Titre : Chasse Gardée !
Source : Gundam Wing AC.
Auteur(e) : Lysanea
Genre : yaoi, romance, UA.
Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient sauf Killashandra, Ethan etc. La chanson utilisée est de A Fine Frenzy « Almost lover ».
Pairing : 1x2, 3x4
Personnages : Heero Yuy, Duo Maxwell, Trowa Barton, Quatre Raberba Winner + des personnages secondaires
Note de l'auteure : bonjour à tous ! j'ai fait au plus vite mais ces dernières parties sont longues et difficiles à organiser, j'aimerais autant ne pas me louper sur la fin ! merci pour vos messages et vos encouragements, votre patience et votre présence, votre fidélité et votre compréhension. Il ne reste plus que deux posts après celui-ci, un dernier chapitre et un petit épilogue.
Rars :
Lilith : merci pour ton petit mot ! ça fait toujours plaisir constater qu'on arrive à surprendre ses lecteurs, même dans les derniers chapitres de l'histoire ! je ne sais pas vraiment où je vais chercher tout ça, je prends seulement l'histoire originale et j'essaie de faire des connections entre elle et mon imagination, l'inspi fait le reste ! Ethan et Kill' ensemble ? Mmmmhhh… je ne vais pas prétendre y réfléchir, la fic est finie, mais… je te laisse découvrir une partie de ce que je leur réserve dans ce chapitre-ci. Bonne continuation à toi !
JTFLAM : merci pour ta review ! tu as une vision très juste de la situation entre Kill et Ethan et de l'état d'esprit des mercenaires. Les réponses sont dans ces derniers chapitres. Bonne continuation à toi !
Caro06 : merci à toi ! j'ai toujours une petite pensée pour toi quand je vois les pages word se succéder et mes chapitres devenir longs ! bonne continuation et bonne lecture !
Celine : merci pour ton comm' ! désolée pour la partie qui t'a le moins intéressée, je voulais relier un peu plus ma fic à l'histoire originale et parler de Trowa et de Quatre, qu'on ne voyait plus trop. J'espère que tu aimeras ce chapitre-ci ! bonne continuation à toi.
Dédicace spéciale à ma très chère Yuy : allez lire ces véritables bijoux de fics ! certains ne m'ont pas attendus, mais pour les autres, le lien est dans mon profil !
Bonne lecture à vous !
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Chapitre vingt-six : chasseurs sans repères.
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Trois jours plus tard,
Cirque Mobile Suits
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Duo entre dans la cantine où il trouve Ethan seul, assis devant un grand verre de thé glacé qui lui donne immédiatement envie : c'est encore une journée très chaude et ça fait bien deux heures que Heero et lui sont sur la piste à s'entraîner.
Et à s'amuser aussi, c'est vrai : après tout, Heero est en vacances.
- Salut, Eth' !
- Bonjour, Duo, sourit-il alors qu'il se lève pour l'embrasser.
Aussi étrange que cela puisse paraître, car il est difficile de ne pas se croiser dans le campement quasiment désert - exception faite des employés envoyés par Quatre pour remplacer le personnel en vacances - ils ne se sont pas du tout vus avant.
- Phoebus m'a dit que tu voulais me parler ?
- Oui, Duo, c'est sympa d'être venu aussi vite.
- Je serais venu plus tôt, si passer me débarbouiller un peu ne m'avait pas paru aussi vital, pour toi comme pour moi !
- Je travaille au cirque depuis cinq ans et demi, Duo, j'en ai senti d'autres ! Heero n'est pas avec toi ?
- Il est toujours sur la piste, répond Duo en se servant son précieux breuvage. Tu voulais le voir aussi ? Phoebus ne s'est adressé qu'à moi…
- J'ai dû mal m'exprimer, alors. C'est pas grave. Même si juste un seul de vous deux est présent, c'est comme si vous étiez là ensemble.
Duo sourit et vient s'asseoir en face de lui.
- Dans ce cas, je t'écoute, mon grand !
Ethan grimace un peu à s'entendre appelé comme ça, mais il ne relève pas.
Il y a des choses beaucoup plus importantes dont il souhaite parler avec Duo.
- Est-ce que Killashandra t'a dit quelque chose de particulier, ou a évoqué un projet qu'elle aurait eu, dernièrement ?
- Absolument pas ! assure Duo sans hésitation. Elle a été approchée pour du boulot, comme toi, mais elle ne veut pas donner suite pour l'instant. Ca me fait penser que je ne l'ai pas encore vue, aujourd'hui. Elle est revenue dormir chez toi, cette nuit, ça a été ?
- C'est ce qu'elle t'a dit ?
- Qu'elle rentrait, oui.
- Ce sont ses mots exacts, « je rentre » ?
- Oui ! Qu'est-ce qu'il y a, Ethan ? s'inquiète Duo en reposant son verre, alors qu'il le portait à ses lèvres. Elle ne l'a pas fait, elle n'est pas rentrée ?
- Pas chez moi, en tout cas.
- Oh… Un amant, tu crois ?
Ethan secoue la tête, avant de boire une longue gorgée de son thé glacé.
- Elle n'aurait pas dit « je rentre », dans ce cas. Non, elle est vraiment partie.
- Comment ça, « elle est partie » ?
- Elle a pris ses affaires, Duo. Y a plus rien, chez moi, plus aucune trace d'elle, de son passage, de sa présence.
- Mais c'est quoi cette histoire, encore, qu'est-ce qu'il lui a pris ?
- Va savoir ! Le pire, c'est que je l'ai vu faire, tu sais, révèle-t-il avec un petit rire sans joie. Mais je pensais qu'elle s'installait seulement ailleurs plus concrètement, après avoir passé ces trois dernières nuits soit chez vous, soit chez Pearl. Ca m'a fait mal, alors je suis sorti. Je ne lui ai pas posé de questions, j'ai rien dit. Après avoir fait un tour et repris un peu de courage, je suis revenu, mais… elle n'était plus là !
- T'as pas une idée d'où elle a bien pu aller ?
- J'ai demandé à Pearl qui ne savait rien et je te pose la question à toi, maintenant, avec l'espoir qu'elle vous ait dit quelque chose. Elle a pris un taxi jusqu'à la gare routière, et de là, un car, j'en sais pas plus. Et je ne vois pas comment faire pour changer ça, elle peut être partout et nulle part, en route pour le bout du monde ou simplement dans le village voisin…
- Ce car allait bien dans une direction ?
- Oui, mais elle a pu s'arrêter n'importe où. Tu peux me croire, Kill' sait brouiller les pistes. Cette fois, j'ai vraiment tout gâché ! soupire-t-il en posant sa tête entre ses bras croisés sur la table. J'aurais dû me la coincer dans la braguette, cette nuit-là, ça m'aurait évité de réfléchir avec !
Duo retient son sourire devant l'image évoquée par cette phrase et pose une main compatissante sur l'épaule de son jeune ami.
- Je vais te dire ce que je lui ai dit dès la première nuit, Eth' : il faut être au moins deux pour coucher ensemble. Tu ne l'as pas forcée, tu n'as pas profité d'elle ni de sa faiblesse, pas plus cette fois que durant toutes ces années ensemble, alors que tu savais ce qu'elle éprouvait pour toi. Tu l'as toujours respectée.
- Jusque là, oui. C'était pas le moment, elle était fragile, notre relation aussi. Kill' est forte, mais elle reste humaine, et elle a besoin de soutien. A cause de moi, elle se retrouve seule pour gérer tout ça. Je ne sais même pas où la chercher !
- Nulle part, répond Heero qui vient d'entrer.
- Tu sais quelque chose ? demande Duo, alors qu'Ethan se redresse et le regarde sans que l'espoir ne soit visible dans ses yeux.
- La même chose que toi. Souviens-toi de ce qu'elle nous a dit hier matin, au déjeuner.
Duo tend spontanément son propre verre encore à moitié plein à Heero, fronçant les sourcils alors qu'il fait appel à ses souvenirs.
- Elle nous a demandé de prendre soin d'Ethan, si elle ne pouvait plus le faire. Je pensais qu'elle voulait dire par-là, au cas où leur situation ne s'arrangeait pas.
