Pdv Rune
Je gardais ma main dans celle de l'homme devant moi, continuant de regarder ce satané masque qui m'empêchait de voir de qui il s'agissait. Mon regard ne cessait de glisser sur cette surface blanche et noire, sans que je puisse y trouver la moindre faille. Jusqu'ici, les seules personnes masquées que j'avais rencontré ne me voulaient pas que du bien, alors j'avais appris à me méfier d'elles. Je sentais mon cœur battre plus rapidement à cause de l'angoisse qui reprenait possession de moi, alors que je lâchais sa main d'un mouvement sec, reculant d'un petit pas en fronçant les sourcils. Lui ne bougeait pas d'un pouce, se contentant de me faire face en gardant son silence de marbre qui me mettait réellement mal à l'aise, et qui ne me rassurait pas du tout dans ce moment plutôt dérangeant. Je ne savais pas qui était cette personne et encore moins ce qu'elle avait à voir avec moi, et j'étais à la fois retissante et pressée de le découvrir. Je soufflais un grand coup avant d'ouvrir la bouche avec plus d'hésitation que de courage, baissant la tête pour fixer le sol avec insistance, n'arrivant plus à regarder ce masque sans expression.
-Qui es tu? Ces trois mots étaient sortis d'un bloc, comme si je les avais préparé depuis des jours et des jours.
Je ne savais pas du tout à quoi m'attendre comme réponse, mais n'importe laquelle allait me suffire. Je veux simplement savoir pourquoi je suis là, pourquoi ces personnes en ont après moi et surtout je veux comprendre comment ils ont osé faire du mal à Alessa. J'avais encore en tête tous les détails dans le sous sol, ces images ne voulaient pas sortir de mon cerveau et elles ne cessaient de tourner en boucle comme un disque rayé. Je revoyais à nouveau le corps mutilé de ma meilleure amie, attaché et sanguinolent, pleins d'entailles et autres marques de torture que je n'arrivais même pas à décrire tant ca me tourmentait. Je sentais mes jambes flancher à force de penser à ca et ma tête me faisait mal à nouveau, alors je m'appuyais au mur le plus proche en posant ma main sur mon front brûlant.
L'homme en face de moi fit enfin un pas et avançait la main jusqu'à ma joue où il enlevait une mèche de cheveux qui cachait la moitié de mon visage. J'ouvrais grand les yeux en frissonnant, ne m'attendant pas à un geste aussi doux de la part de quelqu'un habitant ici, et encore moins d'un inconnu qui ne montre même pas son visage.
-Je... Je suis quelqu'un qui sait qui tu es. Mais ca tu le saura bientôt. Il marquait une pose en arrêtant de jouer avec ma mèche, tendant à nouveau sa main. Pour l'instant tu dois juste faire ce qu'on te dit. Hoodie t'a sûrement dit de toujours rester avec lui? Je lui hochais doucement la tête en remettant ma main dans la sienne, ca marche aussi avec moi, ne t'inquiète pas.
Un fois que ma paume touchait ses doigts, il serrait un peu ma main en me tirant légèrement le bras, me forçant à avancer dans le couloir. Dans la pièce d'à côté, on ne pouvait pas entendre de quoi Hoodie et Toby parlaient, mais je ne voulait rien savoir. Tout ce que je veux c'est partir d'ici. Celui que je devais appeler Masky me tirait trop fort et je serrais les dents pour ne pas crier, sentant les blessures de ma main se rouvrir doucement, mais il ne semblait pas y faire attention. Je n'arrivais même pas à parler, comme à chaque fois que je rencontrais une nouvelle personne dans cet endroit. Je le suivais pourtant... alors que j'étais terrifiée. J'aurais au moins pu me mettre à courir dans les couloirs dans l'espoir de trouver une sortie quelconque, mais si n'importe qui me rattrapais, c'était un aller simple pour le sous sol et toutes les horreurs qui s'y trouvaient. J'aurais peut-être même subit toutes ces atrocités, et rien que d'imaginer une lame découper lentement ma chair, je sentais mon dos frissonner et les quelques grammes de nourriture qui me restaient dans l'estomac commencer à remonter. Je secouais la tête un bon coup pour essayer de ne plus y penser, sentant des larmes de former aux coins de mes yeux, larmes que j'essayais rapidement du revers de ma main libre.
