Chapitre 26 : Nouvelle Ere

Kornelia n'était pas rentrée de la nuit.

Il s'y était attendu, après tout elle en passait la majorité à la morgue d'habitude, c'est même là qu'il avait espéré l'intercepter avant qu'elle ne fasse quelque chose qu'ils regretteraient tous les deux. Hélas les standardistes lui apprirent qu'elle n'était plus dans le bâtiment, c'était même étonnant qu'ils ne se soient pas croisés parce qu'elle venait tout juste de partir. Il en conclu qu'elle avait dû s'échapper par une sortie de secours quelque part en apercevant sa voiture sur le parking. La situation était grave. Quoi que non, pas si grave que ça, mais certainement préoccupante. D'un côté il la savait parfaitement capable de mener à bien un meurtre sans se faire prendre, ils commençaient à avoir pas mal d'expérience dans cette discipline après tout, mais d'un autre côté si sa victime était bien celle qu'il pensait être, ils allaient avoir de gros problèmes avec la police.

L'identité de celle-ci n'était pas un grand mystère : Kornelia allait tuer Erin. C'était elle qui lui avait menti sur les procédures d'immigration et maintenant qu'il y pensait il avait dû mentionner une ou deux fois qu'une de ses collègues au travail l'enquiquinait. Mais il avait fait bien attention à ne jamais dire quoi que ce soit sur le fait qu'elle flirtait de peur qu'elle assassine une personne aussi proche de lui. Sauf que malgré tous ses efforts sa petite amie était actuellement portée disparue, très probablement parce qu'elle allait couper la tête de la rousse. Comment l'avait-elle su ? Des rumeurs peut-être ? Elle en entendait beaucoup de Diana, mais les deux jeunes femmes ne s'étaient pas parlé récemment donc il en doutait un peu. Ou alors c'était juste de la paranoïa. C'était très possible aussi. Est-ce qu'elle connaissait son nom seulement ? Non, il ne croyait pas. Pas que ça la retarderait beaucoup mais voilà.

Enfin, le bon côté des choses c'est qu'il n'aurait plus à supporter ses tentatives de drague.

Tandis qu'il pensait à ça, l'épouvantail ricana en poussant le moteur de sa pauvre caisse à savon à fond vers le campus. Pour une raison qu'il n'avait jamais comprise, l'épouvantail avait toujours adoré conduire, alors il l'avait soudoyé en lui disant qu'il le laisserait prendre le volant s'il acceptait de se taire pendant qu'il était au travail et qu'il aurait même le droit de mettre sa country dégueulasse à la radio. Il aurait néanmoins le droit d'insulter Erin s'il l'envie lui prenait, mais encore fallait-il qu'elle soit en état de venir.

"Tu parles. La coupeuse de queues va en faire du hachis. Tu crois qu'on pourra revendre ses trophées ?"

S'il avait pu il aurait levé les yeux au ciel en entendant le surnom, et surtout le ton presque fier de son alter ego. Que leur copine soit une meurtrière psychotique n'était pas exactement quelque chose dont ils pouvaient se vanter. L'autre ricana, visiblement pas d'accord.

"Mais elle est juste jalouse, c'est sexy. T'façon tu sais que t'aimes bien quand même."

Pas vraiment. Ça ne le gênait pas trop du moment que ses meurtres ne pouvait pas être tracés jusqu'à eux, et malheureusement celui-là pourrait très aisément l'être. Cela dit ça n'était pas non plus comme s'ils pouvaient y faire grand-chose parce qu'elle pour le moment elle avait échappé à la surveillance de tout le monde. Zsasz non plus ne savait pas où elle était. Enfin ça c'est ce qu'il disait.

"Sale con."

Pas les mots qu'il aurait utilisés mais l'idée générale était là.

