Chapitre 26 : Une guerre à l'horizon

Sothe ouvrit doucement les yeux et réprima un gémissement de douleur lorsqu'il tenta de faire bouger sa main droite, sans succès. Il se redressa tant bien que mal au bout de quelques instants et remarqua qu'il se trouvait présentement sur une vieille couchette et qui plus est dans un cachot particulièrement humide et sombre. Le voleur mit un peu de temps à rassembler tous ses souvenirs, puis finit par se lever. Il esquissa un pas en avant et trébucha sur un corps. Il recouvrit rapidement son équilibre et grommela légèrement devant son manque de prudence.

" Tu pourrais faire attention Sothe, tu as failli m'écraser, fit Tormod en se redressant tout en époussetant ses vêtements.

- Ils nous ont enfermé ?

- Oui. Apparemment on risque de servir de sacrifices, répondit le mage. Comment va ta main ?

Sothe l'examina brièvement du regard et grimaça en remarquant que le sang avait séché. Bien qu'il ne le montra pas, la douleur était toujours là et la haine qu'il ressentait vis à vis de Tessie ne fit que s'attiser davantage.

- Je n'arrive plus à la bouger.

- Quoi ? s'exclama son ami. Montre-moi ça.

- Depuis quand est-ce que tu es prêtre, Tormod ? interrogea Sothe, de mauvaise humeur.

Le jeune homme ne répondit pas et saisit le bras du voleur, examinant le membre blessé en fronçant les sourcils. Puis, sans un mot, il arracha un morceau de sa cape et banda la main de Sothe avec soin. Il lui adressa ensuite un maigre sourire.

- C'est tout ce que je peux faire. Rhys pourra peut-être te guérir plus tard.

- En parlant de ça, où sont les autres ? s'enquit Sothe.

- Nephenie, Marcia et Astrid sont toutes les trois enfermées dans la cellule de gauche. Muarim et Rhys sont emprisonnés dans celle de droite.

- Il faut sortir d'ici.

- Ils nous ont pris nos armes, Sothe.

- Peu importe, on n'a pas de temps à perdre !

Le mage fronça les sourcils. Il était rare de voir le voleur perdre ainsi son sang froid et le jeune homme devina sans mal que cela devait avoir un rapport avec leur défaite contre Tessie et ses alliés. Tormod s'apprêta à faire part de ses pensées à son compagnon d'armes, mais ce dernier s'était agenouillé et examinait à présent le sol, cherchant quelque chose des yeux. Intrigué, le mage prit la parole :

- Qu'est-ce que tu fais ?

- Essaie de trouver un bout de métal.

- Un bout de métal ? répéta son ami, sans comprendre.

- Quelque chose de suffisamment fin pour pouvoir crocheter la serrure, précisa le voleur.

- Je doute qu'ils soient assez stupides pour laisser ce genre de chose traîner dans une cellule, avoua Tormod.

Un long silence s'installa entre eux avant que le mage ne décide d'aider son ami dans ses recherches.

- Finalement ils sont peut-être stupides, se justifia Tormod, un léger sourire aux lèvres.

Un soupir exaspéré s'échappa des lèvres de Sothe. Réussir à faire une pointe d'humour alors qu'ils se trouvaient dans une situation plus que défavorable. Décidément, le mage l'étonnerait toujours. Leurs recherches ne s'avérèrent pourtant pas fructueuses, à leur plus grand désarroi. Tormod laissa échapper un soupir avant de se redresser.

- Ils sont plus intelligents qu'il n'y paraît.

- Tu ne peux pas utiliser ta magie ? s'enquit le voleur en se redressant à son tour.

- Je n'ai jamais tenté d'en faire sans tome, mais je peux toujours essayer, répondit le mage.

