Les personnages de Twilight appartiennent à Stephenie Meyer, et l'auteure de cette histoire est mybluesky. Je ne suis que la traductrice...

Merci pour tous vos commentaires, et bonne lecture.

Chapitre 25

EPOV

« Bonjour, vous avez rejoint la boîte vocale de Bella… »

Putain.

Je mets fin à l'appel et redépose violemment mon téléphone sur la table basse, me demandant ce que je suis en train de foutre. Je lui ai déjà laissé deux messages. Combien dois-je en laisser avant d'avoir l'air désespéré ? Est-ce que je tiens à avoir l'air désespéré ? Est-ce qu'être désespéré est une bonne chose dans ce genre de situation ?

Je ne m'attends pas à ce qu'elle réponde à son téléphone, mais ça ne m'empêche pas d'essayer. Je veux juste qu'elle m'écoute pendant cinq minutes, même si je ne le mérite pas. Parce que je suis un connard d'égoïste, voilà tout.

Je la rappelle.

S'il te plaît décroche le téléphone. S'il te plaît décroche…

« Bonjour, vous avez rejoint la boîte vocale de Bella… »

« Putain. » Je dis le mot à voix haute cette fois-ci et j'écoute le reste de son message, me sentant sans ressources. Puis je débute ma supplication désespérée pour ma rédemption, sachant toutefois que c'est probablement inutile.

« Bella, je sais que tu es furax. Et je ne te blâme pas. Mais je t'en prie, écoute-moi cinq minutes. Si tu me détestes encore après ça, je te laisserai tranquille. Je le promets. Tout ceci est juste tellement merdique et… Bon Dieu, Bella. Tu es vraiment importante pour moi. Et je ne dis pas ça à cause du pari. Je n'ai jamais voulu m'attacher à toi, mais c'est arrivé. Et je sais que ça semble débile, aussi, mais bon Dieu… Je veux simplement que les choses s'arrangent. »

Je fais une pause et pousse un profond soupir, essayant de réfléchir à ce que je vais dire ensuite. Puis sa boîte vocale me coupe. Je jure encore et mets le téléphone de côté, frottant mon visage avec mes mains. Mais la tension s'y attarde, provocante et persistante.

Fidèle à sa parole, Emmett ne m'a offert aucun conseil sur le chemin du retour. Je suppose que c'était à prévoir, étant donné que j'avais esquivé tous ses conseils précédents. Et nous n'étions toujours pas revenus en bons termes.

Le silence n'a été rompu que brièvement, et par une simple déclaration de ma part.

« Je lui ai dit que j'allais l'emmener au mariage de son ami demain. »

Emmett a grogné de manière odieuse dans le siège du conducteur. « D'une façon ou d'une autre, je crois que te laisser enchaîné à la tête du lit a rendu cette promesse nulle et non avenue. »

Il avait raison, bien entendu. Je ne sais même pas pourquoi j'ai dit ça à voix haute. De toute évidence elle ne va pas vouloir se montrer câline et chaleureuse avec moi au mariage de son ami demain. Pas maintenant.

J'ai pensé jeter la tête de lit au rebut, mais Demetri m'a assuré qu'elle était récupérable. « Le bois est un peu fendu ici, mais tu pourras facilement percer un autre trou un peu plus haut quand tu remettras les boulons, et elle sera comme neuve, » m'a t-il expliqué.

La tête de lit est actuellement appuyée contre le mur extérieur de la maison. Le matelas et le sommier sont restés appuyés contre le mur à l'étage. Et mon corps est appuyé contre le dossier du canapé, vaincu et peu disposé à bouger. Je me fiche éperdument que la tête de lit soit réparée un jour. Honnêtement, je ne pense pas que je pourrai jamais en regarder une de la même façon.

Je tapote mes doigts sur l'accoudoir, envisageant d'appeler Bella encore une fois, mais finalement je décide de n'en rien faire. Il se fait tard ; soit Bella dort, soit elle m'ignore.

Je veux me rendre à son appartement – frapper à sa porte et refuser de m'en aller tant qu'elle ne m'aura pas écouté – mais je ne crois pas que ce soit le meilleur plan d'action. Sans oublier que je me retrouverais probablement véritablement menotté avant la fin de la nuit.

Finalement, je monte dans ma voiture et je commence à conduire sans but. Je n'ai aucune destination en tête, mais l'idée de rester assis sur mon divan à ne rien faire est insupportable. Il est tard, mais je n'arrive pas à dormir. Et il faut que je bouge avant de devenir fou. J'ai besoin de garder mon esprit occupé, même si c'est en faisant quelque chose d'aussi banal que la conduite automobile.

