Serbferga - Non, je ne passe pas sur TESO. Mais j'admets que la description de Daguefilante est bien basée sur celle de ce jeu. Toutefois, les nostalgiques de TES II Dguerfall auront reconnu les armures des gardes de l'époque (bon d'accord elles ressemblaient surtout à des gros tas pixels... nostalgie, nostalgie). Sinon, il est prévu qu'Artoria et Rin se rendent aussi en Orsinium dans un prochain épisode et même à l'Enclume pas la suite... et j'ai prévu de les amener en Cyrodiil (mais cela me demandera beaucoup de travail).


-Âtrefeu, 26e jour, 4E 201-

Le comte Harold Ailedieu arpentait la salle du trône, n'osant s'asseoir dans l'un des profonds fauteuils réservés au roi et à son épouse. Peu, à Daguefilante, osaient contester la légitimité d'Harold. Toutefois, le comte n'ignorait pas qu'il devait montrer son respect pour sa future position sous peine de lever contre lui une opposition non désirée.

Comme les portes s'ouvraient, il regarda Damian d'Abondance qui marchait vers lui.

- Votre Altesse Royale, le salua-t-il.

- Monseigneur le comte.

Prenant fraternellement le fils du roi d'Abondance par l'épaule, il le conduisit à une des petites tables qui accueillaient habituellement les conseillers du roi.

- Alors, Votre Altesse, comment s'est passé votre soirée avec la charmante Pendragon ?

Le prince se renfrogna.

- Le terme charmante n'est point adéquat. Elle est aussi belle que le pic immaculé d'une montagne et tout aussi inaccessible.

Damian résuma rapidement la conversation qu'il avait eue, la veille, à la table de banquet. Lorsqu'il eut terminé, le comte Harold plissa les yeux, se passant deux doigts dans les moustaches.

- Vous semblez fort déconfis, Votre Altesse.

Le prince soupira.

- Doublement, à vrai dire. L'homme que je suis se trouve étrillé dans ses tentatives de séduction, ayant échoué à ne serait-ce qu'entamer l'armure dont se cuirasse la belle. Oh, ses réponses furent de la plus parfaite politesse. Cependant, elles n'ont laissé aucune part à l'interprétation. Je n'ai pas été repoussé à titre personnel, dame Pendragon ne désire pas épouser un beau parti, fusse un futur roi. Son épée lui tracera une route vers une haute destiné. Elle a énoncé cela comme s'il s'agissait d'un fait d'ors et déjà acté.

Derechef, le prince poussa une autre plainte, il semblait très abattu.

- Ensuite, je n'ai pas non plus réussi à obtenir de réponse à mes questions concernant sa lignée. Elle semble vraiment ne pas vouloir parler de ses parents.

- S'ils l'ont abandonné, cela se peut comprendre, Votre Altesse.

Le fils du roi Sigmayne approuva.

- Je remarque, toutefois, que ses manières ont été parfaites. Elle sait se tenir à table et connait l'étiquette de la cour. Donc, elle a reçu une éducation digne de la noblesse.

- Oh, cela n'était pas le problème...

- Comment cela, monseigneur, je pensais que vous vouliez découvrir si elle était de sang royal ?

Le comte sourit ironiquement.

- Vous oubliez un peu vite que dame Pendragon est l'Enfant de dragon. Des rois ? Le monde des hommes en a vu passer quantité au cours des deux derniers siècles. Mais des Enfants de dragon, point depuis le sacrifice de Martin Septim.

Damian fronça les sourcils.

- Je ne vois pas le rapport. L'Enfant de dragon est une sorte de héros désigné par les dieux mais...

Harold le coupa d'un rire homérique.

- Par les Huit, depuis combien de temps n'êtes-vous pas entré dans un temple, Votre Altesse ? L'Enfant de dragon doit son pouvoir au sang de dragon. Le sang d'Akatosh lui-même...

- Je...

- Pélinal Blanc-serpent, co-fondateur du Premier Empire, était un Enfant de dragon. Reman Cyrodiil, fondateur du Second Empire fut lui aussi reconnu comme étant un Enfant de dragon, sans compter Tiber Septim... bien entendu. Vous connaissez l'histoire de l'Amulette des Rois ? Il est raconté... plus ou moins... qu'à l'Ère Mythique, Akatosh le dieu dragon, roi de tous les Aedra, prit conscience de la précarité de la vie humaine dans ce monde alors dominé par les Mer et les Dov, les Elfes et les Dragons. Alors " Il prit quelques gouttes de sang issu de son cœur généreux et les donna à Alessia". Ce sang cristallisé devint l'Amulette des Rois. Il n'est pas un royaume humain qui n'ait directement ou indirectement été bâti par le sang d'Akatosh.