Il ralentit la voiture en s'engageant à l'intérieur du campus et vira vers le parking. Le marché était qu'il aurait le droit de tenir les rênes de leur corps jusqu'à ce qu'il arrive à son bureau donc il ne fut pas libéré de suite, mais au moins il n'avait plus à supporter les goûts musicaux immondes de l'épouvantail une fois sorti. Serviette sous le bras, il passa à travers les couloirs de la faculté avec un sourire sadique aux antipodes de l'air neutre habituellement arboré par le sombre professeur, ce qui sembla terrifier les élèves, qui s'écartaient sur son passage comme les flots de la Mer Rouge en chuchotant. Malgré les remontrances de Jonathan il ne put s'empêcher de pousser un petit rire grinçant en en entendant deux murmurer entre eux qu'il avait dû dévorer quelqu'un récemment. Mais c'était vrai quoi ! Tout dépendait de la définition de récemment, parce que si le mois dernier ça comptait, ils avaient effectivement bouffé quelqu'un récemment, un fait que son hôte lui demanda de taire avec humeur. Il n'avait plus la nausée en y repensant, mais c'était tout comme. Il ricana encore une fois dans sa barbe, s'attirant tout de même le regard d'un collègue –de toute façon ça pouvait pas faire de mal celui-là le pensait déjà taré- et ouvrit la porte en grand, ravi d'avoir enfin un endroit où il pourrait parler en priver, parce que la maison c'était bien mais entre Kornelia et Zsasz ça devenait-

"Bonjour Jonathan ! Ça va ?"

Il s'immobilisa.

Elle était pas censée avoir crevé celle-là ?

Si oui, on n'avait pas dû la mettre au courant parce que comme d'habitude elle lui faisait un grand sourire depuis son bureau, une pile de copies qu'elle finissait de corriger à la dernière minutes étalée devant son écran d'ordinateur, tranquille et souriante, comme si elle n'avait pas une dingue là dehors qui voulait sa peau depuis hier soir. Erin était en vie. Ça ne faisait aucun sens mais Erin était en vie. Mais alors où pouvait bien être Kornelia ? Et qu'est-ce qu'elle était partie faire cette fois ? Avec un profond soupir il lui rendit son salut à mi-voix et se laissa tomber sur sa chaise, plongé dans ses pensées. Si ce n'était pas Erin, alors c'était quoi le problème ? Il se massa les tempes pendant une bonne minute, ignorant royalement la rousse qui tentait de faire la conversation, puis abandonna et sortit une aspirine de son tiroir pour essayer de faire partir son mal de tête. Peut-être des pilules de caféine aussi ?

Passer la nuit dernière à travailler avec leur captif avait porté ses fruits mais c'était tout de même fatiguant. Et par travailler avec, il voulait dire qu'il en avait profité pour tester son produit sur lui maintenant qu'il avait un plus gros cobaye : un homme bien musclé et en pleine forme physique qui ne mourrait pas de crise cardiaque à la première injection. A l'origine il avait pensé commencer par tester son produit sur des primates mais apparemment il fallait au moins deux mois de réservation pour que le zoo du laboratoire puisse lui en obtenir un, et encore on l'avait prévenu que si un professeur de faculté voulait son chimpanzé il lui serait attribué en priorité, réservation ou pas. Autant dire qu'il ne l'obtiendrait jamais, petit assistant-professeur qu'il était. Donc Jonathan avait profité de l'occasion inespérée qui s'était présentée à lui. En rentrant du café il avait dérangé Zsasz pendant qu'il était en train de lui enfoncer des aiguilles dans les nerfs. Le tueur à gages n'avait pas apprécié, mais c'était comme ça et pas autrement. Il lui avait demandé son poids, s'était vu répondre qu'il pouvait aller se faire foutre et avait noté quatre-vingt kilos. En considérant la taille de l'animal c'était une estimation plutôt conservative mais au moins il devrait pouvoir lui faire plus d'une injection cette nuit comme ça. Victor aurait voulu rester dans le laboratoire pendant qu'il travaillait mais il l'envoya dehors. Et maintenant qu'il y repensait, l'épouvantail avait dû l'appeler Igor.