- Non, c'était bien dans le sens « si je pars », ou plutôt « quand je serai partie », comprend Ethan. Elle l'a vraiment fait… Je dois la retrouver, je ne peux pas…
- Non, Ethan, le coupe Heero en remplissant le verre de Duo, dont il a bien fait baisser le niveau, avant de le lui rendre. Tu dois respecter sa décision.
- Mais honey, ils n'ont même pas pu se parler vraiment !
- En fait si, Duo, intervient Ethan avec un nouveau soupir. On s'est croisé à l'Atelier et on a mis les choses au clair, hier. Mais je n'ai pas su la convaincre. Vu comme les choses se sont passées, j'aurais dû prévoir qu'elle mettrait une distance entre nous.
- Tu nous racontes ou c'est trop perso ? demande Duo.
- Au point où j'en suis…
Il termine son verre avant de commencer son récit.
-
Flash-back
La veille, début d'après-midi,
-
Alors qu'il passe devant l'Atelier pour rejoindre la cantine, Ethan entend des notes de piano s'élever.
Curieux, il revient sur ses pas pour y entrer.
Mais il se fige, la main sur la poignée, alors qu'il reconnaît la voix inimitable de Killashandra.
-
Le bout de tes doigts sur ma peau
Les palmiers se balançant dans le vent
Images
Tu m'as chanté des berceuses espagnoles
La plus douce des tristesses dans tes yeux
Habile stratagème
Je ne veux jamais te voir triste
Je croyais qu'il en était de même pour toi
Au revoir, mon presque amant
Au revoir, mon rêve sans espoir
J'essaie de ne pas penser à toi
Ne peux-tu pas me laisser tranquille ?
Si longue, ma romance malchanceuse,
Je t'ai tourné le dos
J'aurais dû savoir que tu me briserais le cœur
Les presque amants le font toujours
Nous avons marché le long d'une rue bondée
Tu m'as pris la main et a dansé avec moi
Images
-
Ethan hésitait à entrer, mais en entendant sa voix se briser, il se décide et ouvre la porte.
Killashandra n'a pas cessé de jouer, et il déduit rapidement que ce qu'il voit briller sur sa joue, ce sont des larmes qu'elle n'a pu, su ou voulu retenir.
L'arrestation puis la mort des ingénieurs n'ont pas simplement marqué la chute des sections de mercenaires, mais aussi celle des barrières retenant leurs émotions et les empêchant de les exprimer.
Depuis, avec tout ce qui leur tombe dessus, il leur est bien difficile de ne pas craquer de temps à autres.
Killashandra ne s'interrompt pas, bien qu'elle l'ait senti entrer.
Mais Ethan la force à le faire bien malgré lui, lorsqu'il s'approche d'elle par derrière et pose ses mains sur ses épaules, doucement, délicatement, comme s'il avait peur qu'elle ne se brise ou ne disparaisse sous ses doigts.
Alors seulement elle arrête.
Ils ne se sont plus touchés depuis cette fameuse nuit, rien de plus que quelques effleurements accidentels qui leur ont laissé pourtant des traces plus profondes que des entailles à l'arme blanche.
Comme Killashandra ne se dégage pas plus qu'elle ne le repousse, cette fois-ci, Ethan l'entoure complètement de ses bras, se baissant sur ses genoux encore fragiles pour appuyer son front sur sa nuque avec un long soupir, la gorge aussi nouée que la sienne.
Incapable de retenir un frisson de parcourir tout son corps en sentant le souffle chaud d'Ethan sur sa peau, Killashandra se laisse aller contre lui dans un semi-abandon aussi dangereux que douloureux.
Ils restent ainsi en silence un long moment, partagés par les mêmes envies paradoxales.
Ils aimeraient que ce moment ne s'arrête jamais, en même temps qu'ils prient que cesse cette torture.
Ils voudraient pouvoir effacer ces derniers jours et que tout redevienne comme avant, mais ils ne veulent pas renoncer au souvenir de cette nuit si parfaite qu'ils ont partagé.
- C'était si triste… finit par murmurer Ethan, faisant référence à la chanson.
Entre autres.
- C'est dans l'air du temps.
- Je suis désolé, Shanti… J'ai l'impression de t'avoir trahie et d'avoir profité de ton état. Je m'en veux tellement !
- J'ai aussi ma part de responsabilité. Moi, je voulais ce qui est arrivé.
- Je le voulais aussi.
- Ne dis pas de bêtises et relève-toi, tu vas avoir mal dans cette position.
- Je suis sincère, répond-il sans bouger.
- Tu crois l'être.
- Je le suis.
- Non ! réplique-t-elle en se dégageant, mais sans brusquerie. Tu ne peux pas avoir voulu ce qui s'est passé, ça n'aurait pas dû arriver, jamais.
Ethan la suit des yeux, alors qu'elle se lève et s'éloigne de lui.
Il se redresse doucement et s'assoit sur le tabouret abandonné.
- Mais c'est arrivé, et je le regrette simplement parce que ça t'a blessé. J'ai aimé ce qu'on a fait, ce qu'on a partagé, je…
- Tais-toi ! le coupe-t-elle sèchement. Ne me mens pas, c'est encore plus douloureux.
- Je ne te mens pas, je te jure que je le pense et le ressens vraiment. Ca m'a perturbé, tu sais, ajoute-t-il en se levant pour la rejoindre. J'étais sûr de connaître mon cœur, mes sentiments, et je découvre de nouvelles émotions qui me font prendre conscience de choses pourtant tellement évidentes !
- Tu racontes n'importe quoi…
- Arrête de fuir, tu vois parfaitement de quoi je veux parler, assure-t-il en lui prenant les mains. Tu sais, te tenir dans mes bras ne m'avait encore jamais paru si parfait...
- Arrête… soupire-t-elle, alors que leurs mains s'entrelacent naturellement.
- Non, Shanti. Je veux pouvoir continuer à le faire, je veux pouvoir t'embrasser encore, même si je ne comprends pas comment j'ai pu passer à côté de ça si longtemps.
- Ca suffit ! crie-t-elle en le repoussant si fort qu'il fait bien cinq pas en arrière avant de s'immobiliser. Pourquoi me fais-tu autant de mal ?
- C'est toi qui t'en fais en n'écoutant pas ce que je dis ! Ce n'est pas facile pour moi de te confier mes sentiments, mais tu es bien capable de comprendre, non ?
- Je comprends parfaitement que tu es complètement perdu, alors je ne t'en veux pas, mais par pitié, laisse-moi en dehors de ça !
- Comment le pourrais-je, alors que tu es la première concernée ? Je t'…
- Non ! hurle-t-elle en comblant d'un bond la distance qui les sépare afin de plaquer sa main sur sa bouche. Je ne te laisserai pas franchir cette limite-là.
Ils se fixent un moment du regard en silence, dans un échange d'une rare intensité, puis Ethan la prend par les poignets, libérant sa bouche par la même occasion en écartant sa main de son visage.
- De quoi as-tu si peur, bon sang ?
- Tu ne comprends pas… soupire-t-elle en reculant d'un pas.
Ca lui est tellement difficile d'être si près de lui…
- Explique-moi, alors.
Killashandra lui sourit avec tristesse, la même qui brille dans ses grands yeux bleus, et pose sa main sur sa joue, qu'elle caresse du pouce.
- Ethan, ce n'est pas moi que tu aimes, tu confonds un peu tout, en ce moment et c'est normal. On a perdu tellement de repères, tous les deux. Toi, tu en cherches de nouveaux, quelque chose à quoi te raccrocher, alors tu reportes tout sur moi, car tu sais que je serai toujours là pour toi. Mais tu dois te réveiller et te ressaisir, Eth'. Je suis désolée, mais c'est juste un peu trop pour moi, en ce moment, je ne suis pas assez forte pour gérer tout ça.
- Je sais faire la part des choses et je l'ai faite, assure-t-il en retenant sa main, alors qu'elle la retirait de sa joue. Il n'y a pas de confusion dans mon esprit ni dans mon cœur, au contraire, tout est enfin clair. J'ai compris la véritable nature de mes sentiments pour toi et ils ne datent pas d'hier.
- Tu ne sais plus ce que tu dis… Tu ne…
- Mais merde, Shanti, écoute-moi ! la coupe-t-il en la prenant par les épaules. C'est quoi, le problème, pourquoi tu te braques comme ça ? Je suis enfin disposé à répondre favorablement à tes sentiments, c'est pas ce que tu voulais ? Tu n'es pas heureuse de savoir que…
- Je ne peux pas l'être ! le coupe-t-elle à son tour.