Damian semblait extrêmement troublé.

- " Je suis un dragon sous forme humaine, mon épée est mon souffle".

- C'est ce que vous a dit dame Pendragon ?

Le prince hocha simplement la tête.

- Voilà quelque chose qu'il faut sans doute prendre au pied de la lettre.

- Pardon ?

- Vous n'avez jamais lu la légende de Tiber Septim ? Après qu'il ait entendu la voix des Grises-barbes, plusieurs nordiques ne pouvaient plus le voir comme un humain. À sa place, ils voyaient un dragon. Il serait devenu "Ysmir, le dragon du septentrion". Quant à a légende de Pélinal, certains textes sous-entendent qu'il était autrefois un dragon connu sous le nom de Pélinaalilargus le pragmatique.

Le prince Damian d'Abondance regardait à présent le comte Harold avec un respect étonné.

- Vous êtes très érudit.

Cela fit rire le comte.

- " Sage avec les livres", comme dit le proverbe. Toutes mes connaissances viennent des ouvrages que le bibliothécaire du château a trouvés pour moi. Lorsque j'ai appris qu'un Enfant de dragon venait à nous comme ambassadeur impérial, j'ai voulu étancher ma curiosité.

- Je vois... Monseigneur ? Pourquoi tenez-vous tant à découvrir ses parents ?

Harold se caressa la moustache, un tic fréquent chez lui.

- Parce que cela nous apprendra où trouver ses amis et ses ennemis, ainsi que sa place dans les jeux de pouvoir en cours.

- Dame Pendragon refuse de participer à ce genre de manigances, son attitude à ce sujet m'a paru on ne peut plus claire.

- Votre Altesse Royale, voilà la toute la naïveté de la jeunesse, vous de la croire, elle de le dire. Pensez-vous que cela l'empêchera de se trouver mêlée aux intrigues de la cour ? Si dame Pendragon ne se choisit pas un camp, d'autres le feront à sa place.


Le front plissé Artoria Pendragon referma l'armorial que le bibliothécaire du château venait de lui apporter. Un Arthur Pendragon aurait vêtu à une époque indéterminée, entre la fin du Mérithique et le milieu de l'Ère Première. Il aurait été souverain de Mérésis, un royaume correspondant à l'actuelle châtellerie d'Haafingar, en Bordeciel.

- Frère Erward, vous n'avez rien d'autre ?

Le moine de Julianos portait une robe de bure, et les cheveux tonsuré habituels pour ceux de son ordre. Debout derrière un lutrin, il reposa sa plume dans un encrier avant de regarder paisiblement la jeune femme. Tout autour de lui, des rayonnages se suivaient. La plupart abritaient des livres, mais d'autres se couvraient de parchemins empilés. Dans l'allée centrale, plusieurs tables de lecture permettaient aux visiteurs de consulter les précieux incunables.

- J'ai lu la plupart des ouvrages de la bibliothèque et ce n'est qu'un personnage de légende... Du moins, c'est ce que je croyais jusque là.

En disant ces derniers mots, il couvrit le Roi des Chevaliers d'un regard dubitatif.

Artoria soupira.

- Je crains de devoir insister, même un simple indice serait mieux que rien.

- Vous savez, le personnage a inspiré tout un cycle de légendes à partir du milieu de la Première Ère. Puis, des chansons de geste ont été écrites au cours du millénaire suivant avant que le personnage ne passe de mode et soit oublié. Si vous croyez ces fadaises, il aurait même été empereur de Cyrodiil...

- Le royaume de Mérésis a existé, au moins ?

- En tout cas, un comté de ce nom a subsisté jusqu'à la Troisième Ère, en Bordeciel.

Fouillant dans des casiers de rangements, il en tira un vieux parchemin qu'il consulta à l'aide d'une loupe.

- Vous avez peut-être entendu parler de ce grand bal auquel l'empereur Thorez Pélagius Septim III mit fin en tentant de se suicider ?

- Non.