Une fois cela fait il se contenta de calculer la dose correcte de produit à partir des données qu'il avait déjà récupérées sur les rats. Il avait apporté des modifications significatives à la formule, ajoutant l'agent pur extrait des roses bleues à sa base de LSD. Equilibrer les deux avait été difficile et était venu à bout de tous ses rats mais il y était parvenu. Maintenant, encore fallait-il savoir si un humain pouvait y survivre. Le but était tout de même de réveiller les fonctions cérébrales, pas de les ruiner pour de bon. S'il y parvenait, où au moins arrivait à un résultat prouvant qu'il était sur la bonne piste, ce serait un avancée exceptionnelle pour la science, quoi qu'en dise le gorille chauve qui lui avait beuglé des invectives non-stop pendant qu'il travaillait. Il avait eu l'air beaucoup moins sûr de lui quand il s'était approché. Voyant la seringue dans sa main, il avait redoublé d'efforts pour se libérer de la chaise où il était attaché, parvenant seulement à tomber sur le côté et à frapper sa tête sur le sol. Igor faisait de très bons nœuds.

Jonathan ne s'était pas donné la peine de le relever, d'un côté parce que la position ne le gênait pas, de l'autre parce qu'il était infiniment trop lourd. Se délectant de ses hurlement impotents il avait découpé sa manche aux ciseaux, plus pour faire durer le plaisir qu'autre chose. Il était presque étonné qu'il se laisse intimider aussi facilement que ses étudiants. Il pouvait le cacher autant qu'il le voulait, mais derrière les cris de rage et le langage il suait comme un porc à l'abattoir, pupilles dilatées par la terreur, ce qui confirmait ses soupçons : devant la peur, il n'y avait aucune différence entre un gros bras et un fils à papa pourri gâté. Aussi invincibles qu'ils soient dans leurs vies de tous les jours, tous pliaient l'échine lorsque leurs pires angoisses prenaient forme. Ils le montraient juste différemment. Il enfonça l'aiguille dans sa chair sans même prendre la peine de la désinfecter au préalable, les mains tremblantes, ses traits déformés par le rictus extatique qui tordait son visage en deux.

Les effets furent presque immédiats.

Un hurlement perçant empli l'air, assourdissant même le rire malade qui sortait de sa propre gorge, incapable de le retenir devant la terreur abjecte qui déchirait le monstre en face de lui. Il hurlait, hurlait et hurlait encore, pleurant, demandant pardon, suppliant que ça s'arrête, devenant à peine intelligible au fur et à mesure que sa voix se brisait, devenant telle un croassement de corbeau. Mais ça il connaissait, il avait déjà eu ce plaisir, supplications réverbérées contre les parois de la chaudière comme sur celles d'un éléphant de fer. Mais cette fois ci c'était tellement plus intense. Il se tordait dans tous les sens, parcouru de spasmes si puissants qu'il put entendre un craquement sec alors qu'il se cassait le bras. Il gloussa comme une collégienne sans le vouloir. Ils étaient vraiment bon les liens d'Igor.

Le reste de la soirée avait été beaucoup moins divertissant. Son cochon d'Inde avait fini par se calmer, ne faisant rien d'autre que regarder dans le vide et pleurer à chaudes larmes en le voyant s'approcher. On aurait dit un des rats. Ça ne l'avançait pas beaucoup au final, mais au moins il savait que tant que les conditions restaient bien maîtrisées, ses sujets ne mourraient pas. C'était déjà ça. Il lui fit faire quelques tests psychomoteurs après une deuxième injection –il n'avait pas voulu coopérer la première fois- ce qui confirma qu'il n'avait pas grillé ses fonctions cérébrales. Il était juste traumatisé.

Il avait donc réussi à produire un produit qui était à la fois plus intense, sans réduire le patient à un état végétatif. La prochaine étape, ça serait obtenir un véritable légume pour voir si c'était assez puissant pour mobiliser ses fonctions mentale engourdie. Probablement pas du premier coup, mais ce qu'il y avait de bien avec ce genre de patients, c'était qu'ils ne pouvaient pas se plaindre.