Je me balade pendant presque deux heures, passant deux fois devant l'appartement de Bella. Peut-on qualifier ça de harcèlement ? Je pense que c'est peut-être effectivement du harcèlement, mais au moins je ne l'observe pas par sa fenêtre avec une paire de jumelles ou quelque chose de vraiment tordu. Chaque fois que je passe devant chez elle, j'essaye de me convaincre que c'est accidentel – juste une coïncidence – mais je sais que ce n'est pas la vérité. Je sais que je suis vraiment pathétique à ce point là.

Et jamais plus je ne douterai de ce fait, ni maintenant ni à l'avenir, alors que j'arrive à la hauteur de la voiture de Bella et que j'écris une note hâtive au verso d'un reçu de McDonald. Je l'insère soigneusement sous son essuie-glace, le côté avec mon écriture négligée bien en évidence.

Les mots sont simples. Ils sont directs. Et même si je ne laisse pas de signature, je peux garantir qu'elle saura de qui vient le message.

Je suis désolé.

Je veux faire un tas de choses pour décrire mon affliction. Je veux lui écrire un poème mélancolique ou lui acheter des fleurs ou… quelque chose. Mais rien de tout ça n'est suffisant. On n'achète pas Bella avec des fleurs. Pas quand elle a été lésée comme elle l'a été.

La seule solution c'est qu'elle m'écoute et qu'elle puisse comprendre. Et si elle ne comprend pas, eh bien… je ne peux qu'espérer pour le mieux. Je ne pense pas être prêt à affronter les 'et si' et les conséquences de mes mauvaises décisions en ce moment. Pas après aujourd'hui.

Je passe une main nerveuse dans mes cheveux en démarrant. Je me demande si c'est trop, et je me demande si c'est trop peu. Je n'ai aucune idée de ce que je fais, et je suis désorienté et désespéré de trouver un moyen.

Elle mérite plus qu'un vieux bout de papier graisseux glissé sous son essuie-glace. Elle mérite d'avoir un message écrit dans le ciel, non, dans les cieux. Elle mérite le monde, et même ça, ça ne suffirait pas.

Plus j'y pense, plus la petite note semble… insultante.

Je suis presque chez moi quand je décide furieusement de faire demi-tour. Je file à toute allure jusqu'au parking de Bella et j'arrache le billet de son pare-brise. J'en fais une boule dans mon poing et je la jette au sol.

Si c'est vraiment le mieux que je peux faire, je ne mérite même pas la chance d'essayer.

ooo

BPOV

Même si je n'ai pas envie de quitter la maison – même si je veux m'apitoyer sur mon sort et succomber à une espèce d'hibernation remplie de tristesse pendant les dix prochaines années – je suis malgré tout incroyablement heureuse pour aujourd'hui. Parce qu'aujourd'hui, mon meilleur ami va épouser son âme sœur. Et il n'y a rien qui puisse venir tempérer ce genre de joie pour quelqu'un qu'on aime.

J'essaye vraiment fort de ne pas penser à Edward quand je me réveille, mais c'est une tâche rendue plus difficile quand je vois que j'ai quatre appels manqués de sa part. J'ai aussi deux messages dans ma boîte vocale.

Ma poitrine se serre, mais je n'écoute pas les messages. Plus tard, peut-être. Je ne veux pas risquer d'être bouleversée ou contrariée et rendre les choses moins agréables pour Jake et Leah, parce qu'aujourd'hui c'est leur jour, pas le mien.

Je fais jouer de la musique joyeuse à tue-tête pendant que je me prépare pour le mariage. Un peu de Jimmy Buffet fait toujours des merveilles ; rien ne me remonte le moral autant que la pensée d'un petit 'Cheeseburger in Paradise.'

Rose arrive vers 16h avec Emmett. Il est vêtu de manière plus sévère qu'à son habitude, d'une chemise boutonnée et d'un pantalon chic, tandis que Rose porte une robe verte assortie qui épouse chacune de ses courbes. Ils me sourient tous les deux gentiment quand j'ouvre la porte, et je me hâte de les inviter à l'intérieur.

« J'aurais pu conduire là-bas, vous savez, » je leur dis. Je ne cherche pas à être impolie, mais je ne veux certainement pas de leur pitié concernant ma situation avec Edward.

« Bien sûr que tu aurais pu, » réplique Rose avec désobligeance. « Mais je voulais qu'on y aille ensemble. C'est ce que font les amis. »

« Ouais, Bella. Alors magne ton cul avant qu'on soit en retard, » ajoute Emmett. Ursula court vers lui comme si elle était impatiente de voir son papa. Il se penche en vitesse pour la ramasser, roucoulant à son oreille.