Il ferma les yeux pour mieux se concentrer et commença à réciter une incantation. Sothe se contenta de l'observer en silence tout en prenant soin d'écouter attentivement pour s'assurer que personne ne venait. Quelques minutes plus tard, Tormod ouvrit brusquement les yeux et une boule de feu jaillit de sa main tendue, heurtant avec violence quelques barreaux qui se mirent à fondre comme touchés par de la lave en fusion. Le voleur ne put s'empêcher d'adresser un regard quelque peu admiratif à son ami, reconnaissant par là même son talent.

- Joli travail.

- Enfin un compliment de ta part ! s'exclama le mage, souriant. C'est plutôt rare.

Le voleur préféra ne pas répondre et emprunta la sortie créée par son ami. Ce dernier ne tarda pas à faire de même. Ils se dirigèrent ensuite tous deux vers la cellule dans laquelle était retenues les trois jeunes femmes. Tormod se servit une nouvelle fois de sa magie, permettant à ses alliées de sortir.

- Vous allez bien ? s'enquit-il.

Nephenie approuva alors qu'Astrid essayait de recouvrer ses esprits, encore quelque peu assommée par le somnifère qu'on lui avait administré par le biais d'une flèche. Marcia, quant à elle, gardait une main sur sa poitrine tout en serrant les dents. Malgré tous ses efforts, le sang n'avait cessé de couler et le décor commençait à devenir flou devant ses yeux. La blessure était plus grave qu'elle n'y paraissait en fin de compte. Elle esquissa un pas en avant et Nephenie dut la soutenir pour ne pas qu'elle s'écroule lamentablement sur le sol. Le voleur encouragea le mage à libérer rapidement Rhys et Muarim. Tormod approuva et s'exécuta sans plus tarder. Une fois libre, Rhys se précipita vers la cavalière pégase mal en point, ferma les yeux pour mieux se concentrer et parvint à refermer la plaie grâce à un puissant sort de soin.

- Tout le monde va bien ? demanda Muarim sous sa forme initiale.

- Comment va ta patte ? interrogea Tormod.

- Rhys l'a soignée, ne t'en fais pas bonhomme.

- Au fait Rhys, tu pourrais t'occuper de la main de Sothe ? dit le mage.

Celui-ci acquiesça et jeta un œil à la main meurtrie du voleur. Il fronça les sourcils en tâtant la blessure, songeur.

- Tu peux faire quelque chose ? s'enquit Nephenie, agacée par le silence prolongé du prêtre.

Ce dernier ne répondit pas et usa de son bâton pour lancer le plus puissant sort de soin qu'il connaissait. Les bords de la plaie se refermèrent aussitôt, ne laissant qu'une mince cicatrice blanchâtre.

- Je te conseille de ne pas essayer de la bouger pour l'instant, recommanda Rhys. Sa guérison complète risque de prendre un peu de temps.

Il ne donna pas plus de précisions. Astrid prit la parole :

- Que faisons-nous ?

- Il faudrait déjà récupérer nos armes, déclara Sothe.

- Oui, mais où sont-elles ?

Le voleur haussa les épaules en réponse.

- Une chose est sûre, on ne peut pas rester ici. La décoration n'est vraiment pas à mon goût et il faut avouer que c'est assez glauque quand même, intervint Tormod, un léger sourire aux lèvres.

- Il ne nous reste plus qu'à fouiller les salles une par une pour essayer de trouver de quoi nous défendre et récupérer nos montures, dit Astrid. Je ne pense pas que prendre la fuite serait la bonne solution.

- Muarim, on compte sur toi, tu es le seul à vraiment pouvoir te battre, lâcha Marcia.

Le Laguz prit aussitôt sa forme animale et s'éclipsa hors de la pièce. Les autres ne tardèrent pas à le suivre. Il ne leur restait plus qu'à espérer que la chance soit de leur côté et qu'aucun ennemi ne les remarque.


- C'est étrange, mais j'ai comme l'impression que nous sommes perdus, lança soudainement Ran.

- J'espère pour toi que ce n'est pas le cas, grommela Yaé, se retenant difficilement de lui asséner un coup de poing sur le crâne.

