CHAPITRE 25

Il pleut des trombes d'eau sur la campagne génoise, impossible de mettre le nez dehors, et pourtant j'en aurais bien besoin, histoire de m'aérer les neurones. Voilà près de quinze jours que Jacob Black s'est fait tirer dessus et se trouve dans un état assez lamentable dans un hôpital romain. Bien évidemment, Bella ne peut pas s'y rendre, ni aucun autre ponte dela Famiglia, du coup c'est Lorenzo qui a été dépêché sur place pour veiller au grain. Tout le monde est dans un état de stress assez perceptible, puisque d'après ce que j'ai pu comprendrela Camora, la mafia napolitaine, serait impliquée dans cette histoire. Pendant mes séances d'entrainement au stand de tir avec Rosalie, celle-ci m'a affirmé qu'ils craignaient tous que Sulpicia transforme une guerre de famille en guerre des mafias.

C'est pourquoi Isabella a décollé tôt ce matin pour rencontrer Elezar Denali, Capo dela , je suis dans un état de stress pas possible rien qu'à cette idée. Leur rendez vous a lieu en terrain neutre, dans un hôtel donnant surla Viadella Conziliatione. Je trouve ça d'ailleurs d'un cynique sans nom, choisir un hôtel donnant sur l'avenue principale amenant directement à St Pierre de Rome et donc au Vatican pour une rencontre mafieuse ! C'est même carrément se foutre de la gueule du monde. Enfin bon, moi j'dis ça, j'dis rien. Ou alors, c'est peut-être pour calmer les esprits surchauffés des deux Capi qu'ils ont décidé d'un lieu entouré de l'aura pleine de bon sentiment du Vatican… Mouais ! Pas très convaincant.

Je ne sais pas comment se trouve Denali, mais Isabella a été survoltée pendant ces deux dernières semaines. C'en était infernal pour moi parce qu'elle a été encore plus chiante qu'en temps normal, et pour Emmet avec lequel elle a passé son temps à s'engueuler. Alberto lui la regardait comme une enfant turbulente en pleine crise et Alec… lui, ça lui glissait dessus comme l'eau sur les plumes d'un canard. Depuis notre premier dîner avec lui, il passe souvent la soirée dans nos appartements. Il est d'un « je m'en foutisme » total, c'en est presque effrayant. J'ai l'impression que pas grand-chose l'affecte. Après, Rosalie me disait qu'Isabella ne laissait rien paraître de ses émotions, que ce soit dans les réunions, les expéditions, dès qu'elle est en dehors de notre appartement, en fait. Mais avec moi, Bella est une palette complexe d'émotion, tout y passe. Elle se lâche totalement dès qu'elle n'est qu'avec moi, Emmet, Alberto et de plus en plus souvent Alec.

Enfin bref, ces deux dernières semaines ont été bien compliquées à gérer. Ah, si j'allais oublier Alice qui me téléphone à peu près de fois par jour pour me parler de mes boutons de manchette ou encore de la couleur de la tenture du Barbican Center, la salle attitrée du Symphonique de Londres. Bref des inepties qui me passent à trois mille au dessus de la tête, mais qui ont au moins le mérite de me sortir quelques instants de l'ambiance du Castello. Le voyage à Londres, voilà un sujet qui a fait trembler les murs du vieux château sous les éclats de voix d'Isabella et d'Emmet. Personnellement, je ne la ramenais pas trop parce que je suis le seul responsable de la situation. Une confrontation assez incroyable…

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Bella est descendue trafiquer je ne sais trop quoi et entre temps, j'ai ouvert à Alec qui croisant sa cousine dans les couloirs lui avait dit qu'ils avaient un compte à régler àla tous les deux, assis l'un en face de l'autre, ne sachant pas quoi dire. Pour retrouver une contenance, j'attrape le livre que je lisais avant d'être interrompu : Le Prince de Machiavel. C'est Rosalie qui m'a conseillé de le lire, elle m'a dit que cet ouvrage faisait partie intégrante de l'éducation qu'avait reçu Isabella et que cela m'aiderait à la comprendre un peu plus. Pour patienter, Alec lui zappe sur les différentes chaînes de télévision. Je ne sais pas trop combien de temps nous sommes restés ainsi jusqu'à ce que le bruit d'un coup de feu nous fasse sursauter

Alec se tourne vers moi, les sourcils froncés, et sort son arme, un Beretta, lui aussi. Il se lève doucement pour se plaquer contre le mur à côté de la porte et d'un signe de main, il me demande de me baisser. Sans réfléchir, je lui obéis, le cœur palpitant des milliers de questions se bousculant dans ma tête. Qu'est ce qu'il se passe ? Qui a tiré ? Où est Bella et est ce qu'elle va bien ? Sans geste brusque, Alec tourne la poignée de la porte blindée pour l'entrouvrir légèrement.