« Emmett ! » Le gronde Rose. « Dépose cette chose par terre tout de suite. Tu vas avoir des poils de chat partout sur toi ! »

Emmett a l'air offensé. « Ça va partir avec ce rouleau adhésif que tu as insisté que nous apportions. » Il roule des yeux. « Et cette chose a un nom. Bon Dieu, vous les femmes vous êtes tellement grossières. »

« Il ne reste que trois feuilles au rouleau adhésif. Ce chat est aussi gros qu'un mammouth ! »

« Parlerais-tu de ta fille de cette façon-là si elle avait des kilos en trop ? » Demande-t-il avec indignation.

« Je ne nourrirais pas ma fille vingt fois par jour. »

« Si ça se trouve elle a peut-être un problème de thyroïde. »

« Ils font des médicaments pour ça. Et c'est une raison de plus pour manger sainement. »

« Ursula mange sainement ! Mike lui achète la bouffe Innova. C'est organique et toutes ces conneries. »

« Et il la mélange avec du lait entier. »

« Oui, et alors ? »

Rose se tape le front en signe d'exaspération. « Alors le lait entier contient plus de lipides, Emmett. Seigneur Jésus. »

Je me faufile à nouveau dans ma chambre, abandonnant tranquillement le couple en train d'argumenter. Ils ne me remarquent même pas quand je quitte la pièce. Je peux encore entendre leurs voix dériver à travers la porte fermée, les mots étouffés mais irrités.

Après quelques minutes, Rose vient me rejoindre. « Hey, » dit-elle avec précaution.

Je suis dans ma salle de bain, en train de mettre la touche finale à mon maquillage. « Hey, » je réponds en écho. Je ne me retourne pas quand elle entre, mais même dans ma vision périphérique je peux dire qu'elle est mal à l'aise.

« Tu en as encore pour longtemps ? » Demande-t-elle.

« J'ai presque fini. » Je suis laconique et directe. Je devrais vouloir parler, pour me changer les idées, mais je ne trouve pas l'énergie pour ça. Et je sais exactement ce que Rose a en tête.

« Tu n'es pas passée chez moi hier soir, » dit-elle. Elle s'appuie contre la porte, m'observant, et je fais de mon mieux pour ignorer son regard accusateur.

« Je sais. »

« Est-ce que tu vas bien ? »

« Mm hmm, » j'acquiesce en finissant d'appliquer mon mascara.

« Es-tu sûre ? »

Ça me met hors de moi, et soudainement je suis remplie d'irritation et à court de patience. « Oui, Rose. Bon Dieu. J'ai dit que j'allais bien. Je ne veux pas en parler, d'accord ? »

Elle reste plantée stoïquement dans l'embrasure, ne battant pas d'un cil à ma soudaine explosion. « Très bien, Bella. » Sa voix est calme.

« Et qu'est-ce qui se passe avec toi de toute façon ? » Je demande avec colère. Je ne veux pas me fâcher, mais les émotions remontent brusquement à la surface. Et la colère est tellement mieux que ce vide que je ressentais avant.

Ses yeux rétrécissent. « De quoi est-ce que tu parles ? »

« Je te parle de toi qui est allée tout déballer à Emmett. Encore une fois. »

Son visage se déforme en une expression de surprise. Enfin, enfin, elle semble dérangée par mes paroles. Et je suis contente.

« C'était un accident, » marmonne-t-elle. « Il a tout simplement continué encore et encore et – eh bien, j'ai parlé du texto par inadvertance. Et il m'a harcelée jusqu'à ce que je lui dise, Bella. Je jure que je ne voulais pas parler ! Mais il savait que quelque chose se tramait. »

« Il ne pouvait pas le savoir à moins que tu ne lui aies donné des raisons de le suspecter, » je dis avec indignation. Je ne sais pas pourquoi je suis si furieuse tout à coup – ça m'est égal qu'Emmett soit au courant. À vrai dire, je suis contente que quelqu'un ait été là pour venir en aide à Edward, parce que je ne suis pas certaine que James l'aurait fait. Et rien n'aurait ruiné ma mascarade plus que de retourner là-bas et le libérer moi-même.

Mais ça fait du bien de décharger mes frustrations sur quelqu'un, même si cette personne ne les mérite pas vraiment. Rose a toujours eu une gueule de la taille du New Hampshire. Elle n'a jamais été capable de garder un secret. Pourquoi devrais-je m'attendre à ce que les choses soient différentes aujourd'hui ?

« Je suis désolée, Bella. » Elle a sincèrement l'air en détresse, et je commence à me sentir un peu coupable de la faire se sentir ainsi. Mon raisonnement est égoïste.

