Better together
- Sara, je pense qu'ils nous auraient rappelés pour nous le dire s'ils avaient renoncé à faire la route.
- Mais peut-être qu'ils n'ont pas renoncé, qu'ils ont eu un accident en chemin… et qu'ils sont tous morts !
Assis sur le bord du lit, Michael hocha la tête, la mine navrée, feignant de déplorer ce scénario tellement probable.
- Te moques pas ! lui somma Sara qui ne l'avait pourtant pas vu faire.
Elle lui tournait le dos. Elle avait le nez collé à la vitre de la fenêtre de la chambre pour surveiller en contrebas la cour d'entrée de la propriété.
- Et cette saleté de neige qui veut pas s'arrêter de tomber, grogna-t-elle entre ses dents en levant les yeux vers le ciel blafard. Les Noëls blancs c'est sympas mais avec modération.
Michael esquissa un léger sourire. Il se leva du lit, s'approcha de Sara, se colla contre son dos, enveloppa sa taille de ses bras et lui déposa un baiser dans le cou avant de poser son menton sur son épaule.
- T'inquiète pas, ils vont arriver, lui assura-t-il. Laisse leur le temps. Vu l'état des routes à mon avis ils ne roulent pas plein gaz.
- Mmm…
Sara se retourna doucement pour faire face à Michael et noua ses bras autour de son cou.
- S'ils peuvent pas venir on annule tout, hein ? souffla-t-elle.
- Pas tout, non. Le 24 décembre c'est le 24 décembre, on pourra pas reporter le réveillon à une date ultérieure.
- Je sais, mais pour…
- Oui, la coupa Michael. Si vraiment ils peuvent pas être là on repoussera… On le fera pas sans eux.
Il venait de dire ce qu'elle voulait entendre. Il la vit sourire puis il approcha son visage du sien pour l'embrasser. Mais il n'avait pas encore atteint ses lèvres quand un bruit de neige fraîche craquant sous des pneus de voiture se fit entendre. Sara tourna brusquement la tête vers la fenêtre.
- C'est eux ! Les voilà ! s'exclama-t-elle en reconnaissant le véhicule des Burrows qui entrait lentement dans la cour.
Elle se dégagea rapidement des bras de Michael qui poussa un petit soupir frustré et quitta la chambre en courant. Elle dévala le large escalier en bois et se rua dans le vestibule d'entrée pour accueillir les arrivants. Michael descendit également, nettement plus calmement, et s'arrêta au pied des marches. Une main encore sur la rampe, il porta son regard en direction du grand salon de la maison et observa Frank avec perplexité. Ce dernier était debout, planté au milieu du tapis, devant l'immense sapin orné de décorations scintillantes et de guirlandes lumineuses clignotantes. Il tenait Micah dans ses bras et, comme c'était le cas depuis qu'ils étaient arrivés la veille, le bébé était obnubilé par l'arbre illuminé, fasciné par ce spectacle chatoyant, le fixant avec émerveillement de ses grands yeux bleus. Il pouvait passer des heures à le contempler ainsi, au risque d'en devenir paralysant. Et c'était visiblement ce qui se produisait une fois de plus.
- Vous n'avez pas bougé de là depuis tout à l'heure ? demanda Michael en s'approchant de Frank.
- Ben… visiblement Micah se lasse pas de regarder le sapin, expliqua le jeune papy, et il se met à pleurer si j'essaye de l'emmener ailleurs alors…
- Alors quoi ? C'est pas lui qui fait la loi ! Vous pouvez passer cinq minutes devant le sapin avec lui mais pas une heure. Si vous voulez changer de pièce vous changez ! Vous allez nous en faire un petit capricieux ! réprimanda Michael avant de pivoter pour se diriger vers l'entrée d'où émanait maintenant une certaine agitation.
Frank le regarda s'éloigner puis il reporta une mine dépitée sur son petit-fils.