- Pourquoi ?
- Parce que tu n'es pas certain de ressentir vraiment… ce genre de choses pour moi.
- Je n'ai jamais été aussi sûr de toute ma vie !
- Pourquoi maintenant ?
- Parce que je t'ai fait l'amour, Shanti, je t'ai aimé chacune des secondes qu'a duré notre étreinte ! Parce que je n'ai pas cherché à me consoler ou à te réconforter, je n'ai pas assouvi un besoin physique ou répondu à une pulsion. Je le voulais, je te voulais et je te veux encore comme je n'ai jamais voulu une femme de toute mon existence ! Ni aucun mec, à part Wufei. Je ne sais pas pourquoi c'est arrivé maintenant, mais c'est réel. Lis dans mes yeux combien ça l'est. Peut-être si nous l'avions fait avant, j'aurais eu cette prise de conscience plus tôt, je ne peux pas l'affirmer.
- Moi, je peux t'assurer que non. Je ne doute pas que tu croies vraiment à tout ce que tu ressens, Eth', mais c'est temporaire. Rien ne t'a jamais détourné de ton amour impossible pour Chang, ce n'est pas une nuit avec moi qui pourrait avoir tout changé. Tu m'attribues trop de pouvoir, vraiment. Tu verras, dans quelques temps, les choses reprendront leur place, comme avant.
- Ca n'arrivera pas !
- Si ! Alors rends-nous service et laisse tomber, d'accord ? Sois juste un peu patient et bientôt, tu pourras de nouveau soupirer après Chang et venir pleurer sur mon épaule quand le voir heureux avec sa femme et maintenant, leurs enfants, te sera trop douloureux.
- Ca n'arrivera pas ! répète-t-il en prenant son visage en coupe entre ses mains. Si tu as besoin de temps, je t'en donne, mais ne t'attends pas à ce que je change de discours ni demain, ni jamais. C'est avec toi que je veux être, Shanti, toi et personne d'autre.
- Non…
- Shanti…
- Non, je ne peux pas… gérer ça... souffle-t-elle en secouant sa tête de droite à gauche. S'il te plaît, en attendant que tu reprennes tes esprits, tiens-toi loin de moi, d'accord ?
- C'est ridicule !
- C'est vital, pour moi, Eth'. Fiche-moi la paix. Ca rendra les choses plus simples et ça t'évitera d'avoir à me dire que tu t'es trompé. Je nous rends service, crois-moi.
- Tu es l'être le plus borné de la Création, Killashandra Luandys.
- Tu me remercieras bientôt.
- Ca m'ét…
Une chaste pression des lèvres de Killashandra sur les siennes l'interrompt.
Il saisit l'opportunité et resserre la pression de ses mains, toujours autour de son visage, afin de l'empêcher de se dérober au baiser qu'il lui donne maintenant.
Comment pourrait-il se satisfaire d'un baiser de jeune vierge effarouchée, alors qu'il se sent perdre peu à peu celle qu'il aime ?
Après une brève hésitation, Killashandra répond et l'embrasse avec la même tendresse, puis avec passion et tout son amour, lorsque l'échange s'intensifie.
Mais c'est elle qui y met fin en s'écartant, et Ethan ne la retient pas.
Pas plus qu'il ne l'empêche de partir, lorsqu'elle lui adresse un dernier regard avant de gagner la porte pour sortir, sans un mot, le laissant avec un goût d'inachevé et d'échec insupportable.
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Fin du flash back.
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- Tu dois lui laisser du temps, Ethan, intervient Heero dans le silence qui suit le récit de leur jeune ami.
- Du temps ?
- Hn. Celui de décider avec quelle douleur et quels regrets elle veut vivre. Etre près de toi aujourd'hui lui est devenu aussi douloureux qu'être loin.
- Ce n'est pas ce que je cherchais. La dernière chose que je voulais, c'était la faire souffrir. Peut-être que je n'aurais pas dû tant insister… Mais elle est si têtue et obstinée, elle refusait d'entendre ce que je lui disais, elle refusait de croire que je puisse l'aimer. J'avais tellement peur de la perdre ! Résultat, je l'ai perdue, soupire-t-il en posant sa tête sur la table, abattu.
- Ce n'est pas définitif, rien ne te permet d'affirmer qu'elle ne reviendra pas, tente de le rassurer Duo.
- Tu vas devoir être patient, continue Heero. Etre séparé de la personne qu'on aime sans avoir l'assurance de la retrouver un jour est une douloureuse épreuve à laquelle aucun entraînement ne pourra jamais t'avoir préparé.
Ethan lève les yeux vers Heero, dont le regard est ancré à celui de Duo dans un échange d'une incroyable intensité.
Cela ne dure qu'un bref instant, avant qu'ils ne reportent tous les deux leur attention sur lui.
- Je suppose que c'est en lien avec votre histoire, plus précisément la partie dont on ne saura jamais rien.
- Personne n'a besoin d'en avoir les détails.
- Et si j'ai juste envie de savoir la vérité, Heero ? Je suis sûr que vous vous connaissez depuis longtemps, ajoute-t-il en pointant un doigt accusateur sur eux.
- Depuis toujours et pour l'éternité, répond Duo en souriant.
Ethan lève les yeux au plafond en soupirant.
- Nous nous sommes rencontrés en juin dernier pour cette vie-ci, précise Heero à la surprise générale.
Mais Duo comprend vite que c'est pour aider Ethan qu'il accepte enfin de faire la lumière sur leur relation.
- Je crois pas trop aux âmes sœurs et tout le toutim, mais je vois où tu veux en venir, Heero, quand tu dis « cette vie-ci ». Vous ne vous connaissiez vraiment pas avant l'année dernière, alors ?
- Non.
- Et ça a été le coup de foudre ?
- Appelle ça comme tu veux.
- Et Trowa, alors, tu l'as jamais aimé ?
- Pas de cette façon.
- C'est donc pour Duo que tu as quitté les mercenaires, pas pour Trowa ni pour le cirque.
- A l'évidence, oui.
- Je comprends mieux, à présent, sourit le jeune homme en se laissant aller en arrière sur sa chaise. C'est une belle histoire, en fait. Ca donne envie d'en vivre une pareille, de croire que c'est possible.
- Bien sûr que ça l'est, Ethan, répond Duo. Tu vas avoir 21 ans, pas 76, t'as le temps de voir venir.
Le jeune mercenaire se lève et fait quelques pas dans la cantine, sous l'œil de ses aînés.
Ils remarquent tous les deux que son boitement est moins marqué de jour en jour, ce qui donne à penser qu'il sera bientôt totalement guéri.
- J'ai été complètement aveuglé par mes sentiments pour Wufei, que je croyais immuables. J'en ai perdu de vue l'essentiel. C'est la plus grosse erreur de ma vie, je crois bien.
- Tu aimes Killashandra, Ethan ?
- Oui, Duo, assure-t-il en revenant prendre place face à ses amis. Peut-être pas comme elle le voudrait, mais ça se travaille, non ? Lui avoir fait l'amour m'a vraiment fait prendre conscience que j'avais des sentiments très forts pour elle. Mais je n'aurais peut-être pas dû essayer de lui dire.
- Elle n'était manifestement pas prête à entendre et accepter ça, remarque Heero en venant s'asseoir à côté de Duo.
- Elle n'a pas osé y croire, ajoute ce dernier.
- Et maintenant, elle est partie. Je ne pense pas que ce soit seulement pour un ou deux jours. Quand je t'ai dit qu'elle a effacé toute trace de sa présence, Duo, je n'exagérai pas.
- Tu la connais, deux jours ne lui suffiront pas, lui fait remarquer Heero.
Ethan ne dit rien un moment, son regard perdu à travers la fenêtre et son esprit bien loin d'eux.
- La Base, Doc. J. et maintenant Kill'… C'était ma famille et je l'ai perdue.
- Le cirque aussi, non ?
- C'est pas pareil. Je me sens plus orphelin que jamais. C'est chiant…
- Hey, t'es pas tout seul, Eth', on est là pour te soutenir, lui rappelle Duo.