« Ça va, Rose, » je dis, un peu moins tendue. Je force même un petit sourire. « Ce n'est pas ta faute. Tout ça c'était mon idée. »

Mes pensées s'envolent vers Edward une fois de plus, et je ressens le même serrement dans ma gorge – la même pression dans ma poitrine – et je veux me vautrer dans mon lit et pleurer. Rose le voit et enroule silencieusement ses bras autour de mon corps, m'étreignant gentiment.

Elle s'est peut-être mise en travers du chemin plus souvent qu'à son tour, mais elle a tout fait avec mon intérêt à cœur. Je ne peux pas supporter de rester en colère contre elle.

« Est-ce que tout baigne entre Emmett et toi ? » Je demande, voulant détourner l'attention de sur moi et des raisons pour lesquelles je suis irritée. Elle se raidit autour de moi.

« Oui, ça va maintenant. Il était un peu énervé au début. »

Je fronce les sourcils, confuse. Était-il à ce point contrarié parce qu'elle a dit qu'Ursula était grosse ?

« Pourquoi ? » Je demande.

« Il était convaincu qu'Edward allait te parler. Il pensait qu'il avait finalement réussi à percer sa carapace ou quelque chose. Comment pouvais-je savoir ça, moi ? » Répond-elle avec indignation, son habituel sens de la justice faisant un retour remarqué.

Je m'éloigne d'elle, me sentant nauséeuse. « De quoi parles-tu ? »

Elle sourcille et m'observe attentivement. « Quand je lui ai dit au sujet de notre plan, » énonce-t-elle lentement. Elle croit visiblement que ça devrait être évident, mais cette pensée ne m'a pas du tout traversé l'esprit. « De quoi pensais-tu que je parlais ? »

Mon visage devient rouge tandis que je détourne le regard et cherche quoi dire en guise de justification. Je ne peux plus penser à ça.

Et puis quoi si Edward allait me parler ? Est-ce que ça signifie qu'il est automatiquement pardonné ? Non. Est-ce que ça signifie que je l'aurais pardonné si la discussion avait eu lieu ? Non. Est-ce qu'il mérite encore tout ce qui est arrivé ?

Je réfléchis à la dernière question pendant un moment, mais la réponse reste la même.

Oui, il l'a mérité. Est-ce que je recommencerais si j'en avais l'occasion ? Peut-être pas, à présent que je vois qu'il n'y a aucune satisfaction à en tirer. Mais je ne le savais pas quand je l'ai fait. Je croyais que j'allais m'éloigner avec un sentiment de victoire et de puissance, pas en me sentant coupable, déprimée, et vide.

Je me faufile devant Rose et je sors de la salle de bain. Je n'ai toujours pas pleuré, et je suis reconnaissante pour ce petit exploit.

« Je pense que je suis prête, » je dis à la hâte, ignorant totalement la question de Rose. Elle le remarque, mais heureusement, elle n'insiste pas.

« Très bien. Laisse-moi juste aller passer le rouleau adhésif sur Emmett et nous serons prêts nous aussi. »

Je suis Rose dans le séjour. Je ne veux pas être seule avec mes pensées, car ça me donnerait seulement plus de temps pour m'attarder sur ce que j'ai fait, et pourtant je ne veux pas non plus être la cible de leurs regards désapprobateurs. Mais il faut que je m'occupe, et au moins ainsi nous pouvons peut-être parler de choses et d'autres – à part Edward.

Emmett est assis sur le canapé, faisant traîner un ruban sur le sol pour qu'Ursula coure après. La regarder bouger me fait presque l'effet de regarder un film au ralenti. Son ventre grassouillet ballote d'un côté et de l'autre comme une balançoire, et je m'attends presque à ce qu'un roulement de tonnerre éclate chaque fois que ses pattes potelées touchent le sol.

Rose fouille dans son sac à main pour en sortir son rouleau adhésif. « Allez, Emmett. Il faut partir maintenant. » Elle se tient devant lui et lorgne sa chemise. « Ça va prendre une putain de demi-heure pour passer le rouleau sur toi ! »

Emmett pousse un soupir affligé. Puis, me voyant, il tape l'accoudoir du sofa où le tissu déchiqueté pend en lambeaux.

« Ouais, Bella. J'ai ton canapé. Ou devrais-je dire, Mike a ton canapé. » Il remue ses sourcils à mon intention. « Il dit de le mettre au courant si quelque chose comme ça se produit. »

Rose souffle impatiemment. « Pourquoi bordel ne la fait-il pas dégriffer ? »

« Peut-être parce qu'il ne veut pas la torturer, » réplique rudement Emmett. Au moment où Rose ouvre la bouche pour argumenter, je suis agressée par la bouffée d'air la plus malodorante jamais inhalée. La force de l'odeur manque de me faire tomber à la renverse. Rose ferme la bouche et grimace comiquement.