- Voilà, je fais ce qu'il faut pour que tu ne pleures pas et je me fais engueuler, déplora-t-il en secouant la tête. C'est le monde à l'envers !
Dans l'entrée, tout le monde venait enfin de pénétrer au chaud. Lincoln, les bras chargés de deux valises, Veronica, LJ et Caleigh d'une part, Sucre et Maricruz de l'autre, qui eux n'avaient eu besoin de s'accompagner que d'un petit bagage. À peine avaient-ils tous mis un pied dans la maison que Sara leur avait sauté au cou pour les embrasser avec un soulagement manifeste.
- Je suis contente que vous soyez là, déclara-t-elle ensuite. J'avais vraiment peur que vous ne puissiez pas venir.
- Mais je t'avais dit au téléphone que c'était pas deux, trois flocons et quelques plaques de verglas qui allaient nous arrêter, lui rappela Veronica en dédramatisant grandement la situation.
- Ouais. Et sinon vous n'avez pas eu de mal à trouver ? demanda Sara alors que Michael arrivait à son tour pour saluer tout le monde.
- Non, répondit Lincoln. Et l'avantage c'est qu'on a eu le temps de bien mémoriser le chemin… étant donné qu'on a fait tout le trajet à dix à l'heure, maugréa-t-il en déviant un regard accusateur sur Veronica.
Pas difficile de comprendre que c'est elle qui avait lourdement insisté pour qu'il lève autant le pied.
- Bah valait mieux ! On a vu plusieurs voitures plantées dans le fossé, se justifia-t-elle en hochant la tête d'un air grave. Bon alors c'est ici que t'as grandi ? poursuivit-elle en baladant son regard autour d'elle pour prendre connaissance des lieux tout en déboutonnant son manteau.
- Oui, confirma Sara avant d'aller reprendre Micah des bras de son père qui venait de se joindre au groupe.
- C'est plutôt cosy, commenta Sucre.
- C'est peu de le dire, renchérit Maricruz.
Comme tous, elle observait l'intérieur de la vaste demeure avec une mine impressionnée. Tout ici n'était que carrelage marbré, boiseries finement sculptées, tapis made in Orient, œuvres uniques et meubles rares.
- Vous faisiez quoi comme métier avant d'entrer en politique, si c'est pas indiscret ? s'enquit LJ.
- J'étais avocat, répondit Frank.
- Avocat ! répéta Lincoln en manquant de s'étrangler.
Il se tourna pour regarder Veronica d'un air indigné.
- Pourquoi on vit pas dans une baraque comme ça nous ?
Elle eut un rire jaune.
- Si je ne m'abuse Frank était avocat d'affaire, rétorqua-t-elle tandis que l'intéressé confirmait en hochant la tête, ce qui n'est pas du tout mon cas, rappela-t-elle à son mari. Je fais du pénal et je m'efforce de défendre des prévenus bien souvent indéfendables. Je ne touche pas 10% d'éventuels contrats de plusieurs dizaines de millions de dollars moi ! … Je n'insinue en rien que votre métier était moins noble et moins difficile que le mien, assura-t-elle ensuite précipitamment au gouverneur.
- Vous pourriez pourtant, soupira Frank avec une lucidité désenchantée. Parce que ce serait pas tout à fait faux.
Veronica lui sourit dans un mélange d'amusement et de sympathie tandis que Lincoln marmonnait dans ses moustaches, ayant sûrement préféré que sa femme exerce une activité moins noble mais bien plus lucrative.
- Bon aller, suivez-moi à l'étage, ordonna Sara. Je vais vous montrer vos chambres.
- Ça sent bon ici, apprécia Sucre qui avait perçu d'alléchantes effluves émanant de la cuisine.
- Oui, Elyse s'active aux fourneaux depuis huit heures ce matin, indiqua Sara en ouvrant la marche dans les escaliers.
- Mmm, se régala-t-il avec un surplus de salive dans la bouche.
oOo
- Bon sang ! Je crois que j'ai jamais rien mangé d'aussi succulent !