- J'en doute pas. Mais même si j'arrive à gérer l'absence de Kill', il y a tout le reste qui me fait flipper. J'ai besoin d'action, moi, de ma dose d'adrénaline. Tout ce temps où j'étais en convalescence sans pouvoir remplir de missions, après que les Doc J. et ses potes m'aient laissé tranquille, j'ai cru devenir vraiment dingue !
- Tu vas bientôt pouvoir reprendre du service, le rassure Heero. La seule différence, c'est que tu devras chercher tes clients seuls.
- C'est même pas sûr, puisque Gage te veut à ses côtés et que tu as déjà été contacté.
- Mais c'est pas pour tout de suite, ça ! Je ne suis pas encore opérationnel, et si je me plante, je suis grillé. J'ai une réputation à préserver et peut-être même à me refaire ! Ca prend du temps. Rien que de penser aux semaines d'inactivité qui m'attendent certainement, j'me sens bouillir ! Bon sang, Heero, comment t'as fait, toi, pour gérer ce manque ?
- J'en ai éprouvé un bien plus grand, répond-il en regardant Duo, qui lui sourit. Ca m'a permis de comprendre que je n'avais besoin et envie de rien d'autre.
Ethan hésite entre le rire et la grimace.
- Te voir comme ça est presque aussi flippant que le reste, tu sais ! Même si c'est la perte d'un de mes repères que j'ai le mieux géré, jusque là.
- C'était plus progressif que la chute des mercenaires, explique Duo. Notre relation qui se construit au jour le jour révèle peu à peu sa véritable nature et le soldat s'estompe au profit de l'homme. Mais c'est vrai aussi que tu n'as pas vraiment eu l'occasion de voir l'évolution, puisque tu n'es revenu que depuis un mois et demi.
- Je t'ai quand même vu changer, Heero, depuis votre rencontre il y a un an, même si je ne me l'expliquais pas. Ca a continué quand vous avez commencé à sortir ensemble, en décembre dernier. J'ai un peu mieux compris quand Duo a éclairé ma lanterne, du coup, on peut dire que je m'attendais à ce genre de choses. Mais te voir si amoureux et proche de Duo, t'entendre parler de sentiments comme ça, être si à l'aise, avoir une vision si juste des relations humaines, c'est un peu déstabilisant pour moi, tu vois ?
- Hn.
- Quand Sally me disait que seul l'amour pouvait détourner un mercenaire de son métier de manière définitive, je lui riais au nez. Mais là, je suis forcé de reconnaître qu'elle avait raison. Toutes les réponses que j'obtiens me ramènent à ce sentiment. Et il me semble différent de celui que j'éprouvais pour Wufei.
- Mais proche de ce que tu ressens pour Kill', n'est-ce pas ?
Ethan répond à Duo par un simple hochement de tête affirmatif.
- Ce que j'ai vécu durant mes six mois loin de Duo, je ne le souhaite à personne, reprend Heero. J'espère que Killashandra et toi vous retrouverez rapidement.
- Merci, Heero. Ca compte que ce soit toi qui me dises ça, tu t'en doutes.
- Hn. Pour le reste, je peux t'entraîner, si tu as besoin de te défouler.
- Et si, au contraire, tu as besoin de t'apaiser et que Wufei n'est pas dispo, comme en ce moment, je peux le remplacer pour quelques séances de yoga ou autre. En six mois, il a fait de moi un véritable maître zen, ou presque.
- Tu peux le croire, ce sont ses propres mots.
- C'est vrai qu'il ne fait pas souvent de compliments ! reconnaît le jeune mercenaire.
- Ca n'en était sûrement pas un.
- En fait si, honey, c'était un compliment, mais que Wufei s'est fait à lui-même.
- Laisse-moi deviner, il s'est félicité d'avoir fait de toi un véritable maître zen ? demande Ethan.
- Exactement !
Ethan rit de bon cœur, comme ça ne lui était pas arrivé depuis trois jours.
- Je le reconnais bien là. En tous cas, merci, les mecs. Je garde vos propositions sous le coude.
- Ok !
- Et merci de m'avoir écouté, ajoute-t-il en se levant. Je vais aller faire un tour au Lac, j'ai besoin d'air et piquer une tête me fera aussi beaucoup de bien.
- Sois prudent, hein ? Je sais bien que t'es un grand garçon et que tu remets très bien de tes blessures, mais t'es un peu trop préoccupé en ce moment pour faire gaffe.
- Il me reste mes réflexes de soldat, t'en fais pas, Duo. On est bien parmi les seuls gars à pouvoir faire plusieurs choses en même temps, comme les nanas !
- Évite de dire ça devant Wufei, si tu veux pas devoir prolonger tes séances de rééducation !
- C'est sûr !
- Pense aussi à prendre quelques jours loin d'ici, ça te fera du bien.
- J'y réfléchis sérieusement, Heero, et plus encore, maintenant qu'elle est partie... J'y vais, à plus tard.
- Hn.
- A plus tard, Ethan.
Une fois le jeune homme sorti, Duo laisse sa tête glisser sur l'épaule d'Heero, qui dépose un baiser dans ses cheveux.
- J'espère qu'elle va revenir vite.
- Hn.
- On ne peut pas faire grand-chose, de toute façon.
- Hn.
- On en a bavé aussi, tous les deux, mais ça a été tellement évident, entre nous, que j'en ai oublié que l'amour ne suffisait pas toujours.
- Il faut du temps pour ces choses-là, apparemment.
- C'est vrai que tu es devenu un très bon conseiller, mon Heero, remarque Duo en relevant la tête vers lui. Kill' et Ethan ont pu bénéficier de tes remarques très justes, ça les aidera.
- S'ils ne les oublient pas.
- Ca m'étonnerait qu'ils oublient, étant donné que c'est toi qui le leur as dit ! Ca les a marqué, et pas qu'un peu ! Tant mieux, d'ailleurs.
- Hn, répond simplement Heero en embrassant son nez adorablement retroussé.
Puis ses lèvres, délicieusement tentantes et attirantes.
Duo comprend que Heero a déjà mis de côté leurs amis, étant donné qu'ils ne peuvent rien faire de plus pour l'instant
- Tu veux rentrer, honey ? murmure-il alors contre la bouche de son cavalier, après ce tendre et langoureux baiser.
- Hn. On a besoin d'une bonne douche.
- C'est vrai qu'on pue encore le cheval.
- On sent le cheval.
- Pardon, Maître écuyer, s'excuse Duo en frottant son nez au sien avec un petit sourire. Nous portons l'odeur de nos fidèles compagnons sur nous, il serait bienvenu de s'en débarrasser avant de retourner à la civilisation.
Heero attrape la lèvre de Duo entre ses dents et la mordille tendrement pour lui faire passer l'envie de se moquer de lui.
Et en faire naître une nouvelle.
La manière dont Duo réagit, en se dégageant pour mieux revenir et l'embrasser longuement, confirme sa victoire.
Après cet échange qui a allumé une réelle flamme de désir dans leurs regards, ils se décident à rentrer pour prendre la douche suggérée…
… entre autres réjouissances…
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Cinq jours plus tard,
Quaterine's House
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- Halyouna !
- Arrête de m'appeler comme ça ! Duo, Durmus y m'embêêêêêêêête !
- Durmus, ça suffit…
- Mais c'est pas de ma faute si c'est une asperge !
- J'suis pas une asperge, j'suis une fille !
- T'es grande et t'as pas de seins, halyouna ! (1)
- Toi t'es petit et t'as pas de cerveau, h'mal !
- Ne te fais pas plus bête que lui en répondant, Sannah, intervient Duo en continuant de corriger des copies. Durmus, plus un mot ou je t'envoie chez les petits avec Sœur Lydia.
- Je t'aime plus !
- Je m'en remettrai, va ! Allez, rangez vos cahiers d'activités en silence, ça va être l'heure de la récréation.
En moins de deux minutes, tous les cahiers sont rangés et les enfants prêts à sortir, attendant sagement la tête dans leurs bras croisés qu'une des Sœurs sonne la cloche.
Ce qui ne tarde pas.
- Levez-vous et mettez-vous en rang devant la porte, Hilde va venir vous chercher.
- Tu t'occupes plus de nous, Duo ?
