26.

Ouvrant un œil paresseux, Albator aperçut Salmanille qui était redressée sur un coude, ne bougeant pas pour ne pas réveiller Pouchy qui rêvait encore entre eux deux.

- Oui, Salma ?

- J'aime bien te regarder dormir !

- Il aura fallu un peu de temps, mais j'ai réappris à m'habituer à la tranquillité, murmura-t-il. J'ai passé une bonne nuit.

- J'ai remarqué, sourit-elle. L'orage ne t'a même pas fait tressaillir !

- D'où la présence de Pouchy, fit-il en se redressant prudemment pour ne pas bousculer le garçonnet.

Il s'étira légèrement.

- Rien d'étonnant à ce que j'aie dormi comme une souche après tout ce que tu m'as fait hier soir !

- Petite nature, pouffa-t-elle à voix basse.

- Attends un peu que je sois entièrement remis. Tu ne pourras plus te plaindre que je tourne en sous régime !

- Mais j'espère bien, assura Salmanille en se levant à son tour pour venir se blottir contre son dos, glissant ses doigts vers son ventre.

Elle soupira.

- Mon pauvre amour, tu as encore de sacrées cicatrices… Je sais que je t'ai mis à rude épreuve hier, mais je n'en pouvais plus d'attendre !

- Et moi donc ! Quand douleurs et plaisir se mélangent, le résultat est détonnant. Je n'ai aucun regret et j'ai même hâte de recommencer !

Salmanille sourit alors de toutes ses dents.

Le petit déjeuner ayant été servi sur la terrasse de la chambre, Alhannis et Alcéllya préférant jouer dans la piscine avant leur propre repas, leurs parents avaient pris leur temps.

Salmanille jeta un coup d'œil en biais à son mari.

- Oui ? interrogea-t-il.

- Est-ce que tu crois qu'Alguérande… ?

- Aucune idée. Khell peut être très persuasif, mais le principal travail sera celui qu'Alguérande fera sur lui, s'il le veut, s'il y arrive. Est-ce que je devine bien pour quelle raison tu me poses cette question, après cette nuit, justement ?

Elle approuva de la tête.

- On en parlait, avant que tu ne repartes en mois de vol, et qu'on ne se croise plus qu'épisodiquement, jusqu'à ton retour… Un cadet pour Pouchy… Mais c'était avant que ça ne devienne sérieux, vraiment envisageable, avec Alguérande – enfin, s'il peut te voir sans se sentir obligé de te dégommer !

Albator se rapprocha d'elle, posant les mains sur l'étoffe douce du peignoir qu'elle portait à peine noué, ce qui faisait qu'il ne dissimulait presque rien.

- Disons qu'on va laisser faire la nature. Et si Alguérande se pointe un jour, ce sera un membre de plus de la famille, que nous l'ayons déjà agrandie ou non !

- J'aime cette proposition, je l'espérais bien.

Albator finit sa salade de fruits.

- Je vais réveiller Pouchy et lui donner son bain.


Au fil des semaines, Albator et Salmanille avaient profité à fond de leurs vacances au château familial, de leurs enfants et réciproquement.

Quelques excursions avec Alhannis et Alcéllya leur avaient changé les idées et ils étaient même partis quelques jours en compagnie de Skendar au chalet des montagnes.

Les trois mois de vacances étaient néanmoins passés à vitesse éclair, aussi à quelques jours de repartir en vol, chacun de leur côté, Albator et Salmanille avaient-ils doublement savouré chaque moment en famille.

Vu la chaleur, les grands lits aux drapés fins avaient été dressés autour du petit lac artificiel et chacun s'y était prélassé.

En milieu d'après-midi, Skendar avait suivi une bonne qui était venue l'avertir de l'arrivée d'un visiteur.

Absolument pas intéressé par la diversion, Albator avait continué de câliner une Salmanille ronronnante alors que sur un autre lit, Alhannis et Alcéllya partageaient des jeux d'éveil avec leur petit frère.

Après quelques minutes, Skendar était revenu, se tenant un moment sans mot dire auprès du lit.

Albator se redressa sur ses coudes.

- Alors, papa, que te voulait Ghul Rossteynmer – son général d'amant ne l'a jamais informé que tu étais à la retraite depuis belle lurette, ou quoi ?

- Il me transmettait bien un message du général Oskrel. Il tenait à ce que tu l'apprennes de lui directement.

- Quoi donc ? s'étonna le grand brun balafré, sourcil froncé, gagné par une instinctive appréhension.

- Les lignes de défense frontalières ont été attaquées, il y a trois semaines de cela. Le message des intrus est clair : c'est une déclaration de guerre !

- Ça ne me concerne pas. Je suis un corsaire, je ne me bats que pour moi-même ! La Terre est menacée ? ajouta-t-il.

- Elle le sera, tôt ou tard.

Skendar s'assombrit.

- Mais le souci n'est pas là… L'agresseur…

- Oui, quoi ? ! Qui ! ? glapit Albator, vraiment paniqué à présent.

- C'est la République Indépendante, et les flottes d'invasion sont menées par le général Warius Zéro !

FIN