Sucre avait poussé un long soupir repu et satisfait en se laissant tomber contre le dossier de sa chaise, après avoir reposé son couteau et sa fourchette de part et d'autre de son assiette vide. Sous ses boucles blondes cendrées, Elyse, la gouvernante, qui avait été invitée à se joindre au dîner en tant que membre à part entière de la famille, apprécia le compliment d'un large sourire.
Il était onze heures du soir. Après un prélude au traditionnel Egg Nog et une entrée composée de saumon fumé et de divers fruits de mer, le bœuf carotte mijoté trois heures durant, accompagné de sa purée maison de patates douces parfumée au zestes d'agrumes, avait ravi les papilles et comblé les estomacs de tout le monde.
- Oui, c'était vraiment délicieux, confirma Veronica qui venait juste de finir ce qu'elle avait dans la bouche.
Elle s'essuya les lèvres avec sa serviette et se tourna vers Sara.
- Ça n'a pas été trop dur quand t'as pris ton premier appart' et que t'as quitté cette maison et la cuisine d'Elyse qui va avec ? lui demanda-t-elle.
- Si, ça a été une véritable épreuve, répondit Sara en exagérant à peine. Mais quand je passais ici, parfois, le week-end, elle me préparait des petits plats que je remmenais avec moi et que je n'avais qu'à faire réchauffer. Et comme ça, progressivement, j'ai réussi à décrocher, souffla-t-elle dans un sourire en adressant un clin d'œil affectueux à celle qu'elle avait toujours considérée comme sa deuxième maman.
- Et sinon, qu'est-ce qu'on va avoir le privilège de savourer pour le dessert maintenant ? interrogea Lincoln, intéressé.
- Ça ce sera une surprise, déclara Elyse avec malice. Et ce sera pour plus tard aussi, parce qu'il me semble qu'on a quelque chose à faire avant, rappela-t-elle en portant une attention particulière sur Michael et Sara.
Ces deux derniers échangèrent un regard aussi furtif qu'intense tandis qu'autour de la table, tous, à l'exception de Caleigh, consultaient leur montre ou l'horloge qui trônait sur le grand buffet de la pièce.
- Eh ! Oui ! Il est déjà onze heures passées ! s'exclama Frank.
Entre dégustation appliquée du repas et discussions animées, personne n'avait vu le temps passer. Et à présent que le moment était arrivé, une vague d'excitation, voire d'euphorie, déferla dans la pièce. Chacun se leva de sa chaise pour quitter la table et les regards circulèrent dans tous les sens. On se frottait les mains l'une contre l'autre avec anticipation, on agitait ses sourcils avec impatience, on s'échangeait des sourires entendus…
- Il va falloir que j'aille réveiller Micah, j'espère qu'il va pas être trop grognon, appréhenda Michael au milieu de toute cette effervescence.
- J'espère aussi, pria Sara en croisant ses doigts pour mettre toutes les chances de leur côté. Tu lui mets les vêtements que j'ai préparés, il sont posés sur le bord du lit…
- Oui, oui.
Michael s'approcha de Sara et saisit délicatement son visage entre ses mains.
- On se revoit tout à l'heure alors, murmura-t-il, son regard ancré au sien.
- Ouais, souffla-t-elle dans un sourire.
Il lui déposa un long baiser sur les lèvres puis il partit vers l'escalier de l'entrée pour rejoindre la chambre de Micah où le bébé dormait déjà depuis quelques heures. Sara se dirigea quant à elle vers l'escalier du petit salon pour se rendre dans l'antichambre où sa tenue l'attendait. En ces fêtes de Noël, tout le monde était déjà sur son 31, apprêté avec une élégance simple mais soignée. Et si les hommes pouvaient se contenter d'enfiler leur veste de costume sur leur chemise et les femmes de filer rapidement à la salle de bain pour rafraîchir leur maquillage avant de partir, Sara allait, en revanche, avoir un effort de présentation supplémentaire à fournir.