Nous entendons distinctement la voix d'Emmet, complètement teintée de rage :

- Io lo uccido ! Io lo uccido ! (Je vais le tuer)

Alec, complètement abasourdi par ce que répète inlassablement, se tasse sur lui-même, et son visage pâlit. Son attitude est bizarre… Et pourquoi Emmet voudrais le tuer ? A moins qu'il…

- Se si tenta, è lei che morirà ! (Si tu essayes, c'est toi qui mourras)

La voix d'Isabella a claqué, froide. Alec tente alors de regarder ce qu'il se passe dans le couloir. Il se fige complètement une fois la porte grande ouverte. Je m'approche à mon tour pour découvrir Emmet et Isabella se tenant chacun en joue. Aucun des deux ne tremble, ils sont neutres. Qu'est ce que ce bordel ? C'est à ce moment là qu'Alberto arrive de l'autre côté du couloir et voyant la situation, se met entre les deux.

- Je pense que vous devriez régler vos différents sans avoir à recourir aux moyens extrêmes. De plus, vous avez des spectateurs

D'un même mouvement, Isabella et son bras droit tournent leurs yeux vers nous, puis baissent chacun leur arme. Le majordome secoue la tête, un peu désespéré avant de repérer un point dans le fond du couloir.

- Je croyais que la règle était d'éviter tout coup de feu dans les endroits non appropriés, Signorina.

- Pour cela voyez avec Emmet Alberto ! Je ne m'amuse pas à tirer n'importe où, moi !

Je regarde à mon tour le mur du fond pour y apercevoir un impact de balle. Le coup de feu que l'on a entendu. Reportant mon attention sur les trois personnes, Alec ayant retrouvé sa place dans le canapé, je constate qu'Emmet me regarde férocement.

- Toi ! Me lance-t-il en me pointant du doigt. Comment peux-tu être aussi con et inconscient !

Je crois avoir compris où est le problème ! Il s'avance vers moi avec détermination, Isabella le voyant faire, soupire de lassitude. Il va vraiment falloir que je justifie cette décision. Je savais que ça allait poser problème…

- Si on discutait calmement.

- Comment veux-tu que je sois calme ? Tu as pris la décision de jouer à Londres au détriment de la sécurité dela Famiglia !

- Comment veux-tu que je justifie un refus au symphonique de Londres ?

- Mais par n'importe quelle excuse, crétin !

- Tu n'en a aucune idée. On ne dit pas non à Londres si on n'a pas une raison entièrement valable.

- Tu pouvais en inventer une.

- Alice m'a pris de court.

- Tu aurais dû lui dire que tu y réfléchissais.

- Quand l'Orchestre Symphonique de Londres te propose une prestation avec Tchaïkovski au programme, tu ne réfléchis pas, tu dis oui. Mais le gros ours inculte que tu es n'en strictement aucune idée.

- Tout ce que je sais, c'est que par ta décision, tu mets en danger Isabella et donc toute la Famiglia mais l'espèce de crétin naïf que tu es n'en as aucune idée !

- J'ai dit à Isabella de ne pas venir avec moi, je ne l'oblige à rien.

- Non seulement, tu es un poids mort pour tout le monde mais en plus tu te permets d'être dangereux. Je savais que j'aurais dû t'abattre en décembre.

Il a raison, un poids mort, c'est vrai que je suis un poids mort. Sa réplique m'a coupé toute envie de répliquer. J'apprends à tirer mais qu'est ce que ça change réellement ? Je suis dangereux pour la sécurité d'Isabella et en acceptant ce concert, je… Mais putain, j'en rêve. Jamais je n'aurais imaginé que les sacrifices à faire soient aussi importants. Je m'assoie, un peu sonné, dans le canapé, personne ne parle, personne ne bouge, tout du moins, je ne le crois pas. Il faudrait que je sacrifie ma carrière à cette putain de mafia. Ils s'attendent à ce que je fasse primer leur merde par rapport à ma passion. Ils veulent que je devienne comme eux, prêt à tout pour leur immonde trafic, pour que tout puisse continuer. En fait Bella, ils s'en foutent, du moment qu'eux peuvent continuer leurs magouilles. C'est le Capo qu'il protège, pas la personne elle-même. Alors si même la personne du Capo ne les intéresse pas, moi, n'en parlons pas.

- C'est bon maintenant tu es calmé, Emmet ?

Isabella est assise sur l'accoudoir de mon fauteuil, je ne l'avais même pas remarquée.