« Putain qu'est-ce que c'est que ça ? » Beugle-t-elle. Même Emmett agite une main devant son visage, tentant de disperser l'odeur.

« Bonté divine, » je dis, essayant de couvrir ma bouche et mon nez avec ma main. Je ne peux pas respirer cet air-là. Toutes mes pensées s'envolent par la fenêtre alors que je lutte pour trouver de l'air frais.

« Elle doit avoir l'estomac dérangé, » commente Emmett, mais néanmoins il repousse Ursula et s'éloigne de la zone contaminée. Rosalie et moi lui emboîtons le pas.

« Bon Dieu, cette chose est dégoûtante, » grogne Rose. J'interromps la conversation alors qu'Emmett ouvre la bouche pour protester encore une fois.

« Bon, les amis. Je suis prête. On devrait y aller si on veut arriver un peu en avance. » Je débats sur la possibilité de laisser une fenêtre ouverte afin d'aérer l'appartement, mais finalement j'abandonne l'idée.

Rose se dépêche de passer le rouleau adhésif sur Emmett, à son grand déplaisir, et ensemble nous descendons l'escalier et allons nous entasser dans son SUV. Ça fait à peine dix minutes que je porte mes nouvelles chaussures à talons hauts, et mes pieds me font déjà souffrir. Et ça fait seulement deux minutes que nous sommes dans le véhicule quand Rose repère d'autres poils de chat sur les manches d'Emmett et commence à râler parce qu'elle est à court de feuilles adhésives.

Je soupire et je frotte mes yeux, veillant à ne pas faire de bavure avec le maquillage que je viens juste d'appliquer. La journée va être longue.

Nous arrivons tôt pour aider la famille de Leah avec les préparatifs de dernière minute. Le mariage a lieu dans un vaste parc qui a été réservé pour l'occasion. Une grande tonnelle décorée avec une multitude de rubans argentés et noirs siège galamment devant des rangées de chaises ornées de rubans similaires. Les chaises sont disposées de chaque côté d'une allée parsemée de pétales de rose rouge. La toile de fond de la tonnelle cède la place à une vue imprenable sur le parc ouvert et, à plusieurs kilomètres de distance, sur le port de plaisance.

En dépit de l'emplacement modeste, tout est splendide. Je suis bouche bée d'admiration quand je le vois. Même Rose prend un moment pour contempler l'endroit pendant qu'Emmett siffle son appréciation.

« Merde, bébé. Ce décor a du charme à revendre, » dit-il, et Rose rayonne d'admiration pour ses amis. Je peux sentir mon humeur s'alléger alors que mes tracas sont momentanément oubliés. Je suis plus qu'heureuse de saluer Sue, la mère de Leah, lorsqu'elle s'approche de nous. Sue est pratiquement resplendissante de fierté, et elle nous sourit chaleureusement.

« C'est tellement bon de vous voir, les filles ! Et qui est ce beau jeune homme ? » Elle se déplace avec légèreté vers Emmett pendant que Rose fait les présentations.

« Tout est presque prêt, » dit-elle une fois qu'ils ont fait connaissance. « Mais Bella, l'ami de Leah, Andrew, est en train de tout mettre en place. Il est barman pour la réception ce soir. » Elle m'indique une structure ouverte avec un toit, habituellement utilisée pour le divertissement, à plusieurs mètres de distance. « Je suis sûre qu'il ne refuserait pas un peu d'aide. » Elle me fait un clin d'œil et me pousse au loin, dans la direction d'Andrew, et je suis quelque peu consternée que sur un coup de tête elle essaye de me brancher avec un type pris au hasard. Je ne suis pas intéressée, non merci. En fait, je ne sais pas si je serai jamais prête à faire à nouveau la 'danse nuptiale' avec un mâle.

Mais Rose semble abonder dans le sens de Sue, et aussitôt que celle-ci ne peut plus nous entendre, elle dit, « Il a l'air plutôt mignon. » Sa voix est innocente, encourageante mais décontractée. Et je ne suis pas dupe une seconde.

« Pas intéressée, merci. »

Elle lève les deux mains en signe de reddition. « Je disais seulement qu'il est mignon. Je peux trouver que ce mec est mignon si je veux. »

« Dans ce cas peut-être que tu devrais aller l'aider, » je réponds, sarcastique.

« Hé ! » Emmett semble offensé.