L'inconnu me ramenait en bas, descendant les escaliers à mon rythme, ce qui m'aidait à peu près. Mais ces aller retours constants me demandaient tellement d'énergie que je sentais mes cuisses et mes mollets trembler à chaque contact avec l'une des dizaines de marches qui composaient cet escaliers. Sans même parler, il continuais à me faire marcher dans l'immensité de cette maison, qui ressemblait de plus en plus à un château à mes yeux, cherchant un endroit où m'emmener. À force de le regarder fixement, je trouvais qu'il n'avait pas l'air à l'aise, il paraissait même plutôt angoissé et embêté. Je fronçais les sourcils et avant même que je puisse ouvrir la bouche pour lui poser des questions, il s'arrêta devant moi pour se retourner, plaçant une de ses mains sur mon épaule.
-Bon... Il me montra une grande porte en bois, entrouverte, par laquelle je pouvais entendre que plusieurs personnes étaient présentes dans cette pièce, on va aller dans le salon alors... évites de trop montrer que tu as peur.
Serrant les poings, j'allais répliquer que je n'avais pas peur, même si au fond j'étais terrifiée, mais il me secouait la tête, l'air de dire "ca se voit ne ment pas". Je baissais alors la tête en me mordant la lèvre. Je ne sais pas combien ils sont ici, mais s'ils sont beaucoup ca ne présage rien de bon. Toutes mes peurs depuis mon arrivée ici semblaient remonter d'un seul coup, envahissant mes pensées. J'avais trop de questions en tête, et beaucoup trop d'inquiétude qui se transformait en un amas noir dans ma tête, m'empêchant de faire le moindre geste. Je fermais les yeux en reculant, mais il me saisit fermement le bras en m'empêchant d'aller plus loin. Je gardais les yeux fermés, et je l'entendais soupirer derrière son masque, sûrement énervé par mon comportement. Peu importe, je ne suis pas ici pour leur plaire ou leur faire plaisir. Il était contraint de m'emmener de lui même dans le dit salon, alors il guidait mes pas en me tirant par petits coups. Mon comportement était tout bonnement celui d'une enfant effrayée qui ne pouvait plus avancé, et c'était presque le cas. La seule différence était que je n'étais plus une simple enfant, mais une gamine de vingt-deux ans qui ne pouvait plus se débrouiller seule.
Les jambes tremblantes comme à mon habitude, je posais avec beaucoup de peur un pied devant l'autre, et au bout d'un court moment, les bruits que j'entendais dans la salle s'étaient stoppés, laissant place à un silence de mort qui m'inquiétait de plus en plus. Je serrais un peu plus la main de l'homme qui m'accompagnait, avalant ma salive et empêchant une seule larme de couler. Je devais faire comme il l'avait dit et montrer le moins possible la peur qui me tordait l'estomac, et si j'avais pu remarquer une chose en étant ici, c'était que la peur et les larmes ne faisaient que les exciter plus qu'ils ne l'étaient déjà en tuant. Et même si ça pouvait paraître étrange ou stupide, je tenais encore un minimum à ma médiocre vie. Comme le silence se faisait de plus en plus insistant, à part quelques murmures que je n'arrivais pas à comprendre, j'ouvrais lentement un œil, puis l'autre en levant la tête pour jeter un coup d'œil dans la pièce. Mon regard croisait alors celui de plusieurs autres personnes qui me fixaient avec la même insistance, mais avec un air de violence en plus dans le regard. Je serrais tellement fort la manche de Masky que les bouts de mes doigts commençaient à blanchir fortement et que j'aurais pu arracher le tissu de sa veste Si j'avais eu un minimum de force en plus.
-T'es la fille d'en bas toi? Une petite voix m'interpellait, venant d'en bas alors que je sentais qu'on me tirait les vêtements vers le sol pour me faire regarder dans cette direction. Mon regard se posait alors sur une enfant, d'une dizaine d'année grand maximum, qui me regardait aussi étonnée que moi avec des grands yeux vert brillants, attendant ma réponse rapidement. La première chose qui me venait à l'esprit était "pauvre enfant". Elle devait vivre un enfer parmi des gens comme ça, ça n'était pas du tout un endroit adapté pour une gamine de son âge.
