XV) Le gamin qui valait cinq milliards

- En tout, ça nous fait 74 cartes, compta Machi.

- Mais nous perdons le rythme. Avec nos trois dernières cibles, nous n'avons obtenu que quatre nouvelles cartes, grogna Phinks.

- Ce sont, pour la plupart, des A et des B. Ce sont les cartes faciles à trouver, que tout le monde a. Nous allons devoir réviser notre stratégie. Nous devons choisir les cibles avec plus de soin, ajouta Sharnalk.

- Bah, on n'a qu'à tous les faire. On finira bien par tomber sur des gens qui ont les cartes qu'on veut, lui répondit le gros costaud.

- Phinks, on ne va pas racketter tous les joueurs de Greed Island. Et tu sais bien que nous avons déjà eu deux avertissements.

- Laisse tomber, Sharnalk. Tu sais bien que c'est justement ce qu'il cherche, ironisa Nobunaga. Il a envie de retrouver le Game Master hyper balèze qui l'a déjà viré deux fois de l'île.

- C'est idiot. Il y a un moyen plus simple. Il a dit lui-même être le gardien d'une carte d'emplacement fixe. On n'a qu'à savoir laquelle.

Quatre membres de la brigade fantôme, installés dans un coin reculé d'un bar dans la ville de Dorias, étaient occupés à réviser leur stratégie. Depuis leur infiltration du jeu, il y a cinq mois, leurs objectifs avaient été plusieurs fois bouleversés. A la base, ils cherchaient simplement un moyen de voler tous les trésors du jeu, mais tout avait changé lorsque Phinks, Sharnalk, Shizuku et Franklin avaient rencontré Hisoka. A travers lui venait un ordre de leur boss : compléter le jeu et permettre au traître de retourner dans la réalité avec une carte du souffle du grand ange qui pourrait effacer le nen qui entravait Kuroro. Depuis, ils dévalisaient les joueurs pour agrandir leur stock de cartes. Mais ils commençaient à stagner. Ils arrivaient au bout des cartes que tout le monde pouvait acquérir. Les cartes rares de niveau S et SS, limitées à moins de 10 exemplaires, ne couraient pas les rues et la brigade avait beaucoup de mal à trouver des joueurs en leur possession. Ils en étaient presque au stade où ils devaient écouter le conseil de … Mais ils avaient décidé depuis longtemps qu'ils n'écouteraient plus les bêtises d'Hisoka.

Ce fut à ce moment là que Nobunaga remarqua quelque chose.

- Ne regardez pas, mais il y a deux officiers du Trian sur la terrasse du restaurant.

- Hein ? Depuis quand ?

- Changeons d'endroit. Ils sont capables de nous sentir à cette distance.

Et Nobunaga arrêta une des serveuses virtuelles du restaurant pour lui demander une éventuelle sortie de secourt. La serveuse, vêtue d'une affriolante tenue de chat leur indiqua un petit chemin destiné aux personnes voulant échapper à leurs créanciers. Nobunaga et Phinks décidèrent de contourner le bâtiment pour surveiller les deux intrus. Ils purent ainsi constater de quels officiers il s'agissait. C'étaient Paggia, une gracieuse blonde que Machi n'hésitait jamais à appeler « la pétasse » ainsi que Macy des cauchemars, que tout le monde dans la brigade appelait « la Zaza des cauchemars ». Paggia était une des ambassadrices de charme du laboratoire. Qu'est-ce qu'elle pouvait bien faire dans ce jeu ? Elle avait l'air de mener une discussion animée avec Zaza.

- Je ne t'aiderai plus. Tu n'as apporté aucun résultat depuis un an. A ce stade là, si on me voit avec toi, ça pourrait me porter préjudice.

- Je vais tout refaire, je te le jure. J'ai trouvé la perle rare. Avec ça, nous pouvons tout regagner.

- Et elle ressemble à quoi, ta perle rare ?

- C'est un gamin très prometteur. Et il est déjà sous mon emprise.

- Mais encore…

- C'est le fils de Jin Freecss.

- Ne dis pas de bêtises. Il n'a pas…

- Le gamin l'a dit lui-même. Ses DEUX parents l'ont abandonné, et il les cherche.

- Ses deux parents ?

- Il a un peu moins de 13 ans. Avec qui Freecss sortait il y a 13 ans ?

- Non… ne me dit pas que sa mère est Oda.

- J'ai fait mes vérifications, tu sais. Moi aussi, je n'y croyais pas.

- Attends… s'il est le fils d'Oda…

- Il est aussi le neveu d'un membre de la Brigade Fantôme. Tu te rends compte ? On aurait un otage contre Freecss, contre Oda et contre la Brigade.

- Redescend un peu sur terre, tu veux. Tu as vraiment mis tes papillons sur lui ?

- Oui.

- Tu ne l'as pas encore amené dans le labo. Commence par ça. Tu es bon pour présenter les nouvelles et pour donner des rêves, mais quand il s'agit de concret, tout s'effondre. C'est à cause de ça que tu es relégué ici.

- Je l'aurai. Et quand nous pourrons montrer au monde entier que Gon Freecss nous appartient…

- C'est ça. Mais tu ne lui as pas encore mis sa puce. Quand ce sera fait, nous serons de nouveau associés et je te ferai immédiatement rentrer à la chambre.

Macy serra les poings. Paggia appela une des serveuses félines pour régler son adition.