Mais cette réalisation avait une conséquence : Il allait devoir quitter son travail. Trouver une place dans un hôpital bondé en sous-effectif ne serait pas trop compliqué et du moment qu'il faisait beaucoup d'heures son salaire ne baisserait pas trop. Il y avait même beaucoup de chances pour qu'il augmente, ce qui ne serait pas dur. En fait si ses souvenirs étaient corrects, et ils l'étaient, ça devrait même quadrupler son salaire. Pas que l'argent l'intéresse tant que ça, sinon il ne serait pas resté à la fac aussi longtemps, mais au moins ça rendrait la recherche d'appartement plus simple. Maintenant le problème c'est qu'il fallait annoncer à Pigeon sa démission à la fin du semestre, d'ici une semaine. Il avait le droit de le faire, c'était un peu précipité mais ils n'auraient pas de mal à trouver un remplaçant parmi les doctorants. Il serait moins qualifié, certes, mais ça serait mieux que d'avoir un trou dans l'emploi du temps des étudiants ou pire, de devoir rajouter des heures à un véritable professeur. Non l'ennui c'était qu'il se sentait horriblement coupable après tout ce qu'il avait fait pour lui.

Stylo en main, il termina à sa troisième ébauche de lettre de démission. La première lui avait semblée peu professionnelle, suintante de mièvrerie. La deuxième donnait trop de détails. Alors la troisième était restée extrêmement sobre: il allait démissionner pour faire avancer sa carrière et obtenir plus d'expérience pratique dans le milieu hospitalier afin d'obtenir un différent point de vue de la médecine. La décision était impromptue car poussée par des développements récents. Oui, ça ferait l'affaire. Lentement, essayant de repousser l'inévitable le plus possible, il la recopia au propre et la plia en trois. Etait-ce bien utile de la mettre dans une enveloppe s'il allait la déposer lui-même ? Non, probablement pas. Il hésita, sur le point de la ranger dans sa serviette. La secrétaire de Pigeon était au bout du couloir, ça ne prendrait même pas cinq minutes. Ce n'était vraiment pas la peine de prendre ses affaires, il pouvait les laisser là. Il souffla, légèrement anxieux, se leva et sortit sans prévenir ou répondre, raide comme la justice. Tout irait bien, tenta-il de se convaincre en regardant droit devant lui, tout irait bien, Pigeon n'était pas souvent là, il aurait un peu de temps pour peaufiner ses arguments avant d'avoir à lui parler.

Il toqua deux petits coups à la porte et entra sans attendre qu'on l'y invite. Pour ça, la secrétaire lui lança un regard acéré mais il n'y prêta pas attention, se contentant de lui tendre brusquement sa lettre.

"Bonjour à vous aussi" dit-elle acidement "c'est pour quoi cette fois ?"

Allez, d'un coup sec, comme un sparadrap.

"Ma lettre de démission. Je ne souhaite pas renouveler mon contrat pour le prochain semestre" ajouta-t-il en voyant son expression hagarde.

Bouche ouverte, elle émit quelques sons incompréhensibles, incapable de dire quoi que ce soit de cohérent. Généralement quand il venait c'était pour se porter volontaire pour des heures supplémentaires, dire qu'il serait là pour le semestre d'été, donner des compte-rendu et lui poser des questions sur l'emploi du temps du professeur. Alors voir ce jeune homme si motivé par sa discipline, pratiquement au point de l'obsession, partir sans crier gare ? D'accord, il avait eu l'air plus taciturne que d'ordinaire récemment mais tu parles d'une nouvelle ! Et elle allait dire quoi à Pigeon, elle ?

"C'est… C'est inattendu ?" Elle prit néanmoins sa lettre. "Qu'est-ce qui vous a poussé a-"

Sans écouter, il tourna les talons et sortit en claquant la porte sous son regard abasourdi. C'était surtout parce qu'il était horriblement embarrassé et ne voulait absolument pas en parler, mais la secrétaire en sursauta tellement fort qu'elle en fit tomber ses lunettes.

Oh, qu'allait dire Pigeon ?

