Chapitre 25

Point de vue : Elena

Assis sur le canapé en compagnie de Damon, nous attendions l'arrivée de Caroline et Bonnie. Damon avait suggéré de faire une « réunion ». Bien évidement j'étais d'accord, mais l'idée de parler de ce qu'il s'était passé ne me tentait pas trop. Surtout, qu'est-ce que nous allions dire ? Stefan n'avait laissé aucun message. Il n'avait rien dit de plus. Soudain Damon se leva et la sonnette de l'entrée retentit. Il alla ouvrir aux filles qui s'installèrent dans le salon, le visage crispé.

- Salut, lançai-je sans entrain.

Bonnie m'esquissa un sourire timide suivit de Caroline. Elles se lancèrent des regards entendus et je me mordis la lèvre redoutant ce que je pressentais avant même que Caroline ouvre la bouche.

- Je sais que tu n'as pas trop envie d'en parler Elena... mais il le faut, murmura-t-elle.

J'acquiesçai en guise de réponse et suivis du regard Damon qui s'assit à côté de moi. Il plaça son bras derrière moi, d'un geste protecteur.

- Est-ce Stefan qui est venu ici ?

- Non, répondit Damon en secouant la tête. Quand nous sommes arrivés, c'était l'odeur d'un humain.

- Donc Stefan a demandé à quelqu'un de le faire à sa place..., murmura Caroline. Mais pourquoi ?

- Surement que c'était beaucoup plus facile pour lui, suggéra Bonnie.

Damon secoua les épaules aux regards de mes deux amis. Je me mordis de nouveau la lèvre à la supposition de Bonnie. Beaucoup plus facile. C'était de l'ironie ou quoi ? Serrant les poings, je m'enfonçai un peu plus dans le canapé et plongeai mon regard dans le vide.

- Qu'est-ce qu'on va faire ? Demanda Caroline qui s'était redressée.

- On va continuer à se préparer, répondit Damon en fronçant les sourcils. Il faut se préparer à une attaque.

Caroline explosa de rire nerveusement avant de se lever d'une traite et de se poster derrière Bonnie.

- Non mais Damon, tu t'entends parler ? S'exclama-t-elle. Une attaque ? Genre comme dans les films ? Deux clans opposés qui vont s'entretuer ?

- Tu crois que ça va se finir comment ? Rétorqua-t-il avec fermeté.

- Ba je ne sais pas moi, soupira-t-elle en haussant les épaules. On peut très bien les attaquer par surprise. Mais pas attendre qu'ils viennent à nous.

- Crois-moi Caroline, mieux vaut attendre.

Caroline soupira et se rassit sur le fauteuil. Je remarquai que Bonnie me jetai des regards discrets, surement en train de guetter ma réaction. Elle soupira légèrement à son tour et je vis son regard se durcir lorsqu'il se posa sur Damon.

- Et tu comptes organiser ça comment ?

- Il va falloir que tout le monde se prépare. Surtout toi, répondit-il.

- Comment ça ?

- T'es la seule à pouvoir maîtriser un vampire à distance.

Elle hocha de la tête.

- Elena veut aussi que je l'entraîne.

A ces mots, les filles se tournèrent vers moi les yeux exorbités et le visage tendu. Cette fois ci, je me redressai et les soutins du regard. Je mettais déjà préparer à leur réaction. C'était tout à fait normal. Elles voulaient tout simplement me protéger mais moi j'avais besoin de ça. J'avais besoin de savoir me battre. Qui sait si Stefan n'allait pas me trouver un jour ? La seule chose qui me gardait debout était de savoir que j'avais la possibilité de mourir, si jamais tout tournait mal, dans la dignité.

- T'es complètement folle Elena, soupira Caroline.

- J'ai besoin de ça, rétorquai-je avec fermeté. Et de toute façon, c'est ce que nous faisons depuis le début.

La blondinette fut surprise de mon ton et cligna des yeux quelques instants avant de lancer des regards incertains vers Damon. Du coin de l'œil, je le vis hausser des épaules. Sans comprendre, la colère me monta à la tête.