- Non, plus jusqu'à demain, répond Duo en allant ouvrir la porte de sa classe. Sauf si j'entends l'un de vous dire une bêtise. Dans ce cas, il me suivra chez les petits après la récré pour recopier des mots, une activité digne d'un enfant de 6 ans qui vient seulement d'apprendre à écrire.
Le silence est total, ce qui fait sourire Hilde lorsqu'elle arrive dans la classe.
- Tu les as encore menacés de les prendre avec toi chez les petits, devine-t-elle.
- Je ne menace jamais, je préviens.
- Oui, c'est vrai ! Ils seraient contents de venir avec toi, mais pas pour copier des mots comme des bébés.
- C'est bien pour ça que je les préviens de ce qui les attends.
- S'il s'agissait juste de rester dans la classe avec toi, ils feraient tout pour être punis, c'est sûr ! Bon, tu nous rejoins en bas ?
- J'ai encore quelques copies des grands à corriger, je ne veux pas prendre du travail à la maison.
- Ok. J'ai aussi un paquet qui m'attend, je te propose pas mon aide.
- Si t'as pas fini demain, tu pourras m'en déposer. Mais pas tout, hein ! Je te connais…
- Promis, sourit-elle en lui faisant un clin d'œil. A plus tard, Duo. Allez, on descend les enfants, et calmement.
Duo allait refermer la porte derrière eux pour se couper du bruit inévitable dans le couloir, mais un petit garçon s'avance vers lui, un peu hésitant.
Il s'agit d'Aksel, un orphelin de 8 ans.
Duo a encore gravé dans sa mémoire le matin où il a trouvé, devant la porte de l'église, cet enfant d'à peine deux ans, alors.
Il y en a eu d'autres, depuis, mais la première fois reste la plus marquante.
- Qu'est-ce qui se passe, champion ?
- Est-ce que tu peux m'aider, dis, Duo, s'il te plaît ?
- Viens, entre dans la classe. Qu'est-ce qui t'arrive, c'est quoi cet air tout malheureux sur ton visage ? lui demande-t-il en venant s'accroupir devant lui.
- Nathalya veut pas être mon amoureuse tant que je lui ai pas mis un bout de ciel devant ses pieds, explique-t-il en attrapant la natte de Duo entre ses petites mains.
- Eh ben dis donc, elle ne se prend pas pour n'importe qui, la Princesse blanche !
- Je veux bien le faire, mais je suis trop petit, même en montant sur le plus grand arbre !
- Heureusement pour toi que je ne t'ai pas vu faire cette bêtise, tu n'as pas intérêt à recommencer, Aksel.
Le petit garçon rentre sa tête dans ses épaules.
- Désolé… Mais je voulais vraiment y arriver ! Sauf que j'ai pas réussi… Dis, c'est à quel âge qu'on arrive à toucher le ciel, Duo ?
- On ne le touche jamais, champion. On peut le traverser avec des avions, des navettes, des fusées, mais on ne peut pas l'attraper avec nos mains nues.
- Alors c'est foutu ! Je serai jamais son amoureux…
- Personne ne pourrait l'être… sauf en rusant !
- Comment ? demande-t-il en ouvrant grands ses yeux bleus remplis d'espoir.
- Tu donnes rendez-vous à ta princesse dans un endroit, dehors, et tu vas la retrouver avec un arrosoir rempli d'eau, mais pas trop. Tu en verses une bonne flaque à ses pieds, mais en faisant très attention de ne pas l'éclabousser ou mouiller ses pieds, d'accord ?
- Oui !
- Dans cette flaque que tu auras formé à ses pieds, elle pourra voir le ciel se refléter, et ce sera comme s'il y avait vraiment un bout de ciel par terre. Si elle n'a pas peur pour ses chaussures, elle pourra même marcher dans les nuages, si elle veut !
- Ouwaaaaaaaouuuuu ! Merci Duo ! s'écrie le petit garçon en se jetant à son cou, manquant de le faire tomber.
- De rien, bonhomme ! Tu me promets de faire attention avec l'eau et l'arrosoir ? ajoute-t-il en se relevant. N'oublie pas que l'eau, c'est les larmes de la Terre dont Elle nous fait don, on ne doit pas la gaspiller.
- Promis, je fais attention !
- Et tu sais, tu peux même dire à Nathalya que si c'est une gentille amoureuse, quand vous serez grands, tu l'emmèneras dans le ciel traverser les nuages. Mais faut qu'elle soit bien sage d'ici-là !
Le petit garçon pouffe, les deux mains plaquées sur sa bouche, puis s'en va après un dernier signe à Duo.
Celui-ci va guetter l'enfant par la fenêtre et sourit en le voyant courir rejoindre sa princesse, sûrement pour lui donner un rendez-vous.
Il sent bientôt deux mains se poser sur ses hanches et une bouche se presser contre sa nuque avec la légèreté d'un papillon se posant sur une fleur, en une tendre caresse.
- Tu ne lui as pas expliqué l'autre manière d'atteindre les cieux, tenshi.
Duo se laisse aller contre Heero, appuyant son dos contre son torse alors que leurs mains se rejoignent et s'entrelacent sur son ventre.
- C'est pas vraiment encore de son âge, honey. Laissons-le rêver à des choses pures et innocentes, avant que le sexe ne les jette définitivement dans le monde des adultes.
- A t'entendre, le sexe est une mauvaise chose. Je suis si nul que je t'en ai dégoûté ?
- Oh ! God, Heero, avec la semaine qu'on vient de passer, tu ne peux pas sérieusement me poser cette question ! réplique Duo en retenant à grande peine son esprit qui cherche à se repasser en boucle les nombreuses étreintes qu'ils ont enchaîné, ces dernières nuits.
Et certains jours, aussi…
- Tu as raison, je n'étais pas sérieux. Je sais que je suis parfait aussi à ce niveau.
- Pour me faire tourner en bourrique, ça, oui ! acquiesce Duo en se tournant vers lui.
Comme ils ne se sont pas écartés, ils se retrouvent toujours dans les bras l'un de l'autre, mais face à face.
Duo remonte ses bras autour du cou d'Heero, une de ses mains fourrageant dans ses cheveux fraîchement coupés, mais toujours aussi indisciplinés.
- Je n'ai pas dit que le sexe était une mauvaise chose, reprend-il, seulement qu'il n'avait rien d'innocent.
- C'est vrai.
- Le sexe et la guerre sont les deux choses qui peuvent le plus sûrement et facilement détruire un enfant. Ce sont les ennemis de la pureté et de l'innocence. Tu le sais mieux que quiconque, honey.
- Toi aussi, Duo. Non pour l'avoir vécu directement, mais tu as été témoin de beaucoup de choses, en vivant et travaillant ici.
- Oui.
- C'est l'une des raisons pour lesquelles j'apprécie tellement ma vie avec toi. J'ai l'impression de retrouver cette innocence que je ne me souviens même pas avoir eu un jour. Dans ton regard, ta façon d'être avec les enfants… La manière dont tu as réglé le problème d'Aksel l'illustre bien. Tu es encore capable de voir les choses comme un enfant, tu es rarement pris au dépourvu par leur logique ou leurs questions qui déstabilisent généralement les adultes. Je comprends enfin ce que Quatre voulait dire, en m'affirmant que ton âme avait su garder cette pureté-là.
Duo appuie son front contre le sien en se mordant la lèvre.
- Tu n'as pas le droit de me mettre dans un tel état, de faire battre mon cœur aussi vite, alors que je reprends le boulot dans trop peu de temps pour pouvoir me remettre avant ! proteste-t-il, touché à en avoir les larmes aux yeux, fait très rare.
- Je te l'ai déjà dit, il arrive que tu m'inspires des choses bien trop fortes pour que je puisse les garder en moi.
- Ne le fais pas, j'adore quand tu me parles comme ça ! assure Duo en s'écartant pour le regarder dans les yeux. C'est juste que c'est pas vraiment le moment, dans le sens où j'ai envie d'un câlin, maintenant, et dans quelques minutes, on va devoir aller chacun de son côté. C'est trop frustrant !
- Un baiser suffirait-il à calmer cette frustration, ou l'aggraverait-il ?
Duo fait mine de réfléchir, un air mutin sur le visage qui n'est pas loin de faire craquer Heero.