oOo
Une vingtaine de minutes plus tard, un premier convoi quitta la maison. La nuit noire était éclairée par une lune bientôt pleine et le décor enneigé se faisait argenté. Si la neige ne tombait plus, le froid restait saisissant. Manteaux, écharpes et gants constituaient la panoplie indispensable pour parcourir, à pieds, les quelques centaines de mètres qui conduisaient à l'entrée du bourg de Glenwood. Des après-ski auraient également été utiles mais ils auraient méchamment juré avec les tenues de chacun. Alors, avec des derbies ou des escarpins aux pieds, il fallait faire preuve de beaucoup d'habileté et de précaution pour pouvoir progresser sur la petite couche de neige qui recouvrait le sol. Mais c'est néanmoins avec bonne humeur et même amusement que le groupe relevait le défi d'avancer sans tomber, empruntant pour ça la chaussée, un peu moins encombrée que les trottoirs. Michael ouvrait la marche avec un Micah légèrement vasouillard dans ses bras. Lincoln le suivait avec Veronica accrochée à son bras droit et Elyse à son bras gauche. LJ était derrière eux et tenait fermement la main de sa petite sœur. Et enfin Sucre et Maricruz, solidement agrippée au bras de son compagnon, traînaient en queue de peloton.
Après un périple d'une dizaine de minutes à peine, ils arrivèrent devant une chapelle en pierres dont la façade était décorée de guirlandes lumineuses, ce qui capta aussitôt l'attention la plus subjuguée de Micah. L'édifice très ancien était également tout petit mais, d'allure pittoresque, il ne manquait pas de caractère.
Six personnes se trouvaient déjà sur l'étroit parvis. Ils cessèrent leur discussion lorsqu'ils virent qu'ils étaient enfin rejoints et accueillirent le petit groupe avec de larges sourires à peine crispés par le froid. Il y avait le docteur Karen Macy et son fiancé, Doug Pattern. Il y avait Nicholas Green et sa jeune épouse Alysson, aujourd'hui enceinte jusqu'au cou. Et il y avait Steve Connell, venu avec sa femme, Melinda. Bien sûr, tous, autant qu'ils étaient, avaient été invités. Mais Michael ne put contenir son étonnement en constatant leur présence. Son ravissement, aussi, évidemment, mais avant tout sa surprise.
- Vous êtes tous là ! s'exclama-t-il en s'approchant d'eux. Étant donné la date un peu particulière, j'avoue que je m'étais fait à l'idée que vous ne puissiez pas venir. Merci beaucoup d'avoir réussi à vous libérer quelques heures, apprécia-t-il sincèrement.
- Quand on veut on peut, lui assura Karen dans un clin d'œil amical. Ça nous fait très plaisir d'être là.
- Ouais, confirma Steve. Et puis après quatre heures passées à table avec la belle-famille, personnellement, j'étais plutôt content de pouvoir prendre un peu l'air. T'aurais dû voir leur tête quand on leur a dit qu'on les abandonnait pour aller à une messe de minuit. Ils ont ouvert de grands yeux ! rigola-t-il.
- Pourquoi vous leur avez pas dit la vérité ? demanda Michael.
- Parce que ça les regarde pas, se défendit son collègue en haussant les épaules avec désinvolture. Et puis les connaissant ils auraient été fichus de vouloir venir. Et c'est sûr qu'on aurait jamais tous tenus dans votre minuscule église, là ,se marra-t-il.
- Elle est petite mais je la trouve super mignonne moi, intervint Alysson, dont la grossesse exacerbait la tendance naturelle qu'elle avait à s'émerveiller de tout et de rien.
Michael se chargea de faire les présentations nécessaires et alors que les conversations allaient déjà bon train, le silence se fit soudainement lorsque quelqu'un s'éclaircit la gorge pour récolter l'attention. C'était un homme moustachu, assez grand, les cheveux poivre et sel. Il portait la longue robe noire traditionnelle des pasteurs par-dessus son costume et l'usuelle écharpe blanche en satin qui tombait sur son torse de part et d'autre de son cou. Il se tenait dans l'ouverture d'un des vantaux de la lourde double porte en bois de la chapelle et arborait un sourire accueillant.