-Oui... C'est moi. Je lui répondais doucement en tentant de sourire. En vain, j'avais beau essayé j'avais du mal à fausser mes sourires désormais. Quant à elle affichait un grand sourire et d'un geste brusque, elle me plaqua un ours en peluche ensanglanté et déchiqueté sur les cuisses, me demandant de le prendre. Je manquais de montrer une face de dégoût en voyant l'état désastreux du jouet, et sentant que le sang qui le couvrait me coulait le long des jambes.
-Alors jou- Masky la stoppait dans sa phrase en arrachant son ours des mains, le lançant sur un des canapés plus loin, ou quelques unes des autres personnes étaient assises. Je reconnaissait parmi eux l'infirmière qui m'avait soigné, qui me fixait avec autant de pitié que la première fois que je m'était réveillée. La fillette lui jetait un regard méchant, qui restait effrayant venant d'une enfant de son âge, et alla jusqu'aux sièges récupérer son immonde jouet, le collant contre sa poitrine en lui parlant.
Masky soupirait en me faisant avancer, me pointant le canapé en me demanda de m'asseoir calmement, ce que je fit sans trop poser de questions, fixant le sol en tremblant, sentant tous les regards braqués sur moi. Il s'asseyait à côté de moi en restant silencieux, soupirant en montant le son de la télévision qui grésillait par moment, me faisant mal à la tête et aux oreilles.
-J'aurais jamais cru que la trouver était possible... Survenait une voix masculine derrière moi. Je tournais brusquement la tête et tomba face à face avec une espèce de monstre. Je devais monter les yeux bien trop haut pour pouvoir apercevoir son visage, ou était scotché un grand sourire, des yeux qui me transperçait littéralement, devant lesquels tombaient des longs cheveux noirs. Il avait l'apparence d'un grand clown anorexique et apeurant, comme ceux dans les films d'horreurs, un clown ayant perdu toutes ses couleurs. J'avalais ma salive, perdant les mots devant une atrocité pareille, il n'est pas humain. Rien ni personne n'est humain ici. J'allais me remettre à crier quand je senti la main de Masky sur ma cuisse, me pinçant un peu, m'ordonnant de me taire. Voyant ma réaction, le sourire du clown d'élargit et il continuait de poser des questions à mon voisin de canapé.
-C'est Hoodie qui l'a trouvée alors? Il va pouvoir choisir ce qu'il fait d'elle... Je ne comprenais pas vraiment pourquoi plusieurs personnes disaient qu'il allait pouvoir faire ce qu'il voulait de moi et j'aimerais vraiment le savoir. Leur discussion se portait principalement sur moi et l'incendie au refuge, me mettant mal à l'aise. Je ne les connaît pas et il parlait de moi en ma présence, faisant comme si je n'existais pas.
Au fil du temps, mon attention se portait plus sur la télévision que sur leurs paroles, quelques mots de la présentatrice m'alertant légèrement. Je fronçais un peu les sourcils en posant les yeux sur la blonde dans l'écran, qui présentait le journal tous les soirs. En rouge en bas de l'écran était écrit "Flash Disparition" et le visage de la femme semblait sombre, avec un sérieux air de malaise. Elle toussotait un peu avant de prendre enfin la parole, regardant fixement en face d'elle.
