croire que c'est moi qui les attire, ces conversations gruyères.
- D'accord, c'est moi qui ai lancé le jeu, finit-il par lâcher. Et alors ?
Et alors…
- Et alors tu en penses quoi, toi ?
Silence. Oui, je crois bien que ça vient de moi.
- Papa pense que tu repartiras parce que tu ne veux pas le voir. Carena Malfoy est d'accord avec lui.
Bon, Carena, ça ne me surprend pas. Mais pour ce qui est d'Arthus, c'est plus curieux…
- Il aimerait vraiment que tu lui pardonnes, tu sais, reprend Devon. On peut lui reprocher beaucoup de choses, mais pas de ne pas reconnaître ses erreurs.
Un point pour lui. C'est exact. Arthus est un homme d'honneur.
- Ce n'est pas une question d'erreur, je réplique avec une grimace. Le Haut Conseil a reconnu s'être trompé, et je m'en moque. Le problème est plus profond.
Et n'en déplaise à mon petit frère, il est bien trop jeune, et surtout je ne le connais pas assez, pour lui en parler.
Je le devine, de toute manière. Arthus a honte de s'être comporté de manière aussi extrême lorsqu'il m'a mise à la porte.
Je crois qu'il m'apprécie sincèrement, et c'est réciproque. Cependant, parfois certaines choses vous restent sur l'estomac, malgré tout l'amour que vous pouvez porter aux personnes qui vous ont infligé ce tourment.
C'est juste cela.
- Ce n'est probablement pas à moi de te dire cela, continue Devon, mais il faudrait que tu envisages sérieusement la situation. Remarque, je dis ça, mais moi…
- Mais toi ?
Je suis curieuse ! Où est le mal ?
- Disons que mes relations avec lui ne sont pas non plus brillantes comme sa Franchise.
Ce n'est pas un scoop.
- Le médicomage est de retour.
Ça, ç'en est un, par contre. Devon s'éclipse en traînant des pieds, les mains vigoureusement enfoncées dans ses poches, et Remus revient auprès de moi.
On va bientôt pouvoir sortir de cet enfer.