- Vous pouvez venir vous installer à l'intérieur, déclara-t-il. Je sais pas si on peut dire qu'il y faitplus chaud mais je suis à peu près sûr qu'il y fait moins froid, glissa-t-il dans un gloussement.
Personne n'eut à se faire prier pour entrer dans la bâtisse. Il n'y régnait pas une chaleur étouffante, mais tous eurent la surprise de découvrir qu'il y faisait néanmoins très bon. Et pour cause, la seule lumière présente pour éclairer les lieux provenait des centaines de bougies blanches disposées un peu partout. Il y en avait des longues et fines montées sur des hauts chandeliers dispersés aux quatre coins de la chapelle et sur des lustres en fer forgé pendus à la charpente. Il y en avait également de toutes tailles posées en petits groupes sur l'autel en pierre claire ou sur le rebord des fenêtres, devant les vitraux colorés. L'atmosphère des lieux se faisait alors intimiste et chaleureuse et les centaines de petites flammes dansantes ne manquèrent pas d'intéresser grandement Micah qui ne savait plus bien où donner de la tête.
Six petits bancs en bois foncé étaient répartis sur deux rangées, dessinant une courte allée centrale qui conduisait à l'abside, relevée d'une marche. Non loin de l'autel se trouvait un jeune homme blond, discret, assis sur une chaise, sa guitare posée sur ses genoux. Après avoir confié Micah à Elyse, Michael alla le saluer, échangea quelques mots avec lui puis s'approcha du révérend Davis auquel il confia un petit écrin en récapitulant brièvement avec lui tout ce qui avait été préalablement convenu.
Pendant ce temps, tous les autres prenaient place sur les bancs dans un brouhaha fébrile et pouvaient s'offrir le luxe de tomber manteaux, écharpes et gants.
- Comment tu te sens ? demanda Lincoln à Michael lorsque celui-ci vint s'asseoir à côté de lui.
- Bien.
- Stressé ?
- Non…
Michael avait posé ses mains sur ses genoux et tapotait nerveusement ses doigts sur son pantalon noir.
- Si, un peu, dut-il concéder. Mais je sais pas trop à quoi c'est dû parce que je suis sûr de moi, je suis pas comme certains qui, jusqu'à la dernière seconde, redoutent de faire une bêtise.
- Je sais, murmura Lincoln. Je crois que ça vient simplement du fait que, quoi qu'on en dise, c'est un moment important. Et très fort en émotion. Avant de le faire moi-même j'imaginais pas à quel point.
- Ouais…
- T'aurais pu mettre une cravate, non ? se navra-t-il ensuite en regardant le col de la chemise blanche de son frère qui était resté libre et ouvert.
- Non, on a dit qu'on faisait simple, lui rappela Michael.
- C'est bien, fit une petite voix derrière les deux frangins.
Ils se tournèrent pour regarder Maricruz, assise sur son banc à côté de Sucre.
- Ça fait trop guindé les cravates, t'es parfait comme ça, assura-t-elle à Michael en lui envoyant un petit clin d'œil affectueux et encourageant.
Sucre l'avait vue faire et la fixait maintenant avec des yeux écarquillés… et légèrement indignés.
- Sara va bientôt arriver, si tu veux épouser Mike dépêche-toi, la pressa-t-il ironiquement. Il te reste que quelques minutes pour lui couper l'herbe sous le pied !
Maricruz secoua la tête avec désolation sous les regards amusés de Michael et Lincoln.
oOo
Resté chez lui, Frank faisait les cents pas au pied de l'escalier principal en attendant que Sara soit prête. Il était minuit moins vingt lorsqu'elle apparut enfin en haut des marches, resplendissante. Tandis que ses lèvres frémissaient du sourire qu'elle tentait de garder mesuré, elle descendit doucement l'escalier sous le regard de son père qui s'était figé pour la contempler avec émotion.