Avant la fin de la journée, tout le monde savait qu'il avait posé sa démission. Ou du moins c'est l'impression qu'il eut. La plupart de ses collègues lui avaient demandé si la rumeur était vraie, individuellement ou en groupe et il le leur avait confirmé, ce qui semblait les troubler, murmurant incessamment entre eux quand ils pensaient qu'ils étaient suffisamment loin. Il se méfia un peu avant de les entendre : leur désarroi était seulement dû au fait qu'ils devraient faire des heures supplémentaires une fois qu'il serait partit, puisqu'il abattait tellement de travail à lui tout seul. Il fit un sourire en coin à cela. Et oui, les jours où ils pourraient se la couler douce autour de la machine à café alors qu'il recopiait le dernier compte-rendu de conférence seraient révolus. Ses étudiants aussi lui avaient demandé. Certains, les plus studieux généralement, avaient eu le tact et la patience d'attendre la fin du cours pour poser la question poliment, si ça ne le gênait pas trop de répondre bien sûr. A ceux-là il avait répondu calmement et leur avait souhaité bonne chance pour le prochain semestre, recommandant quelques ouvrages si besoin. D'un autre côté il y avait sa classe la plus difficile, où une dinde lui avait coupé la parole au beau milieu de sa description des symptômes de l'Anhédonie pour exiger une confirmation de la rumeur. Il l'avait fait, puis avait immédiatement enchaîné avec un contrôle surprise pour faire taire leurs cris de joie. S'ils étaient si doués et qu'ils n'avaient pas besoin d'écouter ses cours, ils ne verraient sûrement aucun problème à rédiger une dissertation sur l'Anhédonie pendant les quarante-cinq minutes restantes n'est-ce pas ?

Notée.

De son point de vue, c'était entièrement de leur faute. A force ils auraient dû savoir qu'il ne fallait pas jouer au plus con avec lui, surtout maintenant il n'en avait plus rien à faire de se faire virer parce qu'il était trop stricte. Il avait été très facile de noter les copies après ça, d'autant plus que beaucoup avaient rendu copie blanche avant de quitter la salle en trombe ou n'étaient pas allés plus loin que la problématique. Pas si cruel que ça, il mit quand même un A- à une élève au bord de l'hystérie qui avait noté à toute vitesse tout ce qu'elle savait sans se préoccuper de l'organisation. Les informations étaient là et c'était déjà très bien vu le temps imparti.

Dans ces conditions, il ne lui fallut qu'une demi-heure pour couvrir la pile de feuilles d'encre rouge à la fin de la journée. Le Bon Docteur put alors les flanquer dans un tiroir sans cérémonie, prendre ses affaires sous le bras et sortir de là. Ignorant les murmures plus pressants que d'habitude il quitta l'immeuble et rejoignit le parking le plus vite possible. Jonathan fut presque soulagé en voyant sa vieille voiture aux pneus trop lisses et ralentit un peu en la voyant.

Grossière erreur.

"Ah Jonathan mon garçon ! Je vous cherchais justement !"

Il s'immobilisa en entendant la voix de stentor tellement facilement reconnaissable du Professeur Pigeon. Ne sachant pas quoi faire il garda son regard neutre en le voyant se presser de le rejoindre, grand sourire et air concerné sur le visage. Ses intestins se serrèrent et il vit l'ombre de l'épouvantail se dessiner sur le bitume à côté de la sienne. Lui qui avait espéré repousser cette confrontation autant que possible, c'était raté. Le quinquagénaire arriva à son niveau et lui posa une main sur l'épaule, son ton aussi bénévole qu'il l'avait toujours été.

"Je viens de lire votre lettre de démission et... Et bien ça a été un choc je dois vous l'avouer ! Je pensais que vous vous plaisiez parmi nous ?"

Si le but était de le faire se sentir coupable… C'était très réussi.

"L'ambiance n'est pas le problème, je vous rassure." Il tenta de ne pas trop bouger sur place, ça ne ferait que montrer à quel point il était mal à l'aise. "Je voudrais juste… Un peu de changement. Ca fait déjà quelques années que je suis là et … Les gardes de l'hôpital commencent à me manquer, aussi étrange que ça puisse paraître."

Il fronça les sourcils.

"Mais ça vous pouvez très bien le faire d'ici ! Réduisez un peu vos heures et prenez un travail à mi-temps aux urgences, vous verrez toutes les blessures à l'arme de guerre que vous voudrez !" Il s'adoucit. "Je peux comprendre qu'à votre âge on veuille un peu d'aventure mais ne laissez pas tomber vos projets pour autant."

Il fit de son mieux pour ne pas bouger mais déglutit tout de même avant de pouvoir répondre. Vite trouver une idée. L'épouvantail lui glissa de blâmer sa brune, et dans le doute c'était mieux que rien.