« Désolée, Emmett. »

Rose laisse échapper un profond soupir. « Viens, alors. Allons nous trouver des sièges. » Elle tire Emmett par le bras et l'entraîne plus loin.

« Ne sont-ils pas tous assignés ? » Se demande-t-il, mais ils sont déjà trop loin pour que je puisse entendre la réponse de Rose.

Je m'attarde seule pendant quelques minutes, ne sachant pas trop ce que je veux faire. Je fixe mes pieds, là où les brins d'herbe chatouillent la peau sous les sangles de mes chaussures, et je suis envahie par un instant de nostalgie alors que je me tiens dans la brise légère. Une partie de mon esprit trouve qu'il est heureux qu'il ne pleuve pas aujourd'hui, tandis qu'une partie plus importante souhaiterait que je ne sois pas ici toute seule, mais en compagnie d'une certaine personne. Et pas parce que je veux impressionner ceux qui ne comptent pas vraiment à mes yeux, mais parce que j'apprécie sa présence beaucoup plus que je ne le devrais. Et il me manque déjà.

Quelqu'un s'approche de moi. Je vois ses chaussures Nordstrom lustrées avant de lever les yeux et de croiser son regard.

« Salut, » dit-il avec un large sourire. La surprise me fait haleter.

« Qu'est-ce que tu fais ici ? »

« J'ai été invité. »

« Invité ? Par qui ? Jacob ? »

« Oui. Nous nous sommes contactés l'autre jour. Une invitation de dernière minute, mais diable, je ne manquerais ça pour rien au monde. »

« Oh. » Je baisse à nouveau les yeux, me sentant instable et un peu mal à l'aise sous son regard. Je ne sais soudainement plus quoi faire de mes bras, alors je les croise devant moi.

« Es-tu ici avec ce, euh… ton ami ? » Demande-t-il d'une voix très basse. On dirait qu'il croit que mon ami est dans les parages et qu'il peut nous entendre, mais je le rembarre aussi vite.

« Non, il ne pouvait pas venir. » Je n'en dis pas plus, décidant que ça ne le regarde pas.

« Oh. Eh bien, où es-tu assise ? » Interroge-t-il, mes paroles le rendant optimiste. Je fronce les sourcils, sincèrement tourneboulée par son acharnement.

« Je préférerais vraiment que nous ne nous assoyions pas ensemble, Tyler, » je dis. Je garde ma voix ferme et tranquille, espérant lui communiquer ma détermination.

Il paraît confus. « Comment ça ? »

« J'ignore ce que Rose t'a dit l'autre jour, mais je ne cherche pas une relation amoureuse. Je pense que j'ai besoin de penser seulement à moi pendant un petit moment. » Je ne me donne pas la peine de ramener le passé sur le tapis – comment il m'a laissée avant – parce que c'est du radotage et je ne tiens pas à retourner là. Je n'ai pas à exposer toutes les raisons pour lesquelles je ne veux plus être avec lui. Non, absolument pas.

« Je n'ai jamais dit quoi que ce soit au sujet d'une relation amoureuse, » s'empresse-t-il de répondre. Il est offensée, mais je m'en fiche. Me retrouver nez à nez avec lui est la dernière chose que je voulais aujourd'hui.

« Alors où veux-tu en venir ? »

« Je ne peux pas te parler ? Quoi, on ne peut pas être amis maintenant ? »

Je l'observe attentivement pendant un moment. Peut-on être amis, après tout ce qui s'est passé ? Est-ce vraiment ce qu'il veut ? Et est-ce quelque chose que je veux ?

Peut-être un jour, mais ce n'est tout simplement pas quelque chose que je désire à l'heure actuelle.

« Pas maintenant, » je dis sans détours. Je ne me soucie guère d'épargner ses sentiments – j'ai l'impression que les miens ont été piétinés et bafoués, et les raccommoder m'a laissée sans énergie pour m'occuper des autres. C'est un grand garçon. Il peut faire face à la situation.

Mais en voyant son expression blessée, je me dépêche d'ajouter, « Un jour, peut-être. »

« Si tu le dis, Bella, » soupire-t-il, pas convaincu. Il a l'air irrité. « J'espère juste que ce type… Edmund… te traite bien. »

J'en reste bouche bée. Edmund ? Edmund ? Qui diable se prénomme Edmund de nos jours ? De toute évidence il a fait exprès de dire le mauvais nom… et je veux le frapper pour ça. Sans compter que sans le savoir, il m'a jeté les mauvais souvenirs de la nuit dernière en plein visage.