Elle était vêtue d'une robe en mousseline de soie blanche, et si le bustier de la robe épousait et révélait joliment sa poitrine ronde et sa taille fine, ses hanches et ses jambes étaient dissimulées sous son tombé fluide et vaporeux. Elle portait également un long et fin manteau en lin écru fermé au niveau de sa taille par trois petits boutons en nacre.
- Tu es superbe, souffla Frank en tendant une main vers sa fille pour la réceptionner.
- Merci, sourit-elle.
Ses yeux brillaient déjà de bonheur et pétillaient d'impatience sous leur léger maquillage. Elle avait laissé ses cheveux lâchés et portait une composition d'une douzaine de callas blanches pour seul bouquet.
- Alors c'est bon ? On peut y aller ? Tu es prête ? demanda Frank.
Et la question n'était pas tant de savoir si sa tenue était complète que de s'assurer une dernière fois qu'elle était disposée à franchir un pas important dans sa vie.
- Oui, répondit-elle avec une détermination qui ne laissait pas de place au doute.
Frank hocha la tête et père et fille purent gagner le garage de la maison.
oOo
Sara suffoqua lorsque après un court et prudent trajet en voiture, elle sortit du véhicule et se confronta au froid cinglant du dehors.
- Oh mon Dieu ! Mais quelle idée on a eu de faire ça en hiver, se navra-t-elle alors que chacune de ses expirations libérait un éphémère nuage de buée blanche.
Frank avait contourné la voiture pour rejoindre sa fille et il lui présenta son bras pour qu'elle y accroche le sien.
- Vous faites ça en hiver parce que c'est très beau, et surtout c'est pas commun, déclara-t-il. C'est à votre image.
De sa main libre, Sara avait légèrement relevé les pans de sa robe et de son manteau afin de traverser plus facilement le parvis enneigé de la chapelle.
- Tu trouves qu'on est pas communs ? s'étonna-t-elle, ne sachant s'il fallait prendre ça comme un compliment ou pas.
- Bien sûr ! lui assura son père en rigolant.
Et c'était définitivement un compliment.
Posté dans l'entrebâillement de la porte de la chapelle, Steve était chargé de guetter l'arrivée de Frank et Sara. Lorsqu'il se mit à taper des mains tout en regagnant sa place sur le banc auprès de sa femme, Michael alla rapidement se positionner devant le révérend et le silence se fit quelques secondes avant de s'effacer sous la douce mélodie que le musicien blond se mit à jouer sur sa guitare.
Michael fixa un regard solide sur la porte de la chapelle et son visage s'illumina instantanément quand elle s'ouvrit pour révéler Frank et Sara. L'assistance se leva d'un même élan à leur apparition. Un radieux sourire plaqué sur ses lèvres, Sara se laissa conduire à l'autel par son père sans lâcher le regard de Michael. Arrivés au seuil de l'abside, Frank déposa un tendre baiser sur la joue de sa fille en lui murmurant quelques mots à l'oreille au passage puis, après que Sara lui eut confié son bouquet, il alla rejoindre un banc au premier rang.
À côté de lui, dans les bras d'Elyse, Micah avait cessé sa contemplation des bougies pour reporter son attention sur ses parents. Il vit ainsi sa maman donner sa main à celle que lui tendait son papa et gravir la petite marche de l'abside pour venir se mettre en face de lui. Il observait la scène avec intérêt et sans émettre le moindre son parce que s'il n'était pas sûr de bien comprendre de quoi il s'agissait, il avait en revanche bien saisi l'importance du moment.
Michael tenait fermement les deux mains de Sara dans les siennes. Et sans la moindre retenue, il la dévorait des yeux.
- Tu es magnifique, ne put-il s'empêcher d'articuler silencieusement.