"Et bien…" il soupira. "Je voudrais emménager avec Kornelia et pour le moment mon salaire ne me permet pas de louer ailleurs que dans les Narrows. Je ne me plains pas, j'ai eut beaucoup d'opportunités pour la recherche mais…"

Il s'était attendu à un soupir désolé, peut-être même à ce qu'il trouve d'autres contre-arguments en rapport. Au lieu de ça Pigeon le regarda d'un air profondément dubitatif pendant quelques secondes avant de répondre.

"En sachant que vous sortez avec la jeune héritière d'une fortune s'élevant à plusieurs millions je doute très fort que l'argent soit le problème." Il le coupa en voyant qu'il allait essayer de de se défendre. "Et n'essayez même pas de nier, le Dr Burba a confirmé être la fille du Dr Cezary Burba quand Betka lui a demandé."

Il ouvrit et ferma la bouche sans qu'aucun son n'en sorte, se sentant comme un petit enfant pris les doigts dans le pot de confiture. C'était donc de ça qu'elles parlaient au café des sciences. Si les circonstances avaient été différentes il se serait presque senti offensé que le Professeur ait su avant lui, mais il était trop occupé à trouver un moyen de se dépêtrer de cette situation.

"Vraiment, si ce n'est ni l'ambiance, ni l'argent alors qu'est-ce qui motive votre départ ? Pas besoin de vous chercher des excuses mon garçon mais vous êtes brillant, sincèrement je le pense et je vous regretterais beaucoup. Ne gratifierez-vous pas votre vieux Professeur Pigeon d'un mot ou deux ?"

Vieux manipulateur dégoulinant de bons sentiments. Et le pire c'est que ça marchait en plus. Venant de n'importe qui d'autre il les aurait envoyé paître mais là ça lui était impossible malgré toute la motivation de l'épouvantail. Un instant il hésita à lui lâcher les rênes pour qu'il lui dise des horreurs er termine cette entrevue… Mais Pigeon ne méritait pas ça.

"J'apprécie le sentiment… Et je ne compte pas abandonner mes recherches personnelles mais… Je pense justement que j'aurais besoin d'un peu de travail de terrain et d'expérience pour arriver à une conclusion." Avoua-t-il enfin.

"Ah ! Et bien on y arrive !" S'exclama-t-il en lui mettant une claque virile dans le dos. "Votre médicament pour réveiller les morts c'est ça ? Je me disais bien que vous butiez sur quelque chose, ça fait un mois que vous venez au travail avec une tête de six pieds de long ! Ecoutez, vous me montrez tout ça, j'appelle des amis et on voit ce qu'on peut faire pour vous décoincer, qu'en dîtes-vous ?"

J'en dis que non.

Il se passa une main dans les cheveux en regardant ailleurs pendant une seconde. Normalement il aurait été d'accord avec lui : ça semblait être une très mauvaise idée d'impliquer qui que ce soit d'autres dans ce capharnaüm mais… Mais c'était Pigeon qui lui avait recommandé de faire des tests sur les étudiants. Pigeon lui avait dit que si les contrats étaient bien faits ils ne pourraient pas porter plainte, même dans l'éventualité où ils finissent avec des problèmes de santé très handicapants. Pigeon qui lui avait dit où trouver de tels contrats. Il ne les lui avait pas fournis, Tony s'en était occupé, mais à l'origine l'idée venait de lui. Et il avait eu vent des troubles légaux dans lesquels s'était retrouvée sa famille il y a une bonne décade de cela. Le Professeur était moralement malléable, surtout quand l'avancée de la science était concernée. S'il avait des contacts aussi peu scrupuleux que les siens, et il se doutait bien qu'un Gothamite aussi influent que lui en aurait pas mal, il pourrait même l'aider avec ses autres ennuis.

Johnny, non ! Ca va partir en couille, je te préviens.

Mais sa décision était prise.

"D'accord" dit-il en soupirant. "Mais je garde tout chez moi à la cave, donc je ne peux pas vraiment vous le montrer tout de-"

"Oh ça ce n'est rien, je passerais dans la soirée. Vous vivez au Nord du Burnley c'est ça ? Oui ? Et bien c'est parfait, je finis ce que j'ai à faire ici et j'arriverais d'ici vingt-deux heures. A plus tard mon garçon !"