- Isabella… Soupire son bras droit.

- Quoi que tu puisses dire, jusqu'à nouvel ordre, je décide de mes faits et gestes.

- Désolée de te dire que ce connard te met en danger, toi et la Famiglia.

- Et répondre non à ce concert ne fera qu'accroitre les soupçons sur nous. Parce que même si je n'y connais pas grand-chose en matière de musique, il n'est pas un artiste sensé qui refuserait la proposition qui a été faite à Edward.

- Oui mais notre logique obéit à d'autres règles.

- Que le grand public ne peut en aucun cas connaître. Or Edward n'est peut être pas une rock star mais il fait parti de ce monde là. Personne n'aurait compris pourquoi il aurait refusé sauf si on fait le rapprochement avec moi et franchement ce n'est pas bien compliqué à trouver.

- Tu sais que c'est dangereux, que Sulpicia n'a aucun scrupule et qu'elle n'hésitera pas à intervenir en Angleterre.

- Sauf que maintenant la donne a changé.La Camora est impliquée et elle n'acceptera jamais d'intervenir directement sur le sol anglais.

- Elle peut le faire avec seulement ses hommes.

- Oui mais pour le moment, elle n'a aucun moyen de s'introduire en Angleterre avec son matériel. De plus si nous avertissons les Pakistanais, nous lui coupons ainsi toute entrée possible sur le sol britannique. Et comme ils nous doivent plus d'un service…

- Il te met en danger, Isabella, en allant à Londres, même s'il est seul.

- Nous y allons tous les deux, que ça te plaise ou non. Libre à toi de décider qui devra nous accompagner.

- Tu devrais rester là, Isabella. Per favore.

- C'est hors de question, Emmet. Après je te laisse carte blanche au niveau de la logistique. Et puis, ce sera un excellent moyen pour moi de redorer un peu mon image.

- Pardon ?

- Oui, les rumeurs courent sur mon implication dans la mafia. Ce qui laisse tout le monde perplexe c'est mon âge. Aller à Londres pour le concert d'Edward ne pourra aller que dans le sens des partisans de la jeune fille sage.

Emmet n'ajoute rien, Alec a le regard fixé sur sa cousine et moi, je ne sais plus vraiment sur quel pied danser. Bien qu'opposée au départ à ma décision, Isabella, le Capo, l'a appuyée et même a trouvé des arguments en sa faveur. Je me sens mal, tout est déséquilibré entre Bella et moi. C'est elle qui me défend, me protège, se bat pour notre couple plus qu'atypique, et moi, je ne lui apporte rien si ce n'est des complications supplémentaires. Je suis incapable de défendre ma cause face àla Famiglia… Ou alors, c'est que je ne l'ai pas pris dans le bon sens. Isabella n'a justifié cette décision, non pas par mon intérêt mais par celui dela Famiglia.C'est vrai que c'est un peu tirer par les cheveux et quand Bella a décidé de venir avec moi, à aucun moment elle n'a pensé àla Famiglia.C'est comme cela qu'il faudra que j'opère à l'avenir. Isabella ne serra pas tout le temps là pour me défendre, je vais devoir apprendre à trouver les moyens de justifier mes actes par moi-même.

- Je persiste à dire que c'est une mauvaise idée. Reprend alors Emmet. Même si je comprends pourquoi Edward doit y aller.

- Ok, je vais donner ce concert. Lui réponds-je. Comment justifie-t-on l'absence d'Isabella alors qu'elle est sensée être chez sa tante, en Angleterre ?

- Parce qu'elle n'est obligée d'être là à tous tes concerts. Dit Emmet.

- Bonne idée, Edward ! S'exclame Bella. On va prier la tante Athenodora de venir avec son mari. Comme ça, on renforce l'idée que je suis chez elle en villégiature.

- Et que nous n'avons pas rompu tout contact, même si tu es émancipée. Poursuis-je en la regardant droit dans les yeux, le sourire aux lèvres. Parce qu'on m'a fait quelques remarques là-dessus à Madrid.

- Il va donc falloir que je prévienne Alice rapidement pour le nombre de places qu'il nous faut. Je me tourne alors vers Emmet. Parce qu'à part Isabella, sa tante et son mari, je suppose qu'il y aura des mains noires dans la salle.

Emmet est assez abasourdi par la tournure de la conversation, mais il se reprend rapidement.

- Je serai là, ainsi que Lorenzo.

- Et maître Whithlock, j'ai des projets pour lui.

Je fais une grimace à Bella en repensant à sa conversation avec Alec sur le sujet.

- Pourquoi tu veux l'emmener Isabella ? Lui demande Emmet.