Sara étouffa un petit rire sous la bienveillance amusée du révérend Davis. Puis ce dernier fit signe aux invités de s'asseoir, et prit solennellement la parole :
- Nous sommes réunis ici, en cette nuit de Noël, pour célébrer une messe de minuit un peu particulière. Devant leur famille, devant leurs amis, Michael et Sara ont choisi d'emprunter la date de cette fête aux symboles nombreux, à la réputation magique, pour voir leur amour scellé par les liens sacrés du mariage… Je ne vais pas vous conter cet amour, Michael et Sara vont s'en charger, à travers leurs vœux qu'ils vont prononcer ce soir et qui les engageront pour le reste de leur vie.
D'un geste de la main, le révérend offrit la parole à Sara. Dans le sourire qui ne la quittait pas depuis son entrée dans la chapelle, elle prit une profonde inspiration et, son regard brillant ancré à celui de Michael, elle se lança :
- La vie est une succession d'événements, plus ou moins importants, plus ou moins heureux… Certains sont amusants, d'autres sont pénibles, certains sont magiques ou douloureux, palpitants ou effrayants… Depuis plus de quatre ans maintenant, l'unique chose qui ne change pas, c'est nous…
Elle s'interrompit un court instant pour tenter de maîtriser son émotion alors que deux larmes dévalaient ses joues.
- J'ai la chance de traverser ma vie, qu'elle me soit dure ou douce, avec toi à mes côtés, poursuivit-elle, la voix mâtinée de gratitude. Alors je savoure deux fois plus et je ne regrette jamais rien…
Elle lâcha les mains de Michael le temps d'extraire un anneau en or blanc de la boîte que lui présentait le révérend. Elle le passa à l'annulaire gauche de son amour puis retrouva son regard tout en se raccrochant solidement à ses mains.
- Je t'aime, souffla-t-elle. Et ce que je veux aujourd'hui… c'est qu'on puisse être encore, et toujours, et plus que jamais ensemble pour tous les événements qui restent à venir.
Aidés en ça par la lumière des bougies, les yeux de Michael scintillaient dangereusement d'émotion. Il porta la main gauche de Sara à ses lèvres pour y déposer un baiser, promesse qu'il s'emploierait à exhausser son vœu.
- Michael…, murmura le révérend pour lui donner à son tour la parole.
Michael se perdit dans les prunelles apaisantes de Sara et, après quelques secondes, commença :
- Je t'aime Sara... À chaque seconde, de chaque minute, de chaque heure. Je t'aime quand ton visage est la première image que je contemple à mon réveil et la dernière que je vois avant de m'endormir. Je t'aime quand tu mets notre fils au monde, je t'aime quand tu es triste de t'en séparer quelques heures… Je t'aime quand tu ris, quand tu doutes, quand tu paniques devant un canard…. Je t'aime aussi quand tu me chasses du lit un dimanche matin parce que tu es prise d'une frénésie de ménage et je t'aime même quand tu me cries dessus parce que j'ai oublié d'acheter des places de spectacle… Je t'aime chaque jour qui passe et j'aime passer chaque jour avec toi.
Les joues désormais irrévocablement ruisselantes de larmes, Sara pinçait ses lèvres pour en contenir le tremblement. Michael saisit la bague qui demeurait dans l'écrin et la glissa au doigt de Sara. Il releva les yeux vers elle et poursuivit :
- C'est pour ça que ce que je veux, aujourd'hui, c'est t'avoir auprès de moi pour le restant de ma vie.
Sara hocha presque imperceptiblement la tête et le révérend eut tout juste le temps de les déclarer officiellement mari et femme avant que les nouveaux époux ne scellent leur engagement par un fiévreux baiser.
À la fois émus et contaminés par le bonheur communicatif des jeunes mariés, tous les témoins présents se levèrent de leur banc et acclamèrent le couple avec ferveur. Le comité, aussi petit soit-il, ne manquait pas de voix. Des applaudissements à tout rompre, des sifflements enthousiastes…
Et ce baiser qui n'en finissait plus…