Il lui rendit son salut, très peu sûr de lui et de sa décision.

Mais très honnêtement, il ne voyait pas d'autre échappatoire.


Ouioui je sais. Hiatus. Le master ça occupe, désolée D: Merci à Cheschire pour la review !

Cheschire : Et non désolée on ne verra pas ces demoiselles toutes de cuir vétues parce que, honnêtement, j'ai pas trouvé quoi que ce soit pour les rendre utiles dans la fic. Pour les insultes de Kornelia c'était fait pour être bizarre, vu que d'ordinaire elle ne jure jamais... Sauf quand elle parle de l'amante de son ex. Erin étant une rivale, elle peut être insultée. Le truc qui ressemble à une ventouse est un clin d'oeil à la scène de "torture" de The Dictator, si tu regardes tu verras que le déchireur anal ou je sais pas comment ça s'appelait, ressemble vaguement à une ventouse pour les toilettes métalique. Quand à Diana on ne va pas vraiment la revoir, mais elle s'en sort. Je suis très très contente que tu ai aimé les deux derniers chapitres, merci beaucoup pour ton soutient et à la semaine prochaine !

-L'éléphant de Fer, c'est pas une race d'éléphant, c'est une statue d'éléphant creuse en fer. On enfermait quelqu'un dans son bide, puis on allumait un brasier en dessous pour le faire cuire et ses hurlements, une fois amplifiés par les parois, ressortaient par un trou, la trompe de l'éléphant. Et ça mesdames et messieurs, c'est l'une des tortures médiévales les moins glauques que j'ai pu trouver. Nan mais faut les comprendre : ils avaient ni internet ni la télé, fallait bien trouver quelque chose pour s'occuper j'imagine.

- Alors le fait que la toxine de peur ait originellement été inventé pour réveiller des patients en état végétatif c'est une invention de ma part, mais c'est vrai que dans les comics on dit qu'il était un psychiatre hautement brillant et respecté qui était connu pour faire des miracles : dans cette fic, c'est ça le miracle en question.

-Igor, c'est l'assistant du Dr Frankenstein dans les films. Oui il a un humour de merde le poupouv', mais vous êtes habitués je crois.

- Un assistant-prof à la fac à temps plein c'est payé à peu près 1150 euros brut. Un médecin hospitalier à temps plein c'est 4130,68 euros brut minimum hors gardes. Les gardes volontaires c'est 450 euros par nuit, 900 par jours fériés et la garde obligatoire une fois par mois c'est 250. Donc wai, son salaire il va plutôt quintupler en fait. Ceci dit Crane n'est pas connu pour être vénal, c'est même plutôt le contraire alors moi je trouve que c'est In Character de sa part de pas quitter son petit boulot de merde à moins que ça ne soit nécessaire POUR LA SCIENCE ! (Dans sa première apparition il s'est tourné vers le crime parce que son boulot ne payait pas assez et qu'il voulait s'acheter plus de livres. Cette tête d'ampoule mon Dieu :D !)

- En comparaison, un médecin légiste est payé environ 3000-3500 euros pour un débutant et jusqu'à 11 000 euros en fin de carrière. Vous voyez ces couples de médecins qui nagent dans le fric ? C'est ça.

- D'après la carte de DC Universe Online de Gotham, l'université de Gotham et son campus se situent dans le Burnley.

-Petit rappel : dans cette fic je ne sais pas si vous vous en êtes rendu compte mais l'épouvantail est en fait une représentation de l'instinct et des pulsions de Crane. Il est à la fois plus présent parce que Crane est sous le coup du stress, mais aussi légèrement plus contrôlé : on ne l'entend plus du tout parler de passer la nuit avec Erin, de coucher avec des étudiantes ou de droguer Kornelia parce que Crane a fini par s'occuper de ces pulsions que sont le besoin de sexe et le besoin de compagnie. Ce n'est pas forcément une bonne chose qu'il devienne plus obsédé par le meurtre mais au moins il va devenir plus constructif et un meilleur conseiller, comme dans ce chapitre.