- Parce qu'il y a quelques affaires officielles qu'il faudrait que nous réglions dans la City. On fera d'une pierre deux coups.

- Donc cela fait six places au moins, tu penses qu'il en faudrait d'autres Emmet ? Ah si, il faudra se montrer discret car il y a de fortes chances que les sécurités soient renforcées, puisque la présence dela Reine est annoncée.

Il me regarde perplexe avant de me répondre…

- On sera donc limité au niveau de nos armes… Mais cela fait une sécurité supplémentaire face à Sulplicia et ses sbires. Ce sera suffisant pour le concert. En revanche, il y aura du monde dehors.

- En plus de Scotland Yard et des services de sécurité britanniques. Et bien, ça va devenir Fort Knox ! Commente Alec se manifestant pour la première fois depuis le début.

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Depuis cette discussion, Emmet travaille sur ce voyage en Angleterre, en bougonnant… Enfin, c'est ce que Rosalie m'en a dit. Mais elle m'a aussi clairement fait comprendre qu'il ne fallait pas, et je cite « me prendre pour un lapin de six semaines, à l'inverse d'Emmet, et que jamais vous n'avez pensé à la Famiglia, Isabella et toi ! » Bref, ça c'est un point de régler… Mais la fusillade qui a sérieusement amoché Black a mis tout le monde en sur les nerfs. Au point que des erreurs ont été commises, changeant considérablement la donne l'état d'esprit d'Isabella. Il y a quatre jours, les mains noires ont réussi à mettre la main sur un proche de Sulpicia Dès qu'Alec l'a prévenue de cette capture, Isabella a disparu près de trois heures dans les sous sol du Castello.

J'ai eu beau interrogé Alberto sur ce qu'elle faisait, il n'a jamais voulu me répondre. Quand elle est enfin remontée dans l'appartement, elle semblait marcher au radar, ses yeux étaient vides. Elle s'est assise sur le canapé, sans un mot. Elle n'a pas allumé une seule lumière en rentrant. Quelque chose n'allait pas...

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Je m'assois à côté d'elle et appuie sur l'interrupteur de la lampe sur la commode. Je peux la regarder plus distinctement et ce que je vois m'horrifie : elle est couverte de sang. Ses vêtements sont imbibés, son visage recouvert de multiples éclaboussures, ses ongles en sont imprégnés. Elle est absente, complètement.

- Bella, Bella… L'appelle-je doucement.

Je passe mes doigts dans ses cheveux pour essayer de la faire revenir. Qu'est ce qu'il s'est passé ? Je l'appelle encore, incessamment, pendant je ne sais combien de temps quand elle réagit enfin et tourne ses yeux vers moi. Ses yeux reprennent vie, mais c'est pour se remplir de larmes… Elle plonge son visage dans mon cou, et pleure de tout son saoul. Je ne peux que la serrer contre moi, essayer de l'apaiser, mais je suis totalement impuissant face à sa détresse. Après un long moment, je m'écarte d'elle lentement pour lui demander :

- Bella, qu'est ce qu'il s'est passé ?

- Il n'avait rien fait. Me répond-elle entre deux sanglots.

- Pardon ?

- Il n'avait rien fait, il n'y était pour rien…

- Mais de quoi parles-tu ?

- L'homme qu'on nous a ramené, il n'avait rien fait.

- Qu'est ce qu'il s'est passé, Bella ?

- Tu ne veux pas savoir. Me dit-elle en s'écartant brusquement.

Elle essaye de se lever mais je la retiens pour la plaquer de nouveau contre moi.

- Je ne veux pas que tu saches… Ce n'est pas possible. Murmure-t-elle.

- Je suis plus solide que tu ne le crois, Bella.

- Mais pas pour ce genre de chose.

- Bella. Je lui redresse le menton pour la regarder dans les yeux. Je savais qu'un jour ou l'autre je serai confronté à ça. Je veux que tu puisses t'appuyer sur moi, sinon, je te sers à quoi Bella ? Dis moi ce qui s'est passé et ne m'épargne pas.

- Edward, je…

- S'il te plait, dis le moi.

Elle prend une grande inspiration pour calmer ses larmes puis baisse les yeux.

- Les mains noires nous ont amené un homme, Antonio Pelotta, parce que c'est un homme de main de Sulplicia. Il a été attaché dans une des salles du 2ème sous sol. Ce sont… ce sont les salles où l'on enferme et torture les gens qui nuisent à la Famiglia. Quand je suis descendue, Lorenzo avait déjà commencé à le frapper.

Elle s'arrête, je sens qu'elle hésite à poursuivre. Je n'ose pas bouger, de peur de la couper dans son élan. Je m'attends vraiment à entendre des horreurs.