- Je pense que je pourrai gérer les conséquences d'un baiser plus sûrement que la frustration aggravée de n'avoir rien eu du tout…
Heero sourit en les faisant reculer de quelques pas pour s'éloigner de la fenêtre, car il sait que Duo n'aime pas trop se donner en spectacle.
Puis il l'embrasse enfin longuement, langoureusement, les coupant de tout un bon moment, jusqu'à ce que…
- Oooooh leeeeeeees amoureuuuuuux !
Ils se détachent doucement et baissent leurs yeux sur les deux enfants tournant autour d'eux, qui s'empressent d'aller se cacher chacun derrière une des chaises de la classe.
- Lokesh, Danesh, inutile de fuir, vous n'échapperez pas à la colère du Grand Chef Apache !
Les jumeaux hurlent en s'enfuyant dans la classe, poursuivis par Duo.
Il les course en les forçant, sans en avoir l'air, à se rabattre vers Heero, qui finit par les attraper d'un seul mouvement, perchant sur chacun de ses bras un des garçons hilares et essoufflés.
- C'était un piège, Lokesh !
- On s'est fait eu, Danesh !
- C'est tout l'art subtil de la chasse, répond Heero. Lequel veux-tu faire cuire en premier, Duo ?
- Naaaaaaaaaaaaaaaaaannnnnn !!!!!
- Je ne sais pas… réfléchit Duo en les rejoignant. Le plus vieux, peut-être ?
- On est né en même temps !
- On est sorti ensemble, tout collés !
- Dans le même œuf !
- C'était pas un œuf, mais un chou ! le reprend son frère par-dessus la tête d'Heero.
- N'importe quoi, c'était un œuf ! Les cigognes, elles apportent des œufs, pas des choux !
La cloche résonne, coupant court à ce débat.
- C'est ce qui s'appelle être sauvé par le gong ! leur dit Duo, alors qu'Heero les repose à terre. Redescendez vous ranger, je ne dirai pas que vous êtes montés.
- Et nous, on dira pas que tu faisais des bisous bisous avec Heero dans la classe !
- Vous pouvez même continuer, les amoureuuuuuuuux !
Heero et Duo les entendent encore rire, alors qu'ils sont partis sans demander leur reste, et se sourient avec tendresse.
- Ils ont oublié que c'était toi qui t'occupais d'eux après la récréation.
- On dirait bien. Je ferai mieux d'y aller, si je suis en retard, Dieu seul sait quels commentaires ils vont bien pouvoir hurler dans la cour !
Heero hoche la tête.
- Ton oncle m'a dit que je les avais assez aidé pour aujourd'hui, mais je vais refaire un tour pour m'assurer que c'est bien le cas.
- C'est gentil, honey, merci beaucoup. C'est génial de t'avoir ici, tu sais.
- J'aime être ici.
- J'ai bien vu ! Si jamais personne ne te sollicite, j'aurais bien un petit service à te demander.
- Tu es prioritaire, tenshi, lui rappelle-t-il en réajustant sa chemise qu'il a un peu malmené, durant leur séance de « bisous bisous ».
S'il ne porte plus le col blanc de prêtre, car il a abandonné l'idée de l'être pour le moment, Duo a gardé le reste de la tenue, et il met un point d'honneur à ce qu'elle soit toujours impec' quand il travaille.
Ce qui n'est pas toujours facile avec les enfants, c'est vrai aussi, et depuis peu, quand Heero est dans le coin.
Il sourit et embrasse rapidement Heero, puis ramasse tout aussi vite ses affaires, avant qu'ils ne quittent la salle de classe.
- J'ai ces quelques copies que je n'ai pas eu le temps de finir de corriger, et je ne voulais pas les emmener à la maison…
- Je m'en occupe, assure-t-il en prenant le petit paquet de feuilles que Duo lui tend.
- Merci, mon Heero.
- Ah, vous êtes là, tous les deux !
- Il y a un problème, Oncle Chris ?
- Aucun, mon garçon. J'avais juste une petite chose à vous dire, venez dans mon bureau. Ne t'inquiète pas, Duo, Sœur Hortensia va s'occuper des petits, en attendant que je te libère.
- D'accord, répond-il, alors qu'ils le suivent.
- Heero, vous n'êtes pas trop pressé ?
- Du tout.
- Bien. Entrez, entrez, les invite-t-il en s'écartant pour les laisser passer. Asseyez-vous. Vous voulez boire quelque chose ? Une bonne citronnade fraîche, Sœur Elen vient de me l'apporter.
- Merci, Oncle Chris.
- Merci.
Le prêtre les sert tous les trois, puis attend que Duo et Heero aient bu et savouré une première gorgée avant de leur expliquer la raison de leur présence.
- C'est au nom de tout Quaterine's House que je tenais à vous remercier, tous les deux, pour votre aide si précieuse, surtout cette dernière semaine. Le cirque ne repart que dans une dizaine de jours, je pense qu'il est temps pour vous de prendre un peu de repos et de véritables vacances ensemble.
- Mais Oncle Chris…
- Il n'y a pas de « mais ». Je te connais, tu te culpabilises pour ton départ futur, ce que tu n'as pas à faire. Tu as le droit de vivre pour toi, pour ton couple. Nous nous en sortirons, tu verras.
- Je n'en doute absolument pas ! Je ne dis pas que c'est de moi, spécialement, dont vous avez besoin, mais de plus de bras.
- Pourtant, nous avons besoin de toi, mon garçon, car tu es quelqu'un d'exceptionnel et de très important, pour chacun d'entre nous et surtout pour les enfants. C'est pour cela que je te pousse à penser un peu à toi, car tu ne le feras jamais seul. Tu en as certes l'idée, comme celle de suivre le cirque, mais tu as encore besoin d'être poussé pour aller jusqu'au bout. Je le fais avec plaisir.
- Merci, mon Oncle.
- Le seul remerciement que je te demande, c'est de prendre quelques jours pour vous. Cela pourrait être une occasion d'aller voir Lyria, par exemple. Votre présence lui serait d'un soutien et d'un réconfort plus grands encore que vos échanges actuels, aussi nombreux soient-ils.
- Nous y pensions, assure Duo en regardant Heero un court instant. Nous envisagions de rejoindre le cirque, en fait, après son départ, ce qui nous aurait laissé deux jours pour rendre visite à Ly et Nell.
- Deux jours, c'est bien peu, mais je ne veux pas m'immiscer dans vos projets.
- On ne le prend pas dans ce sens, le rassure Duo en souriant.
- Tant mieux. Sachez, en tous les cas, que vous pourrez vous considérer en vacances dès demain soir. J'aurais encore besoin de vous jusque là, mais ça ira pour la suite. Tout le monde revient progressivement, nous aurons tout le personnel nécessaire d'ici quatre jours.
- Nous pouvons attendre jusque là, tu sais.
- Je sais, oui, mais je ne le souhaite pas. Vous en avez suffisamment fait, mon garçon. Puisque Heero a refusé le moindre paiement pour tous les services qu'il nous a rendu, je peux au moins vous libérer pour que vous preniez des vacances.
- Merci, Oncle Chris.
- Merci, répète Duo en allant embrasser son oncle.
- Puisque nous sommes d'accord, je vous laisse vaquer à vos occupations et je vais retourner aux miennes.
Heero serre la main du religieux, avant de sortir du bureau avec Duo.
- On y réfléchira ensemble ce soir, honey.
- Hn. Je vais faire du porte à porte pour voir si quelqu'un a besoin de moi, sinon je rentre m'occuper de tes copies.
- D'accord, répond Duo en s'arrêtant devant l'escalier. Merci, mon Heero. Et ne sois pas trop sévère.
- Tu y jetteras un œil, de toute façon, il le faut pour que ça reste cohérent avec tes propres corrections.
- Je te fais confiance, c'est pas comme si c'était la première fois. On se voit ce soir, alors.
- Hn. A tout à l'heure.
- A tout à l'heure. Je t'adore, ajoute Duo avant d'appuyer longuement ses lèvres contre les siennes.
- Moi aussi.
Sur un dernier sourire, Duo repart dans le couloir et Heero s'engage dans l'escalier.
-
-
Le soir venu, après le dîner.
Maison de Duo.
-
Installés plus que confortablement dans le jardin, Heero enserrant Duo entre ses jambes et entre ses bras, son dos contre son torse et sa nuque épousant parfaitement l'arrondi de son épaule, ils profitent du petit air frais du soir, bienvenu après une journée si chaude.