- Oh ? L'histoire est cependant connue... enfin, c'est le comte de Mérésis qui fit les frais des pulsions suicidaires de Pélagius le fou. Toutefois, je doute que les comtes de Mérésis soient apparentés à... votre ancêtre ?

Artoria eut un mince sourire.

- Je doute être sa descendante. Vous avez lu les chansons de geste qui sont inspiré d'Arthur Pendragon ?

- Oh, oui, à peu près un millier de pages d'exploits guerriers écrit en mauvais vers...

- Laissez-moi vous les résumer, frère Erward : Un roi désigné par une épée qu'il retira de la pierre, il battit de nombreux ennemis à l'intérieur et à l'extérieur de son royaume. Puis sa demi-sœur le trahit et il fut tué par son fils dans une grande bataille où leurs deux armées furent anéanties. J'ai juste ?

Le moine se révéla un peu surpris.

- Oui, c'est cela.

Le Roi des Chevaliers soupira avant de jeter un coup d'œil à Tohsaka. Cette dernière consultait un livre où étaient dessinés des cercles magiques et des représentations de gemmes spirituelles. Plusieurs de ces mêmes gemmes - bien concrètes- étaient posées à côté des livres. Pendant qu'Artoria lisait les textes que lui apportait le moine, la magus avait remplis des parchemins de notes, de schémas et de pentacles. Nombres de ses précédents travaux avaient terminé en boules chiffonnées.

- Rin en as-tu terminé ?

Elle n'obtient pour toute réponse qu'un grognement. Comme le chevalier insistait, Tohsaka finit par se frotter les yeux, puis à soupirer.

- Oui, il est temps de partir... je voudrais tenter une expérience, tu me suis dans mes appartements ?

- Bien sûr.

Pendant qu'Artoria disait poliment au-revoir au moine, Rin récupéra ses papiers, y compris les textes chiffonnés et les mis dans sa sacoche. Elles sortirent et s'éloignèrent en direction des appartements. La pierre des murs disparaissait derrière des tapisseries vivement colorées et un tapis écarlate couvrait le sol. De loin en loin, des armures complètes semblaient monter la garde.

Cet ameublement guerrier ne se limitait pas aux couloirs. La chambre allouée à la magus se révéla luxueuse, décorée de panoplies d'armes et de tableaux représentant des batailles. Un vaste âtre aux parois couvertes de suie permettait de chauffer la pièce.

Un grand lit à baldaquin avec ses édredons de plume et deux grands fauteuils occupait presque tout l'espace. Le long des murs, une commode se tenait entre les embrasures étroites de deux hautes fenêtres. Leurs petits carreaux de verre colorées étaient enchâssés dans du plomb. Une armoire superbement décorée avait été dressée à côté de la porte. Une issue plus petite menait à une salle de bain qui –oh merveille- fournissait eau froide et chaude grâce à des canalisations venues de la chaufferie.

Rin s'agenouilla à même le sol répandant le contenu de sa sacoche devant elle.

- Depuis mon arrivée en Tamriel, je me suis intéressé aux gemmes spirituelles. Tu sais à quoi elles servent ?

- Non.

- Elles ont été créées par Raven Direnni, une sorcière elfe très célèbre. Raven a eu l'idée de construire des cellules spirituelles sous forme de cristaux pour emprisonner les âmes des monstres et des animaux en les capturant par des sorts au moment de leur mort. Ces âmes peuvent ensuite être utilisées pour alimenter des objets magiques en énergie. Seulement, Raven Direnni ne fit que s'inspirer d'une idée bien plus ancienne. Les pierres de varla des Ayleids permettaient elles-aussi de charger les objets magiques, bien que l'on ne sache plus comment les Ayleids les créaient. Plus important, au Mérithique, il existait des pierres de Welkyn capable de recharger l'od d'une personne.

Mettant une main dans sa poche, Rin en tira une bourse qu'elle ouvrit, révélant des pierres précieuses.

- Pour ma part, je pratique la magie des joyaux, inventée par Zelretch. Les pierres précieuses, au cours de leur longue croissance, baignées par les courants telluriques, développent une capacité naturelle à stocker une énergie magique immense. Je charge mes gemmes chaque jour, en chantant un rituel qui permet qu'elles absorbent le prana contenu dans le sang que je verse sur elles. Alors je me suis dis : " Que se passerait-il si j'appliquais ma connaissance de la magie des joyaux aux gemmes spirituelles ?"