- Arrêter de vous lancer des regards comme ça, lançai-je. C'est ma décision. Qu'est-ce qu'il y a de mal à vouloir se battre contre ce connard qui a bousillé ma vie ?!

Cette fois ci, Bonnie redressa sa tête et se mordit la lèvre. Je sentis Damon se raidir.

- C'est pour te protéger, rétorqua-t-elle.

- Peut être mais je ne vais pas attendre qu'il vienne me chercher !

Mes trois amis s'échangèrent de nouveau des regards ce qui m'énerva un peu plus. Je serrai les poings et la mâchoire. Il fallait que je reste calme. Je savais très bien que toutes mes réactions étaient fondées sur ma culpabilité que je ressentais.

- Très bien, murmura Caroline. Mais il faut tout de même qu'on surveille la maison.

- Damon le fera, répondis-je d'une traite.

Je me tournai vers Damon qui acquiesça de la tête avec sérieux.

- Demain, on recommence les entraînements. S'exclama Damon maintenant debout.

- Et moi alors ? S'interposa Bonnie.

- Tu t'entraîneras sur moi, répondit-il en se mordant la lèvre.

- Tu sais que ça va être douloureux ?

- Oui, acquiesça-t-il. Et je sais aussi que tu jubiles au fond de toi.

Ils s'échangèrent des sourires qui en disaient longs. Leur haine respective ne s'était pas atténuée. Je ne le comprenais toujours pas et j'aurais aimé que pour une fois ils fassent comme si de rien étaient pour arranger les choses. Mais c'était surement trop leur demandé.

Quelques minutes plus tard, les filles partirent. Nous étions tous d'accord pour nous rejoindre chez Bonnie demain matin. J'avais hâte de pouvoir me défouler pour extérioriser tout ce que je retenais depuis ces quelques jours. C'était tellement frustrant que ça me rendait irritable. Encore assise à la même place, je me levai d'un bond et sortis à l'extérieur pour m'assoir sur la petite table. Les jambes ballantes, j'explorai le paysage qui s'offrait à moi. Le soleil commençait à se coucher. Quelques rayons perforaient les feuilles des arbres. Le calme régnait ce qui m'apaisa. J'entendis seulement les pas de Damon se rapprocher de moi pour me rejoindre. Il s'assit à côté de moi et garda le silence. Contre toute attente, il m'attrapa la main. Je fus au départ surprise mais la serra. Malgré tout ce qu'il se passait, Damon était là pour moi. Ce qui était le plus incroyable, c'est qu'il se battait contre son frère, pour une simple humaine qu'il ne connaissait depuis que quelques jours, moi. Tout ceci me paraissait invraisemblable et irréel. Mais pourtant c'était bien vrai. Il fallait aussi l'avouer, Damon était le seul à pouvoir me sauver.

Eclipse de deux heures.

Debout devant le frigo, j'essayai de trouver quelques choses à grignoter. Même si je n'avais pas faim, Damon m'avait forcé. Ce dernier était planté derrière moi un petit sourire aux lèvres. Je lui jetai un regard en plissant les lèvres. D'un mouvement de tête, il m'obligea à reporter mon attention sur le frigo. Je levai les yeux au ciel et attrapai un Tupperware dans lequel il restait des pattes. Je les installai dans le micro ondes et attendis qu'elles soient cuites.

- Tu n'as pas faim ? Lui demandai-je le dos tourné.

- Non merci, répondit-il.

J'attrapai une assiette et des découverts et m'installai sur le plan de travail pour manger. Damon me lança un regard qui me faisait comprendre : « Tu peux pas manger comme tout le monde ? A une table ? ». Je secouai la tête et il fronça les sourcils. Une fois mon assiette terminée et rangée dans le lave vaisselle, je m'installai sur le canapé aux côtés de Damon. Il me proposa de regarder un film mais je refusai. Je n'avais pas du tout la tête à ça.

- Tu veux parler ? Lança-t-il.

Sa question me déstabilisa. Je plongeai mon regard dans ces yeux bleus qui me fixaient habilement.

- Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Répondis-je la voix tremblante.

- Je ne sais pas, ce qu'il y a là, au fond de toi.

Ses doigts se posèrent sur mon ventre. Je déglutis et baissai la tête. Rapidement, il les enleva et posa sa main sur coussin à côté de moi. Damon avait le don de me déstabiliser. C'était la première fois que je ressentais ça. Je n'avais pourtant pas envie d'en parler mais une partie au fond de moi m'incitait à me confier.

- Je me sens coupable, lançai-je.

- Je sais, mais pourtant tu ne l'es pas, rétorqua-t-il.

- Bien sur que si, j'aurais du la protéger.

- Elena, on ne peut pas deviner tout ce qu'il va faire, soupira-t-il. Il est capable de tout, tu le sais autant que moi.

- Peut être, mais j'aurais du faire plus attention.

Il attrapa mon bras, m'obligeant à me tourner vers lui. Ses yeux étaient remplis d'une émotion que je n'arrivais pas à distinguer.

- Elena... Je veux que tu arrêtes de te sentir coupable d'accord ?

- Mais...

- Non écoute moi ! Me coupa-t-il. Je veux que tu arrêtes et maintenant. Ce n'est pas de ta faute ok ? De toute façon Stefan l'aurait tué qu'elle soit ici ou ailleurs. Crois-moi. Maintenant il faut que tu gardes dans l'optique que tu vas te venger.

Je restai bouche bée quelques minutes avant de baisser la tête et de me plonger dans mes pensées. Peut être avait-il tout simplement raison. Pourtant je ne pouvais pas m'en empêcher. C'était plus fort que moi. Avec le temps, arriverai-je à me déculpabiliser. Je laissai régner le silence.

- Est-ce que je peux te poser une question ?

- Oui.

- Tu vas accepter le fait que je tue ton frère ? Comme ça, sans rien dire ?

Cette fois ci, ce fut lui que me fuyait du regard. Il se tourna vers la télé éteinte et se mordit la lèvre. Ses yeux se froncèrent. Toute l'assurance qu'il avait quelques minutes plus tôt disparut pour laisser place au doute. Je regrettai soudain ma question. Peut être avais-je été trop directe.

- Je ne le considère plus comme mon frère depuis longtemps, murmura-t-il.

J'allais lui demander pourquoi mais me ravisai. Damon n'avait surement pas envie de parler. Et on pouvait dire que ce n'était pas réellement mes affaires. Une histoire de famille que je ne pourrais surement jamais comprendre. De plus, l'essentielle pour moi était que Damon soit de notre côté. Peut être qu'un jour il voudra en parler. En guise de réponse, j'acquiesçai et lui lançai un sourire timide. Il me le rendit, néanmoins je remarquai que ces yeux étaient brillants.

- Tu dors ici ? Demandai-je.

- C'est une invitation ? Rigola-t-il.

Je levai les yeux au ciel.

- C'est une question, soupirai-je.

- Comme tu veux.

- Et bien tu dormiras sur le canapé puisque tu dois surveiller, rigolai-je à mon tour.

Il me sourit et acquiesçai. D'une traite, je me précipitai pour attraper une couette et un coussin ranger dans l'armoire de ma chambre. De retour dans le salon, je lui tendis. Il rigola avant de secouer la tête.

- Je vais dormir, lançai-je.

- Très bien, sourit-il. Bonne nuit Elena.

- Bonnie nuit.

Je pivotai et me dirigeai vers mes escaliers. Je l'entendis se coucher après avoir enlevé ses chaussures. Je me tournai une dernière fois. Il avait les yeux fermés et la couette roulée en boule posée sur la petite table.

- Merci d'être là, murmurai-je.

Ses yeux s'ouvrirent en grand. Il resta sans bouger quelques secondes, la bouche légèrement entrouverte avant de hocher de la tête avec un sourire timide. Je lui rendis et montai les escaliers pour aller me coucher. Une bonne nuit de sommeil avant d'entamer les choses sérieuses qui me faisaient, il fallait l'avouer, extrêmement peur.