Rolf éclata de rire en les entendant encore se chamailler. Décidément, ces deux là ne changeraient jamais. Cependant le Marqué n'avait peut-être pas tout à fait tort, il lui semblait déjà être passé devant cet arbre bizarre au tronc noueux. Étaient-ils réellement perdus ? Remarque, cela ne serait guère étonnant puisqu'ils se trouvaient dans une forêt et que presque tous les arbres semblaient se ressembler. Sans compter que les sentiers avaient à présent tendance à se diviser, créant de nouveaux embranchements. L'archer posa son regard sur Boyd. Ce dernier avait l'air de mauvaise humeur et coupait les branches qui le gênaient avec un agacement non dissimulé. Oscar, quant à lui, avait toujours l'air aussi calme que d'habitude. Pas la moindre trace d'inquiétude ou d'impatience sur son visage. Il se contentait de diriger son cheval avec une sérénité exemplaire. L'archer l'envia presque en constatant cela. Quelque chose rendit soudainement mal à l'aise ce dernier. Ou était-ce son imagination qui lui jouait des tours ? Prudent, il prit quand même soin de bander son arc, juste au cas où. Son maître lui avait toujours dit de ne jamais baisser sa garde.

- Un problème Rolf ? s'enquit son frère aîné.

- J'ai comme l'impression qu'on est suivi, avoua l'archer.

Le paladin fit stopper sa monture. Le Marqué sortit ses deux couteaux alors que Boyd brandissait sa hache devant lui.

- Montrez-vous ! s'exclama le guerrier.

- Et tu crois qu'ils vont se montrer parce que tu le leur demandes ? ironisa Ran.

- Tu t'es amélioré Rolf, dut admettre l'inconnu en sortant de sa cachette.

L'archer baissa son arc en reconnaissant l'homme devant lui.

- Volke.

- Tu le connais ? s'étonna le Marqué.

Son ami acquiesça.

- Qu'est-ce qui t'amène dans les parages ? lança Boyd, n'y allant pas par quatre chemins.

- Rien de particulier.

Oscar fronça les sourcils, quelque peu soupçonneux. Il n'avait jamais pu faire totalement confiance à l'assassin. Au même instant, Lorth et Sahil sortirent de l'ombre. Ran se prépara à combattre, mais Volke l'arrêta d'un geste de la main.

- Ils sont avec moi.

- Et pourquoi est-ce que je devrais te faire confiance ? Qui me dit que vous n'êtes pas... ?

La main de Yaé sur son épaule l'empêcha de poursuivre. Il grommela et rangea ses couteaux alors que Boyd abaissait sa hache. L'homme aux cheveux rouges tendit sa main à Rolf. L'archer la lui serra tout en restant un peu sur la défensive.

- Enchanté, je m'appelle Sahil.

- Rolf.

Lorth préféra rester en retrait.

- Désolée, mais nous allons devoir y aller, fit Yaé.

- Nous allons vous accompagner, déclara l'assassin.

La Marquée serra les dents. Il plaisantait, n'est-ce pas ?

- Nous n'avons pas besoin de votre aide, grogna Ran, peu enclin à voyager avec des gens en qui il n'avait absolument pas confiance.

- Nous allons dans la même direction et puis vous semblez perdus, non ?

Le Marqué grommela face à cette remarque. L'assassin lui adressa un sourire moqueur.

- Je vais vous guider et rassurez-vous, je vous ferai un tarif réduit.

- Toujours cette sale manie de réclamer de l'argent, soupira Sahil.

- Que fait-on ? interrogea l'archer.

- J'imagine que nous n'avons pas le choix, lâcha Boyd. Nous allons devoir accepter.

- Quoi ? s'exclama Ran. Tu plaisantes, n'est-ce pas ?

- Tu voix une autre solution ? grommela le guerrier à la hache. Nous avons besoin d'un guide.

- Mais je suis là !

- On ne peut pas dire que tu sois vraiment efficace.