Passant une épingle de coudrier dans la flamme d'une bougie, Rin se la planta juste sous l'ongle de l'index. Une goutte écarlate tomba sur une gemme en forme de bâtonnet bleu. Elle la plaça dans un cercle magique dessiné à la plume. Puis les mains réunies en coupe, elle chanta une formule de trois couplets.

Rin venait de modifier une gemme spirituelle insignifiante en se servant d'une variante de la magie des joyaux. Utilisant Structural Analyst, la magus se concentra. Oui... il ne restait plus qu'à tester :

- Glanz macht Licht

Le cristalse mit à rayonner de lumière.

- J'ai réussis !

À la plus grande stupéfaction d'Artoria, Rin se mit à serrer le sachet contenant les gemmes spirituelles avec le même entrain qu'on l'imaginerait embrasser son amoureux perdu et miraculeusement ressuscité. Il fallut près de dix bonnes minutes d'écœurantes démonstrations d'adoration avant d'obtenir -enfin- une réaction cohérente de la magus, d'habitude parfaitement rationnelle et maître d'elle-même.

- Rin, Tu vas bien ?

La magus tourna un regard d'intoxiquée vers son amie.

- Pour alimenter mes sortilèges, il m'a toujours fallu du prana, du sang, du temps et... de l'argent.

- De l'argent ? Cela n'a rien à voir avec la magie !

- Cela a TOUT à voir avec la magie, fulmina Tohsaka.

Elle s'arrêta d'un seul coup, en voyant qu'Artoria semblait à présent vraiment inquiète de ses réactions. La jeune magus s'efforça à regagner sa maîtrise.

- ... la mienne en tout cas. Tu crois vraiment qu'une gemme capable de contenir un sortilège de classe A soit bon marché ? Elle doit valoir entre deux cent et six cent septims. Et même, si mes circuits magiques peuvent produire bien plus de prana sur Tamriel que je ne le pouvais faire sur Terre, il faudrait tout de même des jours pour la charger... et même plutôt des semaines.

Elle saisit la gemme qui continuait à rayonner.

- J'ai modifié ce cristal sous tes yeux. Il ne contient que l'essence d'une créature dotée d'une petite âme... un ragnard, un loup peut-être. Puis, je m'en suis servi pour jeter un sortilège d'illumination. J'ai l'impression de rêver.

Une nouvelle fois elle enfouit son visage dans le sac rempli de cristaux spirituels, avec l'air d'être en extase.

- Artoria, tu imagines cette sacoche est littéralement remplie d'od que je peux transformer en prana. Il y a dans ce sac plus d'énergie que je ne pourrais en obtenir en passant le reste de ma vie à remplir des gemmes rares et chères avec mon propre prana.


Le valet s'inclina avant de se retirer refermant la porte derrière lui.

Derrière sa table de travail, l'ambassadeur impérial Rufinus Servius se leva avec un sourire aimable.

- Dame Pendragon, damoiselle Tohsaka soyez les bienvenus dans mon humble demeure.

La magus s'amusa de cette entrée en matière. L'ambassade n'avait rien de misérable. Il s'agissait tout au contraire d'une grande demeure entre le marché et la cathédrale des divins. Quant à son intérieur, le bureau de bois ciré entouré de bibliothèques chargés de livres, intercalés avec une collection de curiosité donnait une bonne idée du luxe des autres pièces. Ainsi on voyait un globe représentant la planète Nirn, des coupes en chaux dwemer, des tablettes de pierres dunmer représentant des daedras, un crâne de troll, une longue-vue, un service à thé rougegarde en cuivre gravé.

- Je vous remercie de votre invitation, monsieur l'ambassadeur.

Rin sourit et, suivant l'exemple de son amie, fit comme si être convoqué par l'officiel lui faisait immensément plaisir.

Tandis qu'elles prenaient place, le diplomate fit servir des rafraichissements. On passa ensuite quelques minutes à parler de choses sans importance, en particulier des funérailles du roi Édouard. Servius sourit. L'homme n'avait rien d'impressionnant, un Impérial entre deux âges avec des cheveux noirs et un visage rasé de près. Cependant l'expression qu'il avait à cet instant semblait si fausse que Rin se méfia. Inconsciemment, elle jeta un coup d'œil à sa voisine, mais l'expression du roi de Bretagne ressemblait à un masque stoïque, comme à son habitude.

- Savez-vous que l'on prépare déjà le couronnement d'un nouveau roi.