Yuki, leur petit chaton qui a bien grandi, dort et ronronne sur les genoux de Duo, qui le caresse distraitement d'une main, l'autre tenant un verre de Parfait amour (3) en guise de digestif.
- En y réfléchissant bien, honey, je vois trois choses importantes que nous devons prévoir de faire, durant ces dix jours de vacances.
- Trois ?
- Oui. Aller en Grèce voir Lyria et Nell, bien sûr, on en parlait déjà. Nous devons aussi songer au rapatriement du corps d'Odin. Enfin, en discuter, car je suis sûr que tu y pensais déjà.
- J'ai promis à Kotori Sunsea que je m'en occuperais, je n'ai pas précisé quand.
- Le « au plus tôt » vibrait dans chacun de ses mots, 'ro.
- Pas dans les miens, réplique Heero en sirotant sa liqueur de figues.
- Tu voulais le faire rapidement, pourtant.
- Hn. Mais ce n'est pas le plus important, pour l'instant.
- Ca l'est pour Lady Sunsea. Souviens-toi, Gage a dit qu'il y avait peu de choses qui comptaient vraiment pour elle, aujourd'hui. Tu en fais partie, et il est évident que rendre Odin à sa terre également.
- Je sais. Mais ça risque d'être long, tenshi.
- Pas si tu laisses Milliardo t'aider. Son sceau fait force de loi. S'il l'appose au matin, ses ordres seront exécutés au plus tard en fin d'après-midi. Dès le soir, le cercueil peut être exhumé, nettoyé et installé dans un jet, prêt à gagner le lieu de ton choix.
- Y a-t-il besoin de tant précipiter les choses ?
- Je ne te comprends pas, honey, tu ne voulais pas faire au plus court ?
- Ce n'est pas un bagage ou un colis, Duo, répond-il après un bref silence. Je sais que c'est un corps sans âme, dorénavant, mais je pense que ce serait mieux… qu'il soit accompagné.
Duo se sent terriblement honteux, d'un coup.
Il redresse la tête et s'écarte un peu pour regarder Heero, dont il caresse la joue de ses doigts repliés.
- Je suis désolé, mon amour, je n'y pensais pas… j'ai été tellement insensible…
- Ce n'est rien, le rassure-t-il en embrassant ses doigts à portée. Je peux comprendre que tu n'aies pas envisagé que je puisse vouloir être à ses côtés.
- J'aurais dû le deviner, je n'ai pas été assez à l'écoute. Pardonne-moi.
- Tu es tout excusé, assure-t-il en déposant un doux baiser dans son cou, cette fois-ci.
- Ca ne change pas tant les choses, en même temps. Milliardo peut tout préparer et attendre que nous arrivions. Si tu es d'accord pour que je vienne…
- Baka, comme si je pouvais vouloir autre chose.
- Et pour Milliardo ?
- C'est aussi d'accord.
- Génial ! Je peux l'appeler maintenant, c'est l'après-midi à Sank.
- Notre priorité, c'est Lyria, le retient-il.
- Nous pouvons nous occuper d'Odin et passer une partie du temps qu'il reste avec elle.
- S'il en reste.
- Il en restera, honey, on a quand même dix jours !
- Tu as parlé de trois choses importantes, tout à l'heure.
- Oui. J'imaginais que tu voudrais sûrement revoir Adriano, au moins une journée ou seulement quelques heures…
Heero ne dit pas qu'il n'y a pas songé, car cette idée lui trotte dans la tête, depuis qu'il a parlé à son ancien mentor.
- Je l'envisageais, mais il y a des choses beaucoup plus importantes qui passent bien avant.
- On peut faire d'une pierre deux coups, tu sais. S'il accepte de te retrouver en Grèce, tu pourras lui consacrer du temps, pendant que je reste auprès de Lyria.
- J'aurais aimé que tu sois là.
- Oh ! non, réplique Duo, mieux vaut pas ! Il y a bien trop de sentiments contradictoires qui me tordent l'estomac, rien qu'à l'entente de son prénom, je ne suis pas sûr de réussir à gérer tout ça ! Je ne peux pas être jaloux des hommes qui ont touché ton corps avant moi, c'est un fait. Mais je ne peux pas non plus rester serein en présence de l'homme qui a su éveiller ton corps au plaisir des sens et surtout, qui a su toucher ton cœur le premier.
- Je n'étais pas amoureux de lui, Duo.
- Tu n'en sais rien. Tu étais prêt à tuer sa femme pour pouvoir être avec lui, honey. C'est une forme d'amour, même si tu n'étais pas en mesure de le comprendre, alors. Rien qu'en vous écoutant vous parler, j'ai pu sentir combien votre lien, brusquement surgit du passé, était puissant, encore aujourd'hui.
- Un lien comme celui que tu partages avec Milliardo ?
- Oui et non. Nos sentiments l'un pour l'autre sont clairs et assumés, ce qui ôte toute ambigüité. Ceux qui te lient à Adriano ne le sont pas autant, d'où le danger et mon impossibilité à rester stoïque.
Duo sent parfaitement Heero se crisper derrière lui et autour de lui.
- Tu penses que je pourrais avoir une aventure avec lui ?
- Bien sûr que non ! Mais il est possible qu'en te retrouvant face à lui, tu y songes, même furtivement. Même si c'est juste le temps de te demander quel effet produirait aujourd'hui ses mains sur ton corps. Il suffirait que je le lise dans tes yeux une seule seconde et je ne pourrai jamais plus l'oublier. Tu comprends ?
- Hn. Je ne veux pas t'infliger ça. La vision de Milliardo et toi faisant… Cette image ne s'efface pas, reprend-il les mâchoires serrées, malgré le temps qui passe, malgré nos étreintes.
- Je sais, et crois-moi, si je pouvais faire quelque chose…
- Je l'ai cherché, tenshi. C'est ma punition pour t'avoir fait souffrir, je l'ai accepté. N'en parlons plus.
- D'accord. On a qu'à aller passer nos coups de fil et comme ça, on pourra terminer notre soirée tranquillement, en ne pensant à rien d'autre qu'à nous.
- Excellente idée, takara no.
Duo se lève donc sous les protestations outrées de Yuki, qu'il réinstalle pourtant bien confortablement sur la banquette moelleuse, et rentre pour téléphoner.
Heero, qui a son portable sur lui, reste dans le jardin et câline le petit chat, qui se remet à ronronner de bonheur, tout en appelant Gage pour qu'il lui indique le moyen de joindre Adriano.
Il aurait pu se dispenser de le faire, mais il préfère ne pas pirater les bases de données des personnes si proches de Duo, que ce soit Milliardo ou son plus fidèle soldat.
C'est à Milliardo que Duo décide de parler en premier lieu, plutôt qu'à Lyria, car il sait qu'il va rester plus longtemps avec elle.
Et surtout, il préfère qu'Heero soit là et qu'ils communiquent avec elle par visio.
- Résidence royale, bonjour.
- Bonjour, Pagan, c'est Duo.
- Bonjour, Monsieur Duo. Comment allez-vous ?
- Très bien, merci. Et vous ?
- Pareillement, merci. Vous souhaitez parler à Son Altesse, n'est-ce pas ?
- S'il est disponible, oui.
- Toujours, pour vous. Je vous le passe. Prenez soin de vous, Monsieur Duo.
- Vous aussi, Pagan, merci.
- Je vous en prie.
- Bonsoir, Duo.
- Bonsoir, Mill' ! Enfin, bonjour, c'est l'après-midi, chez toi. Je ne te dérange pas trop ?
- Pas du tout, quelle question. Comment vas-tu ?
- Bien, bien, merci. Mais c'est plutôt à toi qu'il faut demander. Tu dois être débordé…
- Un petit peu, c'est vrai. Mais j'aurais toujours du temps pour toi, Duo.
- Merci, Mill'. Je n'en ai pas pour longtemps, je voulais seulement te demander quelque chose. Mais avant, dis-moi comment tu vas, comment ça se passe pour toi, pour vous ?
- Je suis toujours aussi soulagé et heureux, mais pas encore totalement en paix comme je le souhaiterais.
- Pourquoi donc ?