Je me redresse, me tenant debout du haut de mon mètre soixante-sept auquel il faut ajouter les sept centimètres de mes talons aiguille – malgré ça, je fais encore une tête de moins que lui – et je le regarde droit dans les yeux. Je vois une excellente occasion de m'en prendre à lui, de dire quelque chose de méchant – peut-être lui jeter notre passé à la figure et lui faire éprouver de la culpabilité. Je vois une occasion de le faire chuter avec moi puisque lui aussi est fautif.

Mais est-ce que ça me donnera la satisfaction que je recherche ? Ou est-ce que je devrais faire preuve de plus de maturité, juste pour cette fois, et laisser ça passer ?

Il me dévisage, les yeux remplis de défi. Il sait ce qu'il vient de faire et il attend que je réagisse.

Mais je ne le ferai pas. Il n'y a rien à gagner en faisant quelqu'un d'autre se sentir merdique, sauf me faire sentir un peu merdique moi aussi. C'est juste préjudiciable. Je m'en rends compte maintenant.

« Il s'appelle Edward, Tyler, » je dis calmement. Je suis surprise de voir à quel point ma voix est aimable et posée. « Et merci. Je ne me contenterais pas de moins. »

La mâchoire de Tyler se crispe et se détend. Il ne s'attendait clairement pas à un tel commentaire, mais sa surprise est bien contenue alors que je passe devant lui pour aller retrouver Rose et Emmett. Je sens ses yeux percer mon dos mais, heureusement, il ne me suit pas.

Rose et Emmett sont assis côte à côte, se tenant par la main et bavardant tranquillement. Ils ne sont pas en train de se disputer, pour une fois, et la façon dont ils se penchent l'un vers l'autre tout en conversant à voix basse a un je ne sais quoi de… doux.

Je me racle la gorge pour les avertir de ma présence et je m'assois. Ils reculent tous les deux et me sourient. Les gens sont lentement en train de combler les places vides autour de nous.

« Ça va, Bella ? » Me demande Rose. « Je t'ai vue parler à Tyler- »

« Je vais bien, » je l'interromps en vitesse. Je lui lance un sourire crispé, mais en toute franchise c'est vrai que je me sens bien. En réalité ça m'a fait un bien immense de faire quelque chose de bon pour moi – quelque chose d'honnête et de mature qui nous a laissés tous les deux avec le sentiment d'être de bonnes personnes quand ça a été terminé.

« Okay, » dit-elle en souriant chaleureusement. Elle me croit.

D'autres personnes viennent se joindre à nous, et nous nous divertissons en bavardant tandis que l'heure du mariage approche. Mon père prend place à côté de moi seulement quelques minutes avant le début de la cérémonie, l'air fatigué d'avoir dû se hâter, lui habituellement si composé.

« Je ne pensais pas que j'allais arriver à temps, » murmure-t-il précipitamment. « J'ai quitté la maison il y a plus de quatre heures ! J'étais inquiet de devoir rester à l'arrière. Merci de m'avoir gardé une place. »

Charlie a des problèmes avec son genou gauche, une affection aggravée par la pluie constante, et se tenir debout pendant une longue période de temps aurait été une torture pour lui. Je lui adresse un sourire rassurant.

« Bien sûr, ça allait de soi. »

Le mariage est de toute beauté. Jacob, mon bon ami et mon fidèle confident, se tient devant l'autel dans un superbe smoking avec une veste rouge. Il est nerveux, je peux le dire, mais il conserve son sang-froid en scrutant la foule, attendant sa future épouse avec impatience. Paul, son garçon d'honneur, chuchote quelque chose à son oreille, et il penche la tête, souriant timidement.

Leah est splendide dans sa robe beige ajustée avec un élégant nœud rouge attaché sur le côté. Ses cheveux sont bouclés, repoussés sur son front avec des agrafes de fleurs blanches, et les boucles tournent lâchement en spirales autour de ses épaules. Sa peau impeccable est teintée d'un soupçon de rose alors qu'elle lance un sourire d'adoration à son futur époux.

Je ne peux pas m'en empêcher. Les larmes me montent aux yeux en regardant Jacob réciter ses vœux, promettant d'honorer et d'aimer sa femme à jamais et pour toujours. Je n'ai pas l'habitude de pleurer lors des mariages – pas même la fois où j'ai reçu un coup de coude dans le nez quand on a lancé le bouquet – mais voir Jacob si heureux m'émeut à un point tel qu'en quelques minutes je renifle une tourmente et essaye d'endiguer le flot de morve avec rien d'autre que mes mains humides et une moitié de kleenex que Rose a offert de partager.