- Bien, je vais rentrer faire mon rapport, et je vais dire que tu as repéré le gamin. Mais à ta place, je ne trainerai pas pour le coincer. Ca fait un an que tu es ici et que tu te contentes d'éliminer les incapables. Tes hommes n'ont que 81 cartes d'emplacement fixes et ils sont incapables d'affronter des monstres de niveau S ou plus. Les patrons ne sont pas satisfaits de tes résultats.

- Dis-moi un peu quelle opération leur a apporté des résultats qui leur conviennent ? L'opération pupilles-écarlates ?

Paggia eut un rire narquois.

- Tu n'as pas tort. Ils ne sont jamais contents. Je suis même sûre qu'ils vont trouver le projet de Counzite décevant. Cependant, je crois qu'il obtiendra plus de résultats en trois mois que toi en passant dix ans ici.

- Qu'est-ce qu'il a encore inventé, ce gros moche ?

- Je n'ai pas à te le dire. Tu es actuellement un officier de frontière, de seconde catégorie.

La jeune femme sortit deux cartes pour l'adition, et se leva

- Dans ton intérêt, tu devrais terminer le jeu et ramener le garçon avant la fin du mois de mai.

Elle sortit également une carte évasion, l'activa et disparu. Macy resta quelques instants à ruminer ses pensées, puis sortit son classeur à son tour et se mit à le consulter. Les deux membres de la brigade retournèrent rejoindre leurs compagnons. Les réactions ne se firent pas attendre.

- Génial, maintenant, Zaza va nous concurrencer pour le classeur.

- Peut-être que ça pourra nous être utile. On pourrait toujours lui piquer ses cartes. Il en a 81, c'est toujours sept de plus que nous, proposa Phinks.

- N'y pense même pas, le gronda Sharnalk. Ca risque d'être tout le contraire. C'est lui qui va nous piller.

- Toi, ça va. Je suis sûr qu'il y a moyen de l'avoir par surprise.

- Le problème, c'es que tu auras beau être persuadé d'avoir le contrôle de la situation, tout ne pourrait être qu'une illusion qu'il aura créé. Imagine seulement que tu penses trier ton classeur avec un autre membre de la brigade, mais qu'il s'agit en fait de Zaza ?

Le guerrier se calma. Oui, il n'était pas encore prêt pour affronter ce terrible adversaire.

- Sinon, je me demande ce que c'est que cette fameuse opération dont parlait la pétasse, grogna Machi. Ca a l'air encore plus tordu que d'habitude.

- Ca doit être un nouveau plan pour produire des soldats forts et stupides en grand nombre. Jusqu'à présent, ils n'ont pas pu pondre de soldats capables de nous embêter et ils n'y arriveront jamais. Il y a des trucs dans le nen que ces crétins ne comprendront jamais. Il n'y a pas à s'inquiéter pour le moment.

- Et l'autre chose, le gamin…

- Oda a vraiment eu un enfant, elle ?

- S'ils s'imaginent qu'on va hésiter à frapper son morveux, ils sont en train de se mettre leurs seringues dans le c…

- Le gosse…

Nobunaga semblait frappé d'un éclat de génie.

- C'est lui… le gamin de York Shin qui faisait des bras de fer…

- Hein ? Celui qui a réussit à casser deux côtes à Feitan ?

Machi réfléchit.

- Mmmm, c'est vrai que son caractère ressemble pas mal à celui de Nohime quand elle était jeune, et au point de vue physique…

- Ouais, il a la même gueule que cet aventurier de mes deux. Je me demande quelle tête ferait Oda si elle devait le savoir entre les pattes des enragés de la seringue.

- Et quelle tête ferait-elle si nous l'avions, nous ?

Phinks, Sharnalk et Machi regardèrent le samuraï avec surprise.

Quelques instants plus tard, trois serveuses félines quittaient discrètement le restaurant. Elles atteignirent un bâtiment isolé et se cachèrent à l'intérieur.

« Annulation ».

Quelques secondes après, les serveuses étaient redevenues Lucie, Kuwabara et Haruka.

- Lucie, ta faculté ne cessera jamais de me surprendre, annonça Kuwabara. Non seulement l'apparence était parfaitement identique à celle des autres serveuses, mais aucune de nos cibles ne s'est doutée de quoi que ce soit.

- Merci, mais ce n'est pas le moment pour les compliments. Je crois que nous allons avoir des ennuis sur tous les plans. Le Trian prépare un coup tordu, ils veulent boucler le classeur à tout prix, ils veulent kidnapper Gon et le pire de tout, c'est que la brigade veut en faire autant. Il faut que l'un d'entre nous retourne dans la réalité avertir le prof.

- Et il faut également retrouver nos amis avant le Trian ou la Brigade. Il faut les prévenir.

- Du calme, Haruka. Tu oublies un détail, non ? Oda-senseï nous a interdit de dire à Gon qu'elle est sa mère.

- Mais pourq…

- Elle a ses raisons. Ca ne nous regarde pas. Si nous devons le protéger, ce sera sans lui en apprendre la raison.

- Pfff, il faudrait vraiment la faire changer d'avis. Parce qu'il y a beaucoup de gens qui vont l'attaquer pour cette raison. Ce n'est qu'une question de temps avant que quelqu'un le lui dise. Ce serait mieux que ce soit sa mère qui le lui apprenne plutôt qu'Hisoka ou un officier du Trian.