- Tu me fends le cœur Boyd, lâcha-t-il, fataliste.

L'homme aux cheveux verts l'ignora.

- Tu es d'accord avec ça Oscar ?

Ce dernier acquiesça.

- Combien est-ce que tu veux ? grogna Boyd.

- Je fixerai le prix en chemin. Quel est votre but ?

- Nous devons retrouver Mist, expliqua Rolf.

- Je vois...

- Quel est le vôtre ?

- 10 000.

- Je regrette déjà d'avoir accepté de l'engager, soupira le guerrier à la hache.

- Au fait, qu'as-tu fait durant ces deux dernières années ? interrogea l'archer.

Un petit sourire s'esquissa sur les lèvres de Volke.

- J'ai trouvé un nouvel employeur.

Et sans un mot de plus, il prit la tête du groupe qui se remit en marche sans plus tarder.


Lara contempla le soleil qui commençait peu à peu à se lever à l'horizon, appréciant les rayons orangés qui venaient doucement caresser son visage. La pluie n'avait pas cessé de la nuit, mais il semblerait que cette journée soit ensoleillée. Devait-elle s'en réjouir alors qu'elle était toujours prisonnière ? Un soupir s'échappa de ses lèvres lorsqu'elle vit Ranulf venir dans sa direction. Elle détourna aussitôt la tête, espérant ainsi l'inciter à ne pas lui adresser la parole. Le Laguz ne parut pas prendre en compte ce geste et prit place à ses côtés tout en s'étirant.

- Bien dormi ?

Lara se prépara à lui lancer une réplique cinglante, mais préféra finalement s'en abstenir.

- De mauvaise humeur on dirait, constata-t-il avec amusement.

La prisonnière soupira. Pourquoi s'entêtait-il donc à vouloir sans cesse lui parler ? Elle était leur ennemie après tout, l'avait-il oublié ?

- Ely t'a pardonné. Enfin, elle n'est pas du genre à être rancunière.

- Tu n'arrêtes donc jamais ? dit-elle, agacée.

- Quoi donc ?

- Ne fais pas comme si tu ne le savais pas. Je suis votre ennemie, arrête d'être aussi amical avec moi !

- C'est un ordre ? s'enquit-il, quelque peu moqueur.

Cette personne allait vraiment finir par la rendre dingue. Et pourtant...

- C'est aujourd'hui que nous allons combattre les aigles, déclara Ranulf.

- Et alors ? grommela-t-elle.

Elle aimait parler avec lui, bien qu'elle ne l'admettrait jamais. Elle se sentait honteuse, honteuse d'éprouver de la sympathie envers un de ceux qui l'avait capturée. Mais c'était la première fois qu'elle se sentait bien en parlant à quelqu'un. On ne lui avait jamais prêté autant d'intérêt auparavant et quelque part cela la rendait heureuse. Il n'y avait pas la moindre hypocrisie dans ses paroles et sa manière d'être, pas de mépris, pas de haine, juste de la sympathie.

- Voudrais-tu te joindre à nous ?

Lara écarquilla les yeux de surprise. Était-il vraiment sérieux ?

- Ne raconte pas n'importe quoi.

- Je suis sérieux, dit Ranulf.

- Si tu me libères, j'essaierai de récupérer la dague Katti, tu le sais bien.

Le Laguz esquissa un sourire mi-amusé mi-moqueur.

- J'en doute, fit-il simplement en tranchant les liens à l'aide d'un couteau.

La jeune femme se massa les poignets pour apaiser un peu la douleur.

- Ton épée se trouve dans la tente là-bas, indiqua-t-il en désignant celle qu'occupaient Shinon et Soren. Je te fais confiance, Lara.

Sans un mot de plus, il se détourna, un étrange sourire aux lèvres.