- Je lui ai demandé de stopper et j'ai pris le relais. J'ai… je… je l'ai torturé. Avec un couteau et une bougie. Il fallait que je sache ce que prévoyait Sulpicia, je devais savoir. On en tenait un sous la main. Il devait parler.

Elle a torturé un homme sans aucun scrupule, sans sentiment, sans respect pour la vie humaine. Mon Dieu, je hais Isabella, comment peut-elle faire ça ? J'ai envie de reculer, de m'éloigner. Et pourtant là, devant moi, ce n'est pas Isabella qui se tient, c'est Bella. Qui est complètement effondrée.

- Et pendant que je m'acharnais sur lui, il criait, il pleurait, il disait qu'il ne savait pas de quoi on parlait. Il demandait à ce qu'on le laisse rentrer chez lui, qu'il puisse retrouver sa femme et ses enfants. Il me suppliait de le laisser les revoir. C'était tout ce qu'il voulait.

Elle reprend son souffle, ses larmes continuent à couler sur ses joues. Je me demande ce qui la rend comme ça alors que torturer quelqu'un lui semble normal.

- A un moment, je me suis arrêtée pour boire, l'homme n'était que gémissement. Quand je me suis retournée vers lui, il m'a fixée pour me dire que sa fille avait mon âge, et qu'elle allait souffrir autant que moi de la perte de son père. Sur le coup, je n'ai rien ressenti… Il continuait de me supplier mais il n'a jamais parlé, dit quoi que ce soit à propos de Sulpicia. Finalement, il s'est effondré sur lui-même inconscient. Et c'est là qu'Emmet est entré.

Elle se tait de nouveau, le visage baissé. Notre seul contact, c'est sa main dans la mienne.

- Les mains noires se sont plantées… Elles n'ont pas enlevé la bonne personne. Crie-t-elle, me faisant sursauter. Ce pauvre type n'avait rien à voir avec tout ça, il n'a jamais rien fait contre qui que ce soit.

Bella semble aliénée, les larmes dévalant toujours sur son visage. Elle s'est levée et frappe ses poings contre le mur.

- Il n'avait rien fait… Et moi, je l'ai torturé, alors qu'il n'y était pour rien… Pour rien. Finit-elle en hurlant.

Je n'ose pas m'approcher, je ne sais comment elle peut réagir. Je n'arrive pas à la reconnaitre, je suis perdu face à cette fille qui pleure et crie sa rage contre le mur. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi elle réagit de cette manière, elle a déjà tué et torturé… Enfin pour le second, je n'en suis pas sûr. Mais ce qui me rassure quelque part, c'est qu'elle n'est pas totalement insensible à ce qu'elle fait, aux crimes qu'elle commet. Et malgré l'envie de vomir que me donne ses actes, leur monstruosité, j'arrive encore voir Bella derrière. Bella, l'adolescente lancée trop tôt dans le monde des adultes. En cet instant, sa détresse me retourne le ventre et je suis là, assis comme un con, ne sachant que faire. Je la regarde s'escrimer contre ce mur qui devient celui des Lamentations. J'ai l'impression qu'elle veut se faire mal, se briser les mains, pour se punir…

Elle commence à se calmer, tout en s'effondrant le long du mur. J'en profite pour m'installer à ses côtés sans pour autant oser la toucher. Elle essaye de reprendre son souffle, elle veut poursuivre :

- Emmet a été obligé de l'abattre. On ne pouvait pas le laisser partir, pas après ce qu'il s'est passé. Il ne s'est pas senti partir, il était toujours inconscient. C'est là que je suis sortie, j'en ai même été malade en sortant. Murmure-t-elle. J'ai… j'ai… j'ai torturé un innocent, une personne qui n'avait aucun lien avec la Famiglia. Il m'a suppliée de l'épargner et moi je suis restée sourde, je me suis moquée de lui. Je… j'ai même pris du plaisir à le faire, à lui faire mal, à le voir souffrir. Mais il n'avait rien fait, il n'avait demandé. Il voulait juste que je le relâche, qu'il puisse revoir ses enfants…

- Bella…

- J'avais jamais fait ça. Se remet-elle à pleurer. Jamais, jamais sur un innocent. Jusque là, je faisais taire ma conscience parce que les personnes qu'on liquidait étaient une menace pour nous. C'est ce qui m'empêche de devenir folle, tant que l'intérêt de la Famiglia est là, je peux le faire sans scrupules… Mais là…

- Ma Bella, calme toi.