"Et nous rappelons en ce jour que nous n'avons encore aucune nouvelles des trois personnes qui ont été portées disparues depuis quelques semaines maintenant" Trois photos s'affichèrent alors à l'écran, alignées en haut à droite. Alessa, Vincent et moi. Mon cœur manquait un battement et ma main se serrait sur le tee-shirt que je portais. "Le restaurant de l'homme que vous voyez a été fouillé, et rien ne semble indiquer leur position. La dernière jeune fille sur les photos avait également perdu ses parents peu de temps avant sa disparition et une enquête plus approfondie a été lancée sur elle. Elle pourrait être mêlée à ces étranges pertes, mais rien n'est encore sur. D'autres informations Vous seront données à travers le journal. C'était Diane Warch, du journal de ce soir"
Une enquête sur moi? C'était une blague, une énorme blague qui allait se finir bientôt, mais au lieu de rire, la journaliste regarda une dernière fois la caméra, regard vide, et l'écran se coupa, les grésillements reprenant le dessus. Je me prit la tête entre les mains en baissant les épaules, me mordant la lèvre inférieure. Ils m'accusent de la disparition de deux personnes alors que je venais de perdre les personnes qui comptaient pour moi. Je sentais mon cœur s'effriter dans ma poitrine, faisant place à un grand vide, me donnant envie de tout abandonner mais une autre idée me traversa l'esprit, un léger sourire se dessinant sur mon visage, ressemblant à un rictus désespéré. S'ils mènent une enquêtes, ils vont forcément me chercher, donc il y a une chance que la police me trouve et que je rentre chez moi! Je me levais du canapé en retirant la main de Masky, essayant de rallumer la télévision pour voir si autre chaîne donnait plus d'informations. J'appuyais aussi fort que je pouvais sur la télécommande, sous les regards étonnés et pleins de pitié de toutes les personnes présentes. Rien ne se passait et cette maudite neige encombrait encore l'écran. Prise pas un élan de colère, Je lançais la télécommande sur le côté, et elle s'ouvrit en deux en faisant sauter les piles en dehors du boîtier.
-Eh! Elle va se calmer l'hystérique? Une voix méchante m'interpella, crachant les paroles en m'insultant. Je tournais la tête avec énervement, quand je vis que l'homme qui venait de parler ne m'étais pas inconnu.
Ses yeux qui me tuaient littéralement étaient cernés de noir, montrant des traces de brûlures, à moitié cachés par des cheveux noirs animés. Deux larges cicatrices rouge sang s'étendaient le long de ses joues et sa peu blanchâtre paraissait appartenir à un mort.
J'ouvris grand les yeux quand les souvenirs de ma soirée avec Alesse remontèrent à la surface, me remémorant les histoires qu'elle avait voulu lire ce soir là. La description ne correspondait que trop bien à cette personne devant moi pour être une simple coïncidence. Killer... Jeff si Je me souvenais bien. Je fis un pas en arrière, me souvenant des commentaires qui étaient postés sous l'histoire, disant que d'autres de ces creepypastas, vivaient avec eux. Je jetais un rapide coup d'œil dans la pièce et mes inquiétudes soudaines semblaient devenir plus que réelles. Toutes ces personnes donnaient l'impression d'être sorties de récits d'émouvante. Je reculais doucement en ne quittant pas ces personnes des yeux avant de m'enfuir par la porte du grand salon, sous les cris exaspérés de Masky qui se mettait à courir derrière moi.
Si j'avais un doute, Il s'était brisé en quelques minutes en me mettant face à l'affreuse vérité qui me faisait peur depuis mon arrivée. Je suis bel et bien tombée chez des tueurs fous à lié, comme il était dit dans leurs histoires respectives. De nouvelles larmes chaudes coulaient sur mes joues, alors que je me frayais un chemin dans les gigantesques couloirs de cette bâtisse. Je me retrouvais rapidement bloquée dans un cul de sac, les mains contre le mur, la tête baissée. J'entendais les pas de Masky qui se rapprochait de moi, arrivant à mon niveau avec un long soupir agacé.
-Tu n'en as pas assez de courir et pleurer toutes les deux secondes...? Il avait plein de reproche dans la voix et il avait malheureusement raison. Tu me fais de la peine Rune, je t'avais pas connu comme ça.
Sa remarque m'énervait sur le coup et je me tournais d'un bloc en lui envoyait une énorme claque, qui fut amortie par son masque qui se détachait en tombant au sol.
-T-Tu ne sais rien de moi d'accord! Vous êtes tous des monstres ignobles ici alors n'essaies pas d'agir comme quelqu'un de normal et... Il soupirait en se redressant, me regardant tristement. Mes mots arrêtèrent de sortir de ma bouche en un instant, étant remplacé par des bruits de pleures, venant évidemment de moi. Je plaquais ma main sur ma bouche en appuyant le dos contre le mur, n'arrivant pas à croire à ce qu'il m'arrivait. Il frottait sa joue rougie par le choc contre le masque et secouait la tête en soufflant.
-C'est pas comme ça qu'on parle à son meilleur ami Rune. Ca m'a fait mal tu sais?
C'est pas possible. Il avait disparu, il y a longtemps. Ca ne se peut pas que ca soit lui.