Lorsque Yuko sortit de son antre, elle aperçut Ryo et Stefan se livrant un duel acharné. La Marquée étouffa un long bâillement et se dirigea vers eux en prenant bien soin de ne pas les gêner. Ryo esquissa un pas de côté, évitant de justesse une attaque verticale et enchaîna aussitôt à l'aide d'un coup d'estoc qui rencontra le vide. Le bretteur du désert profita de cette opportunité pour le désarmer et l'envoyer mordre la poussière. Il pointa ensuite son épée dans sa direction.

- Tu as encore perdu.

- J'avais compris, grommela son ami allant récupérer son arme. Tiens, tu étais là Yuko ?

- Tu t'es encore amélioré Ryo, constata la jeune femme.

- Je tiens à être prêt pour le combat qui aura lieu dans quelques heures.

- N'en fais pas trop quand même. Un guerrier épuisé ne nous sera d'aucune utilité.

- Tiens donc, tu t'inquiètes pour moi Yuko ? lança-t-il, légèrement moqueur.

- Contente-toi simplement de ne pas mourir. Stefan, je peux te parler un instant ?

Le bretteur hocha la tête et ils s'éloignèrent tous deux sous le regard agacé de Ryo.

- J'ignorais que tu aimais Yuko, lâcha une voix.

Le jeune homme se retourna vivement.

- Qu'est-ce que tu racontes encore, Ely ?

- Tu oserais le nier ? insista l'adolescente, sourire aux lèvres.

- Tu peux parler. Qui est-ce qui enchaîne gaffe sur gaffe, hein ?

- Tu veux que je lui dise ?

- Et pourquoi tu n'irais pas plutôt embêter Soren ?

- Il m'a dit de ne pas le déranger, avoua-t-elle. Mais ne t'en fais pas, j'ai encore du temps pour faire en sorte qu'il devienne mon ami.

Ryo soupira. Décidément, elle n'abandonnait jamais.

- Ryo... reprit-elle plus sérieusement.

Ce dernier fronça les sourcils. Il était rare de la voir arborer ce genre d'expression.

- Tu devrais lui dire avant la bataille ou tu pourrais bien le regretter toute ta vie.

- Tu dis ça comme si nous allions mourir.

Un long silence s'installa entre eux.

- Peut-être... que nous n'en sortirons pas tous vivants après tout.

Le guerrier la prit par les épaules.

- Ne dis pas ce genre de choses. Et puis, s'il devait t'arriver quoique ce soit, je crois bien que ton frère ne me le pardonnerait jamais.

- Oui, c'est vrai, tu as raison, admit-elle. Excuse-moi, je n'aurais pas du dire ça. Nous allons leur botter les fesses à ces maudits aigles !

- Je te préfère comme ça, avoua le jeune homme.

- Oui. Alors, tu veux que je lui dise ? lança-t-elle, un grand sourire aux lèvres.

Ryo préféra ne pas répondre et rejoignit sa tente, Ely sur ses talons.

- Tu lui as dit ? s'enquit Yuko en s'adossant à un arbre.

- Oui.

- Et elle ne t'a pas rejeté, n'est-ce pas ?

- J'ai presque l'impression que tu veux que je te dise que tu avais raison, nota le bretteur du désert, quelque peu amusé.

- Qu'est-ce que tu éprouves vraiment pour elle ? interrogea la Marquée. Et ne me ressors pas la même excuse que la dernière fois.

- En parlant de ça, toi et Ryo semblez plutôt proches ces derniers temps, dit-il.

Yuko resta un moment interdite. Comment faisait-il donc pour être toujours aussi perspicace ?

- Ah, vous voilà ! lança Mist en accourant vers eux. Soren veut vous voir.

- C'est à propos de la bataille à venir ? questionna le bretteur.

La jeune clerc acquiesça et les incita à la suivre. Les deux guerriers lui emboîtèrent aussitôt le pas.