- Je me sens tellement mal, j'ai mal au cœur, je me dégoute…

Elle s'effondre sur elle-même, de nouveau secouée par des sanglots, moins violents qu'au parant mais qui me font tout aussi mal. Je n'y tiens plus et l'encercle de mes bras pour la plaquer contre moi. Elle s'agrippe à ma chemise, comme si sa vie en dépendait… C'est peut-être le cas. Je lui caresse les cheveux et tente de la calmer. Elle marmonne quelque chose que j'ai du mal à percevoir.

- Sono un mostro… sono un mostro…

- Bella…

- Comment peux-tu rester auprès d'un monstre, Edward ? Comment arrives-tu à me supporter, alors que j'aime faire du mal aux gens ? Alors que je m'amuse de la souffrance que j'inflige aux autres ? Moi, si j'étais toi, je partirai pour ne plus être mêlé à de pareilles horreurs.

- Oui mais tu n'es pas moi…

- Tout ce que tu trouves avec moi, c'est la noirceur, l'écœurement, ce que l'être humain a de plus méprisable, de plus ignoble… Je suis un montre, tu entends Edward. Crie-t-elle avant de reprendre doucement. Pourquoi restes-tu ?

- Parce que tu as encore une conscience Bella…

- Pardon ? Me répond-elle en relevant ses yeux rouges vers moi. Comment peux-tu encore croire ça après ce que je viens de te raconter ?

- Oui, je le crois Bella, tu as encore une notion de bien et de mal… même si elle est assez biaisée. Mais elle est là, en toi. C'est ce qui te fait souffrir maintenant, Bella, parce que tu sais que ce que tu as fait était monstrueux. Tu le reconnais toi-même.

- Tu vois tu le dis que je suis un monstre.

- Non ! Crie-je à mon tour la faisant sursauter. Tu. N'es pas. Un. Monstre ! Oui, tes actes sont monstrueux, mais tu te sens coupable, Bella. Les monstres ne se sentent pas coupables des crimes qu'ils commettent.

- Mais rien ne peut pardonner ce que j'ai fait. J'ai infligé à des enfants ce que je vis. Je les ai privés de leur père, parce qu'on s'est trompé, parce qu'on a commis une erreur.

- Bella.

- Ils vont savoir que c'est horrible de ne plus avoir ses parents, d'avoir tout perdu… De ne plus pouvoir compter sur personne pour vous protéger… pour vous sentir en sécurité tout le temps…

- Je sais que ce n'est pas suffisant mais je suis là, Bella. Même si tu n'as pas besoin de moi et que je…

- J'ai besoin de toi, Edward. Si tu n'étais pas je… je… je me serais noyée dans le sang et la souffrance que j'infligerais aux autres. Je n'existerais plus sans toi.

- Mais je ne peux pas te protéger, ni te faire te sentir en sécurité.

- Je ne suis en sécurité que quand je suis contre toi, dans tes bras. Même si je le mérité pas, je ne te mérité pas.

- Laisse-moi en juger par moi-même, Bella. Je lui relève le menton avec le bout des doigts pour la regarder dans les yeux. Je t'aime Bella, malgré tout. Je t'aime.

J'enfouis mon visage dans ses cheveux tout en la serrant d'avantage contre moi et en lui répétant inlassablement mes sentiments pour elle. Elle en a besoin pour se raccrocher à quelque chose pour ne pas basculer. Elle reprend enfin la parole, le souffle court dû à ses pleurs :

- Je t'aime Edward, même si je ne devrais pas, je suis trop horrible pour ça. J'ai tellement besoin de toi. Si tu n'étais plus là j'en crèverai alors que je ne te mérite pas. Mais Edward…

Elle n'ose pas poursuivre alors que je sens qu'elle a encore besoin de vider son sac, elle a besoin de moi. Même si je ne le perçois pas forcément, elle a besoin de moi.

- Vas y Bella, n'hésite pas à me parler. De tout, du pire comme du meilleur.

- …

- Je veux être ton épaule et ton soutien et tant pis si ce que tu peux me raconter me choque. Pour toi, je suis prêt à entendre et à supporter n'importe quoi.

- Ils me manquent tellement. Lâche-t-elle dans un nouveau sanglot.

Je ne peux que deviner les personnes auxquelles elle pense. La douleur du deuil qu'elle porte ne s'est pas estompée, mais elle le cache si bien qu'on a tendance à l'oublier. Pourtant, elle est toujours là, très présente, et Bella ne l'exprime qu'avec moi.