Après que Jacob ait embrassé la jeune mariée, tout le monde se lève pour applaudir. Ils prennent des tonnes de photos – près de cent mille, ou du moins c'est ce qu'on dirait – et pendant ce temps nous nous dirigeons vers la zone où la réception a lieu. Il y a un bar qui offre des consommations gratuites, et des hors-d'œuvre ont été disposés entre deux gigantesques gâteaux de mariage. À gauche, il y a une scène sur laquelle l'orchestre est en train de s'installer. Le soleil est en train de se coucher et chaque table, disposée à plusieurs mètres de la piste de danse et du bâtiment d'accueil, est éclairée par une bougie et ornée d'un vase minuscule contenant une unique rose rouge.

Jacob et Leah se frayent un chemin pour venir couper le gâteau. Ils partagent leur première danse, puis Leah danse avec son jeune frère Seth en remplacement de son père, décédé plusieurs années auparavant.

Paul et Embry viennent me voir et nous bavardons à bâtons rompus, notre conversation revenant constamment à Jacob et comment nous n'avions jamais imaginé qu'il serait le premier à se marier tandis que nous nous rappelons de vieux souvenirs et des anecdotes d'une époque révolue. Ils m'ont toujours taquinée sans pitié, mais ce soir il semble y avoir une trêve tacite. Notre attention se porte sur le couple au comble du bonheur – ceci est leur soirée – et j'ai honte d'avoir pensé qu'il allait en être autrement.

Nous restons très tard à la fête, souhaitant à nos amis de passer du bon temps lorsqu'ils quittent les lieux pour commencer leur lune de miel. Nous offrons d'aider à nettoyer, mais Sue refuse catégoriquement.

« J'ai déjà payé quelqu'un pour faire le nettoyage, Bella, » explique-t-elle. « Vous les enfants, continuez à vous amuser. »

Mais quand je tente de m'éloigner, elle me saisit subitement par le bras. « Hé, as-tu eu l'occasion de parler avec Andrew ? » S'informe-t-elle, ses yeux vacillant vers le bar de façon suggestive. Andrew est en train de nettoyer, indifférent à notre conversation.

Je lui ai marmonné quelques mots en recevant mes boissons tout à l'heure, mais sans plus. Il était mignon. Il avait l'air gentil, même. Mais je n'arrivais pas à sortir un homme de ma tête assez longtemps pour vraiment en apprécier un autre.

« Nous avons parlé un peu, » je réponds en toute sincérité. « Mais je ne suis pas vraiment intéressé en ce moment. »

« C'est une honte, » dit-elle en secouant la tête. « Vous êtes une bonne prise tous les deux. Et vous êtes tous les deux célibataires ! Quelle honte… »

« C'est vrai. Eh bien, peut-être un jour, » je dis, essayant d'apaiser son soudain accès de déception. Elle hoche la tête avidement, sourit avec bienveillance, et m'accorde un dernier au revoir avant que nous nous séparions.

Je ne suis pas choquée par son comportement – indifférente tout au plus. Ce n'est pas seulement une question d'être célibataire ou en couple, il faut aussi être avec quelqu'un de qui on se soucie vraiment. Parce que sinon, c'est une perte de temps. Ça ne sert à rien.

Une fois qu'Emmett et Rose me déposent chez moi, je me dirige vers ma voiture pour récupérer mon iPod. Je suis épuisée et mes pieds sont engourdis – j'ai également tellement bu et mangé que mon ventre est gonflé comme si j'étais enceinte de cinq mois – mais de manière générale, je suis satisfaite des événements de la journée. Je suis satisfaite de moi-même.

Je prends mon iPod et je monte les escaliers. Je sens quelque chose sur ma chaussure et je regarde en bas, réalisant rapidement que le talon de celle-ci a harponné un bout de papier. Je l'arrache et je déplie distraitement la feuille chiffonnée.

La note contient trois mots, griffonnés d'une manière bâclée. L'écriture est à la fois familière et étrange, et il me faut un moment avant de la reconnaître.

Ma respiration se fait saccadée, parce que je sais qu'il était là. Je jette furtivement un coup d'œil à la ronde, une partie de moi désireuse de le découvrir en train d'attendre, cette même partie de moi déçue de constater que je suis seule.

Mais c'est mieux qu'il ne soit pas là. Nous devons parler, un jour ou l'autre, mais j'ai aussi besoin de temps pour tout digérer. Il faut que je réfléchisse et que j'examine la situation, et que je sache exactement ce que je ressens quand je lui ferai face à nouveau.

Parce que la prochaine fois que je vais le voir, je fais le vœu d'être complètement honnête. À propos de tout.

Je vous souhaite à tous et à toutes une merveilleuse année 2013.

À bientôt

Milk