Emeline était assise sur l'herbe et observait le ciel. Bientôt viendrait l'heure où elle devrait jouer l'appât. Intérieurement, elle espérait que le temps s'arrête et que cette heure ne vienne jamais. Un frisson la parcourut. La peur continuait à s'insinuer dans tout son corps malgré les paroles réconfortantes d'Ilyana. Elle se sentait faible alors qu'elle se savait forte d'ordinaire. Pourquoi cette mission l'effrayait à ce point ? Elle ne craignait pourtant pas pour sa vie, bien qu'à y repenser, elle ne souhaitait pas mourir. Détenue par les aigles, elle n'avait pas eu le courage de s'arracher la vie et elle avait fait preuve de lâcheté. Et Ilyana qui s'obstinait à dire qu'elle possédait un pouvoir spécial. Pourtant il ne s'était jamais manifesté, pas même lorsqu'elle avait été en danger. Était-elle à ce point inutile ? Alors que ses nerfs étaient sur le point de lâcher, deux bras vinrent enserrer sa taille et elle se sentit attirer contre quelqu'un.

- La colombe aurait-elle perdu tout espoir ? s'enquit Kleith, un léger sourire aux lèvres.

- Est-ce que c'est vraiment bien si je continue à vivre ? demanda-t-elle d'une voix faible.

Le jeune homme fronça les sourcils.

- Cesse de te poser ce genre de question. Si tu veux vivre, tu n'as qu'à vivre. De toute façon, nous les massacrerons ces aigles. Tous autant qu'ils sont alors tu n'as pas à t'inquiéter.

Emeline se mit à rire.

- Qu'est-ce qu'il y a de si drôle ? grommela-t-il.

- Je ne sais pas comment tu fais pour réussir à me remonter le moral, mais je t'en suis vraiment reconnaissante.

Kleith eut un sourire, il la trouvait si belle...

- Je te protégerai, murmura-t-il à son oreille.

Il passa une main dans ses longs cheveux d'or et l'attira davantage contre lui, appréciant sa chaleur et sa présence. Emeline ferma les yeux et se laissa aller doucement à cette étreinte, ignorant son cœur qui battait follement dans sa poitrine. Le combat n'était pas encore pour maintenant et elle comptait profiter au maximum de cet instant qu'elle jugeait unique. Elle se sentait bien, apaisée et tous ses doutes disparurent, laissant place à la quiétude. Les observant du haut de son arbre, Shinon sentit comme un pincement au niveau de son cœur. Il préféra l'ignorer, reprenant son travail de guetteur.

- Tu voudrais mettre les épéistes et les bretteurs en première ligne ? lâcha Zihark en posant son regard sur le stratège.

- Oui. Mist et Shinon seront derrière.

- Et pour ce qui est des Laguz oiseaux ? interrogea Ilyana.

- Ils accompagneront Emeline comme prévu. Et il en est de même pour les cavaliers des airs. Ranulf sera aussi en première ligne.

- Ça me semble correct, admit le bretteur. Plusieurs aigles se retrouveront anéantis durant la première phase du plan et ceux qui parviendront à atteindre cet endroit seront aussitôt cueillis par les combattants au sol.

- Au fait Soren, l'interpela la jeune sage.

- Des objections ? Si c'est le cas, sache que...

- Je sais, le coupa-t-elle.

Le premier ministre se renfrogna alors qu'Ilyana posait le médaillon de Kleith sur la table. Stefan fronça les sourcils à sa vue, mais s'abstint de tout commentaire.

- Tu sais ce que c'est ? s'enquit-t-elle.

Soren fronça les soucils tout en l'examinant sous tous les angles.

- Une chose est sûre, ce n'est pas de la magie seid.

- J'en étais aussi arrivée à cette conclusion.

Le stratège se tourna vers le bretteur du désert.

- Tu sais de quoi il s'agit, j'imagine ?

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

- Le fait que tu connaisses Kleith et qu'apparemment ce bijou était en sa possession. Alors ? insista Soren, impatient.

- Je ne sais rien.

- Et toi ? lança-t-il de mauvaise humeur en s'adressant à Yuko.

- Comment est-ce que je serais censée savoir ce que c'est ?