XOXOXOXOXOX

Nous sommes restés longtemps assis par terre et je n'ai pas senti Bella s'endormir. Doucement je l'ai amené dans sa chambre et l'ai déshabillée pour ensuite lui enfiler ma chemise par-dessus ses sous vêtements. Une fois fait, j'ai pris ses vêtements souillés de sang et je les ai jetés directement à la poubelle. Enfin, en retournant auprès d'elle, j'ai vu qu'elle portait toujours les traces d'hémoglobines sur son visage malgré ses larmes nombreuses. Ramenant un récipient d'eau chaude et une petite serviette, je lui ai nettoyé la figure ainsi que ses mains avec le plus de délicatesse possible pour ne pas la réveiller, mes doigts glissant sur sa peau. Essayant même dans son sommeil qui semblait agité de lui faire comprendre ma présence à ses côtés. Elle était et est la chose la plus précieuse à mes yeux et malgré tout elle méritait que je la traite de cette manière. Elle s'est réveillée plusieurs fois dans la nuit, à chaque fois au bord des larmes. Et à chaque fois, elle m'a demandé si je pouvais la prendre dans mes bras. Elle avait besoin de sentir ma volonté à rester avec elle, de sentir que c'était bien ce que je voulais. A chaque nouveau réveil, je l'ai bercée, lui ai redis encore et encore que j'étais incapable d'être loin d'elle, que je ne le supporterais pas, que je l'aimais plus que tout.

Quelque part sa réaction ce soir là m'a rassuré sur la conscience d'Isabella. Tout n'a pas été totalement corrompu par la Famiglia, il reste en elle tout un pent qui discerne encore le bien et le mal. Le lendemain, Bella n'est pas sortie de l'appartement, elle restait greffée à moi, comme si j'étais une bouée de sauvetage, sa bouée, l'empêchant de sombrer. Même quand je jouais, elle a voulu s'installer contre moi sur le tabouret du piano. D'habitude, elle s'assoit dans le gros fauteuil à côté mais là, elle avait en permanence besoin d'un contact physique avec moi.

Ce jour là, elle n'a pas voulu laisser venir Alec qui n'a pas très bien compris ce qu'il se passait. Quand à la visite d'Emmet, elle s'est braquée contre lui. Il lui a dit que les responsables ont été sanctionnés mais elle s'est mise à crier qu'elle n'avait pas reçu son châtiment et lui non car il avait également sa part de responsabilité. Son bras droit a été complètement dérouté par la réaction d'Isabella, et aussi, par la non réaction de Bella vis à vis de ceux qui avaient été puni.

Car j'ai l'impression que depuis cet évènement Bella a pris le dessus sur Isabella. Et bien que cela me convienne à moi personnellement, je sais que pour sa sécurité, pour la Famiglia, c'est une mauvaise chose. Je suis donc complètement pris dans ce dilemme, égoïstement je souhaiterai qu'elle soit Bella en permanence mais c'est trop dangereux pour elle. En ce moment même, elle va rencontrer un autre chef important de la mafia et je sens qu'elle n'est pas en état de le faire. Je suis inquiet pour elle plus que d'habitude. J'ai même demandé à Emmet de veiller très soigneusement sur elle.

Cet épisode a brisé quelque chose en elle, je n'arrive pas à voir jusqu'à quel point cela va perturber son fonctionnement. J'espère juste qu'elle ne fera rien d'inconsidéré.

L'interphone de l'appartement interrompt mes réflexions. Sans vraiment me soucier de qui est derrière, j'ouvre la porte blindée. C'est avec surprise que je constate la présence d'Alec. Je dois faire une drôle de grimace car il me regarde bizrrement.

- Je peux faire quelque chose pour toi ? Lui demande-je.

- Est-ce que… je peux passer la soirée là ?

- Si tu veux…

Je le laisse entrer, surpris par sa demande, mais je n'ose pas l'interroger d'avantage. Il va s'installer dans le canapé et attrape une des nombreuses bandes dessinées que Bella a laissé trainer. Je vais de nouveau m'installer au piano pour continuer de répéter les morceaux de Tchaïkovski que je devrai jouer en mars. J'ai pu récupérer toutes les partitions annotées la semaine dernière. Alors que je m'interromps pour aller boire, Alec prend la parole :

- Ça doit te paraître étrange de me voir là.

- Oui, un peu.

- Je ne sais même pas bien pourquoi, je suis venu. Mais, je me sentais oppressé, tout seul de l'autre côté.

- …

- Depuis que je suis arrivé ici, je ne me suis jamais autant senti à ma place.

- C'est-à-dire ?

- Mon père ne m'adressait la parole que quand il avait besoin de moi. Et ce n'était pas souvent.

- Et…

- Isabella est spéciale mais… j'ai l'impression qu'en fait, on sait ce que ressent l'autre.

- Vous vous ressemblez tous les deux et pas seulement à cause des liens du sang. Lui réponds-je.