- Le monde que j'ai vu dans mes rêves était sans conflits, en paix chaque jour. Mais en réalité, chaque jour me tend un piège, et parfois, je les trouve vraiment difficiles, ces jours qui passent...
- Je peux le comprendre, tout n'est pas encore réglé. Mais n'exige pas trop de toi-même, Mill', comme tu as l'habitude de le faire. Tu peux faire quelques erreurs, tu es humain, aussi. Et tu es entouré, tu as de nombreuses personnes qui te soutiennent et sur lesquelles tu peux t'appuyer.
- Je sais que tu as raison, mon ami. Je suis un homme, donc je suis faillible. On a tous le droit de tomber, n'est-ce pas?
- Bien sûr, c'est même recommandé ! Et quand ça t'arrivera, Mill, je t'offrirai mon sourire, puisque tu dis toujours que le voir te fais du bien au cœur et au moral.
- C'est toujours le cas, même si dorénavant, je l'entends plus que je ne le vois. Enfin, nous pouvons utiliser plus souvent le visio, à présent que nos compagnons ont appris à gérer leur jalousie. Peu importe le moyen, je prendrai toujours de tes nouvelles, Duo.
- Moi aussi, Milliardo. Le plus souvent possible.
- Compte sur moi pour me rappeler à ton bon souvenir. Dis-moi à présent ce que je peux faire pour toi.
- Il s'agit du rapatriement du corps d'Odin. Nous avons quelques jours de vacances, Heero et moi, et on pensait que ce serait l'occasion de s'en occuper. Est-ce que tu serais d'accord ?
- Bien sûr. Je ne sais pas si c'est une coïncidence ou s'il faut y voir là la main du Seigneur, mais sache que Lady Sunsea est ici, à Sank, avec nous.
- C'est vrai ? Mais c'est génial ! Elle ne va pas repartir tout de suite, au moins ?
- Je ne pense pas, elle vient d'arriver. Je devrais plutôt dire elles viennent d'arriver.
- Qui, exactement ?
- Lady Sunsea et Iyelina, Lady Une et Mariemeia.
- Treize doit être très content.
- Nous le sommes tous les trois.
- J'imagine. Tu penses que ça fera plaisir à Lady Sunsea de savoir que Heero veut venir s'occuper du rapatriement d'Odin ? A moins qu'elle ne soit elle-même venue pour ça.
- Elle est venue se recueillir sur sa tombe avec sa fille, nous n'avons pas encore évoqué le rapatriement. Mais je pense qu'elle y songeait, oui. Je vais t'apprendre quelque chose, je ne devrais peut-être pas, mais tant pis. Lady Sunsea ne compte pas retourner sur l'Île sous la neige.
- Mais où iraient-elles, sa fille et elle, dans ce cas ? En Sibérie, dans le village d'Odin ?
- Non. Elle aimerait s'installer à El Qatar.
- Sérieusement ? Mais pourquoi là-bas ? Ne me dis pas…
- Si, c'est en lien avec Heero. Parce que c'est là que Heero rentrera toujours, après la saison itinérante du cirque.
- Elle est vraiment plus attachée à lui qu'elle ne le laisse paraître, durant leurs conversations.
- Ils se ressemblent, par certains côtés.
- C'est ce que j'étais en train de penser ! Ca veut dire qu'elle veut renouer avec lui, alors ? Établir une véritable relation ?
- Lady Sunsea parle plus à Treize qu'à moi, mais à ce que j'ai compris, son souhait n'est pas de faire partie de la vie d'Heero, juste de ne pas être trop loin de lui. Ceci, parce qu'il comptait beaucoup pour Odin. Elle a confié à Treize qu'elle se sentait incroyablement proche d'Odin, en parlant à Heero.
- Je vois. Dans ce cas, ce sera sûrement une très bonne chose qu'ils se rencontrent enfin vraiment, tous les deux.
- Nous serons tous heureux de vous accueillir ici, au plus tôt. Nous pourrons régler les détails une fois que vous serez arrivés, ce sera plus simple.
- Je le pense aussi. J'en parle à Heero et je te rappelle dès qu'on a pu s'organiser. Parce que nous devons aussi passer voir Lyria, en Grèce.
- Comment se porte-t-elle, ainsi que vos enfants ?
- Plus le bébé grandi, plus il devient fort et peut l'aider à combattre sa maladie. Mais paradoxalement, pour grandir, il puise d'abord dans les ressources de sa mère et ça l'affaiblit vite. C'est difficile, mais elle tient le coup avec un courage et une détermination qui forcent notre admiration.
- Si je peux faire quoi que ce soit, n'hésite pas, trésor. Mes ressources sont à ta disposition.
- Merci beaucoup, Mill', pour le moment, on a tout ce qu'il faut.
- D'accord. Encore une chose, Duo : cesse de culpabiliser et de te remettre en question, Lyria le voulait vraiment, à ce que j'ai cru comprendre. Malgré sa souffrance, elle est sûrement heureuse. Tu sais tout ça, alors promets-moi d'arrêter de te torturer, d'accord ?
- Tu me connais décidément vraiment bien… Tu as ma parole, Milliardo.
- Merci.
- Merci à toi. Bien, je vais te laisser à tes vastes occupations, à présent. Salue Treize, Mariemeia et tout le monde, en fait, de notre part à Heero et moi, s'il te plaît.
- Ce sera fait. De même, salue Heero de notre part à tous, ainsi que Quatre et son ami. Je te dispenserai de le demander pour Dorothy.
- Je t'en serai gré, oui ! Pour les autres, je n'y manquerai pas, merci. Je te dis à très vite, alors.
- Je l'espère. Prends soin de toi, mon très cher Duo.
- Toi aussi, Altesse. Je t'adore, tu sais.
- Je t'aime aussi, répond Milliardo avec un sourire que Duo entend, à défaut de voir.
« Ne te gêne surtout pas pour dire à un autre homme que tu l'aimes en ma présence, trésor… » Duo entend-il distinctement derrière Milliardo, reconnaissant Treize sans mal.
- Il ne s'agit pas de n'importe quel autre homme, mais de Duo. Et je te rappelle que c'est toi qui as tenu à rester, amour.
« Je suis bien content de l'avoir fait ! Allons, mets vite un terme à cette conversation qui n'a que trop duré, et viens me rejoindre, maintenant. C'est avec toi pendu à autre chose que ton téléphone que je nous imaginais commencer notre petite sieste… »
- Euh… je crois qu'il est plus que temps de se quitter, Mill', assure Duo avec un petit rire et ne souhaitant pas en entendre davantage. A très bientôt.
- Toutes mes excuses pour cette fin un peu brutale. A très bientôt, mon ami.
C'est avec le sourire que Duo raccroche, et toujours en souriant qu'il rejoint Heero dans le jardin.
Lui aussi vient de finir sa conversation avec Adriano, et Duo est heureux de constater qu'il n'est en rien différent de d'habitude, alors que la première fois qu'ils s'étaient parlés, certes après dix ans, Heero avait été quelque peu perturbé et distant, avec lui.
Là, tout va très bien et même s'il n'a aucune raison de douter, Duo est quand même apaisé.
Après qu'ils aient chacun leur tour mis l'autre au courant de la teneur de leurs conversations respectives, Heero va chercher son ordinateur pour qu'ils puissent, ensemble, appeler Lyria par visio et annoncer leur venue prochaine.
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A suivre…
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Notes :
Halyouna : asperge, en arabe
H'mal : âne/ âne bâté en arabe.
Parfait Amour : liqueur de couleur pourpre élaborée à partir de fruits (orange, citron...) très utilisée pour les pousse-café (comme digestif quoi).
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Notes de l'auteure :
Merci d'avoir lu ce chapitre.
Je tiens à préciser que le prochain chapitre ne reviendra pas sur ce qui est annoncé ici, il n'y aura aucune scène de Duo et Heero durant ces dix jours avec les différents persos. Ils vont voir Lyria, ils vont aller chercher le corps d'Odin et le ramener en Sibérie, Lady Sunsea va certainement les accompagner, et voilà. J'aurais pu écrire un chapitre relatant tout ça, mais je pense vraiment que ça alourdirait la fic, et il est temps de la conclure le plus utilement possible, c'est-à-dire sans gavage de lecteurs et autres blablas. L'histoire reprendra donc le jour du départ du cirque.
Bonne continuation à vous et à dès que possible.
Lysa