Artoria plissa les yeux.

- Le comte Harold a toutes les raisons de faire presser le mouvement.

- Officiellement, le nom du nouveau roi n'a pas encore été annoncé. Comment savez-vous qui va obtenir le trône ?

- J'ai simplement écouté les noms des ambassadeurs. Il n'y en avait aucun de Boralis. Comme il n'y a que deux prétendants sérieux, le duc Guillaume et le comte Harold, et que ce dernier se trouve déjà sur place, il est logique qu'il précipite son couronnement pour mettre son rival dans le fait accompli.

L'ambassadeur Servius eut un sourire appréciatif.

- Effectivement, cela tombe sous le sens, n'est-ce pas ? Néanmoins, il reste assez rare qu'une femme aussi jeune saisisse ce genre de subtilité.

Artoria accepta le compliment d'un simple mouvement du menton, sans montrer si le compliment la touchait.

- Vous devez comprendre que vous ne pouvez rester à Daguefillante. Sinon, vous serez invité au sacre... ce qui sera bien sûr interprété comme une marque d'approbation impériale. Certes, vous n'étiez sensé représenter Sa Majesté Titus Médée II que pour la mise en terre du roi Édouard, mais pour la plupart des gens cela ne fera aucune différence.

- Soit, cependant, je ne dois pas avoir l'air non plus de fuir le couronnement, sinon cela serait interprété comme une condamnation du sacre d'Harold.

À présent, le sourire de Rufinus Servius paraissait on ne peut plus approbateur.

- Je vous félicite pour votre perspicacité. Par chance, le duc Guillaume de Pointenord doit marier Robert, son fils ainé, dans quelques jours. Un mariage surprise d'ailleurs, la fiancée est encore attendue... enfin dame Ariane, à la réputation d'être une jeune beauté, et c'est la fille du roi Uther de Ménévie.

Ménévie... depuis des siècles, le royaume rival de Daénia. Il semblait logique qu'il veuille nouer une alliance matrimonial avec le duché de Boralis, si son duc contestait le droit du comte Harold au trône de Daénia... et donc au titre de Haut-Roi des Bretons.

- Donc, je vais représenter l'empereur à ce mariage et rester sur place jusqu'à ce qu'Harold soit couronné.

- Tout à fait.

Tendant la main vers un tiroir, Rufinus Servius sortit un pli cacheté.

- Une fois arrivé à Pointenord, vous remettrez ce courrier au duc.

Artoria fronça les sourcils.

- Puis-je vous demander ce que contient cette lettre ?

- Des renseignements confidentiels destinés aux seuls yeux du duc.

Rin se redressa.

- Vous soutenez le duc Guillaume !

- Officiellement, le couronnement d'un nouveau Haut-Roi est une affaire interne aux Brétons. Néanmoins... Harold serait une catastrophe pour nos relations avec le Thalmor, mais aussi pour les Brétons eux-mêmes. Plus de la moitié des suzerains locaux lui sont hostiles.

- Certes, mais cela pourrait déclencher une Guerre Civile !

L'ambassadeur Servius secoua la tête avec fatalisme.

- Le duché de Vérandis, le royaume de Taillemont, le duché de Boralis et le duché de Gastemarch s'affrontent régulièrement depuis quarante ans, levant des armées de mercenaires qui se comportent comme des brigands. Les alliances éphémères de ces grands seigneurs changent comme le vent. Mais les villageois sont massacrés, leurs masures laissées à l'abandon, les champs brûlés. Le royaume de Ménévie est à couteau tiré avec celui de Daénia, et a été en guerre avec celui d'Abondance. On appelle cela des guerres féodales et elles sont en train de ruiner le pays. Il faut que cela s'arrête.

- Mais pourquoi soutenir le duc de Boralis ?

La question venait d'Artoria, cette fois.

- Pourquoi poser la question ? Il s'agit du seul autre prétendant sérieux, et il a le soutien du royaume de Ménévie. S'il s'empare de Daénia il sera épaulé par deux des plus grands royaumes de Haute-Roche. Avec la légitimité obtenue avec le titre de Haut-Roi, il sera notre plus grande chance de ramener la paix.

- Encore faut-il qu'il prenne ce trône.

Rufinus Servius soupira.

- Vous avez raison, dame Pendragon. Et c'est pour cela que j'ai besoin de vous. Je souhaiterais que vous veniez en aide au duc Guillaume.