Voilà maintenant que je deviens psy pour jeunes mafieux. Alec reprend :

- C'est ce que je me dis. En fait, j'ai l'impression d'avoir… d'avoir un semblant de famille. Ici, tout le monde fait attention à moi : Emmet, Alberto, Angela Verbera et Halei. Ça ne m'était jamais arrivé. Et même toi, tu me prends en considération alors tu pourrais m'ignorer.

- Ce n'est pas vraiment dans mon tempérament.

- En tout cas, l'autre soir, quand tu nous as engueulés avec Isabella parce qu'on avait mis un coup dans ton piano.

- Oui… Quand je repense à mon pauvre piano à ce moment là, j'en ai encore des sueurs froides.

- Et ben, j'ai eu l'impression que tu tenais un peu à moi et ça m'a fait plaisir. Mais je t'interdis de répéter ça à qui que ce soit ! Finit-il plus durement.

- C'est vrai, je trouve que t'es pas un mauvais gamin, t'es même plutôt attachant, surtout quand tu t'engueules avec Bella. Et effectivement vous avez des caractères similaires tous les deux. Et promis je ne dirais rien à personne.

Nous n'avons plus dit un mot de la soirée si ce n'est bonsoir quand il est allé rejoindre sa chambre. Je sais qu'il est l'héritier d'Isabella et qu'il pourrait être dangereux pour elle s'il avait envie d'accélérer la succession. Mais j'ai le sentiment profond qu'elle va avoir besoin de lui, vraiment besoin de lui, au niveau de la Famiglia.

Assis sur mon lit, j'attends que Bella m'appelle, en sortant de sa rencontre avec Denali. Je sais qu'elle va le faire, mais je redoute vraiment la façon dont ça se passe. Pourvu qu'elle ait pu se montrer ferme et sans faille, pour sa propre sécurité. Bella, appelle-moi…


Voici donc pour le nouveau chapitre. Il marque une étape importante dans cette histoire… Je ne vais pas m'étaler beaucoup en commentaire. Juste que je voulais la réaction d'Emmet à l'annonce de leur escapade londonienne.

Quand à la scène de torture, je ne l'aborderai pas du point de vue de Bella parce que je suis as sûre de pouvoir vraiment m'en sortir ou tout du moins d'en obtenir exactement ce que je veux au niveau intensité, cruauté et culpabilité pour Bella. Mais bien évidemment, Bella s'y réfèrera dans le prochain chapitre.

Enfin, juste une petite touche d'Alec… Il y a des éléments à relever à son propos tout au long de ce chapitre.

Il n'est pas sûr que je sois en mesure de publier le week end prochain. Je sais, ça commence à bien faire mais samedi 2, je passe l'épreuve finale de mon école (6h de devoir sur table). Alors, même principe que d'habitude, si vous recevez la réponse de votre commentaire jeudi ou vendredi, c'est que je publierai samedi, sinon, il faudra attendre la semaine prochaine. Après ça je pourrais reprendre un rythme normal (sauf début août, un mariage dans la famille, pas le mien mais je suis réquisitionnée sur les préparatifs)

Je vous souhaite à tous et toutes une bonne semaine.

Cokochapeau (si vous voyez la taille de celui que j'ai fait faire pour le mariage en question, vous hallucineriez !)

« Il y a trois choses qu'une femme est capable de réaliser avec rien : un chapeau, une salade et une scène de ménage. » Mark Twain


Lilly-Rose : Mais non pas vilaine Bella, c'est juste une ado comme les autres (ou presque…) Sulpicia est peut-être bizarre comme non mais dans la saga Twilight c'est celui de la femme d'Aro. Juste un titre indicatif, l'histoire a commencé début octobre et nous actuellement vers le 10 février. Donc c'est 24 chapitres qui couvrent un période assez importante. Et oui, on ne se saute pas dessus au bout d'une semaine et demi quand on a 16 ans et que ce serait première fois. Bise.

BEA : Bella n'est pas vraiment une ado normale, mais en fait elle a besoin de se lâcher pour décompresser. Jusque là, c'était Edward qui était la victime principale des élans de gaminerie de Bella. Là elle a trouvé un compagnon de jeu. Ed va pouvoir souffler, quoi que… Pour le moment, Sulpicia, c'est l'ombre qui plane au dessus de la Famiglia et qui fait froid dans le dos. Même indirectement elle leur pourrit la vie. Bise.

Ilonka : Merci bien pour ton message et ton compliment. Bise.

Aussidagility : Oui, Ed et Bella qui ne se fritte pas, c'est qu'il y a un souci. Tu as pu le voir dans ce chapitre. Alec va m'être très utile, il en est d'ailleurs ravi. Bise.