- Bon, alors vous ne verrez pas d'objections si je le garde et que je fais quelques recherches, n'est-ce pas ? dit-il, ironique.

- Fais comme bon te semble, déclara simplement Stefan impassible.

Le bijou gagna la poche du stratège et la discussion reprit de plus belle.

- Vous comptez aussi faire combattre le Prince Reyson ? intervint Janaff.

- Janaff ! le rabroua Ulki.

- Ses chants s'avéreront utiles, expliqua le stratège.

- Et qu'arrivera-t-il s'il est blessé par mégarde ? insista le Laguz oiseau.

- Alors tu n'auras qu'à faire en sorte que cela n'arrive pas.

Janaff lui lança un regard noir. En réponse, Soren lui adressa un sourire moqueur. Encore une fois, il avait le dernier mot.

Mia regardait Jill et sa monture exécuter des acrobaties aériennes plus impressionnantes les unes que les autres. La jeune femme s'était toujours demandée quelles sensations l'on pouvait ressentir en volant sur une telle créature. La guerrière ordonna à sa wyverne de se poser au sol. Celle-ci obéit sans plus tarder. Jill rejoignit Mia tout en retirant son heaume.

- Prête ? demanda l'épéiste.

- Oui, approuva son amie. Et toi ?

- Je le suis toujours surtout quand il s'agit d'abattre quelques aigles ! s'exclama-t-elle.

- Au fait, es-tu parvenue à trouver ton rival finalement ?

- Non, avoua Mia. Bien que... Si.

La cavalière des airs lui lança un regard interrogateur.

- Il est même très fort et je ne le battrai sûrement pas du jour au lendemain, mais je vais m'entraîner dur !

Jill émit un léger rire.

- Je suis sûr que tu peux le vaincre. De qui s'agit-il ?

- Secret.

Elles échangèrent un regard avant d'éclater de rire.

- Qu'est-ce qui vous fait rire comme ça ? lança Haar en s'approchant.

- Monsieur Haar, comment allez-vous ?

- Je t'ai déjà dit une bonne centaine de fois de ne pas m'appeler ainsi, grommela-t-il.

Les rires des deux filles redoublèrent alors que l'homme les regardait, exaspéré. Un sourire prit cependant naissance sur ses lèvres. Entendre Jill rire de nouveau, voilà le plus beau qu'on pouvait lui offrir avant un combat.

Un peu plus loin, Tanith essayait tant bien que mal de dissuader Reyson de prendre part à la lutte contre les aigles, sans succès.

- Mais imaginez un instant que...

- Il suffit ! Je suis moins fragile que vous ne le pensez.

- Permettez-moi de vous protéger dans ce cas.

- Si ça peut vous rassurer.

- Promettez-moi de ne pas vous éloigner et de rester près de moi, d'accord ? insista-t-elle.

Le prince des hérons soupira. Les Beorcs pouvaient être si collants parfois.

- Un problème Reyson ? interrogea Naesala en les rejoignant.

Tanith esquissa un pas en arrière, surprise.

- Qu'est-ce que... ? Depuis quand êtes-vous là ?

- Ça n'a pas d'importance. Veuillez simplement cesser d'importuner Reyson ou je serai dans le regret d'employer des moyens plus... hum... déclara-t-il, ironique.

La guerrière préféra ne pas insister et se retira.

- Je te remercie Naesala.

- Entre amis, c'était tout naturel.

- Il semblerait que notre chère colombe soit dans les environs, n'est-ce pas ? lâcha Maxos en s'emparant d'une boule de raisin qu'il porta à ses lèvres.

Le Laguz aigle s'inclina devant lui.

- Que devons-nous faire, Majesté ?

- Réunis tous nos soldats et ramenez-la moi. Je ne tolèrerai aucun échec !

- Bien."

Il se retira alors qu'un sourire machiavélique se dessinait sur les lèvres de Maxos. Décidément, cette journée risquait d'être plus intéressante que prévue.